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JOSEPH BRUNET

MINISTRE ORIGINAIRE DE POMPADOUR (19),

et ami personnel d’Elie DUFAURE…

 

 

 

Joseph Mathieu BRUNET (1829 – 1891)

 

« Je le vois, muet, immobile, d’un pâle et d’un froid d’ivoire. Son crâne, absolument chauve, apparaît avec des reflets de l’agate. Les lèvres sont serrées : les yeux ont une acuité à laquelle il devient impossible de se dérober. Le masque a quelque chose du masque des BONAPARTE. Une voix nette et vibrante articule le jugement. Elle a un timbre extraordinairement jeune… Il se passionne pour l’étude du crime parisien… L’esprit net, précis, ferme, ingénieux de M. BRUNET apparaît dans tout son jour. Il a été à coup sûr un de nos meilleurs présidents d’assises. Il apparaît dans les plus grandes affaires. Son équité absolue n’est soupçonnée par personne. Il est le durex judex au service de la dura lex. C’est un criminaliste de haute allure… J’imagine qu’il croit plus à Dieu qu’aux hommes ».

 

Portrait publié jadis dans « Le Figaro » par Ignotus ( pseudonyme du chroniqueur et critique Albert Wolff )

 

 

Biographie rapide illustrée

 

Notes

 

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BIOGRAPHIE RAPIDE

 

Joseph Mathieu BRUNET est né à ARNAC-POMPADOUR, le 2 Mars 1829, au château, où son père, Jacques BRUNET, est agent spécial du « Haras Royal », dirigé par Antonin de LESPINATS.

 

 

                               Le château de POMPADOUR, aujourd’hui siège de l’établissement public national « Les Haras Nationaux »

 

 

La mère de Joseph BRUNET, née Cécile DUTHEILLET-LAMONTHEZIE, décède un an plus tard.

 

Le petit Joseph devient alors le protégé de Madame de LESPINATS qui l’élève avec ses enfants. Il montre une intelligence très vive et, aussi, une énergie précoce, voire téméraire, dit-on !

 

Il fait ses études au petit séminaire de SERVIERES ( Corrèze ) encadré par l’Abbé ROULHET, qu’il suit ensuite dans deux autres établissements du Département : BRIVE, puis USSEL.

 

C’est au Petit-Séminaire de BRIVE, établi à l’époque dans les locaux de « l’Hôtel de LABENCHE », que Joseph BRUNET fera la connaissance d’Elie DUFAURE, lequel, né en 1824, est son aîné de quelques années.

 

                                                                        Cour d’honneur de l’Hôtel de Labenche à BRIVE

 

 

Joseph est doué et précoce… Bachelier à quinze ans, avec dispense d’âge, le jeune BRUNET poursuit ses études à LIMOGES puis, en 1848, il « monte » à PARIS pour y « faire son droit »… Elie DUFAURE l’y a précédé peu de temps auparavant pour le même motif…

 

Joseph est fasciné sur le plan intellectuel par la vie parisienne… « En vérité, vivre ailleurs qu’ici n’est pas vivre … » écrit-il à un cousin, en Mai 1849, « Que je me mette à la fenêtre, en quelques minutes j’ai plus vécu que pendant des siècles passés à POMPADOUR, devant cet horizon si magnifique, il est vrai, mais toujours semblable à lui-même. La fièvre est dans l’air, les idées planent sur la grande ville, se croisent et s’entrecroisent, vous entrent par tous les pores et vous enivrent (…)»…

 

Sa santé est cependant ébranlée par l’atteinte du choléra [1], mais un jeune Limousin, interne en médecine, Prosper LEMAITRE, lui prodigue tous ses soins et devient son ami.

 

Durant sa convalescence à POMPADOUR, Joseph découvre l’archéologie et visite la Chartreuse voisine du GLANDIER [2].

Il publiera, quelques années plus tard, une étude sur « l’ancienne Chartreuse de Notre-dame de Glandier ».

 

                                                 Le Glandier – Carte postale ancienne

 

Aussitôt Ses études de droit terminées, à 22 ans, Joseph BRUNET se fait inscrire au barreau de LIMOGES où ses débuts en cour d’assises, comme avocat, font d’emblée sensation

 

En 1854, dans le cadre de la rédaction de sa « Notice sur les familles du FAUR et de GIMEL », son confrère Maître Elie DUFAURE le cite expressément en ces termes: « (…) un de mes bons amis, M. Joseph BRUNET, avocat distingué du Barreau de LIMOGES (…) »

 

Nommé substitut à TULLE en 1856, BRUNET revient ensuite comme juge au Tribunal de LIMOGES en 1858, et il sera vice-président de cette juridiction en 1861.

 

Parallèlement, il collabore aux travaux de la « Société Archéologique et Historique du Limousin » alors qu’il a aussi entrepris une carrière politique…

 

En tant qu’élu local, il siège sans interruption, de 1857 à 1880, comme Conseiller Général du Canton de LUBERSAC, et il occupera même la présidence de l’Assemblée Départementale pendant plus de trois années.

 

Sur le plan de son action concrète à l’échelon local, Joseph BRUNET, alors vice-président du Conseil Général de la CORREZE, favorable à l’Empire, demandera audience à NAPOLEON III et obtiendra gain de cause pour le maintien du Haras de POMPADOUR, alors menacé sur le plan économique quant à sa pérennité.

 

                                                                      Le Palais de Justice de PARIS

 

A PARIS, où il est nommé Juge au Tribunal de la SEINE le 10 Mai 1865, [ Elie DUFAURE, avocat à la Cour Impériale de PARIS, décède peu après au début de l’automne 1865 ], puis, vice-président le 10 Décembre 1868, le magistrat BRUNET aura à juger d’importants procès de presse [ 3 ] , mais aussi d’autres instances à caractère parfois plus anecdotiques

Ainsi, écrira sa fille, « Joseph BRUNET eut à juger un procès intenté par S.M. le Roi d'ARAUCANIE et de PATAGONIE ou NOUVELLE FRANCE, à un journal « Le Droit». Ce pauvre homme, fort intelligent du reste et qui signait Prince O. A. de TOUNENS, ancien avoué à PERIGUEUX, croyait réellement à sa souveraineté. il sollicitait en vain l'appui de la FRANCE et parlait de ses sujets avec un sérieux, un intérêt absolument original. Les démarches auprès du gouvernement n'aboutirent pas. Le malheureux prince mourut presque misérable dans un hôtel de la Rue de Grammont »…

 

  Sur une modeste tombe d'un petit cimetière du Périgord, on peut lire cette épitaphe :

                              « Ci-gît Orélie-Antoine Ier, roi de Patagonie, décédé le 18 septembre 1878 »

 

Par patriotisme, Joseph BRUNET restera à PARIS en 1870 durant le siège de la capitale.

 

Joseph BRUNET est, quelques années plus tard, élu Sénateur de la CORREZE, le 30 Janvier 1876…

 

Immédiatement après la crise du 16 Mai 1877 [ 4 ], Joseph BRUNET est nommé « Ministre de l’Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts » dans le troisième Gouvernement de BROGLIE, et il conserve ce portefeuille Ministériel six mois durant, du 17 Mai au 22 Novembre 1877 [ 5 ] .

 

 Le Duc de Broglie

 

Après la chute du Gouvernement de BROGLIE, Joseph BRUNET reprend son rang de magistrat en renonçant par principe et de manière tout à fait désintéressée à toute promotion qu’aurait pu lui valoir son passage dans un Ministère…

 

Battu lors des élections Départementale de 1880, puis victime de l’épuration de la magistrature consécutive à la Loi de 1883 [ 6 ], Joseph BRUNET s’inscrit au Barreau de PARIS puis, en 1885, cesse toute activité…

Finalement il accepte en 1889 d’être nommé liquidateur judiciaire de la « Compagnie Universelle du Canal de PANAMA » [ 7 ]

Cette responsabilité délicate constituera sa dernière activité publique…

 

Joseph BRUNET s’éteint le 6 Janvier 1891 dans sa propriété de SAINT-HILAIRE-BONNEVAL, lieu dit « La Bourgade », en HAUTE-VIENNE.

 

 

 

Notes

 

[ 1 ] Cette épidémie de choléra en 1849, généralement assez peu évoquée, fit pourtant à Paris près de 19.000 morts, soit autant de victimes que la beaucoup plus « célèbre » épidémie de 1832.

 

[ 2 ] La chartreuse Notre-dame du Glandier fut fondée en l'an 1219. La guerre de Cent Ans fit des ravages en Limousin et en 1408, la Chartreuse fut saccagée, pillée, ruinée… Le monastère fut reconstruit… Les Comborn, jusqu'au dernier des leurs, en 1513, se montrèrent très généreux. Antoine de Pompadour hérita des biens et les seigneurs de Pompadour devinrent les bienfaiteurs de la Chartreuse… La Révolution frappa à mort le Glandier. Les biens furent confisqués, les maisons pillées, les domaines mis en vente et les frères chassés…

C'est en 1817 que Jean-Baptiste Pouch-Lafarge, juge de Paix à Vigeois, acheta ce qu’il restait du Glandier. Son fils chercha à en tirer parti en créant une forge. Ce maître de forge fit le mariage que l'on sait avec Marie Fortunée Capelle en août 1839. Après la mort tragique de Charles Pouch-Lafarge, sa femme accusée de l'avoir empoisonné à l'arsenic fut arrêtée. Au terme d’une instruction et d’un procès retentissants, en dépit d’expertises contradictoires et malgré la défense de l’Avocat Treignacois Lachaud, Madame Lafarge fut condamnée aux travaux forcés à perpétuité…

Les chartreux achetèrent, par contrat signé le 1er mai 1860, les restes du Glandier, et en 1869, ils relevèrent la maison de ses ruines…

 

[ 3 ] Brunet fut aussi amené à condamner plusieurs membres de « l’Internationale », tels Raoul Rigaud, Hugo fils, Flourens, Félix Piat…

 

[ 4 ] Porté à la Présidence de la République le 24 mai 1873, le maréchal de Mac-Mahon pratiqua une politique de rétablissement de « l’ordre moral ». Légitimiste et conservateur, il accepta néanmoins la formation d’un gouvernement d’opposition lorsque celle-ci gagna les élections de février 1876. Un premier gouvernement fut dirigé par… Jules Dufaure en décembre 1876, puis celui-ci fut ensuite remplacé par Jules Simon. Ne pouvant tolérer la politique du Gouvernement, Mac-Mahon pris pour prétexte le vote d’une loi sur les délits de presse et adressa à Jules Simon, le 16 mai 1877, une lettre ouverte, dans laquelle il remis en cause son autorité. La lettre publiée, Jules Simon démissionna sur-le-champ et un gouvernement d’« ordre moral » fut immédiatement nommé avec, à sa tête, le duc de Broglie… C’est ce Gouvernement qu’intégra Joseph Brunet

 

[ 5 ] le Duc de Broglie fut appelé par Mac-Mahon à la Présidence du Conseil lors de la crise du 16 mai 1877, il fit dissoudre la Chambre, mais démissionna après une nouvelle victoire des républicains aux élections de l’automne 1877… La Chambre, dominée alors à 60 p. 100 par des républicains plus organisés que jamais, symbolisa la montée en puissance de la République démocratique et pluraliste… Et Mac-Mahon, en posture difficile, fut obligé de se résoudre à appeler… Jules Dufaure à la présidence du Conseil…

 

[ 6 ] Les élections législatives des 14/28 octobre 1877 donnent la majorité aux républicains. Le conflit avec Mac-Mahon conduit celui-ci à se démettre de ses fonctions le 30 janvier 1879. Le Gouvernement du nouveau Président de la République, Jules Grévy, épure le parquet et la justice de paix : de février à juillet 1879, on compte 539 révocations… Des magistrats catholiques démissionnent ( environ 250 pour le parquet, 30 pour le siège et environ 270 juges de paix ). De juillet 1879 au début de l'année 1883 : 1 763 magistrats du parquet sur 2 148 et 2 536 juges de paix sur 2 941 sont concernés par les mesures Républicaines. Les magistrats écartés sont le plus souvent remplacés par des avocats républicains. Jusqu'en 1883 l'épuration républicaine n'avait touché que le parquet et la justice de paix, non protégés par l'inamovibilité. La loi du 30 août 1883, sur la réforme de l'organisation judiciaire, va permettre d'exclure immédiatement le quart des magistrats « inamovibles » alors en fonction… C'est l'épuration politique des magistrats Bonapartistes ou Monarchistes catholiques par les Républicains maçons anticléricaux. La technique utilisée est celle des suppressions de postes. 614 postes sont supprimés, en principe : 383 pour la magistrature assise et 231 pour les parquets… mais il s’avère que l’épuration peut porter « sur l'ensemble du personnel indistinctement ». L'exécution de la Loi est particulièrement vigoureuse. Sauf deux exceptions tous les épurés sont des magistrats inamovibles ( soit 611 sur 2 447 ), lesquels sont remplacés par des parquetiers Républicains généralement précédemment avocats... La plupart des magistrats épurés s'inscrivent au barreau de leur ville...

 

[ 7 ] Après le succès du percement du canal de Suez, inauguré en 1869, Ferdinand de Lesseps présente dix ans plus tard son projet de percement du canal de Panama. Les travaux commencent en janvier 1881 et doivent durer 12 ans. Contre l'avis des techniciens, Lesseps prétend pouvoir venir à bout des immenses difficultés pour relier le Pacifique à l'océan Atlantique. Fin 1887, des problèmes géologiques obligent Lesseps à faire appel à Gustave Eiffel pour construire des écluses. Pour terminer la construction du canal 600 millions sont nécessaires. On envisage de lancer un emprunt sur le marché français en émettant des obligations à lot. Il faut l'autorisation de la Chambre des députés. Une vaste corruption est organisée et 104 personnes dont 26 parlementaires reçoivent des "subventions". Le 9 Juin 1888, l'émission est autorisée… Une formidable chasse aux capitaux est lancée, qui permet de récolter plus d'un milliard de francs provenant de petits épargnants. Le public ne souscrit cependant que pour la moitié des obligations et en réalité, la Compagnie universelle du canal interocéanique est au bord de la faillite et elle est mise en liquidation. C’est dans ce cadre qu’intervient Joseph Brunet. Le 4 Février 1889, la liquidation de la compagnie est prononcée. Près de 1 million de petits porteurs sont lésés et une instruction est ouverte contre les administrateurs. Le 7 Septembre 1892, le journaliste Drumont révèle la corruption. Le 19 Novembre 1892, des poursuites sont engagés. Pendant plusieurs mois, le scandale va défrayer la chronique. Une commission d'enquête est nommée. L'un des financiers les plus compromis, Reinach, meurt opportunément. Son complice, Cornélius Herz, ami du ministre des Finances Rouvier, s'enfuit à l'étranger. Le ministère n'a plus qu'à démissionner. On retrouve les talons des chèques et les noms de leurs bénéficiaires, dont ceux des ministres Rouvier, Baïhaut, Charles Floquet, qui prétendent avoir utilisé l'argent pour financer leur campagne électorale… La commission d'enquête ne remis son rapport qu'en 1897. La justice rendit elle son verdict en 1893. Mais le temps avait déjà fait son oeuvre d'apaisement. Presque tous les accusés furent acquittés, à l'exception de Baïhaut qui avait avoué, de Ferdinand de Lesseps, de son fils et de Gustave Eiffel, condamnés respectivement à cinq et deux ans de prison. Le jugement fut cassé et non renvoyé.

 

 

 

 

Liens suggérés :

 

Biographie de Joseph BRUNET

 

http://www.pompadour.net

 

 

Outre de nombreuses informations sur POMPADOUR et la contrée natale de Joseph BRUNET, on trouvera dans la rubrique « Découvrir le pays – Un peu d’histoire » sa notice biographique dont la trame de la présente page s’inspire directement.

Je remercie vivement son auteur, Monsieur Xavier THERME, de m’avoir autorisé gracieusement quelques emprunts…

 

 

Les Haras Nationaux

 

http://www.haras-nationaux.fr

 

 

Le siège de l’établissement Public National est à POMPADOUR

 

 

La chartreuse du glandier

 

http://perso.wanadoo.fr/grandmont/Glandier.html

 

Des vues anciennes et actuelles de la Chartreuse du GLANDIER

 

 

 

 

http://www.orgnac-sur-vezere.com/glandier.htm

 

Un historique de la Chartreuse du GLANDIER

 

 

 

 

 

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