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                                      Allassac

 

 

 

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Août 2005

PASCAL LAVAUD, Maitre Taillandier

 

 

LE MANOIR DES TOURS

« Honor domus mea »

 

D’HIER A AUJOURD’HUI

 

 

" Achabatz d'entrar ! "

 « Finissez donc d’entrer »

 

Elie Dufaure vous invite avec tout le sens de « l’hospitalité Allassacoise » à entrer « chez lui » !

… et à en apprendre peut-être un tout petit peu plus sur le « Manoir des Tours » méconnu !

 

 

UN RAPIDE HISTORIQUE DES LIEUX :

 

 

 

Une petite affichette en papier, disposée sous un simple étui en plastique, propose au touriste qui se présente devant le portail d’entrée du Manoir des Tours un historique plutôt succinct, mais qui a au moins le mérite d’exister, lequel est le suivant :

 

 

MANOIR DES TOURS

( Inscription au titre des monuments historiques depuis 1993 )

 

Le Manoir des Tours est un édifice caractéristique des manoirs limousins des XVIème et XVIIème siècles

 

Construit vers 1580 dans l’ancien faubourg de la Grande Fontaine, il comporté alors deux corps de logis flanqués de deux tours :

 

- la plus petite coiffée d’un toit octogonal possède un escalier à vis permettant l’accés aux étages

 

- la plus imposante est une tour habitable sur deux niveaux

 

A l’origine le manoir ne possédait pas d’ouvertures au rez de chaussée à l’exception d’une étroite fenêtre sur la façade Est et de la porte de la petite tour. A l’extrême fin du XVIIIème Siècle, des travaux importants ont modifié l’ensemble du batiment : les plafonds ont été surélevés et des fenêtres ont été percées vers le jardin.

 

En 1865-1866, le Manoir des Tours est vendu à la Congégration des Frères des Ecoles Chrétiennes qui y fondent une école fermée à la fin des années 1940.

 

Aujourd’hui propriété de la Commune d’Allassac, le Manoir des Tours a bénéficié de plusieurs campagnes de restauration et à fait l’objet de fouilles archéologiques.

 

D’importants travaux de restauration intérieure, d’ailleurs programmés, demeurent à conduire pour redonner au batiment de son « lustre » d’antan :

 

                                                        L’escalier à vis de la petite tour

 

                                            Vues intérieures - Eté 2005

 

         depuis la grande tour l’accés à la grande salle du 1er étage               La cheminée de la grande salle du 1er étage

 

Les fouilles menées au début de la période de restauration n’ont pas donné de résultats particulièrement spectaculaires :

 

centre national d’archéologie urbaine

compte rendu opération de terrain en milieu urbain / 1998 :

 

 

La reproduction ci-dessous à partir d’une vue issue d’une carte postale ancienne permet de se représenter l’aspect qu’avait le Manoir des Tours au début du vingtième siècle :

 

 

L’aile Nord du Manoir des Tours ( à gauche sur la photo ) a été démolie à la fin du vingtième siècle pour des raisons de sécurité face à des menaces sérieuses d’effondrement… qui avaient justifié, entre autres, en 1992, un arrêté du Maire d’Allassac interdisant « l’accés à l’immeuble dit « des tours » et aux abords Rue de la Grande fontaine et rue Docteur Dufour » considérant « qu’il y a lieu de prendre des mesures pour mesurer les risques que fait courir cette situation [ de danger liée à la vétusté ] à savoir : chutes d’ardoises, de charpente ou de pierres »

 

Le Manoir des Tours n’a donc plus aujourd’hui tout à fait la configuration que lui connaissait Maître Elie Dufaure

 

La situation était particulièrement sérieuse et le batiment menacé dans sa pérennité !

Ces clichés d’Avril 1996 en témoignent :

 

                                                                              

 

 

 

MAITRE ELIE DUFAURE, PROPRIETAIRE :

 

L’avocat livrait pour sa part l’historique suivant du bâtiment dans sa « Notice… », datée de 1854 :

 

« Il fût un temps aussi où les du FAURE avaient à ALLASSAC, et dans les communes voisines, une grande position de fortune . La famille avait des fiefs (…) elle avait un petit château avec ses tours rondes et ses escaliers de pierre en forme de spirale, situé avec le jardin y attenant et ses dépendances dans le bary de la Grande Fontaine, confrontant avec la rue publique par le devant, et par le derrière avec le ruisseau qui descend des gorges du Mont-Rond (…). C’est ainsi que ce château est désigné dans l’acte de vente qu’en consentit le 10 Janvier 1664, Etienne du FAURE, Juge de la salle d’ALLASSAC et Lieutenant de SAINT-BONNET, à Messieurs Antoine MEYRE, Sergent Royal, et Martin MEYRE, praticien, son fils, par acte passé devant Maître AGAIRE, Notaire. De la famille MEYRE la propriété de ce château passa aux mains de M. l’abbé GOURDON puis à M. JUGE de LAFFERIERE, et appartient aujourd’hui au père de mon excellent ami Alfred NAUCHE, de VIGEOIS. Je préfère que ce soit lui à tout autre, car l’on souffre moins d’être privé d’une chose qui a un prix d’affection, quand elle est possédée par des personnes qu’on aime et d’une famille alliée » …

 

Le « romantisme», en particulier au milieu du XIXème Siècle, conduisait régulièrement les esprits « bien formés » à méditer et à philosopher sur l’usure du temps et les « ruines »…

 

Ainsi Maitre Dufaure poursuivait :

 

 « (…) Mais que les temps sont changées [ sic ] pour ces deux familles de GIMEL et du FAURE !

A GIMEL, il n’y a que les ruines de deux châteaux qui font mal au cœur, car en les contemplant, je ne faisais pas comme VOLNEY, sur les ruines de PALMYRE , Oh ! Non : il n’y voyait que des ruines, lui, il était sceptique ; tandis que moi, par instinct, ce muet confident de la providence, je croyais y voir autre chose.

Avec les preuves irrécusables de tant de puissance passée et de faiblesse actuelle, de richesses et de pauvreté, d’orgueil et de résignation ; je me demandais si tous ces revirements de fortune, ces changements de position étaient dus au hazard [ ! ] ou à une cause première et intelligente, qui assigne à chaque personne son rang et son emploi ; à chaque famille le moment de son élévation et l’heure de son déclin ; qui règle, s’il est permis de comparer les petites choses aux grandes, le sort des maisons comme il règle le sort des empires.

Je m’arrêtai à ce dernier sentiment, sans doute parce que dans la situation d’esprit où j’étais, l’on pense comme l’on sent ; et ce sentiment, amenant une idée d’expiation quelconque, m’affligea. Tout en m’inclinant devant les desseins de Dieu et sans vouloir tenter l’avenir par un acte d’imprudence, j’éprouvais le besoin d’exhaler ma tristesse et ma fierté ; car si nous avons à déplorer la perte de nos richesses, l’honneur ce bien suprême nous reste.

Nos ancêtres ont toujours été fidèles à leur première devise, qu’ils prirent dans les champs: « Honor Domus mea », qu’ils n’oublièrent point, en prenant plus tard, au barreau, dans les parlements et sous la pourpre épiscopale, cette autre également enviable : « Deus et Lex ». L’honneur est leur demeure, ils ne la quittent pas car c’est une île escarpée et sans bords, où l’on ne peut rentrer dès qu’on en est dehors » . « Dieu est leur maître » « La Loi est leur règle de conduite »…

 

On comprendra qu’Elie Dufaure ait saisi l’opportunité de pouvoir devenir propriétaire du « Château des Tours » dès lors qu’elle s’était présentée et surtout dès lors que ses revenus professionnels lui permettaient d’envisager un tel investissement…

 

Peu de temps après les écrits cités supra, en 1856, Maître Elie Dufaure était en mesure de pouvoir « s’offrir », en déboursant quelque 17. 140 Francs, ce bâtiment, si prestigieux à ses yeux, qu’était le « Château des Tours »…

 

La « Note indicative de ma situation de fortune acquise au 1er Janvier 1864 » établie de manière manuscrite par Maître Elie Dufaure est un document précieux compte tenu des indications précises qu'il contient qui permettent, en particulier, de mesurer les acquis patrimoniaux d’un avocat de quarante ans, établi dans la Capitale sous le Second Empire, issu de la « petite bourgeoisie ruralo-agricole » Corrézienne…

 

La « deuxième partie » de l’auto-évaluation de la « situation de fortune acquise » opérée parElie Dufaure concerne «  II° à Allassac  immeubles consistant » et l’avocat d’énumérer et d’évaluer ses propriétés foncières bâties, à commencer par le « Château des Tours » !

«  [ consistant :] en un petit château et dépendances rachetés par moi depuis 1856 au prix de 17.140, y compris le remboursement des frais anciens ou des frais nouveaux ».

En marge de cette mention Elie a annoté : « cet immeuble a aujourd’hui une plus value assez grande tant à cause des réparations que j’ai déjà fait faire que de celles résultant de l’augmentation vénale dans le temps de la localité et des immeubles et après arrivée du chemin de fer »

Elie Dufaure se positionne ici comme un « investisseur » attentif aux plus values éventuelles de son bien…

Il anticipe dès 1864 sur l’arrivée du chemin de fer à Allassac … mais le premier train n’entrera en gare dans la localité qu’en 1893 soit trente années plus tard ! ( voir l’étude « le rail et les Dufaure » )

 

 

DES EFFORTS DE SAUVEGARDE…

 

Le nouveau propriétaire, Elie Dufaure, va entamer rapidement la rénovation et l’entretien de son « château » dont on peut penser qu’il nécessitait, déjà, des efforts conséquents…

 

Par exemple, cette extrait de la correspondance savoureuse du cadet Jean-Baptiste Dufaure demeuré à Allassac à destination de son aîné Elie Dufaure, illustre bien les efforts consentis en la matière…

 

Allassac  ce 11 mars 1863

 

Mon cher frère

 

je t 'écrit pour te dire que j'ai reçue ta derniere lettre (…). le portail est fini de couvrir  les porte posgé et ferré il y manque la sérrurre et la poiygnée savoir si tu veux la serrure bien forte a présant il y a que la porte de la petite tour a poser et a ferré nous ne comprenant pas bien de la maniere que tu veux les clout nous avant etait voire l'ansienne porte des iles du sallant nous ton ranvoiyant le model d'un cloue moi je trouve sa trés laie et trés ennuyeux il la vaudrait bien mieux comme il était autrefois en tété ronde le feseur de cloue a brive ne les a pas voulut faire a moint de 0.15 centine piesse il l'enfaux a ce prix pour 99 F franc vergne a dit qu'il les ferrait un peut plus bon marché je croit pour etre plus sur que tu les ranvoiya de paris pour etre plus sur de ton idée et pététre plus bon marché je voulais y faire méttre sur les deux coin de la charpente du portail deux petit lionceaux resamblant a notre petit chat noir deboue sur deux espece d'assiettes restant imobile je suis était a brive en chérchér je non n'ai pas trouvé on ma dit qu'il fallait faire vennir de paris nous allons faire passer une cousce d ocre au portail si tu renvoiyez les deux petit lionceauxs tu pourrais ranvoiyéz les clous egalement sil n etait pas aussi cher qu'icie (…)

ton frere dévoué

 

Elie Dufaure envisageait sans doute de se retirer lors de sa retraite dans ce bâtiment « familial » prestigieux…fleuron du patrimoine immobilier qui était le sien…

On peut raisonnablement penser que les travaux entrepris et le devenir du bâtiment occupait son esprit et qu’il en parlait dans son entourage…

 

Sa « bonne amie » Louise, « en proie » à des travaux Haussmannien d’assainissement de son immeuble d’habitation lui écrivait en 1863 alors qu’Elie était en Corrèze durant les « vacances judiciaires » :

 

« J’ai le déplaisir des plâtres et décombres, et des ouvriers depuis des semaines, et pas de château à admirer, mon escalier si beau à votre départ, plus rien n’existe, il est à recommencer, et voilà pourquoi, la police a exigé qu’on refasse la fosse en entier et que l’on pose un énorme ventilateur jusqu’au haut de la maison » (…) « Jugez maintenant si je suis à mon aise, c’est à vous donner une maladie de nerfs, il me tarde de voir partir cette armée d’ouvriers »…

 

 

UNE FIN… DES RENOUVEAUX…

 

 

Deux ans à peine après la réception de ce courrier, au tout début de l’automne 1865, Elie Dufaure décédait à Allassac… dans sa quarante-deuxième année…

 

Plus de « château à admirer », plus de soucis de restauration à poursuivre pour l’avocat !!! …

 

Tristesse et soucis en revanche pour ses frères et sœurs qui ne se trouvaient pas dans une position financière suffisante pour assumer une telle succession et conserver le Manoir dans le « patrimoine familial » Dufaure

 

Marie Dufaure cédait l’immeuble au Diocèse pour permettre la fondation d’un petit collège, dirigé par les Frères des Ecoles Chrétiennes…

 

Premier « renouveau » des lieux avec cet établissement scolaire…

Je connais plusieurs personnes qui se souviennent encore de leurs premiers apprentissages scolaires aux « Tours »…

 

Mais tout à une fin…

 

Le batiment, propriété du Diocèse de Tulle reste longtemps sans affectation après la fermeture de l’établissement scolaire…

 

Sa gestion relève ensuite de l’office Public de H.L.M. de la Corrèze…

 

Menacé cependant d’être rasé pour devenir un espace de parking, il est « sauvé » in-extremis à la fin du siècle dernier par l’intervention fort opportune de la municipalité…en particulier par l’action de Monsieur Jean Louis Lascaux qui sait plaider sa cause, comme celle du reste de tout le patrimoine local !

 

 Délibération du conseil Municipal – Janvier 2005

 

 

En même temps qu’il accueille désormais dans ses murs une activité professionnelle artisanale, celle d’un maitre taillandier, « l’espace des Tours » sert depuis quelques années de cadre à diverses manifestations qui lui redonnent ponctuellement vie !

L’installation effective du cœur administratif du « pays d’art et d’histoire Vézère-Ardoise » parachèverait ce renouveau…

 

              2005                                         2005                       

 

 Kermesse des écoles avec le cercle d'escrime de Brive                              Exposition                                     Repas de quartier des habitants de la Rue de la Grande Fontaine

 

Retrouvez en permanence toute l’actualité d’Allassac sur le site : http://www.allassac-correze.com

 

 

                                                                                

 

                                                                                                                         Animation Folklorique devant le Manoir  - 1999

 

 

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