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- 3 Mars 1848 -

UNE CORRESPONDANCE D’ELIE DUFAURE ADRESSEE A ALPHONSE DE LAMARTINE

 

« (…) Je vous remercie de tout cœur d'avoir fait intervenir l'idée de Dieu dans la République que vous organisez (…) »

 

                                                                     http://www.chateaulamartine.com/

 

 

 

Le 3 Mars 1848 l’étudiant en Droit, Elie Dufaure, bientôt âgé de 24 ans, prend la plume et écrit une lettre à Alphonse de Lamartine…

 

Le texte de cette correspondance, qui figure semble-t-il aujourd’hui dans plusieurs « ouvrages savants », (recueils commentés des correspondances d’Alphonse de Lamartine, que je n’ai pu que partiellement consulter et/ou dont je n’ai qu’une connaissance approximative), est le suivant :

                                                                                  3 Mars 1848

                                             Monsieur,

Depuis qu'il m'a été permis de m'initier aux affaires de mon pays, en écoutant les hommes haut placés, mon cœur a désiré la République comme remède à de nombreux abus mais ma raison ne la concevait pas dans une nation où il faut l'avouer, les moeurs sont plus monarchiques que républicaines.

Depuis un mois pourtant, en observant un homme, je pressentais, je devinais qu'un parti républicain se formait, grossissait, et qu'il avait l'honneur de vous avoir pour tête. J'avais beau questionner les uns et les autres, pour savoir si mes pressentiments que je ne divulguais pas avaient quelque fondement, partout incertitude.

Aujourd'hui des aveux ont été faits et je suis un peu fixé sur les bases de la constitution projetée. Cela me rassure, je ne redoute plus l'anarchie.

Après avoir pris une part active, ainsi que la majeure partie de mes condisciples, au mouvement qui s'opère j'éprouvai, comme eux, le besoin de vous témoigner notre reconnaissance pour les soins que vous prenez des intérêts du pays et de la bienveillante sollicitude que vous avez pour nous.

Personnellement, je vous remercie de tout cœur d'avoir fait intervenir l'idée de Dieu dans la République que vous organisez. Mon cœur, qu'avaient resserré des actes de vandalisme dont j'étais le témoin, s'est rouvert depuis que j'ai entendu le concert de louanges dont vous êtes l'objet et que vous méritez à tant de titres et surtout depuis que j'ai entendu sortir de votre bouche des paroles pleines d'onction. C'est qu'en effet il faut moraliser un peuple pour le conduire à sa fin. Et puis, quel est l'homme plus sainement républicain que Dieu fait homme ?

Si quelqu'un peut faire pour un peuple ce que Dieu a fait pour l'univers entier, c'est vous, Monsieur, qui avez une si belle âme qu'on sent grande à la lecture de vos Harmonies.

Mais, je ne puis vous le dissimuler, un pressentiment me pénètre, m'assiège, par suite des combinaisons qu'il me suggère... Je me reporte à l'ode que vous avez composée sur Napoléon, et je m'arrête sur les mots qui suivent ceux-ci : « ô toi vengeur des rois, plus grand que ces rois même »

Si vos travaux vous permettaient de m'envoyer un petit mandat de comparution et que vous voulussiez me faire un tel honneur, je m'ouvrirais tout entier à vous et serais heureux.

Agréez, s'il vous plaît, Monsieur de Lamartine, l'assurance du respect affectueux d'un jeune homme qui vous estime profondément.

Dufaure Elie,

Etudiant en Droit

Rue des Cassettes, 3, Paris.

 

Peut être un internaute érudit, « Lamartinien » éminent, pourra-t-il me communiquer la teneur des commentaires qui accompagnent cette lettre d’Elie Dufaure dans les différents ouvrages dans lesquels elle figure, à savoir :

 

* Travaux de l'Université de Saint-Etienne - Centre interdisciplinaire d'étude et de recherche sur l'expression contemporaine - 1972 - Page 91-92

 

Correspondance d'Alphonse de Lamartine (1830-1867) de Alphonse de Lamartine, Christian Croisille, Marie-Renée Morin - 2000 - page 272

 

Je dois à l’obligeance de Monsieur Philippe Mignot [ http://www.chateaulamartine.com/ : visitez le Château d'Alphonse de Lamartine situé à Saint Point ! ] plusieurs éléments d’information parmi lesquels la confirmation que le texte de la lettre que j’ai pu établir « est conforme à la publication de Christian Croisille tome V 1847-1849. Honoré Champion éditeur Paris », et que « toutes les archives de Saint Point sont à la Bibliothèque Nationale depuis la vente du château en 2004 ».

Je pense en effet, sans avoir pu recouper avec certitude ma source, que la lettre d’Elie Dufaure a été conservée, jusqu’à une date récente, au château de Saint Point et qu’elle se trouve aujourd’hui à la BNF…

 

Monsieur Mignot ajoute : « je pense qu'il faut considérer cette lettre comme un témoignage d'admiration et qui est resté sans suite comme beaucoup d'autres je suppose » …

C’est également le point de vue que je peux en avoir…

 

 « (…) Je devinais qu'un parti républicain se formait, grossissait, et qu'il avait l'honneur de vous avoir pour tête… (…) »

 

« (…) Mon cœur, qu'avaient resserré des actes de vandalisme dont j'étais le témoin, s'est rouvert depuis que j'ai entendu le concert de louanges dont vous êtes l'objet et que vous méritez (…) »

 

 

 

Le tableau de Philippoteaux met en valeur un aspect souvent oublié de la vie de Lamartine : son engagement politique !

Le poète Lamartine impose le drapeau tricolore comme drapeau de la Seconde République issue de la Révolution de 1848.

Dans une harangue à la foule en 1848, le poète défendit le drapeau bleu-blanc-rouge, arguant qu'il « a fait le tour du monde avec la République et l'Empire, alors que le drapeau rouge n'a fait que le tour du Champ-de-Mars dans le sang du peuple ».

 

 

« Noble, célèbre, suffisamment riche pour siéger à la chambre des députés sous Louis-Philippe, le parcours politique d’Alphonse de Lamartine est insolite, mais semble-t-il sincère: d’abord légitimiste, puis orléaniste, et enfin républicain!

Février 48 sera le point d’orgue de sa carrière.

Lorsque la révolution éclate, il fait partie des députés les plus à gauche qui sont désignés dans l’effervescence pour former un gouvernement provisoire.

A l’hôtel de ville, ces bourgeois partisans d’une république modérée doivent composer avec les personnalités imposées par la foule en armes en particulier les socialistes louis Blanc et l’ouvrier Albert.

Ses ennemis politiques ont beaucoup raillé l’incompétence de Lamartine et ses rêveries de poète. Il n’empêche qu’en dépit des journées meurtrières de juin 48 qui mettent fin à « l’illusion lyrique », et des peu glorieuses élections présidentielles de la même année, qui voient la victoire de Louis-Napoléon Bonaparte et l’effondrement de la popularité de Lamartine, l’oeuvre des « quarante-huitards » marque une date dans l’histoire politique de la France ! »

 

© CDDP de l'Eure

http://crdp.ac-rouen.fr/crdp76/

 

 

 

 

Élection présidentielle de 1848 :

 

La participation quoique élevée (75% des électeurs inscrits) est en sensible recul par rapport aux élections à l' Assemblée nationale en avril 1848 (84% des inscrits).

 

Louis Napoléon Bonaparte obtient 5 587 759 voix soit 74% des suffrages et 56% des inscrits

 

Alphonse de Lamartine obtient 21.032 voix soit 0,3% des suffrages

 

 

 

% exprimés

Inscrits

9 977 452

 

Votants

7 542 936

 

Abstentions

2 434 426

 

Exprimés

7 519 035

 

Blancs ou nuls

23 901

 

Louis-Napoléon Bonaparte

5 587 759

74,31

Louis-Eugène Cavaignac

1 474 687

19,61

Alexandre Ledru-Rollin

381 026

5,07

François-Vincent Raspail

37 121

0,49

Alphonse de Lamartine

21 032

0,28

Nicolas Changarnier

4 975

0,06

autres exprimés

12 435

 

 

 

« L’épisode du drapeau tricolore » sous la plume de Lamartine lui-même :

 

« Il calma d’abord ce peuple par un hymne de paroles sur la victoire si soudaine, si complète, si inespérée même des républicains les plus ambitieux de liberté, il prit Dieu et les hommes à témoin de l’admirable modération et de la religieuse humanité que la masse de ce peuple avait montrée jusque dans le combat et dans le triomphe, il fit ressortir cet instinct sublime qui avait jeté la veille ce peuple encore armé, mais déjà obéissant et discipliné entre les bras de quelques hommes voués à la calomnie à l’épuisement et à la mort pour le salut de tous.

A ces tableaux la foule commençait à s'admirer elle-même, à verser des larmes, d'attendrissement sur les vertus du peuple, l'enthousiasme l'éleva bientôt au-dessus de ses soupçons, de sa vengeance, et de ses anarchies.

« - Voilà ce qu’a vu le soleil d’hier citoyens ! », continua Lamartine.

« Et que verrait le soleil aujourd’hui ? - II verrait un autre peuple d’autant plus furieux qu’il a moins d’ennemis à combattre, se défier des mêmes hommes qu’il a élevés hier au-dessus de lui ; les contraindre dans leur liberté, les avilir dans leur dignité, les méconnaître dans leur autorité qui n’est que la vôtre ; substituer une révolution de vengeances et de supplices à une révolution d’unanimité et de fraternité ; et commander à son gouvernement d’arborer en signe de concorde, l’étendard de combat à mort, entre les citoyens d’une même patrie ! Ce drapeau rouge qu’on a pu élever quelquefois quand le sang coulait comme un épouvantail contre des ennemis qu’on doit abattre aussitôt après le combat en signification de réconciliation et de paix ! J'aimerais mieux le drapeau noir qu'on fait flotter quelquefois dans une ville assiégée, comme un linceul, pour désigner à la bombe des édifices neutres consacrés à l'humanité et dont le boulet et la bombe même des ennemis doivent s'écarter; voulez-vous donc que le drapeau de votre république soit plus menaçant et plus sinistre que celui d'une ville bombardée? »

« Non, non, s’écrièrent quelques-uns des spectateurs, Lamartine a raison mes amis ne gardons-pas ce drapeau d’effroi pour les citoyens !

« - Si, si », s’écriaient les autres « c’est le nôtre. c’est celui du peuple, c’est celui avec lequel nous avons vaincu, pourquoi donc ne garderions-nous pas après la victoire le signe que nous avons teint de notre sang ? »

« Citoyens », reprit Lamartine après avoir combattu par toutes les raisons les plus frappantes pour l’imagination du peuple le changement de drapeau et comme se repliant sur sa conscience personnelle pour dernière raison, intimidant ainsi le peuple qui l’aimait par la menace de sa retraite : « Citoyens vous pouvez faire violence au gouvernement. Vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la nation et le nom de la France. Si vous êtes assez mal inspirés et assez obstinés dans votre erreur pour lui imposer une république de parti et un pavillon de terreur. Le gouvernement je le sais est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant, quant à moi jamais ma main ne signera ce décret ! Je repousserai jusqu’à la mort ce drapeau de sang, et vous devriez le répudier plus que moi ! car le drapeau rouge que vous nous rapportez n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars traîné dans le sang du peuple en 91 et en 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire, et la liberté de la patrie ! »

A ces derniers mots Lamartine interrompu par des cris d’enthousiasme presque unanimes tomba de la chaise qui lui servait de tribune dans les bras tendus de tous côtés vers lui !

La cause de la république nouvelle l’emportait sur les sanglants souvenirs qu’on voulait lui substituer.

Un ébranlement général secondé par les gestes de Lamartine et par l’impulsion des bons citoyens fit refluer l’attroupement qui remplissait la salle jusque sur le palier du grand escalier aux cris de « Vive Lamartine ! Vive le drapeau tricolore ! »

 

« Histoire de la Révolution de 1848 »

par Alphonse de Lamartine

Paris, 1849

 

 

« (…) Je vous remercie de tout cœur d'avoir fait intervenir l'idée de Dieu dans la République que vous organisez (…) »

 

« (…) Et puis, quel est l'homme plus sainement républicain que Dieu fait homme ? (…) »

 

« Quelques épisodes particulièrement célèbres — comme le transfert des calices, des ciboires et du Christ de la chapelle des Tuileries à l’église Saint-Roch par les insurgés eux-mêmes, durant la journée du 24 février 1848 — illustrent le caractère religieux de la Révolution de 1848, qui « se fit contre le trône, mais respecta l’autel ».

Les représentations que les « quarante-huitards » avaient du Christ, qu’ils voyaient comme un « sans-culotte », comme le premier des républicains ou des socialistes, témoignent, elles aussi, des rapports qui s’établirent à cette époque entre religion et politique.

De son côté, l’Église accueillit favorablement les événements de Février.

Le 7 mars, Mgr Affre assura Dupont de l’Eure « du loyal concours du clergé », ce à quoi le chef du Gouvernement provisoire répondit par ces mots rassurants : « La liberté et la religion sont deux sœurs également intéressées à bien vivre ensemble »; enfin, le clergé catholique donna bien volontiers sa bénédiction aux arbres de la Liberté.

Par ailleurs, en diverses circonstances, la Seconde République associa l’Église à ses actes ou à ses fastes.

Ainsi, dès le 29 février 1848, le Gouvernement provisoire engagea « M. l’archevêque de Paris et tous les évêques de la République à substituer à l’ancienne formule de prières les mots Domine, salvam fac Rempublicam »; au mois de novembre, le ministre des Cultes pria les archevêques et les évêques de faire célébrer dans toutes les paroisses de leur diocèse un Te Deum « pour appeler les bénédictions du ciel sur cette Constitution, qui fonde et proclame la République démocratique ».

Cependant, les nouveaux textes ou projets relatifs au statut des cultes et aux rapports devant exister entre ceux-ci et l’État sont généralement passés sous silence par les historiens de 1848, dont l’attention s’est plus volontiers portée sur des questions d’ordre politique et social que sur des questions d’ordre religieux.

Pourtant, la Révolution de 1848 amena très rapidement quelques modifications majeures dans la situation des fidèles pratiquant un culte minoritaire ; puis, en supprimant toute référence au catholicisme, la Constitution du 4 novembre introduisit une rupture, temporaire certes, mais fondamentale dans l’histoire religieuse institutionnelle de la France ; enfin, la révision du Concordat de 1802 fut entamée, mais n’aboutit pas.

Dans la Constitution du 4 novembre 1848 le préambule s’ouvre par la formule : « En présence de Dieu et au nom du peuple français, l’Assemblée nationale proclame… »

 

© « La politique religieuse de la Seconde République »

par Jacqueline Lalouette

http://rh19.revues.org/document619.html

 

 

 

« Après avoir pris une part active, ainsi que la majeure partie de mes condisciples, au mouvement qui s'opère j'éprouvai, comme eux, le besoin de vous témoigner notre reconnaissance… »

 

Le gouvernement Guizot décide d'interdire les banquets, faux repas mais vraies « meeting » politiques, mais une manifestation d'étudiants et d'ouvriers (qui seront rejoints le lendemain par la garde nationale composée de petits bourgeois) s'organise le 22 février 1848… Le roi renvoie finalement son ministre Guizot, et la protestation se calme… provisoirement.

Le 23 février 1848, dans un climat tendu, l'armée riposte à des tirs et la fusillade fait vingt morts parmi les manifestants (fusillade du boulevard des Capucines). L'annonce de cet événement soulève Paris et déclenche une insurrection.

Les barricades se multiplient.

Dans la nuit, Louis-Philippe rappelle Adolphe Thiers, qui l'a porté au pouvoir 18 ans plus tôt…

Le 24 février, Adolphe Thiers lui conseille de s'enfuir à Saint-Cloud et de reconquérir Paris à la tête de son armée.

Le roi, horrifié à la perspective de faire couler du sang s'y refuse et il se résout à abdiquer en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, en confiant la régence à la duchesse d'Orléans. Il quitte la capitale.

La duchesse d'Orléans, non sans panache, se présente avec ses deux enfants au Palais Bourbon où siègent les députés. Ceux-ci inclinent à approuver la régence quand, tout à coup, la foule envahit les lieux.

Les républicains commencent à se manifester. Un cri retentit : «À l'Hôtel de Ville !»…

Lamartine, Ledru-Rollin, Arago, Dupont de l'Eure, Marie, Garnier Pagès… proclament dans la nuit l'avènement d'un gouvernement républicain…

 

© CDDP de l'Eure

http://crdp.ac-rouen.fr/crdp76/

 

 

 

 

« (…) Je suis un peu fixé sur les bases de la constitution projetée. Cela me rassure, je ne redoute plus l'anarchie (…) »

 

 

 

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