Sommaire général du Site

 

Page d’accueil des études réalisées

 

 

UNE AUDIENCE AU PALAIS ROYAL

AVEC S.A.I. LE PRINCE NAPOLEON

OU

MAITRE ELIE DUFAURE DANS

« LA COUR DES GRANDS »!

 

 

 

 

SOMMAIRE DES SECTIONS

 

 

UN COURRIER OFFICIEL… DE LA PART D’UNE « ALTESSE IMPERIALE » !

 

UNE HISTOIRE DE FAMILLE…  LES « JEROME » BONAPARTE

 

UN « FILS DE FAMILLE »… OU JEROME BONAPARTE, « L’ENFANT GATE » !

 

L’EPISODE AMERICAIN… « BETSY, LA BELLE DE BALTIMORE » …

 

UNE UNION INVALIDEE …

 

LA VENUE AU MONDE D’UN SECOND JEROME !

 

ROI DE WESTPHALIE, GENDRE DU ROI DE WURTEMBERG : DER KONIG LUSTIGE !

 

LE « COMTE DE MONTFORT » ET SES ENFANTS… LES « JEROME »…

 

RAPPROCHEMENT DES BRANCHES BONAPARTE « JEROME » ET « LOUIS »…

 

LA JEUNESSE DE NAPOLEON-JERÔME ...

 

LA FIN D’UN LONG EXIL FAMILIAL !

 

LE PRINCE DE LA MONTAGNE : « PLON PLON » ELU REPUBLICAIN ANTICLERICAL !

 

LE GOUVERNEUR … ET LA GOUVERNANTE…

 

UN « TOURNEDOS A LA PLON-PLON » OU DES VERTUS MILITAIRES CONTESTEES !

 

UN AUTRE « JEROME-NAPOLEON BONAPARTE » EN CRIMEE : « BO II » !!!

 

ESPOIRS DECUS D’UN HERITIER POTENTIEL DU TRONE !

 

L’EROTOMANE… UN AMATEUR DE PEINTURES POUR ACQUEREURS AVERTIS !

 

COLLECTIONNEUR DE MAITRESSES : BASSES ET PETITES AMOURS PRINCIERES !

 

DANS L’INTIMITE DU PRINCE NAPOLEON… LES CONFIDENCES DE CORA…

 

PORTRAITS CROISES D’UN « CESAR DECLASSE » « TOUT EN CONTRASTE » !

 

EN CHEMIN POUR LE « PALAIS ROYAL »…   DE DUBOIS A… DUFAURE...

 

PRELIMINAIRES DE BIENSEANCE… POUR UNE AUDIENCE SOLENNELLE…

 

UNE AUDIENCE EN QUESTION-S ... UN PEU D’EPISTEMOLOGIE SOMMAIRE !!!

 

MOBILE INCERTAIN POUR UN ENTRETIEN …  LE JURISTE DUFAURE ?

 

LA MORT DU ROI JEROME…  ENCORE DU TRAVAIL POUR LE JURISTE !

 

MOBILE INCERTAIN POUR UN ENTRETIEN … L’ENTREMETTEUR ?

 

LA RECHERCHE D'AUTRES MOTIFS… POURSUITE DE L’INVESTIGATION !

 

LA PISTE POLITIQUE… REPUBLIQUE ET REVOLUTION…

 

LA PISTE POLITIQUE… ADOLPHE BILLAULT…

 

LA PISTE POLITIQUE : JULIEN BUSSON-BILLAULT…

 

LE DERNIER NAPOLEON…

 

A HUIS CLOS ... LES PORTES DU SILENCE ....

 

 

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES

 

 

 

 

UN COURRIER OFFICIEL… DE LA PART D’UNE « ALTESSE IMPERIALE » !

 

L’enveloppe qui a été conservée, et telle qu’elle nous est finalement parvenue, porte au recto la mention tamponnée : « Son Altesse Impériale, le Prince NAPOLEON » ; et au verso figure un cachet de cire rouge indiquant : « Secrétariat Particulier »…

La correspondance a été adressée à « Monsieur Elie DUFAURE, Avt, 20, Rue Dauphine - PARIS »…

Non affranchie, cette enveloppe est marquée du « timbre » à encre rouge, synonyme du privilège de la « franchise postale ». L’empreinte du tampon indique qu’elle a été traitée le 7 Février 1855. Elle a donc été vraisemblablement distribuée le jour même, puisque transitant dans PARIS « intra-muros », ou au plus tard le lendemain… 8 février 1855.

Lorsque Elie DUFAURE, son destinataire, l’a ouverte, il a pu trouver à l’intérieur une correspondance manuscrite… mais rédigée sur du papier à l’entête pré-imprimée et « prestigieuse » de la « Maison de S.A.I. Le Prince NAPOLEON BONAPARTE - Cabinet »… signée par le « secrétaire particulier, Emmanuel MATTHIEU »… et qui avait été composée en date du 4 Février 1855, à PARIS, au « Palais Royal »…

Le texte du message adressé à Monsieur Elie DUFAURE est concis :

« Monsieur, j’ai l’honneur de vous prévenir que S. A. I.  Monseigneur le Prince NAPOLEON vous recevra avec beaucoup de plaisir [ en surcharge avec renvoi : « de 1 à 2 heures » ], mais dans quelques jours seulement, ses audiences étant actuellement suspendues. Recevez, monsieur, l’assurance de ma considération distinguée. Le Secrétaire Particulier. Emmanuel MATTHIEU ».

C’est le signataire qui a lui même rédigé l’adresse sur l’enveloppe, et qui a pris le soin d’enregistrer cette correspondance sous le numéro « 42 »…

Le 4 Février 1855 étant le… 35ème jour de l’année, l’activité épistolaire du « Secrétariat Particulier » apparaît limitée puisque, à défaut d’autres indices, il semble vraisemblable qu’Emmanuel MATTHIEU ait adopté le système classique de l’enregistrement annuel chronologique de ses minutes officielles, un système de classement qui se pratique encore fréquemment… et quotidiennement… dans de nombreux services de l’Administration Française contemporaine…

L’objet de ce message de début Février 1855 est sans ambiguïté : un entretien est envisagé entre Elie DUFAURE et « Son Altesse Impériale le Prince NAPOLEON »…

L’entretien envisagé consistera en une « audience de 1 à 2 heures » … Une à deux heures, il s’agit là d’une durée très significative ! …

Le Prince NAPOLEON y prendra « beaucoup de plaisir », selon les termes employés par son Secrétaire Particulier…

« Beaucoup de plaisir », c’est une formule qu’il nous faut sans doute relativiser quelque peu, en y décelant à l’évidence une certaine condescendance épistolaire liée à des « usages » « bien naturels » entre individus de « bon ton » et de « bonne éducation » mais des termes pour convenus qu’ils soient qu’il ne nous faut cependant pas négliger totalement pour autant !

Chaque mot, chaque tournure de phrase a bien sûr son importance, sa signification, qu’elle soit sincère ou purement protocolaire, surtout venant sous la plume du « Secrétaire Particulier » d’une personnalité aussi éminente que le « Prince Napoléon » mais aussi un personnage au caractère extrêmement affirmé et tranché…

« Son Altesse Impériale le Prince Napoléon Jérôme BONAPARTE » est donc un « personnage » qu’il convient bien évidemment, dans un premier temps, de situer avec précision dans sa « branche familiale » en partant d’un peu de « généalogie Napoléonienne »… ce qui nous évitera, en particulier, de le confondre avec les autres « Jérôme », membres de la famille BONAPARTE… Les « Jérôme » sont en effet très nombreux chez les « BONAPARTE », particulièrement dans l’une des branches de l’arbre généalogique dite familièrement… la « Branche des Jérôme » !

Après cet « exercice imposé », qui présente un certain intérêt car souvent les membres de cette branche ne manquent pas d’originalité, il nous faudra ensuite, dans un second temps, nous attacher plus particulièrement au Prince Napoléon puis « balayer » les diverses hypothèses relatives aux « sujets de conversation » qui pouvaient motiver l’entretien du début de l’année 1855 envisagé entre le Prince Napoléon et Maître DUFAURE, et nous tenterons ainsi de mesurer « l’importance » de cette audience officielle accordée à l’avocat Allassacois …

 

UNE HISTOIRE DE FAMILLE…  LES « JEROME » BONAPARTE …

 

« Voici une généalogie aussi plate que ridicule, ces recherches sont puériles », lançait Napoléon BONAPARTE, encore Consul, à l’un de ses « courtisans » qui lui présentait, en l’An 1800, une généalogie flatteuse de son nom et de sa famille… [ 1 ]

En matière de « généalogie », le futur Empereur aurait eu également ce « mot » qui ramenait sur cette question presque tout à sa personne : « A tous ceux qui demandent de quel temps date la Maison BONAPARTE, la réponse est bien simple : elle date du 18 Brumaire » ! … Et donc de l’an 1800… [ 1 ] …

Il reste que Jérôme, le père du Prince « Napoléon Jérôme BONAPARTE » avec lequel Maître DUFAURE a rendez vous au début de l’année 1855, était né… « Jérôme BONAPARTE » en 1784… et qu’il était donc bel et bien venu au monde… dès avant le 18 Brumaire 1800… !

Survoler un peu de généalogie « Napoléonienne », ( … de la manière la moins plate et la moins ridicule que possible, évidemment ! ), nous est donc nécessaire pour pouvoir nous y retrouver dans la grande famille « BONAPARTE »… laquelle sera, faut-il le rappeler ici, directement concernée par non moins de deux « Empires Français »… sans compter de nombreux Royaumes Européens… et laquelle famille occupera, à titre direct ou indirect, une place primordiale dans l’Histoire politique et diplomatique de l’Europe toute entière, tout au long du dix-neuvième Siècle…

« Chez » les BONAPARTE nous allons dès maintenant rencontrer plusieurs… « Jérôme »… aux liens souvent très étroits de parenté ( qu’ils soient des père-s, des fils - légitimes ou… bâtards -, des frères, des neveux )… qui ont généralement chacun le point commun d’avoir mené des existences la plupart du temps fort romanesques !

Le premier « Jérôme » que nous devons maintenant impérativement croiser est « Jérôme BONAPARTE », le frère cadet du « grand » Napoléon BONAPARTE…

Jérôme est le dernier enfant né au sein de la « prestigieuse » fratrie de NAPOLEON 1er

 

UN « FILS DE FAMILLE »… OU JEROME BONAPARTE, « L’ENFANT GATE » !

 

Jérôme BONAPARTE est né le 15 Novembre 1784, soit un peu plus de quinze années après son illustre aîné Napoléon, deux ans après sa sœur Caroline, quatre après Pauline…

« Jérôme » a deux ans, en 1786, quand il voit pour la première fois son grand-frère « Napoleone », et lui même s’appelle encore « Gerolamo »… [ 2 ]

« Gerolamo » est le huitième enfant ( et le dernier ayant dépassé le bas-âge ) parmi les onze enfants nés, au total, de l’union de Charles BONAPARTE et de Maria-Laetitia RAMONILO… ou plutôt de Laetitia et de Charles-Marie BUONAPARTE !

Le père BUONAPARTE meurt en 1785 … un an après la naissance de Jérôme… laissant sa femme dans la misère avec encore huit enfants vivants et à charge [ 2 ] …

Lorsque la « petite » famille BUONAPARTE, qui est restée attachée au parti de la « FRANCE » en ne soutenant pas les « Paolistes », est, en 1793, forcée de quitter la CORSE pour se réfugier « sur le Continent », Jérôme vit d’abord à TOULON, à La VALETTE, puis à MARSEILLE, toujours auprès de sa mère… [ 3 ]

Napoléon BONAPARTE, devenu Général, s’inquiète pour son petit frère qui n’a pas encore fréquenté d’école et qui est ignorant de tout, aussi le fait-il venir à PARIS dès 1794. Jérôme n’est alors âgé que de dix ans et Napoléon a choisi pour lui le « Collège des Irlandais » à Saint-GERMAIN-en-LAYE, où il va avoir Eugène de BEAUHARNAIS pour compagnon… Au Collège des Irlandais, Jérôme n’y reste que deux ans et n’y brille pas par son assiduité, mais plutôt par ses sottises… [ 2 ]

En 1796, BONAPARTE, le vainqueur d’ARCOLE et de RIVOLI, triomphe… et il fait alors venir sa famille en ITALIE… C’est l’occasion pour Jérôme de pouvoir interrompre ses études… Le voilà « propulsé » à MOMBELLO, au milieu d’une cour luxueuse et princière où tout le monde, et Joséphine la première, est ravi par ce joli garçon de treize ans, aux boucles noires, charmant, gai, espiègle… qui se trouve très à son aise dans cette atmosphère de fêtes… Laure d’ABRANTES écrira de lui : « Il avait dans ce temps-la, toute la légèreté, toute l’étourderie, toute la frivolité que je n’ai vues chez aucun de ses frères, c’était en homme, c’est à dire en jeune homme, le portrait ressemblant de sa sœur Paulette, lui et elle n’ont jamais eu rien de commun avec le caractère des six autres. Ils tenaient de leur père, léger et peu sérieux » [ 2 ]

Cadet « comblé », Jérôme connaît donc la « vie de Cour » fort précocement [ 4 ]… D’une nature « insouciante et légère », son instruction laisse particulièrement à désirer [ 1 ], et, à bien des égards, le cadet se comportera encore et toujours, même devenu adulte, tel le « petit dernier », enfant gâté d’une famille nombreuse !

Avant son départ pour l’EGYPTE, son « grand frère » Napoléon place maintenant Jérôme au « Collège des Oratoriens de JUILLY » [ 4 ], réputé plus sévère que celui des Irlandais [ 3 ]… Puis on le retrouve ensuite à l’Institution SAVOURE de PARIS… [ 4 ]

Lorsque Napoléon revient d’EGYPTE, il s’enquiert de son petit frère qu’il juge très mal élevé, trop gâté et toujours volontaire pour les actions de « mauvais aloi » … Il l’installe alors aux TUILERIES, au dessus de ses propres appartements, pour l’avoir sous sa coupe ; il engage de « bons maîtres » pour le pousser en Latin, en Mathématiques et en Français… Mais si Jérôme fait quelques progrès, il est vite ébloui par la « manne » qui tombe sur la famille BONAPARTE, et veut aussi en profiter… [ 2 ].

Dans son petit appartement personnel aux TUILERIES, il a déjà plusieurs domestiques à son service [ 4 ]… Il achète, sans un sou, un nécessaire de voyage à 16.000 francs qu’il fait livrer aux TUILERIES, parce qu’il aime les belles choses et il laisse le soin à son frère aîné d’en payer la note… [ 2 ]

En l’absence de Napoléon, Jérôme ne quitte pas MALMAISON, car il s’entend à merveille avec Joséphine… Il voudrait accompagner son frère en campagne, lequel a déjà emmené Eugène de BEAUHARNAIS avec lui… Napoléon engage alors Jérôme dans le Régiment des Guides que commande Eugène… [ 2 ]

Jérôme a maintenant quinze ans et demi et il se pavane dans un bel uniforme de « Chasseurs à cheval »… Il mène la joyeuse vie, emprunte de l’argent à ses frères et à ses sœurs, se bat en duel… [ 2 ].

Chasseur dans la « Garde Consulaire » dès l’été 1800 [ 3 ], les factionnaires lui présentent déjà les armes… même s’il n’est pas encore « gradé »… en sa seule qualité de « frère du Premier Consul » [ 4 ]…

Jérôme n’a de cesse de gaspiller l’argent et de faire des dettes… Il se querelle avec le jeune frère de celui qui deviendra le Maréchal DAVOUT. Il le provoque en duel au Bois de VINCENNES, sans témoins… L’arme choisie est le pistolet avec « feu à volonté » et vingt-cinq balles à tirer… Jérôme BONAPARTE reçoit à cette occasion une balle au sternum - une balle que l’on ne pourra pas extraire sur le moment - et que l’on ne « retrouvera » que… soixante années plus tard… c’est à dire après sa mort ! [ 4 ].

A la suite de cette « incartade » Jérôme est contraint par son frère de faire carrière dans la Marine, car pour Napoléon, il est grand temps d’éloigner ce cadet de PARIS …

En Novembre 1800, il a alors juste seize ans, Jérôme arrive à BREST, accompagné de SAVARY, et porteur d’une lettre de Napoléon à l’Amiral GANTEAUME : « Je vous envoie, citoyen général, le citoyen Jérôme Bonaparte pour faire son apprentissage dans la marine. Vous savez qu’il a besoin d’être tenu sévèrement et de rattraper le temps perdu. Exigez qu’il remplisse avec exactitude toutes les fonctions de l’état qu’il embrasse »… [ 2 ].

Nommé Aspirant de Vaisseau de 2ème Classe, Jérôme commence à servir à bord de « l’Indivisible » sous le pavillon de l’Amiral GANTEAUME et participe à une expédition qui se rend en EGYPTE… [ 4 ]. Devant CANDIE, « l’Indivisible » capture le « Swiftsurg » et Jérôme est chargé de ramener à PARIS l’épée du Capitaine défait… En récompense il reçoit le galon d’Aspirant de Vaisseau de 1ère Classe… [ 3 ].

De retour en FRANCE en Juillet 1801, Jérôme prend part ensuite sur « Le Foudroyant » à l’expédition de Saint-DOMINGUE qui est conduite par son beau-frère, le Général LECLERC [ 4 ]. [[ Le Général LECLERC sera le premier mari de Marie-Paulette, dite Pauline BONAPARTE ; elle l’a épousé à MOMBELLO en 1798 [ 5 ] ; Commandant l’expédition de Saint DOMINGUE où il combat Toussaint LOUVERTURE, LECLERC décédera en Novembre 1802, à CAP-FRANÇAIS, de la fièvre jaune [ 6 ] ]] …

Pour l’heure il s’agit de reprendre Saint-DOMINGUE aux esclaves en révolte, et Jérôme participe activement à la reprise de PORT au PRINCE… Son beau-frère LECLERC écrit au Premier Consul : « Je suis très content de Jérôme, il a tout ce qu’il faut pour faire un excellent officier » … [ 2 ]

Jérôme devient bientôt « Enseigne de Vaisseau »… cependant l’uniforme d’Enseigne ne lui paraissant pas assez chamarré, il paraît un jour à bord en tenue de Lieutenant de Hussards [ 3 ], ce qui contribue à son renvoi en FRANCE pour y annoncer, en Avril 1802, le succès des premières opérations aux ANTILLES [ 4 ].

La « dolce vita » que Jérôme mène à PARIS lui vaut d’être renvoyé « sèchement » aux ANTILLES, sur le brick « l’Epervier », par son Premier Consul de frère : « Mourez jeune, j’en serai consolé ; mais non pas si vous vivez soixante ans sans gloire, sans utilité pour la Patrie, sans avoir laissé trace de votre existence » [ 3 ]…

Avant de ré-embarquer, Jérôme se fait encore remarquer à NANTES en faisant la fête avec de joyeux drilles, comme le futur marquis de MAUBREUIL ; il jette toujours l’argent des autres par les fenêtres et dépense sans compter… [ 2 ]

Arrivé aux CARAIBES, il fait une « escale forcée » à la MARTINIQUE, car il est atteint par la fièvre…

Jérôme va-t-il finir par s’acheter une conduite ? … Au moins provisoirement puisque quelques temps plus tard, en 1803, il prend le commandement de « l’Epervier » avec le grade de « Lieutenant de Vaisseau » [ 3 ] …

Cependant, après la rupture de la paix d’AMIENS, au lieu d’obéir aux ordres de ré embarquer sur « l’Epervier » pour la FRANCE, Jérôme part, « bien inspiré », sur un petit voilier pour la côte Américaine avec l’idée de visiter les ETATS-UNIS [ 2 ].

Georges BLOND écrit qu’à cause de la « Dolce Vita » qu’il menait et après une dispute avec l’Amiral VILLARET de JOYEUSE, à POINTE à PITRE, Jérôme a abandonné son commandement et qu’il est « passé en Amérique »… [ 4 ]

Un site Internet Anglo-saxon précise que « Jérôme se rend aux Etats-Unis et que pour éviter les Britanniques, il est obligé de gagner NEW YORK » [ 7 ] …

Si Jérôme a commis une lourde faute en quittant le vaisseau qu’il commandait - et qu’un autre que lui serait passé en conseil de guerre pour abandon de poste devant l’ennemi - il s’avère que « L’Epervier » sera capturé par les Anglais… et que l’on annoncera déjà la capture du frère de Napoléon… lequel n’en croira rien… avec raison !

Il reste que, du fait des circonstances, Jérôme n’est désormais plus en mesure de regagner l’EUROPE… Le 15 juillet 1803, il arrive à WASHINGTON… [ 2 ]

 

L’EPISODE AMERICAIN… « BETSY, LA BELLE DE BALTIMORE » …

 

Comment subsister maintenant dans une ville étrangère ? Jérôme envoie son ami LECAMUS à la Légation Française, où le chargé d’affaires PICHON lui remet une somme de 5.000 Francs, puis se charge d’essayer de le rapatrier…

Jérôme entre temps se montre insupportable, court les lieux de plaisir, dépense des sommes folles alors que son hôte, BARNEY, un personnage qui a mauvaise réputation, lui fait connaître la meilleure société de la ville… Le nom de BONAPARTE lui ouvre toutes les portes… On trouve enfin un bateau pour qu’il embarque mais Jérôme refuse de repartir et il se rend à BALTIMORE pour rencontrer des amis de la « Marine Française » [ 7 ] …

Mais c’est aussi dans cette qu’il rencontre une jeune fille Elisabeth PATTERSON, âgée de dix-huit ans…

Elisabeth, surnommée « Betsy », est ravissante [ 7 ]… Un livre, qui lui sera consacré bien plus tard, s’intitulera «  La Belle de BALTIMORE »…

« Betsy », qui est indéniablement très jolie, « brille dans tous les bals » [ 4 ] … « And », comme dans un bon scénario Holywoodien : « They met at a party, fell in love, and within two months got married. He was 19, she was 18 » !!!  [ 7 ]

Tout en fait n’aura pas été aussi simple avant cet « heureux » dénouement!!!

Jérôme a demandé la main de Betsy et le mariage a été annoncé pour le 3 Novembre 1803… PICHON est atterré car Jérôme n’a pas dix-neuf ans et qu’il va se marier sans le consentement de sa famille… Le Premier Consul ne pourra qu’être furieux… surtout après PICHON qui n’aura pas su empêcher cette « folie ».

Le père PATTERSON, alerté par PICHON, envoie vite sa fille en VIRGINIE car Jérôme serait « un étourdi, un prétentieux, un outrecuidant personnage, mais aussi un panier percé qui n’a que des dettes »... Jérôme enrage mais il dépêche LECAMUS chez PICHON pour lui demander de ne pas en référer à TALLEYRAND, et faire connaître qu’il renonce à son projet de mariage ! … Mais rien n’est fini ! Car Elisabeth revient de VIRGINIE et déclare  qu’elle aime mieux être la femme de Jérôme pour une heure que la femme d’un autre pour toute sa vie . ( Le Destin la prendra au mot ! ), et elle prévient son père qu’elle fera un scandale s’il ne la marie pas à Jérôme ! Le père capitule… [ 2 ]

Bien qu’encore mineur, … et sans avoir obtenu l’autorisation de sa mère… encore moins celle de son frère Napoléon [ ! ] … Jérôme épouse donc « sa » belle, à BALTIMORE, le 24 Décembre 1803 [ 1 ].

La mariée est la fille de William PATTERSON, un émigrant Irlandais, ancien « gun runner » durant la Révolution ( Américaine ) [ 7 ], Ecuyer de la Ville de BALTIMORE, et de Dorcas SPEAR, son épouse [ 8 ] … William PATTERSON est aisé puisqu’il est à la tête de la deuxième fortune du MARYLAND [ 7 ].

Le mariage est célébré selon le rite catholique en présence de John CAROLL, le plus haut dignitaire du clergé catholique aux ETATS-UNIS, dans la Cathédrale de BALTIMORE, le premier Diocèse du Pays…

En guise de « joyeux Noël », Jérôme envoie LECAMUS chez PICHON pour lui annoncer la bonne nouvelle et surtout pour lui réclamer de l’argent, 4.000 Dollars… PICHON suffoque de rage et finit par envoyer son rapport à TALLEYRAND, Ministre des Affaires Etrangères…

UNE UNION INVALIDEE …

Cette union « mixte » - le jeune marié était catholique et la jeune fille protestante - est scellée dans les formes… avec ( presque ! ) toutes les dispenses nécessaires pour marier deux jeunes gens mineurs…

Cependant si la cérémonie nuptiale a lieu avec l’accord des parents PATTERSON… elle se déroule totalement à l’insu du Premier Consul [ 9 ] … et Jérôme étant « mineur non autorisé » , il résulte qu’en droit Français son mariage est « nul »…

En « bon père de famille » [ au sens du futur Code Napoléon ! ], mais plus exactement en gestionnaire avisé, Monsieur PATTERSON a fait stipuler dans l’article 4 du contrat de mariage de sa fille que, si pour quelque raison que ce soit, une séparation était ultérieurement demandée, Elisabeth BONAPARTE ( PATTERSON ) aurait droit : « à la propriété et jouissance pleine et entière du tiers de tous les biens réels, personnels et mixtes, dudit Jérôme BONAPARTE, présents et à venir, pour elle, ses héritiers, exécuteurs, administrateurs, etc. » [ 3 ]…

En FRANCE, le Premier Consul Napoléon BONAPARTE, déjà « Consul à vie », devient, moins d’un an après le mariage de son frère cadet Jérôme, « l’Empereur des Français NAPOLEON 1er » …

NAPOLEON 1er s’empresse de faire déclarer « nul » le mariage de Jérôme… en ce qu’il est d’abord contraire à… sa politique [ 1 ], tout autant ensuite qu’aux destinées Royales prestigieuses qu’il entrevoit pour l’ensemble des membres de sa fratrie ! …

C’est en chef de famille bafoué que NAPOLEON aurait prononcé en langue Corse des mots terribles à l’encontre de l’indigne cadet Jérôme : « Je le raye de notre famille. Je ne le reverrai jamais »… [ 3 ]

Pendant ce temps Elisabeth, tout aussi frivole que son mari, jouit de sa nouvelle position de Madame BONAPARTE dans la bonne société de BALTIMORE, tandis que PICHON envoie des rapports… [ … qui lui vaudront finalement son rappel à PARIS… Il apprendra alors que Jérôme, à qui il avait avancé tant d’argent, avait écrit à PARIS pour se plaindre de lui… et il aura beau protester contre les délations de « Monsieur Jérôme », il devra tout de même rentrer en FRANCE ! ] …

En Mars 1804, MEYRONNET arrive aux ETATS-UNIS et transmet à Jérôme l’ordre de son frère de rentrer au plus tôt sur un bâtiment de guerre Français… Jérôme écrit à TALLEYRAND pour gagner du temps, mais il commence à être inquiet, car il a appris le remariage de son frère Lucien, sans l’autorisation de NAPOLEON 1er, et que celui-ci l’a banni ! [… Lucien BONAPARTE a épousé en secondes noces, le 26 Octobre 1803, Alexandrine JACOB de BLESCHAMPS [ 5 ] ].

Le frère d’Elisabeth, Robert PATTERSON, se rend à PARIS. Il y rencontre le représentant des ETATS-UNIS, LIVINGSTONE, qui lui conseille de dire aux jeunes mariés de rester aux AMERIQUES jusqu’au jour ou ils pourront rentrer la tête haute… Robert rencontre aussi Lucien, le proscrit, qui lui dit que la famille ( à l’exception de Napoléon ) approuve le mariage, et que Jérôme doit rester en AMERIQUE et s’efforcer d’y obtenir la nationalité Américaine… [ 2 ]

Entre-temps, Jérôme a d’autres soucis : la Légation Française a reçu l’ordre de ne plus donner d’argent à l’officier déserteur… et aucun capitaine ne doit recevoir « la jeune personne » a son bord… Car Betsy n’a pas le droit d’entrer en FRANCE…

Longtemps supplié par sa mère et par son frère Lucien, l’Empereur NAPOLEON 1er a fini par dire de Jérôme : « Je ne le reverrai jamais s’il ne se soumet pas. Et quoi qu’il arrive, Elisabeth PATTERSON n’aura jamais la permission de débarquer sur le territoire de l’Empire »… [ 3 ]

L’Empereur aurait poursuivi : « Je recevrai Jérôme si, laissant en Amérique la jeune personne en question, il vient ici pour s’associer à ma fortune. S’il l’amène avec lui, elle ne posera pas le pied sur le territoire de FRANCE. S’il vient seul, j’oublierai son erreur d’un moment et sa faute de jeunesse »… [ 2 ]

NAPOLEON écrira peu après à Jérôme : « Votre union avec Melle PATTERSON est nulle aux yeux de la religion comme aux yeux de la Loi. Ecrivez à Melle PATTERSON de retourner en AMERIQUE [ elle est alors en ANGLETERRE ]. Je lui accorderai une pension de soixante mille Francs sa vie durant, à la condition que dans un aucun cas, elle ne fera usage de mon nom. Vous-même lui ferez connaître que vous n’avez pu ni ne pourrez changer la nature des choses. Votre mariage ainsi annulé par votre propre volonté, je vous rendrez mon amitié (…) » … [ 3 ]

NAPOLEON avait fait rendre un Décret par le Conseil d’Etat : « Aucun officier d’état civil n’a le droit de transcrire un prétendu mariage que M. J. Bonaparte aurait contracté en pays étranger », puis un second décret qui stipulait : « les enfants à venir illégitimes et ne pourraient réclamer aucun lien de parenté fondé sur ce prétendu mariage ».

Exigeant la soumission de Jérôme… qui s’y résoudra au final « la mort dans l’âme »… NAPOLEON 1er obtient du Conseil d’Etat, et de l’Officialité de PARIS, saisie sur le conseil du Cardinal FESCH, l’annulation du mariage de son frère … aussi bien sur le plan civil que sur le plan religieux… Même si le Pape PIE VII se refusait à l’annulation religieuse de ce mariage, en prenant en compte, en particulier, la naissance « chez » les jeunes époux BONAPARTE ( PATTERSON ), le 7 Juillet 1805 d’un fils… lui aussi prénommé « Jérôme »… « Jérôme Napoléon BONAPARTE-PATTERSON » ! [ 8 ]…

Le ( jeune ) père Jérôme se trouve déjà géographiquement éloigné de la mère du nouveau-né au moment de la naissance… Les deux premiers « Jérôme BONAPARTE », le père et le fils, ne feront « connaissance » que bien après… En 1819, seulement ! [ 8 ] …

Jusqu’au dernier moment, Jérôme avait espéré que les choses s’arrangeraient, et sa mère lui avait conseillé d’envoyer sa femme en HOLLANDE… Le père d’Elisabeth avait mis à la disposition de son gendre et de sa fille un voilier de commerce et le 3 mars 1805, le couple, accompagné de LECAMUS et de Miss SPAER, la tante d’Elisabeth, s’était embarqué sur « l’Erin » pour la FRANCE… Le 8 avril 1805, « l’Erin » jetait l’ancre à BELEM, près de LISBONNE, où le chargé d’affaires fut alerté de leur arrivée. Il déclara qu’il avait un passeport pour « M. BONAPARTE », mais qu’il n’avait pas l’autorisation de délivrer de laisser-passer à « Mademoiselle PATTERSON ».

Jérôme choisit d’obéir finalement aux ordres de son frère… L’Erin emmènera Elisabeth a AMSTERDAM tandis qu’il ira rejoindre son frère qui se trouve alors en ITALIE, et il plaidera sa cause auprès de lui… Les deux époux se disent au revoir et s’étreignent ; c’est un adieu, : ils ne se reverront plus…

Pendant que Jérôme galope vers l’ESPAGNE, Elisabeth fait route vers la HOLLANDE. Jérôme arrive à BARCELONE, file sur GRENOBLE, passe les ALPES et arrive enfin en à TURIN… où NAPOLEON 1er refuse de le recevoir…

Jérôme reste dix jours à TURIN et médite sur une terrible alternative : rester avec sa femme, pauvre et sans gloire… ou obéir à son frère et connaître les honneurs et la fortune…

Jérôme a vingt ans et rien d’un héros de CORNEILLE ! Il écrit a son aîné qui le reçoit : « Je suis content du jeune homme qui a de l’esprit, qui sait qu’il a fait une sottise et veut la réparer autant qu’il dépend de lui »…

Sur ordre de l’Empereur, LECAMUS est reparti en HOLLANDE pour commander à Elisabeth de rentrer en AMERIQUE… Mais en fait elle se trouve maintenant en ANGLETERRE, parce que AMSTERDAM lui a refusé l’entrée du port…

Elle qui se dit la belle-sœur de NAPOLEON 1er est donc allée se réfugier chez ses ennemis ! Enceinte de sept mois, pouvait-elle envisager une nouvelle traversée aussi longue ? Assurément non ! Et chacun en ANGLETERRE, où elle avait des relations, la plaignait. Elle fut accueillie a LONDRES comme une victime du « Corse exécré » !

LA VENUE AU MONDE D’UN SECOND JEROME !

Elisabeth BONAPARTE-PATTERSON mit donc au monde le 7 juillet 1805, un garçon, « Jérôme-Napoléon »… qui ne connaîtra son père que bien plus tard, à ROME.

Ce second « Jérôme » « BONAPARTE » [ ou «  PATTERSON » ? A-t-il qualité d’enfant « légitime » compte tenu du mariage annulé de ses parents ? ], que nous rencontrons à présent, voit le jour à CAMBERWELL, en GRANDE- BRETAGNE, où il est élevé dans la religion catholique. Sa mère, pourtant protestante, considère en effet que c’est « la religion des Rois »… et elle a les plus grandes ambitions pour son fils… [ 10 ]

Surnommé « BO », à la manière Nord-Américaine, ce Jérôme deviendra le « Chef » de la Branche généalogique « BONAPARTE-PATTERSON »…

Le mariage « fondateur » de la branche n’ayant jamais été reconnu par NAPOLEON 1er, qui l’a fait très rapidement annuler, les « PATTERSON » ne seront pas, « techniquement », en droit de porter le nom de « BONAPARTE »… jusqu’à ce que bien des années plus tard, l’Empereur… ( mais il s’agira alors de NAPOLEON III ) … ne les y autorise finalement… mais sans pour autant jamais accepter de les intégrer officiellement dans la définition protocolaire de la « Famille Impériale »... [ 8 ]

Durant le « règlement » de la question de son union matrimoniale, Jérôme BONAPARTE, « le ( jeune ) père », reste un court moment en disgrâce… [ 4 ] … tandis que son « ex-épouse », Elisabeth PATTERSON a toujours l’interdiction formelle de NAPOLEON 1er d’entrer dans les ports d’EUROPE…

Jérôme écrit, en ces temps, à Élisabeth des lettres touchantes où il lui recommande la patience et lui indique qu’il ne faut pas irriter le souverain… Il ira bientôt la rejoindre, elle et leur fils… Betsy ne semble pas dupe et n’a pas vraiment confiance en ses déclarations de fidélité… [ 2 ]

NAPOLEON 1er, pour parfaire l’annulation du mariage, écrit au Pape, mais celui-ci persiste à lui refuser l’annulation religieuse de l’union.

Au final, Jérôme BONAPARTE sacrifie de fait, fin 1805, sa femme et son fils à la perspective alléchante qui s’ouvre devant lui, avec une quasi certitude, de la fortune, des titres et des honneurs… [ 3 ]

 

ROI DE WESTPHALIE, GENDRE DU ROI DE WURTEMBERG : DER KONIG LUSTIGE !

 

Jérôme revient finalement en grâce auprès de son frère, il réintègre la Marine. A GENES, il se console de l’absence d’Elisabeth avec des belles du port [ 2 ]. Il est de nouveau « appelé » en mission par l’Empereur qui l’envoie à ALGER pour réclamer du Bey la libération des captifs Génois, Italiens et Français qui se trouvent alors retenus dans les bagnes de la ville… [ 3 ] Jérôme embarque pour délivrer les esclaves retenus. Cette expédition réussit sans peine, le Bey ayant été grassement payé… mais la gloire retombe sur Jérôme qui est fêté par la population… Il rejoint PARIS… NAPOLEON est satisfait de sa conduite lui déclarant « qu’il était bien jeune, bien léger, qu’il il lui fallait du plomb dans la tête mais que pourtant il espérait en faire quelque chose »…

Cette mission exécutée, Jérôme est promu « Capitaine de Vaisseau », et il embarque à BREST, le 13 décembre 1805, à bord du « Vétéran », un navire de 74 canons, pour combattre les Anglais… [ 3 ]… Il est accueilli sur « le Vétéran » avec tous les honneurs : fêtes, banquets, harangues élogieuses… malgré les recommandations de NAPOLEON 1er, qui voudrait que l’on traite son frère comme un Officier ordinaire [ 2 ].

Sur « Le Vétéran » Jérôme navigue du Cap de BONNE ESPERANCE à l’AMERIQUE du SUD… A CAYENNE, il rencontre une goélette Américaine qui « connaît » bien les PATTERSON… Aussi, il écrit à cette occasion à sa femme des lignes qui sont, soit « incroyables d’hypocrisie », soit auxquelles il croyait lui même ! … Il vogue vers les ANTILLES, il est tout près d’Élisabeth, il lui donne de ses nouvelles, il regrette de ne pas pouvoir la voir… [ 2 ].

Lorsque une tempête survient et disperse les bâtiments de l’escadre… « Le Vétéran » se retrouve isolé… Regagnant la FRANCE, Jérôme parvient cependant à enlever quelques bâtiments ennemis… Forçant le blocus, au large de la BRETAGNE, il est chassé par plusieurs vaisseaux Anglais et il réussit encore à leur échapper, dans la baie de CONCARNEAU, en passant au travers des récifs…

Après les exploits maritimes du « Vétéran », Jérôme est accueilli avec enthousiasme par l’Empereur, et regagne auprès de lui toutes ses faveurs : à vingt-deux ans il est nommé « Contre-Amiral » ; il est fait par ailleurs « Grand-Aigle de la Légion d’Honneur », tout en accédant au statut de « Prince Français » [ 4 ]. Il est doté d’une rente d’un million et il retrouve sa place dans l’ordre de l’hérédité impériale… [ 2 ]

De nouvelles perspectives de carrière s’ouvrent devant lui… et il peut alors se décider à abandonner la Marine…

Ayant obtenu le grade de « Général de Brigade », il est nommé au commandement d’un corps de Bavarois, de Badois et de Wurtembergeois, le 6 octobre 1806… A la tête de ses soldats, il fait preuve de beaucoup d’activité et il est promu « Général de Division », le 14 mars 1807.

Par un article du Traité de TILSITT, son frère le fait reconnaître comme « Roi de WESTPHALIE », le 8 juillet 1807…

Jérôme quitte alors le 9ème Corps d’Armée dès le 23 juillet suivant…

Altesse Impériale… et… désormais Royale, Jérôme épouse à PARIS, le 22 du mois d’Août 1807, Catherine de WURTEMBERG, fille du Roi de WURTEMBERG…

NAPOLEON 1er montrera beaucoup de bonté pour sa belle-sœur, lui faisant des cadeaux, lui payant sa robe de mariée et un nouveau trousseau… Le mariage a lieu en grande pompe. Jérôme parait tout en satin blanc ! [ 2 ]

Le « Roi Jérôme » rejoint ensuite CASSEL, la Capitale de son nouveau Royaume au mois de décembre 1807… [ 4 ]

Sur le trône de WESTPHALIE, le « Roi Jérôme 1er » se montre particulièrement frivole et dépensier ! [ 1 ]…

Pour un Royaume d’à peine 7 000 KM2 La liste des dignitaires de la Cour de WESTPHALIE et de son personnel est à peu près comparable à celle de la Cour Impériale Française ! [ 3 ].

Si son comportement à la tête de son Etat apparaît fort critiquable, il ne faut pas oublier que Jérôme n’avait que… vingt trois ans lorsqu’il avait reçu la Couronne !

Il demeurait alors notoirement d’un naturel insouciant, friand de plaisirs et… coureur de jupons… [ 4 ]…

Très vite, les difficultés financières apparurent… On décida de faire un emprunt… Mais le Roi voulait ignorer ces difficultés ; il voulait la splendeur et le faste… Il acheta diamants, vaisselle, habits somptueux, chevaux, carrosses et il se prit pour le « Roi Soleil »… Il se disait gai, « lustig » comme il se nommait lui-même, « König lustig »… Ce surnom lui est resté dans l’Histoire

Comme tous les parvenus Jérôme confondait générosité et gaspillage. Il payait grassement ses ministres et ses domestiques, multipliait les cadeaux et les pourboires restant sourd aux admonestations de son frère aîné que cette insouciance exaspérait : « J’ai vu peu d’hommes qui aient si peu de mesure que vous. Vous ignorez tout et vous vous conduisez que d’après votre tête, rien chez vous ne se décide par la raison, mais tout par l’impétuosité et la passion ». Et NAPOLEON ajoutait en post scriptum : « Mon ami , je vous aime , mais vous êtes furieusement jeune » [ 2 ]

NAPOLEON 1er n’aura pas au cours de ces années à se louer particulièrement de l’attitude militaire du « Roi de WESTPHALIE »…

Le 4 juillet 1809, il lui donne l’ordre d’envahir la BOHEME et de soutenir JUNOT, mais Jérôme ne le fait pas parce qu’il est en froid avec le duc d’ABRANTES car son corps d’armée n’est pas placé sous son commandement suprême !

JUNOT est battu… heureusement la victoire de WAGRAM parvient à rétablir la situation militaire… Jérôme repart à CASSEL sans avoir combattu. NAPOLEON 1er lui reprochera alors vivement sa conduite dans un terrible réquisitoire… [ 2 ]

« Vous faites la guerre comme un satrape ! Sachez bien que, soldat , je n’ai point de frère et que vous ne me cacherez point les vrais motifs de votre conduite sous des prétextes frivoles et ridicules… Vous êtes un jeune homme gâté… je crains fort qu’il n’y ait rien à attendre de vous »

« Jérôme 1er » parviendra malgré tout à se maintenir sur le trône de WESTPHALIE…

Le royaume de WESTPHALIE cessera cependant finalement d’exister le 30 Septembre 1813…

« Au crépuscule de l’Empire », Jérôme se réfugie en ITALIE, dès après la campagne de FRANCE de 1814…

A la nouvelle du retour de l’Ile d’ELBE, Jérôme trompe la vigilance des Autrichiens et s’embarque à NAPLES pour gagner la FRANCE et se ranger à nouveau sous les ordres de son frère… Le 13 mai 1815, il s’embarque pour la CORSE, puis de la CORSE à GOLFE-JUAN… De là, il remonte la vallée du RHONE… Il est acclamé à LYON où Il rejoint NAPOLEON 1er, le 27 mai 1815…

Le 1er juin 1815 se déroule une fête grandiose à PARIS… L’Empereur et ses frères apparaissent en habits rutilants, mais cette mascarade en grande pompe ne cache pas le malaise… et la fragilité de la situation…

Nommé « Pair de FRANCE », lors de la Campagne de BELGIQUE, Jérôme prend le Commandement de la « 6ème Division » du « 2ème Corps », sous les ordres du Général REILLE… « Il faut vaincre ou se faire tuer », dit-il alors… Et c’est bien ce qui manque presque de se produire… Blessé deux fois en trois jours il se bat avec une grande vaillance et au soir de WATERLOO, l’Empereur lui affirmera avec admiration et affection « qu’il l’avait connu trop tard »… [ 3 ]. Jérôme est enfin reconnu comme un « vrai militaire » aux yeux de son frère qui l’aurait alors complimenté ainsi : « Il est impossible de mieux se battre, je regrette de vous avoir connu trop tard ! » [ 4 ] ...

Malgré la chute de l’Empire et de son Royaume, Catherine de WURTEMBERG refuse le divorce auquel sa famille la pousse pourtant ! [ 3 ]

Le beau-père de Jérôme autorise son gendre, le désormais « ex-Roi de WESTPHALIE », à porter le titre de « Comte de MONTFORT », nom moins voyant et moins honni que pouvait l’être alors celui de BONAPARTE…

Ce titre de « Comte de MONTFORT » est conféré à Jérôme par Frédéric de WURTEMBERG qui se souvient peut-être que c’est NAPOLEON 1er qui avait tout de même élevé son propre Duché en Royaume… Alors, dans l’adversité rencontrée par la famille BONAPARTE, le Roi du WURTEMBERG consent à accorder au mari de sa fille, qui conserve elle à la fois le rang et le titre d’Altesse Royale, un titre qui est emprunté à un château… en ruines ( y aurait-il là symbole volontaire ? )… situé sur les rives tranquilles du Lac de CONSTANCE [ 8 ]…

 

LE « COMTE DE MONTFORT » ET SES ENFANTS… LES « JEROME »…

 

Dès la chute de l’Empire, le Comte de MONTFORT commence à vivre désormais ce qui sera une très longue période d’exil…

Le couple, qu’il forme avec sa femme Catherine de WURTEMBERG ( qui conserve non seulement son rang et son titre d’Altesse Royale… mais surtout les quelques revenus qui y sont attachés ! ), s’installe en AUTRICHE… puis en ITALIE… successivement à ROME, à TRIESTE et puis à FLORENCE…

Un premier fils ( légitime ) est déjà né dans ce foyer, en 1814… Il a été prénommé par ses parents : « Jérôme » !!! … S’il porte aussi comme second prénom : « Napoléon », Il s’avère que c’est donc le troisième « Jérôme BONAPARTE », en deux générations, que nous rencontrons à présent…

Deux cadets succèdent à Jérôme Napoléon ; d’abord une fille, « Mathilde », qui naît en 1820… et puis un autre fils… qui voit le jour le 9 Septembre 1822… et qui est prénommé pour sa part : « Napoléon Jérôme Joseph Charles Paul »…

« Napoléon Jérôme Joseph Charles Paul » porte donc, mais dans un ordre inversé, les mêmes premiers prénoms que ses aînés… Les deux « Jérôme Napoléon » aînés, l’enfant légitime et le « bâtard » PATTERSON… !

« Napoléon Jérôme Joseph Charles Paul » deviendra ultérieurement « le Prince Napoléon »… Il compte lui aussi « Jérôme » au nombre de ses prénoms… Et il est par conséquent maintenant le quatrième « ( Napoléon )-Jérôme » que nous rencontrons… C’est lui Napoléon Jérôme qui accordera une audience à Elie DUFAURE en 1855 ...

S’il fallait encore chercher à compliquer un peu plus cet enchevêtrement de « Jérôme » BONAPARTE pour l’état civil, il s’avère en 1819, alors qu’il est âgé de quatorze ans, que « Jérôme » « BO », « l’Américain », le fils aîné… mais « illégitime » du « Roi Jérôme », traverse l’ATLANTIQUE et qu’il s’apprête à venir séjourner quelques années en EUROPE… [ 10 ]

Il est tout d’abord l’élève d’une Institution Genevoise… puis il voyage… et… de passage en ITALIE, il rencontre ( enfin ! ) la Famille Impériale, car la plupart de ses membres demeurent dans la péninsule, encore exilés de FRANCE…

« BO » l’Américain, est traité de la façon la plus affectueuse qu’il soit par sa « famille »… Son père, le « Roi » Jérôme, n’y fait pas exception…

Il est même très bientôt question de marier « BO » à la Princesse Charlotte, qui est la fille du « Roi Joseph », l’un des autres frères de NAPOLEON 1er, qui lui-même réside désormais depuis 1815 aux… ETATS-UNIS, à BORDENTOWN [ 7 ]…

Le 31 décembre 1821, la Reine Catherine de WURTEMBERG, « belle mère » de « BO », depuis TRIESTE, écrit à son beau-frère Joseph : « Cet évènement me rendrait personnellement heureuse, puisque cette alliance mettrait Jérôme [ « BO » ] dans une position naturelle vis-à-vis de moi et de mes enfants »…

De son côté « Madame Mère » ( … née Laetitia RAMONILO ) manifeste le plus vif enthousiasme à l’égard de ce projet, comme en témoigne aussi une lettre adressée à Joseph : « Vous avez raison d’être décidé à la réunir avec le fils de Jérôme. Ce jeune homme est ici depuis deux mois ; j’en suis émerveillée ; il n’est pas possible de trouver son aplomb et son bon sens à son âge et sans doute Charlotte serait heureuse »… [ 10 ]

Cependant en 1823, Jérôme « BO » regagne les ETATS-UNIS et il va y suivre les cours de l’Université de HARVARD, à CAMBRIDGE ( MASSACHUSETTS )…

Finalement, sans qu’on en connaisse bien la raison, le projet de son mariage avec la Princesse Charlotte n’aboutira pas ; et celle-ci épousera un autre de ses « cousins germains », le fils aîné de Louis… « Napoléon Louis », le frère aîné du futur NAPOLEON III, qui était lui même prénommé… « Louis Napoléon » [ 10 ]…

En 1826, Jérôme-Napoléon « BO » est de nouveau de retour en EUROPE. Il revoit à nouveau toute sa famille paternelle et il passe même de longues semaines avec le « Roi Jérôme »…

De son côté, sa mère Betsy s’ingénie à lui trouver en EUROPE une épouse de haute naissance… Il fait la sourde oreille… L’idée de passer toute sa vie en EUROPE ne semble guère lui sourire… Une banale question de gastronomie ?

Lors de son premier séjour, « BO » écrivait en effet à son grand-père PATTERSON : « Depuis que je suis en EUROPE, j’ai dîné avec des Princes et des Princesses, mais je n’ai trouvé aucun plat autant à mon goût que le rosbif et le bifteck que je mangeais à SOUTH STREET » [ 5 ]… Ainsi « ( Mac ) BO » n’appréciait-il donc guère à son époque la nourriture qui lui était servie pourtant sur les meilleures tables Européennes !!!

Et « BO » est de nouveau bientôt de retour à BALTIMORE…

A l’insu de sa mère [ ! ] et à la grande colère de celle-ci, il épouse la fille d’un important négociant, presque aussi riche que les PATTERSON, Susan-May WILLIAMS [ 7 ]…

Dès lors, les relations de « BO » avec la famille BONAPARTE vont peu à peu s’espacer, mais toutefois sans être jamais interrompues…

Nous aurons ainsi à y revenir et nous retrouverons un peu plus loin… et un peu plus tard… les « BONAPARTE-PATTERSON » !!! …

Signalons seulement que « BO » en 1830 informera sa « famille Européenne » de la naissance de son premier-né… et il en recevra des compliments [ 9 ] … Peut-être parce que ce fils ( qui était le premier « petit-fils » du « Roi » Jérôme ) était prénommé : « Jérôme Napoléon » !!! … Oui ! Nous en sommes ici arrivé à un… cinquième « Jérôme » BONAPARTE ! … Qui plus est un nouveau : « Jérôme Napoléon » !!!

De son côté, en 1835, le « Roi Jérôme » fait part à « BO » de la mort de son épouse la Reine Catherine ; celle qui était, « d’une certaine manière », sa « belle mère »… [ 10 ].

C’est en effet en Novembre 1835 que l’ex-Roi Jérôme devient veuf ; perdant une épouse qui avait toujours montré beaucoup d’amour et de dévouement malgré la conduite inconstante de son mari [ 4 ] ; celle qui avait été, semble-t-il, la belle sœur préférée de NAPOLEON 1er qui lui témoignait toujours une affection enjôleuse [ 9 ] …

Mais au delà de ses seules qualités de cœur, cette épouse permettait par ses rentes et ses pensions de procurer au couple les revenus indispensables qui lui permettaient de subvenir  à ses besoins et à l’entretien des enfants…

 

RAPPROCHEMENT DES BRANCHES BONAPARTE « JEROME » ET « LOUIS »…

 

Les circonstances, en particulier celles d’ordre financier, poussent la branche des « Jérôme » BONAPARTE à se rapprocher « opportunément » de la branche des « Louis » BONAPARTE…

La branche des « Louis » est alors essentiellement représentée par la « Reine Hortense » [ l’ancienne « Reine de HOLLANDE », née Hortense de BEAUHARNAIS, sœur d’Eugène, séparée de Louis BONAPARTE, ex « Roi de HOLLANDE » ], ainsi que par son Fils survivant « Louis-Napoléon » [ le futur NAPOLEON III ]… dont le frère aîné « Napoléon Louis » a été tué récemment en ITALIE en 1831…

Hortense convie ses neveux, les jeunes orphelins, Mathilde et Napoléon Jérôme, à passer quelques semaines auprès d’elle à ARENENBERG en SUISSE…

C’est dans les mois qui suivent qu’une idylle se noue entre Louis-Napoléon et Mathilde… et que des projets avancés de mariage sont échafaudés… même si l’ex-Roi « Louis » y est opposé… alors que l’ex-Roi « Jérôme » y voit un intérêt financier…

L’échec de la « conspiration de STRASBOURG » fomentée par Louis-Napoléon BONAPARTE en Octobre 1836 met assez vite un terme à ces projets de mariage…

Défendu par BERRYER, Louis-Napoléon est condamné au bannissement perpétuel et part pour l’AMERIQUE… Et Hortense suggère, en vain, que Mathilde suive son fils Louis-Napoléon de l’autre côté de l’ATLANTIQUE et l’y épouse [ 9 ]…

Mais Mathilde rompt cette relation sentimentale rapidement, selon les vœux formés alors par son père, et en ne songeant nullement à s’élever contre cet interdit paternel.

Cette rupture, juste après la malheureuse équipée de STRASBOURG par laquelle Louis Napoléon a tenté pour la première fois, et de manière inconséquente, de prendre le pouvoir, restera certainement pour lui comme une blessure, lui qui voyait cette union comme étant à la dimension de l’Histoire, une Histoire qu’il se promettait de recommencer… [11 ]

C’est aussi au cours des années 1835 et 1836 que Louis Napoléon, son aîné de quinze années environ [ il était né en 1808 ], « parachève » l’éducation du Jeune Napoléon Jérôme, son cousin cadet, né en 1822…

Cette cohabitation a fait naître entre les deux cousins une confiante affection qui perdurera toujours… en dépit des dissentiments ultérieurs qui pourront naître entre eux à l’occasion d’événements divers qui affecteront leurs existences privées et publiques ! [ 11 ]

On retiendra essentiellement que Napoléon-Jérôme et Mathilde, qui furent un temps ses beau-frère et épouse potentiels, demeureront les cousins les plus proches de Louis Napoléon, avec lequel ils entretiendront toujours des relations très étroites… alors même que celui-ci quelques années plus tard deviendra Président de la République Française… et peu de temps après : « Empereur des Français » !

 

LA JEUNESSE DE NAPOLEON-JERÔME ...

 

Le petit Prince, né à TRIESTE le 9 Septembre 1822 [ soit moins de deux années avant Elie DUFAURE ], ne semblait pas prédestiné, a priori, à devenir un jour le chef de la famille Impériale… D’autant qu’il avait déjà un frère aîné…

Napoléon Jérôme, le frère cadet de Mathilde, conservera pour l’Histoire le surnom cocasse de « Plon Plon » que lui avait donné sa sœur enfant… ce qui ne l’empêchera pas d’être l’aïeul de l’actuel Prince Napoléon, Chef contemporain de la Maison Impériale ! [ 8 ]… « Plon Plon » ! … Les diminutifs et surnoms apparaissent dans la vie politique Française vers 1830… Vingt années plus tard quand Louis Napoléon se proposera comme Prince Président, sa campagne se fera au son d’un slogan phonétique primaire : « Poléon, c’est du bon ! » … [ 8 ]

La naissance, en 1822, du « petit prince » Napoléon Jérôme BONAPARTE survient un an après la mort de son oncle prestigieux l’Empereur NAPOLEON 1er, à une époque durant laquelle les BONAPARTE sont encore pourchassés à travers toute l’EUROPE…

L’enfant est intelligent… Il va être confié à un précepteur compétent, Enrico MAYER, qui s'attachera à discipliner ce qu’il y a d’impétueux dans le caractère de son élève, et qui lui dispensera un enseignement comportant des bases solides… [ 10 ]

Outre le Français et l’Italien, le jeune Prince pourra ainsi parler bientôt l’Anglais et l’Allemand, et son esprit sera ouvert non seulement aux disciplines scientifiques mais aussi à la Littérature ou à l’Histoire [ 10 ] ...

En 1835, après la mort de sa mère, Napoléon-Jérôme séjourne, on l’a vu, une année chez sa tante la Reine Hortense [ née de BEAUHARNAIS, la fille de Joséphine ] et il se lie d’amitié avec son cousin Louis Napoléon… même si leurs routes se séparent dès la fin de l’année 1836…

Ensuite, le jeune « Prince Napoléon Jérôme » s’inscrit dans une école militaire, selon les vœux de son oncle GUILLAUME 1er, le Roi de WURTEMBERG… [ 5 ]

Il en sort « Sous-Lieutenant », au premier rang de sa promotion, et il signe un engagement au « Régiment des Gardes »…

Son frère aîné, « Jérôme », le Prince de MONTFORT, s’est également orienté vers une carrière militaire… mais celui-ci va décéder jeune, le 12 Mai 1847, à peine âgé de trente quatre ans, en ne laissant pas de postérité... Un « Jérôme » quitte donc la scène…

Atteint d’une maladie de la moelle épinière, ce « Jérôme » a passé ses dernières années alité… Certains avaient suggéré de l’envoyer en CORSE pensant que l’air du « pays familial » lui ferait du bien mais les autorisations de séjour qui lui étaient nécessaires pour résider dans cette terre de FRANCE lui avaient toutes été refusées !

En 1846, Mathilde obtiendra cependant pour son frère « Napoléon Jérôme » [ « Plon Plon » ], l’autorisation qu’il puisse traverser la FRANCE pour se rendre en ANGLETERRE, sous le nom de « Prince de MONTFORT », où « Plon Plon » rencontrera à cette occasion les milieux… Bonapartistes !

 

LA FIN D’UN LONG EXIL FAMILIAL !

 

Mathilde, quant à elle, a déjà eu l’occasion de résider en FRANCE…

Son « retour » peut être daté précisément du 17 Août 1841, jour de son installation à PARIS, dans un hôtel loué à l’angle de la Rue Saint-DOMINIQUE et de la Rue de BOURGOGNE… Elle ne connaissait alors de ce pays, « la FRANCE », que ce qu’elle en avait entendu dire par sa famille et ses compagnons d’exil ainsi que par les leçons de son précepteur…

Elle était venue à PARIS à la fin de l’été 1841 pour un long séjour d’agrément avec son mari le Comte Anatole DEMIDOFF [ ou DEMIDOV ] … Car le 1er Novembre 1840 Mathilde s’était mariée… C’était à FLORENCE où les époux avaient reçu la bénédiction du « Pope » à la Légation Russe puis celle de l’Archevêque à la Cathédrale… [ 9 ]

Notons que le Prince Napoléon Jérôme ( Plon Plon ) avait fait part de cette union à son demi-frère… l’Américain « Jérôme » « BO » PATTERSON… [ 10 ]

Mathilde sera en fait « mal mariée » au richissime Comte DEMIDOV qui certes a renfloué les finances paternelles mais qui a aussi maltraité son épouse… en même temps qu’il l’a trompé… Cette union est tumultueuse et chaotique… Finalement les époux DEMIDOFF se séparent en 1846, et Mathilde s’installe seule en FRANCE, au « 10, de la Rue de COURCELLES », à PARIS, dans le Faubourg Saint-Honoré… [ 8 ]

Sur le point de perdre son fils aîné légitime « Jérôme », le « Roi Jérôme » vieillissant se décide alors à solliciter l’autorisation de revenir en FRANCE, même si sa famille y est encore interdite de séjour !!! … La partie est donc loin d’être gagnée pour lui… car le nom de BONAPARTE fait encore peur…

Mathilde reste donc, en 1846, la seule BONAPARTE qui réside en FRANCE… car son cousin Louis Napoléon qui purgeait une peine de réclusion à perpétuité au Fort de HAM pour sa deuxième tentative de coup d’état, celle de BOULOGNE en 1840, est parvenu à s’évader… et à passer en… ANGLETERRE !

Le 14 Juin 1847, Victor HUGO note dans son journal : « J’ai parlé aujourd’hui à la Chambre pour Jérôme Napoléon (…). Il y a eu contre dix huit voix de majorité. Le chiffre dix huit . Le 18 Juin 1815 ! Louis XVIII ! » [ 12 ].

Henri GUILLEMIN [ 12 ] cite ces vers de HUGO retrouvés dans ses dossiers et qui seraient inspirés par la pétition de l’ex Roi Jérôme pour son retour en FRANCE :

 

« A ce cri d'un vieillard, d'un soldat et d'un Roi,  [ Qualités de Jérôme ]

Mon père, le regard plein d'un feu qui me brûle,  [ le père de Victor fut Général d’Empire ]

S'est levé de sa tombe et m'a dit : lève toi,

de ta chaise curule ! »  [ HUGO est Pair de FRANCE ]

 

Le Roi Jérôme obtient finalement l’autorisation qu’il a sollicitée… et il peut donc s’installer à PARIS en Octobre 1847… Le Roi LOUIS PHILIPPE et son Cabinet ont en effet autorisé, le 27 Septembre 1847, Jérôme… ainsi que son fils cadet « plon plon »… à résider en FRANCE ! … Trois BONAPARTE en situation régulière sur le sol Français, c’est une situation inédite depuis 1815 ! L’Administration précise cependant à Jérôme que l’autorisation n’est valable que… six mois !!! Un essai !!! [ 8 ] …

Cependant LOUIS PHILIPPE lors d’une entrevue, le 8 Octobre 1847, promet à Jérôme non seulement une pension mais aussi un siège à la Chambre des Pairs qui serait transmissible à son fils survivant, Napoléon Jérôme,  « le Prince Napoléon »…

Le Roi Jérôme aura plus tard ce mot, en 1848, à propos de LOUIS PHILIPPE : « quand j’ai vu tout ce qu’il m’offrait, j’ai bien compris qu’il était perdu ! » …

En effet à peine quatre mois plus tard, le régime de la Monarchie Constitutionnelle « Louis Philipparde » sera renversé…

 

LE PRINCE DE LA MONTAGNE : « PLON PLON » ELU REPUBLICAIN ANTICLERICAL !

 

Rentré en FRANCE à la fin 1847 avec son père… le Prince Napoléon se retrouve peu de temps après élu Député à la Constituante, envoyé à l’Assemblée par le Département de la… CORSE, lors des élections d’Avril 1848 ! Selon les Lois électorales du moment, un candidat pouvait être élu dans plusieurs Circonscriptions et il choisissait si nécessaire celle qu’il préférait représenter [ 14 ]

« Plon Plon » devient à ce moment là, à l’âge de vingt-six ans, le plus jeune représentant du Peuple Français au parlement !

A l’évidence ces élections ne se sont pas montrées favorables à la « Gauche »… car sur 900 élus, on comptera près de 300 monarchistes, 500 républicains modérés et à peine une centaine de radicaux ou de socialistes… [ 15 ]

« Plon Plon » se « range » dans les rangs de la gauche… Il est presque « rouge »… Pour sa sœur Mathilde, qui est très liée avec la famille d’ORLEANS, son frère est « à côté de la question » [ 8 ] … On dirait presque aujourd’hui : « à côté de la plaque » !!!

L’élaboration de la Constitution du 4 Novembre 1848 est bientôt suivie de l’élection de Louis Napoléon BONAPARTE à la Présidence de la République…

Le 13 Mai 1849 se déroulent les élections pour la désignation des représentants à l’Assemblée Législative…

Les « conservateurs » l’emportent à nouveau ( plus de 450 élus ) et les Républicains modérés sont les grands perdants de la consultation avec seulement 75 représentants envoyés à la chambre, alors que les « Montagnards » { « Républicains de gauche » } voient leur nombre progresser jusqu’aux environs de 180 unités !

C’est tout le paradoxe de cette Seconde République qui se donne une Chambre Royaliste, qui a pris un Prince comme Président, cachant mal des visées vers la Dictature, et où le « Péril Rouge » ne cesse de faire peur ni de faire parler !!! [ 15 ]

C’est une sorte de paradoxe également que de constater que le Prince Napoléon Jérôme est cette fois-ci envoyé à la Chambre par le Département de la… SARTHE ( et non plus par celui de la CORSE ), et qu’il va siéger à l’Assemblée Législative à l’extrême gauche des Républicains obtenant dès lors son fameux surnom de ... « Prince de la Montagne » [ 5 ] ! Un surnom qui lui restera et qui constituera à lui seul tout un symbole…

Par prévention peut être, le nouveau Président de la République avait nommé, juste avant les élections Législatives de 1849, son cousin Napoléon Jérôme comme « Ambassadeur de FRANCE à MADRID »… mais ce dernier n’avait pas hésité « en chemin à s’aboucher avec les clubs socialistes, à déblatérer sur les Conservateurs qui perdraient son cousin et à faire preuve des idées les plus avancées… » [ 16 ].

Le Présidant Louis Napoléon réagit, apprenant cet état de fait, par une lettre sévère, mais, à peine Napoléon Jérôme l’a-t-il reçue qu’il revient à PARIS sans même prendre congé de la souveraine Espagnole et, c’est à partir de ce moment là principalement qu’il « fraternisera avec les ennemis les plus acharnés du Prince-Président et siégera ostensiblement sur les bancs de la Montagne » [ 16 ], où son don pour la parole et une incontestable autorité personnelle feront de lui un orateur redoutable pour ses adversaires  [ 5 ] …

« La querelle éclate dans la famille BONAPARTE », note HUGO le 26 Avril 1849, « le fils de Jérôme qu’on avait envoyé comme Ambassadeur à MADRID, pour ne point l’avoir comme concurrent [ ! ] , vient de revenir brusquement, il est arrivé cette nuit » …

HUGO poursuit : « Le Conseil des Ministres s’est assemblé cette nuit même, et ce matin un arrêté du Président inséré au Moniteur révoque l’ambassadeur réputé démissionnaire. Napoléon Jérôme n’est pas endurant [ ! ], il a le masque de l’Empereur [ son oncle Napoléon… 1er, auquel il ressemble physiquement ] sinon le génie [ ! ], cela va faire une branche cadette. Déjà il appelait le Prince Louis : « mon cousin BEAUHARNAIS »…  [ 17 ]

« Mon cousin BEAUHARNAIS »… Si le mot rapporté par HUGO est exact, c’est une « provocation verbale », sinon un « coup de griffe cruel », dans la mesure où si Napoléon Jérôme est certain d’être un BONAPARTE de par ses traits et son physique, son cousin Louis Napoléon pour sa part n’est sûr que d’être un… BEAUHARNAIS !!! Fils de la Reine HORTENSE, on glosera longtemps sur l’identité réelle de son géniteur… et son demi frère MORNY se retrouvera dans le même cas de figure !

Napoléon Jérôme, « Plon Plon », sait pouvoir se « distinguer » parmi les BONAPARTE en ne connaissant pas les affres de la « bâtardise » !!!

Victor HUGO, le 13 Juin 1849 notait : « M. Odilon BARROT qui se défendait et qui défendait Louis [ Napoléon ] BONAPARTE fut tout à coup interrompu par Jérôme Napoléon lequel depuis quelques temps fait une vive opposition à son cousin. M. DUPIN aîné, qui présidait, dit à mi-voix en désignant Jérôme : « Voilà PHILIPPE-EGALITE [ Le cousin de Louis XVI, Conventionnel, qui vota la mort du Roi ] » « - Ou tout bonnement LOUIS PHILIPPE », dit un représentant qui entendit ». [ 17 ]

Napoléon Jérôme défendait des idées démocratiques et le Suffrage Universel ; il était frondeur et se proclamait constamment Républicain… Il était aussi fortement anticlérical et chaud partisan de mesures sociales…

Sur le fond des idées, celles de Louis Napoléon et celles de Napoléon Jérôme n’étaient apparemment guère éloignées, même si « Plon Plon » poussera jusque à l’excès certaines des convictions de son cousin… [ 11 ]

Démocrate mais… Napoléonien, anticlérical, le Prince Napoléon rêvait d’un Etat qui parviendrait à concilier les libertés et l’autorité… Il était également un adepte fervent de la cause des « Nationalités »… [ 11 ].

L’ascension de son cousin Louis Napoléon l’irrite fortement, aussi boude-t-il l’Elysée où l’on souhaite selon lui en réalité par trop « abattre la… République » [ 14 ]

« Les BONAPARTE ne doivent pas rétablir une Monarchie », affirme-t-il, « dans la famille il y a eu NAPOLEON, il y aura des WASHINGTON... » [ 1 ].

Hors de question pour « plon plon » de prendre donc ouvertement le parti de « Louis Napoléon  Prince Président »… et surtout de participer au Coup d’Etat ! Victor HUGO prétendra même que Plon Plon aurait pris part dans un premier temps à la résistance qui s’organisait avant… finalement… de se rallier au nouveau régime...

L’attitude de son cousin « Plon Plon » excède le Président Louis Napoléon, car celui-ci mesure combien ce cousin serait susceptible de prendre avantageusement la tête d’une « aile gauche Bonapartiste », de l’aider à rééquilibrer le camp des partisans de l’Empire, et ainsi élargir sa marge de manœuvre… Hors, même si c’est simplement par pure bravade, « Plon Plon » s’est décidé à désapprouver le coup d’Etat ! Ainsi, « il gênera l’Empereur plus qu’il ne l’aidera », analyse Philippe SEGUIN [ 11 ].

NAPOLEON III lui en fera reproche, lui écrivant quelques années après : « J’ai été surpris je l’avoue combien tu rendais peu justice à ma conduite envers toi depuis douze ans et combien tu t’abusais de la tienne. Depuis le lendemain du jour où je fus élu Président de la République tu n’as jamais cessé d’être par tes paroles et par tes actions hostile à ma politique, soit pendant la Présidence, soit au 2 Décembre, soit depuis l’Empire (…). Quant à tes discours au Sénat ils n’ont jamais été pour mon Gouvernement qu’un sérieux embarras. Je n’admettrais jamais qu’on parle au Sénat comme dans un Club, jetant l’insulte à la tête de tout le monde » ! [ 16 ].

Le 5 Décembre 1850, Victor HUGO note qu’il a rencontré l’ex Roi Jérôme, [ donc le père de Plon Plon ], qui lui confiait avoir fait des reproches au Président, son neveu, à propos du sort qui était alors réservé à son fils Napoléon Jérôme : « Et ton cousin, mon fils, qui t’a défendu à la Constituante, qui s’est dévoué corps et âme à ta candidature, tu le mets à la porte ! » [ 17 ] …

Les relations entre Louis Napoléon et Napoléon Jérôme seront sans cesse conflictuelles, mais sans jamais aller véritablement jusqu’à la rupture franche !

Louis Napoléon encore « Prince Président » expliquait même à son oncle l’ex-Roi Jérôme : « Votre fils ne fait rien pour mériter une si haute destinée. Il croit qu’en voyant des personnes tarées [ ! ], en entretenant des correspondances dans les Départements avec des démagogues connus, il réserve les chances de l’avenir. Il montre son peu de jugement, aussi je vous le dit avec franchise tant que votre fils ne se sera pas rendu digne de gouverner la FRANCE il ne sera pas compris dans l’hérédité » [ 11 ] …

Une position affirmée que, peu de temps après, le Décret Organique de Décembre 1852 ne confirmera cependant pas…

 

LE GOUVERNEUR … ET LA GOUVERNANTE…

 

Avec la toute nouvelle République, et dès avant que le neveu du « Roi » Jérôme, Louis Napoléon, n’en devienne Président par la grâce du Suffrage Universel à la fin de l’année 1848, le régime naissant donne l’opportunité à l’ex-Roi de WESTPHALIE, Jérôme, de pouvoir retrouver un rang !

le « Roi » Jérôme est tout d’abord rétabli dans son grade d’Officier Général, … puis il est nommé Gouverneur des Invalides…

Jérôme se retrouve donc promu « Gardien du tombeau de l’Empereur », son frère NAPOLEON 1er, dont les cendres ont été ramenées à PARIS, depuis Sainte-HELENE, quelques dix années auparavant ! …

Victor HUGO s’attribuera, dans « Choses Vues », les « mérites » de cette affectation « opérationnelle » !

« Un matin de Mars 1848, je vis entrer dans mon salon de la Place Royale un homme de moyenne taille, d’environ soixante cinq ou six ans, ayant un habit noir, un ruban rouge et gros bleu à la boutonnière, un pantalon à sous-pieds, des bottes vernies et des gants blancs. C’était Jérôme Napoléon, Roi de WESTPHALIE.

Il avait une voix très douce, un sourire charmant quoique un peu timide, les cheveux plats et grisonnants, et quelque chose du profil de l’Empereur.

Il venait me remercier de son retour en FRANCE qu’il m’attribuait, et me prier de le faire nommer Gouverneur des Invalides. Il me conta que M. CREMIEUX membre du Gouvernement Provisoire, lui avait dit la veille : « Si Victor HUGO le demande à LAMARTINE, cela sera. Autrefois tout dépendait de l’entrevue de deux empereurs, maintenant tout dépend de l’entrevue de deux poètes ». J’ai répondu au Roi Jérôme : « dites à M. CREMIEUX que c’est lui le poète ». [12 ]

Quelques années plus tard, en 1850, le Roi Jérôme sera élevé à la dignité de… « Maréchal de FRANCE »… Le personnage du « Roi Jérôme », âgé de 68 ans au rétablissement de l’Empire ne présentera plus, à partir de ce moment là, qu’un intérêt « anecdotique », contrairement à ses deux enfants survivants, Mathilde et Napoléon-Jérôme qui apparaissent encore en mesure de pouvoir jouer un rôle important…

Mathilde demeure Madame DEMIDOFF pour l’état civil – le divorce ne sera jamais prononcé – mais l’habitude est déjà prise de l’appeler « La Princesse Mathilde »…

La Princesse Mathilde a engagé en 1848 ses bijoux en or, en argent et en perles pour financer la campagne Présidentielle de son cousin Louis-Napoléon… [ 9 ]

Elu en Décembre 1848, le Prince-Président Louis Napoléon étant toujours célibataire, dès le début de l’année 1849, Mathilde se retrouve quasiment à jouer le rôle de la « première dame de FRANCE », agissant telle une véritable « régisseuse » à l’ELYSEE, puis aux TUILERIES, et ce jusqu’au mariage de Louis Napoléon avec Eugénie ! La Princesse en même temps commence à tenir régulièrement salon littéraire et artistique dans son hôtel particulier de la Rue de COURCELLES…

La Princesse Mathilde aide le Président à préparer la première soirée qu’il donne à l’ELYSEE le 16 Février 1849… et elle le conseillera désormais sur les problèmes de listes, de protocoles, de bienséance… [ 8 ]

Au tout début de l’été, à Saint CLOUD, Le Prince-Président demande même à sa cousine d’être… également… « Présidente » et de… présider, avec lui, de grands dîners diplomatiques… [ 8 ]

 

UN « TOURNEDOS A LA PLON-PLON » OU DES VERTUS MILITAIRES CONTESTEES !

 

Le Républicain « plon plon » a été tenu soigneusement éloigné par son cousin Président Louis Napoléon de la préparation du Coup d’Etat de 1851…

Une fois l’Empire établi ( … ou rétabli … ), son père, le « Roi Jérôme » obtient la Présidence du Sénat, aux termes du Décret Organique du 18 Décembre 1852… « Plon plon » est pour sa part nommé sénateur…

Si au début de l’année 1853, Jérôme « BO »-PATTERSON félicite son « cousin » Louis Napoléon pour le rétablissement de l’Empire [ 10 ], cet Empire qui se voulait « être la paix »… sera en fait, aussi, celui de « la guerre » !

Militaire de formation, Napoléon Jérôme, « Plon Plon », qui signe désormais « Napoléon ( Jérôme ) » pour se distinguer, a été nommé au grade de « Général », en 1853, « par la seule vertu de sa race », et il se voit confier un commandement en CRIMEE par l’Empereur NAPOLEON III « qui veut le mettre en avant » [ 18 ] …

Le Général « Plon Plon » a demandé à servir sous le commandement du Maréchal SAINT-ARNAUD à la tête d’une Division d’Infanterie de Réserve…

Il sera nommé Commandant de la 3ème Division d’Infanterie de l’Armée d’Orient…

Un tableau du peintre Isidore PILS, « Débarquement des Troupes Alliées en CRIMEE », attestera de la présence de « Plon Plon » en CRIMEE : « tandis que la flotte débarque au loin, les chefs militaires parmi lesquels figure le Prince Napoléon, le fils de Jérôme, sont traités par le peintre sur un rang d’égalité avec les simples soldats… » [ 19 ].

A l’ALMA et à INKERMANN, sous le feu de l’ennemi, le Prince Napoléon paye de sa personne et fait la preuve de son courage…

L’Empereur lui fait d’ailleurs porter la Médaille Militaire [ 23 Octobre 1854 ] … [18 ]

Cependant pour des « raisons de santé ou de politique » [ 20 ], le « Général Napoléon Jérôme BONAPARTE » abandonne brusquement la Campagne de CRIMEE et rentre en FRANCE, dès avant la prise de SEBASTOPOL… Il aurait été alors en désaccord avec CANROBERT, le nouveau Commandant en Chef des troupes Françaises, qui prenait la relève d’un SAINT ARNAUD mourant...

Ce retour précipité, et peu justifié, vaudra désormais à Napoléon Jérôme une réputation de « lâche » que ses adversaires, qui sont nombreux, propageront avec complaisance… Ces derniers craignent, en particulier, que NAPOLEON III, qui n’a pas encore à ce moment là de descendance, du moins légitime, ne se sente obligé désormais, au péril de sa vie, de représenter les BONAPARTE sur le front des troupes en campagne, « mission » qui était jusque alors naturellement dévolue, de fait, à son cousin… [ … Effectivement NAPOLEON III sera physiquement présent « sur le terrain », quelques années plus tard, lors de la Campagne d’ITALIE, notamment à SOLFERINO au soir de la bataille… A ce moment là, il aura cependant un héritier… Et « Plon plon » fera aussi partie de la campagne d’ITALIE de 1859, en qualité de Commandant en chef du 5ème Corps d’Armée »…

Philippe SEGUIN estime à propos de l’épisode controversé du retour de CRIMEE que la combinaison des qualités et des défauts du « Prince Napoléon » ne pouvait que lui valoir une franche impopularité chez les militaires… ainsi que dans beaucoup d’autres milieux… [ 11 ].

Les frères GONCOURT, qui bientôt fréquenteront avec assiduité le salon mondain de la Princesse Mathilde, se plairont, à leur habitude à rapporter des persiflages…

Ainsi en 1861, ils évoquent le Prince Napoléon au théâtre de la Porte Saint Martin : « faisant bon visage au mot qui court : un tournedos à la Plon Plon, et contre la colère de ses amis, de Charles Edmond qui m’affirme être brouillé avec lui et l’avoir traité de lâche » [ 27 Avril 1861 ] [ 21 ].

« Tournedos » et « lâche », deux qualificatifs désobligeants faisant référence à l’attitude de Plon Plon en CRIMEE, évoquée au moment précis où celui-ci se refuse à demander raison au Duc d’AUMALE pour une réplique injurieuse… [ 20 ]

En 1866, devant les GONCOURT, et toujours selon eux [ ! ], c’est même la Princesse Mathilde qui « s’y mettra » et qui parlera du manque de caractère de son frère : « Que voulez vous, en CRIMEE il se plaignait qu’il y eut de la poussière dans son nécessaire » ! [ 16 Octobre 1866 ] [ 25 ]

Cette prétendue « lâcheté », ou cette « faible capacité » en matière de commandement militaire, est-elle une « tare » propre à la branche des « Jérôme » BONAPARTE ?

Souvenons nous en effet que déjà NAPOLEON 1er écrivait à son frère Jérôme : « Vous faites la guerre comme un satrape. Cessez d’être ridicule. Vous êtes un jeune homme gâté, quoique plein de belles qualités naturelles. Je ne veux pas vous déshonorer en vous ôtant le commandement mais je ne veux pas non plus par de sottes condescendances de famille, exposer la gloire de mes armes (…). Sachez bien que, soldat, je n’ai de frères et que vous ne me cacherez pas les motifs de votre conduite sous des prétextes futiles ou ridicules. Je crains fort qu’il n’y ait rien à attendre de vous » [ 1 ] ...

L’aîné ne changera d’avis sur les qualités de son cadet que tardivement, en 1815 ! Mais… bien trop tard pour pouvoir en bénéficier pleinement !!!

Pour d’autres raisons que le « manque de courage » ou « l’incapacité », et en se plaçant sur le seul terrain de la « politique politicienne », la ( troisième ) République contestera le titre de « Général » détenu par « Napoléon Jérôme BONAPARTE », tel qu’il lui avait été octroyé [ … généreusement ? ] sous l’Empire…

Sur le strict terrain du Droit, la justice administrative en se prononçant sur ce contentieux dans le cadre d’un arrêt du Conseil d’Etat fera « jurisprudence »… laquelle jurisprudence demeure encore actuelle de nos jours à propos des « Actes de Gouvernement »  - [ Arrêt du Conseil d’Etat du 19 Février 1875 - « Prince Napoléon » ] -

La haute juridiction administrative ne rendra pas au Prince Napoléon son grade de « Général » conféré par le Second Empire… et retiré par la ( troisième ) République !!!

 

UN AUTRE « JEROME-NAPOLEON BONAPARTE » EN CRIMEE : « BO II » !!!

 

En Juin 1854, l’ex-Roi Jérôme fait la connaissance de son… petit-fils américain : « Jérôme-Napoléon » « BO II » … qui est né en 1830 de son fils… « Jérôme-Napoléon BONAPARTE-PATTERSON » et de son épouse, né Miss Suzan Mary WILLIAMS !

Encore un autre « Jérôme » donc ! Autre « Napoléon » ! Autre « BONAPARTE » !!!

L’Empereur NAPOLEON III accueille avec bienveillance son cousin « BO » et il l'invite à dîner à Saint CLOUD…

Le 30 avril 1854, un Décret réintègre Jérôme-Napoléon BONAPARTE-PATTERSON , avec sa descendance, dans la qualité de « Français » !

Si ces « BONAPARTE » Américains sont réintégrés en qualité de « Français » par l’Empereur, cette réintégration est vivement combattue par les autres enfants du Roi Jérôme, à savoir… Mathilde et Napoléon-Jérôme « plon plon », qui exigent l’éloignement de « ces bâtards »… Des questions d’intérêt en cas de « succession » , que nous verrons bientôt, en sont évidemment la cause…

Mais arrêtons nous un instant sur le petit-fils « américain » de Jérôme…

Né à BALTIMORE, le 5 novembre 1830, celui-ci est entré à l’Ecole Militaire de « WEST- POINT » le 1er juin 1848. Il en sort Sous-Lieutenant le 15 juin 1852 et sert avec ce grade dans l’armée des ETATS-UNIS, « in the Mounted Rifles, Served in Texas 1853-54 » [ 7 ] , puis au 1er Régiment de tirailleurs à cheval, jusqu’au 16 août 1854 [ 10 ]…

Il passe au service de la FRANCE le 5 septembre 1854 comme Sous-Lieutenant au 7ème Régiment de Dragons. Son dossier, au Service Historique de l’Armée de Terre, contient une dépêche datant de cette époque, émanant du Maréchal VAILLANT, Ministre de la Guerre, destinée au Général Commandant la « 9ème Division » à MARSEILLE : « Le jeune BONAPARTE, petit-fils du Prince Jérôme, part ce soir pour aller s’embarquer à MARSEILLE et rejoindre son Régiment de Dragons en Orient. Vous me ferez plaisir en envoyant un officier le recevoir à la gare et le piloter dans les courses qu’il aura à faire avant de s’embarquer » [ 10 ] … En fait « d’éloignement » en Orient, Jérôme Napoléon BONAPARTE-PATTERSON « Junior », à la fin de l’année 1854, va se retrouver géographiquement très proche de son oncle « plon plon » !

En CRIMEE, « BO II » sert dans l’Armée Française comme « staff officer to General MORRIS, 1st Division Cavalry, at BALAKLAVA, INKERMAN, TCHERNAIA, and the siege of SEBASTOPOL ( 1854-55 ) » !  [ 7 ]

« BO II » est promu Lieutenant en Juin1855… et il sera bientôt titulaire de plusieurs distinctions, à savoir : « Order of Medjidie ( Turkey ) », Chevalier de la « Legion of Honor ( France ) » en Novembre 1855, ainsi que de la « Crimean medal ( Britain ) » [ 7 ].

Le 23 avril 1856, Jérôme « BO » passera au « 1er Régiment de Chasseurs d’AFRIQUE ». Il y deviendra Capitaine le 5 mai 1859. Le 28 février 1860, il sera muté au « 1er Régiment de Carabiniers ». Le 13 août 1865, il sera chef d’escadron au « 3ème Régiment de Cuirassiers » puis le 16 mars 1867 au « Régiment de Dragons de l’Impératrice ». Le 27 août 1870, lieutenant-colonel, il commandera le « 2ème Régiment de Dragons ». il sera fait officier de la Légion d’honneur le 31 octobre 1868 puis démissionnera le 31 mars 1871… [ 10 ]

Le rapport fait au Ministre à propos de cette démission, le 10 mars 1871, s’exprime de la sorte : « M. le Colonel BONAPARTE fait connaître que, par la suite de la mort de son père, il est devenu chef de sa famille et qu’il a, en AMERIQUE, des intérêts très importants qu’il ne pourrait sauvegarder en restant au service et qu’il n’a pas hésité à négliger pour prendre part à la guerre »…

« BO II » mourra d’un… cancer à l’estomac… le 4 septembre 1893.

Les « BO », père et fils, avaient conservé l’essentiel de leurs intérêts en AMERIQUE… Ils n’avaient pas pu obtenir « grand chose » en FRANCE mis à part la possibilité de disposer de la Nationalité Française…

 

ESPOIRS DECUS D’UN HERITIER POTENTIEL DU TRONE !

 

Nous avons vu qu’une fois l’Empire établi ( … ou rétabli ), l’ex-Roi Jérôme avait obtenu la Présidence du Sénat, aux termes du Décret Organique du 18 Décembre 1852…

Ce Décret Organique avait également disposé en matière d’ordre de succession au trône, en déclarant « dynaste » la descendance « légitime » de Jérôme… laquelle venait tout juste après celle qui n’était encore que potentielle, [ du moins à titre légitime ], de NAPOLEON III, lequel n’était toujours pas marié en Décembre 1852… [ Il le sera cependant quelques semaines seulement plus tard… ]

Pour autant ce Décret excluait de la succession la descendance des autres membres de la famille BONAPARTE, que ce soient les MURAT ou les BACCHIOCCI … [ 22 ]

Peu après le coup d’Etat et la proclamation de l’Empire, l’Empereur NAPOLEON III avait vite retrouvé sur son chemin les restes de la Famille BONAPARTE quand ceux-ci n’étaient pas restés dans son sillage …

L’Empire rétabli étant réputé « héréditaire » et l’Empereur étant encore célibataire, il semblait très urgent pour lui de régler la succession et d’établir un ordre, une règle, en choisissant les… moins indignes sur le catalogue des ayants droit ! [ 5 ]

Vingt et une personnes, se retrouveront, dès lors, considérées comme faisant partie de la « famille Impériale »… et tout d'abord le « Roi » Jérôme et ses descendants légitimes directs Mathilde et Napoléon-Jérôme, que les opposants à l’Empire n’appellent déjà plus désormais que « Plon Plon », un surnom qui a, au moins, le mérite de le distinguer plus facilement de son père… et des autres « Jérôme », ensuite viennent les descendants du mariage autorisé de Louis… En raison de la Loi salique, le premier des héritiers potentiels de l’Empereur parmi cet aréopage n’est autre que… le Prince Napoléon Jérôme, lui même…

Ensuite viennent les autres BONAPARTE qui ne constituent que la « famille civile », soit un « deuxième cercle », qui est formé des héritiers des sœurs de NAPOLEON 1er, les « BACCIOCHI » ( Elise ) et les « MURAT » ( Caroline ) ... [ 5 ]

Les « BONAPARTE-PATTERSON » réintégrés dans la qualité de « Français », par Décret du 30 Avril 1854, ne seront jamais considérés officiellement comme faisant partie de la « famille »… Et il en va de même pour la descendance de Lucien ou celle de Joseph…

Le mariage de NAPOLEON III avec Eugénie de MONTIJO, en Janvier 1853, est un premier obstacle quant aux espoirs que « Plon Plon » pouvait entretenir sur le fait de pouvoir accéder éventuellement un jour au trône…

Il est d’ailleurs un fait que tous les « Jérôme BONAPARTE » tentent, en vain, de dissuader leur cousin Louis Napoléon d’épouser « cette » … Eugénie de MONTIJO…

C’est Mathilde qui joue avec habileté de l’affection qu’elle sait que lui porte toujours Louis Napoléon ; elle évoque AERENENBERG ; elle a un geste attristé pour effacer de mélancoliques souvenirs ; elle fait allusion au passé de Madame de MONTIJO mère ; elle parle d’intrigue ; elle assure à son cousin qu’il risque sa popularité…

A cette scène, pour toute réponse, NAPOLEON III n’aurait alors seulement eu que ce mot : « Je l’aime, Mathilde… »[ 23 ]

« Plon Plon » succède à sa sœur, tempête, jure, crie que ce mariage serait folie… En vain également !

Le « vieux » Jérôme se joint alors à son fils en usant de termes plus mesurés… puis capitule non sans lancer d’un ton bourru à son neveu ce mot « fameux » mais peu élégant : « Fais en à ta tête puisque tu l’aimes, prends la pour femme : tu auras au moins une belle créature dans ton lit ! » [ 23 ].

Si, dès la fin de 1852, nombreux étaient ceux qui se préoccupaient de marier Louis Napoléon, Philippe SEGUIN conçoit que tout naturellement « le Prince Napoléon-Jérôme, directement intéressé, soit le moins empressé de tous », et qu’il « trouve une alliée de fait en sa sœur Mathilde que bien des motifs empêchent de considérer avec faveur une union légitime de Louis Napoléon » [ 11 ]…

Mais sur cette question du mariage avec « l’Espagnole » de MONTIJO, les « Jérôme » se retrouvent totalement isolés… et ils le demeureront !

La personne de « Napoléon Jérôme » ne fait vraiment pas l’unanimité… et son éventuelle accession au trône suscite bien des oppositions… Lorsque la guerre de CRIMEE commençait à s’éterniser et que l’Empereur envisageait d’y rejoindre ses troupes : cela avait été l’affolement ! Il pouvait en effet lui arriver malheur ! On se rassurait en se disant que dans l’immédiat l’Impératrice Eugénie assumerait la Régence et que le Roi Jérôme présiderait le Conseil du Trône… Mais quid s’il devait arriver au Souverain un malheur fatal ? La silhouette du Prince Napoléon qui se profilait à l’évocation de l’hypothèse d’une succession éventuelle suscitait un enthousiasme plus que modéré… [ 11 ] … Il faudra en fait que PERSIGNY et MORNY oublient leur inimitié et se liguent pour dissuader le Souverain de partir en CRIMEE… et ce avec un argument « massue » selon lequel : « tout le monde vend à la Bourse, y compris l’oncle Jérôme » !!!

Si le Prince Napoléon Jérôme continuera, après la guerre de CRIMEE, à former encore quelque espoir d’accéder un jour au trône, la naissance du Prince Impérial, Eugène, viendra rapidement les ruiner définitivement…

En effet, dans la nuit du 14 au 15 Mars 1856, l’Impératrice Eugénie ressent les premières douleurs de l’enfantement…

Dans les salons attendent des Ministres ainsi que… la « Famille Impériale », car comme sous l’Ancien Régime la naissance se doit d’être « publique » et d’être constatée par des témoins officiels…

Le spectre de la « bâtardise » demeure éternellement l’angoisse des familles dynastes… et les « BONAPARTE » n’échappent pas non plus à cette règle !!!

Le Prince Napoléon, qui est encore jusqu’à ce moment précis « héritier présomptif », se montre plus renfrogné que jamais… L’Impératrice peut alors voir, fixé sur elle, le « monocle intense » du Prince [ 22 ]… D’autant plus intensément fixé qu’elle va donner naissance à un… héritier mâle !

Napoléon Jérôme a alors un accès de colère, lui qui se proclame pourtant « Républicain » mais qui voit la couronne impériale lui échapper plus encore…

Il refuse d’abord de signer l’acte de naissance, prenant même la fuite… Il est seulement ramené à la raison par sa sœur Mathilde et s’exécute alors, « rageur », du moins le dit-on ! [ 22 ].

 

L’EROTOMANE… UN AMATEUR DE PEINTURES POUR ACQUEREURS AVERTIS !

 

Jean Léon GEROME est un peintre Français aujourd’hui bien oublié, [[ .. il s’agit bien, ici, d’un « GEROME » ! … et non pas d’un « Jérôme » … ]], qui est né en 1824 [ la même année que Elie DUFAURE ], à VESOUL, en HAUTE-SAONE.

Ce peintre s’était imposé rapidement par la précision et l’exactitude de son trait [ 5 ], et il a présenté au Salon de 1850 une petite toile intitulée « L’intérieur Grec »… où deux corps nus de femmes ont « des poses alanguies trop « Ingresques » pour ne pas être provocantes »… [ 24 ].

La présence d’un jeune homme en conversation avec une vieille femme, et aussi un couple pénétrant dans une pièce du fond ne peuvent qu’évoquer un lupanar…

Un ami de GEROME déclarait même qu’il s’agissait là du bordel de SUBURRE où allait MESSALINE…

« Comment la police (…) souffre-t-elle en plein musée, au milieu d’un palais ouvert au public l’exhibition d’une pareille ordure » s’offusquait alors un critique du nom de CALERNE…

Insensible aux critiques pisse froid, le Prince Napoléon Jérôme BONAPARTE, notre « plon plon », particulièrement friand de représentations de scènes érotiques acheta ce tableau de Jean-Léon GEROME pour sa collection de curiosa… [ 24 ].

On sait à la lecture du Journal des GONCOURT, que la Princesse Mathilde recevra plus tard, plusieurs fois, en son salon, le peintre GEROME… en particulier en 1875, ou encore en 1884 [ 25 ].

GEROME séjourna en 1854… à CONSTANTINOPLE… puis, un peu plus tard, en EGYPTE…

Au milieu du XIXème Siècle, l’Orient était alors une importante source d’inspiration pour les peintres, car le thème était toujours prétexte à des nudités affriolantes… mais hypocritement conventionnelles… pour salons bourgeois… ou bordels de luxe !

C’est à ce moment là, au début des années 1860, que le Prince Napoléon décida de commander à INGRES un… « harem » !!! Rien moins !!!

Avec une promptitude remarquable, pour un homme déjà âgé… de quatre vingt deux ans, INGRES peignit alors… le « Bain Turc » !!!

Ce « Bain Turc » est un tableau tout à fait singulier avec une forme ronde, sorte d’apothéose du voyeurisme…

« Le Bain Turc » : c’est l’œilleton d’un judas optique qui percerait une porte et nous révélerait les corps nus et lisses de vingt cinq sultanes alanguies dans une espèce de temps suspendu, chairs miraculeuses, baignées de lumière dorée.

Leurs seins pareils aux fesses d’un ange ont une aréole dont la couleur est celle des nuages roses du couchant. A l’évidence elles ne se savent pas observées, la liberté de leurs poses, leurs enlacements, enfantins et ambigus, en témoignent…

La sensation de violer un secret saisit le spectateur et le provoque.

Si l’on prête à cette contemplation une attention un peu plus marquée, on ne peut se défaire de l’étrange impression d’avoir déjà rencontré quelques unes de ces femmes… Mais où ? Dans quels livres ? Dans quels rêves ? Dans quels temps ? Paramnésie ?

Et voilà l’étrangeté et le magnifique de la chose. Dans ce tableau sa dernière œuvre, le vieil INGRES ne fait appel à aucun modèle mais ressort de ses cartons ses dessins secrets. Les dessins des corps nus des femmes qu’il avait admirées, désirées, aimées. Ses deux femmes successives : Madeleine, Delphine. Ses modèles Romains : Thérèse, Mariuccia Marietta [ 26 ]…

Alors face à ce « Bain Turc » ( 1862 ) on peut suffoquer devant un tel « tourbillon sensuel » qui se présente comme l’anthologie quasi exhaustive de la femme dans toutes les positions souhaitables ( sauf debout et de dos ) : elle se parfume, montre ses seins, se caresse ou caresse sa voisine, ravie par le souvenir ou la promesse grisante d’être livrée au plaisir du sultan ! [ 26 ] …

L’écrivain, volontiers libertin, Philippe SOLLERS fait référence fréquemment au « Bain Turc »… Ainsi, par exemple, au hasard de réflexions à propos de photos licencieuses, écrit-il : « Une scène que j’appelle volontiers : « qu’est ce que penser ? ». Une femme en train de se regarder les fesses, surtout si elle pense à ce moment là à son amant, est une image très satisfaisante du retour sur soi de la chose (…). Clin d’œil à INGRES (…). Une des actrices du Bain Turc s’est isolée pour réfléchir… VENUS observe l’origine de ses pouvoirs… Elle est un peu pressée, elle a vite relevé sa jupe (…). « Was ist denken ? » [ 27 ]

Beaucoup d’hommes peuvent être sensibles à un tel spectacle !!! Mais celui-ci n’est pas forcément du goût de tout le monde !!! En particulier de leurs… épouses !!!

Ainsi, un mois après qu’il l'eût reçue, le Prince Napoléon renvoyait la toile d’INGRES à l’artiste, sur sollicitation de… son épouse, la ( dévote ) Princesse Clothilde qui ne pouvait supporter la vision d’un tel étalage de nudités ! [ 24 ].

… Et INGRES en profitera alors pour donner au tableau sa forme définitive… avant de le revendre à KHALIL-BEY… Un personnage singulier, qui faisait glousser les dames en affirmant qu’il s’était fait nommer Ambassadeur de TURQUIE à PARIS parce que « la Capitale était un Harem » ! …

Mais évidemment ceci est ( encore ) une toute autre histoire qui nous éloignerait évidemment, beaucoup trop, de notre sujet actuel s’il fallait la développer présentement…

 

COLLECTIONNEUR DE MAITRESSES : BASSES ET PETITES AMOURS PRINCIERES !

 

Un « harem », c’est un peu l’impression qui se dégage lorsque l’on en vient à considérer l’ensemble des maîtresses… recensées… du Prince Napoléon, qui nous apparaît alors comme étant un véritable « collectionneur » de femmes !!!

Son père Jérôme, son oncle Napoléon, partageaient cette caractéristique de « collectionneur » que l’on peut retrouver aussi chez son cousin Louis Napoléon… mais aussi parmi de nombreux autres membres - légitimes ou non- de la famille « BONAPARTE » et de ses principales familles alliées !!!

Lorsque le Prince Napoléon Jérôme a rejoint son cousin Louis Napoléon en ANGLETERRE, durant quelques mois en 1846, il a partagé non seulement sa vie… certes… mais aussi des maîtresses !!! Et parmi celles-ci la célèbre actrice « Rachel » qui jouait à la fois PHEDRE et… les égéries, non sans un certain talent ! [ 11 ]

Née Elisa FELIX en 1821, la tragédienne « Rachel » mourra en Janvier 1858 d’une tuberculose contractée lors d’une tournée aux AMERIQUES en 1856…

Napoléon Jérôme lui gardera, jusque à sa fin, son amitié et il l’assistera même au moment de sa mort ! … Quelques mois avant, le Comte Horace de VIEL CASTEL notait dans ses « Mémoires », en date du 5 Octobre 1857 : « Le Prince Napoléon, pendant sa tournée sur le littoral du Midi, a visité notre tragédienne Rachel dont la position est désespérée ; peut-être est-elle morte au moment où j’écris ces lignes » [ 28 ]

« Charles Edmond, chez nous, nous dit qu’il y a eu des tableaux pas mal curieux dans sa vie, par exemple celui ci : « trois hommes (…) autour d’une grande table à faire des Traités, tous trois pleurant. Le Cabinet était le Cabinet du Ministre des Affaires Etrangères, les trois hommes étaient WALESKI, le Prince Napoléon et lui, et ce qu’ils pleuraient tous trois c’était la même maîtresse, dont ils pleuraient la mort qu’ils venaient d’apprendre : Rachel ! », nous rapportent les frères GONCOURT, en date du 7 Novembre 1864 [ 21 ].

En 1844, « Rachel » avait eu un fils… d’Alexandre WALESKI… lui même fils de Marie WALESKA et de… NAPOLEON 1er [ 5 ]…

Comme par ailleurs cette même « Rachel » avait été peinte « en pied » dans une composition célèbre par… GEROME, nous ne pouvons que constater que nous ne cessons de naviguer dans un tout un ( petit ) monde qui semble constamment évoluer en vase clos !

Dans la « vie aventureuse » du Prince Napoléon, il y a eu aussi « cette » Anna DESLIONS, que ses amis avaient surnommée « Marie-Antoinette » à cause d'une prétendue ressemblance avec « l’Autrichienne »… ressemblance dont on pourrait quand même douter puisque CLAUDIN [ 1823 - 1896, Romancier et chroniqueur du FIGARO ], prétendait qu’elle avait une beauté qu’il qualifiait d’Egyptienne allant même jusque à la comparer avec CLEOPATRE ! [ 29 ]

Ah ! l’Orient et le fameux « mythe Oriental », thèmes toujours récurrents dans la libido des contemporains de Maître DUFAURE !!!

C’est Esther GUIMOND, autre courtisane de renom, qui avait présenté Anna DESLIONS au Prince Napoléon...

Ce jour là, au dîner, Anna se présenta vêtue d’une robe somptueuse laissant nus ses bras et ses épaules… Le Prince, dès le potage, se montra très empressé, gaillard… Au rôti il ne s’embarrassait plus de préliminaires… Ses allusions se faisaient de plus en plus directes, ses plaisanteries de moins en moins voilées. Le naturel reprenant le dessus Anna riait aux éclats…

Esther qui avait prévenu que le « Prince était un homme qui aimait qu’on lui résiste » était furieuse, d’autant qu’au dessert le Prince prenait la taille de sa voisine…

Peu après, les deux femmes étant retirées dans une petite pièce proche, Esther brandit le poing : « Veux tu bien résister ! »…

« - Tout ce que j'ai pu obtenir ce fut de la traîner jusqu’à… onze heures », contera plus tard Esther …

Ce fut en tout cas suffisant pour déclencher une liaison qui fut longue et assura la gloire d’Anna DESLIONS ! [ 29 ].

VIEL-CASTEL notera le 8 Mars 1859 : « Le Prince Napoléon, aussi mauvais mari que mauvais cousin n’a pas rompu ses relations avec Anna DESLIONS ; tout PARIS en parle. Il court un jeu de mot sur cet aimable Prince.

Quelle ressemblance, demande-t-on, entre lui et un chapon ? Un chapon est un coq impuissant, le Prince est un coquin puissant » [ 28 ]…

Il y a aussi dans cette vie amoureuse – et fort tumultueuse - de « Prince », entre autres, l’actrice Léonide LEBLANC dont il traverse le boudoir, l’actrice Marie Jeanne de TOURBEY [ ou DETOURBEY ], mais encore Caroline LETESSIER, ou bien d’autres !

Sur toutes ces liaisons, on pourrait trouver, en nombre, des anecdotes dignes de vaudevilles…

Sans chercher à être particulièrement exhaustif, j’en citerai ci-après quelques unes, parmi celles dont apprécient tant de se délecter les GONCOURT, toujours persifleurs et critiques railleurs, qui nous les rapportent avec beaucoup de complaisance…

« Un jour « plon-plon » étant dans la loge de Madame [ La ROCHE-PUCHLIN ], celle-ci lui dit : « Vous faites pour un Prince un singulier métier… et pour un autre ! »

« - Je le ferai bien pour moi », dit plon-plon.

« - Eh bien, tuez mon mari et je serai à vous. Je suis malade... » etc.

Le mari rentre dans la loge, plon plon l’insulte, l’autre répond. Soufflet donné par plon plon qui a le front fendu par la lorgnette de La ROCHE. Plon plon la baise, attrape la vérole dont RICORD le « soigne encore » ! [ 21 ] … Du moins les GONCOURT le prétendent ils… [ Août 1858 ] !

Ou encore celle-ci : « On ouvre la porte de la loge à côté. Un grand pli cacheté est tendu à Jeanne de TOURBEY qui se hâte de le cacher en le montrant de façon à faire murmurer autour d’elle : « C’est du Prince ! » …

Un quart d'heure après un autre pli, et le même jeu. Peut être sont-ce les épreuves du discours du Prince. Bouffon ! Cette maîtresse de Prince, à tu, à toi avec des écuyères dans une loge de filles, se faisant expédier des plis en public (…). Cette ancienne fille d’un bordel de REIMS (…) procurée au Prince par GIRARDIN ! Allons ! Ce sont de bien basses et bien petites amours de Prince et je jouis à les toucher de si près dans leur misère et leur ridicule » [ 1er Mars 1862 ] [ 21 ].

Les GONCOURT critiqueront encore, un peu plus tard, « cette de TOURBEY » et son amant le « Prince plon plon »…

« Cette fille croit devoir tourner à la POMPADOUR. Elle invite des plumes. On lui a persuadé qu’elle savait lire. Elle le croit et elle parle littérature. Elle s’est plainte furieusement, comme une personne délicate, blessée et offensée dans la pureté de son goût, du feuilleton de FEYDEAU. Elle y a noté ce mot, « ils se débinaient » : « mais c’est de l’argot, Monseigneur ! » a-t-elle dit. Il parait que la fortune apprend tout à ces femmes même à rougir de leur langue maternelle… Le Prince la laisse parler et juger. Il a le scandale bête, ce Prince là. Quand on est Prince et qu’on descend à ramasser la maîtresse d’un directeur [ de théâtre ] en faillite, qu’on partage au reste avec M. de VALMY, il faut au moins ne pas la prendre au sérieux. On muselle [ ! ] ces petits animaux là sur toutes ces questions là… » [ 23 Novembre 1862 ]

Une autre anecdote, toujours rapportée par les GONCOURT, met en scène « la » PLESSY cette fois  [ Jeanne Sylviane PLESSY, puis Madame ARNOULD, 1819 - 1897, Actrice du Théâtre Français ]…

« Dîner ce soir chez FEYDEAU. Il nous fait un horrible tableau de la crasserie et de la muflerie du Prince Napoléon, avec lequel il a été très lié, et nous conte cette jolie histoire (…) »…

[ FEYDEAU avait recommandé au Prince d’avoir dans sa maison Romaine une pie comme c’était l’habitude à ROME, le Prince y avait consenti mais FEYDEAU regrettait que cette pie ne parlât pas ! ]

(…) « Et cela en reste là, jusqu’au jour où les domestiques en voyant entrer FEYDEAU se mettent à éclater de rire : « ah, elle a parlé monsieur, elle a parlé ! ».

La pie avait parlé et elle venait de désunir le Prince et Mademoiselle PLESSY.

Elle avait dit, comme il rentrait en lui donnant le bras : « sacré garce ! », ce que la PLESSY avait pris pour elle et pour un tour du Prince. Une vive explication avait suivi, à la suite de laquelle (…) la PLESSY étant venue décrocher dans la chambre du Prince son portrait peint par HEBERT, qui est orné de diamants, le Prince l’avait poursuivie jusque dans l’antichambre, en lui criant : « rendez moi au moins les diamants ! ». Diamants que la PLESSY lui avait jetés comme à un fauve, sous les pieds ! » [ 8 Avril 1865 ] [ 21 ] …

 

DANS L’INTIMITE DU PRINCE NAPOLEON… LES CONFIDENCES DE CORA…

 

« Il y eût quelques remous lorsque la rumeur courut, dans les années 1880, que Cora PEARL [ qui était née en 1837, sous le nom de Eliza Emma CROUCH et très vite devenue une courtisane célèbre sous le pseudonyme de Cora PEARL ], minée par un cancer à PARIS rédigeait ses Mémoires…

La raison principale en était qu’elle avait été la Maîtresse de bien des grands de ce monde, entre autres le Prince Napoléon, le Prince Achille MURAT, le Prince Guillaume d’ORANGE, le Duc de MORNY et disait-on même de l’Empereur NAPOLEON III en personne !

De fait les pseudonymes dont elle affubla ses amants ne tardèrent pas à être percés au jour, dès la première lecture de son ouvrage !

Le « Duc Citron » pour le Prince d’ORANGE, ou le « Duc Jean-Jean » pour « notre ami » Plon Plon n’étaient que trop transparents !

Pourtant la publication de l’ouvrage en 1886 se révéla d’une très grande platitude et tomba très vite dans une quasi totale obscurité…

En 1890 parurent d’autres « Mémoires de Cora PEARL » qui avaient été apparemment rédigées vers 1873, plus tôt que les premières et qui constituaient des écrits plein d’esprit, d’un superbe mépris pour les sentiments de ceux de ses amants qui les liraient, suffisamment francs pour avoir rendu toute publication conventionnelle impossible » ! [ 30 ]

Il est possible de trouver dans cet ouvrage quelque information – vraie ou fausse ? - sur la liaison qui nous intéresse plus particulièrement et son « protagoniste mâle »… Cette liaison débuta au milieu des années 1860… Le Prince Napoléon résidait au PALAIS-ROYAL où Cora PEARL allait souvent le rejoindre nuitamment grâce à la clef d’une porte dérobée qu’il lui avait remise, sans souci de son épouse légitime qui dormait à côté…

Cora dînait, après la Princesse, dans la même salle, servie par le même maître d’hôtel, l’entendant parler dans le salon voisin et jouer avec ses enfants…

Plon Plon qui avait d’abord installée sa maîtresse au « LUXEMBOURG » : « 101 Rue de Chaillot », lui acheta ensuite un hôtel particulier : « 6, Rue des Bassins » pour la somme de 400 000 Francs !!!

Cora PEARL marquait déjà à cette époque, et depuis des années, le monde de la galanterie et même le monde tout court…

On admirait ses toilettes, on imitait sa coiffure, on copiait son maquillage, on commentait ses extravagances… comme celle, par exemple, de teindre son chien en bleu pour l’assortir à sa robe ! [ 29 ]…

Maxime du CAMP la traitait de « vulgaire p... », et le chroniqueur ZED affirmait avoir découvert chez elle un jour un registre étonnant, divisé en trois colonnes : « dans l’une étaient inscrits les noms de ses clients, des noms connus et amis pour la plupart, dans l’autre et en regard de chacun d’eux la date de leur… séjour ; dans la troisième… la somme versée par le pèlerin pour le prix de l’hospitalité reçue… Il y avait même, Dieu me pardonne, dans le fameux registre une colonne d’observations. Pas aimables pour tout le monde les observations ! » [ 29 ] …

« Quand je le rencontrai », écrit donc Cora PEARL en parlant de « Plon Plon », [ … si l’on veut bien, encore une fois, prêter un certain caractère d’authenticité et accorder un crédit suffisant à ces « Mémoires » de la deuxième édition… ], « le Prince avait 40 ans. Il n’était pas très beau, offrant une tournure un peu enrobée et un visage assez quelconque. Sa famille cependant, et sa richesse, lui assuraient un flot continu de maîtresses ravissantes ; encore que, pour être honnête, il faille préciser que sa première aventure, alors qu’il était un tout jeune garçon, eut lieu avec la charmante petite femme d’un boulanger à STUTTGART. Le mari les surprit tout exposés derrière des barils de farine et, après avoir sévèrement battu le Prince, il le jeta dans la rue tout nu, hormis un libéral poudrage au froment »… [ 31 ]

« Ceci ne découragea nullement notre jeune homme dont les passions étaient ardente », poursuit Cora, « et par la suite il compta parmi ses maîtresses la fameuse actrice Rachel, l’actrice Julie BERNAT, moins célèbre mais plus jolie [ sic ! ] [[ cette actrice, Julie BERNARD ( 1827-1912 ) restera plus connue sous le nom de « Judith » ]], et diverses chanteuses d’opéra »… [ 31 ]

« Il me traita toujours avec une parfaite équité, sinon avec courtoisie. Il n’était d’ailleurs courtois avec personne et si ses relations se plaignaient de la crudité de son langage en public, ils auraient dû l’entendre dans le « particulier ». Il n’était d’aucune façon un amant de charme, son aspect physique était celui du taureau plutôt que d’aucun autre animal plus raffiné. Habillée, sa silhouette était sans attrait, il avait l’air gros Ses jambes paraissaient courtes, son cou épais. Sans vêtements il se révélait plutôt massif qu’empâté et bien que son tronc fût épais cela n’entraînait aucunement la difficulté physique habituelle, car son outil était des plus longs que j’aie vus ( et gros en proportion ) » (…) [ … Sic ! « Ne rien dire de faux, oser dire tout ce qui est vrai », conseille, à l’instar de CICERON, l’historien Henri MARROU [ 32 ] … ]

(…) « si bien que lorsque je le chevauchais ( posture que par choix autant que par commodité nous employions souvent ) je devais tout d’abord procéder avec prudence, car m’empaler complètement sur lui eût été dangereux, en sorte que je me freinais en étreignant des cuisses la masse de son torse. Sobre il ne parvenait à se contenir que quelques instants, mais avec une quantité suffisante de Cognac, il était capable de tenir quarante minutes avant de jouir, particularité qui en certaines occasions était moins admirable qu’elle l’eût été chez quelqu’un de plus attirant. Il lui arrivait aussi de manifester un désintérêt complet, et mon rôle devenait plus ardu qu’amoureux » [ 31 ].

Et Cora de poursuivre : « si je donne l’impression qu’il n’était pas mon amant favori, cela n’est pas très éloigné de la vérité, au moins en ce qui concerne l’attrait physique, mais ce n’est certainement pas le cas en d’autres domaines, car ayant reçu un million de Francs pour sa liste civile, il fut à même de me donner une splendide demeure Rue de Chaillot, au numéro 101, qu’il meubla à son propre goût, lequel s’avéra assez bon pour moi. En un autre sens aussi il faisait un amant parfaitement confortable car il était entièrement dépourvu de jalousie (…) » [ 31 ]

… Et, dès cette affirmation posée, Cora « vulgaire p… » de « s’étendre » assez « longuement » sur des descriptions de « scènes de genre », parfois mêlant divers partenaires – et associant, ou non, le Prince Napoléon… mais en tout cas souvent à son vu et à son su…

Parmi les partenaires de « scènes de groupe », sont cités le Lieutenant de Vaisseau BRUNET, attaché à la Maison du Prince, et un nommé André HURION ( identifié comme étant vraisemblablement l’acteur NOIRET )…

Dans la mesure où dans aucun des propos de Cora, il n’est jamais question d’un quelconque avocat - fût il désigné anonymement - je n’insisterai pas dans ces propos sur les détails lubriques qui pourraient apparaître par trop complaisants avec la bienséance et, superflus ; ils nuiraient sans doute au sérieux et à la tenue [ ! ] que je recherche pour les présents travaux, quand bien même ces détails ne risqueraient point d’être mis aujourd’hui à l’index, pour si peu, par les foudres puritaines des censeurs, émules modernes du Procureur… PINARD… encore qu’un certain retour à l’ordre moral puisse toujours ré-apparaître…

 

PORTRAITS CROISES D’UN « CESAR DECLASSE » « TOUT EN CONTRASTE » !

 

C’est avec le Prince Napoléon que Maître DUFAURE a obtenu le principe favorable d’une entrevue, aussi il m’apparaît intéressant… sinon nécessaire… de poursuivre plus avant le portrait du personnage, que nous avons déjà largement entrepris…

Toujours selon la courtisane Cora PEARL : « Cet homme est un ange pour ceux qui lui plaisent. Son de voix agréable, rire franc, conversation spirituelle, au besoin badine, ange je le répète pour ceux qui lui plaisent ; démon, roué, emporté, insolent pour les autres, ne se gênant jamais »… [ 31 ]

Les GONCOURT Se montrent sans complaisance pour le Prince Napoléon : « [ Il ] s’est assis, plongé dans le fauteuil, dans une pose lourde les jambes écartées à la façon des gens trop gros. La tête de l’Empereur [[ le « Premier » ! ]] semble lui être tombée de très haut sur les épaules et s’y être enfoncée. Il est engoncé, écrasé. C’est un CESAR mastoc. Il répond à sa sœur en parlant lentement d’une voix mollement timbrée, sourde et un peu chantante, en s’interrompant pour laisser passer un bâillement qu’il ne prend pas la peine de cacher. En entrant il a très peu salué tous les gens qui le saluaient et pas du tout NIEUWERKERKE [[ 1811 - 1892, Statuaire, Surintendant des Beaux-Arts, amant et compagnon de la Princesse Mathilde ]], (…) cela a été assez brutal pour être senti à fond par la Princesse et remarqué même par tout le monde (…), chacun se tait. Un grand froid règne. Le silence tombe peu à peu de cet homme à demi endormi qui se tait à tout moment et que l’on sent sur toutes choses retenir sa pensée » [ 22 Juin 1864 ] [ 21 ] .

Un jugement un peu plus « nuancé » sera émis des années plus tard par Edmond GONCOURT [ qui poursuit seul le « Journal », Jules étant alors décédé... ] : « Ce soir je dîne chez la Princesse avec le Prince Napoléon (…), je le trouve changé, vieilli, mais peut être avec une beauté Napoléonienne plus accusée, plus finement ciselée. Elle frappe cette tête, cette tête aux profondes arcades sourcilières, à l’admirable architecture du front, aux beaux plans calmes, cette tête qui semble un marbre Romain couvert de chair. Elle frappe au milieu de nos têtes à la grâce de Dieu, de nos traits à la Diable, de nos crânes tourmentés, bossués, ravinés, sans lignes classiques. Et ce vilain Prince à l’âme basse n’est pas seulement beau, il a la séduction de la parole et du geste. Il a l’expression imagée, pittoresque, peinte, de la langue Italienne. Et en lui, il faut l’avouer, se mêle l’ironie d’un journaliste Parisien jointe à l’inexprimable grâce hautaine d’un prélat Romain »  [ 18 Avril 1877 ] [ 25 ] .

Il faut encore souligner, ici, la ressemblance physique affirmée de « Plon Plon » avec son oncle NAPOLEON 1er... ressemblance que certes ne manquait pas déjà de relever Victor HUGO qui, en Janvier 1849, dînait chez Jérôme BONAPARTE ( le père ) à l’occasion de son dîner d’installation aux Invalides… « Comme on était peu nombreux on causait d’un bout de la table à l’autre de là beaucoup de cordialité et de gaieté. C’était un mélange piquant de l’officiel et de l’intime. Louis BONAPARTE [ le futur NAPOLEON III ] qui rit peu, a beaucoup ri ». (…)

(…) « Il racontait qu’on lui avait envoyé la caricature où il est représenté disant à son cousin le fils de Jérôme qui ressemble à l’Empereur : « Il faut que je me montre au peuple, prête moi ta tête »… [ 17 ]

Alors… comment ne pas s’imaginer que chaque matin, en faisant sa barbe, le Prince Napoléon trouve face à sa glace des raisons nouvelles de s’estimer seul digne de porter la couronne ! (…). Or il se sait seulement avoir rôle de figurant, lui qui a hérité du masque posé sur son visage, comme une estampille, une garantie donnée par le destin, une marque d’authenticité » ! [ 33 ]

Un « CESAR déclassé », ainsi a-t-on pu qualifier le Prince Napoléon…

« Il se déclassait du moins volontiers lui-même affichant sans discrétion ses opinions Républicaines, anticléricales, son irréligion… pourtant Prince avec cela jusqu’au bout des ongles en ne supportant pas qu'on l’oubliât un instant. Tous ceux qu’il admettait dans son intimité ont gardé un souvenir ébloui de sa conversation, de sa culture de sa puissance de raisonnement... Il était né pour commander, pour organiser, peut être pour régner ! Mais il ne voulut pas comprendre que l’esprit de contradiction est un piètre système de gouvernement et que le sarcasme n’est pas le meilleur moyen de s’attirer la popularité des foules » (…). « Derrière cet homme d’apparence aussi dure se cachait pourtant une sensibilité, presque une tendresse, dont ses nombreuses amitiés féminines pouvaient témoigner ! Il était capable de dévouement jusqu’à l’imprudence, et de courage aussi bien qu’on lui prêtât, sans doute complaisamment, une excessive prudence à la guerre : son rang l’obligeait parfois à revêtir un uniforme de Général de Division, mais ce portrait vivant de NAPOLEON 1er était beaucoup plus homme du monde qu’un homme porté sur la chose militaire ! Il eut des partisans acharnés, des amis à qui il rendait une semblable fidélité mais s’il fût aimé, il passa sa vie à se rendre haïssable comme à plaisir ! » [ 33 ]…

Anecdote, sur un « Plon Plon » aux airs exécrables, livrée par les GONCOURT : « Le dernier des pingres que le Prince Napoléon. FEYDEAU nous contait que lors de sa rupture avec Anna DESLIONS il envoya un domestique lui reprendre une couverture en renard bleu, qu’il lui avait donnée. FEYDEAU était là. Il dit à Anna qu’il la mépriserait si elle la rendait. Le Prince ne se tint pas pour battu : il voulut la faire recracher à Anna par le Préfet de police BOITELLE » [ 24 Août 1867 ] [ 25 ].

Autre témoignage portant cette fois-ci sur l’anticléricalisme provocateur et affiché du Prince… Convié à dîner par SAINTE BEUVE depuis longtemps, il se décida pour le 10 Avril 1868. Sa maîtresse Jeanne de TOURBEY, qui avait pourtant servi d’intermédiaire pour prendre jour, ne se rendit point à cette invitation. Etaient présents à ce dîner : TAINE, ABOUT, RENAN, et encore FLAUBERT et le Docteur ROBIN… Or c’était un dîner « gras » pour un Vendredi 10 Avril qui était le Vendredi… Saint ! Un journal étranger, puis la presse française « bien pensante » mise au courant, affectèrent de considérer la chose comme un sacrilège… « La vérité du fameux dîner, le vendredi saint, de SAINTE BEUVE, c’est que le Prince Napoléon, ne pouvant faire gras ni chez sa femme, ni chez ses maîtresses, qui font maigre, a tout bonnement demandé à dîner à SAINTE BEUVE. SAINTE BEUVE est un homme qui a des formes avec tout le monde, même avec le bon Dieu » [ 17 Avril 1868 ] [ 25 ] …

Horace de VIEL CASTEL trouve également bien des défauts au Prince Napoléon…

A titre d’exemple, il note dans ses « Mémoires » à la date du 12 Juillet 1859 : « Le Prince méprisé et méprisable qui a employé toute son habileté à ne point paraître sur un champ de bataille en ITALIE, est l’ennemi de l’Empereur qu’il trahit toujours et partout. Cet ignoble personnage voulait que sa maîtresse vint le rejoindre en ITALIE !… C’est toujours cette maîtresse à laquelle, bas voleur, il a donné l’argent que l’Etat lui accordait pour la corbeille de sa femme » [ 28 ]

… La synthèse de tout cela c’est que, chez le Prince Napoléon, tout est en contradiction ! … Les qualités et les défauts se heurtent mais ne se neutralisent pas ! « Plon Plon » apparaît dans le « brouhaha » du Second Empire comme un solitaire, à la fois attirant et hostile ! [ 33 ]

« Le Prince Napoléon représente bien souvent la sagesse mais - hélas pour lui - sous sa forme la plus chagrine ! On aurait souvent bien fait de l’écouter mais sa mauvaise fortune voulait qu’il eût toujours fâcheusement et désagréablement raison ! »… [ 33 ]

Et Georges PRADALIE de résumer tout en décrivant notre Napoléon Jérôme : « bel homme au masque napoléonien, d’esprit vif, d’intelligence supérieure, d’humeur violente et de verbe libre, inconstant de nature, il représente le Bonapartisme autoritaire et populaire. Pour lui le Premier Empire a continué l’œuvre de la Révolution et le Second doit achever l’œuvre en libérant les peuples opprimés. Violemment anticlérical, il est hostile à la Papauté et ses relations sont dans le clan des proscrits et des agitateurs cosmopolites » !!!  [ 34 ]

 

EN CHEMIN POUR LE « PALAIS ROYAL »…   DE DUBOIS A… DUFAURE...

 

Le courrier adressé à Maître Elie DUFAURE en Février 1855 provient directement du « Palais-Royal »… et c’est naturellement au « Palais-Royal » qu’il est appelé à se rendre pour rencontrer le Prince Napoléon…

Le bâtiment fut construit par le Cardinal de RICHELIEU, qui le légua ensuite au Roi… Ensuite, LOUIS XIV le donna à son frère PHILIPPE 1er, Duc d’ORLEANS, et l’un de ses descendants, PHILIPPE-EGALITE, le modifia sensiblement…

« Le Palais Royal est aujourd’hui habité par le Prince Jérôme Napoléon » précisera Adolphe JOANNE dans son « Guide Parisien » en 1863 [ 35 ].

Le fait est confirmé, si besoin en était, par Charles AUBERIVE : « Le Prince Jérôme [ ! ] habite ce Palais dont l’histoire semble tenir du romanesque tant il a vu passer de diverses fortunes ! » [ 36 ] …

« L’histoire semble tenir du romanesque »… L’auteur fait allusion, en particulier, à « la cour licencieuse du Régent. Pendant la minorité de LOUIS XV, le Palais-Royal vit les scènes les plus scandaleuses et la plume refuse de reproduire les excès d’abaissement où tomba ce Prince, qui avec de brillantes qualités n’a laissé qu’un nom méprisable [ sic ! ] »…

Tiens ! Il s’agit du Régent !!! … Le Régent n’avait-il pas alors pour Ministre, « mentor » et confident… le Cardinal Corrézien… Guillaume DUBOIS… dont la mère d’Elie DUFAURE, née Jeanne DUBOIS, semblerait bel et bien appartenir à la même branche généalogique que le Cardinal ?

Les frasques du Prince Napoléon avec Cora PEARL ou d’autres « créatures » en ces lieux, atteignaient-elles la démesure des soupers fins du Régent avec ses roué-e-s ? On peut quand même en douter ! … Et elles n’atteignaient sans doute pas même la démesure des libertinages variés qui se livrèrent également au « Palais Royal », « fief » des ORLEANS, même bien au delà de la période de  la Régence !

En effet, le « Palais-Royal » avec ses jardins et ses galeries couvertes devenait, dès 1774, un « quartier chaud » de la Capitale… A cette date, le père du futur LOUIS PHILIPPE, propriétaire des lieux, qui avait pour la femme du patron du « Café de Foy » quelque faiblesse, avait autorisé le « cocu » à installer ses chaises dans son jardin, inventant ainsi la première terrasse ! … Cet effet indirect de l’amour eût un succès immédiat ! [ 24 ].

Si artistes et amateurs d’art colonisèrent vite les lieux, les filles galantes également ! Au « Café de la Régence », le Langrois Denis DIDEROT venait rêver et il abandonnait son esprit entier à son libertinage : « je le laisse suivre la première idée sage ou folle qui se présente, comme on voit dans l’allée de Foy nos jeunes dissolus marcher sur les pas d’une courtisane à l’air éventé, au visage riant, à l’œil vif, au nez retroussé, quitter celle-ci pour une autre, les attaquant toutes et ne s’attachant à aucune. Mes pensées ce sont mes catins »…  [ DIDEROT in « Le Neveu de RAMEAU » ].

Les filles de joie et les maisons de jeu du « Palais-Royal » furent aussi, longtemps, les compagnes des nuits blanches de benjamin CONSTANT [ 24 ].

Cette réputation sulfureuse du site perdurera même avec la Révolution...

Le 28 Octobre 1789, RESTIF de la BRETONNE est arrêté, accusé d’avoir écrit un libelle infâme : « Dom BOUGRE aux Etats Généraux ou les Doléances du Portier des Chartreux »… Mais il est relâché peu après compte tenu de ses dénégations réitérées… L’antiparlementarisme du propos plus que l’obscénité des termes est-il l’objet des foudres du censeur ? … La référence aux accointances du Législateur avec les filles du « Palais-Royal » - accointances au moins suggérées - devait-elle absolument être tue ?

« (...) Nos députés savent que c’est une grande qualité pour un législateur que de se branler le vit. C’était là le grand secret de LYCURGUE. S’il eût passé son temps à patiner un cul féminin, arroser une motte, il aurait vraiment fait de belles Lois. Branlez vous messieurs, branlez vous trois fois par jour plutôt que de venir tous les dimanches à PARIS trouver les garces du PALAIS-ROYAL, dont le vagin meurtrier vous donnerait, pour un quart d’heure de plaisir, une semaine d’inquiétude. Dites moi peut-on travailler quand, de demi-heure en demi-heure, on est forcé de regarder son vit s’il ne coule pas ou à son prépuce s’il ne se garnit pas de chancres ? (…) Je le répète donc, si les cons s’en mêlent la Constitution est au foutard ! [ sic ! ] » [ 37 ]

Ce cher RESTIF de la BRETONNE, aventurier de la galanterie, avait déjà proposé de grandes réformes sur l’organisation de la prostitution, en préfigurant même les phalanstères de FOURIER : installer des bordels « verts et champêtres » à l’écart des villes… Efforts qui demeurèrent vains !

… Dès lors « le plus intéressant » se passera toujours autour du PALAIS-ROYAL, et pour la Fête de la Fédération en Juillet 1790 circulera, parmi les provinciaux venus à PARIS célébrer « La Liberté » : un « Guide des filles du PALAIS-ROYAL et autres lieux circonvoisins avec leurs noms et demeures » ...

Une nommée ORDELE au « 35, PALAIS-ROYAL » indique qu’elle possède des pommades aphrodisiaques, des fouets, des robes de chambre, des meubles dans le dernier genre… « Lorsqu’on fait usage d'un de ses meubles... .... 6 Livres » ! « De quelle sorte de meuble s’agit-il ? On aimerait savoir. Aucune précision à ce sujet ! », semble regretter - malicieusement ? - Alphonse BOUDARD [ 38 ].

Au cinquième étage du Numéro 23, Galerie du Café de Foy, une femme de 26 ans, brune et maigre, se vante « d’avoir de l’esprit, de la méchanceté et beaucoup de rouerie »… Une « Maîtresse », pour ceux qui auraient des tendances « Masochistes » … sans savoir qu’elles seraient nommées et classifiées ainsi plus tard !

Survient la Terreur - la vraie ! - 1793 - et dans un ordre du jour de la « Section du Temple » on parle des « malheurs incalculables occasionnés par la lubricité des personnes du sexe »… Alors CHAUMETTE, qui est le Procureur de la Commune de PARIS, ordonne que l’on boucle les grilles du PALAIS-ROYAL nouvellement devenu…le « Palais Egalité » !

« Qui hait les vices, hait l’homme ! » prétendait DANTON, un amateur affirmé de dames, dénoncé comme modéré, vénal et perverti… exécuté à l’instant du triomphe éphémère de « l’incorruptible » ROBESPIERRE !

Mais « Thermidor », puis le Directoire, ramènent bien vite la débauche de naguère au PALAIS ROYAL ! [ 38 ]

En 1836, LOUIS PHILIPPE en chasse les « filles » que l’on décide « d’enfermer dans des établissements clos où elles seront moins voyantes ! » [ 38 ]. Et pourtant à PARIS des pétitions émanant de Citoyens demandent au Gouvernement de transformer le PALAIS ROYAL en vitrine du vice – ce qu’il était au siècle précédent - pour empêcher l’ouverture de la moindre maison dans un autre quartier de PARIS !  [ 39 ]…

« A compter du jour de l’exil des filles, le PALAIS ROYAL fut presque ruiné… Les boutiques se fermèrent et on fut à la veille, sur la demande de ces mêmes marchands, de rappeler ces sirènes proscrites, dont l’exil avait fait le vide et changé un palais féerique en une décente solitude », écrira le Docteur Louis VERON, en 1857, dans ses « Mémoires d'un bourgeois de PARIS » [ 24 ]

Ainsi le secteur du PALAIS ROYAL serait-il vers 1850 « assaini » !!! … Au moins en apparence !!!

Vous devriez donc pouvoir vous diriger sans avoir trop d’appréhension pour votre vertu, Maître DUFAURE, vers ce PALAIS ROYAL, où réside votre illustre interlocuteur le Prince Napoléon, et pénétrer dans le Palais qu’il partage encore avec son père l’ex-Roi Jérôme [ et ce jusque à la mort de ce dernier en 1860 ], et où sont installées leurs « Maison-s » respectives, dotées d’un personnel très nombreux, réparti en Services divers [ 11 ], lesquels usent volontiers de cachets de cire rouge « majestueux » sur les enveloppes de leurs correspondances…

 

PRELIMINAIRES DE BIENSEANCE… POUR UNE AUDIENCE SOLENNELLE…

 

L’entrevue « de une à deux heures » envisagée entre Elie DUFAURE et le Prince Napoléon a-t-elle finalement eu lieu ? … Si l’on ne peut l’affirmer avec certitude, du moins a-t-on la preuve qu’elle a été très sérieusement envisagée…

Napoléon Jérôme n’est guère plus âgé qu’Elie ( ils ont deux années à peine de différence d’âge ) mais c’est sans conteste le cadet qui sera le plus impressionné ! … Et pour cause ! Ce « plon-plon » est le cousin de l’Empereur du moment et le neveu du grand NAPOLEON 1er; il est encore, en 1854, l’héritier potentiel « de premier rang » du trône de NAPOLEON III si la succession venait à être ouverte !

Comment dès lors se présenter à ce « Napoléon, le fils de Jérôme qui ressemble tant à l’Empereur » [ 12 ], lorsque l’on n’est qu’un simple « roturier » Allassacois ? Comment le saluer ? … Une vraie question de protocole que se pose sans doute Elie !

Le 24 Novembre 1848 Victor HUGO note que lors d’une soirée toute l’assistance appelait « le Président de la République Monseigneur et Votre Altesse. Moi qui l’appelais Prince j’avais l’air d’un démagogue »… [ 12 ]

En Janvier 1849, HUGO note que, pour le Roi Jérôme, « sous LOUIS PHILIPPE on l’appelait encore le Prince, maintenant on ne l’appelle plus que le Général » [ 17 ]. HUGO rapporte également que BOULAY de la MEURTHE, devenu Vice-Président de la République le 20 Janvier 1849, était l’ami de Jérôme BONAPARTE auquel il disait « votre Majesté » ! [ 12 ]

Ce même Jérôme, LOUIS PHILIPPE l’appelle Altesse, Alexandre DUMAS Monseigneur, Victor HUGO Prince, Madame HUGO Monsieur, lui se dit le Général BONAPARTE… Souvenons nous que son frère NAPOLEON 1er l’avait envoyé dans la Marine en simple qualité de « Citoyen Jérôme BONAPARTE »… [ 1 ].

Elie DUFAURE peut légitimement se poser des questions sur la « bonne » formule de politesse à employer ! La plus distinguée, la plus adéquate, la mieux adapté, la moins « démagogue », la plus « républicaine »… etc. Surtout celle qui froissera le moins le caractère ombrageux du Prince Napoléon et celle qui le flattera discrètement…

La gamme est étendue entre les « Monsieur, Prince, Altesse, Général, Monseigneur » ! Gageons que Elie aura penché pour le terme de « Monseigneur »… qui figure d’ailleurs expressément dans la correspondance de 1855 sous la plume de son secrétaire particulier et qui semble d’ailleurs très largement usité…

« La » de TOURBEY emploie ce terme en public avec son amant : « Mais c’est de l’argot Monseigneur » [ 23 Novembre 1862 ] [ 21 ].

Les GONCOURT notent aussi : « GAVARNI n’est pas retourné aux soirées du Prince Napoléon depuis qu’à un salut froid du Prince, GAVARNI lui ayant dit : « vous ne me reconnaissez pas, Monseigneur ! », le Prince répondit : « si fait Monsieur, si fait ! ». Un si fait glacial » [ 1er Juin 1856 ] [ 21 ].

« Monseigneur » devrait donc convenir et n’être pas à même de déplaire à ce Prince « Républicain » de « la montagne » dont la susceptibilité est aussi prononcée que son mauvais caractère ! « Il n’est cependant pas difficile de comprendre pourquoi certaines personnes le trouvait infumable ! Il n’a jamais aimablement souffert la prétention et considérait la plupart des membres de sa famille avec dégoût. Il m’a dit un jour, avec grande franchise « mon cousin ( l’empereur ) est un cochon. Ses préfets sont de vulgaires canailles et le gouvernement un vrai tas de crotte » [ 31 ].

« Il traita avec mépris les gens de TURIN lors d’un bal donné pour célébrer ses fiançailles avec la Princesse parce qu’ils avaient failli, selon lui, à lui ménager les honneurs que sa position méritait », confie encore Cora PEARL qui croit bon de préciser aussi : « le Prince avait son orgueil » [ 31 ] …

Et viendrait-on à en douter ? … Maître DUFAURE vraisemblablement pas !!!

Pour Elie DUFAURE cette rencontre doit être un événement important !

D’abord compte tenu de la ressemblance dudit Prince Napoléon Jérôme avec son illustre oncle le « Grand NAPOLEON », mais aussi pour son lien de famille et sa « complicité » avec l’Empereur régnant du moment !

« L’Empereur, vous n’avez rien de lui ! » aurait dit un jour le Prince Napoléon à son cousin Louis Napoléon… « - Tu te trompes mon cher, j’ai sa famille » se serait-il entendu répondre avec humour par NAPOLEON III ! [ 1 ].

Alors à défaut d’approcher l’Empereur lui même, Elie DUFAURE approche au moins... sa famille… ce qui n’est déjà pas si mal pour un… « petit » Allassacois !

Elie se souvenait certainement que le 2 Juin 1848, l’article 6 de la Loi de 1832 qui avait renouvelé le bannissement de la famille Impériale avait été abrogé… « La famille Napoléon, nous l’admettons provisoirement parce qu’elle n’est pas dangereuse », faisait alors remarquer au tout début de la Seconde République un membre de la « Montagne »… Cette « Montagne » Républicaine dont le Prince Napoléon grossissait les rangs !

« La famille BONAPARTE n’a plus aujourd’hui que la signification d’une valeur historique, elle n’est que la tradition d’une glorieuse époque, que nous pouvons admirer sans doute, mais que personne ne peut avoir la folie de tenter de recommencer… » [ 1 ], affirmait pour sa part un « Centriste » à la même époque, sans doute persuadé de la justesse de son analyse politique !.

L’impact de NAPOLEON 1er et des BONAPARTE dans les esprits, en particulier ceux de la FRANCE « rurale » que l’on ne disait pas encore « profonde » était resté très fortement ancré !

« Voyez vous NAPOLEON est le seul qui ait fait quelque chose pour le paysan ! Il prenait ses Maréchaux, ses Ducs, ses Princes dans les simples soldats, fils de Paysans ! », renchérissaient les documents imprimés de propagande Bonapartiste, qui poursuivaient : « il n’avait jamais pensé celui là, à partager la propriété en FRANCE parce qu’il savait bien que çà n'était pas possible, et surtout que çà n’était pas honnête ! » [ 1 ] …

Un argument « conservateur » qui ne pouvait pas ne pas rester présent à l’esprit d’Elie DUFAURE !

Il reste cependant que quelques zones rurales résistèrent vigoureusement hostiles au Coup d’Etat de 1851, et particulièrement celles où la paysannerie était pauvre et fortement encouragée par la « Montagne »… mais d’une manière générale, c’était le cas le plus fréquent, le « paysan » Français restait « borné, conservateur et Bonapartiste » ! [ 40 ]…

Elie DUFAURE est issu d’une CORREZE rurale déjà contrastée politiquement… « Le paysan du Nord [ de la FRANCE ] est un bourgeois », déclarait un journal Démocrate-socialiste ( donc « rouge » ) de TULLE en Mai 1849, « Comparé à lui, le paysan de CORREZE est presque un mendiant »… [ 41 ]

En 1849, autour de TULLE, les paysans boudèrent la liste des riches, infligeant aux conservateurs une lourde défaite… « Dans tout le LIMOUSIN », indiquait le Procureur de LIMOGES, « les paysans votèrent pour les rouges s’attendant au partage des biens des bourgeois » ! … Pour autant le Sous Préfet de BRIVE rendait compte à sa hiérarchie de la grande foire de BRIVE de 1853 ainsi : « les paysans retournent chez eux en criant avec ferveur : « Longue vie à l’Empereur ! »

… Contrastes et retournements !!!

Le Prince Napoléon, « Prince et… Républicain », et Maître Elie DUFAURE, « Corrézien de souche » ressentent-ils combien ils sont plongés dans une époque d’apparentes mouvances et de contradictions politiques certaines ?

 

UNE AUDIENCE EN QUESTION-S ... UN PEU D’EPISTEMOLOGIE SOMMAIRE !!!

 

« S’il n’y a pas d’Histoire sans questions, les questions tiennent dans la construction de l’Histoire une place décisive (…). C’est la question qui construit l’objet historique, en procédant à un découpage original dans l’univers sans limite des faits et des documents possibles (…). Une Histoire vaut ce que vaut sa question (…). La question de l’Historien n'est pas naïve (…). Avec la question de l’Histoire - et c’est pourquoi elle permet de construire les faits - il y a une idée des sources et des documents qui permettront de la résoudre (…). Il n’y a pas davantage de documents sans question. C’est la question de l’historien qui érige les traces laissées par le passé en sources et en documents (…). La question de l’historien doit ainsi rester tendue du plus subjectif au plus objectif. Profondément enracinée dans la personnalité de celui qui la pose, elle ne se formule que solidaire de documents où elle pourra trouver réponse (…). L’objectivité ne peut provenir du point de vue adopté par l’Historien car il est nécessairement situé, nécessairement subjectif »…

Ces affirmations sont signés du Professeur Antoine PROST [ 42 ].

Il s’agit là de quelques « évidences » [ ? ! ] qu’il m’apparaît nécessaire de souligner, si besoin en était, avant d’envisager maintenant quel pouvait donc bien être « l’objet » de l’audience que le Prince Napoléon accordait à Elie en 1855…

Car c’est bien la question primordiale qu’il convient de formuler sur la base de la correspondance du 7 Février 1855 !

« Les faits n’existent pas isolément en ce sens que le tissu de l’Histoire est ce que nous appellerons une intrigue, un mélange très humain et très peu « scientifique » de causes matérielles, de fins et de hasards; une tranche de vie en un mot que l’Historien découpe à son gré et où les faits ont leurs liaisons objectives et leur importance relative. (…) Le mot d’intrigue à l’avantage de rappeler que ce qu’étudie l’Histoire est aussi humain qu’un drame ou un roman »…

C’est de qu’estime quant à lui le Professeur Paul VEYNE [ 43 ] ...

« Le mot d’intrigue à l’avantage de rappeler que ce qu’étudie l’Histoire est aussi humain qu’un drame ou un roman » : alors posons nous la question de l’objet de cette audience… et cherchons lui un début de réponse en formulant quelques pistes… fort des divers éléments que nous sommes parvenus à rassembler…

 

MOBILE INCERTAIN POUR UN ENTRETIEN …  LE JURISTE DUFAURE ?

 

En Février 1855 lorsque la rencontre entre le Prince Napoléon et Elie DUFAURE est envisagée, il est nécessaire de bien se souvenir, car c’est un point qui présente de l'intérêt, qu’en dépit du récent mariage de son cousin Louis-Napoléon, « Napoléon Jérôme » détient encore un rang de « première priorité » en regard d’un accès potentiel au trône que laisserait vacant l’Empereur NAPOLEON III !

A ce moment là « Plon plon » est tout juste de retour de la Campagne de CRIMEE, ( il était encore présent à la bataille d’INKERMAN, en Novembre 1854… ), qui se poursuit mais qu’il a « désertée »… au moins aux yeux de bien des observateurs …

« Ayant critiqué la conduite des opérations militaires, il a été brusquement rappelé pour raison de santé », me précise dans une correspondance mon parrain Alain LEVY. Dans le même temps, le père de « plon plon », l’ex-Roi Jérôme, vient de renouer avec sa descendance Américaine, les « BO »… ce qui ne peut que créer « ombrage » et « torts » à sa descendance légitime, Mathilde et Napoléon Jérôme…

Bref tout ne semble pas aller pour le mieux dans l’univers personnel du Prince Napoléon à cette époque…

Dès lors essayons de balayer le champ des hypothèses qui permettraient de cerner le motif de la rencontre du « Prince » avec Elie DUFAURE...

Le 30 avril 1854, un Décret a réintégré Jérôme BONAPARTE-PATTERSON dans la « qualité de Français »…

Craignant alors les possibles prétentions de leur demi-frère, le prince Napoléon-Jérôme et la princesse Mathilde adressent à ce propos une protestation à l’Empereur…

L’affaire sera portée devant le Conseil de Famille, cette instance étant chargée de trancher les litiges pouvant s’élever à l’intérieur de la Famille Impériale…

Doit-on voir en ce début d’année 1855, en la personne de l’interlocuteur du Prince Napoléon, un jeune avocat Corrézien, Maître Elie DUFAURE, qui aurait offert ses services ou qui aurait, peut être, plutôt, été recommandé au Prince pour ses qualités de « Civiliste » et sa discrétion ?

S’agirait-il d’une « consultation », « privée » et « secrète », préalable au Conseil de Famille, pour tenter de contrecarrer juridiquement les intentions probables des « BONAPARTE PATTERSON » qui seraient défavorables au Prince Napoléon ?

Faut-il pour Elie DUFAURE avoir mission de rechercher des arguments et des « moyens juridiques » directement dans le « Code Napoléon » ( ! ) quant aux questions de « filiation » et de « succession », pierres angulaires du Droit de la famille ?

Car « L’alerte est chaude » !

Le « BONAPARTE Américain » peut présenter des lettres qui prouvent que tous les membres de la Famille BONAPARTE, à commencer par son père, l’Ex roi Jérôme, et le plaignant, son demi frère le Prince Napoléon, l’ont toujours traité en fils, en frère, en cousin et en neveu !!! De son côté NAPOLEON III reçoit son « cousin » « BO » à sa table… Il lui a reconnu la nationalité Française et la légitimité, il a nommé son fils dans l’Armée Française !  [ 14 ]

La requête du Prince Napoléon, appuyé par sa sœur, conteste la « légitimité » de Jérôme PATERSON qui est son aîné et qui prendrait rang prioritaire si, en cas de décès du Prince Impérial, une succession venait à s’ouvrir… Accusant « BO » d’usurpation de nom en s’appuyant sur l’annulation du mariage de 1803, les plaignants sollicitent du « Conseil de Famille » d’interdire aux « PATERSON » le patronyme de « BONAPARTE » et de leur enlever tout droit à la légitimité… [ 14 ]

Craignant le retentissement de ce procès à venir, NAPOLEON III propose à Jérôme PATERSON de renoncer au nom de BONAPARTE en échange d’un titre de « Duc de SARTENE »… Mais « BO » décline cette médiation conciliatrice et montre une ambition qui encourage « Plon Plon » à maintenir de son côté sa plainte !

Le procès se plaidera donc… en 1856… aux TUILERIES, à Huis clos… en présence des parties représentées par leurs avocats : deux des plus grands orateurs du Barreau, à savoir ALLOU pour « plon plon » et sa sœur, et BERRYER pour Jérôme PATERSON…

[ … et donc pas d’Elie DUFAURE… ce qui ne prouve au demeurant pas qu’il n’ait pas eu à connaître de l’affaire, même à titre indirect ! ]

S’agissant du « géniteur » et du « générateur » de toute l’aventure, le Roi Jérôme ; celui-ci invoque son grand âge pour ne point se mêler de l’affaire ! [ 14 ]

Le Conseil de famille est présidé par MORNY [ lui-même « bâtard », « demi-frère » de NAPOLEON III … ]. Le vote à lieu à bulletins secrets… Le « verdict » coupe le litige en deux : maintien du nom de BONAPARTE mais négation de « légitimité » aux « BO » !

La sentence, en date du 4 Juillet 1856, fixe de façon très précise la situation de Jérôme Napoléon « BO ». La nullité du mariage de son père en 1803 est confirmée « mais, attendu que ledit défendeur a constamment, depuis sa naissance, porté le nom de BONAPARTE, que ce nom lui a été donné dans son acte de naissance et de baptême dans tous les actes de la vie civile, dans les relations du monde et enfin par tous les membres de la famille Impériale que, dans une telle situation on ne peut lui enlever le droit de continuer à porter le nom qui ne lui a jamais été contesté ; Par ces motifs le Conseil de Famille maintient au défendeur le nom de BONAPARTE sous lequel il a toujours été connu, sans qu’il en résulte pour lui de pouvoir se prévaloir du bénéfice des articles 201 et 202 du Code Napoléon » … c’est à dire sans les effets civils induits… en particulier en matière successorale ! [ 5 ]

L'essentiel est donc patrimonialement sauf pour le Prince Napoléon !

D’autant que « BO » croira bon de faire appel devant la Cour Impériale de PARIS [ la juridiction même devant laquelle Maître Elie DUFAURE est le plus fréquemment appelé à intervenir ! ], et que ce Tribunal lui donna tort… en lui ôtant même jusque à son nom de BONAPARTE ! [ 14 ].

 

LA MORT DU ROI JEROME…  ENCORE DU TRAVAIL POUR LE JURISTE !

 

Le Roi Jérôme, qui avait été nommé Sénateur puis Président du Sénat, qui avait été reconnu comme Prince du sang à la restauration de l’Empire, qui fut honoré par NAPOLEON III, lequel n’hésita pas à lui accorder une dotation de deux millions de Francs et à faire frapper à la Monnaie des pièces d’or à son effigie avec la légende : « Roi de WESTPHALIE », qui avait été désigné un temps comme héritier par son neveu au cas où celui-ci, « NAPOLEON III », décéderait sans postérité, mourra le 24 Juin 1860… et ses obsèques seront célébrées le 3 juillet suivant, en l’église des INVALIDES, où il repose encore à ce jour, dans la « Chapelle Saint-JEROME »… [ 10 ]

Cet événement donne l’occasion à Horace de VIEL CASTEL [ 28 ] de rédiger, en date du Jeudi 5 Juillet 1860, quelques longues lignes « cruelles et indignées », qui s’avèrent sans complaisance pour « les Jérôme » :

« Les obsèques du Prince Jérôme [ sic ! ] ont été magnifiques et l’abbé CŒUR a prononcé dit-on un très beau panégyrique du défunt.

Le Prince Napoléon a touché l’assistance par l’apparence de sa profonde douleur ; le matin il avait embrassé le cadavre de son père avant de laisser pour jamais fermer la bière qui le contenait.

Toute cette douleur est une comédie, le Prince Napoléon n’avait ni estime, ni affection pour son père ; il le méprisait comme se méprisent entre eux les gens sans moralité, il avait fallu la présence de l’Empereur pour faire arriver l’Archevêque de PARIS auprès du moribond, et le Prince Napoléon n’a point assisté à l’administration de l’extrême onction. Il avait trouvé plus convenable de fumer une cigarette dans une pièce voisine.

Pendant la courte et dernière agonie du Prince Jérôme, le Prince Napoléon est sorti deux ou trois fois de la chambre où toute sa famille était réunie, pour fumer !

C’est un misérable Prince sans cœur, sans âme et sans respect humain ; mauvais frère, mauvais époux, sujet peu fidèle ; il a tous les vices qui déshonorent. Il songe avant tout à l’argent, aussi a-t-il fait ôter à sa sœur tout ce que la Loi lui permettait d’ôter.

Un mois avant sa mort, le Prince Jérôme disait à la Princesse Mathilde :

« Après ma mort, les affaires seront faciles entre ton frère et toi, vous n’êtes que deux à partager également ».

Mais le Prince Napoléon a poussé son père à faire plus, c’est à dire à demander le rapport à la succession d’une somme de 250 000 Francs que le Prince Jérôme était censé avoir donné à sa fille en la mariant.

Le Prince Napoléon sait mieux que personne que cette somme n’a jamais été comptée, puisque le Prince Jérôme n’avait pas le sou et que son fils et lui ont vécu jusque en 1849 d’une pension de 50 000 Francs que leur faisait la Princesse Mathilde.

Le vieux Jérôme ne valait pas mieux que son fils quand il s’agissait d’argent ; il a contrefait l’écriture et la signature de sa fille pour s’emparer d’une somme de 25 000 Francs qu’elle avait déposée entre les mains de la Princesse BACIOCCHI.

(…) Le Prince Napoléon, trois jours avant la mort de son père faisait vendre les chevaux et renvoyer les domestiques ; le fait est vrai.

Le Prince est capable de tout ce qui est bas et vil ; il est hypocrite, sans audace lorsqu’on lui tient tête, et aucun fond ne peut être fait sur sa parole ; débauché sans dissimulation, il croit pouvoir braver l’opinion publique, et il oublie trop qu’en FRANCE, un Prince qui à tort ou à raison a la réputation d’être lâche, est un Prince sans appui et sans pouvoir ». [ 28 ]

Horace de VIEL CASTEL poursuit encore :

« On raconte qu’il insistait la veille de la mort de son père pour aller près de son lit, lui demander de ses nouvelles. Le Docteur RAYER lui dit :

« Ne troublez pas le repos de votre père, Monseigneur, ce serait bien inutilement d’ailleurs, car il ne vous reconnaîtrait pas »

Le Prince insista et s’approcha du lit ; au bruit de ses pas le Prince Jérôme sembla sortir de son affaissement : « C’est toi, mon brave ? » prononça-t-il d’une voix chevrotante.

« Vous le voyez, Monseigneur, votre père ne vous reconnaît pas »

Ceci donne une idée de l’opinion populaire sur le Prince (…).

Le Prince Napoléon affiche l’incrédulité la plus complète et il n’épargne pas à sa pauvre jeune femme les sarcasmes sur ses penchants religieux »… [ 28 ].

VIEL CASTEL disposait de « bonnes informations »… Il s’avérera en effet que le testament du Roi Jérôme, remontant à 1852, avantageait finalement Napoléon Jérôme au détriment de sa sœur Mathilde, et le patriarche avait sacrifié sa descendance Nord Américaine qu’il avait semble-t-il… oubliée… jusque dans son testament !

Mathilde en appelle alors à NAPOLEON III, contestant la validité du testament… Elle est exaspérée que son père ait préféré son frère aux idées progressistes dont elle avait dit à l’Empereur qu’il était, en secret, son ennemi le plus acharné ! [ 8 ]

Pour limiter le scandale qui devient public, NAPOLEON III, pour « dédommager » Mathilde portera à 500 000 Francs sa dotation annuelle, entraînant la démission de FOULD, Ministre d’Etat et ami du Prince Napoléon [ 20 ], qui était hostile à toute dérive budgétaire [ 5 ] !

Mathilde pour éviter un procès « scandaleux » renoncera finalement à sa part au profit de son frère « plon plon » [ 5 ].

Les « BONAPARTE-PATTERSON », descendants du premier mariage de Jérôme, annulé par NAPOLEON 1er, attaqueront eux aussi ce testament…

Les joies de la famille !!! … Et beaucoup d’activité en somme pour les juristes !!!

« BO » entrepris donc, conjointement avec sa mère, une action judiciaire pour avoir part à la succession du défunt Roi Jérôme… Tous deux vinrent une dernière fois en EUROPE à cette occasion. Le 5 juillet 1860, le Conseil de Famille, confirmant sa sentence du 4 Juillet 1856, décida qu’il devait être passé outre à leur opposition à la levée des scellés apposés au PALAIS-ROYAL et au château de VILLEGENIS hors de leur présence…

Le Prince Napoléon ayant désiré que l’affaire suive ensuite le cours ordinaire de la justice, celle-ci sera jugée le 15 février 1861 par le Tribunal Civil de la SEINE, puis en appel par la Cour Impériale de PARIS, le 1er Juillet 1861.

Jérôme-Napoléon « BO » et sa mère seront déboutés les deux fois…

Ils avaient pris pour défenseur le célèbre avocat légitimiste Antoine BERRYER.

A la tête d'une fortune considérable, venue à la fois des PATTERSON et du côté de sa femme, « BO » n’eut jamais d’activité professionnelle : il s’occupa de la gestion de ses biens et, parmi ceux-ci d’un important domaine agricole où il se consacra à l’étude de problème de culture et de fertilisation… Il mourut d’un cancer à la gorge le 17 Juin 1870 à BALTIMORE… [ 10 ]

Les « conseils » éventuels délivré par Maître DUFAURE au Prince Napoléon en 1855 auraient-ils pu prendre une place, même modeste, dans l’élaboration de la saisine du Conseil de Famille contre « BO » ? Ce lien intellectuellement séduisant existe-t-il ???

On sait, par le Journal des GONCOURT, que la Princesse Mathilde recevra plusieurs fois en son salon l’avocat Treignacois Charles LACHAUD ( 1818 – 1882 ), juriste de renommée nationale… en Février 1869… ou en Mai 1879… par exemple… [ 25 ]

Peut-on alors s’étonner que son frère, Napoléon Jérôme dit « plon plon », ait pu recevoir quant à lui, auparavant, l’avocat Allassacois DUFAURE… et ce, dès 1855 ?

Maître LACHAUD n’était cependant pas reçu par Mathilde dans le cadre de consultations juridiques… et je ne pense pas qu’Elie DUFAURE l’ait été également à ce titre principal par le Prince Napoléon… encore que… !

Les GONCOURT seront très sévères avec Charles LACHAUD : « un avocat dont la Princesse [ Mathilde ] s’est affolée, ce bas LACHAUD, qui ne voit dans toutes les questions d’honneur de ce monde que des questions de dommages-intérêts » [ 15 Février 1879 ] [ 25 ].

Mais reçoit-on jamais un avocat en audience particulière sans y chercher « quelque part » son intérêt propre de quelque nature que celui-ci puisse être ???

 

MOBILE INCERTAIN POUR UN ENTRETIEN … L’ENTREMETTEUR ?

 

« Chez la Princesse, aujourd’hui LACHAUD parlait, en amoureux, de son ancien amour pour Mme LAFARGE Il disait qu’aujourd'hui encore, il avait dans son cabinet un portrait d’elle au dessus d’un divan et que lorsque il rentrait fatigué du Palais, il faisait une sieste sur ce divan, s’endormant les yeux sur l’image de l'assassine », nous rapporte Edmond GONCOURT… [ 14 Mai 1879 ] [ 25 ]

La « Femme » est bien un sujet éternel de conversations masculines !

Peut-on oser avancer l’hypothèse d’une conversation « privée », en 1855, entre le Prince Napoléon et Elie DUFAURE ayant pour thème « la Femme »…. ou plutôt « une » femme ?

Encore une fois cela est peu probable ! mais pourquoi pas ? … « Cherchez la femme » conseille-t-on souvent à l’enquêteur quand il hésite sur la piste à suivre !

« Une femme », alors… Oui ! Pourquoi pas… mais laquelle ? … Gisette ? Gisette DENNERY, la femme d’Adolphe ?  [[ Adolphe DENNERY ou d’ENNERY 1811 – 1899 était un « auteur de drames » en vogue. Gisette, d’abord Madame DESGRANGES, était devenue sa maîtresse, puis sa femme… ]].

Pour Gisette se languissait également, selon les écrits des GONCOURT en date du 21 Novembre 1861, Gaston SOUILLARD de SAINT VALRY [ 21 ] … qui connaissait bien Elie DUFAURE au point de s’adresser à lui par correspondance avec cette formule : « Mon cher DUFAURE »…

Tiens ! Entre 1854 et 1859, Gaston SOUILLARD de SAINT VALRY est employé au « Secrétariat pour la publication de la Correspondance de NAPOLEON 1er » ...

Or, sait-on qui s’est vu confier la responsabilité de la publication de cette Correspondance, des « trente deux volumes qui constituent un monument insigne à la mémoire de l’Empereur » [ 5 ] ? … Eh bien ! Le Prince Napoléon !!! … En personne !!!

Il faut cependant préciser que le Prince Napoléon a seulement présidé la Commission… laquelle, reconstituée le 6 Février 1864, était composée, entre autres, de WALESKI et de SAINTE BEUVE… Mais « Plon Plon » ne faisait pas partie de la « Commission Impériale », créée initialement le 7 septembre 1854, laquelle était placée sous la Présidence du Maréchal VAILLANT et dont était membre Prosper MERIMEE…

Elie pouvait-il servir d’intermédiaire pour tenir au courant le Prince Napoléon de l’avancée des travaux de la Commission par les renseignements qu’il pouvait obtenir de Gaston SOUILLARD de SAINT VALRY ? Ou bien est-ce ce dernier qui avait pu recommander tel avocat de ses amis, en l’occurrence Elie DUFAURE, au Prince Napoléon… en fonction de ses compétences juridiques… ou de qualités autres ?

« Quant à LECOMTE, il a son plan : il voudrait coucher avec moi pour me donner au Prince Napoléon ! Mais merci ! je l’ai déjà refusé ce Prince là ! »… confiait un jour… Gisette DENNERY… aux frères GONCOURT ! [ 7 Novembre 1862 ] [ 21  ] …

Qui avait déjà pu « proposer » Gisette au Prince ?

...   ...   ... E… D…… ?  Non ! J’exagère ! ? !

« … Et penser que ce qu’elle [ Gisette ] me dit là est vrai ou à peu près vrai ! VERON, SAINTE-BEUVE, Le Prince [ Napoléon ], LECOMTE, [ et DUFAURE ??? ], tout cela se tient par des filles que l’un procure, que l’autre reçoit. Ce sont les vices, les bassesses, les maquerellages, les prostitutions du XVIIIème Siècle tombés aux MATIFAT et aux VAUTRIN ! En exploitant cela on est LECOMTE, on a des prix MONTYON à l’Académie, on aura la croix ! », vitupèrent sans fin les GONCOURT [ 21 ].

Allons ! Ne faisons tout de même pas de Maître DUFAURE un « vulgaire et vil souteneur » même s’il aurait pu ( … peut-être… ) « introduire » ou « présenter » « Gisette » au Prince Napoléon… Quand bien même cela aurait été, Elie et Napoléon, l’un comme l’autre sont encore de « joyeux célibataires » en 1855 et ils pourraient donc invoquer bien des circonstances atténuantes !!!

Vrai… tout ceci confine, je n’en disconviens pas, avec la pure fantaisie romanesque ! On manque de preuves suffisantes et déterminantes pour pouvoir être affirmatif !

Mais quelques éléments de fait, certes non déterminants, se recoupent, se superposent, coïncident parfois… Il est au moins possible de le constater !!!

Alexandre DUMAS ( le père ) s’y entendait mieux que je ne sais le faire pour mêler les éléments historiques avérés à de la pure fiction romanesque !

Alexandre DUMAS ( fils ), né comme Elie DUFAURE en… 1824, était quant à lui plus un dramaturge qu’un romancier… Il venait de triompher, en 1852, avec « La Dame aux Camélias » et il allait sortir, en 1855, « Denise » ; une pièce à thèse sur la question du mariage et de la mésalliance… Sa « Dame aux Camélias » était inspirée de l’histoire véridique des amours contrariés du jeune écrivain avec Rose PLESSIS, ( courtisane née dans l’ORNE en… 1824 ), dite Marie DUPLESSIS, qui avait été « placée » à quinze ans chez une modiste du quartier du « PALAIS ROYAL » [ entendons nous bien sur les termes « aseptisés » de la période : elle avait été : « putain chez une mère maquerelle » ], errant la nuit, « du côté du Pont Neuf » prétend ROQUEPLAN, qui dit l’avoir rencontrée « jolie, délicate et malpropre comme un colimaçon mal tenu. Elle grignotait une pomme verte qu’elle semblait mépriser. La pomme de terre frite était son rêve, je lui en offris un gros cornet » [ 24 ] …

 

LA RECHERCHE D'AUTRES MOTIFS… POURSUITE DE L’INVESTIGATION !

 

Un autre thème de rencontre qui reste de pure théorie pourrait porter sur la peinture… de genre… La représentation licencieuse !

« DESLAUX » qui a portraituré Elie en 1850 s’adonnait-il également, au delà du « portrait » de facture classique à ce genre « grivois » et Elie DUFAURE, au delà du simple client, pouvait-il servir des intérêts « commerciaux » en tentant de placer telle ou telle toile auprès de relations fortunées ?

C’est, là encore, très peu probable…

D’ailleurs Elie DUFAURE a été portraituré dans une attitude très « collet monté » et la peinture de DESLAUX ne me parait pas laisser place à la moindre fantaisie ( … ni au moindre génie ??? ) !

« L’une des sensations était une toile d’un certain M. MANET, intitulée « le Déjeuner sur l’herbe », qui montrait une femme nue assise dans une clairière au milieu d’une forêt en compagnie d’hommes complètement vêtus. Le bruit qui fut fait autour de cette peinture était complètement absurde sinon compréhensible. Beaucoup de gens qui clamaient très haut leur dégoût avaient certainement dû prendre part eux-mêmes à pareille scène, mais le fait de la montrer avec une telle réalité et sans la mascarade d’un travesti à l’antique était trop pour eux », écrit Cora PEARL [ 31 ], qui situe cette réflexion non à l’occasion du « Salon des Refusés » de 1863, mais à celle de « l’Exposition Universelle » de 1867...

Il s’avère que le Prince Napoléon s’était vu confier la Direction de l’Exposition Universelle de… 1855, puis de celle de 1867… même s’il démissionna de la Commission Impériale qu’il présidait pour cette dernière, suite à un discours jugé exagérément… révolutionnaire ! [ 5 ]

En 1867 MANET avait organisé une exposition « off », près du Pont de l’ALMA, comprenant cinquante toiles et COURBET avait agi de même… Son « Enterrement à ORNANS » avait déjà été refusé pour l’Exposition Universelle de 1855 !

L’Exposition Universelle de 1867 consacrera, du côté des peintres « officiels », une de nos connaissances : le peintre GEROME !!! [ 5 ].

Philippe SOLLERS, par personnage interposé, dit frémir lorsqu’il lit que plus tard GEROME, « peintre médiocre que la postérité a aujourd’hui oubliée, barre la route au Président LOUBET devant la salle où sont exposés les impressionnistes : « N’entrez pas Monsieur le Président, car c’est ici le déshonneur de la FRANCE ! »… Madame LOUBET, elle, est plus réticente. Cette femme entièrement nue de MANET au milieu de cadres habillés… Elle se demande furtivement si son mari accepterait que ce soit elle au milieu de ses collègues de bureau. Elle en doute, elle est sûre du contraire » [ 44 ].

Elie DUFAURE n’est pas assez fortuné pour se muer en collectionneur de peintures de premier ordre, et son rôle présumé d’agent commercial  ou d’intermédiaire artistique ne colle pas vraiment avec le personnage, ni même avec la déontologie imposée aux membres du Barreau !

Elie se devait-il, seulement, de donner quelques conseils juridiques au Prince dans le cadre de la préparation de « l’Exposition Universelle » de 1855 qui approchait… ?

Il ne m’apparaît pas nécessaire de me pencher non plus trop avant sur un motif « militaire » inscrit à l’ordre du jour et motivant l’audience accordée par le Prince Napoléon... et ce compte tenu du retour récent de CRIMEE du Prince Napoléon qui ne devait pas se trouver dans les meilleures dispositions d’esprit à ce propos !

Pour agir en faveur de son frère Bertrand, Elie; sollicitera plutôt une autre de ses relations appartenant à la « Maison Militaire de l’Empereur » car il ne comptait certainement pas sur le Prince Napoléon pour ( aussi peu que ) cela...

En Février-Mars 1855 Bertrand DUFAURE est encore en garnison en métropole, il ne partira en ALGERIE qu’au début de l’été 1855… Une ALGERIE dont le Prince Napoléon n’est pas encore devenu l’éphémère Ministre [ « de l’ALGERIE et des Colonies » ], puisque nommé le 24 Juin 1858 à cette fonction, en vue de réorganiser l’administration de ces territoires, il démissionnera, moins d’une année plus tard, le 8 Mars 1859, compte tenu en particulier de différends sur ses prérogatives avec d’autres Ministres [ 5 ] … Encore une preuve, s’il en était besoin, de son fort [ et mauvais ! ] caractère !

Il ne saurait non plus être question de Jérôme BONAPARTE ( PATTERSON ), fils aîné de… Jérôme BONAPARTE ( PATTERSON ), dont nous avons déjà vu qu’il était né en 1830, puis sortie en 1848 de l’école militaire prestigieuse de WEST POINT, devenant Sous Lieutenant de cavalerie de l’armée des ETATS-UNIS jusque en Août 1854, avant que de passer dans les rangs de l’Armée Française… D’abord affecté au « 7ème Régiment de Dragons » [ Bertrand était lui au « 6ème Hussards » ], puis le 23 Avril 1856 en tant que Lieutenant au « 1er Chasseurs d'AFRIQUE » [ Bertrand est alors au « 4ème Chasseurs d’AFRIQUE »… L’Allassacois Aymard de FOUCAULD est alors au « 2ème Chasseurs d’AFRIQUE » et il ne passera au « Premier » qu’en 1863 ] … alors que Jérôme BONAPARTE-PATTERSON a déjà été « versé » au « 1er Régiment de carabiniers » à cette époque…

Elie n’agit donc pas dans le cas présent comme un quelconque « agent de renseignement » qui aurait pu renseigner le Prince sur l’attitude de son « demi-neveu » « BO II » dans l’Armée Française !

 

LA PISTE POLITIQUE… REPUBLIQUE ET REVOLUTION…

 

Etudiant, le jeune Elie DUFAURE lisait la revue « Les Ecoles » dont l’inspiration « Républicaine » ne faisait aucun doute… Il avait de l’admiration pour les Ministres Républicains FAUCHER et DUFAURE et n’en faisait pas mystère puisque son opinion figurait expressément dans la « Notice sur les Familles Du FAUR et de GIMEL » qu’il venait non seulement de rédiger mais aussi de faire imprimer…

La satisfaction d’être parvenu au terme de ce projet qui lui tenait à cœur « décuple » peut être son énergie et son moral au point de l’encourager à rencontrer le Prince Napoléon en vue éventuellement de jouer un rôle « politique », même mineur...

En dépit du rétablissement de l’Empire, dont il n’hésite pas à tirer quelque avantage, le Prince Napoléon ne cache pas cependant une philosophie politique toujours d’inspiration Républicaine…

Or, nombre d’intellectuels « Républicains », et parmi eux les plus influents, se recrutent à l’époque dans les rangs des… avocats Parisiens !

Philippe SEGUIN écrit : « Les conditions d’accession au pouvoir de Louis Napoléon avaient introduit un coin entre les Républicains et la classe ouvrière ce que reconnaissait Jules FAVRE » [ Tiens ! Un avocat ! ]… « Louis Napoléon pensa-t-il un moment s’attribuer à lui l’ensemble du monde ouvrier ? », poursuit Philippe SEGUIN, « On a cru discerner la pression du pouvoir dans la constitution de tel ou tel mouvement ouvrier : on a parlé ainsi d’un « Groupe du PALAIS ROYAL » qui avait été inspiré par Napoléon Jérôme »… [ 11 ]

NAPOLEON III était bien conscient des multiples tendances politiques qui tiraillaient son régime, en même temps que la société Française… Il s’exclamera un jour : « Quel Gouvernement que le mien ! L’Impératrice est légitimiste, Napoléon Jérôme Républicain, MORNY Orléaniste, je suis moi-même Socialiste. Il n’y a de Bonapartiste que PERSIGNY, mais il est fou ! »…

De fait le régime Impérial n’a pas à son service de « parti » organisé. Le Bonapartisme n’est qu’un foisonnement disparate de tendances multiples dont les traits communs se réduisent au goût de l’autorité, au culte de la gloire militaire et à des références plus ou moins nettes aux grands principes de la Révolution [ 45 ].

Elie DUFAURE pouvait il jouer un rôle, même modeste, de « conseiller », de « théoricien politique », d’intermédiaire ou tout simplement de relais d’influence du Prince Napoléon et du « PALAIS ROYAL » dans le petit monde du Palais [ … de Justice ] parmi ses collègues et amis avocats ? Peut être…

Mais si les entrevues entre Napoléon Jérôme et Elie avaient été plus fréquentes cette unique missive à entête du Prince Napoléon n’aurait sans doute pas été ( la seule ) conservée avec autant de soins voire de… « piété » ? !!!

Qui évoque les termes de « Politique » et de « République » ne peut éviter de puiser des « références » à cette époque là - comme c’est également le cas pour tous les grands Historiens du moment - dans la « Révolution Française », qui est encore si proche et qui est présente dans tous les esprits, d’autant que la culture Historique et la culture Politique qui se rejoignent souvent, imprègnent la formation culturelle des Elites de ces temps !

Si l’on en croit les frères GONCOURT, le Prince Napoléon vouait une admiration certaine à MARAT… « Cet exemplaire de « L’AMI DU PEUPLE », provenant de la sœur de MARAT, tâché du sang de l’assassiné, c’est le Prince Napoléon qui l’a soufflé à la Bibliothèque [ Impériale ]. C’est bien d’un pareil Prince que de raffoler d'une idole aussi bête, de ce crétin agité, MARAT. Il a le MARAT de DAVID. Le Journal de MARAT. Le dernier autel de MARAT devait être élevé en 1862 au PALAIS-ROYAL par ce faux PHILIPPE-EGALITE. Il a cherché dans la Révolution. Il a trouvé ce Croque-mitaine. Et puis cela pose, c’est une originalité, cela impose presque au public d’être un amateur de MARAT. C’est la collection d’un homme fort, d’un vrai libéral sans préjugés. Pour moi cela me rappelle la pose des artistes qui mettent une tête de mort dans leur atelier. C’est simplement, dans ce Prince, une affectation à la BAUDELAIRE. Et puis peut être aussi le sang fascine-t-il les natures lâches »… [ 19 Novembre 1862 ] [ 21 ]

Sans indulgence aucune décidément ces GONCOURT !

Elie DUFAURE vénère-t-il lui aussi MARAT à l’instar du Prince Napoléon ? … C’est bien moins certain…

Jean Paul MARAT, Docteur en Médecine, formé d’abord à TOULOUSE puis à BORDEAUX et enfin à PARIS, entreprend dès Septembre 1789 de faire paraître son journal « L’AMI DU PEUPLE », une publication très vite interdite…mais qui reparaît un peu plus tard, en Avril 1792, avec alors le soutien du « Club des Cordeliers »…

MARAT est élu à la Convention, il siège « au sommet » de la Montagne… Puis il joue un grand rôle dans la chute des Girondins, vote la mort du Roi… avant de finir tragiquement poignardé dans sa baignoire, le 13 Juillet 1793… [ 46 ]

Maître DUFAURE en sait peut être plus sur MIRABEAU qui séjourna chez sa sœur au SAILLANT d’ALLASSAC et dont le père était connu, lui, sous le nom de « L’Ami des Hommes » depuis qu’il avait écrit un texte économique soutenant les thèses des Physiocrates… mais c’était bien avant, sous LOUIS XV… [ 46 ].

En Mars 1790, la « Société de 1789 » regroupera, au PALAIS-ROYAL, des libéraux qui entendront s’en tenir strictement aux principes de 1789… Parmi eux on note une fraction ( 10 % environ ) de Jacobins, dont La FAYETTE et… MIRABEAU ce qui tendra à démontrer, déjà, des divergences de vue chez les Jacobins (…), et la « politique » de MIRABEAU visera à neutraliser par tous les moyens l’influence grandissante du « Club des Jacobins » au sein duquel il se trouvera de plus en plus isolé [ 47 ]…

Peu après sa collusion objective avec les aristocrates sera mise en évidence, en particulier le 28 Février 1791 où il sera « publiquement démasqué » ce qui ne sera pas étranger à sa mort, sa santé se dégradant alors considérablement, qui survient cinq semaines après…

Le décès de MIRABEAU… qui était soigné par CABANIS… « parent » par alliance de Maître DUFAURE… le 2 Avril 1791, évitera les accrochages violents qui auraient pu survenir entre Honoré de MIRABEAU et Jean-Paul MARAT… et embarrasser, qui sait, Elie DUFAURE dans le cadre d’une conversation entretenue avec le Prince Napoléon qui aurait eu pour thème « la Révolution » et « la Politique » !

Les GONCOURT notent : « Ce soir, Chez MAGNY, SAINTE BEUVE raconte avoir dit au Prince Napoléon, lorsqu’il le nomma de la Commission pour la Correspondance de NAPOLEON, qu’il avait écrit contre NAPOLEON 1er le plus violent article dans la « Revue des Deux Mondes», à propos du « MIRABEAU » de HUGO. A quoi le Prince répondit : « Raison de plus ! » [ 21 ] [ 24 Octobre 1864 ] ...

Pour la petite histoire notons ici qu’il existait des liens de famille, par « apparentements » au sein de la Noblesse Provençale, entre Honoré de MIRABEAU et Donatien de SADE… Ainsi Donatien-Alphonse et Gabriel-Honoré sont cousins « assez éloignés ; ils ne se fréquentent pas » [ 48 ]…

La mort de MARAT sera justement pour SADE l’occasion d’un beau morceau d’éloquence : son « Discours aux Mânes de MARAT et de Le PELLETIER » ; dans lequel il s’exclame : « Sexe timide et doux comment se peut-il que vos mains délicates aient saisi le poignard que la séduction aiguisait ? » [ 49 ]… SADE voyait-il alors en Charlotte CORDAY l’incarnation de l’une de ses héroïnes « noires » de fiction ?

SADE confiait en 1791 à son ami l’avocat GAUDIFRY : « Je suis anti-jacobite [ sic ! ] je les hais à la mort. J’adore le Roi mais je déteste les anciens abus » ! [ 49 ]

 

LA PISTE POLITIQUE… ADOLPHE BILLAULT…

 

L’homme politique puise dans l’Histoire des enseignements précieux, mais, préoccupé comme il doit l’être par la « Vie de la Cité », il lui appartient aussi de se plonger régulièrement dans le conjoncturel et le réel… et par suite de s’intéresser bien plus au présent et à l’avenir qu’aux seuls temps passés !

Parmi les grandes questions politiques contemporaines « la Question Romaine », ou plus généralement celle de « l’alliance du trône avec l’autel », figure au nombre des préoccupations de l’anticlérical Prince Napoléon !

« L’église Catholique reste la Monarchie absolue des temps modernes, après avoir été sa matrice dans le passé », c’est une image qui ne hante pas seulement les jeunes Républicains [ comme Elie DUFAURE ? ] mais également le quarante-huitard Edgar QUINET, le vieux PROUDHON, les familiers de la Princesse Mathilde, tels MERIMEE ou SAINTE BEUVE, et le Prince Napoléon, l’un des anticléricaux les plus affirmés », écrit ainsi François FURET... [ 50 ]

Qui est alors en charge du « Ministère de l’intérieur » dans le Gouvernement de NAPOLEON III… ? … Nul autre que Adolphe BILLAULT (1805-1863 ) !

En date du 22 Février 1856, VIEL CASTEL notait : « Quelle écurie d’AUGIAS ? (…). Parmi les Ministres qui choisir ? (…). BILLAULT, Républicain de 1848, qui le sera encore et qui protège maintenant en place un certain nombre de ses anciens coreligionnaires. » [ 28 ].

Adolphe BILLAULT, qui est avocat de formation, a été nommé à une fonction Ministérielle le 23 Juin 1854 !

Or, « cet » Adolphe BILLAULT n’est autre que… le « rapporteur du stage de titularisation » d’Elie comme Avocat au Barreau de PARIS !

Ce Ministre est lui aussi un « anticlérical notoire » qui « entretient avec le clergé des relations teintées d’une froide courtoisie et d’une méfiance réciproque » [ 5 ].

Résolu à combattre les catholiques dont la véhémence nuisait à la politique Italienne de NAPOLEON III - ( politique au nom de laquelle le Prince Napoléon consentira à épouser la fille de VICTOR EMMANUEL ) - BILLAULT fait supprimer le journal « L’Univers » en 1860 parce que celui-ci était devenu « l’organe d’un parti religieux dont les prétentions sont chaque jour en opposition plus directe avec les droits de l'Etat » [ 5 ]. VIEL CASTEL note en Novembre 1860 : « Le clergé est ouvertement hostile au gouvernement, des mesures de rigueur commencent. Deux récentes circulaires de M. BILLAULT servent de premiers coups de canon à la guerre ». [ 28 ]

Le Prince Napoléon prononcera, le 1er Mars 1861, un discours passionné sur la « Question Romaine » puis il interviendra aussi, en Février et Mars 1862, sur le même sujet pour démontrer que la puissance temporelle était inutile au Pape…

« Il en vînt à dire en cette occasion que NAPOLEON 1er avait été ramené aux Tuileries en 1815 aux cris de « A bas les nobles ! A bas les émigrés ! A bas les prêtres ! »…

Du moins c’est ce qu’on entendit ! Mais la version officielle qui faisait dire au Prince : « A bas les traîtres » ne parvint à convaincre que peu de gens ! L’incident déclencha une vive polémique dans la presse et le Ministre BILLAULT dut même se désolidariser de ces théories aventureuses qui devenaient embarrassantes ! » [ 20 ] .

« SAINT VICTOR demande qui a fourni au Prince Napoléon les documents de son discours contre la Papauté, Charles Edmond lui répond, comme à une question naïve : Eh ! l’Empereur ! », notent les GONCOURT… [ 13 Mars 1862 ] [ 21 ]

« Des mots comme : « BILLAULT, tu as l’air triste, viens donc un peu ici » ou « Je m’en fous… Le cul par dessus la tête… ». C’est le Prince Napoléon qui cause diplomatie et solution de la Question Romaine. Je n’ai entendu de ses arguments que cela », rapportent encore les GONCOURT ! [ 21 Janvier 1863 ] [ 21 ]

Le Ministre Adolphe BILLAULT décédera, peu après, en Octobre 1863...

Nous retiendrons ici qu’il était un proche du Prince Napoléon avec qui il partageait particulièrement des vues politiques anti-pontificales… mais aussi qu’il figurait parmi les personnages importants qu’Elie DUFAURE avait également eu le « privilège » de connaître… Avait-il favorisé l’obtention par Elie DUFAURE de l’audience avec le Prince Napoléon qui nous intéresse ici ? Peut-être ! L’avait-t-il chargé de transmettre un quelconque message ? Possible !

Il me semble en tout cas fort peu probable à cette occasion que l’Allassacois ait pris le risque d’évoquer la présence, qu’il avait établie, d’un Pape Avignonnais au sein de l’une de ses branches généalogiques ascendantes !

 

LA PISTE POLITIQUE : JULIEN BUSSON-BILLAULT…

 

Elie ne pouvait pas ne pas connaître non plus : « le gendre BILLAULT » ...

Il s’agissait de Julien BUSSON, né en 1823, qui l’avait précédé de peu sur les bancs de la Faculté de Droit de PARIS, avait été initialement Avocat et assurait les fonctions de Secrétaire de la « Conférence de stage » des Avocats, lorsque son futur beau-père était lui même le « Rapporteur de stage » d’Elie DUFAURE ! [ 5 ]

Julien Henri BUSSON-BILLAUT ( qui joindra en effet à son nom de famille le patronyme de son « prestigieux » beau-père ) : on le retrouve en tout cas, avec une totale certitude, très proche du Prince Napoléon… même si c’est en… 1883 !

Il y avait certes déjà longtemps que le Second Empire s’était achevé…

Après la chute de l’Empire, « Plon Plon », le « Républicain » avait d’abord été « Conseiller Général » de la CORSE en 1871.

Le Prince Impérial devenu majeur commencera à avoir sa propre politique avec laquelle le Prince Napoléon sera plusieurs fois en désaccord, allant en 1876 jusqu’à se présenter à la Députation en CORSE, contre le candidat officiel du chef de la Maison impériale… Et il sera élu – de nouveau, comme en 1848 - « Député de la CORSE » !

La mort du Prince Impérial, le 1er juin 1879, fera de « Plon Plon » le prétendant Bonapartiste légitime, et ce jusqu’à ce qu’un groupe important de partisans récalcitrants ne l’oppose, à son tour, à son fils aîné avec lequel il se brouillera…

A la mort de GAMBETTA, le Prince Napoléon crut le moment opportun pour faire à PARIS une proclamation…

Croyant en effet que la mort de GAMBETTA constituait le coup de grâce pour la République, il fit afficher le 16 Janvier 1883 un « Manifeste » où il réclamait le Plébiscite… [ 51 ] …

Ce manifeste commençait ainsi : « La FRANCE s’ennuie… » et suivait un réquisitoire féroce : « Le pouvoir exécutif est incapable, les Chambres sont sans direction et sans volonté, l’armée est livrée à l’outrecuidance d’hommes incompétents, la magistrature est menacée, la religion n’est pas protégée, notre commerce ruiné… » [ 8 ]

Le Président du Conseil, DUCLERC, fit aussitôt [ … le jour même ! ] arrêter le Prince Napoléon et lacérer ses affiches, tandis que le radical FLOQUET saisissait l’occasion pour essayer de liquider le danger Monarchiste en même temps que le danger Bonapartiste : il proposait alors l’exil pour « les membres des familles ayant régné sur la FRANCE » [ 51 ]…

Julien BUSSON BILLAUT est alors en charge de défendre les intérêts du Prince Napoléon qui a été incarcéré à la Conciergerie, dès le 16 Janvier 1883...

L’impératrice Eugénie, veuve de NAPOLEON III, va elle-même traverser la MANCHE pour intervenir en faveur du Prince Napoléon auprès d’anciens amis en vue d’obtenir sa libération ( … et ce en dépit de leurs relations passées qui avaient été toujours très tendues ) …

« Les journaux de ce matin m’apprennent l’arrestation du Prince Napoléon et la discussion de la Chambre sur la proposition de FLOQUET. Du Prince Napoléon je m’en fous, mais cette pauvre Princesse [ Mathilde ] avec son habitude amoureuse de PARIS… Cela me trouble toute la journée. (…). Elle n’a pas pu entrer à la Conciergerie. Elle attend BUSSON-BILLAUT, qui a vu le Prince (…). BUSSON-BILLAULT arrive, un aimable homme qui donne quelques détails sur le Prince, sur les journaux qu’il lit, sur les cigarettes qu’il fume et sur la privation qu’il éprouve de ne pouvoir pas se promener à l’air (…). Le vieux ROUHER dit (…) qu’il y a une chose plus redoutable, c’est l’expulsion, et il ne cache pas à la Princesse qu’il faut s’y attendre (…), l’exil n’a rien à voir avec le juste ou l’injuste, que c’est le seul moyen pour un Gouvernement de se débarrasser d’un homme qui le gêne (…) », écrit Edmond GONCOURT dans son journal, en date du 17 Janvier 1883… [ 25 ]

 

LE DERNIER NAPOLEON…

 

Ce n’est finalement qu’en 1886 que le Prince Napoléon sera frappé par la « Loi d’Exil » qui l’expulsera hors des frontières de la FRANCE…

Cette Loi interdira aux aînés des familles ayant régné sur la FRANCE de séjourner sur le territoire National et prévoira en outre l’interdiction qui leur est faite d’exercer une quelconque fonction publique tout comme de faire carrière dans l’armée… [ 8 ]

Plon plon se montre très digne face à cette adversité qui le frappe…

Il se retire en SUISSE, à PRANGINS, après avoir déclaré en acceptant l’exil avec fatalisme « Je connais l’exil, j’y suis né, j’y ai grandi. Les miens, proscrits de la Sainte-Alliance, ont porté sur les chemins de l’étranger leur invincible passion de la Patrie… » [ 8 ].

Il se consacre désormais à un livre qui aura un grand retentissement lors de sa parution… « NAPOLEON et ses détracteurs »…

« J’ai voulu encore servir mon Pays, car défendre NAPOLEON c’est encore servir la FRANCE », écrit-il en préface …

Frappé par un accident cardiaque à ROME, où il séjournait se trouvant en déplacement, le Prince Napoléon meurt en ITALIE quelques jours après, le 17 Mars 1891 …

Sa sœur Mathilde écrit peu après : « … Les Napoléons, les vrais, sont morts. Avec moi, il n’y aura plus que des souvenirs lointains. C’est triste ! » [ 8 ]

Il est vrai que depuis déjà longtemps les « fidèles Bonapartistes » ont préféré à « Plon Plon » l’un de ses fils, le « Prince Victor », qui préconisait un « Bonapartisme Blanc », conservateur et… clérical… certes conforme à ce que souhaitait l’Impératrice Eugènie… mais pas du tout à ce qu’avait souhaité son père, le Prince Napoléon ! [ 50 ] Relation de cause à effet ou non, aucun descendant du Prince Napoléon ne sera plus en mesure de jouer un rôle politique majeur… y compris durant le Vingtième Siècle…

Le Gouvernement Français de la Troisième République, après une « installation » difficile, se montrera particulièrement méfiant à l’égard du « Bonapartisme », au point de refuser au défunt « Plon Plon » l’inhumation en terre CORSE, que celui-ci avait pourtant souhaitée sur le site de la sublime « Pointe des Sanguinaires »…

Ainsi Napoléon Jérôme, le « Républicain » Français, le « Prince de la Montagne » de 1848-1849, reposera-t-il finalement à la SUPERGA, la nécropole des Souverains… Italiens !!! [ 50 ]

« Sic Transit Gloria Mundi »… N’avait-il pas épousé Clotilde, fille du Roi VICTOR-EMMANUEL ? Sa propre fille Marie-Laetitia ne s’était-elle pas mariée avec le Duc Amédée d’AOSTE, également fils de VICTOR-EMMANUEL ? … Union renouvelée et doublée entre la Maison Impériale de FRANCE… et la Maison Royale d’ITALIE !

 

A HUIS CLOS ... LES PORTES DU SILENCE ....

 

Un huissier, membre du personnel de la « Maison du Prince Napoléon », au PALAIS ROYAL, annonce à voix haute en ouvrant les deux battants d’une grande et large porte en bois doré : « Maître Elie DUFAURE ! »...

Un homme jeune, svelte, en habit noir, le chapeau haut-de-forme à la main, se tient très digne dans le sillage de l’huissier, puis le dépasse et s’avance alors lentement vers le milieu du salon…

Au fond de la grande pièce dans laquelle il pénètre, un homme corpulent mais encore jeune, est « ramassé » dans un large fauteuil à côté d’un grand bureau… Sa ressemblance avec l’Empereur NAPOLEON 1er est frappante dès le prime abord…

On croit entendre le visiteur murmurer avec quelque émotion dans la voix : « Veuillez recevoir mes plus respectueux hommages, Monseigneur ! »…

 

Mais déjà Les battants de la porte se sont refermés silencieusement… L’audience privée se déroulera à huis-clos…

Rien ne filtrera !

 

On n’en saura donc pas plus sur cette entrevue de la fin de l’hiver ou du début du printemps 1855, entre le Prince Napoléon et Elie DUFAURE… ni sur la teneur des propos échangés entre les deux hommes…

C’est bien dommage !!!  Non ? …

 

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES

 

[ 1 ] Les Bonaparte           Violaine VANOYEKE               CRITERION  1991

[ 2 ] Der Konig lustig - Conférence de Françoise AUBRET-EHNRET  Mai 2002  /  Page Internet

[ 3 ] Les Maréchaux de Napoléon III       Ronald ZINS      Editions HORVATH  1996

[ 4 ] La Grande Armée  Tome 2   Georges BLOND    LAFFONT 1979    Le Livre de Poche 1982

[ 5 ] Dictionnaire du Second Empire       Direction Jean TULARD         FAYARD 1995

[ 6 ] Napoléon – Consul et Empereur   1799/1815     B. MELCHIOR-BONNET  LAROUSSE 1984

[ 7 ] Site Web Anglo-Saxon « The Bonapartes »

[ 8 ] La Princesse Mathilde         Jean des CARS       Librairie Académique PERRIN 1988

[ 9 ] Histoire d’un Collier ou la Mémoire des Bonaparte H. LEMIERE Presses de la RENAISSANCE 1987

[ 10 ] Site Web « Napoleon III. Free »   /  diverses pages  « Famille Impériale »

[ 11 ] Louis Napoléon, le Grand      Philippe SEGUIN   GRASSET 1990   Le Livre de Poche 1996

[ 12 ] Choses Vues     1847 – 1848        Victor HUGO      GALLIMARD  1972    FOLIO n°47   1972

[ 13 ] Notes d’Hubert JUIN  in Choses Vues   1847 – 1848   Victor HUGO   FOLIO n°47   1972

[ 14 ] Le Duc de Morny, « Empereur » des Français       Robert CHRISTOPHE     HACHETTE 1951

[ 15 ] Restaurations et Révolutions 1815-1851   B. MELCHIOR-BONNET  LAROUSSE 1984

[ 16 ] 1848 et la Seconde République    Jules BERTAUT   Arthème FAYARD et Cie 1937

[ 17 ] Choses Vues    1849 - 1885        Victor HUGO   GALLIMARD  1972   FOLIO n°2945   1997

[ 18 ] La Guerre de Crimée commence  O. AUBRY in le journal de la France TAILLANDIER 1975

[ 19 ] Site WEB « Napoléon.Org »  /   Page « L’histoire racontée par la peinture »

[ 20 ] Note de Robert RICATTE   in Journal des Goncourt   Tome 1   BOUQUINS LAFFONT 1989

[ 21 ] Journal    Edmond et Jules de Goncourt   Tome 1  1851-1865   BOUQUINS LAFFONT 1989

[ 22 ] Le Second Empire     Pierre MIQUEL        PLON  1992

[ 23 ] Le Mariage         O. AUBRY       in le Journal de la France      TAILLANDIER 1975

[ 24 ] Les Artistes au Bordel     Hervé MANEGLIER     FLAMMARION 1997

[ 25 ] Journal    Edmond et Jules de Goncourt   Tome 2  1866-1886   BOUQUINS LAFFONT 1989

[ 26 ] Brève Histoire de Fesses     Jean Luc HENNIG         ZULMA 1996     POCKET 1997

[ 27 ] La Chambre Close   in la Guerre du Goût     Philippe SOLLERS    GALLIMARD 1996

[ 28 ] Mémoires sur le Règne de Napoléon III   T 2     H. de VIEL CASTEL   Guy Le PRAT  1980

[ 29 ] Grandes Courtisanes du Second Empire     Bernard BRIAIS    TAILLANDIER  1981

[ 30 ] Mémoires d’une Courtisane   Présentation de William BLATCHFORD     ACROPOLE 1985

[ 31 ] Mémoires d’une Courtisane           Cora PEARL           ACROPOLE 1985

[ 32 ] De la Connaissance Historique  Henri Irénée MARROU  Le SEUIL 1954 POINT SEUIL 1975

[ 33 ] Quatre Hommes de la Famille R. BURNAND in le journal de la France TAILLANDIER 1975

[ 34 ] Les Assises du Régime     G. PRADALIE      in le journal de la France TAILLANDIER 1975

[ 35 ] Le Guide Parisien        Adolphe JOANNE        Librairie HACHETTE  1863

[ 36 ] Voyage d’un Curieux dans Paris Charles AUBERIVE  SARLIT 1860 DE FONTENELLE 1991

[ 37 ] Doléances du Portier des Chartreux    Anonyme      MILLE ET UNE NUITS  1996

[ 38 ] La Fermeture   Alphonse BOUDARD     ROBERT LAFFONT 1986  Le Livre de Poche 1986

[ 39 ] Les Maisons Closes   1830 – 1930    Laure ADLER     HACHETTE 1990     PLURIEL 2002

[ 40 ] Histoire de la France Rurale Tome 3   Direction G. DUBY   Le SEUIL 1976  POINTS 1992

[ 41 ] La Fin des Terroirs        Eugen WEBER      FAYARD  1983

[ 42 ] Douze Leçons sur l’Histoire     Antoine PROST    Le SEUIL – POINTS SEUIL  1996

[ 43 ] Comment on écrit l’Histoire    Paul VEYNE    Le SEUIL 1971  POINTS SEUIL 1996

[ 44 ] La Fête à Venise        Philippe SOLLERS     GALLIMARD 1991   FOLIO 1993

[ 45 ] De la Fête Impériale au Mur des Fédérés       Alain PLESSIS      SEUIL 1979  POINTS 1992

[ 46 ] L’Album des Hommes de la Liberté    Claude MANCERON    ROBERT LAFFONT 1989

[ 47 ] Les Jacobins  Gérard MAINTENANT Presses Universitaires de France Que Sais-Je ? 1984

[ 48 ] Les Vingt Ans du Roi      Claude MANCERON      ROBERT LAFFONT 1976

[ 49 ] Sade       Chantal THOMAS        Ecrivains de Toujours   Le SEUIL  1994

[ 50 ] La Révolution   Tome 2  1814 – 1880   François FURET  HACHETTE 1988  PLURIEL 1997

[ 51 ] Note de Robert RICATTE   in Journal des Goncourt   Tome 2   BOUQUINS LAFFONT 1989.

 

 

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