Sommaire général du Site

 

Page d’accueil des études réalisées

 

La formation d’un notable

DU PETIT SEMINAIRE DE BRIVE…

A LA FACULTE DE DROIT DE PARIS…

 

1842-1850

 

UN PARCOURS DE FORMATION

 

OU

 

ELIE DUFAURE

DE L’ELEVE AU… « MAITRE »

 

 

 

SOMMAIRE DES SECTIONS

 

AOUT 1842 : UN PALMARES DES PRIX… IMPRIME POUR LA POSTERITE …

 

DES DEDICACES… POUR « DIEU » ET POUR … « MONSEIGNEUR BERTEAUD » !

 

MGR BERTEAUD, LA PAROISSE SAINT-JEAN, LES PENITENTS CORREZIENS

 

ORIGINES DU PETIT SEMINAIRE DE BRIVE, ET DE QUELQUES CADRES D’ALORS…

 

PRIX DE « BONNE CONDUITE »… DU SUFFRAGE « DEMOCRATIQUE » …

 

PRIX DE « BONNE CONDUITE »… DE LA DISCIPLINE STRICTE ET DES PUNITIONS…

 

« ETUDE DE LA RELIGION » : APPROCHE DE LA LIBERTE DE L’ENSEIGNEMENT

 

LES « SCIENCES »… UN GRAND MEPRIS AFFICHE PAR LES « LITTERAIRES » !

 

« BELLES LETTRES » ET « LANGUES »… OU ELIE DUFAURE « EXCELLE »…

 

PREDOMINANCE DE LA CULTURE CLASSIQUE - LES « LETTRES ANCIENNES »…

 

A QUOI TOUT CELA SERT-IL ? … A CONNAITRE LE « PRIX DU… BEURRE » ? …

 

LE « DERNIER DES HORACE » … A QUOI BON ?

 

« LANGUES ETRANGERES » : SPRECHEN SIE DEUTSCH ? OF THE IST QUESTION !

 

« HISTOIRE ET GEOGRAPHIE »… DEUX SPECIALITES D’ELIE DUFAURE…

 

PARCOURS POUR DEVENIR UN DE « CES MESSIEURS DE LA BACHELLERIE » !

 

DE LA CENSURE… DE L’ELOQUENCE… ET DE LA RHETORIQUE…

 

DISTRIBUTION DES PRIX…  « LES SINGES SUR L’ESTRADE »…

 

ENSEIGNEMENT PUBLIC OU PRIVE… LE MAIRE OU L’ARCHEVEQUE ???

 

LES RUDES CONDITIONS MATERIELLES ET DISCIPLINAIRES DE LA VIE SCOLAIRE

 

L’ETROITESSE NUMERIQUE DE L’ELITE CULTIVEE…

 

ALFRED VERVY… ET QUELQUES AUTRES CONDISCIPLES OU AMIS…

 

UNE INSTITUTION : LE BACCALAUREAT… BACHELIER : UN PRIVILEGE RARE !!!

 

LE BACCALAUREAT : EPREUVE « RELEVEE » OU FORMALITE « ABETISSANTE » ?

 

VALLES A L’EPREUVE DU BACCALAUREAT… « BOULE » … PUIS « ADMIS » ENFIN !

 

ET MAINTENANT QUE VAIS-JE FAIRE ?  « J’AI MON EDUCATION »…

 

« MERCI, MON CHER MAITRE » … OU … « APPELEZ-MOI… DOCTEUR » !!!

 

DU DROIT A PARIS… ELIE DANS LE CREUSET D’UNE ELITE PRESTIGIEUSE…

 

LE « DIABLE PAR LA QUEUE » ??? … QUE LES TEMPS SONT DURS !!!

 

DES APPUIS LIMOUSINS A PARIS ??? … LA SOLIDARITE DES « PAYS »…

 

L’AGITATION ESTUDIANTINE… « INCORRIGIBLE QUARTIER LATIN » !

 

UN JEUNE ETUDIANT GAGNE AUX IDEES REPUBLICAINES ???

 

LECTEUR DU JOURNAL « LES ECOLES »…

 

OU L’ON EVOQUE JULES MICHELET…

 

LES ECOLES TOUJOURS AGITEES… OU IL EST ENCORE QUESTION DE MICHELET

 

LA FACULTE DE DROIT DE PARIS… ENTRE TRADITION ET MODERNITE

 

DES ENSEIGNEMENTS TRADITIONNELS… UNE LENTE EVOLUTION...

 

DROIT PUBLIC ET CONTENTIEUX ADMINISTRATIF : DES NOUVEAUTES !!!

 

LES EXAMENS… UN RITUEL TRES SOLENNEL !

 

D’UNE THESE DE LICENCE… A UNE THESE DE DOCTORAT...

 

« THESARD » EN DROIT… « DES SERVITUDES »… AOUT 1850

 

UN JURY DE THESE COMPOSE DE « SOMMITES »… LE PRESIDENT OUDOT

 

LES PROFESSEURS BLONDEAU ET PELLAT ( DOYEN )…

 

LES PROFESSEURS VUARTIN ET DURANTON, SUPLEANTS SUFFRAGANTS…

 

DOCTEUR EN… 1850… UNE PERIODE « CHARNIERE » DE REACTION !

 

UNE LOI « REACTIONNAIRE » DONT ON PARLE ENCORE… LA « LOI FALLOUX »

 

LA FIN D’UN PARCOURS DE FORMATION… UN BEL ESPRIT BIEN FORME !

 

ANNEXE DISCOURS DEJ. LANG - JOURNEE D’ETUDE SUR LE DEVELOPPEMENT DE L’INTERNAT SCOLAIRE PUBLIC

 

BIBLIOGRAPHIE

 

AOUT 1842 : UN PALMARES DES PRIX… IMPRIME POUR LA POSTERITE …

 

C’est le 17 Août 1842 que se déroule un évènement majeur de la vie du Petit Séminaire de BRIVE : la distribution solennelle des prix !

Il s’agit là, sans doute, de l’événement le plus important de toute l’année « scolaire »…

Pour cette occasion, une plaquette à vocation de « Palmarès » a été éditée afin de « marquer » plus encore l’importance certaine de cet évènement…

Imprimé à Saint-CLOUD, en Région Parisienne, l’opuscule comprend, outre sa couverture, vingt pages numérotées. Retrouvé intact, ou quasiment, dans le grenier du MONS, seule la couverture de l’ouvrage a été quelque peu altérée par le temps…

Cet imprimé, en le feuilletant, nous permet aujourd’hui de connaître l’intitulé exact des matières dont l’enseignement était dispensé au Petit Séminaire de BRIVE, et d’avoir également un aperçu précis des résultats scolaires alors obtenus par l’élève Elie DUFAURE, qui âgé de dix-huit ans vient d’achever la classe de « Seconde » et sera bientôt appelé à débuter la classe dite de « Rhétorique » ou « Première », laquelle prépare directement au Baccalauréat et tiendrait presque lieu, en quelque sorte, de classe « Terminale », au sens contemporain de notre système éducatif. Cependant, l’Ordonnance Royale en date du 5 Juillet 1820 a déjà posé le principe selon lequel à compter du 1er Janvier 1823 : « Nul ne sera admis à l’examen du baccalauréat s’il n’a suivi au moins pendant un an, un cours de Rhétorique et pendant une autre année un cours de Philosophie dans un collège Royal ou Communal, ou dans une Institution où cet enseignement est autorisé »…

Elie DUFAURE, en cette fin Août 1842, n’en a donc pas encore fini de son parcours scolaire « secondaire »…

Notons que les autres classes de l’établissement Briviste, qui sont « subalternes » à la classe de « Seconde », en descendant de la plus « élevée » vers la plus « basse », s’y déclinent de la « Troisième » à la « Huitième »…

 

DES DEDICACES… POUR « DIEU » ET POUR … « MONSEIGNEUR BERTEAUD » !

 

« D.O.M. » , abréviation de la locution latine « Deo Optimo Maximo » ( que l’on traduira par : « à Dieu très grand et très bon » ), qui constitue la « formule de dédicace des édifices religieux » [ 1 ], figure au « frontispice » de la brochure et ce, tant sur la page de couverture que sur la première page intérieure…

C’est la dédicace majeure et rituelle… en quelque sorte « l’offrande religieuse » du travail fourni durant l’année par tous, à savoir les « efforts » des élèves et la « sollicitude » de leurs éducateurs !

Outre cette dédicace religieuse « majeure » à l’attention du « Très-haut », il en est une autre, beaucoup plus temporelle, inscrite au centre de la couverture du « palmarès »…

Cette dédicace est la suivante : « Hommage à Monseigneur BERTEAUD ».

Dissertant incidemment sur « l’Evêché de TULLE », dans sa « Notice… », Elie DUFAURE évoquera ainsi, vers 1854, l’évêque de TULLE Monseigneur BERTEAUD : « Les prélats qui l’ont occupé [ l’évêché de TULLE ] ont été grands par leurs vertus, leurs talents ou leur naissance. Le clergé a toujours été l’un des plus distingués de FRANCE et a fourni sans contredit le plus d’hommes remarquables. L’éminent prélat qui le dirige de nos jours, Monseigneur BERTAUD [ sic ] est une des gloires de la FRANCE, et, s’il m’était permis de l’apprécier, je dirais que, toutes les fois que j’ai le bonheur d’approcher de sa grandeur, je crois voir un homme qui a un cœur d’or et une tête de diamant ! Je l’aime, comme on aime les choses qu’on admire, sans réserve »…

L’éloge de Monseigneur BERTEAUD par Elie DUFAURE est, pour le moins, amplement et nettement appuyé !!!

Au moment de l’impression du « Palmarès » qui lui est dédié, Jean Baptiste Pierre Léonard BERTEAUD ( 1798 - 1879 ) vient en fait tout juste d’être nommé comme « Evêque de TULLE », le 15 Juin 1842, il y a donc deux mois à peine, à l’âge exceptionnel pour un évêque ( en particulier à cette époque ) de 44 ans !

Il a été nommé grâce à diverses recommandations bien qu’il n’ait d’expérience ni de l’administration Diocésaine, ni de l’activité Paroissiale, ce qui outre son passé de Lammennaisien gêne quelque peu le SAINT-SIEGE… [ 2 ].

Si Jean-Baptiste BERTEAUD a été finalement nommé à TULLE, c’est parce que Mgr de TOURNEFORT et une grande partie du clergé de son Diocèse se sont opposés à ce qu’il accédât au siège épiscopal de LIMOGES [ 3 ]…

Il faut dire que Monseigneur BERTEAUD est un Evêque « atypique »… C’est un fin lettré dont l’éloquence exceptionnelle en fait un des plus grand prédicateur de son temps… [ 3 ]. Il s’affirmera essentiellement comme un prédicateur dont les instructions écrites resteront rares et il fera preuve d’un grand « pragmatisme » …

Etant capable de s’adresser aux paysans de son évêché en langue Limousine, cet Evêque hors du commun exigera même de ses curés qu’ils en fissent autant [ 4 ]… Il faut dire qu’il ne rencontrait pas de difficultés linguistiques particulières dans les contrées rurales de son Diocèse de la CORREZE, étant Limousin d’origine…

Le futur Evêque naît à LIMOGES. Il fréquente le Collège de CONFOLENS – CHARENTE- puis le Lycée de LIMOGES, avant d’entrer au Grand Séminaire de cette ville en 1813, âgé de quinze ans…Ordonné Prêtre en 1821 [ il a vingt-trois ans ], il est professeur au Petit Séminaire du DORAT -Haute-VIENNE- à partir de 1816 [ ! ? ] et il le reste jusqu’en 1826 [ 2 ]. Nous ne nous étonnerons donc guère d’apprendre que Monseigneur BERTEAUD portera, ultérieurement, une attention toute particulière aux Petits Séminaires de son Diocèse de TULLE : ceux de SERVIERES ou de… BRIVE ! [ 4 ].

A partir de 1826, Jean Baptiste BERTEAUD quitte l’enseignement pour s’adonner durant quatre années au journalisme et à la prédication et il découvre et approfondit la pensée de LAMENNAIS [ 2 ]…

De convictions plutôt monarchistes, Monseigneur BERTEAUD est l’ami de Louis VEUILLOT… Mais il est aussi l’ami du protestant GUIZOT, de l’historien Augustin THIERRY, du philosophe Victor COUSIN… et encore celui de LAMARTINE ou celui de MICHELET… Monseigneur BERTEAUD se distingue donc par des choix particulièrement éclectiques dans ses amitiés [ 4 ], ainsi que dans ses engagements.

Sous la Monarchie de Juillet, dès après 1830, Jean-Baptiste BERTEAUD devient célèbre pour ses prédications à travers toute la FRANCE, [ il est alors Chanoine de LIMOGES ], et il attire sur lui les regards du… Gouvernement et même de… la Reine…

D’abord rallié au Régime Impérial de NAPOLEON III [ c’est à cette époque qu’Elie DUFAURE fait son éloge dans sa « Notice …» ], Monseigneur BERTEAUD marquera nettement ses distances à partir de 1859 en condamnant la politique Italienne du Gouvernement, puis en refusant systématiquement de déplacer les prêtres en conflit avec l’Administration impériale…

Ultramontain intransigeant, Monseigneur BERTEAUD attendra cependant 1862 pour visiter ROME, puis il s’y rendra à nouveau en 1867 et en 1870  [ 2 ]…

Défenseur de la Papauté, il le sera également du dogme de « l’infaillibilité pontificale » lors du Concile « VATICAN I » ( 1869-1870 )… [ 4 ]

Même s’il ne semble pas s’être occupé de son Diocèse avec toute la sollicitude désirable et avoir été un piètre administrateur, celui que la « Semaine Religieuse » qualifiera de « CHRYSOSTOME de nos montagnes », restera un grand prédicateur… « Ce qui le caractérise le mieux, c’est l’alliance dans son style, ou plutôt dans sa parole, l’alliance profonde, indissoluble, de la théologie et de la poésie. Je ne pense pas qu’il y ait en FRANCE un poète plus grand ni un plus grand théologien… Il ne parle pas, il chante. Il met la théologie en strophes. Et quelles strophes, ardentes, impétueuses, ailées ! » écrira un jour Léon GAUTIER à son propos, dans « Le Monde »…  en date du 11 Novembre 1864 ! [ 3 ]

 

MGR BERTEAUD, LA PAROISSE SAINT-JEAN, LES PENITENTS CORREZIENS

 

Monseigneur BERTEAUD occupera très longtemps le siège épiscopal de TULLE… précisément de 1842 jusqu’à sa démission en 1878… soit 36 ans… Une carrière !!!

Agé de 80 ans, ayant publié en 1872 un ouvrage « Les Rois chrétiens » dans lequel il affichait des idées légitimistes, subissant l’influence des Royalistes de TULLE, il est probable qu’il ait été considéré avec défaveur par le nouveau Gouvernement Républicain… A partir d’un rapport défavorable du Préfet de la CORREZE, Le Ministre et le Nonce apostolique l’obligeront alors à démissionner [ 3 ].

C’est au cours de son Ministère Tulliste que Monseigneur BERTEAUD sera amené à décider de la création de la « Paroisse SAINT JEAN BAPTISTE » de TULLE, après avoir prononcé la dissolution, le 5 Juillet 1859, de la « Confrérie des Pénitents Blancs », laquelle confrérie avait été fondée en… 1590 ! [ 5 ].

Un conflit avait éclaté entre le Vicaire Général LALITTE qui se proposait d’établir une Congrégation de filles dans la Chapelle des « Pénitents Blancs » et les confrères qui s’y refusaient… BERTEAUD décida de la dissolution mais dans le même temps il institua une commission qui devait jeter les bases d’une nouvelle compagnie ! [ 3 ]

Si à propos de Monseigneur BERTEAUD et du passage d’Elie DUFAURE au Petit Séminaire de BRIVE, j’en viens à évoquer incidemment la « Paroisse SAINT JEAN de TULLE » et ses « Pénitents Blancs », c’est en ayant présent à l’esprit que mon cousin, Roger MOUSSOUR, originaire d’ALLASSAC [ ! ], fut Curé de cette Paroisse dans le courant des années 1980, et que moi-même étant nommé transitoirement à la « Direction Départementale de l’Agriculture de la CORREZE » à TULLE, j’eu l’occasion de travailler quotidiennement, six mois durant en 1983, en tant que Tulliste temporaire, à quelques pas de la petite église « Saint-JEAN »… La chapelle des « Pénitents Blancs » étant devenue l’église Paroissiale « Saint-JEAN », c’est l’autel de Saint-JEAN, situé sur le bas côté gauche de l’édifice, qui servit désormais d’autel à la Confrérie, laquelle ne tarda pas à se reconstituer, et c’est le Curé de la Paroisse qui exerça alors pour elle les fonctions de « prieur ecclésiastique »…

L’Abbé PALLIER ayant pu obtenir « une parcelle du crâne de SAINT JEAN BAPTISTE », l’ostentation de cette relique donna lieu à une impressionnante cérémonie religieuse, à TULLE, le 27 Août 1865…

Le soir « après les vêpres, Monseigneur BERTEAUD monta en chaire et prononça « un grand et beau sermon » destiné essentiellement à l’adresse des Pénitents. Se servant des paroles de TERTULLIEN [ l’un des pères de l’église Latine - Vers 160-245… ], il rappela l’usage des premiers chrétiens qui revêtaient de blanc les nouveaux baptisés pour leur indiquer la pureté et la simplicité de la vie chrétienne »… [ 5 ]

Jusqu’à la fin du dix-neuvième siècle, la Confrérie des Pénitents Blancs de TULLE célèbrera chaque année la fête de son Saint Patron, lors de « la Lunade », la procession traditionnelle de la vie Tulliste…

Cette célébration Tulliste de « la Lunade » sera clandestine en 1898… On accusera en effet le Maire d’être prêt à faire intervenir « l’Armée contre la procession pour servir la Maçonnerie contre onze bigots et deux cent dévotes » ! [ 5 ] …

Une page de l’histoire « spirituelle » du Bas-LIMOUSIN était alors en train de se tourner définitivement ! … La disparition rapide des quelques rares compagnies Corréziennes qui subsistaient s’amorçait ainsi au tournant du siècle…

Or, les Confréries de Pénitents avaient connu sous l’Ancien Régime en LIMOUSIN, et particulièrement en CORREZE, un essor considérable [ 6 ] …

Ces associations formées de laïcs de diverses conditions et professions [ au contraire des « corporations » de métiers ] pouvaient être rattachées, dans leurs débuts, aux Compagnies de Flagellants médiévales et aux Tiers-Ordre Franciscain…

L’usage de la discipline volontaire, chère aux flagellants Italiens, et les préceptes de pénitence et de charité donnés par Saint FRANCOIS à ses disciples, avaient vraisemblablement inspiré les règlements des plus anciennes confréries… Leurs buts étaient essentiellement pieux : obligations de remplir les devoirs religieux, de se confesser et de communier régulièrement, d’observer jeunes et abstinences déterminés, de venir en aide aux pauvres et aux malades… [ 6 ]

Le XVIIème Siècle sera une période de prospérité marquée pour ces Confréries… TULLE a sa confrérie depuis 1590… soit au moins huit années avant qu’une première Confrérie ne s’installe à LIMOGES, alors même que cette Cité passera tout au long du XVIIème Siècle pour « la ville du Royaume où l’on rencontrait le plus de Pénitents »…

A l’origine, Nombre d’agglomérations Corréziennes de quelque importance eurent chacune leurs associations de Confrères…

La « Confrérie des Pénitents Blancs » d’ALLASSAC avait été fondée en 1645 ( et elle subsistera jusqu’en 1914 ! ) [ 7 ]… Celle des « Pénitents Blancs » de DONZENAC remonte à 1670 ( et en 1913, elle comptait encore trente… adhérentes ! « Le nombre des sociétaires hommes a diminué peu à peu pour devenir presque insignifiant. Pendant ce temps, le cadre féminin s’est maintenu sous la direction de plusieurs prieures » expliquait ULRY en 1913 [ 8 ]…

Les pénitents se réunissaient dans des chapelles qui leurs étaient propres et qu’ils avaient fait magnifiquement orner ( la Chapelle des Pénitents Blancs de DONZENAC en est d’ailleurs un exemple particulièrement remarquable, mais aussi celles d’USSEL ou de TREIGNAC ) [ 6 ]… CORBIN évoque même un « déploiement de luxe ostentatoire » au moins jusqu’au Second Empire ! [ 3 ]

Les pénitents se retrouvaient dans leurs lieux de culte pour chanter les offices divins, rendre hommage à leurs morts… Ils organisaient ou prenaient part aux nombreuses processions qui rythmaient la vie de la communauté. Généralement ces processions se déroulaient à la tombée de la nuit… Les Confrères, pieds nus et encagoulés, portant des cierges allumés, des lanternes et des bâtons de procession à l’insigne de leurs confréries, marchaient en psalmodiant derrière la croix de procession couverte d’un voile… La population assistait à ces défilés qui marquaient fortement les esprits et devaient par leur exemplarité inciter à la pénitence, particulièrement durant la Semaine Sainte… [ 6 ]

Cependant les « pénitents » organisaient aussi des banquets et des libations… A ce sujet les Confrérie de la CORREZE semblent avoir prêté le flanc à la critique, et particulièrement la « Confrérie des Pénitents Blancs » d’ARGENTAT dont les habitudes d’intempérance étaient bien établies et allaient au fil du temps en s’aggravant… « Aujourd’hui, Jeudi Saint, j’ai confessé tous mes soûlards » indiquera le Curé de la Paroisse dans une note, en faisant références aux « confrères » [ 3 ]

Avec la Révolution, les Confréries anciennes avaient été supprimées et leurs lieux de culte fréquemment détruits… Cependant plusieurs Confréries tentèrent, sans grand succès, de se réorganiser sous la Restauration et le Second Empire, mais sans retrouver leur lustre d’antan… [ 6 ]. La Confrérie des Pénitents Blancs… d’ALLASSAC, fait partie des Confréries qui se reconstituèrent et qui subsistèrent le plus longuement ( 1914 ! ) … Mais pourtant il ne s’agit plus aujourd’hui que d’un très lointain souvenir !

S’il n’était devenu notable Parisien et s’il avait été plus « confit en dévotion » qu’il ne me semble l’avoir été, l’Allassacois Elie DUFAURE eût pu intégrer cette Confrérie locale… des « Pénitents Blancs » d’ALLASSAC !!!

Avant que de devenir un jour le Curé de la Paroisse « Saint-JEAN » de TULLE, mon cousin Roger MOUSSOUR, bien après sa prime jeunesse Allassacoise, avait été chargé un temps, entre autres fonctions, de celle d’Aumônier de l’Ecole BOSSUET, fonction qu’il accomplissait alors que j’étais élève du Premier Cycle d’Enseignement Secondaire dans cette école privée…

Cet établissement, l’Ecole BOSSUET, n’était pas – n’était plus ! - un Petit Séminaire… Cependant un « Palmarès » des prix y était encore annuellement édité… Le dernier fut imprimé au terme de l’année scolaire 1970-1971, lorsque j’achevais « ma » classe de Sixième … Si mon exemplaire de ce « Palmarès » de 1971 est aujourd’hui perdu [ j’y figurais pourtant fort honorablement… !!! ], heureusement celui d’Elie DUFAURE, datant de… 1842, nous est lui resté…

Ainsi va la vie !!! … Cette vie qui avait fait de l’Ecole BOSSUET, « l’héritière directe » du Petit-Séminaire de BRIVE…

 

ORIGINES DU PETIT SEMINAIRE DE BRIVE, ET DE QUELQUES CADRES D’ALORS…

 

Lorsque l’Evêché de TULLE fut rétabli en 1823, le curé de la Paroisse de Saint-MARTIN de BRIVE rêvait pour sa part d’ouvrir un Petit-Séminaire dans sa ville…

L’Evêque de TULLE lui donna son approbation pour mener à bien ce projet et sollicita du Gouvernement, de la Monarchie restaurée de CHARLES X, l’autorisation qui était nécessaire pour cela, laquelle fût accordée dès 1824 [ l’année même de la naissance d’Elie DUFAURE ] par un Décret Royal…

En 1829, le Petit-Séminaire de BRIVE s’installa ainsi à l’hôtel de LABENCHE, un bâtiment datant de la Renaissance, et en 1830 des agrandissements importants furent accomplis pour accueillir de nombreux élèves… [ 9 ].

Ce sera donc dans les locaux de l’hôtel de LABENCHE qu’Elie DUFAURE suivra ses études secondaires, au moins en 1842…

Plus tard, en 1906, ces bâtiments seront dévolus à la Ville de BRIVE, dans le cadre de la « Loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat » qui « chassera » le Petit-séminaire de BRIVE à plusieurs « encablures » de la Ville, sur les hauteurs de LACABANNE, où il prendra finalement le nom… d’Ecole BOSSUET !

L’Ecole BOSSUET ne reviendra à BRIVE qu’en 1933… où elle demeure encore de nos jours…

Après diverses affectations, l’Hôtel de LABENCHE est quant à lui aujourd’hui l’écrin splendide du « Musée de la Ville de BRIVE »… Mais en le visitant je ne peux plus désormais ne pas imaginer le jeune « petit séminariste » Elie DUFAURE déambulant sous les arcades de la cour d’honneur…

C’est le 6 Juin 1827, qui était le jour même de son ordination sacerdotale, que l’abbé François BRUNIE fut nommé Supérieur de l’établissement…

En Août 1842, déjà quinze années s’étaient écoulées depuis qu’il dirigeait le Petit-séminaire de BRIVE en y faisant preuve « de grandes qualités d’organisateur », avec un « esprit très pratique ; cachant sa bonté derrière des apparences froides, naturellement distant, d’une parole lente et autoritaire, d’autant plus exigeant que lui même ne rechignait pas au travail », selon les écrits de l’abbé DELCROS [ 9 ] qui figurent dans son ouvrage « La chanson de nos Pierres »…

L’auteur d’ajouter que le maître « le plus goûté était encore le Supérieur lui-même qui avec toute son âme de fin lettré professait la rhétorique »…

Ce n’est qu’en 1853 que l’Abbé BRUNIE quittera le Petit Séminaire, parce qu’il n’est pas impossible « qu’il y ait eu des heurts entre le Supérieur et Monseigneur BERTEAUD, comme il arrive souvent entre deux personnalités très accusées, doublées d’un tempérament autoritaire » !!! … [ 9 ]

Succédera alors à l’abbé BRUNIE, comme Supérieur, l’abbé François LOUBIGNAC, qui était non seulement Professeur de Mathématiques dans l’établissement mais aussi son économe depuis 1831, et qui menait ainsi de front des activités liées à l’enseignement et d’autres liées à la gestion matérielle de l’établissement !

C’est l’abbé TAGUET qui dirigera l’établissement ensuite… TAGUET était professeur de « Philosophie » au Petit-Séminaire depuis 1838… [ 9 ]

Aujourd’hui l’énumération de ces quelques noms, BRUNIE, TAGUET, LOUBIGNAC, ne présente qu’un faible intérêt pour nous, sinon celui, non négligeable tout de même, de restituer des parcelles infimes du quotidien d’Elie DUFAURE au Petit-Séminaire de BRIVE, tant « l’encadrement » en charge d’une Institution peut influencer directement la vie et les humeurs du pensionnaire…

 

PRIX DE « BONNE CONDUITE »… DU SUFFRAGE « DEMOCRATIQUE » …

 

Y a-t-il un degré volontaire de hiérarchisation concernant l’ordre de présentation des matières qui sont primées et qui figurent dans le « Palmarès » de 1842 ?

Dès avant d’aborder les prix relatifs à « l’Etude de la Religion », le Palmarès de 1842 débute par la « Bonne conduite » … avec un astérisque de renvoi qui précise en bas de page : « ce prix est donné par les élèves et au scrutin secret »…

Il me semble important de relever ce « détail », un « prix donné par les élèves et au scrutin secret », lequel me parait tout à fait remarquable !!!

Je n’ai cependant pas la naïveté de croire que le résultat du fameux « scrutin secret » n’a pas, tout de même, à un moment quelconque, reçu l’aval des autorités, et que celles-ci ne se seraient pas réservées la possibilité d’écarter la désignation d’un « impétrant » qui n’aurait eu - tout de même - quelque mérite reconnu et partagé !

Quel bel exemple pédagogique d’apprentissage de la « responsabilité » et du « civisme » cependant, que de permettre, et d’organiser un tel mode de « désignation démocratique »… et ce dans un établissement confessionnel !!!

Pour mesurer le caractère « révolutionnaire » de cette désignation, il faut songer qu’en 1842, la conception selon laquelle le « Droit de vote » est un « Droit Naturel » inhérent à la « Citoyenneté » est bien loin de s’être imposée majoritairement et de dominer dans la « société civile » !!!

En Mars 1848 ( « Décret du 5 Mars 1848 » ) l’adoption du « Suffrage Universel » sera une décision capitale qui constituera « un saut dans l’aventure extraordinaire eu égard à la terreur que le peuple inspirait à la Bourgeoisie. Ainsi le sort du Pays tomberait aux mains de ce peuple illettré, sans culture politique, qui serait le jouet de ses passions et deviendrait la proie des démagogues » !!! [ 10 ].

Alors que, la veille encore le « Corps Electoral » ne comptait que quelques 250 000 Citoyens, il passera sans transition à 9 500 000 Electeurs… Ce sera un changement d’échelle de l’ordre de… un à quarante !!!  Il faudra encore attendre environ un peu plus d’un siècle pour qu’un nouveau changement d’échelle intervienne [ plus limité ! car de 1 à… 2, seulement !!! ] avec l’ouverture du Droit de Vote aux... électrices !!!

En 1842 le « suffrage » ne reste encore accessible qu’à l’individu qui atteint au moins les 300 Francs de Cens ( soit environ 250 000 hommes ! ) tant il semble légitime de réserver l’exercice du droit de vote à ceux qui ont travaillé et épargné plutôt que de l’accorder à n'importe qui ! [ 11 ] … Certes, il y a encore, à peu de choses près, « coïncidence entre ceux qui ont fait « leurs humanités » et obtenu le baccalauréat, et ceux qui sont propriétaires », note René REMOND [ 10 ]…

Le Cens pour être « éligible » est fixé à 500 Francs… mais dans la Chambre des Députés de 1840 près des 2/3 des élus ( 294 sur 459 ) payent plus de mille Francs de Cens… ( au total il n’y a en FRANCE que 5 000 hommes qui sont éligibles ! ) [ 12 ]…

En 1847 plusieurs propositions de réforme envisageront soit de réduire le Cens Electoral, soit d’adjoindre au Corps Electoral les « capacités »… le Projet REMUSAT à ce sujet demeure le plus connu…

Le but poursuivi par la réforme est de doter du droit de vote « ceux là même, petite bourgeoisie diplômée, petits fonctionnaires ou membres de professions libérales exerçant dans les villes ou les « bourgs les plus médiocres » [ 12 ].

Ils sont en effet de plus en plus nombreux ceux qui aspirent à jouer un rôle, et à qui GUIZOT n’a laissé que cette seule perspective demeurée célèbre « enrichissez vous par le travail et par l’épargne ! » pour pouvoir espérer accéder, un jour, au statut d’Electeur, alors qu’ils estiment répondre aux conditions élémentaires d’ordre intellectuel et social, tout autant que de responsabilité Citoyenne !!!

Notons qu’il n’y a que 320 électeurs, en 1842, dans l’Arrondissement Electoral de TULLE, c’est à dire 1 seul électeur pour 260 habitants !!! [ 4 ]

Or, au même moment, et bien que n’ayant pas encore atteint l’âge de la majorité civile, Elie DUFAURE, comme chacun de ses condisciples du « Petit Séminaire de BRIVE », certes la plupart issus de la petite ou de la moyenne bourgeoisie et destinés au moins à acquérir des « capacités » et à pouvoir « s’enrichir par le travail et l’épargne », peuvent faire l’apprentissage d’une certaine forme de choix démocratique…

Ce fait me semblait devoir être souligné, et, 130 années après, l’encadrement que j’ai connu, et subi, à l’Ecole BOSSUET avait plutôt régressé sur ce type d’aspects pourtant très formateurs que sont ceux de la « confiance » et de la « responsabilité »… Alors même que cet « encadrement » affichait sans pudeur des « prétentions éducatives » élevées, soi-disant bien supérieures à celles des établissements publics ! Monseigneur BERTEAUD, quant à lui, a-t-il, en 1842, quelques ambitions politiques qu’ils aspirerait à développer si le système électoral « civil » était plus « ouvert » ?

En Avril 1848, il sera Candidat à l’élection pour l’Assemblée Constituante dans le Département de la Haute-VIENNE et sera « classé » comme « Légitimiste ». Le nombre des voix qu’il recueillera sera faible et CORBIN d’y voir « une tentative assez curieuse, si l’on songe à l’ampleur de l’anticléricalisme régional, de faire élire Mgr BERTEAUD dans la Haute-VIENNE bien qu’il y soit considéré comme légitimiste » [ 3 ]…

Le « petit séminariste » Elie DUFAURE n’obtient pas, en 1842, l’une des quatre couronnes pour « Bonne Conduite » décernées dans la « section des grands » !

Les deux élèves de Seconde qui sont distingués, de LAMBERTERIE et COEUILLE, n’obtiendront, pour le reste, que quelques accessits mais aucun Prix…

Avec ces couronnes de « Bonne Conduite », il s’agissait peut être dans l’esprit des électeurs, voire de l’encadrement, d’une forme de prix de... consolation… ou bien d’encouragement… pour de bons camarades trop peu récompensés dans les matières enseignées pour les efforts qu’ils avaient pourtant déployés durant l’année…

 

PRIX DE « BONNE CONDUITE »… DE LA DISCIPLINE STRICTE ET DES PUNITIONS…

 

A propos du prix de la « Bonne Conduite », on se doit d’évoquer aussi l’indiscipline et… les sanctions, qui sont des corollaires classiques de toute vie scolaire…

Jules VALLES, élève de l’enseignement public ( son père y est enseignant ) évoque souvent les punitions dans son roman « L’Enfant » [ 12 ], qu’il dédiera :

« A tous ceux qui crèvent d’ennui au collège ou (...) furent tyrannisés par leurs maîtres »…

Les punitions mentionnées par VALLES semblent sanctionner plus fréquemment une mauvaise conduite qu’un manque de travail. Il peut s’agir de « pensums » : lignes, vers ou pages de grammaire grecque à copier… [ Un camarade ingénieux de Jacques VINGTRAS, alias Jules VALLES, a mis au point la « plume à quatre becs » qui permet de copier quatre vers à la fois ! [ 12 ]  ].

D’autres punitions existent également comme la retenue, qui peut s’effectuer même… le Dimanche… [ En 1973- 1974, pour des faits véniels, même si répétitifs, deux élèves internes de ma classe de Quatrième furent « condamnés » à une « colle de week-end », sanction « inique » qui échauffa et marqua durablement les esprits de la promotion toute entière ! ] …

On relèvera d’autres « retenues » d’un degré encore bien supérieur : « la mise aux arrêts », par laquelle l’on isole l’élève dans un lieu clos, et surtout le « cachot », véritable prison à l’intérieur même du collège ! [ 13 ]

Le système scolaire apparaît comme plutôt répressif et l’école peinte par VALLES semble être essentiellement un monde de contraintes dans lequel l'interêt du travail proposé est rarement mis en avant [ 13 ] …

« Dans les années 1960-1970, « les mouvements de rénovation pédagogique dénonçaient à juste titre « l’école caserne ». En regard comment pourrait-on qualifier les collèges du XIXème siècle ? » s’interroge Daniel ZIMMERMANN, « le plus approchant serait une dénomination à rallonges, du genre : bagnes militaires destinés à l’abrutissement de jeunes garçons issus de milieux favorisés, sauf exception. Le miracle est qu’il n’en soit pas sorti seulement de parfaits serviteurs des régimes politiques successifs, mais aussi des révolutionnaires, des penseurs, des savants, des écrivains » ! [ 14 ] …

Jules VALLES est loin d’être le premier à avoir dénoncé ce régime scolaire carcéral. Avant lui, BALZAC, ERCKMANN-CHATRIAN, Maxime du CAMP ou Alphonse DAUDET, entre autres, en ont fait une critique radicale… [ 14 ]

A propos de la scolarité de BALZAC, Henry TROYAT écrit : « en classe, les pensums pleuvent dru sur les cervelles distraites. Les punitions corporelles sont également fréquentes. Agenouillé devant la chaire du régent, le coupable se voit appliquer sur les doigts des coups de lanières de cuir jusqu’à ce qu’il demande grâce. Non moins redoutable sont les séjours dans uns sorte de cachot, ménagé sous l’escalier et appelé « l’alcôve », ou dans les « culottes de bois », cellules de six pieds carrés réservées, dans un coin du dortoir aux fortes têtes »… [ 15 ]

La discipline est « martiale » et elle ne souffre guère de déviances du moins dans les établissements publics et Congréganistes… [ 2 ]

Dans les cours et couloirs, les « mouvements » des élèves se font en ordre et en rang… Les pupitres des élèves sont impitoyablement fouillés… [ Le régent HAUGOU confisque, puis brûle sans le lire, un « Traité de la Volonté » rédigé par le jeune BALZAC et qu’il trouve à la place d’un devoir demandé [ 15 ]   ]

Les bavardages sont sanctionnés comme d’ailleurs les « mauvaises notes ». Les châtiments corporels sont – en principe – proscrits depuis le début du siècle. La « table de punition » ( qui tient lieu de « mise au piquet » avec le bonnet d’âne ) est tombée en désuétude mais les « arrêts » ou le « cachot » ne seront supprimés officiellement qu’en 1863

Le devoir supplémentaire ou « pensum » tient lieu de clé de voûte du système disciplinaire qui comprend aussi la privation de sortie, l’exclusion temporaire ou l’exclusion définitive… [ 2 ] [ le 22 Juin 1813, les parents de BALZAC sont priés de retirer leur fils du Collège de VENDOME où après six années d’internat, la poursuite de son séjour est jugée indésirable ! [ 15 ] ].

Le régime disciplinaire en vigueur dans l’enseignement privé est relativement mal connu mais si l’on en croit les souvenirs d’anciens élèves, la vie quotidienne comporte aussi des contraintes diverses même si l’administration de ces établissements est semble-t-il plus sensible aux pressions des parents en faveur d’une discipline plus douce sinon plus libérale [ 2 ]…

En opposition aux sanctions, les bons élèves sont récompensés et encouragés par des prix d’honneur ou les inscriptions au tableau d’honneur [ 2 ], la remise de la « croix »… ou même l’autorisation de feuilleter des livres divertissants !!! [ 15 ].

En temps ordinaire les sanctions « pleuvent »… En cinq mois au cours de l’année scolaire 1851-1852, au Lycée LOUIS le Grand, 487 jours d’arrêts ont été infligés aux élèves. En 1862 au Collège de LORIENT, en cinq mois également, l’administration recense 5 000 retenues [ ! ] et en 1863, 155 en un mois au Lycée de La ROCHELLE [ 2 ]. Face au régime disciplinaire souvent rigoureux et aveugle, l’administration se retrouve parfois obligée de réprimer des révoltes d’élèves en faisant appel à la police… ou même à quelques escouades de soldats de la garnison locale ! [ 2 ].

 

« ETUDE DE LA RELIGION » : APPROCHE DE LA LIBERTE DE L’ENSEIGNEMENT

 

Immédiatement après le prix de la « Bonne Conduite », viennent, dans la pagination du « Palmarès », les prix qui sont relatifs à « l’Etude de la Religion »… On peut penser qu’au Petit-Séminaire, ces prix font l’objet de beaucoup d’attention…

Durant l’année scolaire, les classes de Septième et Huitième ont étudié le Catéchisme du Diocèse « avec explications élémentaires »…

Celles de Cinquième et Sixième , le même catéchisme mais… « avec preuves »…

Les classes de Seconde, Troisième et Quatrième, avaient à leur programme « l’Histoire dogmatique et morale du Christianisme »… Elie DUFAURE n’est pas primé en cette discipline « dogmatique et morale… » !

Quant à la classe - aux classes ? - de « Philosophie et Rhétorique », ce sont les « Conférences sur les Fondements de la Foi » qui sont inscrites au programme…

Durant cette période, l’enseignement religieux est systématiquement associé à l’enseignement des matières profanes, y compris dans l’enseignement public, et il ne s’agit donc pas d’un enseignement qui serait spécifique au Petit Séminaire…

Le jeune BALZAC est tourmenté « par la notion d’une force supérieure qu’il n’ose nommer Dieu et qui gouverne le monde selon des lois mystérieuses. A l’exemple de la plupart de ses compagnons, il est irréligieux, mais éprouve une vertigineuse attirance vers l’au-delà. Il pose au voltairien et embarrasse l’aumônier par des questions insolentes, alors même qu’il voudrait croire. Préparant sa première communion, il demande à brûle-pourpoint au chapelain du collège, le père HABERT, où Dieu a pris le monde. Celui-ci lui répond par la phrase sibylline de Saint JEAN : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu ». Insatisfait par cette réponse BALZAC veut savoir d’où vient le Verbe. « De Dieu » réplique le prêtre. « Alors si tout vient de Dieu, comment peut-il y avoir du mal en ce monde ? » interroge l’enfant… Et BALZAC de conclure lui-même : « (…) le bonhomme n’était pas fort, il comprenait la religion comme un sentiment, il en acceptait le dogme sans pouvoir l’expliquer. Mais ce n’était pas un saint ; comme il n’avait plus chou à me couper, il se mit en colère, et il me fit donner deux jours de prison pour l’avoir interrompu pendant l’enseignement du catéchisme » !!! [ 15 ]

Dans « L’Enfant », Jacques VINGTRAS [ Jules VALLES ] reçoit, au PUY, le « Prix d’Histoire Sainte », et dans un autre passage du livre, les élèves révisent cette matière en vue de la visite d’un Inspecteur Général ! [ 13 ]

« Je crus voir un éléphant. C’était un haut fonctionnaire (…). C’est lui qui me couronna pour le « prix d’Histoire Sainte ». Il me dit « c’est bien mon enfant ! », raconte VALLES/VINGTRAS, non sans humour, à l’occasion d'une remise de prix…

« Adossée à cette salle était l’estrade avec le personnel de la baraque je veux dire du Collège : Monseigneur au centre, le Préfet à gauche, le Général à droite, galonnés, teintés de violet, panachés de blanc, cuirassés d'or comme les écuyers du cirque BOUTHORS. Il n’y avait pas de chameau, malheureusement (...) » [ 12 ]

L’Evêque et le Préfet sont sur la même estrade d’un collège public ! Et le Général aussi… Un vrai consensus « politique » ou seulement le maintien des apparences ?

« La Loi du 28 Juin 1833, qui portait sur l’Enseignement Primaire et qui demeurera communément appelée « Loi GUIZOT », ne séparait pas l’instruction au sens large de l’éducation morale et religieuse… Cette législation n’était nullement un instrument d’ascension sociale, laquelle n’était guère facilitée que par l’Enseignement Secondaire… pour lequel la Monarchie de Juillet ne réussit aucune réforme profonde peut-être parce que le problème préalable de la liberté de l'enseignement ne fut pas résolu… », estiment aujourd’hui les historiens…  [ 11 ].

La réforme « GUIZOT » joua surtout en faveur d’une cohésion sociale dont la bourgeoisie était la grande bénéficiaire… En effet, 40 000 Instituteurs « dociles aux volontés des Maires et des Préfets » se devaient de détacher les jeunes générations de la domination du… clergé, soupçonné de sympathies « légitimistes »…

Sous le règne de CHARLES X, le clergé avait semblé, avec la connivence du Pouvoir, exercer sur les esprits une « action dominatrice » imputée plus particulièrement aux Jésuites. Les « Pères de la Foi » s’étaient insinués à des postes clefs de directeurs de consciences aussi bien que d’Enseignement… Une situation dont l’éventuelle persistance n’était pas jugée souhaitable par les progressistes modérés… Mais il importait, aussi, de prémunir les jeunes générations contre les idées démocratiques trop « subversives »… [ 11 ]

Il s’avère que le Libéralisme politique, sous la Monarchie de Juillet, était plus anticlérical qu’il n’était antireligieux, et toutes les querelles qui tournaient autour de l’enseignement dans les années 1830-1840 avaient pour enjeu « l’enseignement Secondaire » … car c’était principalement lui qui formait les futurs électeurs !!! [ 10 ].

Un rapport ministériel de 1843 sur l’enseignement secondaire en FRANCE mentionnait l’existence de 102 institutions privées ( dont 40 dirigées par des ecclésiastiques ) et 914 pensions accueillant près de 35 000 élèves qui recevaient aussi des cours dans les Collèges Publics… Etablissements Privés et Petits Séminaires représentaient environ la moitié des effectifs scolarisés et plusieurs recteurs se plaignaient de la concurrence faite par les établissements ecclésiastiques aux collèges publics [ 11 ].

Le Gouvernement fermait les yeux sur le privilège de fait des Petits Séminaires. En effet, sous la Restauration, l’Eglise et le Régime avaient favorisé le développement d’un réseau concurrent d’établissements confessionnels et de pensions religieuses, qui accueillaient en fait des élèves sans vocation religieuse – tel Elie DUFAURE ( ? ) -, tandis que globalement le réseau d’Etat de son côté était de plus en plus élitiste dans son recrutement… [ Il ne retrouvera que très lentement d’ailleurs ( vers 1840 ) les effectifs atteints par les Collèges sous l’Ancien Régime ]  [ 16 ]…

 

LES « SCIENCES »… UN GRAND MEPRIS AFFICHE PAR LES « LITTERAIRES » !

 

Peut être par souci d’équilibre, ou alors pour mieux prendre « en tenailles » les disciplines scientifiques, ( c’est affaire de point-s de vue personnel-s ! ), les « Sciences » sont placées dans le « Palmarès » entre « Etude de la Religion » et « Philosophie », puis « Belles Lettres et Langues », c’est à dire dans une position fort honorable mais aussi une position rigoureusement « encadrée » !

Les disciplines scientifiques enseignées au Petit-Seminaire sont classifiées en trois catégories :

Les Sciences physiques :

Astronomie / chimie / physique / mécanique

L’enseignement de ces matières est semble-t-il  réservé aux élèves de « Première ».

Les Sciences naturelles :

Minéralogie et géologie / Botanique / Zoologie

Les élèves de « Seconde » n’étudient que la « Botanique ».

Les Sciences Mathématiques :

Mathématiques spéciales / Algèbre / Arithmétique 

Pour la Classe de « Première »

Mathématiques élémentaires / Géométrie / Arithmétique et Algèbre

Pour la classe de « Seconde »

Le nom d’Elie DUFAURE n’apparaît dans le palmarès d’aucune de ces Matières !!!

En revanche son « condisciple », « Auguste POMAREL, de la DORDOGNE » « rafle » les trois prix des trois disciplines de « Maths » qui lui sont enseignées… Cet élève est assurément un pur « Matheux »… Il sera absent de toute la suite des prix !!!

Beaucoup plus « complet » en revanche, « Louis PERSONNE, de la CORREZE », qui sera au total l'élève le plus de fois cité au « Palmarès », toutes disciplines confondues, obtient le « Prix de Botanique », ainsi que les trois premiers accessits de « Mathématiques »…

Il nous reste un petit « cahier de brouillon » d’Elie… [ en quelle classe ? ] … On peut y trouver des « Notes pour la géométrie », un « cahier d'arithmétique » qui comprend des généralités sur l’addition, la multiplication… la règle de trois… les proportions… Bref un programme très classique qui paraît aujourd’hui bien « léger » pour un lycéen… et pourtant l’écriture très « mûre », qui figure dans le cahier de brouillon, témoigne certainement de l’âge déjà avancé de l’élève…

Tiens donc !!! La partie intitulée « cahier d’algèbre pour DUFAURE Elie » est bien « maigre » et comprend trois pages qui sont demeurées entièrement… blanches !!!

Un énoncé de « problème » a retenu mon attention : « deux tours qui sont à côté l’une de l’autre, la première est égale aux 3/4 de la plus grande qui la surpasse de 156 pieds, quelle est la hauteur de chaque tour ? »…

Le jeune Elie pouvait-il ne pas penser en planchant sur cet exercice au « Manoir des Tours », dit « Del FAURE lés ALLASSAC » [ 7 ], dont il n’aurait de cesse plus tard de devenir propriétaire et d’y entreprendre des restaurations… Il lui fallait pour l’heure tenter uniquement de résoudre la question qui était soumise à sa sagacité ?

C’est aussi l’époque où Elie apprend les règles du nouveau « système légal des poids et mesures » et il note : « La base fondamentale de ce nouveau système est le mètre ou la 10 millionième partie de la distance du paul ( sic ! ) à l’équateur »…

L’enseignant qui a proposé l’énoncé du problème sur les « tours » n’a pas eu le réflexe, ou fait l’effort , d’adapter la mesure en pieds au système métrique !!!

CORBIN, à partir d’un rapport de l’inspecteur d’Académie de la CORREZE élaboré en 1864, indique que dans les petits séminaires de BRIVE et de SERVIERES, « les sciences ne tiennent qu’une très petite place quand elles ne sont pas entièrement méconnues » [ 3 ] … Doit-on en voir la preuve dans ces quelques faits ?

En se référant à « L’Enfant », on peut remarquer de manière générale la part restreinte qui est laissée aux disciplines scientifiques dans l’enseignement [ 12 ]…

Jacques VINGTRAS, élève brillant en Lettres, étonnera toute sa classe quand il se révèlera être le « Premier » en Géométrie !

Il est vrai que « les littéraires » affectaient de mépriser les scientifiques » [ 13 ]...

« Il a une imagination de feu, cet enfant (…), une imagination de feu, je vous dis ! Ah ! ce n’est pas lui qui sera fort en Mathématiques ! »… On a l’air d’établir qu’être fort en Mathématiques c’est bon pour ceux qui n’ont rien LA. Est ce qu’à ROME, à ATHENES, à SPARTE, il est question de chiffres une minute ! »… [ 12 ]

En 1864, le Proviseur du Lycée de LIMOGES affirmait : « les élèves des sections littéraires sont assurément plus forts que ceux des sections scientifiques » !

Une impression « scientifiquement » vérifiable ? En tout cas une « statistique » peu fiable !!! Le Lycée de LIMOGES ne comptait que six élèves en classe de mathématiques !!! Ceux-ci n’étaient que… quatre, en tout et pour tout dans le Département de la CREUSE !!! … Le Principal d’AUBUSSON écrivait : « Dès 1852, nous avons eu huit élèves de Sciences ; le nombre a toujours été décroissant ; aujourd’hui nous sommes réduit à un seul qui termine cette année, ce n’est pas à regretter. La section littéraire va toujours croissant » !!! [ 3 ]

Pour Jules VERNE - il en est absolument certain - les sciences triompheront au vingtième Siècle… « Si les derniers professeurs de Grec et de Latin achevaient de s’éteindre dans leurs classes abandonnées, quelle position au contraire, que celle de messieurs les titulaires des Sciences, et comme ils émargeaient d’une façon distinguée ! »…

Les sciences ne pourront que triompher, Jules VERNE visionnaire en est déjà persuadé…

VERNE imagine donc une Cérémonie de remise des Prix qui se déroulerait dans un lointain avenir… en 1960… « Il y eût un instant où les moqueries redoublèrent, où l’ironie emprunta ses formes les plus déconcertantes. Ce fut quand retentirent les paroles suivantes : « Premier Prix de vers latins ». L’hilarité fut générale ! » [ 17 ]

Le jeune Jules VALLES obtiendra le troisième accessit d’excellence en classe de « Cinquième »… mais cette même année il n’aura jamais été nommé en « Mathématiques » ou en « Sciences »…

VALLES s’en expliquera ainsi dans ses « Souvenirs d’un Etudiant Pauvre » : « il était de mode, au lycée, de mépriser les chiffres, quand on était un espérance ou une gloire de la classe de Lettres. Ce n’est pas moi qui avais eu cette vanité. Les professeurs, en latin, grec, narration et discours nous l’imposaient. Il semblait acquis que celui qui aimait les chiffres avait un intelligence secondaire, une petite âme de rien du tout, et qu’il n’arriverait jamais à faire honneur à ses maîtres dans la carrière de la vie » [ 14 ].

Daniel ZIMMERMANN de commenter : « Cette prééminence des « humanités » perdurera encore plus d’un siècle. Ainsi, après la Seconde Guerre Mondiale, le fameux plan LANGEVIN-WALLON proposera, pour démocratiser l’enseignement, que tous les élèves fassent du latin. Et l’intervention radicale de l’importance des matières scientifiques n’interviendra qu’à partir des années 1950 » [ 14 ]…

Les pré-visions-dictions de Jules VERNE se révèleront alors exacts ! Les « Sciences » auront alors largement supplanté les « Humanités » !!!

 

« BELLES LETTRES » ET « LANGUES »… OU ELIE DUFAURE « EXCELLE »…

 

Le « Palmarès », en bas de la page 5, mentionne les résultats obtenu dans la discipline « Philosophie »…

L’espace consacré à cette discipline est très restreint… Elle ne concerne que peu d’élèves, seulement ceux en toute fin de cycle d’études secondaires…

Discipline de formation du jugement personnel, discipline potentiellement « subversive », le traitement succinct qui lui est réservé est-il vraiment étonnant ? En tout cas, un seul « Prix » et un seul « Accessit » lui sont consentis !

« PHILOSOPHIE : on doit toujours en ricaner », définira FLAUBERT [ 18 ]…

Quant à l’Abbé Joseph ROUX [ 1834-1905 ], un ancien élève du Petit Séminaire de BRIVE [ 9 ], il écrira un peu plus tard : « La philosophie de Collège est viande creuse qui charge l’estomac sans nourrir le corps »…

[ Le Chanoine Joseph ROUX avait été après son passage au Petit-Séminaire de BRIVE, élève du Grand Séminaire de TULLE… Ordonné prêtre par Monseigneur BERTEAUD, il commença son ministère en étant Vicaire à VARETZ - tout près d’ALLASSAC -, Curé de Saint SYLVAIN puis de Saint HILAIRE PEYROUX… C’est pendant son séjour dans les cures rurales qu’il apprendra le « patois » et il deviendra le « Frédéric MISTRAL Corrézien » en composant une œuvre qui sera le point de départ du renouveau de la littérature régionaliste en « lengua Lemouzina » [ 4 ]… Il avait été l’élève, au Petit Séminaire, de l’Abbé TAGUET, initialement professeur de Lettres en 1829, « venu » à la Philosophie en 1838, qui conservera la chaire de « Philo » plus de trente ans ! [ 9 ] ]

C’est Grâce ou par l’intermédiaire des « Belles Lettres et Langues » pour lesquelles sont attribuées un « Prix d’Excellence » que le nom d’Elie DUFAURE, apparaît pour la première fois dans le « Palmarès », en page six, car il obtient le « Premier Accessit » dudit « Prix d’excellence », juste derrière Louis PERSONNE qui est le seul élève primé en « Excellence »…

Les « Belles Lettres et Langues » comprennent un ensemble de plusieurs disciplines :

Langue Française

Langue Latine

Versification Latine

Langue Grecque

Langue Allemande

Langue Anglaise

En ce qui concerne la « Langue Française », le programme du cours de la classe de « Rhétorique » est intitulé « Discours »… En classe de Seconde, Elie DUFAURE a travaillé sur ce que l’on nomme « l’Amplification »…

En classe de Troisième les élèves étudient « Lettre » et « Analyse Logique », en Quatrième « Récit et Correction grammaticale », en Cinquième également « Récit » et « Orthographe et Correction ». En Sixième le « Récit » est qualifié de « Récit Historique », tout comme dans les classes subalternes… où l’on pratique évidemment aussi « l’Orthographe » …

Pour la « Narration Française », confie le jeune VINGTRAS, je réussis (...) par le mensonge et le vol ! Je dis dans ces narrations qu’il n’y a rien comme la Patrie et la Liberté pour élever l’Ame. Je ne sais pas ce que c’est que la Liberté, moi, ni ce que c’est que la Patrie »… [ 13 ].

Elie DUFAURE, en 1842, n’est pas primé en « Langue Française ».

 

PREDOMINANCE DE LA CULTURE CLASSIQUE - LES « LETTRES ANCIENNES »…

 

Monde fermé, l’Enseignement Secondaire vit alors surtout dans le culte de l’Antiquité et des Lettres Anciennes…

L’enseignement Littéraire qui domine très largement ignore systématiquement presque tous les Ecrivains postérieurs au XVIIème Siècle [ 11 ]… Les auteurs les plus cités par Jules VALLES, par exemple, sont HOMERE, VIRGILE et HORACE pour les anciens, BOSSUET et La FONTAINE pour la Littérature Française [ 13 ]

La « Langue Latine » figure, classiquement, au programme de toutes les classes… en particulier « Thème et Version », sauf pour l'année de « Rhétorique » où l’accent est mis sur l’aspect plus particulier du « Discours »… Le « Discours Latin » a pour but de faire « vivre » des Héros de l’Antiquité… [ 13 ]

Le nom d’Elie DUFAURE n’apparaît pas parmi celui des élèves primés, en 1842, au titre de la « Langue Latine »…

Si l’on prend toujours pour référence les écrits de Jules VALLES, il apparaît que le « Thème » est beaucoup plus pratiqué que la « Version » en « Langue Latine »…

Ernest PITOU, un autre alias derrière lequel se cache Jules VALLES dans « Le Testament d’un Blagueur », narre des souvenirs scolaires : « Je voulais être premier, pour avoir le Prix (…). On composait en Récitation. ROULIOT ne faisait pas de fautes, je l’ai tiré par derrière pendant qu’il récitait pour le troubler… Il a eu deux hésitations. Comment les hommes appellent-ils ce que j’ai fait ? C’est une trahison, je suis donc lâche ! J’ai envie de me tuer !

J’ai trouvé un moyen de me punir. J’ai sept points d’avance sur ROULIOT pour le Thème. A la Composition des prix je ferai des fautes exprès, un gros barbarisme, avec un solécisme s’il le faut, et il aura le Prix !

Je viens de composer.

Il y avait dans le thème : ô toi, qui veilles sur nous, Dieu puissant ! J’ai traduit ô tectum ! et j’ai mis « dee » au vocatif. Je sais bien qu’il faut ô tu, et que Deus ne change pas avant le génitif. Mais j’ai le Prix de Récitation sans l’avoir mérité ; j’ai volé ROULIOT et je lui donne mon prix de thème en échange. Il n’a pas à se plaindre, je crois ! Le censeur a dit dans son discours, l’autre année, que le thème était la… le… - Comment a-t-il dit ça ? – était le criterium de l’élève.

ROULIOT, j’ai bien mal agi avec toi, mais on dira que tu as un criterium et on ne saura pas que c’est moi qui te l’ai donné.

[ Criterium : épreuve - aujourd’hui sportive – servant à classer les concurrents [ 1 ]  ].

Je n’ai eu que deux Prix ; Prix de Récitation, Prix de Version ; j’ai eu le second accessit de Thème.

Mon père est allé aux renseignements ! Que s’était-il passé ?

Il était sûr de son Ernest pour le Thème ; il y avait la dessous sans doute quelque injustice. On l’a entendu murmurer :

« C’est parce que ROULIOT est neveu d’un Curé de PARIS et qu’Ernest PITOU, mon fils, est boursier… On donne le Prix au neveu du calotin ! » [ 19 ] …

Une coquille Typographique s’est glissée dans la maquette du « Palmarès » du Petit Séminaire de BRIVE pour l’année 1842...

L’imprimeur au lieu de composer, à tort, le titre d’une matière « Version latine » qui n’existe pas en tant que telle, aurait du composer en fait « Versification Latine »…

Le mot « Version » typographié a été rayé d’un trait de plume et de cette même plume le terme « Versification » a été rétabli au dessus… et ce certainement sur l’ensemble des exemplaires avant leur diffusion… Un véritable pensum qui avait été confié à un élève en tant que sanction ???

En versification, le Professeur demande de rédiger des compositions en vers latins sur un sujet imposé en suivant les règles très strictes de la Poésie Latine [ 13 ]...

Pas de citation pour Elie dans ce domaine particulier…

Elie obtient le « Premier Accessit » en « Langue Grecque »… devant Louis PERSONNE… mais c’est Barthélémi FONTAINE qui « décroche » le Prix !

En « Langue Grecque », toutes les classes pratiquent « Thème et Version », sauf en « Septième », classe dans laquelle débute l’initiation au Grec par « Exercices sur la Grammaire ».

« On nous a donné l’autre jour comme sujet « THEMISTOCLE haranguant les Grecs » (…). J’ai quatorze ans, je ne sais pas ce qu’il faut faire dire à ANNIBAL, à CARACALLA, ni à TORQUATUS, non plus (…). Je ne puis cependant pas me figurer que je suis un Latin. Je ne puis pas : ce n’est pas dans les latrines de VITTELLIUS que je vais quand je sors de la classe. Je n’ai pas été en GRECE non plus ! » se lamente le jeune VINGTRAS / VALLES… « On nous donne quelquefois un paysage à traiter en Narration. J’y mets mes souvenirs. « Vous avez fait de mauvais devoirs cette semaine », me dit le Professeur qui n’y retrouve ni du VIRGILE, ni de l’HORACE, si ce sont des vers ; ni des guenilles de CICERON si c’est du Latin ; ni du THOMAS, ni du MARMONTEL, si c’est du Français », grince encore Jacques VINGTRAS [ 12 ]...

Même si l’enseignement des Lettres, Latines ou Grecques, prédomine, cela n’empêche pas plusieurs chefs d’établissement de déplorer la médiocrité de l’enseignement qui est dispensé… L’Inspecteur d’Académie de la CORREZE écrit en 1864 : « le recrutement des régents se fait plutôt par le rebut du baccalauréat que par l’élite de la licence. Les bons professeurs, il y en a cinq à TULLE [ ! ], trois à BRIVE [ ! ] se donnent la peine de chercher eux-mêmes les textes dans les auteurs… Les autres se contentent de vieux recueils imprimés ou manuscrits qui traînent dans les classes depuis la formation de l’Université » ! [ 3 ]

 

A QUOI TOUT CELA SERT-IL ? … A CONNAITRE LE « PRIX DU… BEURRE » ? …

 

« Mes études suivent leur cours », se flatte le jeune Ernest PITOU-VALLES, « mes succès sont grands. Je connais déjà l’histoire de LUCRECE et je sais le futur de lepsomaï  [ [ transcription de la forme du futur du verbe « prendre » en Grec ancien ] ]. Lorsque j’en parle à mes cousines le dimanche, elles disent que l’epsomaille doit être une maladie, et me demandent tout bas si je sais ce que c’est que TARQUIN a fait à LUCRECE  [ [ Allusion à l’histoire du viol de LUCRECE par Sextus TARQUIN ] ].

J’en ai parlé au professeur qui m’a répondu : Fave lingua ! – Claudite jam rivos, a-t-il repris. Et comme je revenais à la charge, il a dit : Sat prata biberunt.  [ [ « Fave lingua » est une expression Latine utilisée pour inciter au silence le spectateur lors d’un spectacle… « Claudite… » : vers fameux de VIRGILE « fermez les canaux maintenant les prés ont assez bu »… ] ].

Je n’avais plus qu’à me retirer ! J’en ai fait part à mes cousines, qui se sont mises à rire, et qui ont l’air plus instruites que moi. Je sais pourtant encore bien des choses ! Ti-ty-re-tu, pa-tu-lae- recu-bans-sub ! … O mutos deloye ôti !  [ [ « Tityre… » : autre vers célèbre de VIRGILE issu des « Bucoliques »… « O mutos… », formule par laquelle commencent les fables d’ESOPE ] ]…

« Il n’est pas possible que je n’aie pas une belle position dans le monde avec de pareilles connaissances » en arrive à conclure notre Ernest PITOU ! [ 19 ]

Au delà de son sens de l’humour, Jules VALLES, en ouverture de son roman « Le Bachelier » [ 20 ], véritable « suite » de « L’Enfant », composera cette dédicace célèbre particulièrement critique vis à vis de l’enseignement qui lui avait été jadis professé : « A ceux qui nourris de Grec et de Latin sont morts de faim, je dédie ce livre »…

Peut-être !!! … Mais selon le Proviseur du Lycée de LIMOGES en 1864 : « l’exercice des vers latins doit être maintenu obligatoire, car c’est en quelque sorte le couronnement de bonnes études classiques » !!! [ 3 ]

A quoi cela sert-il d’acquérir une connaissance aussi approfondie des langues anciennes ? Cette connaissance ne coupe-t-elle pas le Collégien, certes « érudit », de la perception de la réalité quotidienne et sociale qui l’entoure ? Est-ce qu’elle prépare le futur adulte à une insertion réussie dans le monde professionnel ?…

Le « blagueur » Ernest PITOU s’interroge maintenant : « Je m’aperçois que dans tous les livres qu’on m’a fait lire, réciter, traduire, il n’a jamais été question de payer son terme ni d’acquitter la note du boulanger. On ne m’a pas appris le prix du beurre, combien coûte un bas morceau pour le pot-au-feu. M’a-t-on indiqué comment se gagne l’argent qui paye le garni, le coche, et fait bouillir la marmite ?

Je ne sais rien, rien. Je me trompe : je sais ce que c’est qu’une catachrèse et une synecdoche  [ [ synecdoque ] ] ; je sais comment on scande des vers et ce qu’on appelle une anapeste ou un trochée ; je sais encore si c’est sur la pénultième ou l’antépénultième qu’il faut, en grec, placer le baryton ou le périspomène. Question grave ! » … [ 19 ]

Et pourtant le même PITOU que n’était-il fier de son savoir le jour où :

« Je comprends tout ce que veut dire Polu-flosboï ! [ [ adjectif employé par HOMERE qui signifie « aux grondements profonds » ] ]

Le professeur est venu en prévenir ma mère.

« C’est une date, madame, c’est une date ! Quand un enfant sait ce que polu-flosboï signifie, quand il comprend bien tout ce qu’il y a d’harmonie et de profondeur, de clair, et si l’on veut aussi de ténébreux dans ce mot, où tient tout le génie d’HOMERE, cet enfant en est aux Colonnes d’HERCULE ! de la grammaire, oui, madame, aux Colonnes d’HERCULE ! et ce n’est pas seulement un écolier qui connaît sa route, c’est une âme qui parle, c’est un cœur qui s’éveille

- Quelle profession peut-on bien embrasser, quand on sait ce que poilu-fosses-boyau veut dire, a demandé ma mère n’y tenant plus.

- Toutes, sur les deux joues », a riposté avec un sourire fin le professeur »… [ 19 ]

Jules Verne, « visionnaire », comme on l’a déjà « vu », dans son roman « PARIS au XXème Siècle », dont il situe l’action en 1960, anticipant sur l’évolution de ce que serait l’enseignement au cours du Siècle qui suivrait le sien, écrira :

« L'étude des belles lettres, des langues anciennes ( le Français compris ) se trouvait alors à peu près sacrifiée ; le Latin et le Grec étaient des langues non seulement mortes, mais enterrées ; il existait encore pour la forme, quelques classes de Lettres, mal suivies, peu considérables et encore moins considérées »  [17 ]. …

 

LE « DERNIER DES HORACE » … A QUOI BON ?

 

Bernard FRANK, dans une chronique littéraire publiée par l’hebdomadaire « Le Nouvel Observateur », au tout début de l’Année 2000, qu’il avait intitulée « Le Dernier des HORACE », a consacré quelques lignes à Xavier PATIER, auteur… [ 21 ]

[ [ Xavier PATIER me devança de deux ou trois promotions à l’Ecole BOSSUET de BRIVE, puis… à l’Institut d’Etudes Politiques de TOULOUSE ] ]…

Xavier PATIER s’apprêtant à publier un « HORACE à la Campagne », Bernard FRANK s’est demandé si les « jeunes écrivain Français » parlaient encore le Grec en 2000…

Bernard FRANCK écrit : PATIER « ce jeune auteur » ( « On est jeune assez tard aux Belles Lettres, si j’en croit la fiche sur Xavier PATIER. Il a 41 ans et à déjà publié, soit à la NRF, soit à la Table Ronde, huit romans » ), affirme dans son livre : « à l’adulte qui l’interroge, le jeune garçon d’hier répond d’une injonction amusée : « Relis ton HORACE ». Je m’exécute. (…) Je ne cesse de relire HORACE parce que j’ai eu la chance de le rencontrer à l’âge qui convenait : 15 ans (…). [ [ En classes Secondaires à l’Ecole BOSSUET de BRIVE ! ] ] « (…) Nous étions à peine dix élèves à continuer le Latin dont seulement deux garçons »… [ 21 ]

[ [ Nous n’étions pas plus, en 1976-1977, en classe-s de Terminale-s à BOSSUET, lorsque je laissais solitaire un camarade parmi les… demoiselles… des « classes littéraires », en abandonnant sans regrets, en cours d’année, cet enseignement qui n’était pour moi que facultatif, plutôt contrarié de devoir, à quelques mois du « Bac », apprendre par cœur des vers de VIRGILE, ou des extraits de la prose de CICERON ! ] ]. « Qu’il n’y ait eu seulement que deux garçons pour le Latin en première et dans les années 70, il y a maintenant près de trente ans, à l’Ecole BOSSUET à BRIVE la GAILLARDE, çà n’augure rien de bon pour le Grec »… commente Bernard FRANK…

« (…) Revenons à notre HORACE, qui est une valeur solide, et notons au passage que peut–être dans mille ans tout ce qui restera de Xavier PATIER, c’est son « HORACE à la Campagne ». Mieux encore, par un phénomène que je n’arrive pas à m’expliquer, tout ce qui restera d’HORACE ( plus ou moins 65 - 8 av. J.-C. ), ce sont les vers d’HORACE que cite PATIER. Mais ce qui passe vraiment les bornes de l’imagination, ce qui ne serait pas croyable si l’on n’avait pas vu l’autre jour tous ces arbres abattus, tous ces toits enlevés [ [ allusion par FRANK à la tempête des 26-27 Décembre 1999 ] ], de moi, oui de moi, (…) il ne restera que ce commentaire sur l’HORACE de PATIER. Et pas tout l’article. (…) A se demander si aujourd’hui ça vaut la peine d’écrire. A quoi bon ? » [ 21 ]…

A quoi bon ? A quoi bon apprendre le Latin et le Grec ? C’est sans doute ce que se demandait le jeune VALLES … A la distribution des Prix d’Août 1841, il reçoit outre le Premier Prix d’Histoire et Géographie, quatre premiers et seconds accessits en Latin et en Orthographe… A la rentrée suivante ( il a neuf ans et entre en sixième ), il commence le Grec qu’il abomine : « Ma parole ! J’ai pensé à me tuer plus de dix fois en face de ma grammaire Grecque »… Ce qui ne l’empêche pas d’obtenir le troisième accessit en Version… En cinquième, « le Grec ne l’ayant pas acculé au suicide » [ ! ], il obtient le deuxième accessit en Thème et le troisième en Version… [ 14 ].

En quatrième il a le Professeur TURFIN pour Professeur Principal, [ qui se nomme en réalité Louis Jacques LAURENT ], dont le programme pédagogique est intensif…

« Du Lundi soir au Mardi soir : Version Grecque ; du Mardi soir au Mercredi matin : Thème Grec ; du Mercredi matin au Vendredi matin : Thème Latin et Vers Latins ; du Vendredi matin au Samedi soir : Version Latine » !!! [ 14 ] … Jules / Jacques commence à avoir une « indigestion » de Grec, d’autant plus que TURFIN / LAURENT « suit » sa classe en Troisième, en 1844-1845… et « distribue » « cent lignes ! », « cent lignes de plus. » , « cinq pages de grammaire Grecque »… [ 14 ]

La « Grammaire Grecque » n’a peut-être finalement d’autre utilité que celle de rendre encore plus pénibles les pensums imposés aux élèves sanctionnés… ceux, par exemple, qui « riraient sous cape » à la lecture de ces quelques définitions proposées par Gustave FLAUBERT :

« LATIN : Gâte l’écriture, Est seulement utile pour lire les inscriptions des fontaines publiques, Se méfier des citations en Latin elles cachent toujours quelque chose de leste »

« THEME : Au Collège prouve l’application – comme la Version prouve l’intelligence, mais dans le monde il faut rire des forts en Thème »

« ANTIQUITE : Et tout ce qui se rapporte, poncif, embêtant »

« LITTERATURE : Occupation des oisifs » …

Mais le littéraire FLAUBERT pense aussi à « charger » férocement les « maths » :

« MATHEMATIQUES : Dessèchent le cœur » [ 18 ]

 

« LANGUES ETRANGERES » : SPRECHEN SIE DEUTSCH ? OF THE IST QUESTION !

 

Pour définir le terme « LANGUES VIVANTES », FLAUBERT propose : « les malheurs de la FRANCE viennent de ce qu’on n’en sait pas assez » !!! [ 18 ]

Jules VERNE imaginera qu’en 1960 « les langues vivantes, sauf le Français [ ! ], étaient très en faveur ; on leur accordait une considération spéciale » ! [ 17 ]

Pour la « Langue Allemande », au Petit Séminaire de BRIVE, en 1842, c’est Elie DUFAURE qui obtient « le Prix » !!! L’unique Prix décerné en la matière !!!

Est-il doué pour les Langues Vivantes notre Allassacois ?

Est-il un champion de la déclinaison grammaticale et des genres, s’étant parfaitement « rôdé » au contact des langues anciennes ?

C’est en tout cas une surprise pour moi d’apprendre par le biais de ce « Palmarès » que la « Langue Allemande » était enseignée au Petit Séminaire de BRIVE dès 1842 ! ... et non pas l’Espagnol, l’Italien ou une autre langue vivante « Latine »… en sus des classiques langues mortes Méditerranéennes !

De ses connaissances de base en langue Germanique, Elie DUFAURE va s’en servir une dizaine d’années plus tard dans le cadre de la rédaction de sa « Notice… » ! …

Analysant l’origine de son patronyme, Elie remarque que pour dire, par exemple, « du chassan » ou « du bois communal », on dit en patois « der tchassan » (…) « der bos cuminar »… Il précise alors « le mot DER est un article qui nous vient de la langue celtique, sinon de la langue allemande ; car l’article de cette dernière est :

DER, pour le masculin

DIE, pour le féminin

DAS, pour le neutre

Le mot DEL est l’article Italien que nous traduisons par l’article DE ou DU. DEL FAURE est donc le même nom que DU FAURE »…

La « Langue Anglaise » est également enseignée au Petit-Séminaire…

L’une des langues vivantes, « Anglais » ou « Allemand », doit-elle faire alors l’objet d’un choix optionnel ? Ou les deux langues sont elles obligatoires ?? En tout cas, Elie n’est pas cité au palmarès de la « Langue Anglaise » pour l’année 1842 !

Toujours dans sa « Notice », Elie écrira : « quel était cet ancien nom ? Of the ist question » ( sic )… « Of the ist question » : s’agit-il d’une mauvaise retranscription typographique ou de très vagues réminiscences d’anglais teintées d’un peu… d’allemand ???

Lorsque Louis Napoléon BONAPARTE sera élu Président de la ( seconde ) République, en Décembre 1848 son arrivée au pouvoir tranchera avec les précédents dirigeants issus de la bourgeoisie classique qui était en place jusqu’alors…

Ces dirigeants savaient « mille fois mieux que lui citer du Grec ou du Latin », mais ils ne possédaient pas comme lui les Langues étrangères et les sciences pratiques [ 22 ]. En dépit de la création seulement en… 1846, d’un « Certificat à d’Aptitude à l’Enseignement des Langues Vivantes », l’enseignement de celles-ci qui est devenu obligatoire depuis… 1839, sera encore longtemps essentiellement assuré par des « maîtres de langue », d’origine étrangère, au statut précaire et rétribués de manière misérable ! [ 2 ]…

Pour Alain CORBIN, « les tentatives effectuées en vue d’enseigner les langues vivantes se soldent par un relatif échec aussi bien en ce qui concerne les effectifs qu’en ce qui concernent les résultats, surtout à partir du moment où cet enseignement deviendra facultatif dans la division supérieure » [ 3 ]…

L’Inspecteur d’Académie de la CORREZE, en 1864, déplorera que « le manque de professeurs n’a pas permis d’organiser les cours de langues vivantes suivant les intentions et les instructions de M. le Ministre »… A TULLE, comme à BRIVE, c’est le même professeur qui enseigne l’Anglais et l’Allemand ! [ 3 ]

Sous le Second Empire, Victor DURUY encouragera un enseignement pratique des Langues qui sera fondé sur des exercices de conversation…

Ces exercices ont pour but de se substituer aux sempiternels exercices de « Version » et de « Thème » empruntés à la méthode d’enseignement des langues… mortes ! [ 2 ]. Le 13 Août 1846, Jules VALLES qui vient de « redoubler » sa Troisième à NANTES décroche lors de la distribution solennelle des Prix, un deuxième « Prix de Vers Latins », un deuxième Accessit de « Thème Latin », un premier accessit de « Récitation Classique » et… un troisième Accessit d’Anglais !!!  [ 14 ] …

[ [ Les bases de langue Anglaise que VALLES a pu acquérir lui serviront lorsque après « la Commune », condamné à mort par contumace en Juillet 1872 , il s’exilera à LONDRES - jusqu’en 1880 – ce qui lui paraîtra plus sur pour sa sécurité que de rester en BELGIQUE… ]

 

« HISTOIRE ET GEOGRAPHIE »… DEUX SPECIALITES D’ELIE DUFAURE…

 

Elie DUFAURE obtient le « Prix de Géographie »…

En « Histoire de FRANCE et de la Littérature Latine [ ! ] », qui figure au programme de la classe de « Seconde », il est devancé pour le Prix par l’incontournable Louis PERSONNE… De fait Elie n’obtient que le « Premier Accessit » de cette discipline…

Elie a conservé la copie de l’une de ses compositions d’Histoire… Celle-ci est datée du 19 Mars ( 1842 ? ou une autre année ? )… Elle est signée et consiste en un feuillet double à l’écriture très serrée et très dense…

Le thème du devoir est consacré à « LOUIS XI 1461 - 1483 ». Le devoir révèle des connaissances dans ce domaine bien supérieures à celles qu’elles peuvent être aujourd’hui à niveau égal pour un Lycéen contemporain… voire un candidat au C.A.P.E.S… sans même vouloir évoquer un niveau encore supérieur !

Le seul cahier de cours d’Elie qui a été conservé ( il s’agit de fragments ) est un cahier d’Histoire !!! Ce cahier couvre la période s’étendant de « 1350 à 1580 »… et il comporte une multitude de détails qui ne figurent plus, depuis des lustres, au programme d’une quelconque classe !!! Je pense, par exemple, à la succession chronologique des différents Papes… qui semble alors avoir autant d’importance que celle des Rois et des Reines de FRANCE, au moins au… Petit-Séminaire !!!

En classe de « Rhétorique », l’Histoire enseignée est celle de la « Littérature Française ». En troisième, c'est celle de « l’Histoire moderne et de la littérature Grecque », mais il n’y a pas d'autres spécifications que le terme « Histoire » pour l’ensemble des classes subalternes…

Fort de l’intérêt qu’il a pu porter à ces matières que sont l’Histoire et la Géographie, on ne s'étonnera pas qu’Elie débute sa « Notice… » par une partie introductive intitulée « Donnée Géographique », puis « Lieu de Naissance », et qu’il commence par se situer ainsi dans… l’espace avant de se situer dans le… temps… ( ayant peut être l’ambition de se situer dans l’Histoire… un jour !!! En 1854/1855, Elie n’a que trente ans lors de la rédaction de sa « Notice… »… et bien des espoirs lui sont encore permis ! )…

Il nous faut dire maintenant un mot général sur « l’Histoire » qui est une « science » et une « discipline » en plein renouveau en ce commencement de XIXéme Siècle…

A travers CHATEAUBRIAND, au tout début du Siècle, l’Histoire « s’ouvre et se donne au Romantisme » [ 23 ], mais le danger que fait courir la conception romantique, c’est d’amener l’Histoire à se confondre avec la fiction… ( Ce sera la période d’une grande vogue, ne l’oublions pas, pour le « Roman Historique »… )…

Avec les premières parutions des ouvrages ou des cours de GUIZOT, THIERS, MICHELET ( 1823 - 1832 ), l’Histoire connaît alors une mutation idéologique... Les MICHELET ou GUIZOT prennent parti pour les idées libérales et utilisent à cette fin les vertus démonstratives de l’Histoire…

Le mot « Démocratie » impose sa présence constante à la réflexion historique et dans ce contexte TOCQUEVILLE fera paraître, son célèbre ouvrage… « De la Démocratie en Amérique » ( 1835-1840 ) …

« L’Histoire Contemporaine » commence à être analysée par les auteurs, et surtout celle de la Révolution Française, période majeure, qui ne « date » alors à peine que d’une cinquantaine d’années !

L’Histoire va bientôt « re-devenir » une matière « dangereuse et subversive » que les pouvoirs vont chercher à contrôler et à réduire…

Mais, en 1842, nous n’en sommes pas de nouveau là, même si l’on peut se souvenir que les cours de GUIZOT, par exemple, ont été suspendus entre 1822 et 1827 par la réaction ultra-royaliste !

L’enseignement de l’Histoire était devenu obligatoire depuis… 1818, avec l’idée que l’instruction secondaire ne pouvait se limiter aux seules « humanités » comme c’était le cas sous l’Ancien Régime… Et, progressivement le conflit s’engageait entre les « humanités » fondées sur le Latin, le Grec et les Lettres Françaises, et les disciplines « modernes », telles les Sciences, les… Langues vivantes ou… l’Histoire, d’autre part ! En 1852, le Ministre de l’éducation FORTOUL voudra « moraliser » l’enseignement de l’Histoire en la mettant au service du régime Bonapartiste en demandant aux professeurs de « faire taire leurs préférences personnelles pour certaines direction d’idées »… Un peu plus tard, Victor DURUY, lui même ancien professeur d’Histoire et auteur de manuels célèbres, osera établir l’enseignement de l’Histoire Contemporaine en classe de… « Philosophie »… et il rejettera l’enseignement de l’Histoire Sainte à la classe de… « Huitième » !!! [ 2 ]

En Août 1841, Jules VALLES avait obtenu un premier « Prix d’Histoire et Géographie »… Pour Elie DUFAURE, ce seront un premier Prix De Géographie et un premier accessit d’Histoire qu’il décrochera en Août 1842…

Mais Elie DUFAURE est-il « accessible », derrière les murs du Petit-Séminaire, à « l’Histoire Immédiate », c’est à dire aux faits récents survenus peu avant ce mois d’août 1842 ? Trois « événements frais », très importants dans leurs domaines respectifs, viennent de se dérouler :

le 11 Juin 1842 a été votée une Loi de grande portée concernant le développement des chemins de Fer en FRANCE,

Le 9 Juillet 1842 se sont tenues des élections générales,

Le 13 Juillet le jeune Duc d’ORLEANS est décédé, dans un tragique accident de voiture... à cheval ( ! ), qui aura, comme tout ce qui touchait aux questions de succession en un dix-neuvième Siècle politiquement incertain, des incidences certaines et des répercussions sur la vie politique du Pays… [ 24 ]

 

PARCOURS POUR DEVENIR UN DE « CES MESSIEURS DE LA BACHELLERIE » !

 

En ce mois d’Août 1842, on peut penser sans crainte de se tromper qu’Elie DUFAURE aspire de plus en plus à être l’égal, « le pair » sur le plan des connaissances acquises, de ces « Messieurs de la Bachellerie », pour reprendre cette belle expression que l’on peut puiser à nouveau dans l’intarissable Jules VALLES…

« Mon oncle, paysan qui s’est fait ouvrier, appelle « Messieurs de la Bachellerie », les instituteurs, professeurs, maîtres de latinage ou de dessin, qui viennent quelquefois à la maison et qui parlent du Collège (…)…

- Jacques, est-ce que tu t’amuses mieux avec ces Messieurs de la Bachellerie qu’avec nous ?

- Oh ! mais non ! » … [ 12 ]

Ces « Messieurs de la Bachellerie » imposent à leurs « sujets » scolarisés, jusqu’aux épreuves finales du Baccalauréat, un cursus, un parcours que l’on pourrait qualifier de « rituel » presque plus encore que de « classique » …

D’abord, les Classes de Grammaire qui correspondent, peu ou prou, aux actuelles classes de Sixième, Cinquième et Quatrième… [ [ Le père de Jules VALLES, le 20 Août 1842 [ ! ], sollicitera, sans succès, un poste dans une classe de Grammaire afin d’avoir plus de temps pour préparer l’agrégation… qu’il « décrochera » en 1846… [ 14 ]  ] ].

Viennent ensuite deux années d’apprentissage des « Humanités », soit la classe de « Troisième » et celle de « Seconde » …

En 1842, le mot « Humanités » ne désignait pas seulement un « cycle de scolarité » mais aussi, comme on l’a vu, l’étude des auteurs de l’Antiquité…

En Août 1842, Elie vient donc d’achever « ses » Humanités ! … [ 13 ]

Enfin, au titre de classe-s « Terminale-s », les futurs candidats au Baccalauréat doivent suivre d’abord une année de « Rhétorique »… puis, à partir de 1820, une autre année, dite celle-ci de « Philosophie »…

Dans l’Enseignement Secondaire privé pour garçons, les programmes d’études sont calqués sur ceux de l’Enseignement Public dans la mesure où les élèves doivent être préparés aux épreuves du Baccalauréat ou aux concours d’entrée dans les écoles spéciales du Gouvernement, comme Saint-CYR ou Polytechnique… Il n’y a guère de différences, néanmoins une attention plus importante serait accordée à la direction religieuse et morale des élèves… et les « humanités » seraient particulièrement favorisées aux dépens des « sciences » dans l’Enseignement Secondaire privé … [ 2 ]

Dans l’ensemble du système éducatif, l’enseignement des Lettres anciennes et des Françaises conserve une place privilégiée…

A son service est maintenue une gamme d’exercices écrits et oraux empruntés à une tradition scolaire vieille de plusieurs siècles : Versions Latines et Grecques, Thèmes Grecs et Latins, Vers et Discours Latins, Explications d’auteurs Latins, Grecs et Français, récitations, analyses grammaticales, notions d’histoire littéraire et de… rhétorique [ 2 ].

A l’issue de ses humanités, dès l’année 1842 – 1843, Elie sera appelé à suivre une année de « Rhétorique »… au Petit-Séminaire… ou dans un autre établissement…

Dictionnaires Grec-Français et Latin-Français, gradus ad parnassum, morceaux choisis de littérature ancienne et moderne, traductions juxtalinéaires, manuels de rhétorique Française… La bibliothèque du parfait rhétoricien, élève des classes de première, est abondante et diverse… Chaque année, des arrêtés ministériels dressent la liste des auteurs à étudier… « Les Provinciales » de Blaise PASCAL, après avoir été exclues sous la Monarchie de Juillet, seront réintégrées… en 1848… puis de nouveau écartées en 1850 ! [ 2 ]

Autre temps où « Les Provinciales » étaient considérées comme susceptibles de produire des effets subversifs dans les esprits en formation !!!

 

DE LA CENSURE… DE L’ELOQUENCE… ET DE LA RHETORIQUE…

 

Dans tous les établissements d’enseignement, [ [ mais ce n’était pas différent, un siècle et demi plus tard, « de mon temps » dans les années 1970 ! ] ], « les livres sont strictement contrôlés et seule la lecture des Classiques est encouragée », écrit CORBIN, « les pupitres sont régulièrement inspectés et la correspondance des élèves surveillée ; tout cela fait que les livres interdits ne pénètrent que difficilement dans les établissements »… [ 3 ]

Le Principal du Collège de GUERET « n’a trouvé dans le cours de l’année ( 1863-1864 ) d’autres livres prohibés que quelques romans d’Alexandre DUMAS, COOPER, LAMARTINE, Henri CONSCIENCE et les Mille et une Nuits. Mais pas un seul livre irréligieux et immoral » !!!…

Au collège de MAGNAC-LAVAL, « l’inspection des pupitres et des malles a donné lieu ( cette même année 63-64 ) à la saisie de romans de la collection LEVY à 1 Franc » [ 3 ] [ [ Michel LEVY sera le fondateur de la maison d’édition « Michel LEVY frères » qui deviendra après sa mort la maison « CALMANN LEVY » ] ] [ 25 ] …

La Censure ! … Un phénomène éternel ! … Rien de vraiment bien nouveau sur ce sujet en effet sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire… ( seule l’éphémère Seconde République apportera quelques mois un réel souffle de liberté )…

Rien n’est inventé pourtant par les petits et grands « censeurs » de ces temps qui sont particulièrement imprégnés de culture « Classique » depuis leur prime formation…

Il n’est qu’à rappeler qu’en 272 av-J.C. le Sénat Romain faisait brûler les écrits de NUMA retrouvés dans un tombeau et considérés comme non conforme à la religion du moment… Plus tard AUGUSTE en faisait autant avec les Satires de LAEBIENUS… Une mésaventure qui était déjà survenue en GRECE à tous les traités de PROTAGORAS brûlés à ATHENES vers 415 av-J.C. parce que leur auteur y exprimait des doutes sur l’existence des Dieux. PLATON réclamait la censure préalable pour le Théâtre, afin qu’on ne s’écarte pas « de ce qu’on tient dans l’Etat pour légitime, juste, beau et honnête ». DIOCLETIEN condamnait aux flammes les livres des Chrétiens… Puis reprenant, pour des siècles, la censure à son compte, l’Eglise Chrétienne distinguait avec beaucoup de soin la « censure préalable » ou « censure préventive » de la prohibition « post publicatio » ou « a posteriori » des écrits contestés… [ 26 ]

« Oui, la lecture donne des idées, les idées peuvent mener à l’idée de liberté et l’idée de liberté à l’utopie du bonheur. Ce n’est pas raisonnable ! » , commentait, en 1970, Jean-Jacques PAUVERT, prédisant [ non sans pertinence à sa relecture aujourd’hui ! ] qu’un jour « toute censure aura disparu. Et alors que se passera-t-il ? D’un côté, celui de l’ordre public, certainement rien : les Français en tout cas, n’achèteront pas plus de revues Danoises, et pas moins de cannes à pêche. Les formidables motivations créées par la censure et la religion, de toute manière, auront disparu. Le commerce de la sexualité en sera donc réduit aux lois de l’offre et d’une demande authentique. Voilà pour les affaires. Mais la société ? Toutes les idées politiques circulant librement, il y aura, encore plus qu’aujourd’hui, de curieux mélanges politiques dans certaines têtes. Dans la pratique, les gens de bon sens seront de plus en plus nombreux à savoir que la bonne politique ne se fait pas avec des idées, étant surtout l’art de vivre ensemble » ! … [ 27 ]

Le Procureur Ernest PINARD ( 1822 - 1909 ) demeurera pour toujours l’archétype du censeur « littéraire » du XIXème Siècle… Ce rôle de « censeur » qu’il avait pu endosser tenait-il pour partie à la formation initiale qu’il avait reçue ?

C’est au Petit Séminaire d’AUTUN que le jeune Ernest a fait ses études primaires et secondaires. Il y a reçu l’enseignement de deux personnalités : le futur Cardinal PITRA qui était en charge de la Rhétorique, et l’Abbé LANDRIOT qui deviendra plus tard Archevêque de REIMS…

Le 5 Août 1840, PINARD achève sa « Rhétorique » [ trois années avant Elie DUFAURE ] et décide de rejoindre PARIS où, au Collège STANISLAS, il va faire « sa classe » de Philosophie… A cette époque il découvre le prédicateur LACORDAIRE, qui condamné par la Chambre des Pairs, donne des conférences dans la chapelle du Collège où l’ancien disciple de LAMENNAIS attire l’élite du PARIS intellectuel…

De son séjour à STANISLAS, Ernest PINARD « tirera un goût certain pour la théorisation (…). A la lecture de ses écrits, de ses plaidoiries, de ses discours, une constatation s’impose : PINARD éprouve un réel plaisir à donner une portée philosophique à toutes les situations et à exalter les valeurs morales et sociales - comme le Vouloir, le Travail… - que sa famille bourgeoise, son environnement et ses enseignants lui ont inculquées » !!! [ 25 ] 

Une bonne maîtrise de la « Rhétorique » n’aura peut-être pas été l’enseignement le plus inutile reçu par Ernest PINARD, puis par Elie DUFAURE, en perspective de leur future insertion professionnelle dans la carrière d’avocat, ( puis d’Avocat Impérial et de Procureur pour PINARD ) …

A propos du Procès de Janvier 1857 intenté contre FLAUBERT et… « Madame BOVARY », Maxime du CAMP écrira dans ses souvenirs : « l’Avocat Impérial [ c’est PINARD ] charger de tonner contre nous était un homme encore jeune ; on nous en avait parlé avec éloge et son éloquence était appréciée. Quelques raffinés du beau langage étaient venus l’écouter, et je m’attendais, moi aussi, à un plaisir d’artiste. Si c’est là ce qu’on appelle l’éloquence judiciaire, l’éloquence judiciaire est peu de chose »... [ 25 ]

Du CAMP poursuit : « la cause était mauvaise, j’en conviens, mais le réquisitoire fut plus mauvais encore. L’argumentation ne se tenait guère et ne savait où prendre un point d’appui (…). Dans cette 6ème Chambre, nous étions tous des lettrés, et plus d’un clin d’œil fut échangé entre nous. L’Avocat Impérial s’évertuait à faire condamner l’auteur de Madame BOVARY, mais il confondait APOLLINAIRE et APOLLONIOS de TYANE ; il estimait que « Madame BOVARY a une beauté de provocation » et il regrettait que, lorsqu’elle va communier, elle n’eût pas quelque chose de la MADELEINE repentante, c’est à dire qu’elle ne fût pas une Sainte ; en outre, il convient que l’imprimeur , M. PILLET « est un homme honorable contre lequel il n’y a rien à dire ». En entendant cette phrase, LAURENT-PICHAT et FLAUBERT ne purent s’empêcher de rire ; le Président lui même eut quelque hilarité, et personne dans le prétoire ne crut que l’on cessât d’être honorable pour avoir écrit et pour avoir publié Madame BOVARY » [ 25 ]…

A d’aucuns leurs « plaisirs » de « fins gourmets », de « fins lettrés » voire de « fins rhétoriciens »… sinon de « fins juristes » !!!

« La rhétorique est à l’éloquence ce que la théorie est à la pratique, ou comme la poétique à la poésie », avait écrit, un jour, Denis DIDEROT, le Langrois... [ 1 ]…

A l’issue de sa classe de Rhétorique Elie n’ignorera plus rien des « tropes », des « synecdoques », des « allégories » et des « périphrases »… On lui aura enseigné certainement à ne pas dire « un verre de vin » mais « le jus de BACCHUS, le nectar des Dieux », ou à ne pas dire « un fusil » mais « une arme qui vomit la mort »… etc. [ 13 ]

Et ici la question essentielle doit donc être à nouveau posée : s’agissait-il, au final, pour les élèves de « parcours de formation » efficaces et satisfaisants à même de favoriser leur épanouissement tout autant que leur future insertion professionnelle ?

Il semblerait que « les professeurs ne demandaient pas d’imagination à leurs élèves. Mais de l’imitation ! Imitation, c’était d’ailleurs le maître mot et ce, même en Composition Française ! On préconisait un langage ampoulé artificiel, faisant un grand usage de la rhétorique et du maniement des formules de style » ! [ 13 ]…

Jules VALLES n’aura d’ailleurs de cesse de dénoncer cet enseignement qui bafouait les personnalités et qui était en quelque sorte extérieur à la « Vraie Vie »…

« Et voilà qu’au lieu du discours de CATON, de CICERON, des gens en o, onis, us, i, orum, je vois qu’on se réunit sur la place publique pour discuter de la misère et demander du travail ou la mort », se surprend à constater le jeune VINGTRAS [ 12 ] !!! Plus tard, Maurice AGULHON, qui brossera un tableau de la « Société de 1848 », verra les choses avec un peu plus recul ou… d’optimisme ( mais il n’était pas contemporain de VALLES !!! )… L’historien décrira, pour les années 1848, une « jeunesse bourgeoise [ qui ] prend la plume, découvre, disserte, chante quand elle peut, ou versifie, ou pontifie… »… [ 22 ]

 

DISTRIBUTION DES PRIX…  « LES SINGES SUR L’ESTRADE »…

 

Le « Palmarès » de 1842 s’achève par les matières « Dessin » et « Ecriture », pour lesquelles la plupart des noms des élèves distingués n’apparaissent nulle part ailleurs dans les matières « intellectuelles » précédemment mentionnées !

Ces élèves ne semblent donc pas être parmi ceux qui réussissent le mieux dans des disciplines réputées plus « cérébrales »… Mais ils seront récompensés aussi ! … Du reste dans l’enseignement secondaire privé de garçons, les arts d’agrément seraient traités avec plus de sollicitude que dans les Lycées d’Etat !!! [ 2 ]

Les résultats scolaires obtenus par Elie DUFAURE sont dans l’ensemble très satisfaisants et, pour tenter d'en faire un « bilan comparé » avec les élèves de sa « promotion », j’ai classé les élèves de Seconde selon une méthode qui se veut proche de celle retenue en matière sportive « Olympique » ( … en privilégiant le Prix sur l’Accessit… comme une médaille d’or prime sur en argent ) et je n’ai pas cru bon de tenir compte du prix particulier de la « Bonne Conduite »…

Le « Tableau d’Honneur » des « Secondes » de 1842, s’établirait donc ainsi qu’il suit :

 

1er    Louis PERSONNE              6 PRIX      5 ACCESSITS

2nd  Auguste POMAREL             3 PRIX      0 ACCESSIT  [ c’est le « Matheux » ! ]

3ème Elie DUFAURE                    2 PRIX      3 ACCESSITS

4ème Barthélémi FONTAINE       1 PRIX      4 ACCESSITS

5ème Justin PRADEL                  1 PRIX      3 ACCESSITS

6ème Edmond de LACHEZE-MUREL 1 PRIX 1 ACCESSIT

7ème Chéri de LAMBERTERIE                       7 ACCESSITS ( et « Bonne Conduite » )

8ème Jean COEUILLE                                     2 ACCESSITS ( et « Bonne Conduite » )

9ème Louis CLEDAT                                       2 ACCESSITS

10ème Léopold HUGO                    2 ACCESSITS ( mais aucun « Premier accessit » )

11ème Ernest TRASSY                  1 ACCESSIT    ( …un « Premier accessit » )

12ème Jean-Baptiste BOUSQUET  1 ACCESSIT ( un Second accessit )

 

On obtient un total de douze élèves classés en considération des matières enseignées aux élèves … même s’il semble que tous les élèves ne soient pas dans cette classe… 

Si l’on retient le nombre « brut » des citations, Elie se trouverait toujours en troisième place d’un classement certes quelque peu bouleversé, mais pas fondamentalement !!! Evoquer un classement « Olympique » n’est pas complètement fantaisiste - [ même si c’est un peu anachronique dans la mesure où Pierre de COUBERTIN, ne restaurera l’Olympisme qu’un demi-siècle plus tard ( 1ère Organisation des Jeux Modernes à… ATHENES, en 1896 ) ] - les élèves du Petit-Séminaire de BRIVE, à l’instar des athlètes semblent défendre les couleurs de leur « petit pays »… celles de leur Département ! On cite : « UNTEL, de la DORDOGNE » ! « X… du LOT » ! « Y… de la CORREZE » !!!

Mais les « matchs » sont un peu « déséquilibrés »… Le Département de la CORREZE qui pratique « à domicile » obtient au total cumulé 226 citations… laissant à distance fort respectable le LOT ( 34 citations ) et la DORDOGNE ( 20 citations ), dans lesquels ne s’opère pas l’essentiel du recrutement de l’établissement Briviste !

Daniel ZIMMERMANN s’est essayé lui aussi également à quelque classement concernant les résultats scolaires de Jules VALLES par rapport à ses camarades…

En 1842 [ ! ], le jeune VALLES est nommé quatre fois et il est troisième accessit d’excellence, « ce que l’on peut traduire par : il est cinquième au Classement Général. Sur treize élèves. Heureuse époque où, à Saint-ETIENNE, les effectifs étaient compris entre huit collégiens en Terminale de Philosophie et au maximum de quatorze en Cinquième » !!! [ 11 ]

Le 17 Août 1842, les noms des plus brillants élèves du Petit Séminaire sont proclamés… conformément au indications contenues dans le « Palmarès », lesquelles, tel un « Imprimatur », en page 20, sont même officiellement « certifié-es conforme-s » par le Supérieur en titre : « F. BRUNIE »…

Retrouvons à l’occasion de l’événement solennel de la « Distribution des Prix », les impressions du « blagueur » Ernest PITOU traitées avec l’esprit de Jules VALLES :

« Je quitte le collège aujourd’hui.

Dans quelques minutes, la distribution des prix ; les filles du proviseur viennent de passer dans la cour, en grande toilette, les pions se sont mis sur leur trente et un, quelques mères d’élèves traversent les corridors, revenant de chez l’économe. Au bas de l’escalier, des grands, chargés de placer les dames, commencent leur service, et le surveillant général nous envoie, dans notre coin, où nous faisons du bruit, un chut que nous écoutons mieux que nous ne l’avons fait jamais.

On va se quitter, échapper à la discipline, redevenir soi, il n’y a plus ni maîtres, ni élèves. Il y a dans les cœurs à cette heure, la joie du départ pour les uns, la mélancolie de l’inconnu pour les autres.

La distribution commence. Tous les singes sont sur l’estrade. On lit les prix. Je suis couronné trois fois et embrassé par l’Archevêque. Il sent bon, le maire empoisonne le vin » !!! [ 19 ] …

 

ENSEIGNEMENT PUBLIC OU PRIVE… LE MAIRE OU L’ARCHEVEQUE ???

 

Tout comme la date d’entrée exacte d’Elie DUFAURE au Petit Séminaire de BRIVE ne nous est pas connue, il en va de même pour la date de sa sortie de cet établissement… mais aussi pour la fin de ses études secondaires…

En toute logique, on peut penser que durant l’année scolaire 1843, Elie a suivi les cours de la classe de « Rhétorique », puis l’année suivante ceux de la classe de « Philosophie »… et qu’il s’est présenté ensuite aux épreuves du « Baccalauréat » fin 1844 ou en 1845… pour décrocher le « sésame » universitaire…

J’ai retrouvé dans les archives que j’exploite trois quittances de 100 Francs chacune en date des « 20 8bre 1842 », « 19 Mai 1843 » et « 22 8bre 1843 », qui témoignent du versement par M. DUFAURE de sommes ayant pour objet : « à compte sur la pension de son fils »… Ces quittances sont « couchées » sur des formulaires à en-tête du « Collège de BRIVE » ( et non pas du « Petit Séminaire » ! ) et soussignées par le « Principal du Collège de BRIVE » ( et non pas le « Supérieur », l’Abbé BRUNIE )…

Elie serait-il passé par l’enseignement public pour achever sa scolarité secondaire ?

Le coût de la pension y était-il alors moins onéreux pour sa famille ?

Rappelons les ordres de coûts des pensions annuelles dans les Collèges Corréziens tels que les ont établi les recherches menées par Alain CORBIN :

 

PRIX DES PENSIONS - PRINCIPAUX COLLEGES DE LA CORREZE

 

                                               1817-1835                           1835-1864

 

Collège de TULLE                    420 F                                   420 F

Collège de BRIVE                350 et 380 F                            420 F

Collège de TREIGNAC             320 F                                   320 F

 

Dans l’acte de succession de son père, Elie DUFAURE reconnaîtra, en 1854, que « ses père et mère ont fait pour son éducation et pour son entretien des dépenses plus grandes que pour ses frères et sœurs »… [ Je ne retiens pas l’hypothèse moins plausible selon laquelle les quittances auraient pu concerner son plus jeune frère, Bertrand, qui semble avoir eu une scolarité assez développée si l’on en juge par ses aptitudes épistolaires même si sa « réussite sociale » fût plus laborieuse… Engagé volontaire en 1849, à 19 ans, il est porté comme : « étudiant » sur son livret militaire ! ]. La fréquentation, probable, d’un établissement Confessionnel et d’un établissement Public, par Elie DUFAURE durant ses études secondaires est un point intéressant qui témoigne des « passerelles » entre les deux « systèmes », dès avant l’intervention des textes issus de la fameuse Loi, dite « Loi FALLOUX »… Alain CORBIN relève dans le « Rapport de l’Inspecteur d’Académie de la CORREZE », en 1864, l’indication suivant laquelle le Petit Séminaire de BRIVE « n’est qu’une concurrence du Collège et a pour clientèle le parti dévoué aux idées cléricales et légitimistes »… [ 3 ]

L’Inspecteur signale que l’on « s’entend pour diriger la promenade des élèves du Collège afin que [ ceux-ci ] ne rencontrent pas ceux du petit séminaire » … [ 3 ]

En 1864, toujours, le Principal du Collège de BRIVE rapporte que son établissement : « recrute ses élèves parmi la bourgeoisie aisée de la ville, les gros propriétaires des campagnes et les fonctionnaires de l’arrondissement » [ 3 ]…

La « concurrence » entre les deux établissements influence-t-elle les résultats scolaires non par une « saine émulation » mais par un « alignement vers le bas » ? Pour Alain CORBIN « les exigences des maîtres sont très faibles et les examens de passage d’une grande facilité », et de mentionner cette réflexion de l’Inspecteur d’Académie de la CORREZE, toujours en 1864, « empêcher les élèves de monter dans la classe supérieure, ce serait les renvoyer et les céder aux petits séminaires » !!! [ 3 ]

Le Collège de BRIVE était en tout cas un établissement localement prestigieux d’où étaient sorties les « gloires » du cru, comme le Cardinal DUBOIS, le Maréchal BRUNE ou autre Médecin-Philosophe Georges CABANIS… !!!

 

LES RUDES CONDITIONS MATERIELLES ET DISCIPLINAIRES DE LA VIE SCOLAIRE

 

S’il est bien établi que Elie DUFAURE a été élève du Petit Séminaire de BRIVE, au moins pour la classe de« seconde », en 1842, j’ignore donc à quelle date il y était entré comme élève… et à quel moment il avait débuté sa scolarité à BRIVE… vraisemblablement avec un statut d’interne

Le jeune Elie, enfant ou pré-adolescent manifestant vraisemblablement des capacités intellectuelles prometteuses, était-il entré au Collège ou au Petit Séminaire de BRIVE dès son plus jeune âge ? Sur la recommandation d’un ecclésiastique d’ALLASSAC ou celle d’un proche ou d’un allié de la famille DUFAURE, ou encore celle d’un instituteur d’école primaire ? Mystère !!! Je ne dispose d’aucun élément me permettant de répondre à cette question…

« Exilé » à BRIVE, le jeune interne DUFAURE aurait-il pu écrire, mélancolique et « déchiré », comme plus tard le fera le romancier Christian SIGNOL : « mon enfance s’est brisée le jour où l’on m’a arraché à ce Paradis [[ SIGNOL est fils du Causse, des « QUATRE-ROUTES » Département du LOT ]] pour m’envoyer pensionnaire à BRIVE. Je suis probablement devenu écrivain pour vaincre cette déchirure… » ? [ 28 ]

Aurait-il pu écrire encore, en ayant grande hâte de quitter l’institution scolaire, comme Gustave FLAUBERT dans « Novembre » [ un ouvrage rédigé à PARIS durant l’automne… 1842 ! ] : « Quand le soir était venu, que nous étions couchés dans nos lits blancs (…) et que le maître d’études, seul, se promenait de long en large dans le dortoir (…), comme je me renfermais bien plus en moi-même (…). J’étais toujours longtemps à m’endormir. J’écoutais les heures sonner (…). Je me disais : « A demain. La même heure sonnera, mais demain ce sera un jour de plus vers là-bas, vers ce but qui brille, vers mon avenir, vers ce soleil dont les rayons m’inondent et que je toucherai alors des mains » ? [ 29 ]…

CORBIN relève, à partir de documents qui concernent l’année 1864, mais dont on peut opérer une transposition recevable pour deux décennies auparavant, que « l’on vise uniquement à conférer aux enfants une formation intellectuelle sans se préoccuper de leur santé, ni de leur éducation physique » [ 3 ]… L’horaire du travail est fort éprouvant ; celui qui est de règle au Collège de TULLE , en est représentatif…

« Les élèves de toutes les divisions se lèvent à 5 h ½ en hiver ( un peu plus tard quand le froid est rigoureux ), à 5 h en été, l’étude a lieu de 5 h ½ ou 6 h jusqu’à 7 h ¼. A 7 h ¼, on déjeune. A 7 h ¾, on rentre à l’étude pour se préparer à la classe. A 8 h jusqu’à 10 h, classe du matin. De 10 h à 10 h ¼, repos dans la cour. De 10 h ¼ à midi, étude pour les uns, classe supplémentaire pour les autres. A midi le dîner. A midi ½ jusqu’à 1 h, récréation. De 1 h à 2 h, étude. De 2 h à 4 h, classe du soir. De 4 h à 5 h, goûter et étude jusqu’à 7 h ½. A 7 h ½, souper et immédiatement après, le coucher. Pendant le deuxième semestre en Mai, Juin et Juillet, l’étude du soir est abrégée de ½ heure et il y a une promenade après le souper. Le Dimanche et les jeudis il y a entre les offices, 4 heures d’étude le matin, et deux heures le soir »… [ 3 ]

Dans l’une de ses premières œuvres, « Mémoires d’un Fou », FLAUBERT écrira : « le collège m’était antipathique. Ce serait une curieuse étude que ce profond dégoût des âmes nobles et élevées, manifesté de suite par le contact et le froissement des hommes. Je n’ai jamais aimé une vie réglée, des heures fixes, une existence d’horloge, où il faut que la pensée s’arrête avec la cloche, où tout est mâché d’avance pour des siècles et des générations » [ 30 ]… et le même de poursuivre dans « Novembre » : « A quoi rêvais-je durant les longues soirées d’études quand je restais, le coude appuyé sur mon pupitre à regarder la mèche du quinquet s’allonger dans la flamme et chaque goutte d’huile tomber dans le godet, pendant que mes camarades faisaient crier leurs plumes sur le papier et qu’on entendait de temps à autres le bruit d’un livre qu’on feuilletait ou qu’on refermait ? Je me dépêcher bien vite de faire mes devoirs pour pouvoir me livrer à l’aise à ces pensées chéries. (…) Je me faisais des aventures, je m’arrangeais des histoires, je me bâtissais des palais (…) » [ 29 ]

L’âme est-elle plus facile à nourrir que le corps ? la nourriture de l’internat est généralement médiocre ! Les locaux sont peu adaptés ou mal entretenus. Les équipements pédagogiques souvent inexistants…

A propos des « latrines scolaires » [ … dont VALLES pouvait dire que ce n’était pas dans celles de VITTELLIUS qu’il allait ! ], Roger-Henri GUERRAND écrit : « Il va de soi que, dans le régime carcéral qui est celui des Lycées et des Collèges du XIXème Siècle, les latrines doivent bénéficier d’un soin tout particulier de la part des autorités administratives et médicales. Qu’elles soient puantes, c’est tant mieux : les élèves y séjourneront moins longtemps, voilà l’essentiel ! » [ 31 ]

« La réalité des latrines scolaires n’emprunte rien à la poésie. Ce qui prime, c’est que les enfants ne s’y attardent pas » confirme Isabelle MONROZIER qui développe même : « voici en quels termes un docteur décrit celles du Collège Royal de LYON en 1846 : « sous le rapport moral, ces lieux sont assez convenablement disposés pour qu’aucun des désordres à craindre ne puisse y être commis. On ne prend pas cependant, comme on l’a fait dans quelques établissements, de trop grandes et trop minutieuses précautions. En effet, des précautions exagérées et trop visibles peuvent étonner les enfants, les exciter à en chercher la cause, et, quand ils l’ont découverte, leur donner connaissance des choses qu’il importe de leur laisser ignorer. Mais on en prend assez pour que, lors même qu’ils auraient déjà la connaissance du mal, la crainte d’être surpris les empêchât de s’y livrer. Des cabinets qui sont voisins des lieux surveillés, des portes qui ne bouchent pas complètement l’entrée, qui laissent dans le haut et dans le bas des ouvertures par lesquelles celui qui se renferme dans ces lieux peut avec raison redouter d’être aperçu de plus ou moins loin, sont, à notre avis, des précautions suffisantes »… La journaliste de conclure : « Et après cela, on se demande d’où proviennent les mauvaises pensées des enfants… » [ 32 ].

Le décor et la vie quotidienne constituent un cadre claustral souvent mal accepté par les élèves internes et les jours succèdent aux jours selon un rythme inchangé !!! [ 2 ].

CORBIN affirme que « la seconde décennie de la Monarchie de Juillet correspond à une période de crise pour la plupart des établissements. Il en est ainsi à BRIVE ; en 1845, la crise conduit les élèves à une violente révolte ! » [ 3 ]… Mais il ne semble pas disposer de beaucoup d’informations complémentaires sur ces évènements

 

L’ETROITESSE NUMERIQUE DE L’ELITE CULTIVEE… 

 

Les élèves concernés par les études secondaires étaient cependant fort peu nombreux sous la Monarchie de Juillet…

On sait d’une manière générale qu’à l’époque, l’enseignement secondaire recrutait les élèves dans la bourgeoisie ou dans l’aristocratie - [ je note cependant que parmi les douze noms relevés « chez » les Secondes de 1842 au Petit Séminaire, il n’y a que deux noms de famille qui sont à particule… ] - et qu’il « accaparait » le savoir qui perpétuait l’accès aux pouvoirs, pouvoir politique ou pouvoir social, de ces mêmes catégories dirigeantes [ 11 ]…

Le Collégien, qui était presque toujours pensionnaire, coûtait cher à sa famille, ce qui limitait la croissance des effectifs scolarisés ( environ 100 000 Collégiens à la fin de la Monarchie de Juillet, en englobant les élèves des Petits Séminaires… )…

Les bourses étaient peu nombreuses ( de l’ordre de 3 000 pour la FRANCE entière ) et elles concernaient surtout les fils de fonctionnaires… [ 16 ]

Dans les régions peu ferventes, les établissements religieux secondaires étaient choisis par une bourgeoisie assise et traditionnelle qui souhaitait un encadrement moral et rapproché de ses fils…

Dans les régions très catholiques, les collèges et les petits séminaires étaient ouverts en outre à la petite et à la moyenne bourgeoisie, voire aux éléments aisés de la paysannerie, qui cherchaient un réseau de promotion sociale à meilleur compte et plus décentralisé que les Lycées situés dans les chefs lieux… [ 16 ]

Au 1er Décembre 1842 - suivant le « Rapport au Roi sur l’Instruction Secondaire » publié par le Ministère de l’Instruction Publique en 1843 – il n’y aurait que 45 élèves en CORREZE dans l’enseignement secondaire privé ! [[ les douze « élèves de Seconde » de 1842 représenteraient donc approximativement le quart de l’effectif… total !!! ]] …

Les effectifs ne sont finalement guère plus nombreux dans l’enseignement secondaire Public ! Seulement 428 élèves – au total - sont scolarisés dans les Lycées et Collèges Publics Corréziens…

Au total à peine 473 « Collégiens » et « Lycéens » pour l’ensemble du Département ! Un petit peu plus qu’en CREUSE ( 437 ), un peu moins qu’en Haute-VIENNE ( 632 )… Les chiffres ne progresseront guère dans les deux décennies suivantes, et en CORREZE ils régresseront même, puisque on ne recensera que 461 élèves de classes secondaires en… 1865 ! … Cette année là, alors que 1/7ème de la population scolarisable fréquente des établissements scolaires dans la SEINE, la proportion n’est en CORREZE que de 1/60ème, alors que la moyenne nationale s’établit à : 1/20ème ! [ 3 ]. Pour Alain CORBIN, la quasi stabilité des effectifs des Lycées et des Collèges durant plus de trente quatre ans ( 1842 – 1876 ) pourrait être le reflet de la lenteur du changement du processus social qui apparaît alors comme l’une des caractéristiques essentielle de la Région Limousine… [ 3 ]

Peu d’effectifs dans le Secondaire… Peu de brassage social également !

Sous le Second Empire, en LIMOUSIN, près de la moitié des parents des élèves de « Rhétorique » et de « Philosophie » appartiennent aux professions libérales, à la magistrature ou à l’enseignement… alors que les membres de ces professions représentent moins de 5% de la population masculine active !

Quant aux professions « ambitionnées » en 1864 par les élèves Limousins, deux carrières cristallisent principalement les aspirations : le barreau… et l’armée ; les élèves ambitionnent davantage de fréquenter la Faculté de Droit et d’exercer une profession juridique, que de se livrer à des études de Lettres, de Médecine ou de Pharmacie… On notera que le Professorat n’attirait, cette année là, aucun élève de « Philosophie » ni de « Rhétorique »…

« Quand on sait », analyse CORBIN, « la place que tiennent alors les hommes de loi dans la vie politique du pays, on ne peut manquer de mettre cette influence en rapport avec les ambitions exprimées par les élèves de l’enseignement classique »… [ 3 ]

 

ALFRED VERVY… ET QUELQUES AUTRES CONDISCIPLES OU AMIS…

 

Dans sa « Notice… », Elie n’évoque guère avec précision tant ses études secondaires ou supérieures que son « passage » au Petit Séminaire de BRIVE ( et/ou au Collège de BRIVE )… Il évoque seulement, ici où là, tel de ses condisciples ou tel parent de ses condisciples… Je cite ici, à mon tour, telle ou telle des « connaissances » évoquées…

Un « camarade », issu d’une famille alliée de la famille DUFAURE, nommé Alfred VERVY, est mentionné de manière plus particulière, sans doute parce qu’il est décédé au moment ou Elie compose sa « Notice » :

« Ce cher Alfred avait le culte de la famille, et toujours sa piété filiale se traduisait par le respect des volontés de son père. Il suivait strictement, au Collège, un règlement de famille, en ce sens qu’il ne faisait jamais ce qu’il savait devoir être blâmé par son digne père. Comme condisciple, il était charmant. C’était le type parfait du Français spirituel. Dans ses moments de verve ou de discussion, il ne raisonnait que par arguments personnels et avec une ironie amère et brûlante ; il savait toujours faire enlever la parole à son adversaire par ceux qui faisaient cercle et que son entrain égayait. C’est ce qu’il appelait « éteindre les feux de son homme » ! ….

« Eteindre les feux de son homme »…. N’est-ce pas là de la pure Rhétorique mise en application ??? Un « trope » pour être plus précis, me semble-t-il… A surtout ne pas confondre avec une synecdoque, une allégorie ou un euphémisme…

[ Elie DUFAURE mentionne bien le terme de « Collège » en évoquant Alfred VERVY ] …

Parmi les noms qui figurent, imprimés, sur le « Palmarès » de 1842, il est intéressant de relever celui de Léopold HUGO... et ceci quand bien même Elie DUFAURE n’en dit le moindre mot dans sa « Notice... »… dans laquelle il fait cependant une certaine place au cousin dudit Léopold… qui n’est autre que… « l’illustre » Victor HUGO !

La Corrèze fut en effet le pays d’adoption de Louis Joseph HUGO, oncle de Victor HUGO, qui sera Maire de TULLE entre 1848 et 1851, et qui avait eu deux enfants : un garçon prénommé Léopold ( né en 1827, et donc sensiblement plus jeune qu’Elie ! ) et une fille, Marie ( née en1834 )…

Louis Joseph HUGO avait été soldat des guerres de la Révolution et de l’Empire, accédant comme le père du poète, son frère Léopold, au grade de Général !

Le général Louis Joseph HUGO restera jusqu’à sa mort en Décembre 1853, en relation avec son neveu Victor, qui accueillera à PARIS ses enfants venus faire leurs études dans la Capitale… Victor HUGO aura eu auparavant la douleur immense de perdre sa fille bien aimée… Léopoldine, qui s’était noyée accidentellement avec son mari en 1843… mais Victor HUGO avait déjà perdu, en très bas âge, un fils aîné qui se prénommait… … … Léopold  ( 1823 – 1823 ) ! [ 33 ]

Poursuivant ses recherches généalogiques, Elie contactera pour cette fin son « ancien condisciple et ami », c’est ainsi qu’il le dénomme, « M. Marius DUFAURE du BESSOL dont le frère plus jeune Joseph DUFAURE du BESSOL est sorti de l’école de SAINT CYR et se trouve actuellement [ nous sommes en 1853-1854 ] en activité de service avec le grade de sous-lieutenant. C’est un jeune homme d’avenir »…

On peut mesurer aujourd’hui que l’avenir du jeune homme, né à BEAULIEU sur DORDOGNE, en 1828, était en effet prometteur !

DUFAURE du BESSOL sera de en effet de « toutes les campagnes »…

AFRIQUE, CRIMEE, MEXIQUE, GUERRE de 1870… « Pour avoir à l’avancement un véritable droit, il faut avoir pris part à tous les évènements de son temps » pensait-il ! Général à 42 ans… Il se verra pourtant « condamné » à ne plus avancer qu’à l’ancienneté compte tenu de la « fidélité aux traditions monarchistes de sa famille »…

« Il avait fait ses études au Petit Séminaire de BRIVE : là il avait fortifié ce culte de la Patrie et de l’Honneur, qu’il tenait de sa race et auquel il a voué tous les instants de sa vie. De la maison qui abrita sa jeunesse, il a gardé un souvenir ému, aimant à évoquer ses maîtres d’autrefois et en particulier son ancien supérieur l’abbé BRUNIE » [ 9 ]…

Autre militaire, l’Allassacois Aymard de FOUCAULD, également ancien élève du Petit Séminaire de BRIVE, entrera à Saint-CYR…

Né en 1824, il mourra « héroïquement » au MEXIQUE en 1863, du côté de SAN PABLO DEL MONTE … « Mon excellent ami, Capitaine au 6ème Régiments de Hussards, âgé seulement de 29 ans, continue la noblesse toute militaire de sa famille. C’est un officier d’avenir, brave et sérieusement intelligent »…

Elie DUFAURE comptera également, parmi ses relations amicales, Joseph-Mathieu BRUNET… « Un de mes bons amis, M. Joseph BRUNET, avocat distingué du Barreau de LIMOGES (…) » …

Né en 1829 à ARNAC, fils d’un Officier comptable des Haras de POMPADOUR, ancien élève du Petit-Séminaire de BRIVE, Avocat puis Magistrat, Joseph BRUNET deviendra… plus tard… [ bien plus tard ! ] le 17 Mai 1877 –[ mais il semble tout à fait opportun de le rappeler ici - « Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes » dans le second Ministère de BROGLIE !!!  « Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes » !

« C’était la première fois depuis l’établissement du régime parlementaire en 1814, qu’un Corrézien devenait Ministre : ce ne devait pas être la dernière, si on en juge par la quantité d’excellences que nous avons fournies à divers Gouvernements, plus ou moins éphémères, depuis une vingtaine d’années »… affirme, sans modestie et avec chauvinisme exacerbé, l’Abbé DELCROS… [ 9 ]

A son poste Ministériel, Joseph BRUNET prendra principalement la décision de placer les enseignants du Primaire sous l’autorité directe des Préfets auxquels il demandera de lui signaler « les membres de l’enseignement qui prendraient une attitude politique de nature à créer des difficultés » !!! [ 34 ]

L’Abbé DELCROS de conclure : « Les politiciens intransigeants, loyaux, hostiles à toutes les concessions de principes sont assez peu nombreux aujourd’hui [ 1937 ! ] pour que nous nous inclinions devant la figure de ce vaillant lutteur, dussions-nous le considérer comme le représentant attardé d’une très vieille génération qui avait la naïveté de croire à l’Honneur… » !  [ 9 ]

 

UNE INSTITUTION : LE BACCALAUREAT… BACHELIER : UN PRIVILEGE RARE !!!

 

Dans l’échelle des valeurs libérales du dix-neuvième Siècle, l’instruction et l’intelligence tiennent une place tout aussi grande que l’argent… Car l’instruction ouvre toutes les carrières : Enseignement, Journalisme, Politique, Haute Fonction Publique... « Les études sont sanctionnées par des Diplômes dont le plus fameux reste le Baccalauréat qui est une « institution essentielle de la Société libérale » [ 10 ]

Créé en 1807, le Baccalauréat appartient au système, issu de la Révolution et repensé par NAPOLEON, d’une instruction canalisée, disciplinée, organisée, sanctionnée par des diplômes, ouvrant l’accès à l’Université et à des Ecoles prestigieuses recrutant par concours…

La contrepartie du système, c’est que les possibilités de promotion s’ouvrent seulement à un petit nombre, et que ceux qui ne présentent pas les « sacrements Universitaires » n’ont pour débouché que des fonctions qui sont subalternes dans la Société… [ 10 ]

Le bac est donc une étape… une porte d'accès… mais il n’est pas vraiment une fin en soi ! Il n’est ( déjà ) pas suffisant pour qui aspire à la pleine réussite sociale !!!

Jacques VINGTRAS s’en rendra compte tardivement et amèrement… comme il en témoigne dans les dernières lignes du roman de VALLES « Le Bachelier » [ 20 ] :

« Je veux vivre ! (…) avec des Grades, j’y arriverai : Bachelier, on crève ! Docteur, on peut avoir son écuelle chez les marchands de soupe. Je vais mentir à tous mes serments d’insoumis ! N’importe ! Il me faut l’outil qui fait le pain ! Mais tu nous le paieras, Société bête ! qui affame les instruits et les courageux quand ils ne veulent pas être tes laquais ! (…) »…

« - Vous vous rappelez VINGTRAS, celui qui ne parlait que de rosser les professeurs, et qui voulait brûler les Collèges ?

- Oui !

- Eh bien ! il s’est fait PION !

- Sacré lâche ! »

Et c’est sur ce point d’exclamation désabusé et final que s’achève le roman… et quand on a relu VALLES on ne peut plus feindre de s’étonner que les anciens « soixante-huitards »… ceux de 68… de 1968… se soient transformés souvent en « agents serviles » - sinon récupérés - de « la société » qu’ils prétendaient pourfendre dans « leur temps de jeunesse utopique » !

Daniel ZIMMERMANN fait en quelque sorte une analyse un peu semblable à la mienne : « c’est l’été. Jules [ VALLES ] vient d’avoir seize ans (…). Le 12 Août [ 1848 ] Distribution des Prix au Collège ci-devant Royal, Préfet, Proviseur, peut-être un Evêque. Désabusé Jules monte sur l’estrade. Il a le premier prix d’Excellence « accordé par la Ville de NANTES », le deuxième prix de Discours Latin, le premier Accessit de Discours Français. Plus le premier Prix de Vers Latins, une distinction héréditaire, son père ayant gagné au PUY un concours institué en cette matière par un Prince de POLIGNAC. Au total, un palmarès assez honorable pour un révolutionnaire quarante-huitard, partisan de la suppression des examens » !!! [ 14 ]

Supprimer les examens ? Non !!! Ce qui intéresse Elie DUFAURE, aux alentours des années 1844-1845, c’est certainement d’obtenir son Baccalauréat et de se retrouver « consacré » par la société libérale ! Un privilège rare ! … L’objectif ambitieux [ sinon démagogique ! ], poursuivi de nos jours, d’amener 80% d’une classe d'âge au niveau du Baccalauréat, était à cette époque parfaitement… inimaginable !

Les quelques 3 500 Bacheliers, [ soit moins de quarante par Département en moyenne… ], reçus chaque année viennent surtout des Collèges Royaux de PARIS ou des plus grandes villes de province, et de quelques institutions Parisiennes recevant les fils de la bourgeoisie… [ 11 ].

Pour l’ensemble de la période « 1840-1842 » le nombre de Bacheliers reçus pour la totalité de l’Académie de LIMOGES avait été de … 92 admis, ( seulement ! ) soit à peine trente bacheliers par an en moyenne pour… trois Départements réunis !!! [ 3 ]

En LIMOUSIN, les résultats Régionaux ne progresseront que fort lentement… Quarante années plus tard, pour l’année scolaire 1879-1880, il n’y aura encore, au total, que 43 bacheliers admis pour tout le Département de la Haute-VIENNE ( dont 2/3 de Bacheliers « ès Lettres » [ 3 ] …

Il est vrai qu’en dépit de la centralisation universitaire, il s’en faut pourtant que l'instruction donnée soit partout la même en FRANCE !

Moins du tiers des élèves du collège STANISLAS en 1840 étaient né à PARIS... [[ on sait que PINARD, par exemple, fera sa « philo » non en province mais à « Stan »… un établissement que j’ai fréquenté d’ailleurs une… semaine ( ! ), en 1974, dans le cadre d’un « échange » entre ce « prestigieux » établissement et… l’Ecole BOSSUET ! ]]…

Si l’on considère la « Promotion » de 1840 de l’école « Polytechnique », 147 des 210 élèves reçus se sont présentés à… PARIS, mais seulement cent ont leur famille installée dans le Département de la SEINE [ 11 ] … PARIS demeure le creuset qui attire… La ville où l’on peut réussir ses études… … Alors si aujourd’hui on nous parle des « élites » formées dans un « même moule », défenseurs ou adeptes d'un « modèle unique », ce supposé « mal français » ne serait décidément pas si nouveau !!!

 

LE BACCALAUREAT : EPREUVE « RELEVEE » OU FORMALITE « ABETISSANTE » ?

 

A l’origine simple examen oral, le Baccalauréat, à partir de 1830, comprend aussi une épreuve écrite ( tout d’abord une « composition Française », puis une « version Latine » pour le « Baccalauréat ès Lettres » ) [ 2 ]

Si les conditions de l’accès au grade académique de « Bachelier » seront maintes fois modifiées dans leur détail par de nombreux arrêtés et circulaires, l’essentiel qui faisait le fondement de l’épreuve demeurera stable longtemps…

Jules VALLES, qui échouera cinq fois au « bachot » de 1849 à 1852, avant de réussir à l’obtenir, s’avère pour nous, encore une fois, une source précieuse de renseignements, tant, de l’avis des spécialistes unanimes, son récit « est bien peu imaginaire sur le Baccalauréat » [ 13 ].

Si l’on s’en tient au roman de VALLES, « l’Enfant », les épreuves passées par Jacques VINGTRAS dans le cadre du Baccalauréat sont les suivantes : une épreuve écrite de Version qui précède l’épreuve orale, laquelle comporte la traduction d’un texte ancien, des Mathématiques et de la Philosophie. Quant à l’interrogation orale, elle se déroule devant un jury d’universitaires… [ 12 ]

Il est un fait que le Règlement d’Administration Publique du 29 Juillet 1850 stipule que, pour le « Baccalauréat ès Lettres », des professeurs ou des agrégés des facultés des sciences sont adjoints aux professeurs des facultés des lettres pour la partie scientifique de l’examen… Plus qu’un diplôme scolaire, le Baccalauréat est donc considéré et vécu comme le premier diplôme… universitaire…

En puisant dans la documentation juridique d’Elie DUFAURE, il m’est donner de pouvoir lire l’article 8 du Décret du 10 Avril 1852 qui précise que « l’examen du Baccalauréat ès Lettres est divisé en deux parties : 1 - L’épreuve écrite qui consiste en deux compositions, 2 - L’épreuve orale qui comprend l’explication des auteurs Grecs, Latins et Français désignés chaque année par le Ministre (…) »… Et les questions posées par les membres du jury portent sur tous « les objets de l’enseignement de la section littéraire des lycées »… [ 35 ]

Je possède, dans ma collection personnelle, un petit opuscule « Notices Historiques et Littéraires sur les Auteurs et les Ouvrages Grecs, Latins et Français indiqués pour l’Epreuve de l’Explication Orale avec des Conseils sur les Différentes Epreuves – Ouvrage rédigé conformément aux derniers Programmes Officiels », relatif au Baccalauréat ès Lettres, qui a été édité par la Librairie L. HACHETTE & Cie à une date que je ne peux déterminer avec précision mais qui se situe, sans conteste, vers la fin des années 1850 [ 36 ]…

Je peux y lire : « les académies, consultés sur l’utilité d’admettre dans l’examen du Baccalauréat ès lettres une ou plusieurs épreuves écrites, avaient été unanimes pour solliciter cette innovation (…). La version Latine parut offrir le plus d’avantages et le moins d’inconvénients (…). La version a donc été pour les candidats au Baccalauréat une épreuve préparatoire mais décisive. Il faut en effet n’avoir tiré nul profit de ses études classiques pour n’être pas en état de traduire, dans l’espace de deux heures, une page latine des auteurs qu’on explique dans les classes supérieures (…). Parmi les modifications apportées en 1857 au programme du Baccalauréat ès lettres une des plus généralement approuvées est celle qui substitue le discours latin à la composition française [ ! ]. Ainsi, pour être admis à l’épreuve orale, ce n’est pas assez que le candidat se montre capable d’entendre et de traduire un texte, il faut encore qu’il puisse développer ses propres idées en latin d’une manière convenable [ ! ]. Plus que jamais une préparation sérieuse est nécessaire. Le grade de Bachelier ès lettres n’est plus accessible qu’à ceux qui auront fait de bonnes études, ou qui auront le courage de réparer par un travail patient et assidu le temps qu’ils ont pu perdre pendant leurs années de collège » !!! [ 36 ]

Certes ces textes sont quelque peu postérieurs à la date du Baccalauréat passé par Elie DUFAURE mais les modalités de son examen ne devaient guère être différentes dans leur fondement... Elles constituaient en tout cas un barrage fort sélectif… quand bien même, Maxime du CAMP se faisait critique à l’égard du « bac » dans les années 1870 : « Quand l’âge d’avoir terminé leurs études aura sonné, ils [ les élèves des classes secondaires ] apprendront par cœur un manuel de baccalauréat afin de subir sans échec cette formalité aussi facile que superflue, puis ils entreront dans la vie, et Dieu seul peut savoir à quoi leur servira cet enseignement, dont ils n’auront retiré qu’un ennui sans compensation, qui a duré huit ans » [ 36 ]…

Un peu plus loin dans son ouvrage, du CAMP continuera de se montrer fort critique vis à vis de l’enseignement secondaire tel qu’il était organisé de son temps, et je ne résiste pas à citer quelques morceaux choisis que je trouve assez savoureux… « Le sort du pays n’est compromis en rien parce que des enfants ne termineront plus des vers boiteux par des omnia tandem ou des denique jam-jam. Nous avons tous fait des vers latins au collège, et nous savons que pour être un bon notaire, un avoué habile, un honorable marchand de vins, il est superflu d’avoir juxtaposé des dactyles et des spondées qui ne savent pas pourquoi on les met les uns près des autres à coup de dictionnaire » … ou encore : « On dit [ que le discours latin ] soumet l’élève à une sorte de casse-tête Chinois sans profit et que le dernier des portefaix romains de l’époque césarienne se pâmerait de rire en écoutant nos meilleurs phrases latines. Sans être aussi absolu, on peut reconnaître que de nos jours il est bien difficile de parler Latin » … « Les métaphores imaginées par les élèves ne sont plus qu’une sorte de jeu de d’esprit ; la télégraphie électrique devient « le fil forgé par VULCAIN, tendu par IRIS, sur lequel glisse la foudre, enfin domptée et obéissante », et la montre est « l’aiguille intelligente qui répète les pulsations du cœur de CHRONOS » !!! … [ 37 ]

Maxime du CAMP lance ensuite ses flèches en direction du Baccalauréat : « On ne peut bien pénétrer les résultats du système d’études suivi jusqu’à ce jour qu’en assistant aux examens du baccalauréat ès lettres. L’enseignement secondaire s’y montre dans toute sa stérilité. Ce n’est pas sans émotion que j’ai vu des hommes du plus sérieux mérite, professeurs en Sorbonne, membres de l’Institut, perdre un temps précieux, qu’ils emploieraient si bien ailleurs, à interroger des enfants ahuris qui semblent même ne pas savoir ce qu’on leur demande… » (…) « Dans cette petite salle si humble, si terne, où les examinateurs sont obligés de se lever de temps à autre pour aller jeter une bûche dans le feu, car la faculté des lettres est trop pauvre pour attacher un garçon spécial à ce service, j’ai vu défiler ces jeunes gens, qui ont, dit-on fini leurs études et qui semblent ne les avoir même pas commencées »… Et selon du CAMP, « les matières de l’examen ne sont pas bien compliquées cependant : quelques fragments de latin et de grec, quelques auteurs français qui sont toujours CORNEILLE, BOILEAU, RACINE, La FONTAINE et MOLIERE »… [ 37 ]

Figurent encore parmi les épreuves telles qu’énumérées par du CAMP : « un peu de philosophie, quelques mots d’histoire et de géographie, des mathématiques, assez pour prouver qu’on sait compter. L’histoire est limitée à celle de la FRANCE, et ne commence qu’à LOUIS XIV, de sorte que si l’on demande à l’un de ces enfants quel est le roi qui eut l’honneur d’avoir SULLY pour Ministre, il peut refuser de répondre, car la question est en dehors du programme fixé par un règlement »… [ 37 ]

Maxime du CAMP apparaît assez désabusé quant au niveau réel des impétrants… « J’ai vu le Doyen des Lettres Françaises, un vieillard dont la vie entière a été consacrée au travail et qui retrouve chaque jour une vie nouvelle dans le culte des grandes choses de l’esprit, faire des efforts inimaginables, multiplier les questions, aider les candidats, les encourager, les « souffler » lui même, sans réussir à tirer d’eux une réponse passable. J’ai appris là, dans la même journée, bien des choses que j’ignorais ; par exemple que, dans la conquête de la toison d’or, JASON fut aidé par ANDROMEDE, qu’AMPHYTRION est une pièce de RACINE, et que « le lutrin » est une pièce de La FONTAINE. Je sais maintenant que le vers de l’Art Poétique d’HORACE, « ne… Vertatur Cadmus in anguem », signifie que CADMUS ne doit pas être changé en poisson. Ne leur parlez ni de RONSARD ni de Le SAGE ; L’un est trop ancien, l’autre est trop moderne. Eux aussi, ils prendraient MILO pour un sculpteur, car ils n’ont pas mis le pied dans nos musées , et ils diraient que la Sainte Chapelle a été bâtie par LOUIS XIV car jamais ils n’ont entendu parler d’archéologie »… [ 37 ]

Alors, pour du CAMP, « l’examen de bachelier ès lettres n’est qu’une formalité qui équivaut à un certificat d’études (…). Cet examen qui met fin à l’enseignement secondaire est bien mal combiné ; il n’est pas à détruire, il est à modifier. Tout le monde paraît d’accord aujourd’hui pour reconnaître que, si l’études des langues mortes, - des langues immortelles, comme on les a bien nommées – est excellente, celle des langues vivantes est indispensable, et qu’elle doit occuper une place importante dans l’instruction de la jeunesse. On a déjà commencé à les introduire dans nos lycées ; mais ce n’est là encore qu’un germe qui recevra certainement plus tard le développement qui lui est nécessaire (…). J’insiste sur les langues, qui sont un instrument de travail et d’avenir, rigoureusement nécessaire à notre époque ; nous les avons toujours trop négligées, négligées à ce point que nous possédons l’ALGERIE depuis quarante ans [ 1870 ] (…) et qu’on a pas encore eu l’idée d’installer un cours de langue arabe à l’Ecole Militaire de Saint-CYR »… [ 37 ]

 

VALLES A L’EPREUVE DU BACCALAUREAT… « BOULE » … PUIS « ADMIS » ENFIN !

 

Lorsque Jules VALLES est en mesure de se présenter au baccalauréat, il y a trois sessions par an, selon le règlement de 1849, au printemps, en été et à l’automne…

Le baccalauréat est encore un examen essentiellement oral qui ne comporte qu’une composition écrite, « une version latine à peu près de la même force et de la même étendue que les versions latines qui sont données en rhétorique »… Ensuite il faut expliquer à haute voix des passages d’auteurs grecs, latins et français dont la liste est connue… Les candidats répondent ensuite verbalement à des questions de littérature, de philosophie, d’histoire, de géographie, de mathématiques et de cosmographie, de physique et de chimie… Le ministère a, pour cette raison, découpé l’ensemble du programme en cinq cents questions numérotées…

Dans chaque matière le candidat s’en va pêcher une boule dans une urne opaque et il « planche » sur la question correspondant au numéro tiré… [ 14 ]. Il n’existe pas de notation chiffrée avec une moyenne générale, comme de nos jours, mais une échelle qualitative qui exclut, en principe, qu’une réussite dans une matière puisse compenser un échec dans une autre. Si l’aspirant bachelier a répondu très bien ou bien, il reçoit une boule rouge. Assez bien ou passable lui vaut une blanche. En dessous de médiocre à nul, c’est la noire, couleur de deuil de l’examen. Encore qu’une seule ne soit pas rédhibitoire. Avec deux boules noires, c’est plus rare de pouvoir être admis, à moins d’avoir récolté des rouges à l’écrit et dans les explication des auteurs… [ 14 ]

NANTES n’étant pas une ville universitaire, VALLES passe pour la première fois le Baccalauréat à RENNES… La composition de version latine a lieu le 7 Avril 1850… Bien que classé « second », il n’obtient qu’une appréciation « passable »… « Sans doute le niveau général des candidats était-il très bas » pense ZIMMERMANN… Ses épreuves orales sont contrastée… « Assez bien » pour les auteurs grecs et pour les auteurs latins, « Très médiocre » pour les auteurs Français, « passable » en Littérature, en Histoire et Géographie… « Très faible » en Maths, « nul » en Physique-Chimie… « Faible » en Philosophie … Au final, deux boules noires et aucune boule rouge… C’est l’ajournement ! [ 14 ]…

VALLES va repasser le « bac », à la session d’été, le 28 Août 1850, à PARIS ! [ par dérogation puisque en principe « tout nouvel examen doit être nécessairement subi devant la même faculté que le précédent, à moins d’une dispense expresse… » ]… Las ! Sa composition écrite est « faible ». Il obtient sa meilleure mention, « passable », qu’en littérature et dans l’explication des auteurs Latin et Français… « médiocre » pour les auteurs grecs et en géographie, « faible » en histoire… « nul » en mathématiques, en physique-chimie, et en philosophie ! Recalé ! [ 14 ]… Troisième tentative à RENNES, le 5 Novembre 1850 ! « bonne composition écrite » et une première « boule rouge » ! Mais « passable » pour les explications d’auteurs et en histoire-géographie… « assez bien » en littérature… « médiocre » en philosophie, « très faible » en physique-chimie, « nul » en mathématiques ! Trois boules noires !!! … « Boulé » donc !!! Aux trois sessions de 1850 !!!

Nouvel échec pour VALLES à RENNES le 18 Mars 1851 : « faible », « nul », « médiocre », « passable » ! …

Et impasse sur les sessions suivantes de 1851… Le 26 Avril 1852, à … POITIERS, peut-être en bénéficiant de certaines « bienveillances » Jules VALLES est enfin jugé « digne du grade de Bachelier ès lettres avec la mention assez bien » !!! [ 14 ]

Elie DUFAURE a-t-il obtenu son Baccalauréat avec moins de difficultés que Jules VALLES ? C’est probable… Mais j’ignore tout sur la manière dont il a « vécu » cette épreuve de « barrage » ! Il a vraisemblablement passé les épreuves à LIMOGES [ qui a possédé une Faculté des Lettres de 1803 à 1815 , que l’on dut supprimer faute d’étudiants ! ] et où subsiste une Ecole Préparatoire de Médecine et de Pharmacie fondée en 1841… [ 3 ] « La faiblesse du nombre des bacheliers Limousins explique que celui des étudiants originaires de la province soit resté lui même très faible », analyse CORBIN… L’essentiel à retenir c’est que « son diplôme national », « son grade de Bachelier », Elie le provincial, Elie le « petit rural » d’ALLASSAC : il l’obtient !!!

 

ET MAINTENANT QUE VAIS-JE FAIRE ?  « J’AI MON EDUCATION »…

 

Jacques VINGTRAS est devenu bachelier… « J’ai de l’éducation. « Vous voilà armé pour la lutte » a fait mon Professeur en me disant adieu. « Qui triomphe au collège entre vainqueur dans la carrière » ! Quelle carrière ? (…)… Le Proviseur est arrivé pour me serrer la main comme à un de ses plus chers alumni. Il a dit alumni. (…) J’y suis alumnus… cela veut dire « élève » c’est vrai . Je ne veux pas être en reste de langue morte avec le Proviseur. Il me donne du Latin, je lui rends du Grec : « caristw mou paidagwgv » ( ce qui veut dire : « merci mon cher maître » ) (…) » [ 20 ]. « Il me reparle, en ce moment suprême de mon éducation. « Avec ce bagage là, mon ami… ». Le facteur croit qu’il s’agit de mes malles. « Vous avez des colis ? ». Je n’ai qu’une petite malle, mais j’ai mon éducation »… [ 20 ] … VINGTRAS/VALLES est certes devenu bachelier mais le plus dur reste encore à faire pour lui…

Pour Elie DUFAURE, également… Que faire ? Quel avenir envisager désormais? Quelle voie ? Quels débouchés ? Quels coûts ? Pour quelle position ultérieure ? …

Je puise encore dans Jules VALLES, sinon les réponses apportées par la famille DUFAURE, du moins les bases du questionnement qui a du l’occuper lorsque Elie a obtenu son grade de Bachelier …

Il s’agit d’un article du 6 Octobre 1867, « chers parents », publié dans « La Rue » :

« Chers parents. C’est le moment où vous discutez dans les familles, autour de la table et sur l’oreiller, l’avenir de vos enfants ! De tous ces moutards en tunique de collège et de ces garçons, frais bacheliers qui rôdent ces jours-ci à travers les rues, qu’allez-vous faire ? C’est la rentrée demain dans les lycées, bientôt dans les écoles ; l’heure est décisive et le moment grave, plus grave qu'on ne pense ! J’en ai tant connu de ces pauvres garçons qui ont mal fini parce qu’on les fit mal commencer ! Ce n’était point leur faute, mais celle des hommes qui, chargés de diriger leurs premiers pas, les jetèrent tout petits dans le chemin qui conduit tout de suite à la souffrance et plus tard quelquefois à la honte. Il y a des pères orgueilleux et dont l’orgueil pèse sur la vie des fils. Ces pères-là, qui sont aubergistes ou drapiers, veulent voir leur rejeton médecin ou avocat . C’est bien ! mais encore faut-il que ces ambitieux, avant de lancer l’enfant dans cette voie, sachent à quoi ils s’engagent et à quels périls ils l’exposent. Vous aimez les chiffres, faisons-en. C’est, - si votre moutard a aujourd’hui douze ans - c’est 50 000 francs au moins qu’il faudra dépenser pour lui, si vous voulez en faire un médecin ou un avocat. Le savez-vous ? Votre fils ne pourra pas, avant l'âge de vingt-huit ans, gagner un sou. Il faudra, jusque-là, payer sa nourriture et son loyer, ses habits, ses bottes, ses examens, ses livres - sans qu’il y ait une minute d’hésitation, un instant d'arrêt ! Trois mois sans argent le feraient reculer de trois ans ; six mois sans vivres le condamneraient, faute d'un miracle, à la Bohème, pour l’éternité.

Cinquante mille francs, entendez-vous ! Les avez-vous ? Les garderez-vous ? Les donnerez-vous ? Vous ne les avez pas ? Vous pouvez ne plus les avoir ?... ou vous hésitez à les donner ? - Ne rêvez pas alors pour Ernest ni le bonnet de docteur, ni la toge de l’avocat, ni même le diplôme de bachelier, et quand le proviseur vous priera de choisir demain, éloignez-vous des classes de latin, éloignez-vous !  Votre fils vous reviendrait des humanités ignorant comme une carpe, - heureux encore, s’il sait qu’il ne sait rien ! Convaincu de son incapacité et se demandant pourquoi on a dépensé tant d'argent pour qu’il s’ennuyât tant, il se mettra bravement à apprendre un métier, entrera dans un magasin ou un bureau, un atelier ou une boutique, à la caisse ou au rayon. Si, par hasard, il sort avec la foi classique, la tête bourrée de mots baroques, parlant grec, citant les latins ; jugeant la vie, ce fort en thème, à travers ce qu’il sait de l’histoire des EUMENIDES ou des SAMNITES, il ira, votre fils, se cogner à tous les angles durs et pointus de la réalité. Il éprouvera tous les désespoirs de l’impuissant, subira toutes les déconvenues qui frappent les incapables. Peut-être il gardera l’orgueil puant des cuistres ; il mourra, dans ce cas, régent à PONT-à-MOUSSON ; - à moins qu’il n’ait des protecteurs, des protectrices, ou encore du talent ! Mais de ce talent-là la graine pourrit et la fleur gèle dans les serres universitaires. Il n’y a qu'ABOUT et WEISS qui y aient résisté. Ne comptez donc pas sur sa cuistrerie même pour l’enrichir, et mettez-moi tout bonnement votre jeune homme aux classes de science ! Qu’il apprenne l’orthographe, le dessin, la mécanique, la physique ou la chimie : en sortant il pourra trouver une place, continuer un commerce, prendre un fonds, et vivre la vie honnête et saine de la bourgeoisie ! (…)… Aussi, chers parents, regardez-y à quatre fois ! et si vous n'êtes point assez riches pour payer même les folies de vos fils, laissez vos fils à CARPENTRAS ! S’ils ont du cœur au ventre, quelque chose là, ils viendront malgré vous, et nous saluerons leur courage, à moins que nous n’ayons à suivre leur enterrement. » (…)

(...) « PARIS dévore ! la fatalité les tuera, mais vous ne serez pas, au moins, complices du crime ! - Sur dix hommes de trente ans qui meurent, cinq ont été poussés au cimetière par la ladrerie ou l’orgueil des pères ! N’insultons pas toujours le cadavre des fils ! »… [ 38 ]

Devenu Bachelier, Elie DUFAURE va entreprendre des études de Droit… à PARIS… et il embrassera à l’issue une carrière d’avocat… Des choix surprenants ? Pas vraiment ! ni en ce qui concerne… PARIS, ni en ce qui concerne le… Droit !

« Il n’est pas sans intérêt de savoir dans quelles universités la future élite intellectuelle de la région LIMOUSIN avait l’habitude d’accomplir ses études ; à ce propos, la répartition des étudiants en Droit est caractéristique : en 1866, 70% d’entre eux se rendent dans la Capitale ; les autres vont à POITIERS ou à TOULOUSE… » [[ En 1877, la primauté de PARIS sera déjà moins nette avec l’accueil de seulement 39% des apprentis juristes du LIMOUSIN ]] [ 3 ] … Si les professions juridiques ( avocats, notaires, avoués, huissiers ) étaient parmi les plus ambitionnées par les élèves Limousins en 1864, c’étaient aussi celles qui avaient été le plus embrassées, de 1858 à 1863, par les anciens élèves… [ 3 ]

Sortir diplômé d’un Collège ou d’un, Petit-Séminaire, c’est pour les jeunes gens la perspective d’une vie nouvelle !

En 1839, FLAUBERT enviait son ami Ernest CHEVALIER : « ah nom de Dieu, quand serais-je quitte de ces bougres là ? Heureux le jour où je foutrai le Collège au diable. Heureux, trois fois heureux, ter quaterque beatus celui qui comme toi en est sorti. Mais encore un an, et après… en route ! Sur laquelle ? Je n’en sais rien, mais je voguerai loin de cette galère et c’est tout ce que je demande maintenant » [ 39 ]…

Le jeune Gustave, dès 1839, se dira déterminé à « faire du Droit » : « ne crois pas cependant que je sois irrésolu sur le choix d’un état. Je suis bien décidé à n’en faire aucun. Car je méprise trop les hommes pour leur faire du bien ou du mal. En tout cas, je ferai mon droit, je me ferai recevoir avocat, même docteur, pour fainéantiser un an de plus. Il est fort probable que je ne plaiderai jamais à moins qu’il ne s’agisse de défendre quelque criminel célèbre, à moins que ce ne soit dans une cause horrible. Quant à écrire ? je parierais bien que je ne me ferai jamais imprimer ni représenter. Ce n’est point la crainte d’une chute mais les tracasseries du libraire et du théâtre qui me dégoûteraient. Cependant si jamais je prends une part active au monde ce sera comme penseur et comme démoralisateur. Je ne ferai que dire la vérité, mais elle sera horrible, cruelle et nue… » [ 40 ]

 

« MERCI, MON CHER MAITRE » … OU … « APPELEZ-MOI… DOCTEUR » !!!

 

« caristw mou paidagwgv » bredouillait Jacques VINGTRAS à l’adresse d’un de ses professeurs… « Merci, mon cher Maître ! » : c’est ce que pourra dire dans quelques années à Elie DUFAURE tel de ses clients, satisfait au sortir d’une consultation juridique rendue en son « étude » de la Rue Dauphine alors que l'Avocat le raccompagnera sur le palier… à moins que cette expression verbale de respect et de gratitude ne se manifeste dans l’un des grands couloirs du « Palais » au sortir d’une audience au cours de laquelle la « cause » plaidée aura été brillamment emportée par le Corrézien ! C’est au terme d’excellentes études de Droit qu’Elie DUFAURE embrassera la carrière d’Avocat et obtiendra en Avril 1850, à l’âge de 26 ans, - huit années « seulement » après la remise des prix de 1842 du Petit Séminaire de BRIVE -, le titre de « Docteur en Droit » de la Faculté de... PARIS !

Les Titres de « Maître » et de « Docteur » ne figurent-ils pas parmi les plus honorifiques dont un parfait « honnête homme » puisse s'enorgueillir ?

Ces marques de considération respectueuse témoignent autant des capacités intellectuelles intrinsèques de leur détenteur que de la persévérance, des efforts et du travail qu’il aura du déployer pour parvenir à les faire reconnaître, tout d’abord par l’Institution Universitaire, et puis ensuite par la « société civile » toute entière !

Le « Frédéric » de FLAUBERT, dans « l’Education sentimentale », échouera avant d’avoir pu aller au terme des études de Droit qu’il avait entreprises…

« Oui, j’ai été un paresseux, un imbécile, tu as raison ! » admettra Frédéric auprès de DESLAURIERS, son ami, qui, lui, était parvenu à devenir Avocat ! [ 41 ]

Le jeune Gustave FLAUBERT n’avait-il écrit à l’un de ses amis : «  je ferai mon droit, je me ferai recevoir avocat, même docteur, pour fainéantiser un an de plus… » !!!

Gustave FLAUBERT, qui a obtenu son baccalauréat en 1840, passera cependant avec succès l’examen de première année de Droit… à PARIS, …en… 1842 !!!

Mais FLAUBERT n’ira pas cependant jusqu’au bout du cursus des études juridiques qu’il avait entamées…

« Je me fous pas mal du Droit, pourvu que j’ai celui de fumer ma pipe et de regarder les nuages rouler au ciel, couché sur le dos en fermant à demi les yeux. C’est tout ce que je veux. Est-ce que j’ai envie de devenir fort, moi, d’être un grand homme, un homme connu dans un arrondissement, dans un département, dans trois provinces, un homme maigre, un homme qui digère mal ? Est-ce que j’ai de l'ambition, comme les décrotteurs qui aspirent à être bottiers, les cochers à devenir palefreniers, les valets à faire les maîtres, l’ambition d’être député ou ministre, décoré et conseiller municipal ? Tout cela me semble fort triste et m’allèche aussi peu qu’un dîner à 40 sous ou un discours humanitaire»… [ 40 ]

Il abandonnera définitivement ses études juridiques pour se consacrer à la littérature, après la première atteinte d’une maladie nerveuse, en… 1844 ! [ 2 ]

FLAUBERT pouvait-il pour autant s’auto-qualifier de « paresseux et d’imbécile », même s’il n’hésitait pas à définir, dans son « Dictionnaire des Idées Reçues… », le substantif LITTERATURE comme : « Occupation des oisifs », non sans dérision ni un certain humour ? [ 18 ]…

 

DU DROIT A PARIS… ELIE DANS LE CREUSET D’UNE ELITE PRESTIGIEUSE…

 

En 1844, à moins que ce ne soit en 1845, au plus tard en 1846... Elie « montera » « faire son Droit »… directement de BRIVE à PARIS… Très vraisemblablement en tout cas ! Car sur cette période, là encore, nos éléments d’information précis sont limités… Rien ou presque ! Aucune trace, aucun document, aucune allusion non plus dans les écrits d’Elie...

Je ne sais comment, fort de son baccalauréat, Elie DUFAURE a décidé de s’orienter vers des études juridiques… par goût ? Par conformisme ?

Le Droit pouvait lui paraître le meilleur moyen d’obtenir une profession lui permettant de s’élever socialement compte tenu de ses aptitudes intellectuelles…

Je ne sais pas non plus comment Elie se résoudra à quitter le LIMOUSIN et à « franchir la GARTEMPE », en quelque sorte son « RUBICON » à lui, sis au nord des Monts d’AMBAZAC… pour « filer » à destination de la Capitale…

Et pourtant il lui fallait avoir une grande confiance dans ses capacités intellectuelles pour avoir cette audace, à vingt ans à peine au milieu du dix-neuvième siècle, lui le simple fils « d’un modeste exploitant-vigneron, fût-il propriétaire Allassacois », pour décider de quitter le LIMOUSIN et aller… « Conquérir PARIS » !

PARIS... C’est le plus grand centre universitaire et le plus prestigieux d’une FRANCE toujours très centralisée... Si l’on prend le cas de la Faculté de Médecine de PARIS : elle « produit » au XIXème Siècle davantage de Docteurs en Médecine que l’ensemble des autres Facultés de Médecine de province réunies ! [ 42 ]

La Faculté de Droit de PARIS rassemble, annuellement, plus de deux mille étudiants au milieu du XIXème siècle, quand les Facultés de Droit de Province voient elles leurs effectifs subir des variations très importantes d’une année sur l’autre, d’une Région à l’autre, tout en restant de dimensions modestes...

500 inscrits à la Faculté de Droit de TOULOUSE en 1850… 350 en 1855… puis 750 en 1869 ! 136 inscrits à la faculté de Droit de NANCY en 1864, année de sa création... Encore faut-il distinguer dans les effectifs recensés [ mais c’est également vrai de nos jours ! ] l’étudiant assidu et le simple inscrit !!! [ 2 ]

En 1855 l'Inspection Générale constatera, à la Faculté de Droit de STRASBOURG, que certains cours ne sont suivis que par une dizaine d'auditeurs… [ 2 ]

Il reste, c’est un phénomène constant, à tous les échelons de la Société, que « PARIS se nourrit de la substance de la Province, assimile ses hommes et tend à devenir pour elle le centre primordial de la Culture, de la richesse et de la puissance » ! [ 24 ]…

Les enfants doués des familles les plus favorisées de Province sont envoyés à PARIS dès le stade des études secondaires, les autres les y rejoignent pour leurs études supérieures… Et beaucoup se retrouvent sur les bancs de la Faculté de Droit… au moins en première année, puisqu’ils n’achèvent pas tous leurs études en étant… Licenciés, voire… Docteur… et enfin Avocat ! Elie DUFAURE n’est qu’un exemple, qu’un élément, qu’un maillon, parmi d’autres « hommes d’élite » de sa « génération », qui suivent un parcours similaire au sien et qui forment une cohorte fort prestigieuse dont la litanie prestigieuse – recensée dans le « Dictionnaire du Second Empire » et qui n’est pas exhaustive – est égrainée dans les lignes qui suivent…

Une « litanie prestigieuse » ? … Qu’on en juge donc !

 

Gaston VERBIGIER de SAINT PAUL ( 1820 - 1878 ) est natif de l’ARIEGE. Il accomplit ses Humanités à SORREZE, puis à TOULOUSE. Il devient Docteur en Droit de la Faculté de PARIS en 1843. Il se distingue dans l’Administration Préfectorale. Entre 1848 et 1855, il sera un sous-Préfet fort remarqué à CASTRES dans le TARN… [ 2 ]

 

Charles BAUDELAIRE ( 1821 - 1867 ) ne quittera guère PARIS ( il y aura plus de trente domiciles ! ) où il est né. Bachelier en 1839, il s’inscrira à l’Ecole de Droit peu après, mais la « bohème littéraire » le détournera rapidement de ses études juridiques ! [ 2 ]

 

Gustave FLAUBERT ( 1821 - 1880 ), est originaire de ROUEN, il s’inscrit à la Faculté de Droit de PARIS en 1841, avant de renoncer à cette voie en 1844 pour se consacrer ensuite entièrement à la littérature… [ 2 ]

 

Ernest PICARD ( 1821 - 1877 ) est né à PARIS . il y fera de brillantes études de Droit avant de devenir Avocat et de se lancer dans la politique. Elu député d'opposition Républicaine en 1857, il fait partie du « groupe des cinq ». Il siègera en 1870 au Gouvernement de Défense Nationale et finira sa vie comme Sénateur inamovible [ 2 ]

 

Emile ERCKMANN ( 1822 - 1899 ) naît à PHALSBOURG ( MOSELLE ) où il poursuit ses études secondaires avant d’aller à PARIS faire ses études de Droit. C’est en 1847 qu’il rencontre le Meusien Alexandre CHATRIAN, né en 1826 et employé aux Chemins de Fer. Leur signature commune « ERCKMANN-CHATRIAN » leur vaudra de très estimables succès de librairie... [ 2 ]

 

Edmond GONCOURT ( 1822 - 1909 ) est natif de NANCY. Ses études secondaires vont le conduire au Lycée HENRI IV. Il est reçu Bachelier en 1840. En 1841 il est étudiant à la Faculté de Droit de PARIS qu’il quitte pour un stage chez un avoué avant d’abandonner totalement la carrière juridique en 1848, au décès de sa mère pour ne s’occuper, avec son frère cadet Jules, que d’art et de littérature … [ 2 ]

 

Gustave ROTHAN ( 1822 - 1890 ) est né à STRASBOURG et il se destine d’abord à la magistrature, après ses études de Droit à PARIS... En fait il fera une importante carrière dans la diplomatie [ 2 ]

 

Pierre PINARD ( 1822 - 1909 ) étudie d’abord au Petit Séminaire d'AUTUN puis au Collège Stanislas à PARIS avant de « faire son Droit » puis de s'inscrire comme Avocat au Barreau de PARIS en 1846, année de son Doctorat en Droit. Fils de magistrat, il intègre la magistrature grâce à BAROCHE. Substitut du Procureur-Général du parquet de la SEINE, les poursuites diligentées contre ... FLAUBERT et .... BAUDELAIRE, vont asseoir sa notoriété. Il entrera au Conseil d’Etat en 1866 avant que d’être appelé à devenir Ministre de l’intérieur en 1867… [ 2 ]

Julien BUSSON ( 1823 - 1888 ) est né à JOIGNY ( YONNE ) ; fils de Sous-Préfet il est élève au Lycée Louis le Grand, puis il étudie le Droit à PARIS. Avocat en 1845, Docteur en 1848, Secrétaire de la Conférence en 1849, il exerce à la Cour Impériale de PARIS. Il épouse Françoise BILLAUT, née en 1833, et succède à son beau-père à la Députation de l’ARIEGE de 1854 à 1870. Ministre éphémère en 1870, il sera le défenseur du Prince NAPOLEON en 1883 [[ Notons que le beau-père de BUSSON, BILLAULT, sera le maître de stage d’Elie DUFAURE au barreau de PARIS… et aussi que Elie DUFAURE obtiendra au moins une audience auprès du Prince NAPOLEON ]] … [ 2 ]

 

Louis GUILLAUME d’AURIBEAU (1823 - 1883) est originaire de SEINE & OISE ; d’abord élève au Collège BOURBON, c’est en 1847 qu’il est reçu Docteur de la Faculté de Droit de PARIS. Il s’inscrit alors au Barreau de la Capitale, avant d’être nommé en 1849 secrétaire particulier de Léon FAUCHER, alors Ministre de l’Intérieur. [ FAUCHER est un cousin par alliance de Charles DUFAURE de LAPRADE… et d’Elie par extension ! ]. D’AURIBEAU devient secrétaire du « Tribunal des Conflits » qui vient d’être créé puis il entre dans la « Préfectorale »... Entre autre poste il est Préfet de la HAUTE VIENNE en 1861 ; il est d’ailleurs gravement blessé dans un incendie à LIMOGES, où il se distingue par son dévouement. Sa carrière s’achève avec la fin du Second Empire [ 2 ]

 

Elie DUFAURE ( 1824 - 1865 ) est né à ALLASSAC [ CORREZE ]. Il est élève au Petit Séminaire de BRIVE. Il devient Docteur de la Faculté de Droit de PARIS en 1850. Inscrit au Barreau de PARIS en 1849, il est Avocat à la Cour d'Appel, puis à la Cour impériale, [ … mais il ne dispose pas d’une Notice Biographique dans le « Dictionnaire du Second Empire » !!! ] …

 

Antoine GERMAIN ( 1824 - 1905 ) est originaire de LYON. Il fait ses études supérieures à la Faculté de Droit de PARIS, et s’inscrit comme Avocat au barreau de LYON. Il épouse une riche héritière et se lance dans une carrière d’affaires. En Mai 1863, il crée le « Crédit Lyonnais » avec quelques partenaires dont un certain Arles DUFOUR !!! … Il restera Président de cette véritable - et encore très vénérable [ ??? ] - Institution financière jusqu’à sa mort… [ 2 ]

 

Marie-Joseph PRON ( 1824 - 1903 ) est né à METZ dans un milieu social aisé et élevé. Il suit des études classiques au Collège Saint Louis, puis supérieures à la Faculté de Droit de PARIS où il est reçu Docteur en... 1844. Il s'inscrit comme Avocat au Barreau de PARIS avant d’être attaché au parquet puis auditeur au Conseil d’Etat. Il entre ensuite dans la « préfectorale »... La SARTHE, les BASSES PYRENEES [ où il sera remplacé par GUILLAUME d’AURIBEAU ] la MANCHE, le HAUT RHIN où il est encore en poste dans l’ALSACE envahie de 1870 sont quelques unes de ses diverses affectations… Il s’est aussi distingué comme un « coureur de jupons » invétéré ! [ 2 ]

 

Emile OLLIVIER ( 1825 - 1913 ) natif de MARSEILLE connaît une enfance studieuse. Il réussit ses études juridiques avec brio puis s’inscrit au Barreau de PARIS et donne des leçons de Droit pour subvenir à ses besoins. Commissaire de la République des BOUCHES DU RHONE et dans le VAR en 1848, il n’a que 23 ans ! Puis il est nommé Préfet à... CHAUMONT où il ne restera que quelques mois… Député d’opposition en 1857 ( élu avec PICARD il sera une figure importante de la période de « l’Empire Libéral » et il deviendra chef du Gouvernement peu avant le conflit de 1870 °… [ 2 ]

 

Jules VERNE ( 1828 - 1905 ) est né à NANTES. Il se retrouve à PARIS pour y suivre sa deuxième année de Droit puis achever ses études juridiques ( il sera Docteur en Droit en 1849 ), avant de se tourner vers la littérature avec le succès que l’on sait… [ 2 ]

 

Si la preuve devait en être administrée, on comprendra mieux à l’issue de cette énumération combien Elie pouvait être considéré comme faisant partie alors d’une « jeunesse d’élite », venue bien souvent des quatre coins du territoire national, et qu’il pouvait côtoyer au quotidien sur les bancs de la Faculté de Droit de PARIS...

Elie a eu d’autant plus de mérite à s’y incorporer que la position de fortune de sa famille et son niveau social était relativement peu élevés… des données moins favorables que pour d’aucun en vue de réaliser semblable ascension sociale…

Ces éléments sociaux ont d’ailleurs peut être ( un peu ) « contrarié » un destin qui aurait pu être peut-être plus prestigieux encore !!!

Elie DUFAURE, Docteur en Droit à « seulement » vingt six ans : n’avait-il pas déjà pris un certain retard « chronologique » par rapport à d’autres jeunes gens, tels VERBIGIER de SAINT PAUL, BUSSON, d’AURIBEAU ou autre PINARD ? !!!

Il reste que les études de Droit qui permettent d’accéder aux carrières d’avocat, de magistrat, de notaire ou de fonctionnaire, sont de plus en plus recherchées et qu’elles permettent de se faire une position déjà fort honorable...

Dans la bonne société « faire son droit » ( et surtout « faire son droit à… PARIS » ) est entré dans les usages pour les jeunes gens désireux d’acquérir une position sociale : on recense en 1855 plus de 10 000 inscriptions aux divers examens de la Faculté de Droit de PARIS, 1 175 à AIX...  [ 2 ]

La position que parviendra à acquérir Elie fera alors certainement bien des envieux !

 

LE « DIABLE PAR LA QUEUE » ??? … QUE LES TEMPS SONT DURS !!!

 

Honoré ( de ) BALZAC pour complaire à ses parents suit des cours de Droit ( lui aussi ! ), à PARIS… Son père aurait pourtant voulu faire de lui un Polytechnicien mais il a vite fallu se rendre à l’évidence que le niveau en mathématiques du jeune homme était par trop faible pour satisfaire l’ambition paternelle !!!

BALZAC passe avec succès, le 4 Janvier 1819, le premier examen du Baccalauréat en Droit… Mais Honoré veut surtout percer dans le domaine littéraire et il n’a nulle envie de poursuivre des études juridiques… Ses parents finissent par se résigner à ce qu’il vive seul à PARIS et qu’il puisse enfin s’adonner à sa seule passion d’écrire...

Ils lui versent une pension tout juste suffisante pour qu’il ne meurt pas de faim et ils lui louent, Rue LESDIGUIERES, une « mansarde minable au troisième étage d’une vieille maison »… [ 15 ]

La vie du jeune Honoré BALZAC, Rue LESDIGUIERES, est plus que frugale… Il lui arrive de se contenter pour le dîner de pain rassis trempé dans du lait. Son loyer est de soixante Francs par mois. Le blanchissage lui coûte chaque fois deux sous, le charbon de terre deux sous également. Il surveille la dépense d’huile pour sa lampe et celle d’encre pour son encrier ! [ 15 ]

Se souvient-il de ces temps difficiles, Honoré, quand il écrit plus tard dans « la Peau de Chagrin » : « rien n’était plus horrible que cette mansarde aux murs jaunes et sales qui sentait la misère (…). Il y avait place pour un lit, une table, quelques chaises (…). Cette cage [ était ] digne des plombs de VENISE (…). Je vécus dans ce sépulcre aérien (…) travaillant nuit et jour sans relâche, avec tant de plaisir que l’étude me semblait être le plus beau thème, la plus heureuse solution de la vie humaine (…) » ?

Quand Eugène de RASTIGNAC, jeune homme noble mais… pauvre, arrive à PARIS en 1819 pour… « faire son Droit », le personnage de BALZAC est contraint de loger dans une pension miteuse de la Rue Neuve-Sainte GENEVIEVE, où « règne la misère sans poésie, une misère économe, concentrée, râpée » [ 43 ]  ...

Des conditions matérielles difficiles, c’est également ce que connaîtra, à peu près trente années plus tard, Jules VALLES, alias Jacques VINGTRAS, « le Bachelier » quand il débarquera dans PARIS et qu’il pourra éprouver en conditions réelles comment on peut être « nourri de grec et de latin » et en même temps « mourir de faim » dans la Capitale…

Le véritable Jules VALLES se lancera un temps dans des études de… Droit, lesquelles ne déboucheront pas et tourneront vite court… « Sur-endetté, aux abois, il est concevable qu’il ait sauté bien des repas, voire passé des nuits dehors pour ne pas être relancé par des créanciers », estime ZIMMERMANN [ 14 ]…

Le sort du jeune Frédéric MOREAU, personnage de Gustave FLAUBERT, est à peine plus enviable que celui de RASTIGNAC, lorsqu’il « se décide » pour occuper une chambre au « second étage dans un hôtel garni, Rue Saint HYACINTHE avant de se rendre à la Faculté de Droit » de… PARIS ! « Il lui fallait compter son linge et subir le concierge rustre (…) sentant l’alcool (…). Son appartement orné d’une pendule d’albâtre lui déplaisait. Les cloisons étaient minces ; il entendait les étudiants faire du punch, rire, chanter » [ 40 ]…

Frédéric envie particulièrement son camarade Baptiste MARTINON qui est « dans une pension bourgeoise de la Rue Saint JACQUES, bûchant sa procédure devant un feu de charbon de terre » … [ 41 ]

En 1843, Gustave FLAUBERT échoue à son examen de deuxième année de Droit… « (…) moi qui vivais seul dans ma triste chambre de la rue de l’Est, qui descendais une fois par semaine de l’autre côté de l’eau et pour aller dîner ; et encore ! Moi qui ai passé ainsi deux ans à rugir de colère et à me cuire de chagrin ! Oh ! Ma bonne vie d’étudiant ! », écrira-t-il plus tard, quelque peu nostalgique cependant… [ 40 ]

Peut-on raisonnablement envisager pour l’étudiant Elie DUFAURE des conditions de vie autres que spartiates et qui furent radicalement différentes de celles qui viennent d’être évoquées et que connurent les BALZAC, FLAUBERT ou VALLES ?

L'entretien d'un étudiant, plus encore à PARIS qu’en Province, coûte fort cher à sa famille… Et les prix ne cessent de monter pour une chambre au « Quartier Latin »... Celle qu’on pouvait louer 20 à 30 Francs par mois avant 1830 revient maintenant de 30 à 40 Francs… 12 sous donnaient droit à un repas pitoyable, mais le même en coûtera 22, vers 1860… Il en faut déjà 30 ou 40 pour s’asseoir à une table d’hôte d’une pension bourgeoise… [ 42 ]

Où loge Elie à cette époque… dans ses premières années étudiantes ? Je ne sais… Déjà dans la « Rue de l’Ancienne Comédie »… « au 18 » qui sera sa première « adresse professionnelle » connue, vers 1849 ? Ou plus près encore de la Faculté de Droit, en plein cœur du Quartier Latin ???

« Rue de l’Ancienne Comédie » - Elie peut y croiser - y croise sans doute ! - de même que dans les couloirs de la Faculté - un grand auteur… en devenir : Jules VERNE ! Jules VERNE a été reçu « Bachelier » en 1846, et comme son père lui destine sa succession [ Pierre VERNE, fils d’un magistrat de PROVINS, s’était rendu acquéreur en 1825 d’une étude d’avoué ], il se rend à PARIS pour y « faire son Droit »… Cependant le jeune homme suit les cours avec assez peu d’assiduité et rêve plutôt de littérature. Il fréquente les artistes et bohèmes influencés par les idées Républicaines. Ses sympathies démocratiques, dès cette époque, sont certaines, mais ses affinités le portent surtout vers les Saint-Simoniens et les anarchistes…

En 1847 Jules VERNE passe son premier examen de droit à PARIS où il ne reste que le temps nécessaire… Puis il s’en retourne ensuite dans la Capitale, en Novembre 1848, pour poursuivre ses études de Droit et il s’installe alors, en compagnie d’un jeune Nantais, lui aussi en cours d’étude, dans une maison meublée, sise au « 24, rue de l’Ancienne comédie » ! [ … Elie DUFAURE est joignable, en Mars 1849, au 18 !!! ].

Jules VERNE débute là une vie placée sous le signe de l’amitié, de la vie mondaine et des lettres… Mais malgré son avidité de tout savoir, il est bridé par une pension calculé au plus juste. Il joue au naturel avec son ami : « L’habit Vert » de MUSSET et AUGIER, car ne possédant à eux deux qu’une tenue de soirée complète, les deux étudiants vont dans le monde, fréquenter les salons, alternativement ! Avide de tout lire, Jules VERNE jeûnera trois jours pour s’acheter le théâtre de SHAKESPEARE…

S’il songe maintenant de plus en plus à une carrière d’auteur dramatique, le jeune VERNE n’en obtiendra pas moins cependant sa Licence en Droit… en 1849 !  [ 44 ]

En l’absence d’éléments tangibles portant sur la « vie Parisienne » de l’étudiant Elie DUFAURE, chacun s’en trouvera donc réduit à échafauder des hypothèses… Mais c’est justement cette absence d’éléments concrets qui peut me conforter dans l’approche pour Elie DUFAURE d’une vie étudiante matérielle qui aura été, sinon pénible, du moins très éloignée d’un certain embourgeoisement…

Pas de place pour entasser des archives [ il ne nous reste rien de cette période ], pas le temps de conserver des papiers, pas question de formuler des instructions péremptoires par des missives à l’attention des siens ( et de quel droit d’ailleurs ? Son père est encore en vie, et Elie n’est pas encore le chef de la famille reconnu ! )… Juste pour lui moyens de vivre - chichement - et surtout d’étudier… pour « parvenir » !!!

Tenter d’achever avec succès les études supérieures entreprises, sans pour autant peser trop lourdement sur les ressources de la famille, d’autant que les temps sont durs ! Voilà sans doute son unique objectif !

La conjoncture économique est « tendue »… Les récoltes agricoles de 1846 sont très mauvaises en FRANCE, et de plus elles succèdent à celles déjà médiocres de 1845… Il y a des répercussions immédiates sur les grains, sur les cours des denrées…

Des boulangeries sont pillées à LILLE, mais aussi à PARIS, au Faubourg-Saint ANTOINE, en 1847… Le « bâtiment » est en crise depuis 1844, l’industrie textile est touchée à partir de 1845 ( les salaires sont en baisse à CASTRES et à MAZAMET… ), les actions du Chemin de Fer chutent en 1846… [ 11 ]

Nulle place pour la fantaisie et le farniente ne peut donc s’offrir à Elie en cette période de « Monarchie de Juillet » finissante !!! Une seule règle de vie s’impose donc à lui s’il veut pouvoir parvenir à ses fins : « ascèse et labeur » …

 

DES APPUIS LIMOUSINS A PARIS ??? … LA SOLIDARITE DES « PAYS »…

 

Il est un fait que les « Limousinants » qui migraient de manière saisonnière pour raisons professionnelles, à PARIS, restaient entre eux… Ils vivaient dans des garnis ou des dortoirs loués par l’un des leurs ou fournis par leurs entrepreneurs…

Le nombre des individus impliqués encourageait les solidarités traditionnelles… Les migrants vivaient ensemble, ils travaillaient en groupe, mangeaient ensemble, parlaient leur patois propre, véritables « étrangers en terre étrangère » [ 45 ].

« Bien que tous ces gens restassent en ville des mois ou même des années, leurs yeux demeuraient fixés sur leur terre natale (…) ; ils étaient indifférents à ce qui se passait autour d’eux, ils persistaient à ne rien accueillir, à ne rien apprendre de ce que PARIS leur offrait », explique Eugen WEBER… [ 45 ]

Mais le but principal de ces travailleurs migrants n’était-il pas, un peu comme celui des étudiants peu fortunés, de tout simplement « vivre à l'économie » ?

Arrivant à PARIS, au printemps 1860, François RIBIERE ( dans un roman de Jean-Guy SOUMY ), nouvel apprenti maçon venant de la CREUSE devient le garçon de chantier d’un certain… LEFAURE ( ! ). Le monde des « maçons Creusois » est un monde réduit à l’extrême, un tout petit monde… « J’ai fait compagnon avec ton père du printemps 43 jusqu’à 52. Tous les deux on a travaillé sur les plus beaux chantiers de PARIS (…) », confie LEFAURE à son nouveau « goujat » [ 46 ]…

« Leur vie dans la Capitale était tout de dur labeur, du moins en général tous s’entraidaient fraternellement », affirme Georges-Emmanuel CLANCIER [ 5 ]…

Un solidarité de « Pays », ancrée depuis longtemps dans les mentalités, et qui trouve encore des survivances de nos jours pour les « exilés de l'intérieur » !

« Tournoyant en un essaim d’amicales et d’associations au dessus de la Capitale, les réseaux régionaux qu’ils soient Bretons, les plus nombreux, Corréziens les plus médiatiques, ou Lorrains, les plus discrets, affichent tous d’emblée la même vocation : donner un coup de main à l'esseulé qui débarque dans la ville-lumière »… [ 47 ]

Cette réalité contemporaine, ces filières régionales plus ou moins informelles [ mais qui sont actives aujourd’hui encore ], peut-on exclure, tout en replaçant les choses dans leur contexte, qu’Elie ait pu en bénéficier, hier, à un titre ou à un autre, surtout s’agissant d’une période économique qui était délicate pour tous ?

Telle recommandation locale, professorale, familiale - même éloignée [ le « cousin » Charles DUFAURE de LAPRADE à VERSAILLES ] - ne pouvait que se révéler utile…

Tout comme l’entraide sur place de tel ancien du Petit Séminaire de BRIVE… Celle de tel camarade de Collège, ou de tel aîné… pour celui qui à peine « débarqué » à PARIS, largement au delà des seules limites cantonales ou communales d’ALLASSAC… de BRIVE… de LIMOGES… voulait « parvenir » !

Les maçons Creusois se distinguaient, dans le passé, selon leur zone d’origine, entre « bigaros » ou « brulas » ; or, comme l’a noté Jérôme CORDELIER, un journaliste aux attaches Corréziennes, aujourd’hui « on reste, même dans la Capitale, de Basse ou de Haute CORREZE », et les anciens aident les plus démunis [ 46 ]…

« Moi même », avoue Denis TILLINAC, « je me souviens d’un bistrot Boulevard BEAUMARCHAIS où jeune étudiant fauché j’allais emprunter des ronds avec ma carte d’identité Corrézienne »…

Le système d’entraide est parfaitement huilé. « Chaque canton, chaque village dispose d’un « puissant » qui reçoit le jeune en quête d’emploi ou de logement. Nul ne déroge à cette tradition d’entraide »… [ 47 ]

S’il a « osé » « monter à la Capitale », le jeune Elie DUFAURE devait savoir pouvoir vraisemblablement compter, le cas échéant, sur quelque appui en cas de coup dur, et ce même s’il n’était pas contraint d’y recourir…

Peut-être Elie était-il aussi accompagné dans sa « montée » par tel autre « condisciple Briviste » lui même néophyte quant à la découverte de la Capitale et pas forcément concerné par des études « juridiques » mais plus intéressé, peut être, par la Faculté de Médecine ou celle de Lettres ? Hypothèse…

 

L’AGITATION ESTUDIANTINE… « INCORRIGIBLE QUARTIER LATIN » !

 

J’ai commencé à jeter sur le papier la première ébauche de ces propos en… Mai 1998, trente ans exactement, jour pour jour, après la survenue des premiers événements de Mai 1968 qui enflammèrent d’abord le « Quartier Latin », puis… toute une société… tout un Pays… et dont les étudiants avaient été le « détonateur » principal…

De fait, la « jeunesse » s’est montrée bien souvent « Révolutionnaire » à travers l’Histoire !

Déjà… le 22 Février 1848… cent cinquante ans auparavant…

« soudain une colonne de plusieurs centaines d’étudiants qui arrivent du Quartier Latin en rangs serrés, chantant à pleine voix la Marseillaise. Une acclamation de surprise et de joie les accueille. Par une impulsion instinctive, la foule oisive et désappointée de manquer le spectacle promis, emboîte le pas à cette jeunesse qui n’interrompt son chant que pour proférer des menaces à l’adresse du Roi ou de GUIZOT. On fait le tour de la Madeleine, on prend la Rue Royale et l’on débouche sur la Place de la Concorde (…). [ la foule ] y demeurera une partie de l’après midi, frondeuse et gouailleuse, attaquant à coups de pierres les chevaux des Gardes Municipaux, brisant les vitres des maisons aux cris de « Vive la Réforme ! », puis s’assemblant autour des voitures des Parlementaires qui viennent à la séance de la Chambre et sont ahuris de ces cris, de cette manifestation monstre (…) », raconte Jules BERTAUT [ 48 ]…

« Les étudiants restés devant la Chambre clament « Vive la Réforme ! » et « A bas GUIZOT ! », mais il s’agit beaucoup plus d’un monôme que d’une insurrection. On joue à l’émeute. Depuis 1830, les troubles ont été si fréquents que ce chahut estudiantin n’a rien d’alarmant », croit pouvoir apprécier André CASTELOT dans un ouvrage, dont l’édition que je possède est parue en collection de poche en… 1968 !!! [ 49 ]

En fait, l’ampleur de cette manifestation franchement illégale, son succès - Ouvriers et Etudiants affluent des Faubourg de l’Est et du Quartier Latin - font du 22 Février 1848 la première journée de 1848 déjà « Révolutionnaire », même si les échauffourées initiales tournent bien vite à l’avantage de la troupe [ 22 ]…

Et pourtant... dès le début de l’après-midi du 23 Février 1848, le Roi a accepté la démission de GUIZOT… Le Régime vacille donc déjà…

Or GUIZOT avait été bien des fois chahuté dans le passé… Car s’il n’était devenu officiellement le Président du Conseil qu’en… 1847, c’est lui qui dirigeait, de fait, le Gouvernement, lequel était placé sous la Présidence nominale du Maréchal SOULT depuis 1840 [ 11 ]. Début 1848, le pouvoir des « Notables Orléanistes » est alors à son apogée et celui-ci ne peut qu’exaspérer la majorité de la jeunesse étudiante !

Les « capacités » contre le « cens » : voilà un grand « classique » s’agissant de la contestation de l’époque ! ...

« Un matin du mois de Décembre [ nous sommes alors en 1841 ], en se rendant au cours de procédure, [ Frédéric ] crut remarquer dans la rue Saint-JACQUES plus d’animation qu’à l’ordinaire, et quand il arriva dans la Rue SOUFFLOT, il aperçut un grand rassemblement autour du Panthéon, des jeunes gens par bandes inégales de cinq à douze se promenaient en se donnant le bras et abordaient les groupes plus considérables qui stationnaient çà et là (…), les pétitions pour la Réforme (…), d’autres évènements encore, amenaient depuis six mois dans PARIS d’inexplicables attroupements et même ils se renouvelaient si souvent que les journaux n’en parlaient plus (…), cependant du fond de la Place quelques uns crièrent :

- A bas GUIZOT !

- A bas PRITCHARD !

- A bas les Vendus !

- A bas LOUIS PHILIPPE !

 

On huait, on sifflait les gardiens de l’ordre public ; ils commençaient à pâlir » [ 41 ]… Les agitations sporadiques de 1841 évoquées par Gustave FLAUBERT annoncent les troubles « révolutionnaires » de 1848

1841-1848 : c’est très précisément entre ces deux bornes calendaires que s’inscrivent tant les études secondaires que les études supérieures suivies par Elie DUFAURE, lequel a forcément été concerné à un titre ou un autre par les « ébullitions estudiantines » à un âge [ entre 17 et 24 ans… ] où s’acquiert généralement les débuts d’une culture et d’une conscience politiques !

 

UN JEUNE ETUDIANT GAGNE AUX IDEES REPUBLICAINES ???

 

La centralisation du système d’enseignement à PARIS en fait un lieu de socialisation et de politisation des éléments jeunes des classes moyennes en quête de diplômes… tout comme le contrôle des postes ouverts à ces diplômés par des procédures non méritocratiques, en fait un ferment de contestation « autogénéré » par un tel système de patronage… Par la même naissent des mouvements de contestation du pouvoir des Notables alors aux affaires [ 16 ]…

L’agitation périodique des étudiants, notamment à PARIS, en réponse aux mesures autoritaires et malthusiennes du Gouvernement qui veut accroître la sélectivité des études, et la forte présence des membres des « capacités » dans les groupes d’opposition, ne traduisent pas seulement une orientation favorable au « mouvement » mais la perception par les jeunes générations bourgeoises que le système en place secrète de nouveaux privilèges au profit de groupes restreints, et ce contre le programme initial de la Révolution de 1830 !!!

Le refus opposé par la majorité parlementaire à la demande d’élargir le « cens » aux « capacités » achève de démontrer aux plus aveugles la réalité de la barrière sociale qui existe derrière la barrière politique.

L’aspiration des « capacités » à jouer un rôle politique apparaît nettement à travers le recrutement social ultérieur des candidats et des élus Républicains de 1848 et de l’extrême gauche de 1849 : on comptera en effet 37,3 % d’avocats, de notaires, de médecins ou de journalistes dans l’Assemblée Constituante de 1848… tandis que 60,1% des élus « Démocrates Socialistes » de 1849 se rattacheront aux « capacités intellectuelles »…

Sur 88 candidats, et sur 23 élus, dans l’ensemble de la région LIMOUSIN en 1848, respectivement 45 candidats et 14 élus, soit plus de la moitié, appartiennent aux « capacités » ! [ 16 ] …

Avec le système censitaire les jeunes étudiants sont écartelés entre deux mondes : celui de la culture où ils forment une petite « Elite » dans un pays encore dominé par l’ignorance, et celui des notables qui en rejettent un nombre croissant parce qu’ils sont des hommes « sans qualité »… [ 16 ]

Les étudiants ont donc tout interêt à effacer cette coupure, soit par la réforme électorale à leur seul profit, soit, plus généreusement par la lutte pour l’instauration du Suffrage Universel et pour ainsi se voir conférer une nouvelle fonction sociale de guide des classes populaires en lieu et place des anciens notables ! [ 16 ]

Mais qu’est-ce que le « parti Républicain » ? « La formule, utilisée par Georges WEILL en 1900, doit être prise avec prudence. Il ne s’agit pas d’un parti au sens où nous l’entendons aujourd’hui, organisé autour d’une idéologie ou d’un programme, mais davantage d’une convergence de revendications qui s’organisent dans une opposition à une réalité politique vécue comme un démenti des conquêtes de la Révolution », explique Jean-Michel DUCOMTE, avocat et enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques de TOULOUSE, et qui était jeune professeur assistant lorsque j’y étudiais… [ 50 ] 

« L’influence parlementaire du « parti Républicain » reste, du moins jusqu’en 1830, essentiellement anecdotique. Par contre c’est en son sein et sous l’influence de courants d’idées parfois contradictoires, qu’il favorisera l’éclosion d’un doctrine Républicaine. (…) Il sera influencé par Victor COUSIN, Edgar QUINET et Jules MICHELET. Outre son opposition à la Monarchie, il s’affirme rapidement comme laïque. Même si l’on ne peut parler de revendications clairement démocratique, il défend un abaissement significatif du cens… 1848 sera sa victoire et l’échec de la seconde République, son échec ! ». [ 50 ] 

« Dès 1848, avec PROUDHON et surtout le développement de la pensée Marxiste, les problèmes institutionnels sont rapidement relégués au second plan par les questions économiques et sociales… Les Républicains seront accusés d’adopter une posture bourgeoise en se faisant les défenseurs du libéralisme » [ 50 ]

Certes ! Me direz vous… Mais au delà de toutes ces généralités « socio-politiques » et « historiques », est-ce une thèse soutenable que de situer vers 1846-1848 Elie DUFAURE du côté des étudiants « éclairés », gagnés aux « idées Républicaines » ? Ou est-ce une simple hypothèse, seulement plausible comme le sont celles relatives à ses conditions matérielles d’existence estudiantine ou à son « réseau de relation »?

En fait je dispose seulement d’un « commencement de preuve » !

Au delà des hommages appuyés concernant Jules DUFAURE ou Léon FAUCHER, qui deviendront bientôt « Ministres de la République », que l’on peut trouver dans les écrits d’Elie [ intérêt certes axé sur le patronyme du Ministre DUFAURE, ou sur le cousinage par alliance du Ministre FAUCHER avec Charles DUFAURE de LAPRADE ], la seule pièce conservée par l’étudiant DUFAURE datant de ces années là, et que j’ai pu retrouver, est un exemplaire du journal : « Les Ecoles »  !

 

LECTEUR DU JOURNAL « LES ECOLES »…

 

L’exemplaire conservé du « journal mensuel » « Les Ecoles » est le numéro de « Février Mars 1846 » sur lequel figure, manuscrit au verso de la couverture, le patronyme d’Elie… « DUFAURE ».

Cet exemplaire se présente selon le format d’une petite revue dont la reliure est constituée d’un simple fil. Le journal s’auto caractérise en sous-titre : « Journal mensuel fondé et rédigé par des élèves des différentes écoles de PARIS, des facultés des départements et des universités étrangères ».

Les bureaux de la rédaction du journal sont situés : « Rue Saint Jacques, 51 » et il est imprimé « Rue St Hyacinthe-St Michel, 33 » au cœur même du « Quartier Latin »…

« On s’abonne au journal les écoles au prix de 5 F par an »…

Le nom de « DUFAURE », manuscrit sur l’exemplaire conservé, signifie-t-il une distribution par abonnement au bénéfice d’Elie, ou seulement son appropriation ?

Sur la couverture, en exergue, figure une citation de LAMMENAIS : « (...) Mes frères que ferons nous pour étouffer la Liberté ? Car notre règne est fini si le sien commence… (…) Faites des brutes, c’est très bien mais effrayez ces brutes, frappez les de terreur par une justice inexorable (…). Le bourreau est le Premier Ministre d’un bon Prince. Et tous répondirent : il est vrai. Le bourreau est le premier ministre d’un bon prince »…

Le ton général de la ligne du journal est donc donné par la mise en exergue d’écrits d’un défenseur des idées libérales, LAMMENAIS, lequel a abandonné la prêtrise, et a composé divers ouvrages qui lui ont même valu quelques mois de prison… [ 51 ]

Le sommaire du « numéro double » est également sans ambiguïté sur l’engagement militant du journal. Que pouvait y lire le jeune Elie DUFAURE ? Entre autres matières : des résumés de cours récents de MICHELET au Collège de FRANCE ; une note de lecture sur le dernier livre de l’historien intitulé « Le Peuple » ; des chroniques politiques ; une « harangue aux étudiants Suisses par un proscrit Italien » ; des réactions à l’insurrection Polonaise avec la… « souscription des Ecoles » organisée pour cette cause ; des allusions défavorables au Gouvernement et au « parti prêtre »… Bref, un condensé de Romantisme, de Nationalisme, de Républicanisme : idées qui toutes agitent cette « République » qui, selon Maurice AGULHON, « a de nombreux adeptes au Quartier Latin, dans la jeunesse des écoles. Là, se dire Républicain signifie alors exactement ce que pourra signifier plus tard se sentir « de gauche » ou se sentir « révolutionnaire », quelque chose de très confus, de très divers, mais de très profond et devenu quasi-instinctif » [ 22 ]… L’esprit si indéfinissable et parfois si contradictoire de 1848, en quelque sorte !

Ainsi, en ce début de printemps 1846, Elie peut par exemple lire dans « Les Ecoles » : « On le sait les hommes qui nous gouvernent font tout ce qu’ils peuvent pour retenir sous le boisseau jusqu’au moindre rayon de la lumière politique et sociale. (…). Vienne l’heure où le pouvoir échappera aux mains débiles de nos maîtres et justice sera faite (…). La jeunesse qui rit, boit, joue, jouit, blasphème, oisive, fumaille, polkaille, ripaille, sans s'inquiéter du présent ou de l’avenir, c’est la jeunesse conservatrice (…) de là cette nécessité de couvrir par des diplômes universitaires l’incompétence de ces jeunes prédestinés, tant choyés, tant aimés du Pouvoir ; de là ces admissions honteuses de sujets ineptes [ sic ! … ineptes… ou inaptes ? ] aux grades quelquefois refusés à des candidats pleins de talent ; de là ces impertinentes recommandations adressées aux examinateurs des diverses Facultés ; de là les lettres que l’austère M. GUIZOT écrit aux professeurs pour les prier, non pas d’être indulgents, mais de recevoir ses protégés. Les garanties offertes au mérite véritable deviennent tout à fait illusoires car les diplômes des jeunes conservateurs octroient à leurs titulaires le privilège d’expulser des emplois tout talent non muni du laissez passer Ministériel (…). Non, dût sur nos pas se lever la herse de nouvelles Bastilles, nous ne consentirons jamais à laisser le plus beau, le plus généreux pays du monde livré aux mains crochues des agioteurs, aux caprices d’une bourgeoisie obèse, aux tyranniques instincts d’une misérable poignée d'autocrates conservateurs » !

Fin [ d’extrait ] de « citation… engagée » !

Autre « citation engagée », en rapport avec le thème de l’enseignement : « Le parti prêtre ne cesse de vanter avec emphase l’esprit docile des élèves formés par lui, la bonne discipline et l’excellente organisation des établissement d’instruction gouvernés d’après ses principes. L’histoire scandaleuse qui s’est passé au collège de JUILLY, l’une des maisons ecclésiastiques les plus achalandées, donne un éclatant démenti à ces pompeux éloges. Elle accuse de la part des chefs une impéritie, une pusillanimité inqualifiables, et prouve d’une manière évidente combien est aveugle et peu fondée la confiance qu’inspire à certaines familles la prétendue habileté de la gente cléricale dans la direction de la jeunesse »… !!!

 

OU L’ON EVOQUE JULES MICHELET…

 

La ligne éditoriale des « Ecoles » semble bien être représentative des revendications « étudiantes » et « politiques » de la jeunesse du moment, telles que vécues, élaborées et entretenues par les « capacités »…

Jules MICHELET a longtemps été un proche du Régime de la Monarchie Constitutionnelle… mais il a ensuite glissé progressivement vers le camp Républicain, pour devenir la figure de proue principale du combat laïque contre l’église…

La notice biographique sommaire proposée par DUCOMTE à propos de MICHELET est la suivante : « historien français ( 1798 – 1874 ), héritier d’une tradition rationaliste. Professeur au Collège de FRANCE à partir de 1838, il organisa le combat intellectuel contre le cléricalisme et proposa une lecture de l’Histoire de FRANCE qui devait marquer la « tradition républicaine » Française ». [ 50 ]

Jules MICHELET se retrouve cité à plusieurs reprises et en très bonne place dans la revue « les Ecoles » !

C’est tout juste après la parution de son ouvrage « Le Peuple », ( dont la revue « les Ecoles » rend compte dans le numéro conservé par Elie ), que MICHELET commence ses cours, en 1846, sur la « nationalité Française »… La France est considérée comme une individualité historique, dont 1789 constitue le modèle !

Dès Septembre 1846 d’ailleurs, l’historien MICHELET débute la rédaction de sa fameuse « Histoire de la Révolution Française », qui deviendra une référence…

Sur le terrain de la « politique politicienne » du moment, les élections Législatives de l’été 1846 s’annonçaient alors bien pour le Gouvernement en place… Et en effet les résultats obtenus se révéleront plutôt bons… mais seulement en apparence avec 291 élus, favorables aux orientations de GUIZOT, sur 459 sièges pourvus…

Mais, la session parlementaire va s’avérer particulièrement « mauvaise » !

GUIZOT est amené à s’opposer, une fois de plus, à deux projets de réforme devenus presque « traditionnels » : l’élargissement du cens, d’une part, et la réglementation du droit des Fonctionnaires à devenir Parlementaires, d’autre part… [ pas moins de 17 propositions ont déjà été repoussées sur ces sujets depuis 1830 ! ] ...

Selon FURET, il devenait de plus en plus évident pour tous que le suffrage censitaire n’était pas celui du Pays, mais rien n’indique que LOUIS-PHILIPPE et GUIZOT aient senti la profondeur de la crise politique et l’épuisement de leur système !

Le Roi se croit encore fort du suffrage du « pays légal » exprimé en 1846… mais pourtant… dans moins de 18 mois… il fuira sans gloire en exil ! [ 52 ].

Petit-Séminariste et Collégien ( ? ), puis Etudiant, sous la Monarchie de Juillet ; ensuite jeune avocat stagiaire durant la Seconde République et aspirant au Doctorat sous ce régime Républicain correspondant peut être avec sa philosophie politique du moment, Elie DUFAURE a sans doute estimé plus sage pour sa réussite personnelle de consacrer l’essentiel de son énergie à ses études… et de ne pas s’engager par trop, ni plus avant, dans des combats politiques concrets !

 

LES ECOLES TOUJOURS AGITEES… OU IL EST ENCORE QUESTION DE MICHELET

 

Les régimes politiques se succèdent rapidement à la fin des années 1840 et le « Quartier Latin » et « les Ecoles » demeurent toujours en grande ébullition ! La jeunesse « éclairée » se montre toujours prompte à s’enflammer !

Dès après la chute de LOUIS-PHILIPPE, les récriminations s’orienteront bientôt contre « la dictature Bonapartiste » [ 22 ] qui pour certains commence déjà à prendre forme !

De fait, le « républicain » MICHELET va bientôt se retrouver mis à pied !

« Le gouvernement a enfin fermé la porte du cours de MICHELET. Ce cours où le plus pur communisme était ouvertement enseigné, était un vrai scandale », triomphera alors Horace de VIEL CASTEL [ 2 ]…

Le 2 Janvier 1848, le Gouvernement de LOUIS-PHILIPPE avait déjà interdit le cours de MICHELET… Trois ans après, celui de la République rééditera le même exploit… [ 14 ]

« Un matin une rumeur court le quartier. « Vous savez la nouvelle ? On a interdit le cours MICHELET. C’est au Moniteur. », rapporte sur le vif tel un reporter Jules VALLES alias Jacques VINGTRAS dans son roman « Le Bachelier » [ 20 ].

« Aujourd’hui la manifestation ! Nous sommes sur la Place du Panthéon (…). On vient lentement, regardant de loin s’il y a du monde, les uns par modestie, les autres par timidité, tous par peur de ne pas être dans la tradition. Enfin, la place se garnit et l’on est déjà une cinquantaine devant l’Ecole de Droit. On est prêt ! En avant ! (…). Les drapeaux, comme les cris ont été défendus (…). On dirait qu’il pleut ! (…).

Les feuilles réactionnaires se sont amusées de la promenade dans la boue, sous l’averse, et l’on a baptisé cette manifestation déjà tant baptisée par le ciel : « la manifestation des parapluies » ! [ 20 ]

Les faits transposés par VALLES se sont déroulés réellement le Jeudi 13 Mars 1851 lorsque les étudiants ont trouvé portes closes au Collège de FRANCE. CHASSIN, ami de VALLES, rédige une motion de protestation. Il convient de la porter en cortège à l’Assemblée. Une délégation est reçue aimablement par deux jeunes députés de gauche, Victor VERSIGNY et Noël PARFAIT ( qui deviendra un peu plus tard l’intendant dévoué d’Alexandre DUMAS ). Les étudiants repartent. Il pleut à verse. Les rangs se clairsèment. On traverse la SEINE. Près de la Madeleine, on rencontre MICHELET, plus que prudent, racontera CHASSIN : « il nous adjure de nous disperser ; sans quoi nous compromettrions tout, nous, lui, sa, notre cause ». Et il saute dans un fiacre. Jules VALLES veut continuer à manifester. RANC rétorque que vu leur petit nombre, ils vont se couvrir de ridicule. La pluie redouble. Décision est prise de se diviser en plusieurs groupes afin d’obtenir que les journaux républicains publient leur pétition. On se sépare. Sans doute VALLES suit-il CHASSIN à « l’Evènement », journal financé par HUGO et dirigé par ses deux fils… [ 14 ]

Une autre manifestation s’organise peu après… Elle est prévue pour le 20 Mars 1851… Les 17 et 18 Mars, VALLES passe pour la quatrième fois le Baccalauréat : résultat cinq boules… noires ! [ 14 ]

Il fait beau à PARIS le 20 Mars 1851… Et Jacques VINGTRAS de narrer : « Noire de monde la Place [ du Panthéon ] cette fois ! C’est plein de mouvement et de vie (…). Aujourd’hui le soleil flambe. On était trois cent, on va être deux mille ! Nous verrons ce que c’est que les Ecoles sans la pluie ! (…). Nous sommes dans la grande cour de la Sorbonne. Elle est pleine (…).

« Filez, filez mon cher ! Les sergents de ville pincent tout le monde, ON CERNE, ON CERNE ! »

(…) Les prisonniers marchent entre deux haies de sergents de ville. Je reconnais les camarades (…). Il parait qu’ils sont soixante dix arrêtés (…) » [ 20 ]

En Mai 1968, le 3 du mois, les étudiants de NANTERRE se rassembleront, eux aussi, dans la Cour de la Sorbonne, pour protester contre la fermeture de leur Faculté décidée la veille par les autorités…

A la demande du Recteur ROCHE, la police fera évacuer l’Université prestigieuse et procédera à … 500 arrestations ! [ « ON CERNE, ON CERNE ! » ]…

Dans la soirée éclateront les premières grenades à effet lacrymogène et les premiers affrontements au Quartier Latin…

Une manifestation de solidarité avec les étudiants arrêtés ( aux accents du slogan fameux : « Libérez nos Camarades ! » ), le 6 Mai 1968, conduira à l’érection de barricades et à des affrontements sévères ( 945 blessés, 422 arrestations )… Le mouvement s’étendra. Mais le 17 Mai la C.G.T. repoussera toute idée de fusion du mouvement revendicatif ouvrier avec celui des étudiants qui la proposaient ! [ 53 ]. L’élan amplificateur du mouvement étudiant de 1968 se retrouvera dès lors bloqué !!!

Le 20 Mars 1851, Place du Panthéon, à l’écart de la manifestation à laquelle a pris part Jules VALLES, bruyants, haineux se tenaient les « Saint Vincent de Paul » venus de la Faculté de Droit [ « De nos jours on les appellerait les fachos » écrit ZIMMERMANN ]. RANC craint une provocation qui fournirait à la police un alibi pour charger et il propose de se rendre dans la Cour de la Sorbonne…

A la Sorbonne, seul le recteur pourrait en effet faire expulser les manifestants. VALLES voudrait rester devant le Panthéon, afin que le peuple puisse se joindre aux étudiants. RANC, « sarcastique, demanda à voir… le peuple. Le petit Jules ne put nous montrer une blouse sur toute la place (…) et les manifestants sérieux nous suivirent à la file. »… Les étudiants Républicains se regroupent donc au centre de la cour de la Sorbonne et CHASSIN lit le texte d’une « adresse à MICHELET »…

Toutefois, appelés par le recteur, guidés par la bande de DELAHODDE, leader des « Saint Vincent de Paul » qui désigne les meneurs, agents en civil et en uniforme procèdent à des arrestations musclées. Et force reste donc à la Loi Bonapartiste.

« La Sorbonne est évacuée avec un doigté identique à celui que déploiera en 1968 le Préfet de Police Maurice GRIMAUD » estime aujourd’hui ZIMMERMANN [ 14 ]…   

Peu après les différents incidents du Quartier Latin qu’il a relaté, VINGTRAS/VALLES perdra beaucoup de ses illusions [ de jeunesse ] et de ses espérances révolutionnaires… (( comme d’autres les perdront aussi… plus tard ! )) …

Pour VALLES ce sera dès… Décembre 1851…

Oui ! Un abîme existe bel et bien entre les classes !!!

« Les redingotes ont pris le fusil, les blouses, non ! Un mot, un mot sinistre m’a été dit par un ouvrier à qui je montrais une barricade que nous avions ébauchée.

« Venez avec nous ! » lui criais-je.

Il m’a répondu : « (…) Jeune bourgeois ! Est-ce votre père ou votre oncle qui nous a fusillés et déportés en Juin [ 1848 ] » ?

Ils ont gardé le souvenir terrible de Juin et ils ont ri en voyant emmener prisonnière l’assemblée des déporteurs et des fusillards »… [ 20 ].

VALLES fait allusion au coup d’état de Décembre 1851, lorsque des Députés se sont rassemblés à la Mairie de ce qui était le Dixième Arrondissement d’alors. Les députés n’offrirent pas grande résistance et ceux qui résistèrent furent arrêtés…

MORNY interviendra pour que le Préfet MAUPAS ne fasse pas jeter dans les geôles des hommes aussi distingués que le Duc de BROGLIE, l’Avocat légitimiste BERRYER, les Ministres Républicain Odilon BARROT ou… Jules DUFAURE !

Le Général FOREY fera expédier les autres députés à MAZAS, puis au Donjon de VINCENNES… [ 54 ]

 

LA FACULTE DE DROIT DE PARIS… ENTRE TRADITION ET MODERNITE…

 

Il n’y a pas que l’agitation politique dans la vie étudiante !

L’ambition principale et essentielle d’Elie DUFAURE est certainement celle de réussir des études supérieures… et de devenir diplômé de la plus prestigieuse Faculté de Droit de FRANCE… qui n’est autre que celle de… PARIS !

L’enseignement des disciplines juridiques au sein de l’Université Française est une très ancienne tradition qui remonte à l’Ancien Régime… La Révolution Française va certes l’interrompre un court moment… Mais, aux « cours privés de Droit », créés au lendemain de la Terreur, viendront très rapidement se surajouter les Facultés de Droit qui sont réouvertes peu après Thermidor [ 55 ]

Les codifications Napoléoniennes, l’évolution des mœurs et des mentalités aux lendemains de la Révolution Française, contribueront quelque peu à modifier les enseignements juridiques traditionnels d’antan, [ « l’histoire est l’intime du Droit, le plus souvent parce que l’histoire se reflète dans le Droit » ], sans pour autant cependant qu’il s’agisse de bouleversements trop profonds !

Le soupçon de modernité qui émerge se traduit également dans les bâtiments dont est affectataire la « Faculté de Droit de PARIS », laquelle a désormais pour adresse « Place du Panthéon, 8 ».

La Faculté de Droit est implantée dans un édifice dont la construction a certes été commencée en 1771 par SOUFFLOT… mais qui n’a été achevée, seulement, qu’en 1823 ! [ 56 ].

Ainsi, lorsque Elie DUFAURE entre à la Faculté de Droit de PARIS il n’y a pas un quart de siècle que celle-ci a pris place dans ses nouveaux quartiers !

Le bâtiment est encore récent, et bien plus que celui de l’ancestrale et voisine Sorbonne en tout cas !

« L’entrée de la Faculté de Droit est décorée de colonnes Ioniques supportant un fronton » [ 56 ], et si l’on affirme parfois que « le Droit garde vivant le passé », on constatera que les architectes le font aussi souvent, à leur manière !

Ce décor « à l’antique », à proximité du « pompeux » Panthéon a certainement du impressionner, autant que flatter l’Ego, du jeune étudiant Corrézien… nourri de lettres anciennes.

« A l’intérieur de la Faculté se trouvent deux grands amphithéâtres et une bibliothèque de plus de 10.000 volumes » [ 56 ] … Pas mal ! … Et cela même si, dès 1855, LAFERRIERE jugera que cette « bibliothèque est manifestement insuffisante tant pour les livres que pour les locaux » [ 2 ] …

Les conditions de base sont réunies pour permettre aux jeunes gens de travailler sérieusement… pour peu que les étudiants en Droit, candidats aux diplômes, soient assidus, motivés et que… d’autres activités ne retiennent pas toute leur attention…

La « politique » perturbera les études du « potache » VALLES…

Les « sciences » occuperont fort les pensées de Jules VERNE qui « au cours de nombreuses visites à la Bibliothèque Nationale commencera à se passionner pour les multiples découvertes scientifiques qui, tout en lui montrant la possibilité proche d’un monde nouveau, se paraient encore de toute la poésie de l’inconnu » [ 44 ]…

Dès 1849 Jules VERNE songera de plus en plus à une carrière littéraire… mais le droit ne sera pas pour autant oublié et VERNE passera sa thèse de Doctorat. Selon le vœu de son père, il devait alors s’inscrire au Barreau de NANTES ou prendre une charge d’avoué chez son père en vue de sa succession. Le jeune écrivain refusera : la seule carrière qui lui convienne est celle des lettres ! [ 44 ]

La « littérature » « nuira » au bon déroulement des études juridiques de Gustave FLAUBERT qui aura bien vite la tête ailleurs que sur les bancs de la Faculté…

On peut en juger à la lecture de « l’Education Sentimentale » : « En portant sous son bras un buvard tout neuf, il [ Frédéric MOREAU ] se rendit à l’ouverture des cours [ de droit ]. Trois cent jeunes gens, nu-tête, emplissaient un amphithéâtre où un vieillard en robe rouge dissertait d’une voix monotone Des plumes grinçaient sur le papier. Il retrouvait dans cette salle l’odeur poussiéreuse des classes, une chaire de forme pareille, le même ennui ! Pendant quinze jours, il y retourna. Mais on n’était pas encore à l’article trois qu’il avait lâché le Code Civil et il abandonnait les Institutes à la summa divisio personarum »… [ 41 ].

Les études de Droit exigent, à l’évidence, une solide motivation… ou tout au moins une forte propension à pouvoir surmonter l’assimilation fastidieuse des bases formelles et procédurières qui composent cette matière et qui apparaissent toujours pour le moins rébarbatives, de prime abord, au non initié ! …

Pas plus FLAUBERT que son personnage Frédéric MOREAU n’ont su trouver suffisamment de ressources morales pour s’y astreindre… Et Jules VALLES encore moins ! Mais tel ne sera pas le cas du jeune Elie DUFAURE…

 

DES ENSEIGNEMENTS TRADITIONNELS… UNE LENTE EVOLUTION...

 

Le contenu des études juridique et le statut de l’étudiant en Droit commencent à évoluer lentement à partir du milieu du dix-neuvième Siècle…

C’est pour éviter l’afflux de diplômés qui se retrouveront sans emploi qu’un arrêté du 7 Mars 1853 imposera bientôt aux étudiants en Droit, outre leur inscription principale, également deux inscriptions dans une Faculté de Lettres…

Déjà les projets de réforme de l’enseignement supérieur ne manquaient pas !

Ainsi à la « Revue de Législation et de Jurisprudence » plusieurs voix ( dont celle de LABOULAYE ) considéraient qu’il fallait ouvrir les Facultés à un enseignement politique et administratif et développer l’enseignement théorique du Droit…

Les enseignants cependant, en particulier ceux de la Faculté de Droit de PARIS, s’opposaient à toute proposition de changement et les efforts de renouvellement des programmes et des méthodes s’avéraient minces !!!

Certains Professeurs s’éloignaient toutefois du strict commentaire des Codes pour rechercher les sources du droit naturel primitif auquel se rattache la loi primitive [ 2 ]. Cependant, dans leur ensemble, les Facultés de Droit marquaient une nette réticence à l’égard des « nouvelles disciplines » qui avaient pour intitulés « Economie Politique » ou « Administration et Statistiques Industrielles », lesquelles commençaient pourtant déjà à faire l’objet de cours… mais ailleurs que dans les Facultés de Droit !

D’un Régime à l’autre, durant des décennies, le cursus et le contenu universitaire des études juridiques n’évolueront donc guère…

La Licence s’acquiert en trois ans d’études consacrés à l’étude du « Droit Romain », du « Droit Civil », de la « Législation Criminelle », de la « Procédure civile et criminelle ». Il s’agit alors surtout de former des professionnels du Droit puisque l’on exige des diplômes juridiques pour l’accès à de nombreuses carrières ou fonctions : Notaires, Juges de Paix, etc … [ 2 ]

En 1863, la Faculté de Droit de PARIS comprend au total 18 chaires : « Droit Romain » ( 4 chaires ), « Code NAPOLEON » ( 6 chaires ) [ « Code NAPOLEON » : on dirait aujourd’hui « Droit Privé » ou « Droit Civil » ], « Procédure Civile », « Législation Criminelle » et « Procédure Criminelle, Droit Criminel et Législation Pénale comparée », « Code de Commerce », « Droit des Gens » [ on parlerait plutôt aujourd’hui de « Libertés Publiques » ], « Droit Administratif », « Histoire du Droit », « Droit Français dans ses origines féodales et coutumières »… [ 56 ]

Le « Droit Commercial » et le « Droit Administratif » sont des disciplines nouvelles introduites depuis peu dans les programmes au moment où Elie débute son parcours universitaire… [ 55 ]

Enseignement réputé pour son caractère extrêmement conservateur, le Droit est un « art » qui évolue lentement, puisqu’il est sans cesse appelé à se nourrir de ses racines historiques…

Ainsi quelques 130 années après Elie DUFAURE, j’ai moi-même été amené à étudier les fondements historiques ( identiques ) de cette discipline… « Histoire du Droit Français », « Droit Romain » [ même si la connaissance et la maîtrise de la langue Latine n’étaient plus un préalable requis ! ]… et à peu près les mêmes matières que celles dont l’énumération vient d’être faite plus haut et qui figuraient au programme obligatoire des enseignements dès les deux premières années d’études.

On le sait, depuis deux siècles l’œuvre législative Napoléonienne marque encore très largement notre législation positive… Alors, il n’y a pas de quoi être particulièrement surpris par la constance des enseignements dispensés ni par la persistance de leurs contenus !

Il serait cependant quelque peu simpliste de conclure que tout le reste n’est que… « jurisprudence »… et bien entendu l’on se doit aussi de considérer la production contemporaine surabondante de textes, intégrée depuis lors dans notre Droit… L’œuvre à la fois d’un Législateur prolifique, durant trois Républiques successives, et d’un pouvoir exécutif non moins avare de textes dans le domaine réglementaire !

Les deux volumes documentaires, pourtant déjà épais, de textes juridiques divers, qui étaient en propriété de Maître Elie DUFAURE, ne suffiraient plus, aujourd’hui, à contenir le bagage documentaire minimal du praticien de base, lui même fut-il spécialisé dans un seul grand domaine juridique !

Un observateur avisé remarquera qu’il n’est pas question dans l’énumération des matières qui étaient enseignées en 1863 du « Droit du Travail », par exemple !

La Loi, qui a été votée le 16 Février 1841, et qui a recueilli à la Chambre 104 voix sur 106 votants, a pour objet de réglementer le travail des enfants dans les manufactures.

Cette Loi de 1841 marquera les prémices de l’intervention protectrice de l’Etat dans les rapports de travail, après les dénonciations par le Docteur VILLERME, en 1840, des abus parmi les plus criants [ 2 ].

La révolution industrielle, dont le rythme commencera à s’accélérer nettement à partir de 1850, multipliera les concentrations d’entreprises et accroîtra le nombre des ouvriers dont au sort misérable ! Avant d’opérer sa mue « libérale », le Second Empire se montrera tout d’abord très méfiant vis à vis de ce prolétariat et, en fait l’essor véritable de ce que l’on pourra nommer plus tard « Droit du Travail » ne débutera qu’avec la Troisième République ! [ 57 ]

Si une allusion peut être trouver dans l’énumération des matières enseignées quant à l’étude de Droits « comparés », il n’est pas encore question du « Droit International »… Les Nations vivent toujours en une relative autarcie et règlent encore leurs différends sérieux d’abord par la force, plus que par la diplomatie et l’arbitrage…

On cherchera aussi, en vain - et pour cause ! -, la présence d’un quelconque cours ayant trait au « Droit Européen », une matière qui est aujourd’hui incontournable !

Il n’est pas non plus question de « Droit Fiscal », pas plus que de « Droit Public Economique » : « l’Etat Gendarme » n’est pas encore relégué à un relatif second plan par un « Etat Providence » triomphant …

Elie DUFAURE serait également fort surpris de constater aujourd’hui que l’on puisse enseigner dans toutes les Universités de Droit des matières aussi « saugrenues » que le « Droit de l’Urbanisme », le « Droit Rural », le « Droit de l’Environnement », le « Droit de l’Eau », le « Droit Maritime » et bien d’autres disciplines, toutes trés spécialisées et  érigées en des « Droits » plus ou moins « autonomes », dont le contenu semble mériter des développements spécifiques auprès des étudiants, tant la connaissance nécessaire des bases générales du droit et du « Code Civil » n’est plus suffisante …

 

DROIT PUBLIC ET CONTENTIEUX ADMINISTRATIF : DES NOUVEAUTES !!!

 

Quelle surprise aussi, vraisemblablement, pour Elie DUFAURE, que de constater toute l’ampleur qui a été prise aujourd’hui par le « Droit Public » et le « Contentieux Administratif » dans l’enseignement de la science juridique, ainsi que par la quasi-nécessité pour les étudiants d’opter assez rapidement dans leurs études soit pour la branche du « Droit public », soit pour celle du « Droit privé », en effectuant au milieu de leur cursus un choix majeur et décisif de « spécialisation » qui n’avait aucune raison d’être autrefois !

Certes le « Conseil d’Etat » et les « Conseils de Préfecture » existaient déjà lorsque Elie DUFAURE était étudiant, mais leurs activités juridictionnelles étaient encore assez limitées…

Le Conseil d’Etat, selon le règlement du 5 nivôse An III et la Constitution de l’An VIII, remplissait déjà la double fonction de Conseil du Gouvernement et de Juridiction Administrative, mais jusqu’en 1872 il n’aura en fait à jouer qu’un rôle consultatif, et ce même en matière juridictionnelle ! [ Système de la « Justice retenue » ].

Pendant un court moment après la Révolution de 1848, le Conseil d’Etat deviendra un organe de « Justice déléguée » statuant en dernier ressort sur le contentieux administratif, mais le Second Empire lui retirera cette prérogative jusqu’à ce qu’il entre dans sa phase plus libérale… [ 58 ]

Les Conseils de Préfecture avaient été créés par la Loi du 28 Pluviôse de l’An VIII et même s’ils étaient considérés comme de véritables juridictions leur indépendance demeurait très faible…

C’est également avec « l’Empire Libéral » que leur situation évoluera quelque peu, en particulier avec la Loi du 21 Juin 1865 sur la Procédure Administrative ! [ 58 ] … Quelques mois seulement à peine avant le décès d’Elie DUFAURE…

Ne soyons pas dès lors étonnés que LAFERRIERE, futur Président du Conseil d’Etat, puisse alors constater : « c’est dans la période de 1860 à 1870 que se produit le développement le plus notable des recours pour excès de pouvoir. » [ 2 ]

Toujours selon LAFERRIERE : « la jurisprudence tend à restreindre les fins de non-recevoir, à réserver un droit de décision contentieuse à l’égard de tout acte d’administration soulevant des questions de légalité, à réduire le nombre des décisions soustraites à tout débat contentieux par leur nature politique ou gouvernementale » [ 2 ]. Le droit administratif, droit jurisprudentiel par excellence, prend alors son véritable essor ! …

Mais il y a déjà longtemps qu’Elie DUFAURE a achevé ses études… Au moins une bonne décennie, sinon deux !

Qu’est-ce que le « Maître en Droit Public », arrière-arrière petit neveu de Maître Elie DUFAURE, que je suis devenu [ ! ] en fréquentant « l’Université des Sciences Sociales de TOULOUSE I » entre 1977 et 1981 a pu retenir de ce que fût le contentieux administratif concernant la période contemporaine d’Elie DUFAURE ? Pas grand chose à vrai dire !!!

Peut-être une décision du Conseil d’Etat en date du 6 Décembre 1855 - « Décision ROTSCHILD » - portant sur la notion d’Etat débiteur… ou encore une décision du 25 Février 1864 - « Décision LASBATS » - reconnaissant le « détournement de pouvoir » comme constituant un cas d’ouverture possible d’un « recours pour excès de pouvoir »… [ En l’espèce, signe des temps, les Préfets ne peuvent « régler l’entrée, le stationnement et la circulation des voitures publiques ou particulières dans les cours qui dépendent des stations de Chemin de Fer » que « dans un intérêt de police et de service public et non pour assurer l’exécution d’un contrat entre une Compagnie de Chemins de fer et un entrepreneur de voitures publiques » [ 59 ] ] …

Voilà, c’est à peu près tout ce qui m’était enseigné et c’était bien maigre !!!

Si l’on se reporte à l’ouvrage les « Grands Arrêts de la Jurisprudence Administrative », qui constitue la véritable « Bible » de tout étudiant juriste, voire de tout praticien de droit public de notre époque contemporaine, le premier arrêt reproduit dans cette anthologie est la « fameuse » décision dite de l’arrêt « BLANCO », en date du 8 Février… 1873, émanant du « Tribunal des Conflits » [[ une enfant ayant été renversée par un wagonnet de la Manufacture des Tabacs, il ressort que « la responsabilité de l’Etat n’est ni générale, ni absolue, et qu’elle a ses règles spéciales »… [ 59 ] ]].

Il n’y a plus aucune décision antérieure à 1873 reproduite dans cet ouvrage de référence constamment réédité et perpétuellement remis à jour !

Le second arrêt référencé émane encore du « Tribunal des Conflits », c’est la décision « PELLETIER » du 30 Juillet… 1873... [ Les faits concernent la saisie d’un journal par l’autorité militaire, il en découle la distinction entre « faute personnelle » et « faute de service »… Citons au passage les formules devenues désormais classiques de LAFERRIERE : « il y a faute de service, si l’acte dommageable est impersonnel, s’il révèle un Administrateur plus ou moins sujet à erreur » ; « il y a faute personnelle s’il révèle l’homme avec ses faiblesses, ses passions, ses imprudences » ! [ 59 ] ].

Le troisième arrêt, le premier arrêt référencé qui émane directement du « Conseil d’Etat », date du 19 Février 1875… Il nous ramène quelque peu à Elie DUFAURE… En effet il s’agit de la décision « Prince NAPOLEON » qui concerne une figure du Second Empire qu’Elie rencontrera personnellement dans le cadre d’une audience privée au « Palais Royal » qui abrite aujourd’hui… ce même « Conseil d’Etat » ! !

Le Prince NAPOLEON, Jérôme-Joseph ( dit « Plon Plon » ), avait été nommé Général de Division par NAPOLEON III, son cousin, en 1853. L’annuaire militaire qui reparaîtra pour la première fois après la chute de l’Empire ne mentionnera pas son nom parmi celui des Généraux… « Plon Plon » interrogera alors le Ministre compétent…

Le Ministre lui répondra que, selon lui, sa nomination, était irrégulière au regard des textes et « se rattachait aux conditions particulières d’un régime politique aujourd’hui disparu et dont elle subissait la caducité » [ 59 ].

C’est cette position Ministérielle que le Prince déférera ensuite devant le Conseil d’Etat et l’arrêt qui sera rendu constituera un « tournant de jurisprudence », le conseil d’Etat admettant bien l’existence d’Actes de Gouvernement, mais n’admettant pas que « l’intérêt politique, la raison d’Etat, en constituent le critère »… [ 59 ]

 

LES EXAMENS… UN RITUEL TRES SOLENNEL !

 

« BACCALAUREAT : tonner contre », proposait Gustave FLAUBERT !

« DROIT ( le ) : on ne sait pas ce que c’est »… définissait encore le Rouennais !

« DIPLOME : signe de science, cependant ne prouve rien », prétendait le même ! [ 18 ].

Il appartiendra pourtant bien au jeune Elie DUFAURE, désormais titulaire du Baccalauréat et aspirant aux grades Universitaires de la Faculté de Droit de PARIS, en particulier à celui de Docteur, de démontrer à ses examinateurs « qu’il sait ce que c’est que le Droit », et que somme toute l’opinion ironique et tranchée arrêtée par FLAUBERT, il ne la fait pas sienne…

Le « Baccalauréat en Droit » [ on parlerait presque aujourd’hui de « Diplôme d’Etudes Universitaires Générales » - D.E.U.G. - de Droit ] est le premier objectif des étudiants en Droit du milieu du dix-neuvième Siècle en matière de diplôme.

Il comporte deux parties, l’une se passant dans le courant de la première année d’études, l’autre durant la seconde année.

Comme c’est encore le cas de nos jours, la « Licence en Droit » s’effectue quant à elle en une troisième année…

A l’époque d’Elie DUFAURE, on ne peut pas se présenter aux épreuves en qualité de « candidat libre ». Il faut avant le passage de tout examen pouvoir d’abord produire un « Certificat d’assiduité aux leçons, délivré par les professeurs des cours suivis », lesquels professeurs font régulièrement « l’appel » … [ 14 ]

Un étudiant surnommé… BOSSUET [ ! ] l’explique à l’attention de Marius dans « les Misérables » : « au troisième appel manqué on vous raie l’inscription. Soixante Francs dans le gouffre »…

A la Faculté de Droit, avant l’ouverture du troisième trimestre des cours de première année [ c’est en Mars… ] les Professeurs arrêtent la liste des étudiants qu’ils jugent pouvoir subir leur examen de première année et de ceux dont ils croient devoir différer l’examen à la deuxième année » [ 14 ].

Se présenter au « Baccalauréat en Droit » ou à la « Licence en Droit » est un acte onéreux. Les tarifs officiels en 1854 sont les suivants : 540 F pour le Baccalauréat en Droit ( 240 F d’inscriptions, 120 F d’examens, 80 F pour le certificat d’aptitude, 100 F pour le Diplôme ) ; 560 F pour la Licence en droit ( 120 F d’inscriptions, 120 F d’examens, 80 F pour le certificat d’aptitude, 100 F pour l’épreuve de la Thèse, 40 F pour le certificat d’aptitude pour la Thèse, 100 F pour le Diplôme )…  [ 14 ] 

« Plus de baccalauréat » ou « A bas les grades Universitaires » font partie de ces motions subversives qui se croisaient au « Club de l’Intelligence », sis dans la Rue Saint Jacques, et que Frédéric pouvait entendre, ainsi qu’on peut le lire dans « l’Education Sentimentale » de FLAUBERT [ 41 ]…

Si FLAUBERT joue, sincèrement ou non, l’indifférence vis à vis des titres, l’obtention d’un diplôme universitaire de haut niveau prouvera au moins à Elie DUFAURE sa propre valeur à ses propres yeux, ce qui est déjà en soi un objectif légitime… mais de surcroît cette reconnaissance lui ouvrira un avenir professionnel certain !

Alors pour nous mettre dans la peau du candidat Elie DUFAURE aux examens de la Faculté de Droit de PARIS rien de plus facile que d’endosser - au sens figuré et presque au sens propre - le « costume » des divers protagonistes du roman de FLAUBERT « l’Education Sentimentale »…

Les instants de vérité que sont les examens, moment toujours critiques pour les potaches, marquent durablement les esprits ! … Aussi une page de littérature réaliste peut en dire souvent bien plus que de longs discours !!!

Merci donc cher Gustave pour ces quelques lignes, vous qui les avez écrites d’expérience et en toute connaissance de cause, comme cela peut se sentir !!! [ 41 ]

« Arriva le mois d’Août, époque de son deuxième examen. D’après l’opinion courante, quinze jours devaient suffire pour en préparer les matières. Frédéric, ne doutant pas de ses forces, avala d’emblée les quatre premiers livres du Code de procédure, les trois premiers du Code pénal, plusieurs morceaux d’Instruction criminelle et une partie du Code civil avec les annotations de M. PONCELET.

La veille, DESLAURIERS lui fit faire une récapitulation qui se prolongea jusqu’au matin, et pour mettre à profit le dernier quart d’heure, il continua à l’interroger sur le trottoir, tout en marchant.

Comme plusieurs examens se passaient simultanément, il y avait beaucoup de monde dans la cour, entre autres HUSSONNET et CISY. On ne manquait pas de venir à ces épreuves quand il s’agissait de camarades.

Frédéric endossa la robe noire traditionnelle ; puis il entra, suivi de la foule, avec trois autres étudiants, dans une grande pièce, éclairée par des fenêtres sans rideaux et garnie de banquettes, le long des murs. Au milieu, des chaises de cuir entouraient une table, décorée d’un tapis vert. Elle séparait les candidats de MM. les examinateurs, en robe rouge, tous portant des chausses d’hermine sur l’épaule, avec des toques à galons d’or sur le chef. Frédéric se trouvait l’avant dernier dans la série, position mauvaise.

A la première question sur la différence entre une convention et un contrat, il définit l’une pour l’autre ; et le professeur, un brave homme, lui dit : « ne vous troublez pas, monsieur, remettez vous ! » ; puis, ayant fait deux demandes faciles, suivies de réponses obscures, il passa enfin au quatrième.

Frédéric fut démoralisé par ce piètre commencement. DESLAURIERS, en face, dans le public, lui faisait signe que tout n’était pas encore perdu ; et à la deuxième interrogation sur le droit criminel, il se montra passable. Mais, après la troisième, relative au testament mystique, l’examinateur étant resté impassible tout le temps, son angoisse redoubla ; car HUSSONNET joignait les mains comme pour applaudir, tandis que DESLAURIERS prodiguait des haussements d’épaules. Enfin le moment arriva où il fallut répondre sur la procédure ! Il s’agissait de la tierce opposition. Le professeur, choqué d’avoir entendu des théories contraires aux siennes, lui demanda d’un ton brutal : - et vous, monsieur, est-ce votre avis ? Comment conciliez vous le principe de l’article 1351 du Code civil avec cette voie d'attaque extraordinaire ?

Frédéric se sentait un grand mal de tête pour avoir passé la nuit sans dormir. Un rayon de soleil entrant par l’intermédiaire d’une jalousie, le frappait au visage. Debout derrière la chaise, il se dandinait et tirait sa moustache. - J’attends toujours votre réponse ! reprit l’homme à la toque d'or. Et comme le geste de Frédéric l’agaçait sans doute : - Ce n'est pas dans votre barbe que vous la trouverez !

Ce sarcasme causa un rire dans l’auditoire : le professeur flatté, s’amadoua. Il lui fit deux questions encore sur l’ajournement et sur l’affaire sommaire, puis baissa la tête en signe d’approbation ; l’acte public était fini. Frédéric rentra dans le vestibule.

Pendant que l’huissier le dépouillait de sa robe, pour la repasser à un autre immédiatement, ses amis l’entourèrent en achevant de l’ahurir avec leurs opinions contradictoires sur le résultat de l’examen.

On le proclama bientôt d’une voix sonore, à l’entrée de la salle : le troisième était… ajourné !

- « Emballé ! » dit HUSSONNET, « Allons-nous-en ! »

Devant la loge du concierge, ils rencontrèrent MARTINON, rouge, ému, avec un sourire dans les yeux et l’auréole du triomphe sur le front. Il venait de subir sans encombre son dernier examen. Restait seulement la Thèse. Avant quinze jours, il serait Licencié. Sa famille connaissait un Ministre, une belle carrière s’ouvrait devant lui.

- « Celui là t’enfonce tout de même » dit DESLAURIERS.

- « Rien n’est humiliant comme de voir les sots réussir dans les entreprises où l’on échoue » ! [ 41 ]

A la Faculté de Droit, le mois d’Août est alors le mois traditionnel des examens… C’est aussi celui des remises de Prix !

Pour la « Faculté de Droit de PARIS », JOANNE précisait, en 1863, « chaque année, vers le mois d’Août, prix distribués : 1° aux élèves de 3ème année, 2° à ceux de 4ème année aspirant au Doctorat et aux Docteurs reçus pendant l’année courante ou l’année précédente »… [ 56 ]

Des « Prix » peuvent bien être distribués aux étudiants en Droit pour la qualité de leurs travaux ! … Mais des Prix de « Bonne Conduite » pourraient l’être aussi décernés … Car, sous le Second Empire, partout les étudiants s’assagissent notoirement !

En 1857 le Recteur ROCHER pouvait ainsi écrire au Ministre : « La faculté de Droit de TOULOUSE est animée tout entière d’un esprit anti-révolutionnaire »…

Il n’est d’ailleurs pas le seul recteur à manifester sa satisfaction car dans l’ensemble désormais les étudiants « juristes » suivent l’opinion de la bourgeoisie dont ils font généralement partie intégrante...

« Les Républicains et les Royalistes, enseignants ou étudiants, ne semblent pas avoir désiré troubler l’ordre Universitaire. Les quelques rares manifestations étudiantes à connotation Républicaine se situeront seulement en… 1868, après le vote de la Loi sur la Conscription » ! [ 2 ]

 

D’UNE THESE DE LICENCE… A UNE THESE DE DOCTORAT...

 

Elie n’évoque pas directement ses études supérieures dans sa « Notice »…

Une seule petite allusion peut y être relevée lorsqu’il indique qu’il s’est rendu chez les parents de son camarade, et lointain allié, Alfred VERVY, « en risquant une visite en prenant pour prétexte la remise d’une Thèse de Licence, mais à la seconde visite sous prétexte d’offrir une Thèse de Doctorat, je m’aperçu que ma présence rappelait dans la maison un souvenir douloureux la mort prématurée et si inattendue de ce pauvre Alfred (…) » !

Au terme de sa troisième année d’études, Elie a obtenu la « Licence en Droit »… Et pour cela il a été amené à composer une « Thèse de licence », à caractère obligatoire… Sur quel-s thème-s portait elle ? Nulle précision n’a pu être retrouvée à ce jour à ce sujet dans ses papiers… et nul exemplaire – ( du moins mis au jour ) - n’a semble-t-il été conservé dans la famille…

La Bibliothèque Nationale de FRANCE conserve cependant plusieurs écrits d’Elie DUFAURE dans son fonds de manuscrits et imprimés…

Outre la « Thèse de Doctorat » et la « Notice sur la Famille du FAURE… », ouvrages que nous possédons, sont recensées des conclusions diverses sur des affaires civiles ou judiciaires ayant occupé l’Avocat, mais également un opuscule à caractère généraliste qui a pour titre : « Conseils de Prud’hommes, dissertation sur les articles 30 et 41 du Décret du 21 Février 1810 », [ un ouvrage comportant 34 pages, et qui a été imprimé par Charles DUFAURE de LAPRADE à VERSAILLES en 1855 ] [ 60 ]…

Bien que ce document ait été imprimé près de dix ans après l’obtention par Elie de sa « Licence en Droit », il est possible de formuler l’hypothèse qu’il puisse peut-être s’agir là de la Thèse de Licence, que l’avocat DUFAURE aurait eu plaisir à remanier et à voir mieux imprimée et brochée que le document initial, et ce pour… la postérité !!!

Mais ce n’est ici qu’une simple hypothèse dont le caractère avéré est bien loin d’être démontré !

« Les thèses de Licence en Droit à cette époque n’ont de thèses que le nom et ne présentent aucun caractère scientifique » [ 2 ]. A TOULOUSE en 1868, le Doyen de la Faculté de Droit déplore ainsi dans son discours de rentrée la faiblesse des Thèses de Licence…

« Les thèses de Licence sont faites très vite dans les derniers jours de la troisième année et l’obligation de traiter quatre sujets [ ! ] force les candidats à présenter des résumés sans grande valeur »…  [ 2 ]

Je lis aussi, même s’il ne s’agit plus des études juridiques : « parmi les critiques persistantes adressées aux études universitaires on relève que de nombreuses thèses sont bâclées ou copiées composées d’emprunts plus ou moins habiles à des travaux antérieurs. Ainsi sur les 274 Thèses de Doctorat en médecine soutenues à PARIS en 1829, 38 seulement sont bonnes, 82 passables, 72 médiocres et 82 mauvaises » [ 42 ]

Le problème général de la valeur des thèses de Licence ou de Doctorat ne semble donc pas concerner que les études juridiques !

 

« THESARD » EN DROIT… « DES SERVITUDES »… AOUT 1850

 

Contrairement à sa « Thèse de Licence », La « Thèse de Doctorat en Droit » d’Elie DUFAURE nous est bien mieux connue dans la mesure où nous disposons de l’un des exemplaires officiels, imprimé et broché, de ce travail « académique »…

Intitulée « Des Servitudes », Elie DUFAURE soutient cette Thèse, sa Thèse, « le 24 Août 1850, à deux heures »… [ entendons bien évidemment : à 14 Heures ! ]…

1850, c’est l’époque à laquelle « l’argumentation » céde progressivement le pas à la véritable « recherche scientifique » en matière de Thèse de Doctorat !

La thèse d’Elie se situe donc en cette période charnière !!!

En effet plusieurs textes [ « Loi du 15 Mars 1850 », « Règlement du 5 Décembre 1850 », « Arrêté du 4 Février 1853 » ], précisent que, désormais le candidat « Thésard » choisira son sujet de Thèse, qui devra comprendre deux dissertations, l’une portant sur le Droit Romain, l’autre sur le Droit Français… Cette thèse devra être imprimée avant la soutenance ( - comme c’était déjà le cas en ALLEMAGNE - ) [ 2 ].

La première thèse juridique de style moderne serait, selon Jean IMBERT, membre de l’Institut, celle de Paul de SALVANDY qui date de… 1855 et qui ne compte pas moins de… 378 Pages… Elle sera donc quatre fois plus volumineuse que celle composée par Elie DUFAURE, laquelle en comparaison ne constituera en effet qu’un ouvrage de dimension réduite, à savoir 92 Pages…

La Thèse a été imprimée « Rue BAILLEUL, 9 - 11, près du LOUVRE », [ cette rue est proche de la « rue de l’Arbre Sec » où résidera quelques années plus tard Maître DUFAURE ], par l’atelier d’imprimerie et de lithographie de MAULDE et RENOU.

Le travail d’impression qui a été réalisé démontre beaucoup de soin… Est-ce pour cette raison qu’Elie avait opté pour cette « Maison » ? Pratiquait-elle aussi des tarifs attractifs et en rapport avec les moyens certainement limités dont disposait à l’époque le jeune avocat ?

Le choix d’Elie DUFAURE ne s’est en tout cas pas porté sur la « Maison » qui faisait de la publicité en quatrième de couverture du Numéro de la revue « Les Ecoles » de Février-Mars 1846…

 

           33, Rue Saint Hyacinthe-Saint Michel, près de l’Ecole de Droit

                                        15 Francs la feuille in-4

                                                      THESES

MM. Lacour et Cie ont l’honneur de prévenir MM. les Elèves en Droit et aspirants aux grades de Docteurs ès-lettres et ès-sciences physiques et médicales, qu’ayant organisé des ateliers spéciaux pour la prompte impression des THESES ( en 24 heures ), ils sont en mesure de les livrer au prix net de quinze fr. la feuille in-4°, et ils se chargent en outre des formalités exigées par l’école.

 

La feuille de format in-quarto équivaut, après pliage, à 4 feuillets ou 8 pages… L’impression de la thèse de Doctorat d’Elie DUFAURE par « LACOUR & Cie » aurait alors, en 1846, généré un coût qui aurait été voisin de… 175 Francs.

Ce coût de 175 F est non négligeable pour l’époque... Il se trouve de plus certainement majoré en fonction du nombre d’exemplaires demandés par l’impétrant, de la qualité de la couverture et du brochage choisis pour l’ouvrage …

 

La Thèse d’Elie comporte en ouverture une courte « introduction »…

Le Titre Premier est intitulé « du Droit Romain »… Il est entièrement rédigé en langue Latine !

Le Titre Deuxième s’intitule : « du Droit Intermédiaire ». C’est le plus bref.

Le Titre Troisième a pour titre : « du Droit Nouveau ». Il constitue l’essentiel des développements.

A la fin de l’ouvrage quatre « préceptes » sont récapitulés sous le chapeau « Propositions » et deux courtes phrases en forme interrogative sous le chapeau « Questions » ! Ces éléments serviront certainement de base à l’argumentation de soutenance…

 

L’Avocat stagiaire DUFAURE va donc devoir s’exprimer devant un Jury sur le thème des « Servitudes »…

Sans doute le fera-t-il avec une certaine éloquence et impressionnera-t-il favorablement le Jury d’examinateurs ! C’est fort probable ! … Elie DUFAURE avait été en effet « rôdé » pour cet exercice par la « Conférence de Stage » à laquelle il avait été tenu de participer en tant qu’avocat stagiaire…

« Jamais la parole de l’avocat n’avait été à la fois si élégante, efficace, vive et rapide quand il le fallait, tout juste émouvante parfois. Nulle afféterie, ni longueur redondance ou sensiblerie. Le ton est toujours exact. Au service d’une présence physique. Les orateurs du Barreau nimbés de l’élitisme de la profession, sont parvenus au sommet à l’égal des grands orateurs Grecs ou Romains » écrit Bernard SUR, à propos de « la place de l’avocat dans la cité », au milieu du XIXème Siècle… [ 55 ]

 

UN JURY DE THESE COMPOSE DE « SOMMITES »… LE PRESIDENT OUDOT

 

C’est devant un jury d’universitaires, certainement en « grande tenue », robe rouge et toque à galons dorés, qu’Elie DUFAURE doit soutenir sa thèse… revêtant lui aussi une « robe », soit sa toge d’avocat, soit une toge d’apparence approchante…

Le Professeur OUDOT, dont, entre autres, le futur Substitut du Procureur Général du Parquet de la SEINE Ernest PINARD avait eu, paraît-il, plaisir à entendre les cours [ 2 ], préside ce jury de Thèse ; les Professeurs BLONDEAU et PELLAT ( doyen ), sont membres suffragants titulaires ; les Professeurs VUARTIN et DURANTON sont suppléants suffragants…

L’un au moins parmi ces éminents Professeurs avait-il interrogé quelques années auparavant le jeune étudiant en droit Gustave FLAUBERT, finissant ainsi par se retrouver transposé et croqué pour la postérité dans les passages de « l’Education Sentimentale »… cités plus haut ? C’est possible !

Dans une correspondance, en date du 7 Juin 1844, adressée à son ami Ernest CHEVALIER, Gustave FLAUBERT traçait ces mots : « (…) Ecris-moi comment tu vas et ce que tu fais. Vois-tu quelquefois OUDOT dans tes rêves ? DURANTON te pèse-t-il sur la poitrine quand tu as des cauchemars ? Quelle belle invention que l’Ecole de Droit pour vous emmerder ! C’est à coup sûr la plus enkikinante de la création » !!!

En note, à propos de ce petit passage contenu dans cette correspondance Bernard MASSON de préciser pour les lecteurs d’aujourd’hui : « OUDOT et DURANTON : Professeurs à l’Ecole de Droit de PARIS »… [ 39 ]

Alexandre NAJJAR, biographe d’Ernest PINARD, affirme que le futur Procureur « éprouve une grande désillusion lorsqu’il entre à la faculté de Droit de PARIS. Les commentaires de Lois lui paraissent tellement arides à côté des idées philosophiques développées par ses ancien maîtres ! Deux Professeurs vont néanmoins le réconcilier avec ses études de Droit : OUDOT et ROSSI, futur Ministre de PIE IX » [ 25 ]

Il s’avère que le Professeur Julien OUDOT a « fait partie des novateurs dans le corps des professeurs de la Faculté de Droit à PARIS qui paraît à cette époque bien sclérosé », selon ce qu’écrit HALPERIN, qui s’est penché très récemment sur l’histoire de l’enseignement du Droit en FRANCE … [ 61 ]

L’on doit au Professeur OUDOT un ouvrage intitulé « Premiers Essais de Philosophie du Droit et d’Enseignement méthodique des Lois Françaises, suivis de Lettres adressées à M. GIRAUD ».

Edité en 1846 cet ouvrage est dans son ensemble consacré à des réflexions sur les méthodes de l’enseignement du Droit. On y trouve des considérations décisives sur la distinction de la méthode exégétique et de la méthode synthétique, sur les oppositions entre la méthode historique et la méthode philosophique, l’auteur se voulant à chaque fois dans un juste milieu entre ces différentes tendances. De manière plus circonstancielle mais tout aussi importante, une partie entière de cet ouvrage est consacrée à l’analyse de l’arrêté du 22 septembre 1843 définissant le programme de l’enseignement du droit civil dans les Facultés de droit.

La principale proposition d’OUDOT est, contrairement à ce que fait l’arrêté du 22 Septembre 1843, de dissocier la progression dans les études de droit civil de l’ordre du Code. On notera à cet égard, parmi d’autres arguments celui qui souligne que dès que l’ordre d’un cours est fixé de manière immuable et connu à l’avance « à l’instant s’imprime les catéchismes pour l’examen, dédiés par la spéculation à la paresse des élèves. Ceux-ci ne comptant plus les trois années que comme un délai pour avoir un diplôme désertent le cours pour lire des ouvrages superficiels » ! [ 61 ]

La dernière partie de l’ouvrage d’OUDOT est un recueil des lettres que l’auteur a adressées à l’inspecteur Général des Facultés de Droit, et dont l’on peut citer quelques titres : « Nécessité de la distinction des objets et des méthodes d’enseignement, Conciliation des devoirs et des droits de l’État avec la liberté d’enseignement ; Ordre et durée de l’enseignement ; Organisation du professorat ; conciliation de la variété des méthodes et de la division des examens… ». [ 61 ]

En 1855, le Professeur Julien OUDOT publiera encore « Conscience et Science du Devoir, Introduction à une explication nouvelle du Code NAPOLEON » …

Selon les spécialistes, « on ne peut pas sous-estimer l’étrangeté de la pensée d’OUDOT qui présente, dans ce cours d’introduction au droit, des passages philosophiques et religieux très frappants, mais qui d’un autre côté produit des avancés conceptuelles significatives ( sur la distinction entre le droit ordonnateur et le droit sanctionnateur qui conduit à montrer qu’il existe un régime pénal administratif ). Quelques développements de l’ouvrage méritent également d’être soulignés pour leur modernité, par exemple la confrontation entre la notion d’intérêt personnel et la notion de justice ou encore les développements sur la notion d’imputabilité. Notons ce que l’auteur entend par « science du devoir » est en réalité l’étude des systèmes de droit conçus comme prescrivant des devoirs »… [ 61 ]

La Bibliothèque Nationale de France conserve entre autres ouvrages ou opuscule commis par le Professeur OUDOT, l’un d’entre eux qui est intitulé : « Nouveaux exercices de composition littéraire et de dissertation morale, avec les corrigés faits par les élèves eux-mêmes » qu’il publiera en … 1851, c’est à dire bien peu de temps après la soutenance de Thèse d’Elie DUFAURE ! [ 60 ]

 

LES PROFESSEURS BLONDEAU ET PELLAT ( DOYEN )…

 

Au delà de la personnalité du Président OUDOT, je me suis efforcé de rechercher quelques éléments d’information concernant l’ensemble des membres qui composaient le Jury de Thèse qui devait entendre Elie DUFAURE…

Le patronyme « BLONDEAU » était également à l’époque l’un des noms parmi les plus célèbres de la Faculté de Droit de PARIS …

Né en 1784, Hyacinthe BLONDEAU était le fils d’un riche marchand tanneur de la ville de NAMUR, en BELGIQUE… De bonnes études au collège de NAMUR, puis aux écoles centrales de BRUXELLES et d’ANVERS, lui valurent d’être envoyé, en 1802, comme « élève d’élite » à PARIS, où il obtenait la Licence en Droit en 1805. Davantage attiré par la théorie du droit que par l’éloquence judiciaire, le voici, l’année suivante, Professeur suppléant à l’Ecole de Droit de STRASBOURG. Les idées novatrices de BLONDEAU s’y heurtèrent à l’académisme ambiant. Elles ne l’empêchèrent cependant pas d’être nommé suppléant à la Faculté de Droit de PARIS en 1808, puis de conquérir le Doctorat en 1809. BLONDEAU se vit confier alors la chaire de Droit Romain en 1819 et, enfin, le Décanat de la Faculté en 1830, ( qu’il occupera jusqu’en 1844 ). [ 62 ]

Ses cours, au dire de ses élèves, sont très stimulants, bien que parfois difficiles à suivre. Par son enseignement et ses nombreuses publications, aujourd’hui oubliées, BLONDEAU a contribué, en son temps, à la rénovation de la science juridique. [ 62 ]

Hyacinthe BLONDEAU est l’auteur de « Chrestomathie ou Choix de textes pour un cours élémentaire du droit privé des Romains, précédé d’une introduction à l’étude du Droit », un ouvrage édité en 1830.

Sous le titre « Chrestomathie ou Choix de textes pour un cours élémentaire du droit privé des Romains, précédé d’une introduction à l’étude du Droit », l’ouvrage composé de deux ensembles distincts est d’abord un recueil de textes fondamentaux du droit Romain, non traduits mais présentés et surtout abondamment annotés en Français, ensuite c’est une « Introduction à l’étude du droit » d’une exceptionnelle ampleur, dans laquelle l’auteur, dont on sait qu’il fut un des piliers de la THEMIS, se livre à une réflexion sur la notion de droit mais surtout sur les modes de son enseignement à la Faculté de Droit de PARIS. C’est donc un témoignage important sur les tentatives de rénovation de cet enseignement par une école qui fut très violemment opposée au doyen DELVINCOURT » [ 63 ]

A PARIS, Hyacinthe BLONDEAU avait noué des relations avec le physicien AMPERE, le paléontologiste CUVIER, et d’autres scientifiques encore…

Les dix dernières années de sa vie, BLONDEAU les partagera entre des voyages en Europe et des séjours dans sa propriété d'ERMENONVILLE ( OISE ), où il s’éteignit le 11 novembre 1854. [ 62 ] …

Peut-être participer à un Jury de Thèse était pour Hyacinthe BLONDEAU l’occasion de quitter temporairement sa retraite et de revenir « hanter » les amphithéâtres et les couloirs de la Faculté de Droit de PARIS…

Le Doyen PELLAT a pris part, lui, à des travaux de la « Société d’Economie Politique de PARIS » en 1858, ainsi que l’on peut en retrouver trace aujourd’hui sur… Internet !

Lors de la réunion de cette institution, en date du 5 Mai 1858, il est d’ailleurs question justement… « de l’Enseignement Obligatoire »… ce qui nous permet de rester toujours et encore dans le cadre de notre sujet !

Le compte-rendu de la séance précise que : « L’attention de la réunion se porte sur la question de savoir jusqu’à quel point le père de famille doit être contraint à donner une certaine instruction à ses enfants ». [ Plusieurs membres interviennent à tour de rôle ], et « M. PELLAT, Doyen de l’Ecole de Droit, répond que, quand l’enfant est en tutelle, la loi règle positivement la manière dont les conseils de famille et le tribunal pourront intervenir pour déterminer le genre d’instruction qui sera donnée à l’enfant et pourvoir aux dépenses nécessaires ; et le subrogé tuteur doit, sous ce rapport, comme sous tous les autres, surveiller le tuteur, fût-il le père ou la mère. Mais, quand le père et la mère sont tous deux vivants, il n’y a point de tutelle, par conséquent point de subrogé tuteur ni de conseil de famille. Le père exerce sur l’enfant non la tutelle, mais la puissance paternelle, et la loi ne contient pas de dispositions spéciales qui en règlent l’exercice. Mais, comme le père est obligé non-seulement de nourrir et d’entretenir ses enfants, mais encore de les élever, on est assez généralement d’accord que, s’il ne leur donnait pas un genre d’instruction et d’éducation convenable, eu égard à sa fortune et à sa position sociale, les magistrats pourraient intervenir sur la provocation de la mère ou de la famille » ! [ 64 ]

Eugène de MOLINARI signera quelques semaines après sur ce même sujet un article, publié dans « L’économiste Belge », qui paraîtra le 10 Juillet 1858…

« L’obligation d’élever ses enfants est-elle, en effet, d’une autre nature que celle de les nourrir et les entretenir ; est-elle moins nécessaire, est-ce une dette moins criarde ? Nous ne le pensons pas ; car l’homme, ainsi que le disent les livres saints, ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui vient de la divinité, c’est-à-dire de l’enseignement social. Nous demanderons, en conséquence, que l’on soumette la dernière obligation à la même sanction que les deux premières, c’est-à-dire à la sanction civile. Nous croyons que pour atteindre ce but il n’est pas même nécessaire d’inscrire une disposition nouvelle au Code civil ; le pouvoir judiciaire n’aurait qu’à appliquer la loi existante ( art. 203, 852, 1409, 1448 et 1558 du Code civil ), aussi bien en ce qui concerne l’éducation que la nourriture et l’entretien dus aux enfants. Cette opinion est partagée par MM. de MOLOMBE, CHARDON, PELLAT, Doyen de la Faculté de Droit de PARIS, quoique moins explicites, ZACHARIAE, DEMANTE et d’autres inclinent vers la même interprétation. La jurisprudence, qui n’a pas été appelée souvent à se prononcer sur cette position, est également favorable à notre opinion. Ce n’est point ici le lieu de faire un plaidoyer ; aussi nous nous contenterons de signaler cette question, étant bien convaincu, ainsi que nous l’avons démontré dans une conférence du jeune Barreau de BRUXELLES que le principe de l’enseignement obligatoire se trouve virtuellement compris dans le Code Civil, et que, en tout cas, la solution de cette question par la loi civile est préférable à la solution par la loi pénale » ! [ 64 ] …

 

LES PROFESSEURS VUARTIN ET DURANTON, SUPLEANTS SUFFRAGANTS…

 

Edouard-Auguste VUARTIN est sans doute le « Professeur » le plus jeune parmi les membres qui composent le Jury ; et semble-t-il d’ailleurs n’a-t-il pas encore officiellement cette qualité de « Professeur » titulaire d’une chaire, le 24 Août 1850…

Son patronyme en tant que membre de Jury est orthographié sur la page de la couverture de la Thèse : « VUATRIN »… mais sans doute s’agit-il là d’une erreur matérielle puisque je n’ai retrouvé aucune trace de « VUATRIN » dans mes recherches… au contraire de « VUARTIN »…

VUARTIN publiera des écrits jusqu’en 1876, et plus particulièrement cette année là, un ouvrage de référence, recensé par la Bibliothèque Nationale de France, qui s’intitulera : « Lois administratives Françaises, recueil méthodique contenant, 1°les Lois, Décrets et Règlements ; 2° les dispositions qui ont précédé la législation en vigueur. Première partie : Organisation administrative. Deuxième partie : Finances, travaux publics » [ 60 ]

L’essentiel des dix-huit travaux, ouvrages ou opuscules dus à VUARTIN et conservés à la Bibliothèque Nationale a été cependant « publié » à la fin des années 1840 et au début des années 1850 durant la période qui nous occupe plus spécifiquement…

Il semble s’agir pour beaucoup de « travaux universitaires » destinés probablement à permettre à Edouard-Auguste VUARTIN d’accéder au grade de « Professeur de Faculté »… Il serait sur le point d’être « adoubé » par ses pairs en Août 1850…

L’inventaire – à la PREVERT – des titres des « publications » de VUARTIN conservées à la BNF [ 60 ] reflète quelques-une des préoccupations de la pensée doctrinale de l’époque et je les livre ici sans nuls autres commentaires :

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1843-1844. Argumentation de droit français. « De l’Incapacité de la femme mariée, du mineur et de l’interdit »... par Edouard-Auguste VUATRIN - 1844

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1843. Composition de droit public, par Edouard-Auguste VUATRIN, « Quels sont, en FRANCE, les droits que l’on appelle politiques et à qui appartiennent-ils ? En quoi consiste la qualité de citoyen et les prérogatives qui y sont attachées ? » - 1844

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1846. Composition de droit français, par E.-A. VUATRIN, « Lorsqu’un ascendant a fait entre ses enfants un partage par acte entre-vifs, le délai de l'action en nullicité ou en rescision de ce partage commence-t-il à courir du jour de l’acte ou du jour du décès de l’ascendant ? » - 1846

 -Faculté de droit de PARIS. Concours de 1846-1847. Composition de procédure civile, par E.-A. VUATRIN, « Quels sont les caractères distinctifs des actions possessoires énoncées dans la loi du 25 mai 1838 sous les noms de complainte, de réintégrande et de dénonciation de nouvel œuvre » - 1846

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1846. Composition de droit romain, par E.-A. VUATRIN, « Quid proficit ad perpetuandam vel augendam obligationem mora vel factum sive rei principalis, sive corei sive accessionum ? » - 1846

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1849. Composition de droit romain, par E.-A. VUATRIN, « Quales sunt effectus venditionis, legati et donationum inter vivos vel mortis causa vel inter virum et uxorem circa rem alienam ? » -1849

- « De acquirenda vel omittenda hereditate ». [Signé : VUATRIN.] – 1850 [ sans autres précisions ! ]

- Concours de 1850. « De la Preuve littérale et de la preuve testimoniale quant à l’existence ou à l’extinction des obligations », positions présentées par M. VUATRIN.

- Concours de 1850. « Des sociétés taisibles et communautés rurales », positions présentées par M. VUATRIN.

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1850. Composition de droit romain, par E.-A. VUATRIN, « Quaeritur in quo conveniant et differant hereditatis petitio pro parte et actio familiae erciscundae »

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1850. Composition de droit romain, par E.-A. VUATRIN, « Quaeritur quo sensu dicatur condictionem cum actione bonae fidei concurrere »

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1850. Composition d’histoire du droit Romain, par E.-A. VUATRIN, « Quelles furent les causes et quels ont été les effets de la constitution d’Antonin CARACALLA, d’après laquelle, suivant ULPIEN, « omnes qui sunt in orbe Romano cives Romani effecti sunt » ?

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1850 - Composition de droit Français, par E.-A. VUATRIN, « Quels sont, dans notre droit, le caractère et les effets de la donation entre époux pendant le mariage ? »

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1851. Epreuves définitives. Composition de droit administratif, par E.-A. VUATRIN, « Une prise d’eau faite, en 1850, dans une rivière navigable pour l’établissement d’un canal de navigation a mis en chômage trois usines »

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1851. Composition de droit Romain, par E.-A. VUATRIN, « Quaeritur ex quo tempore tum possessor domino vindicanti, tum debitor creditori agenti casum praestare debeat »

- Faculté de droit de PARIS. Concours de 1851. Composition de droit civil Français, par E.-A. VUATRIN, « Quel est le droit des porteurs d’engagements solidaires du mari et de la femme en concours sur des immeubles du mari, soit entre eux, soit à l’égard des cessionnaires de l’hypothèque légale de la femme ? »

Que de questions passionnantes !!!

Avec ceux d’OUDOT ou de BLONDEAU, plus encore que celui de VUARTIN, le nom de « DURANTON », lequel est « Professeur suffragant suppléant » dans le jury de thèse d’Elie DUFAURE, demeure peut être parmi les noms les plus célèbres dans la litanie de ceux des anciens Professeurs de la Faculté de Droit de PARIS…

Le Professeur Alexandre DURANTON a été, selon GAUDEMET, « un très grand travailleur. Il est l’un des très rares auteurs qui aient réussi à publier intégralement sans collaboration, un traité développé de droit civil ».

DURANTON avait débuté, dès 1819, par rédiger un « Traité des contrats et des obligations en général », en quatre volumes.

En 1825, il commença la publication de son « grand ouvrage » : « Cours de Droit civil Français suivant le Code civil », terminé seulement en 1837, alors que les premiers volumes en étaient déjà à leur troisième édition.

La quatrième édition, la dernière de cette somme, a paru en… 22 volumes, de 1844 à 1845… Un auteur, LAGRANGE, a consacré tout un livre à l'étude de cette œuvre de référence, dont le succès, tous les faits le prouvent, fut immédiat, immense et indiscuté… [ 61 ]

« Alexandre DURANTON ( 1783-1866 ) même s’il n’a jamais plaidé connaîtra une très forte notoriété parmi les avocats de son temps en proposant en particulier dans son « Commentaire du Code Napoléon » un nouveau genre juridique qui deviendra prédominant au XIXème siècle… ( DURANTON laissera également un colossal Cours de droit français 1825-1837, 22 vol. ) » [ 63 ]

 

DOCTEUR EN… 1850… UNE PERIODE « CHARNIERE » DE REACTION !

 

Bernard SUR signale son ouvrage que « les avocats avaient à bien des égards le droit de protester lorsque pour la première fois l’Etat voulut leur imposer une patente par la Loi du 15 Mai 1850 » ! [ 55 ]

L’avocat « débutant » Elie DUFAURE n’a pas du accueillir cette réforme du 15 Mai 1850 avec enthousiasme puisque celle-ci était susceptible d’amputer sensiblement les revenus qu’il pouvait espérer tirer désormais de son établissement professionnel lui permettant de percevoir les fruits mérités de son labeur intellectuel, scolaire et universitaire !

En Mai 1850, Elie DUFAURE devait cependant se préoccuper également de sa soutenance de thèse à venir dans un temps proche… 

C’est fort peu de temps avant la soutenance d’Elie, que le 18 Août 1850, Honoré de BALZAC décédait… C’est quelques jours après, le 26 Août 1850, à CLAREMONT en ANGLETERRE, que mourrait en exil LOUIS PHILIPPE, et que s’éteignait avec lui les derniers vestiges de la « Monarchie de Juillet » !

Un peu plus tard, le 10 Octobre 1850, au cours de la revue militaire qui se déroulera au Camp de SATORY, quelques régiments crieront « Vive l’Empereur !!! »… De modestes exclamations qui pourtant retentiront vite d’un grand bruit !!!

L’année 1850 est une année charnière dans le siècle, une année charnière entre le régime Républicain… et le futur régime impérial qui déjà se dessine.

Le 27 Février 1850, au Faubourg Poissonnière, Victor HUGO avait vu passer le cortège Présidentiel : « le peuple regardait à peine. des gens en blouse criaient : « Vive la République ! », un enfant criait : « Vive l’Empereur ! » … Une vieille femme lui dit « attends donc qu’il ait fait quelque chose ! » [ 65 ].

Comme BALZAC, comme LOUIS-PHILIPPE, la République, elle aussi, se meurt donc en cet été 1850 ! …

En Juillet 1850, en politologue averti, Victor HUGO notait encore : « Moment bizarre. Nous sommes en République, le parti Monarchiste gouverne (…). La réaction, officiellement et à la tribune, est obligée de faire bonne mine à la République mais (…) elle administre d’énormes fessées aux principes Révolutionnaires (…). Lois d’Etat de siège, Lois de censure, Lois de clôture, Lois de compression, Lois d’étouffement, Lois pour l’ignorance publique, Lois de déportation et de transportation, Lois contre le Suffrage Universel, Lois contre la presse. Ils disent : « faisons de l’ordre » (…). Toutes ces Lois que vous faites là, c’est du combustible ! »…

Tel est le commentaire d’humeur de Victor HUGO en ce mois de Juillet 1850 [ 65 ].

Ces combustibles vont contribuer à décupler l’ardeur de bien des avocats favorables à la philosophie Républicaine, durant la décennie à venir au moins ; nombreux seront-ils en effet à figurer parmi les opposants résolus à l’Empire… jusqu’à son entrée dans une phase plus libérale ! … Nombreux seront-ils aussi à jouer un rôle important dès les premières années de la Troisième République…

 

UNE LOI « REACTIONNAIRE » DONT ON PARLE ENCORE… LA « LOI FALLOUX »

 

Le Président de la République, le Citoyen Louis BONAPARTE, a formé en Décembre 1848, un Gouvernement composé d’anciens notables Royalistes, présidé par Odilon BARROT, et dont la figure la plus remarquée est le Comte de FALLOUX nommé au « Ministère de l’Instruction Publique et des Cultes »…

C’est la première fois depuis Février 1848 qu’est formé un Gouvernement sans Républicains

Après quelques jours de travail seulement le Libéral MALLEVILLE est remplacé au Ministère de l’Intérieur par… Léon FAUCHER… qui va devenir le Ministre « autoritaire et répressif de la fin du printemps 1849 » [ 66 ].

[ [ Léon FAUCHER est un cousin par alliance de Charles DUFAURE de LAPRADE… lui même cousin, ( très ) éloigné, d’Elie DUFAURE… ] ].

Léon FAUCHER avait pourtant accepté de présider le banquet de REIMS au début de l’année 1848, il avait signé l’acte d'accusation contre GUIZOT ; il avait été élu Député de la MARNE en Avril 1848, ayant adhéré sans réserve à la République ; il avait été un des soutiens de la candidature de BONAPARTE à la Présidence… [ 66 ]

FAUCHER, en poste au Ministère de l’Intérieur, opère de nombreux changements parmi les personnels de la « Préfectorale »… Dans ce mouvement le jeune Emile OLLIVIER, déjà muté par CAVAIGNAC de MARSEILLE à… CHAUMONT, se retrouve alors privé purement et simplement de toute fonction…

Avec ce Gouvernement de Décembre 1848, l’on passe progressivement de la réaction… antisocialiste à la réaction… antirépublicaine !!! [ 22 ]

Léon FAUCHER n’y est pas pour rien !

Le « Parti de l’Ordre » l’emporte sur celui de la « Démocratie Sociale », et la « majorité parlementaire » qui se retrouve issue des élections de 1849 est à forte orientation Monarchiste…

Cette majorité monarchiste est décidée à mener à bien sa grande affaire qui n’est autre que la « Loi sur l’Enseignement » !

Le but principal de la Loi est de « faire du prêtre le premier pilier de l’ordre moral et social en face de l’instituteur ou du professeur » [ 22 ].

La puissance de la « restauration catholique » est en ces temps indéniable !

« Curieuse République dont le Président rêve de restauration Impériale et l’Assemblée de restauration monarchique », commente Jean-Michel DUCOMTE, « le mouvement ouvrier est sorti brisé des journées de Juin. Avant que le régime ne sombre, l’Assemblée avait vidé les conquêtes de 1848 de l’essentiel de leur contenu. La « Loi FALLOUX », votée le 15 Mars 1850, apparaît comme une revanche décisive de l’église catholique en matière d’enseignement »… [ 50 ]

Fallait-il donc une Loi pour trancher les conflits entre le principe de la liberté d’enseignement et le monopole universitaire d’une part, entre l’esprit de libre pensée et le dogmatisme d’inspiration catholique, d’autre part ?

Probablement !

Les conflits anciens étaient restés en l’état sous LOUIS PHILIPPE, et cela même si, à la fin du Règne, GUIZOT penchait plutôt du côté « Jésuite »…

La suspension du cours de MICHELET, au Collège de FRANCE aura été l’une de ses dernières fautes politiques ! [ 22 ]

La « petite Loi », ou Loi de PARIEU, est votée le 11 Janvier 1850…

Félix de PARIEU est né en 1815 à AURILLAC. C’est un… avocat. C’est en 1849 qu’il a rejoint la majorité Monarchiste et qu’il devient bientôt « Ministre de l’Instruction et des Cultes » en remplacement du « Citoyen-Abbé FALLOUX » qui a démissionné compte tenu de son désaccord avec la politique du Président de la République sur la « Question Romaine » [ 2 ]

La « Loi de PARIEU » demeurée moins célèbre que la « Loi FALLOUX » règle le sort de l’enseignement primaire…

Avec la Loi de PARIEU, les congrégationnistes reçoivent désormais toute facilité pour devenir instituteurs… et les Préfets conservent la haute main sur tout l’enseignement primaire…

L’abbé Louis DELCROS dédiera ainsi, [ … bien plus tard… en 1937 ], son ouvrage « la Chanson de nos Pierres » :

 

« A la glorieuse mémoire de mon noble compatriote trop méconnu par l’Histoire, Félix de PARIEU, Député du CANTAL, Ministre de l’Instruction Publique de 1849 à 1851, qui défendit avec une magnifique éloquence et fit voter en 1850 la Loi FALLOUX, je dédie ce livre, écrit à la gloire de la Liberté d’Enseignement, où je voudrais que mes élèves de l’Ecole BOSSUET apprennent la fierté de leur passé » [ ! ] [ 9 ]

 

Pour ce qui la concerne, la « grande Loi » ou « Loi FALLOUX », [ la Loi garde pour l’Histoire le nom de son principal artisan, le Comte de FALLOUX, et ce même s’il n’était plus Ministre en exercice au moment du vote ], est adoptée le 15 Mars 1850 !

L’Université est fragmentée par « Académies départementales », dans les conseils desquelles l’Evêque siège ès-qualité.

La Liberté d'enseignement, en particulier dans le secondaire, est établie

Un simple Bachelier peut désormais ouvrir une Ecole mais l’Université garde cependant la collation des grades…

La « Loi FALLOUX » est une Loi de compromis qui permet surtout l’ouverture d’un foisonnement d’écoles et de collèges, surtout confessionnels…

La « Loi FALLOUX » contribuera à créer l’ère des « deux jeunesses », [ celles qui sont élevées dans les « filières rivales » que sont celles de l’Université et de l’église ! ], témoignant de divisions philosophiques profondes - cléricales et anticléricales - dont on sait qu’elles perdurent toujours et agitent encore sporadiquement la vie politique Française… Les manifestations de 1984 en faveur de « l’école libre » sont encore bien présentes dans nos esprits… Une dizaine d’années plus tard, « François BAYROU a failli perdre son poste [ de Ministre de l’Education Nationale ] peu après l’avoir conquis, à la suite d’une regrettable erreur d’appréciation des capacités de mobilisation enseignantes en faveur de l’école publique. Le Ministre voulait abroger la Loi FALLOUX, qui réglemente strictement le financement public de l’enseignement privé. A cette occasion, l’ampleur des manifestations le fit capituler » [ 67 ].

Pour François FURET, la cause est cependant toute entendue : « la Loi FALLOUX livre l’enseignement supérieur à l’église » !!! [ 52 ]

La « réaction » triomphe donc !!!

Peu après le vote de la « Loi FALLOUX », en Mars 1850, après des élections partielles où PARIS a réélu des candidats « rouges », une réforme du système électoral est votée pour, par des dispositions techniques écarter du droit de vote une partie de la population ouvrière… Le Suffrage Universel se retrouve donc une fois encore largement égratigné… Et puis le Parlement vote un florilège de Lois diverses, toutes « liberticides » selon leurs détracteurs, parmi lesquels HUGO qui pouvait comme on l’a vu s’en émouvoir dès Juillet 1850 …

 

LA FIN D’UN PARCOURS DE FORMATION… UN BEL ESPRIT BIEN FORME !

 

A nouveau un changement de régime Politique semble s’annoncer… qui fera suite à la Monarchie Constitutionnelle et à la République… régimes au cours desquelles Elie DUFAURE aura reçu sa formation intellectuelle…

Il reste que le fils du petit propriétaire-vigneron d’ALLASSAC est devenu « Docteur en Droit » et qu’il peut désormais se consacrer pleinement à une carrière professionnelle d’avocat…

La fin « glorieuse » d’un parcours de formation mené à son terme !

« INSTRUCTION : Laisser croire qu’on en a reçu beaucoup », conseillait malicieusement FLAUBERT [ 18 ]

Le même FLAUBERT, pour le terme « ECOLE » proposait - entre autres affirmations - « à l’Ecole de Droit, jeunes gens de bonne famille »… [ 18 ]

On le sait, Gustave avait toujours fulminé contre les études de Droit…

« Je ne vois rien de plus bête que le Droit si ce n’est l’étude du Droit » écrivait FLAUBERT à l’un de ses amis le 15 Mars 1842 [ 39 ] … alors qu’Elie n’était encore qu’un élève de « Seconde » au Petit Séminaire de BRIVE…

« Quelle belle invention que l’Ecole de Droit pour vous emmerder ! C'est à coup sûr la plus enkikinante de la création ! » réitérera le même FLAUBERT à l’intention du même correspondant, le 7 Juin 1844… [ 39 ]

Elie DUFAURE, pour ce qui le concerne, aura pourtant trouvé dans ces mêmes études juridiques, sinon un certain « épanouissement personnel », du moins un moyen fiable d’ascension sociale dont il aura pu mesurer tout l’intérêt et su saisir l’opportunité pour se constituer une position sociale conforme à l’idée qu’il se faisait de son rang…

Reconnu par l’institution Universitaire, à force certainement de beaucoup de travail, et n’en doutons point aussi, grâce à des facultés intellectuelles avérées et supérieures à la moyenne, [ les atouts socio-économiques du jeune Corrézien n’étaient probablement pas suffisants au départ pour lui permettre de pouvoir masquer une quelconque médiocrité intellectuelle ! ], Elie DUFAURE, du Petit Séminaire de BRIVE à la Faculté de Droit de PARIS, aura accompli un parcours de formation « hors norme » en regard du niveau scolaire moyen qui était celui de la majorité des jeunes gens de sa région et de sa génération !

Elie DUFAURE peut donc figurer sans conteste parmi les membres de l’Elite intellectuelle de son temps !!!

 

 

 

 

ANNEXE

 

 

EXTRAITS DU DISCOURS PRONONCE PAR MONSIEUR JACK LANG, MINISTRE DE L’EDUCATION NATIONALE, LE MARDI 19 DECEMBRE 2000, A l’OCCASION DE LA JOURNEE NATIONALE D’ETUDE ET DE REFLEXION SUR LE DEVELOPPEMENT DE L’INTERNAT SCOLAIRE PUBLIC :

 

 () En 1811, NAPOLÉON, fidèle en cela à lesprit révolutionnaire, crée le concept de « pupille de la Nation » : le lycée intègre linternat.

En 1829, cest la naissance du mot, et le développement de linternat scolaire à proprement parler, Cest alors une nécessité, à cause de la rareté des écoles, surtout à partir du secondaire, de leur éloignement du domicile, de la précarité des transports.

La conception même de léducation fondée sur lobéissance et la rigueur, saccommode bien dailleurs de la modalité de linternat.

On peut dire que linternat pendant tout le XIXème siècle et au début du XXème a été une condition de la progression de la scolarisation dans la société française, et un synonyme de démocratisation.

De la fréquentation de la littérature française, qui ne retient pas les descriptions apocalyptiques de la vie de pension ?

Souvenirs sinistres, hantise de la promiscuité, des humiliations, de la violence physique et morale, de lenfermement Telle semble être la vision sombre que certains de nos écrivains, et non des moindres, ont forgée de linternat.

Ce que je remarque pourtant, à les relire, cest que même lorsque limpression est négative, perce lidée dune dette, parce que linternat a rendu possible la poursuite des études

 

 MAXIME DU CAMP, par exemple, a gardé des souvenirs terribles de ses années de collège : « Jai souffert, jai souvent été malheureux, mais je déclare que jamais je nai regretté ces jours écoulés sans liberté, sans famille, sans tendresse, loin de tout ce qui vous aime et sous une règle uniforme régissant à la fois cinq cents caractères différents. Jamais je nai regretté les couloirs humides, les dortoirs glacés, les salles fétides, le réfectoire infect, les escaliers usés où brûle un quinquet fumeux ; jamais je nai regretté les classes sans fin, les courtes récréations, ni même les promenades aux Champs-Elysées, doù lon revient si triste, parce quon a vu des femmes dont limage vous poursuit pendant les longues soirées dhiver ; non, je nai jamais regretté rien de tout cela, et je comprends la haine des écoliers pour ces prisons dans lesquelles on enferme leur enfance sous prétexte dinstruction, car cette haine je lai ressentie » [ in « Mémoires dun suicidé », 1853 ) ].

Il sen échappe, pourtant, de ce collège tant haï et dont il connaît par cœur lépouvantable cachot. La vieille tante à qui il a été confié rappelons quil est orphelin - vient le délivrer pour le confier aussitôt à une autre institution : « Le soir même, je fus conduit à linstitution X Jy trouvai des maîtres qui avaient au moins le mérite dêtre polis, jy trouvai une sorte déducation de famille qui tenait aux rapports constants du directeur et des élèves ; jy trouvai loubli de tout ce que javais souffert au collège et une tranquillité dexistence à laquelle je nétais plus accoutumé depuis longtemps. Jy terminai mes études, qui, grâce à ceux qui les dirigeaient à cette heure, ne furent pas trop incomplètes »

 

Il y a donc bien là reconnaissance dune dette.

Et même, quelquefois, ne perçoit-on pas un écho de nostalgie ?

 

JULES VALLÈS, fils dinstituteur, grande figure de la Commune de PARIS, donne lui aussi dans « LEnfant », premier tome des aventures largement autobiographiques de Jacques VINGTRAS, une image saisissante de lenfance humiliée et de ce quétait léducation en France avant la révolution laïque de Jules FERRY. Sa pension LEGNAGNA est un modèle du genre et les brimades pleuvent dautant plus sur lui que ses parents ne paient quune somme modique pour la pension Linégalité sociale imprime sa marque dès lenfance

Et pourtant, ne saisit-on pas, au détour dun paragraphe, quelque chose qui ressemble bien à un souvenir heureux ?

« Je ne crains pas la solitude de ce dortoir où jentends revenir un à un les camarades. Je puis penser, causer avec moi, ce sont mes seuls moments de grand silence. Je ne suis pas distrait par le bruit de la foule, où ma timidité misole. () et dans le calme de cette pension qui sendort, la tête tournée vers la fenêtre doù japerçois le champ du ciel, je rêve non à lavenir mais au passé »

Dautres écrivains, non moins connus dailleurs, ont au XIXème siècle laissé des témoignages très positifs, qui montrent bien limportance des années de pension dans la consolidation de leur personnalité.

 

 

 

Cest BALZAC, entré le 22 juin 1807 au collège des Oratoriens de VENDOME, et qui y resta six ans sous le régime dun internat rigoureux. Dans son roman autobiographique « Louis LAMBERT », il raconte comment ce fils de simple tanneur parvient à mener des études brillantes. Certes, linstitution nest guère épargnée au cours du roman, qui en dénonce la rigueur, les brimades, létroitesse desprit. Et pourtant, « Qui de nous ne se rappelle encore avec délices, malgré les amertumes de la science, les bizarreries de cette vie claustrale ? » écrit BALZAC. Et de remémorer avec émotion, entre autres rites de la vie collective , ce « commerce gastronomique - il sagit des échanges de plats au réfectoire - qui est constamment resté lun des plus vifs plaisirs de notre vie collégiale ». Commerce, échange, partage « Les tables étaient longues, notre trafic perpétuel y mettait tout en mouvement ; et nous parlions, nous mangions, nous agissions avec une vivacité sans exemple »

 

 

 

 

 

 

 

 

Cest Emile ZOLA, qui, dans ses « Etudes sur la France contemporaine » ( 1877 ), évoque ses souvenirs délève au collège BOURDON dAIX-EN-PROVENCE, mais donne également une analyse objective des défauts et des mérites de léducation en collectivité. Ces pages sont parmi les plus belles quon ait consacrées à linternat , et à léducation en général, dont ZOLA a très tôt compris lenjeu essentiel pour lavenir de la société.

« Le collège de la ville dAIX est un bon collège de province.() Certes, la méchanceté était grande au collège dAIX. On se tutoie, mais on se massacre. Les nouveaux venus paient leur entrée de quelque bataille.(..) Rien que de jeunes bêtes lâchées dans la vie, apprenant lexistence en commun, sans rien cacher encore de leur nature.

Eh bien ! selon moi, cest ce qui rend précieuse la vie de collège. Quand on a un fils, on ne saurait hésiter une seconde, cest là quil faut le placer ».

La cuisine était mauvaise au collège dAIX , à tel point que parfois des révoltes éclataient. ( ) ? Cest presque le seul reproche que Zola trouve à faire !

« Jai toujours un petit frisson, lorsque je songe aux horreurs de cette cuisine. Mais, au demeurant, cest à peu près là lunique souvenir désagréable que mait laissé le collège. On pense sans amertume à ces années de prison, parce quon pense à sa jeunesse envolée. Puis il y a toutes sortes de petits bonheurs. Lemprisonnement vous rend la liberté bien chère. Et comme on goûte profondément les plaisirs défendus, les premières pipes fumées en secret et qui vous rendent si malades, les romans lus derrière les dictionnaires, les lettres écrites aux petites ouvrières du quartier et portées par les externes ! Dans notre dortoir, lorsque le maître détude dormait, nous jouions aux cartes, dun lit à lautre. La veilleuse éclairait faiblement la longue pièce blanche, on voyait à peine les cartes, et il fallait jouer sans lâcher un mot ; nimporte, cétaient des parties passionnées. () Jai aussi des souvenirs, très vibrant encore, et dune douceur sans pareille : les classes un peu froides de lautomne, où lon se réchauffait en soufflant sur ses doigts, les récréations du printemps, avec toutes sortes de bonnes odeurs qui venaient de la campagne ».

 

 

Au XXème siècle, limplantation de linternat perd progressivement de son ampleur, et il devient une référence littéraire plus rare

 

 

Dans son autobiographie récente, « Chaque jour est un adieu », ALAIN REMOND montre bien ce quil doit à linternat. Certes, le souvenir au départ nest pas très enthousiaste : « Pourquoi nétais-je pas à TRANS, dans la cuisine, à lire tranquillement, bien au chaud, avec la famille ? Quest-ce que je faisais dans cet endroit sinistre, où, à part Jacques, je ne connaissais personne, avec ce pion, dans la chambre à côté, qui nous avait à lœil et qui, à laube, le lendemain, nous réveillerait en frappant dans ses mains ? »

Pourtant, dans cette famille très pauvre de dix enfants, et surtout après la mort du père, sans linternat, sans la maigre bourse qui laccompagne, Alain REMOND naurait pas pu continuer ses études . Et vient le temps de la revanche sur la misère : « Javais trouvé, sans le vouloir, sans même men rendre compte, la parade impeccable : les prix dexcellence. Javais découvert que jétais bon en classe. (). Et voilà, cétait ça, ma revanche. : les jours de distribution des prix, dans la cour dhonneur des Cordeliers, entendre un notable, entouré de toutes les autorités de la ville et du département, annoncer « Prix dexcellence, Alain REMOND, de TRANS ». Cétait la revanche des bleds paumés, des trous perdus, de la campagne oubliée. Mais la vraie récompense, cétait celle-ci : ma mère, venue exprès de TRANS, assise au milieu de tous ces gens bien habillés, qui entendait mon nom et qui me regardait descendre de lestrade avec mes prix. Le regard et le sourire de ma mère, ce jour-là, dans la cour dhonneur des Cordeliers, à DINAN, jamais je ne les oublierai »

 

 

Jeanne DUFAURE était-elle présente à BRIVE le 17 Août 1842 dans la Cour de lHôtel de LABENCHE ? Et quand on annonça : « Second prix dexcellence, Elie DUFAURE, dALLASSAC », était-ce alors pour elle aussi « la revanche » des bleds paumés, des trous perdus, de la campagne oubliée ?

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES :

 

[ 1 ] Dictionnaire Petit Robert 1             Le ROBERT      Edition ROBERT 1977

[ 2 ] Dictionnaire du Second Empire       Direction Jean TULARD         FAYARD 1995

[ 3 ] Archaïsme et Modernité en Limousin au XIXème Alain CORBIN  RIVIERE 1975  PULIM 1998

[ 4 ] Le Guide de la Corrèze           Claude LATTA              La MANUFACTURE 1991

[ 5 ] La Vie Quotidienne en Limousin au XIXème Siècle     G-E CLANCIER    HACHETTE 1976

[ 6 ] La Religion Populaire   Martine CHAVENT  in Corrèze – Encycl.  Editions BONNETON 1990

[ 7 ] Allassac en Bas Limousin, Un Pays - Une histoire J.L. LASCAUX  FOYER CULTUREL 1992

[ 8 ] Donzenac  Aujourd’hui-Autrefois        A. ULRY      Imprimerie Catholique   BRIVE 1913

[ 9 ] La Chanson de nos Pierres    Abbé L. DELCROS    Imprimerie CHASTRUSSE   BRIVE 1933

[ 10 ] Introduction à l’Histoire de notre Temps Le XIXème  R. REMOND  SEUIL 1974  POINTS 1994

[ 11 ] La France des Notables  T.1  JARDIN & TUDESQ    LE SEUIL 1973   POINTS SEUIL 1973

[ 12 ] L’enfant                            Jules VALLES                     LE LIVRE DE POCHE  1995

[ 13 ] L’enfant - Profil d’une Oeuvre       Guillemette TISON               HATIER 1992

[ 14 ] Jules Vallès – L’Irrégulier   Daniel ZIMERMMANN    Biographies - Le CHERCHE MIDI  1998

[ 15 ] Balzac                              Henri TROYAT              FLAMMARION  1995       J’AI LU  1997

[ 16 ] Histoire Sociale de la France au XIXème  Christophe CHARLE   SEUIL 1979  POINTS 1991

[ 17 ] Paris au XXème Siècle         Jules VERNE       HACHETTE  1994    Le Livre de Poche  1996

[ 18 ] Dictionnaire des Idées Reçues  FLAUBERT  Lib.GaleFrançaise 97  Le Livre de Poche 1997

[ 19 ] Le Testament d’un Blagueur       Jules VALLES            MILLE ET UNE NUIT  2001

[ 20 ] Le Bachelier                           Jules VALLES                   J’AI LU 1995

[ 21 ] Le Dernier des Horace    Bernard FRANK     in Le Nouvel Observateur 20-26 Janvier 2000

[ 22 ] L’Apprentissage de la République     Maurice AGULHON    SEUIL  1973   POINTS  1992

[ 23 ] Littérature XIXème Siècle     Sous la Direction d’Henri MITTERAND      NATHAN  1989

[ 24 ] La France des Notables  T.2  JARDIN & TUDESQ    LE SEUIL 1973   POINTS SEUIL 1973

[ 25 ] Le Procureur de l’Empire - Ernest Pinard         Alexandre NAJJAR       BALLAND   2001

[ 26 ] Nouveaux ( et moins Nouveaux ) Visages de la Censure   PAUVERT   Les Belles Lettres 1994

[ 27 ] L’Enfer du Sexe - Le vrai Problème de la Censure  PAUVERT  J.J PAUVERT Editeur 1971

[ 28 ] L’Amant de la Dordogne          in  Magazine Télérama  N° 2388 du 18 Octobre 1995

[ 29 ] Novembre              Gustave FLAUBERT            Editions  CLANCIER-GUENAUD    1988

[ 30 ] Flaubert                        René HERVAL                        La BONNE PRESSE      1942

[ 31 ] Les Lieux - Histoire des Commodités        R.H. GUERRAND        La DECOUVERTE    1997

[ 32 ] Où sont les Toilettes ?             Isabelle MONROZIER              RAMSAY    1990

[ 33 ] Victor Hugo, Portrait d’un Génie    Magazine L’Histoire – Numéro Spécial   Janvier 2002

[ 34 ] Article « Brunet »    in le Dictionnaire des Ministres       communiqué par Alain LEVY

[ 35 ] Code Général des Lois Françaises DURAND & PAULTRE Edit .COSSE & MARCHAL 1858

[ 36 ] Notices Historiques et Littéraires sur les Auteurs…  Librairie HACHETTE & Cie  [ 1858 ? ]

[ 37 ] Paris, ses Organes, ses Fonctions et sa Vie jusqu’en 1870   M. du CAMP    RONDEAU  1993

[ 38 ] Chers Parents      Jules VALLES   in  Site WEB « Bibliothèque Municipale de Lisieux »

[ 39 ] Correspondance de Flaubert    Choix de B. MASSON     GALLIMARD 1975  FOLIO 1998

[ 40 ] Site Web –  « Page perso »     Jeunesse de FLAUBERT

[ 41 ] L’Education Sentimentale     Gustave FLAUBERT    MARABOUT 1996

[ 42 ] La Vie Quotidienne du Médecin de Province au XIXème   J. LEONARD    HACHETTE 1977

[ 43 ] Le Père Goriot      Honoré de BALZAC      in Littérature XIXème     NATHAN 1989

[ 44 ] Divers Sites « Web » - « Pages perso » - Biographies hétéroclites de Jules VERNE

[ 45 ] La fin des Terroirs         Eugène WEBER        FAYARD     1983

[ 46 ] Les moissons délaissées   Jean Guy SOUMY  Robert LAFFONT  1992    J’AI LU  1994

[ 47 ] Les bonnes fréquentations COIGNARD/GUICHARD  GRASSET 1997 Le Livre de Poche 98

[ 48 ] 1848 et la Seconde République     Jules BERTAUT      Arthème FAYARD et Cie    1937

[ 49 ] 48 ou l’inutile Révolution     André CASTELOT     PRESSES POCKET    1968

[ 50 ] La République   Jean-Michel DUCOMTE     Les essentiels     Editions MILAN 2002

[ 51 ] Restauration et Révolutions  2.000 ans d'images   B. MELCHIOR-BONNET  LAROUSSE 1984

[ 52 ] La Révolution   Tome II     1814 – 1880     François FURET   HACHETTE 88   PLURIEL 1997

[ 53 ] Oui, Mai            Edition Spéciale           TELERAMA           Avril 1998

[ 54 ] Le Second Empire        Pierre MIQUEL         PLON 1985

[ 55 ] Histoire des avocats en France , des origines à nos jours    Bernard SUR     DALLOZ   1998

[ 56 ] Le Guide Parisien           Adolphe JOANNE        Librairie HACHETTE 1863

[ 57 ] Le Droit du Travail  Michel DESPAX Presses Universitaires de France 1967  QUE SAIS JE ? 1977

[ 58 ] Contentieux Administratif  Mémentos Droit Public/ Science Politique Gustave PEISER DALLOZ 1995

[ 59 ] Les Grands Arrêts de la Jurisprudence Administrative  LONG-WEIL-BRAIBANT  SIREY Ed.1974

[ 60 ] Site « Web » - « Bibliothèque Nationale de France  - Catalogue BN Opale Plus »

[ 61 ] Site « Web » - « La Mémoire du Droit – Droit Ancien »

[ 62 ] Site « Web » - « Ville de Namur / Rues de la Ville – Rue Blondeau »

[ 63 ] Site « Web » - « Bibliothèque Nationale de France – Le Droit au XIXème »

[ 64 ] Site « Web »  - indéterminé - « De l’enseignement Obligatoire »

[ 65 ] Choses Vues      1849-1885         Victor HUGO        GALLIMARD FOLIO N° 2945        1997

[ 66 ] Article Faucher     Dictionnaire de Biographie Française   communiqué par Alain LEVY

[ 67 ] L’Omerta Française  S. COIGNARD / A. WICKHAM    ALBIN MICHEL 1999  POCKET 2002

 

 

 

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