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NOUVEAUTE !

La biographie d’Aymard de Foucauld est sortie

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Fiche de présentation

 

QUE DE CHEMIN PARCOURU DEPUIS CETTE PAGE INITIALE !

Le texte de cette page est maintenant partiel et tronqué…

Il convient de se référer à la « biographie papier » s’agissant des éléments sur le personnage d’Aymard de de Foucauld

 

 

 

Soldats de la République ou de l’Empire…

 

DANS LE SILLAGE DES TROIS COULEURS...

 

SERVITUDES MILITAIRES ET HORIZONS LOINTAINS…

 

Berty DUFAURE, Aymard de FOUCAULD, SIMON,

ET BIEN D’AUTRES ENCORE AUSSI !

 

 

 

SOMMAIRE DES SECTIONS

 

 

LES BON NUMEROS !!! 6-28-59-68-126-169-448 : un loto qui peut rapporter « gros » !

 

LE PHENOMENE DE LA CONSCRIPTION…  « SEPT ANS DE MISERE » !!!

 

L’INCORPORATION OU L’INSOUMISSION : UNE ALTERNATIVE EN BAS-LIMOUSIN !

 

SE RESOUDRE, BON GRE MAL GRE, A UNE INCORPORATION REDOUTEE…

 

EUX NE PARTIRONT PAS !!! CHARLES HUGO, ETIENNE BERTIN… ELIE DUFAURE !

 

« MOURIR PLUTOT QUE PARTIR SOLDATS ! »…  SIMON PARTIRA BIEN, LUI !!!

 

« VOUS M’EXCUSEREZ DE LA LIBERTE QUE JE PRENDS DE VOUS ECRIRE... »

 

UN « EMIGRE » DE L’INTERIEUR… EN EXIL AU DELA DES LIMITES DU CANTON !!!

 

L’HONNEUR PERDU DU VOLTIGEUR IAUCH… L’HONNEUR CONSERVE DE SIMON !

 

LA GLOIRE MILITAIRE ... « FORT PEU HEROS EN CE MOMENT »…

 

« CETTE GRAVURE TIRE D’APRES MA PHISIONOMIE ET MA BELLE TENUE »

 

LES AIGLES DE MAI 1852 :  EMPIRE ANTICIPE ET/OU GRAVURE ANACHRONIQUE !

 

UN « VRAI-FAUX » COURRIER !!! … OU UN « AUTHENTIQUE » APOCRYPHE ???

 

DES HOMMES ET DES CHEVAUX... UN PRESIDENT ET DES CAVALIERS ENGAGES

 

L’ENGAGE DUFAURE...  HUSSARD DE SECONDE CLASSE…

 

DES MOTIVATIONS QUI DEMEURENT INCONNUES...

 

L’EQUIPEMENT DU HUSSARD DUFAURE  ET DE… SA MONTURE « LE BATAVE » !

 

L’INSTRUCTION DU HUSSARD ... REPETITIVITE ET GRISAILLE DES JOURNEES…

 

DEUX MOIS A SAUMUR...  … MAIS PAS D’AVANCEMENT POUR AUTANT !

 

DE 61 FRANCS (Avril 1850) A 50 FRANCS (Janvier 1851) : UNE MAIGRE FORTUNE !

 

NIVEAU DE VIE BAS …  UN PEU MIEUX POURTANT A L’ARMEE QU’AILLEURS ?

 

« LIBERE DU SERVICE, SE RETIRE DANS SES FOYERS » - REPOS DU GUERRIER !

 

PLUS DE TROIS ANNEES APRES : 1854...  BERTRAND EST « RENGAGE » !!!

 

BOULEVERSEMENT EN JUILLET 1855... ENFIN UNE MONTEE EN GRADE !!!

 

BOULEVERSEMENT GEOGRAPHIQUE EN 1855 ... L’ENGAGE « VOIT DU PAYS » !!!

 

BERTRAND EN ALGERIE… RAISONS CONJONCTURELLES ET STRUCTURELLES…

 

UNE INTERVENTION D’ELIE...  L’AINE INTERVIENT POUR LE CADET !

 

UN ETE 1855 EN ALGERIE. DOUTES SUR L’AVENIR. VERS UN « RENGAGEMENT » ?

 

UN ETE 1855 EN ALGERIE...  SERVITUDES ET MISERES DU TROUPIER !

 

UN ETE EN ALGERIE : ASTREINTE REGIMENTAIRE MORNE MAIS… COLOREE !

 

UN ETE 1855 EN ALGERIE : IMPRESSIONS DE VOYAGE …

 

UN ETE 1855 EN ALGERIE… IMPRESSIONS D’OPERATIONS MILITAIRES …

 

SEPT ANS DE « MISERE ET D’ESCLAVAGE » ... OU L’ADIEU DEFINITIF AUX ARMES !

 

« QUELLE PERTE POUR MOI » :  UN COURRIER ELLIPTIQUE ET ENIGMATIQUE…

 

LA FAMILLE DE FOUCAULD... L’ADMIRATION ET L’AFFECTION D’ELIE…

 

UN OFFICIER DE CAVALERIE « D’AVENIR » DANS UN EMPIRE EN… GUERRE !

 

UN DEBUT DE CARRIERE PROMETTEUR… 

 

D’UN DE FOUCAULD, L’AUTRE !!!  ... STUPRE ET DEBAUCHES OU… SAINTETE ?

 

APRES L’EST, L’ALGERIE PUIS L’ITALIE  ... UNE MEDAILLE COMMEMORATIVE !

 

UNE EXPEDITION AUSSI LOINTAINE QU’INCERTAINE  : LE MEXIQUE… 

 

LEGION D’HONNEUR ET PROMOTION POUR UN… « ZORRO » ALLASSACOIS !!!

 

D’ALLASSAC  A… SAN PABLO DEL MONTE ! … UNE DESTINEE GLORIEUSE !!!

 

UN AUTRE CORREZIEN AU MEXIQUE…  L’INGENIEUR GODIN DE L’EPINAY 

 

DUFAURE DU BESSOL : UN « COUSIN » QUI CROISE LA ROUTE DE « NOS » HEROS

 

DE L’INTERÊT D’UN PASSAGE SOUS LES DRAPEAUX ET DE LA RECONVERSION…

 

« SERVICE DE LA NATION » … D’HIER A AUJOURD’HUI…

 

ANNEXE - TEXTES INTEGRAUX DES DIVERSES « CORRESPONDANCES MILITAIRES » EVOQUEES

 

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES

 

 

LES BON NUMEROS !!! 6-28-59-68-126-169-448 : un loto qui peut rapporter « gros » !

 

« Je vous préviens, monsieur, que le numéro 126 qui vous est échu au tirage vous rend susceptible d’être porté sur la liste du contingent de votre classe », écrit en date du 19 Mai 1845, le Sous Préfet de BRIVE à Elie DUFAURE, sur un formulaire administratif « pré-imprimé » qui porte un titre fort comminatoire : « ORDRE DE COMPARAITRE »…

La formulation administrative est aussi nette et précise que sèche et froide !!!

Dans « Choses Vues », Victor HUGO notera en date du 28 Avril 1847 : « j’ai signé avec un sieur Adolphe GRANGE l’engagement pour se substituer à Charles moyennant 1.100 Francs. Charles a eu le numéro 28, Adolphe GRANGE le numéro 448 » [ 1 ]. Etienne BERTIN, alias le « père Tiennon », le narrateur de « La Vie d’un simple » qui est né en 1823, [ rappelons qu’Elie DUFAURE est né peu après, en 1824 ], nous conte que « le tirage au sort approchant, mes parents m’annoncèrent un beau jour que je n’avais pas à compter sur un remplaçant, (...) mon numéro 68 me sauva ; on ne prit que jusqu’au 59 » [ 2 ]…

Quelques années auparavant, en 1836-1837, le jeune Creusois Martin NADAUD se trouvait lui aussi soumis aux affres d’un tirage au sort incertain alors qu’il formait bien d’autres projets de futur en compagnie de son père avec lequel il travaillait sur des chantiers Parisiens de construction…

« Ma mère ayant tiré le numéro 6, nos projets tombaient dans l’eau. Le cautionnement, nous étions trop pauvres pour y songer », écrit NADAUD dans son ouvrage en forme de roman autobiographique « Léonard, Maçon de la CREUSE »… Cependant, fort d’un certificat médical établi par un médecin de la CHAUSSEE-d’ANTIN, qu’il peut présenter au Conseil de Révision de GUERET, Martin NADAUD qui est revenu spécialement en CREUSE depuis PARIS, à pied, est déclaré « Impropre » au Service Militaire… « J’étais si content qu’à peine couvert à moitié je courus auprès de ma mère qui m’attendait dans l’escalier. Naturellement, elle fut contente, car elle savait qu’en moi résidait le salut de notre famille, si pauvre nous étions ! » [ 3 ]…

C’est en 1836 qu’est né le Bourguignon Félicien FARGEZE qui narre dans ses « Mémoires Amoureux » : « vint le jour du tirage au sort. Je fus à Saint-JEAN de LOSNE, où je pris part aux bruyantes réjouissances des Conscrits. Je coiffai le haut chapeau de soie à longs poils, d’où cascadait un flot de rubans tricolores. Les gars de Saint-BRICE, qui me connaissaient bien, se montraient fiers de moi. Je tirai de la boîte le numéro 169, qui était bon, et je l’épinglai à mon couvre-chef en manière de cocarde. On me remit un certificat de libération. Le sieur FARGEZE, inscrit au tableau de recensement de l’Arrondissement de BEAUNE, Classe 1856, n’était pas compris dans le Contingent. Je fêtai ma chance en la noyant sous les libations traditionnelles » [ 4 ].

 

LE PHENOMENE DE LA CONSCRIPTION…  « SEPT ANS DE MISERE » !!!

 

La Conscription en FRANCE remonte à l’année 1798 avec l’adoption de la Loi JOURDAN… Les lignes générales du recrutement seront établies peu de temps après, sous le Premier Empire, lorsque NAPOLEON 1er introduira le tirage au sort et lorsqu’il définira quels seront les motifs possibles d’exemption du Service Militaire…

Chaque Canton Français se devait alors de fournir à la Nation un certain nombre de recrues… Les « lots » étaient « tirés » chaque année et les jeunes gens qui avaient des numéros dont le chiffre dépassait le contingent exigé se retrouvaient exemptés... tout comme l’étaient les hommes mariés, les prêtres… ou encore tous ceux qui pouvaient se payer quelqu’un pour les remplacer !!!

La longue durée de ce service militaire ( six années après 1818, huit années après 1824, sept années encore entre 1832 et 1868, puis cinq années jusqu’en 1889 ) signifiait en pratique que finalement relativement peu d’hommes étaient incorporés chaque année : 10% voire parfois moins par rapport à l’ensemble des jeunes gens du groupe d’âge annuellement concerné par la Conscription…

Parmi ces 10 % de « recrues » , jusqu’à la fin des années 1850, selon Eugène WEBER, se retrouvaient au moins un quart, ou plus, de remplaçants : de pauvres garçons qui cherchaient à gagner un peu d’argent, ou bien des vétérans voulant se rengager de toute façon et qui en tiraient ainsi plus de profit ! [ 5 ].

En 1845, sous LOUIS-PHILIPPE, lorsque Elie DUFAURE est convoqué, les temps n’ont guère évolué depuis NAPOLEON 1er… La Loi, dite « Loi SOULT », en date du 14 Avril 1832, qui remplace celle du 10 Mars 1817, dite « Loi GOUVION SAINT CYR », ramène bien le Service de huit ans à sept ans, prévoit également dix-huit cas d’exemption ou de réforme, mais si au tirage au sort on n’a pas récolté un « bon numéro » et si l’on n’est ni bancal, ni rachitique ou que les moyens manquent pour s’offrir un remplaçant, il faudra alors bien se résoudre à « endurer » sept ans de « misère »… ou s’aventurer à devenir un réfractaire, un insoumis… en un mot un « hors la Loi » !!!

 

L’INCORPORATION OU L’INSOUMISSION : UNE ALTERNATIVE EN BAS-LIMOUSIN !

 

« Donnez moi des soldats et des chevaux Limousins ! » aurait lancé, un jour, l’Empereur NAPOLEON 1ER [ 6 ]…

Peut-être bien que les jeunes gens du LIMOUSIN, ainsi que leurs familles, se seraient passés d’un tel engouement, d’une telle sollicitude Impériale pour les « produits » locaux humains ou animaux issus de la Province Limousine ainsi élevés au rang de matière première servant de « chair à canon » !!!

Les besoins constants de « l’Ogre Corse » pour peupler ses armées de recrues nouvelles dépeuplaient les campagnes, notamment celles de la CORREZE, autour de BRIVE, ainsi qu’en attestent les rapports des Sous-Préfets de la Ville, alors que l’agriculture locale semblait manquer de tant de bras pour assurer tous les défrichements nécessaires ou pour procéder à… des plantations de vignes [ 6 ] …

« Pauvre Sous-Préfet de BRIVE », écrira CLANCIER, « sa tâche ne devait pas être des plus faciles, soucieux qu’il était de donner l’impression à PARIS que, dans son Arrondissement, tous les jeunes gens désignés par le tirage au sort partaient gaiement pour l'armée » ... Car bien entendu il y avait bon nombre de réfractaires ! ... Et ceux-ci étaient poursuivis avec plus ou moins de zèle et d’efficacité selon les périodes considérées !

Jugements, condamnations ou amnisties se succèderont donc en CORREZE : 108 amnistiés en 1810 mais 332 condamnés la même année, dont 94 par le tribunal d’USSEL, 136 par celui de TULLE ou encore 102 par celui de BRIVE... [ 6 ]

« Je suis un jeune conscrit de l’an 1810… », ainsi débute une chanson populaire intitulée « Le conscrit du LANGUEDO ( sic ) », l’une des rares chansons que je connaisse « par cœur » depuis mon enfance, et dont l’un des couplets « gémit » :

 

« Le Maire et aussi le Préfet,

n’en sont deux jolis cadets,

ils nous font tirer au sort,

pour nous conduire à la mort,

Adieu donc chers parents,

N’oubliez pas votre enfant,

‘Crivez lui de temps en temps

Pour lui envoyer de l’argent… »

 

En Juillet et Août 1811, c’est une colonne forte de 1.800 Hommes qui traquera des insoumis dans l’Arrondissement de BRIVE : 1.055 jeunes gens seront arrêtés ou se rendront !!! Un chiffre particulièrement impressionnant qui démontre que le phénomène de l’insoumission n’était pas un phénomène marginal et que les autorités mobilisaient parfois des moyens très conséquents pour tenter de l’endiguer !!!

De 1806 à 1810, la Brigade de Gendarmerie de BRIVE arrêtera 104 réfractaires… En trois ans celle de JUILLAC procédera à 94 arrestations et celle de DONZENAC à 44 !!! A partir de 1808, une « gratification » de vingt-cinq Francs était accordée aux « capteurs » de déserteurs ou de réfractaires, mais ceux-ci demeuraient encore très largement protégés par les populations ! Pour 1811 on estime que plus de 1.800 réfractaires Corréziens s’étaient réfugiés dans les bois [ 7 ]…

Les appels sous les drapeaux, d’Avril à Novembre 1813, ne concernèrent pas moins de 11.000 conscrits Limousins et Marchois… Le 30 Juin 1813, le Préfet de la CORREZE demandait officiellement à son collègue de la CREUSE d’envoyer quelques Brigades de Gendarmerie pour participer à une vaste opération, où seraient également présents des Gendarmes de la CORREZE et de la HAUTE-VIENNE chargés de traquer des déserteurs et des réfractaires cachés dans les bois non loin de FAUX La Montagne, en plein centre du LIMOUSIN, précisément dans le secteur « frontalier » qui est commun aux trois départements qui composent la Région Limousine…

L’impopularité de la Conscription était devenue telle qu’en Janvier 1814 le Conseil de Révision ne put se tenir, tant à AUBUSSON qu’à FELLETIN [ CREUSE ], que sous la protection de pas moins de cinq Brigades de Gendarmerie… [ 8 ]

Dans son roman « Le Curé de Village », Honoré de BALZAC abordera ce phénomène de société, qu’était l’insoumission, tant répandu sous le Premier Empire en LIMOUSIN. Le garde COLORAT en vient à dépeindre ainsi le nommé FARRABESCHE à Madame GRASLIN : « notre FARRABESCHE donc, quoiqu’il soit brave, se mit dans la tête de ne pas partir… Quand le Sous-Préfet l’a demandé en 1811, il s’est enfui dans les bois ; réfractaire, quoi, comme on les appelait. (…) Il s’est souvent battu avec les gendarmes et avec la Ligne aussi ! …

- Il passe pour avoir tué deux soldats et trois gendarmes, dit CHAMPION.

- Est-ce qu’on sait le compte ? Il ne l’a pas dit, reprit COLORAT (…). Jeune et agile, connaissant mieux le pays, il a toujours échappé (…). Il a été forcé de passer l’année 1815 dans les bois (…) »…

Un peu plus tard FARRABESCHE évoquera lui même devant Véronique GRASLIN sa vie de « hors-la-loi » : « je me cachais là, madame. Le terrain est si sonore que, l’oreille appliquée contre la terre, je pouvais entendre à plus d’une lieue les chevaux de la Gendarmerie ou le pas des soldats, qui a quelque chose de particulier… » [ 9 ].

Mais comment se faire exempter tout en restant dans la « légalité » ? En prenant femme par exemple... De 1807 à 1814, le nombre de mariage ne cessera de s’accroître en proportion des appels à l’armée… à tel point que le Préfet de la CORREZE, lui même, jugera alors « prodigieux » le nombre de mariages enregistrés !!! … En 1812, après douze années de magistrature, le Maire d’ALLASSAC, Jean Baptiste BONNEYLIE , sera révoqué pour avoir accepté de marier des… déserteurs !!! [ 10 ] …

Il est vrai que les jeunes gens des environs d’ALLASSAC, à l’instar des autres jeunes Limousins, se montraient souvent insoumis vis à vis des obligations militaires…

Ainsi le 24 Pluviôse An V ( 12 Février 1797 ), les « Conscrits qui étaient regroupés à ALLASSAC, [ qui avait encore son statut de chef-lieu de Canton ], se révoltaient contre les Gendarmes pendant que la population laissait faire » [ 10 ]…

Le 3 Ventôse An V [ soit le 21 Février 1797 ], deux colonnes de Gendarmerie arrivaient à ALLASSAC pour rechercher les déserteurs et elles sillonnèrent les parties Nord et Nord-Est de la Commune… Au village du « VERDIER-HAUT », un jeune homme fut abattu par les gendarmes ! [ 10 ]…

 

SE RESOUDRE, BON GRE MAL GRE, A UNE INCORPORATION REDOUTEE…

 

« Un jour », racontera sur ses vieux jours le Capitaine Jean-Roch COIGNET, « je fus invité à passer à la Mairie pour me présenter et là on me demande mes nom et prénoms, et ma profession, et mon âge (…). Que diable me veulent-ils ? ça me mit martel en tête. « Je n’ai pourtant rien fait ». Je dis cela à mes maîtres qui me dirent : « c’est pour vous enregistrer pour la Conscription.

– Je vais donc être soldat ?

– Pas encore, mais c’est une mesure qu’ils prennent. Si vous voulez, nous vous achèteront un homme.

 – Je vous remercie, nous verrons cela plus tard »… [ 11 ]

« (…) Le 6 Fructidor An VII, deux gendarmes se présentent pour me donner une feuille de route pour partir le 10 Fructidor pour FONTAINEBLEAU. Je fis de suite mes préparatifs pour partir. L’on voulait me faire remplacer. Je les remerciai en pleurant de leur bon sentiment à mon égard : « je vous promets que je reviendrai avec un fusil d’argent, ou je serai tué ! » [ 11 ]… Et Jean Roch de partir prendre « l’état militaire »

C’est à la même époque, au tout début du Premier Empire, du côté de chez les DUFAURE, qu’au moins deux des grands oncles de Maître Elie DUFAURE, Pierre et Jean-Baptiste DUFAURE, seront très vraisemblablement, eux aussi, incorporés…

De 1804 à 1814, sur l’ensemble du territoire Français pas moins de 2 400 000 hommes seront incorporés dans les Armées Impériales… Et bien peu parmi eux rentreront dans leurs foyers avant la chute définitive du régime…

C’est à partir de 1808 que les levées qui se feront de plus en plus lourdes et de plus en plus arbitraires, se heurteront à des résistances de plus en plus vives sur l’ensemble du territoire…

Tandis que l’on envoyait, d’office, à SAINT-CYR, qu’ils soient volontaires ou non, les fils des dix principales familles de chaque Département, puis que l’on levait, sous le nom de « gardes d’honneur », 10.000 autres « fils de familles », que l’on rappelait les hommes libérés et exemptés des classes précédentes et que l’on procédait à l’incorporation par anticipation des jeunes gens non encore mobilisables, le prix des remplaçants finissait par atteindre 4.000 Francs et le nombre des insoumis se multipliait. D’où l’institution, à l’égard des réfractaires, de mesures répressives de plus en plus rigoureuses : lourdes amendes collectives, installation de garnisaires dans les familles, envoi enfin de « colonnes mobiles » qui battaient et souvent ravageaient les campagnes… [ 12 ].

Sous le Consulat et sous l’Empire, malgré tout le rayonnement de la gloire militaire, malgré les espoirs prodigieux offerts à toutes les ambitions par le métier des armes, le nombre total des engagements volontaires n’aura finalement pas dépassé 52.000 unités…

Les populations Françaises n’étaient en fait nullement préparées à payer et à subir l’impôt du sang et, selon Raoul GIRARDET, « le paysan en particulier est très loin d’avoir dépouillé ses rancunes héréditaires, son antique méfiance à l’égard du soldat. Le vieil instinct reste toujours vivace, transmis de génération en génération, qui lui fait à peu de chose près confondre l’homme d’armes et le brigand. »… [ 12 ]

« Le paysan n’a pas eu le temps de se débarrasser des habitudes de penser et de sentir, léguées par l’Ancien Régime, de l’époque où la troupe, recrutée par racolage, se composait presque essentiellement de déchets sociaux de toutes espèces. Pour l’homme des campagnes, la condition militaire demeure celle, tour à tour méprisable ou pitoyable, de l’aventurier professionnel, du dévoyé et du vagabond… Et le temps, en effet, n’est pas si éloigné, une trentaine d’années à peine, où l’on pouvait lire encore à l’entrée de certains jardins publics, l’inscription péremptoire : « Ni chiens, ni filles, ni laquais, ni soldats »… [ 12 ].

On sait - mais l’on n’en sait hélas guère plus ! - par le biais d’un acte notarié que Pierre DUFAURE était sur le point de partir pour le Service Militaire à la fin de l’année 1802... Un plus tard un autre acte notarié, daté de Frimaire An XIII ( 1804 ), énoncera que l’un de ses frères, Jean-Baptiste DUFAURE, est « présumé mort au Service du Gouvernement Français »

N’avait-on pas pu faire remplacer ses fils faute de moyens financiers dans la famille DUFAURE ? Ou alors étaient-ils partis de leur plein gré, « la fleur au fusil »… ou seulement et uniquement « contraints et forcés » car craignant d’être misérablement abattus par des gendarmes sur les pentes des coteaux d’ALLASSAC ???

L’un au moins des frères DUFAURE ne reviendra pas, « présumé mort au Service du Gouvernement Français »… et l’autre, s’il revint, ne ramena sans doute pas un « fusil d’argent »… Mais ils partirent bel et bien…

« Mes adieux furent tristes ! Je fus comblé d’égards par tout le monde, mon petit paquet sous le bras, et conduit un bout de chemin et bien embrassé », racontera le « Conscrit » Jean Roch COIGNET [ 11 ]…

Pour l’année 1807, en CORREZE, l’Administration Impériale avait recensé 2.417 Conscrits et sur ce total 747 furent réformés pour défaut de taille ( soit 30,9 % )… [ On était plutôt petit dans le LIMOUSIN du XIXème siècle... L’alimentation mal équilibrée à base essentiellement de châtaignes en était l’un des principaux facteurs explicatifs ], 545 Conscrits furent réformés, cette année là, pour des infirmités diverses ( 22,6 % du total ), et 457 autres, qualifiés de réfractaires ou de déserteurs, s’enfuirent dès avant ou juste après avoir été incorporés ( 18,9 % )... Il ne restera finalement donc que 668 jeunes Corréziens présents effectivement sous les drapeaux… soit seulement 27,6 % de l’effectif théorique du Contingent attendu et espéré pour cette année là ! [ 6 ]

Insoumission ? Incorporation ? Réforme médicale salutaire motivée par une quelconque carence physique ? Exemption ? Remplacement ? … A un moment ou à un autre, Elie DUFAURE, en ce mois de Mai 1845, alors qu’il vient tout juste d’atteindre l’âge de 21 ans, a bien été obligé d’envisager tous les scénarios qui pourraient soit hypothéquer soit au contraire conforter, un avenir qu’il pressent certainement « brillant », lequel pourrait s’assombrir rapidement par le fait du seul tirage au sort d’un numéro aussi « banal » que « fatal », en l’occurrence le numéro 126 !

 

EUX NE PARTIRONT PAS !!! CHARLES HUGO, ETIENNE BERTIN… ELIE DUFAURE !

 

Le 5 Mai 1847, Charles HUGO recevait un « Ordre de Comparaître » semblable à celui d’Elie DUFAURE, deux années auparavant... Le Conseil de Révision pouvant lui être « défavorable », son père, Victor HUGO, s’était mis préventivement en quête d’un remplaçant… Et ce sera le dénommé Adolphe GRANGE qui acceptera finalement, pour une somme de 1.100 Francs, de signer l’acte administratif de substitution dégageant Charles HUGO de ses obligations militaires… [ 13 ].

Comme le fait remarquer Henri GUILLEMIN, Victor HUGO, en 1822, avait su échapper au Service Militaire en faisant valoir qu’il était lauréat aux « Jeux Floraux »…

Le second fils du poète, François-Victor, sera pour sa part réformé étant de « santé fragile » [ 13 ]… Comme c’est bien souvent le cas, ce n’est pas dans les familles des grands militaires que l’on rencontre les plus fiers militaristes parmi leurs descendances !!!

Rappelons ici brièvement que Victor HUGO était le fils d’un « Soldat des Guerres de la Révolution et de l’Empire », le Général Léopold HUGO, et que son oncle Louis-Joseph HUGO ( 1777-1853 ), Général comme son frère, avait aussi été de toutes les Campagnes prestigieuses de l’époque !!! … Engagement à quinze ans en 1792… Présence à FLEURUS ( 1794 ) puis lors de la campagne de HOLLANDE ( 1799 )… Louis-Joseph HUGO se battra à ULM et à AUSTERLITZ ( 1805 ) où il sera blessé, et puis encore à IENA, en 1806… En 1807, il commandera une Compagnie de Grenadiers qui se battra dans le cimetière d’EYLAU, un épisode que son neveu Victor immortalisera dans un passage de la « Légende des Siècles »… Louis-Joseph HUGO est engagé ensuite dans les sanglantes opérations d’ESPAGNE… Et si la fin de l’Empire fait de lui un « demi-solde », il reprend du service en 1820, comme Colonel… et il devient… Membre du Conseil de… Recrutement de … la CORREZE !!!

Louis-Joseph HUGO s’installe alors à TULLE, où en 1826 [ âgé de quarante-neuf ans ] il épouse Marie PINEAUD, dont il a deux enfants, un garçon et une fille [ son fils Léopold, né en 1827, sera élève du Petit Séminaire de BRIVE en même temps que l’était Elie DUFAURE, en atteste le Palmarès édité des prix scolaires de l’établissement pour l’année 1842 ! ]…

Promu Général en 1828, Louis-Joseph HUGO devient un notable Tulliste et achète, à proximité du Chef-Lieu, un domaine dans la Commune de CHAMEYRAT que ses descendants possèdent encore… Il est élu Maire de TULLE ( Décembre 1848 – Juillet 1851 ), et il devient Conseiller Général de la CORREZE. Il échoue cependant aux Elections Législatives de 1849… Le Général Louis-Joseph HUGO meurt, à TULLE, le 18 Décembre 1853 [ 7 ] …

« Rattrapé » tout de même par un destin « militaire », Charles, l’un des autres fils de Victor HUGO, mourra le 13 Mars 1871, à BORDEAUX, des suites d’une bronchite aggravée par son service d’Artilleur accompli durant le siège de PARIS… [ 14 ]

Le jeune Etienne BERTIN - Tiennon - n’a pas le moindre argent... Sa famille est très modeste et dans l’incapacité pécuniaire totale de négocier à son bénéfice un quelconque remplacement… Heureusement la chance lui sourira le jour du Tirage au Sort, quoique d’extrême justesse ( 68 contre 59 !!! )... Lui non plus ne partira pas !!! Il restera donc à travailler la terre dans son BOURBONNAIS natal [ 2 ]…

Quant à notre jeune Corrézien, Elie DUFAURE, c’est le numéro 126 qui lui est échu lors du tirage au sort le concernant…

Ce Tirage au sort a eu lieu à DONZENAC, au Chef-Lieu du Canton [ ALLASSAC a perdu cette qualité ! ], en présence des Maires du Canton et du Sous-Préfet. Chaque jeune homme a pris dans l’urne un numéro qui a été immédiatement proclamé et inscrit. Les parents des absents, ou à défaut le Maire de leur Commune, ont tiré à leur place…

Elie, probablement déjà étudiant à PARIS à cette époque, est peut-être absent le jour de ce Tirage, et nul doute alors que c’est son père, Pierre DUFAURE qui a tiré à sa place ce numéro fameux « 126 » [[ qui, notons-le ici seulement pour l’anecdote, est le quantième du Régiment d’Infanterie encore de nos jours en garnison à BRIVE et qui y sera demeuré la plus large partie du Vingtième Siècle ! ]]…

En CREUSE, la mère du jeune Léonard ( alias Martin NADAUD ) avait eu la charge de « tirer » pour son fils, le père et le jeune homme étant alors « occupés » sur des chantiers Parisiens de construction et de maçonnerie [ 3 ]…

La procédure du Tirage au Sort est très formaliste et j’ai pu l’étudier dans tout son détail, directement « à la source », aux termes mêmes de la Loi du 21 Mars 1832, la « Loi sur le Recrutement de l’Armée », Loi qui figure en bonne place dans la documentation juridique professionnelle fort complète qui sera utilisée par Maître Elie DUFAURE dans les années 1850, et qui parviendra ensuite jusqu’à nous pour figurer désormais en bonne place dans ma bibliothèque ... [ Notons également que la Loi du 14 Avril 1832 porte sur « l’avancement dans l’armée » et l’Ordonnance du 28 Avril 1832 « Sur les engagements volontaires et les rengagements » ] [ 15 ].

L’article 16 de la Loi du 21 Mars 1832 stipule que « les jeunes gens qui d’après leurs numéros pourront être appelés à faire partie du contingent seront convoqués, examinés, et entendus par le Conseil de Révision »…

C’est ce même Conseil qui, selon l’article 17, statue également sur les substitutions de numéros et les demandes de remplacement… [ 15 ]

Le 11 Juin 1845, à 11 Heures du matin, Elie doit se présenter devant le Conseil de Révision...

Donné pour mesurer 1 Mètre et 72 centimètres ( d’après un « Passeport Intérieur » qui lui sera délivré ultérieurement ), la taille d’Elie est largement supérieure au 1 Mètre et 56 centimètres de taille minimale qui est exigée pour être enrôlé...

En 1803 Jean-Roch COIGNET, pourtant déjà Vétéran de la Campagne d’ITALIE, trichera sur sa taille pour pouvoir être enrôlé dans la prestigieuse Garde Impériale… Un général se fera son complice auprès de son Capitaine… « Tu n’as pas la taille pour entrer dans les Grenadiers (…). Eh bien il faut tromper la toise. Quand il passera sous la toise, tu lui feras mettre des jeux de cartes dans ses bas. Voyons cela, dit-il, il lui manque six lignes… Eh bien tu vois qu’avec deux jeux sous chaque pied, il aura six pouces» [ 11 ]…

Assez grand pour être « enrôlé » Elie DUFAURE n’est pas le frère d’un « militaire mort en activité de service », ni le « frère d’un Combattant pour la Liberté dans les journées de Juillet 1830 »… Il n’est pas non plus déjà engagé, ni élève d’un Grand Séminaire, voire élève de l’Ecole Polytechnique... et je « passe en revue », comme lui sans doute l’avait fait à l’époque, les articles 13 et 14 de la Loi du 21 Mars 1832 qui détaillent les divers cas d'exemption prescrits… Et je n’en trouve finalement point qui correspondent objectivement à la situation qui est la sienne en 1845 !!! Et pourtant, en trouver un, - ne serait-ce qu’un seul ! -, ce serait bien entendu essentiel et fondamental pour lui alors même qu’il est susceptible d’être incorporé !!!

Si en 1845 les DUFAURE, qui sans doute auraient eu les moyens de faire un tel sacrifice, avaient eu recours à « l’achat » d’un remplaçant pour éviter l’incorporation d’Elie, je pense que j’en aurais retrouvé une trace plus ou moins directe dans les divers documents dont je dispose aujourd’hui, tant compte tenu de l’incidence financière induite par cette substitution sur le plan patrimonial que des considérations épistolaires échangées par la suite entre Elie et son frère Bertrand ( qui sera très bientôt « Engagé Volontaire » ), leurs écrits portant souvent sur les questions d’argent qui les agitaient fortement…

On peut avancer l’hypothèse qu’Elie, qui ne semblait pas doté d’une excellente santé, aura été exempté pour des raisons médicales…

Peut être aussi le rang finalement assez élevé du numéro, « 126 » aura pu mettre son titulaire à l’abri de l’enrôlement, le Contingent exigé de son Canton ayant pu être honoré à l’issue du Conseil de Révision avant que son tour ne vienne finalement !!! … Mais le fait essentiel à retenir pour nous, c’est qu’Elie ne partira pas !!!

« Catineto ploures pos, toun galant partira pos » [ Chant Traditionnel des Conscrits de l’ARIEGE ] [ 5 ]…

 

« MOURIR PLUTOT QUE PARTIR SOLDATS ! »…  SIMON PARTIRA BIEN, LUI !!!

 

« Le Service Militaire semblait une calamité sans nom. Maman disait souvent, en parlant de mes frères, qu’elle préférerait les voir mourir que partir soldats. C’est que les partants, assez rares, victimes du sort et de la misère gagnaient à pied leur garnison lointaine et ne paraissaient généralement qu’à l'expiration de leur congé, après un nombre infini de déplacements et d’aventures. Or, dans nos campagnes, on n’avait pas la moindre notion de l’extérieur. Au delà des limites du Canton, au delà des distances connues, c’étaient des pays mystérieux qu’on s’imaginait dangereux et peuplés de barbares, sans compter que le souvenir persistait des grandes guerres de l’Empire où tant d’hommes étaient restés »… [ 2 ]

En quelques lignes, les propos rapportés du « père Tiennon », dans la « Vie d’un Simple », résument parfaitement le sentiment généralisé, autant que le destin partagé, des populations des campagnes Françaises au XIXème siècle, vis à vis de ce fléau « sans nom » que représentait pour elles la Conscription...

Pendant la période séparant les Guerres de la fin du Premier Empire et la Guerre de 1870, un, deux ou trois jeunes d’une Commune partaient chaque année au Service Militaire, mais parfois… aucun ! Le Service Militaire était généralement considéré comme un impôt extorqué par l’Etat, comme une sorte de vol... Ceux qui payaient un remplaçant acquittaient effectivement une somme qu’ils apparentaient à une « taxe », la Conscription n’étant pas considérée alors comme un devoir envers une collectivité mais plutôt comme un lourd tribut imposé par un Etat oppresseur et… étranger !!! [ 5 ]. Le jeune SIMON [ c’est sans doute son nom de famille et j’ignore, si tel est le cas, son prénom ], enfant d’ALLASSAC, a été, « malheureusement pour lui », « tiré au sort » puis reconnu apte à l’incorporation par le Conseil de Révision…

Issu d’une famille très modeste, sûrement beaucoup trop modeste pour se permettre de lui assurer les services d’un remplaçant, [ son frère était domestique, ou journalier, chez les DUFAURE, lui même l’avait été sans doute jusqu’à son « tirage » « funeste » ], SIMON ne pouvant bénéficier ni de motifs d’exemption ni de causes de réforme et dans l’impossibilité de « se payer » un remplaçant a bien été obligé… de partir !!!

« Lorsqu’il ne vit plus, la colline passée, le clocher de l’église de son village, le conscrit Daniel DUFFARD [ !!! ] de PIERRE-BUFFIERE, se mit à pleurer et voulut rentrer chez lui » ... Cet extrait des Archives de la HAUTE-VIENNE a été placé par Jean TULARD en exergue de la première partie d’un ouvrage qu’il a consacré à « la Vie Quotidienne des Français sous NAPOLEON 1er », et qu’il a intitulée « la FRANCE Immobile » [ 16 ]…

A peine moins d’un demi-Siècle plus tard, la FRANCE du Second Empire n’a encore guère évolué, surtout dans les zones rurales enclavées… « Dans une FRANCE immobile dont l’horizon reste limité au clocher de l’église il faut soudain bouger, quitter le « pays » pour aller, non pas à la ville voisine, ou même dans une autre région de France, mais dans des contrées étrangères... pour s’y faire très probablement tuer d’ailleurs ! », écrit Jean TULARD, qui poursuit « pour le village celui qui a tiré un mauvais numéro à la Conscription est - par avance - un homme ... mort » !!! [ 16 ].

Or pas plus que le Premier Empire, même si dans des proportions moindres, le Second Empire ne sera l’Empire de la Paix.

Même s’il ne sera peut-être pas appelé à participer à des campagnes extérieures, le jeune SIMON ira quand même déjà presque au bout du monde, surtout vu d’ALLASSAC… Songez donc !!! … Il ira jusqu’à… PARIS !!!

Osera-t-on ici se figurer ce que fut le moment de son départ ? … Osera-t-on apprécier son sentiment profond lorsque s’éloigneront de son regard les collines d’ALLASSAC ??? … « lorsqu’il ne vit plus, la colline passée, le clocher de l’église de son village… »

A la même époque, Jean-Marie DEGUIGNET ( 1834 – 1905 ) est un Finistérien qui s’est engagé… Certes il s’agit donc d’un « acte volontaire »… Mais il n’empêche cependant que l’émotion du départ est forte !!!

L’instant de son départ constitue un arrachement pour DEGUIGNET ( nous sommes alors en 1853 ) :« arrivé à la hauteur de KERGONAN, à dix kilomètres de QUIMPER, je m’arrêtais un instant ; de là, je voyais tous les environs de QUIMPER, je voyais tout ERGUE-GABERIC et la plupart des fermes où j’avais passé si souvent en demandant l’aumône, je voyais le cimetière dans lequel je faillis aller plus d’une fois et dans lequel mes parents ne devaient pas tarder à entrer. En revoyant en un instant toute l’histoire de mon existence, si jeune encore mais déjà bien éprouvée, je ne pus m’empêcher de verser des larmes. Ce seront les dernières, pensai-je, que je verserai à la vue de mon pays. Puis après avoir essuyé me joues du revers de ma manche - car je n’avais pas encore connu les mouchoirs - je me remis en route, mes vieux souliers sous le bras »… [ 17 ].

 

« VOUS M’EXCUSEREZ DE LA LIBERTE QUE JE PRENDS DE VOUS ECRIRE... »

 

Le nommé SIMON a adressé à Jeanne DUFAURE ( la mère d’Elie ) une lettre, en date du 5 Février 1860, calligraphiée depuis : « Aux fort de MONTROUGE » ( sic )…

Cette lettre constitue l’un des plus précieux « trésors » parvenus jusqu’à nous… Il s’agit d’une missive, miraculeusement [?] conservée !!! Une lettre émouvante surtout… tant de par son contenu que de par sa forme… et particulièrement du fait de la profonde « humanité » qui ne manque de transparaître et de se dégager à sa simple lecture, en ce sens qu’elle exprime assez « naïvement » autant des sentiments d’humilité que des sentiments de fierté, aussi bien des marques de respect que des touches d’une affection profonde et respectueuse…

SIMON n’est pas un « remplacé » !!! Il n’a pas eu cette chance… Car bénéficier d’un remplacement constitue une inégalité dans l’existence, un privilège de l’aisance. Le remplacement est sinon un test de la richesse, au moins un critère signifiant de la « Non-Pauvreté », qui permet de dégager la ligne de partage entre les misérables, ( les non-remplacés - et leurs remplaçants qui sont eux aussi de pauvres bougres ! -), et tous les autres ! [ 18 ]…

Dans les rangs de l’Infanterie se retrouvent seulement ceux qui n’ont pas eu le moyen de débourser 2.300 Francs-Or… au « tarif » de la classe 1859 ! [ 19 ]…

Si l’on s’en tient à des statistiques portant sur l’étude du Contingent National de 1868, donc sensiblement à la même époque, à une décennie près environ, il est « probable » que le jeune SIMON mesurait entre 1 Mètre 60 et 1 Mètre 64, comme plus du tiers des non remplacés [ les remplacés étant majoritairement de taille plus élevée ! ], et qu’il pouvait être qualifié « d’analphabète » comme l’était aussi le tiers de ses compagnons non remplacés [ une proportion deux fois supérieure à celle des remplacés ! ] [ 18 ]…

En 1860, voilà déjà plusieurs années que SIMON a été incorporé puisqu’il a déjà été au « Huitième Bataillon de Chasseurs à Pieds », au « Bataillon des Chasseurs de la Garde Impériale », et qu’en ce mois de Février 1860, il est « Voltigeur », au « Premier Bataillon du 28ème Régiment de Ligne », en garnison au « Fort de MONTROUGE »…

A la fin de l’année 1848, lorsque Louis-Napoléon accède à la Présidence, les quelques 247.000 hommes qui composent les rangs de l’Infanterie sont répartis, pour ce qui concerne la Métropole, dans une masse composée de 100 Régiments de modèle classique, dont 75 dits « de Ligne » [ SIMON passera par le « 28ème Régiment de Ligne » ] et 25 dits « de Légère », ne se différenciant guère que par l’appellation et quelques détails vestimentaires  [ en 1855 les 25 Régiments « de Légère » deviennent d’ailleurs des Régiments « de Ligne » ]… Il y a aussi dix Bataillons de Chasseurs à Pieds, formant corps et conçus au départ comme une troupe expérimentale en passe de devenir « le type même de ce que toute Infanterie devrait être », selon l’intention de leur fondateur le Duc d’ORLEANS [ SIMON passera aussi au « Huitième Bataillon de Chasseurs à Pieds » ].[ 19 ].

On compte, en outre, des unités diverses de vétérans, de pionniers, de sapeurs-pompiers, d’administration, etc., qui sont classées parmi les troupes à pied pour l’instruction de base et pour… la coupe de l’uniforme !!! [ 19 ]

Un Régiment d’Infanterie regroupe de deux à quatre Bataillons. Dans toutes les Unités, le Bataillon compte huit Compagnies, dont deux sont dites « d’Elite » : Grenadiers et Voltigeurs dans « la Ligne », Carabiniers et Voltigeurs dans « la Légère » [ 19 ]…

Sous le Second Empire, l’organisation militaire s’inscrit dans un souci de continuité par rapport au régime précédent… La seule rupture qui prévaut consiste en la création de la « Garde Impériale », en Mai 1854… [ SIMON fera un temps partie du « Bataillon des Chasseurs de la Garde Impériale » ! ]… Il s’agira non d’innovations mais plutôt de réminiscences du 1er Empire, mises au goût du jour… Indispensables au « decorum » du Régime, les troupes de la Garde se signaleront à l’attention des Parisiens par des tenues brillantes [ 19 ] mais, dans un souci tactique, cette Garde permettra au Souverain de disposer de réserves utilisables sur le champ de bataille… [ 20 ]

En 1860, SIMON est en garnison dans la proche périphérie Parisienne… Je visualise aujourd’hui sans trop de difficultés les lieux approximatifs de votre garnison, SIMON, puisque depuis le balcon de l’appartement que possédaient Edith et Théo BERNHEIM, ma tante et mon oncle, j’ai pu jadis bien des fois observer une petite partie conservée du glacis de l’ancien « Fort de MONTROUGE »… Quelques vestiges aussi de Batteries des « fortifs » qui sont encore présents dans l’une des rares zones qui demeure non bâtie dans le Quartier du « Carrefour de la VACHE NOIRE » à MONTROUGE…

Vous avez très bien fait, SIMON, d’envoyer votre lettre et de « prendre la liberté d’écrire » ! Vous n’avez pas à vous en excuser !!! C’est moi, au contraire, qui pourrais vous présenter des excuses de faire ici l’exégèse de votre lettre en la diffusant et en la rendant publique… sans votre avoir obtenu votre accord exprès !!! …

« Chère Mère Bienfaisante je mets la main a la plume pour vous écrire ces deux mots de lettre, vous m’excuserez de la liberté que je prends de vous écrire »…

 

UN « EMIGRE » DE L’INTERIEUR… EN EXIL AU DELA DES LIMITES DU CANTON !!!

 

Au milieu du dix-neuvième Siècle, le sens de l’Identité Nationale n’est pas encore assez fort pour atténuer le sentiment d’hostilité de la population vis à vis des troupes... exceptées parmi les classes moyennes qui, dans les zones urbaines, comprennent le profit qu’elles peuvent tirer de la présence d’un Régiment !

Eugen WEBER rapporte à titre d’exemple que dans les LANDES en 1843, « les autochtones considéraient les soldats comme des étrangers qu’ils étaient forcés de recevoir chez eux », et il indique aussi que les documents suggèrent que les soldats étaient traités comme une « armée d’occupation »puisqu’on ne considérait pas qu’ils représentaient quelque chose de National et de Commun ! [ 5 ]…

« On entendra partout crier contre les garnisons, contre la fainéantise des troupes dans leurs casernes, contre les officiers qui étaient des piliers de café qui ne faisaient rien » écrira, plus tard, le Général de CISSEY… [ 19 ] Un autre observateur notait : « partout les jeunes officiers demeuraient des étrangers »… [ 12 ]

Alors, exilé en garnison aux abords de la Capitale, bien loin de sa CORREZE natale, SIMON est bien tel un émigré… Cet émigré fut-il un « émigré de l’intérieur »…

SIMON n’a donc sûrement que plus de plaisir à pouvoir « rendre quelque visite de temps en temps » à « Monsieur Elie qui est Avocat dans la Rue Dauphine »… « C’est Monsieur Elie qui m’a appris que…. » et aussi tant d’autres nouvelles d’un intérêt plus ou moins futiles... Ces quelques rencontres, c’est l’occasion surtout de se voir, de se revoir, même brièvement, entre compatriotes Allassacois et de pouvoir parler du « Pays »... du « petit Pays », en abolissant un instant les différences de classe et de statut social… Ces rencontres, pour SIMON, c’est aussi l’occasion en fermant juste les yeux de pouvoir s’imaginer transporté dans le « Barri de la Grande Fontaine » à ALLASSAC, de retrouver « virtuellement » les horizons de son enfance et de son adolescence... de se retremper dans une sorte de langueur nostalgique… dans ce « monde » qui aura basculé pour lui le « jour de mon tirage »…

« Je me rappelle les sermons du père bienfaisant du jour de mon tirage »… Ce père « bienfaisant » pour SIMON, c’est vraisemblablement Pierre DUFAURE… Ce dernier est décédé dans le courant de l’année 1854, aussi on peut penser que SIMON a pu être incorporé juste avant ou peu après ( vers 1855 ? ) [ L’année civile est alors retenue comme base du décompte du temps passé sous les drapeaux ]… SIMON en serait donc, en 1860, à sa sixième année sous les drapeaux, ce qui n’est pas incompatible avec le nombre des affectations successives qu’il évoque, ni avec son désir ardent d’avoir son « semestre », un long congé de six mois, « qui lui a été déjà rayé », pour pouvoir s’en retourner – enfin ! – un temps à ALLASSAC !!! … Et aussi dans l’espoir de pouvoir rentrer, un jour, dans la Maison des DUFAURE « avec honneur et gloire »... Ah ! S’en retourner faire un séjour au « Pays » !!! c’est bien là l’aspiration simple mais nostalgique et obsédante… d’un véritable « émigré de l’intérieur »…

Jacques VINGTRAS, alias Jules VALLES, au tout début des années 1850, étudiant désargenté, venu de NANTES à PARIS et résidant un temps Rue Dauphine comme Elie, nous conte qu’il « passe de bonnes soirées sous ce hangar de la Rue de la Pépinière, à MONTROUGE, où il y avait des barriques sur champ et qui était devenu notre Café PROCOPE (...) » [ 21 ]. Il nous confie : « quand on revenait, la mélancolie du soir nous prenait et nos masques de bohèmes se dénouaient : nous redevenions nous, sans chanter l’avenir, mais en ramenant silencieusement nos réflexions vers le passé. A dix minutes du cabaret on criait encore, mais un quart d’heure après, la chanson elle même agonisait, et l’on causait - on causait à demi voix du pays ! (…) » VALLES-VINGTRAS poursuit : « On se mettait à deux ou trois pour se rappeler (...) en échangeant le souvenir de ses émotions. On était simples comme des enfants, presque graves comme des hommes, on n’était pas poète, artiste ou étudiant, [ ou soldat !!! ], on était de son village » ! [ 21 ]

« On était de son village » : les sentiments du Voltigeur SIMON pouvaient ils vraiment être différents de ceux du potache Jacques VINGTRAS ? Ne rejoignent ils pas dans leur simplicité la nostalgie que connaissent tous les hommes exilés, « au delà des limites de leur canton », qu’ils soient des exilés d’hier ou... d’aujourd’hui ???

 

L’HONNEUR PERDU DU VOLTIGEUR IAUCH… L’HONNEUR CONSERVE DE SIMON !

 

« Je rentreré dans votre maison avec honneur et gloire et fidéllité » ( sic ! ) écrit SIMON à Jeanne DUFAURE…

La notion d’Honneur personnel est toujours très forte au XIXème Siècle, et dans certains milieux on se bat encore en duel même pour des faits en apparence, pour nous aujourd’hui, extrêmement véniels voire complètement futiles...

« L’Honneur », c’est une valeur qui a aussi un sens pour le « simple » Voltigeur qu’est SIMON ! … Le jeune COIGNET ne promettait-il pas pour sa part : « je vous promets que je reviendrai avec un fusil d’argent, ou je serai tué » ? [ 11 ]…

SIMON pourrait-il en arriver faillir à « son Honneur » ? … Reprenons ici la consultation des statistiques relatives au Contingent de 1868... Que constate-t-on ? Le taux de délinquance, mesuré parmi les seuls Conscrits des classes populaires est de 3,19 % chez les non remplacés, contre 0,54 % chez les remplacés… « Celui qui naît très pauvre est donc bien davantage exposé à devenir un jour délinquant, à être un migrant, un déraciné, à n’atteindre qu’une taille rabougrie, à ne même pas avoir accès au savoir de « l’ABC », écrit Alain PLESSIS, tout en rappelant que BLANQUI avait affirmé que l’Empire plaçait d’un côté l’opulence et l’instruction… et de l’autre : la misère et l’ignorance [ 18 ]…

Les sanctions étaient très sévères pour les militaires qui se rendaient coupables de « fautes » fussent-elles considérées aujourd’hui comme plus ou moins « mineures »… J’ai la possibilité de me référer à la documentation juridique fort complète de Maître DUFAURE dans laquelle il y a place pour les « Lois Pénales applicables dans les Armées de Terre et de Mer »… Celles-ci traitent aussi bien de « la maraude », « du vol » que « de l’infidélité dans la gestion et manutention »... [ 15 ]

Je peux citer, à titre d’exemple, le premier alinéa de l’Article 6 de la Loi du 15 Juillet 1829 : « tout militaire qui vendra ou mettra en gage, en tout ou en partie, ses effets de petit équipement, sera puni de deux mois à un an de prison »...

les Archives Militaires du Second Empire témoignent de nombreux cas de soldats, peu considérés par les civils, qui ont été attaqués ou lapidés, ainsi que de bagarres survenues entre la troupe et des ouvriers [ 5 ]… La violence était alors endémique, les frictions entre « gens du lieu » et « étrangers » en garnison presque « naturelles », les bagarres d’ivrognes monnaie courante !!! La tentation d’améliorer un maigre ordinaire par de menus larcins était dévorante !!! Bref il y avait de quoi, pour un simple soldat, risquer de perdre son honneur dans une rixe ou un affaire un peu « louche » !!!

C’était pourtant en prenant la « Discipline » pour principe de base que la Monarchie Constitutionnelle avait voulu compléter, par celle des esprits et des mœurs, sa réforme des Institutions Militaires… « L’obéissance passive », le respect absolu qui lui est du, tel serait désormais l’impératif le plus strict, le mot d’ordre essentiel !!!

CASTELLANE [ Colonel sous la Restauration, Général sous la Monarchie de Juillet, Maréchal sous le Second Empire ] a, d’après son Journal, la préoccupation de pourchasser toutes les « irrégularités » militaires, que celles-ci concernent le service de place, la coupe de barbe, le port de la capote ou encore celui du sabre… Tout doit être « à l’uniforme » « se ployer à l’obéissance », « se soumettre à l’ordonnance » : « Il ne faut pas même qu’un soldat puisse croire à la possibilité d’agir autrement qu’on lui a prescrit » !!! [ 12 ] … La discipline seule doit régner dans les rangs !!!

SIMON affiche clairement son intention de ne pas s’écarter des chemins de « l’Honneur » ... « il n’y aura rien à désiré [ redire ? ] de notre bonne conduite »… Et ce, ni sous les drapeaux, ni plus tard dans le monde civil… Est-il pour cela particulièrement « fort des sermons du père bienfaisant » ?

Il y a pourtant des cas contraires… Des exemples à surtout ne pas suivre !!!

Dans la « GAZETTE DES TRIBUNAUX », et précisément dans le Numéro du 23 Juin 1860, [ il s’agit de l’un des exemplaires conservés par Elie, mais pour d’autres raisons que celle qui est ici évoquée ], en page 604 [ la numérotation est en continu tout au long de l’année ], figure le compte rendu de « l’Audience du Conseil de Guerre de PARIS », en date du 20 Juin 1860... soit moins de six mois après la rédaction de la correspondance envoyée par SIMON à Jeanne DUFAURE…

Je cite [ quelques extraits d’un article de deux colonnes et demie ] : « Sur le banc des accusés, un homme de petite taille, aux épaules larges et fortes, au regard vif et animé (…). Il déclara se nommer André IAUCH, âgé de Vingt neuf ans, Voltigeur au 3ème Régiment de la Garde (...) ». IAUCH compte neuf années de service ; il sert dans la Garde au titre de rengagé ; il a déjà fait les Campagnes de CRIMEE et d’ITALIE… C’est donc un vétéran qui peut déjà présenter un état de service fort conséquent…

Résumé, par le chroniqueur, des faits qui sont reprochés à l’accusé : « (...) Par deux fois on retrouvera IAUCH attablé dans une cantine avec un autre Voltigeur et un civil (...). Le chef de poste dut punir IAUCH de quatre jours de salle de police (...). Cette punition justement infligée dans l’intérêt du service inspira à IAUCH l’atroce dessein de se venger par un crime de cette punition (...) »…

Les faits « criminels » semblent constitués ; ceux d’une tentative, finalement avortée, d’assassinat sur son supérieur le Sergent CAMBRIELS...

Interrogatoire de l’accusé : « (...) J’ai rêvé à toutes les conséquences de l’action que je voulais commettre. La pensée la plus puissante pour me faire abandonner mon projet a été celle de ma pauvre mère (…) qui certainement n’aurait pas survécu à la connaissance de mon crime (…). Je me suis dit que je passerai pour un scélérat »….

Le Capitaine de BEAUFORT, du 56ème Régiment de Ligne, Substitut du Commissaire Impérial, requiert contre l’accusé une « application rigoureuse de la Loi » !!!

Maître JOFFRES, défenseur, demande au Conseil de prendre en considération les bons antécédents de l’homme et « le souvenir maternel qui était venu le toucher au cœur » et l’avocat suggère le bénéfice de circonstances atténuantes…

Pourtant… après une longue délibération… « le Président prononce le jugement qui condamne IAUCH à la peine de mort »…

« Soldats de mon Pays

Ne le dites pas à ma mère,

Mais dites lui plutôt

Que je suis à BORDEAUX,

Pris par les Hollandais,

Qu’elle ne me reverra jamais ! »

 

pleure une ancienne complainte « militaire » populaire, qui me revient en mémoire, et qui évoque un Soldat de l’Ancien Régime ayant « tué son Capitaine » « pour l'amour de sa belle » et qui se retrouve condamné à mort…

En fait, c’est plus ou moins directement un autre amour, celui de « la bouteille », qui aura finalement « perdu » le Voltigeur IAUCH !!!

« Les troupes partent. Vous croyez à un enthousiasme pour un désir ou une idée : ce sont des files de bêtas mal en ordre et titubant qui courent à la Gloire en sortant du minzingue… Des soldats ivres, on ne voit que cela zigzagant par les rues. Le vin est décidément le premier des patriotismes », constatent ( désabusés ? ) les frères GONCOURT, dans leur « Journal », en date du 25 Avril 1859, c’est à dire au moment même où débute la Campagne d’ITALIE… [ 22 ]

Ivrognerie ? Mauvaise tenue ? La discipline militaire se voudrait pourtant implacable… C’est cette discipline qui fait, dit le Règlement, « la force principale des armées. Elle est la base de toute organisation militaire. Elle s’appuie sur l’obéissance et la soumission », comme l’énoncera dans son édition de 1900 « l’Almanach du Drapeau – Livre du Patriote, du Marin et du Soldat - » [ ! ] … « Il y a dans chaque Compagnie une ou deux fortes têtes, soit une vingtaine pour le Régiment (…). Ils sont incorrigibles ; absences illégales, ivresse, scandale, voilà pourquoi on les punit le plus souvent. Leurs Officiers s’estiment heureux quand ils n’ont pas le regret de voir ces malheureux aller plus avant, jusqu’au Conseil de Guerre » [ 23 ] … Un Conseil qui aura été impitoyable avec le Voltigeur IAUCH.

 

LA GLOIRE MILITAIRE ... « FORT PEU HEROS EN CE MOMENT »…

 

« Je rentreré dans votre maison avec (...) gloire »… Le Voltigeur SIMON rêverait-il de pouvoir se flatter, lors de son retour, d’une « gloire » toute militaire ?

La  « Garde Impériale », à laquelle il a appartenu un temps, avait été reconstituée en Mai 1854, et, composée des meilleurs éléments de l’armée [ 24 ]… Immédiatement elle avait été envoyée en CRIMEE pour participer à la Campagne qui venait de débuter. C’est ainsi que la Gendarmerie d’élite, deux régiments de Grenadiers, deux de Voltigeurs, ainsi qu’un bataillon de Chasseurs partirent en Orient à ce titre… [ 24 ]

C’est vraisemblablement durant, ou à l’issue, de la Campagne de CRIMEE, ( compte tenu de la date probable de son incorporation ), que SIMON intègrera le « Bataillon des Chasseurs de la Garde », ce qui sera déjà très certainement pour lui déjà un « Honneur » et une grande « Fierté »… Mais il est peu probable que la « recrue » SIMON fut du voyage de CRIMEE !!!

En 1860, d’après son courrier, SIMON est désormais au « 28ème de Ligne »... Est-ce pour lui un changement d’affectation consécutif à une réorganisation des troupes opérée après la toute récente Campagne d’ITALIE ???

Cette Campagne d’ITALIE a été très brève… L’Empereur voulant commander lui même les troupes avait quitté les Tuileries, le 10 Mai 1859, habillé en « tenue de campagne », et il avait ainsi gagné le « Débarcadère de LYON » [ la « Gare de LYON » ]…

Les opérations militaires seront rapides… Victorieuses à MAGENTA ( le 4 Juin 1859 ), les troupes Françaises sous le commandement de l’Empereur battent ensuite les Autrichiens à SOLFERINO, le 24 Juin, dans le cadre d’une bataille demeurée « confuse et non décisive » [ 18 ]… Peu de temps auparavant déjà, MAC MAHON, dans les vignes à MAGENTA, avait décidé « in extremis » du sort de la bataille en arrivant tout juste à temps pour décider GIULAY à la retraite…

A MAGENTA l’Empereur avait pleuré une première fois ses morts : la Garde surtout avait souffert et des Régiments entiers d’Infanterie avaient été décimés

Quelques jours après, à SOLFERINO, toujours sous les yeux de l’Empereur, ce sont plus de 250.000 Hommes qui s’entre-tuent [ 24 ] … Dix mille Français ( Dix Sept mille pour Philippe SEGUIN [ 25 ] ), treize mille Autrichiens et quatre mille Sardes seront tués ou blessés ce jour là ! [ 24 ]… Faute d'ambulances et de médecins en nombre suffisant, le champs de bataille devient un véritable mouroir… SOLFERINO est demeuré le synonyme et le symbole d’un véritable carnage !!! …

La Campagne d’ITALIE s’arrête alors tout net !!! L’armée Française manque de matériel adapté, le choléra et les dysenteries commencent à frapper… La poursuite des opérations, sur le vu des premières rencontres, s’avèrerait beaucoup trop délicate et trop hasardeuse à envisager... De plus NAPOLEON III a été particulièrement bouleversé par le désolant spectacle des champs de bataille « modernes »… Le général FLEURY exprimera, lui aussi, son dégoût : « ces boucheries ne sont plus de notre temps » !!! [ 25 ]… Comme ne sera non plus désormais « plus du temps » le si légendaire ( mais des plus incommodes ) « bonnet à poil », le couvre-chef légendaire de la Garde, qui a été porté au combat pour la dernière fois à SOLFERINO !!!

Sans doute l’Allassacois SIMON n’a-t-il été pas été de la Campagne d’ITALIE !!! Influence-t-elle cependant encore, bien qu’achevée, son congé « rayé », SIMON devant encore rester en alerte le temps que les Régiments décimés se regarnissent ? Et s’il en avait été cependant de cette « fameuse » Campagne d’ITALIE sanglante ??? Parlerions nous ici de lui comme le faisait STENDHAL, de manière réaliste, à propos de son Héros « Fabrice » « pris » dans la mêlée de la bataille de WATERLOO ??? « Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment . Toutefois la peur ne venait chez lui qu’en seconde ligne ; Il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles. (…). Ah ! m’y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J’ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction… Me voici un vrai militaire (...). Il n’y comprenait rien du tout » [ 26 ]…

 

« CETTE GRAVURE TIRE D’APRES MA PHISIONOMIE ET MA BELLE TENUE »

 

« Cette gravure qui est tiré d’après ma phisionomie et ma belle tenue, j’espère quel seras conservé que je la trouve à mon retour si fraiche comme lorsquelle ma quitté »... N’ayez crainte, SIMON !!! Sachez que cette gravure sous laquelle est inscrit, à la plume, votre nom a été très soigneusement conservée !!! Elle n’a de plus guère été altérée par le temps… La gouache qui colore certains des détails du dessin a bien « tenu », et lorsque j’ai déplié fébrilement le feuillet, j’ai tout de suite été fasciné par cet excellent état de conservation… de « fraîcheur » même !!!

Il s’agit, dites vous, de votre tenue… Vous êtes alors au « 28ème de Ligne »…

Je remarque présent sur le collet le symbole du Cor de Chasse ( ici de couleur rouge ), qui caractérise sans conteste le Corps des Chasseurs…

Sur votre tête vous portez le schako tronconique qui est la coiffure « modèle 1845 », héritée de la Monarchie de Juillet, puis qui a été révisée « Seconde République », et enfin révisée « Second Empire »… On constate en effet que sur la plaque de cuivre figure désormais « l’aigle Impérial » et non plus soit une « Couronne », soit un « Coq reposant sur soubassement de feuilles de chênes », symboles modifiés au gré des multiples évolutions Constitutionnelles que le Pays a connues très récemment...

Le shako arbore encore une cocarde tricolore, il est surmonté d’un « pompon », constitué d’une sphère et d’une flamme… [ 27 ]

Votre tunique est ornée d’un collet de couleur « jonquille », qui est de la même teinte que vos épaulettes…

Votre pantalon est en drap garance… Il est semblable à celui de vos Officiers, et ce même si ceux-ci réclament une « bande de drap » qui est jusqu’alors encore l’apanage de la seule « Cavalerie » et aussi des « armes savantes »… et qu’ils n’obtiendront finalement qu’en… 1883… [ 19 ]

Vos boutons de tunique, qui sont ici colorés en jaune, semblent symboliser des boutons de laiton, marque de « l’Infanterie Lourde »… [ Les boutons en étain caractérisaient « l’Infanterie Légère » jusqu’en 1854 ] … [ 19 ]

Cependant si vous portez le ceinturon « Modèle 1845 », sa plaque est bien, elle, en cuivre et donc « dorée »… Votre ceinturon n’est plus lui en buffle et ce depuis 1848, mais seulement en cuir noirci, de même que les bretelles de votre havresac… [ 19 ]

Je ne pousserai pas plus loin la description de l’uniforme ici dessiné qu’un « figuriniste » averti pourrait certainement bien mieux « critiquer » que moi, mais j’avais pour seul but d’établir, SIMON, que cet uniforme était bien à peu près du même type que ceux que vous avez pu effectivement endosser au cours de vos affectations successives !!!

Dans les Régiments d’Infanterie Légère seuls les Chasseurs qui appartiennent aux compagnies d’Elite, que sont celles des « Carabiniers » et des « Voltigeurs », ont droit au port de la mouche, appelée aussi « Royale » puis… « Impériale » [ 27 ]. Or, le personnage représenté porte bien, outre une moustache, cette « Impériale » [ La « partie de la barbe qui croît sous la lèvre inférieure seulement » selon les textes officiels ]… Serait-ce donc un « Voltigeur » ? C’est fort possible !!!

En 1868 disparaîtront les Compagnies d’Elite et avec elles les appellations de « Grenadier », « Voltigeur » ou « Fusilier »… Tous les hommes de troupe de la Ligne ne seront plus alors uniformément désignés que sous le terme de « soldat » [ 19 ]

O ! Temps qui peuvent nous sembler lointains ! Que ceux d’une armée commandée par des Officiers dont la hiérarchie était solidement établie par l’Ordonnance du 22 Août 1836 qui permettait de distinguer, du premier coup d’œil, sans même compter les étoiles ou les galons : l’Officier Supérieur qui portait la moustache et la mouche « en royale » de l’Officier Ordinaire ou de l’homme de troupe qui eux n’avaient droit qu’à la simple moustache… Distinction subtile qui étalait publiquement l’abîme social séparant la troupe de ses chefs… [ 24 ].

Vingt-cinq ou trente ans environ après l’Ordonnance de 1836, les choses auront déjà un peu évolué puisque les « Voltigeurs » auront droit eux aussi au port de « l’impériale »... Les distinctions pileuses se seront donc déjà un peu atténuées !!!

En Mars 1886 le Général BOULANGER prétendra imposer le port de la barbe à la troupe toute entière, une initiative mal accueillie… C’est son successeur le Général FERRON qui autorisera les militaires à porter la barbe, la moustache ou la mouche à leur gré ( 1er Juillet 1887 ) [ 20 ]…

Encore un trentaine d’années à attendre cependant… et dans la grande tourmente de la Première Guerre Mondiale, tous seront finalement des « Poilus »... sans distinction d’armes, de grades ou de milieu social d’origine !!!

 

LES AIGLES DE MAI 1852 :  EMPIRE ANTICIPE ET/OU GRAVURE ANACHRONIQUE !

 

La gravure illustrant la correspondance de SIMON est titrée « Distribution des Aigles » ( 10 Mai 1852 )…

Un tableau peint par DAVID, du même nom, avait jadis été exposé, à l’instigation de LOUIS-PHILIPPE, dans la Galerie de VERSAILLES, et les visiteurs avaient intégré la scène de la « Distribution des Aigles » par NAPOLEON 1ER  au même titre que celle des « Adieux de FONTAINEBLEAU », dans la fabuleuse Légende Impériale !!!

Aussi, comme son prestigieux oncle l’avait jadis fait, Louis-Napoléon pris l’initiative de remettre des enseignes aux délégués des Régiments venus de toutes les garnisons de FRANCE et d’ALGERIE… Il voulait renouer ainsi, par ce fait, avec la grande tradition militaire, arborant lui même, pour l’occasion, un costume de Général … auquel il n’avait pourtant, en principe, nullement droit ! [ 24 ]…

Les médailles qui sont représentées sur la gravure sont parfaitement « anachroniques » par rapport à cet épisode de la « distribution des Aigles » puisqu’il n’est pas encore question ( officiellement ) de l’Empire en ce 10 Mai 1852 ... et donc pas encore de « NAPOLEON III, Empereur » ... Et cela même si le « Coup d’Etat » du 2 Décembre 1851 a déjà bel et bien eu lieu !

C’est le 8 Mai 1852 qu’aurait du expirer la « Fortune Présidentielle » de Louis Napoléon BONAPARTE s’il n’avait pris les devants en se gardant de respecter les obligations qui lui étaient imposées par la Constitution de la Seconde République !

Quant à « l’Impératrice EUGENIE », ce n’est qu’à la fin du mois de Janvier 1853 qu’elle épousera le tout nouvel Empereur « plébiscité » à la fin de l’année 1852 !

Les promoteurs de ce papier à lettre, avec gravure, « J. NOEL et BOURNAGE, éditeurs, Rue DESCARTES 16, PARIS », n’ont certainement que faire de ces détails historiques dont l’importance peut leur paraître vraiment toute relative... En cette fin des années 1850, et au tout début de l’année 1860, les clients, les français, s’en étonnera-t-on, n’ont que bien peu de mémoire… et encore moins de culture historique ou politique… Cela est bien connu !!! Alors, dans son élan, l’illustrateur peut sans hésiter rajouter la Colonne Vendôme, la Colonne de Juillet, l’Arc de Triomphe, un dôme surmonté d’une croix [ le Dôme de l’église Saint LOUIS des Invalides ? ] dans un « joyeux méli-mélo » de symboles divers amalgamés pour flatter l’œil du chaland… plutôt que ses incertaines connaissances Historiques contemporaines... Le chaland, ce sont ces « braves gars » [ pour le commerçant, au moins !!! ] de la Troupe... qui « bourses délient » pour pouvoir acquérir quelque « souvenir » de pacotille !!!

A ce titre il serait intéressant de connaître le marché que représentait ces « papiers-gravures », et précisément cette représentation ci par exemple, ou de savoir aussi « où et comment » SIMON s’en était rendu acquéreur !!! Auprès de « Mercantis » ? Dans le « Foyer » de son Casernement à MONTROUGE ? Lors d’une sortie en « Ville », non loin de la Rue Dauphine ? Directement Rue DESCARTES ?

 

UN « VRAI-FAUX » COURRIER !!! … OU UN « AUTHENTIQUE » APOCRYPHE ???

 

Le voltigeur SIMON est-il en fait bien l’auteur authentique de cette correspondance ? Ce n’est pas certain !!! Sans aucun doute cependant l’a-t-il inspirée !!! En revanche il est beaucoup moins certain que ce soit lui qui ait tenu la plume et qui ait choisi les formules rédactionnelles employées...

Sans être très doué en expertise graphologique, il est aisé de constater, à la fin du feuillet, l’existence de deux écritures qui sont différentes… Ne serait-ce donc pas SIMON qui aurait écrit de sa propre main son adresse : « (...) For de MONTROUGE PARIS SEINE », celle qui est donnée pour être « l’adresse a Simon » ( sic ! ) ??? Et ne s’agirait-il pas, dès lors, d’un camarade plus « lettré » qui aurait rédigé l’ensemble du courrier, ( voire, pourquoi pas, d’un professionnel rémunéré, tel un écrivain public … à même de vendre aussi ce papier illustré et d’en composer le texte accompagnateur ) ? C’est ce dernier rédacteur qui aurait indiqué de sa plume : « Mon adresse est au 28ème de Ligne (...) au fort de MONTROUGE PARIS » ???

La qualité du destinataire ( « La mère de Monsieur Elie qui est Avocat... »), la solennité de cet envoi ( « renvoyer cette gravure qui est tiré d’après ma phisionomie » ), le prix même de ce « papier à lettre-gravure », dissuadent finalement peut-être SIMON de se hasarder à laisser courir sa plume [ débutante ? ] tout seul sur ce beau papier illustré qu’il a acquis tout spécialement et dont il espère « qu’il sera conservé »…

On peut remarquer qu’il n’y a guère de ratures sur l’ensemble du document ( à peine deux, très minimes, sur le côté recto du feuillet ) et que le positionnement du texte est très équilibré sur l’ensemble du feuillet… Les tournures des phrases sont plutôt celles d’un « vieux routier » de l’écriture épistolaire que celles d’un « débutant » : « Vous m'excuserez de la liberté que je prends de vous écrire », « je suis toujours pour la vie votre dévoué serviteur »… Ne voyez vous pas SIMON « dictant » avec hésitation son texte, aussitôt « traduit » puis « retranscrit » « en direct » par un tiers installé à ses côtés, lequel interprète par « mère bienfaisante » et « père bienfaisant », la désignation un peu rustre de « mère DUFAURE » ou de « père DUFAURE » pour ceux que SIMON ne saurait désigner sous d’autres vocables ? … Ce tiers est d’ailleurs probablement habitué à rédiger tant de courriers de conscrits, en particulier destinés à leurs parents, qu’il sait se satisfaire d’expressions verbales approximatives et les retranscrire avec plus ou moins de changements sans crainte de détourner trop le sens des propos de ses clients.

SIMON doit se savoir ne pas être très doué pour rédiger des correspondances, et s’agissant de celle-ci, il lui faut l’assurance qu’elle sera dans un « français » à peu près intelligible... Qu’elle lui fasse finalement « Honneur »… Et plus encore… puisqu’il a demandé à ce qu’elle soit conservée !!!

La Loi de 1818 sur l’Armée a fait dépendre toute promotion de… l’alphabétisation, ce qui a conduit à la création d’Ecoles de Régiments où les soldats pouvaient apprendre à lire, à écrire et à compter et « tout ce que signifiait être un Citoyen Français » [ 5 ]…

En tant qu’école de langue française, l’armée eût très souvent à lutter avec des recrues fort récalcitrantes et les progrès en la matière semblent avoir été assez lents… En 1849 des Conscrits Bretons avaient refusé de comprendre les ordres donnés en Français… Et cinquante ans plus tard, beaucoup des conscrits de la BRETAGNE, parlaient encore au régiment dans leur langue régionale [ 5 ]…

Arrivant au 37ème de Ligne en 1853, le Breton DEGUIGNET est plutôt « dérouté » par la « langue » et les « accents » qu’il entend !!!

« Pendant le trajet le planton ne cessait de me parler et je ne comprenais pas un seul mot de ce qu’il me disait. Tonnerre, pensais-je, alors le Français n’est donc pas partout le même, car là-bas à QUIMPER je comprenais beaucoup de mots tandis qu’ici je n’en comprends pas un seul » (…). « Il me conduisit chez mon sergent-major (…). Il parlait un autre langage que le planton, quoique avec un accent qui n’était pas celui des Français de QUIMPER »… [ 17 ].

Mises à part les difficultés propres à la compréhension « phonétique » du langage, notons ici que le taux d’alphabétisation des conscrits Français, au vu des statistiques officielles, ne cessera de s’accroître dans la deuxième moitié du XIXème Siècle : seuls 38,7 % des conscrits en 1851, 25,5 % en 1866, 21,5 % en 1872 puis 16,1 % en 1881, étaient encore considérés comme étant des analphabètes au moment de leur incorporation… [ 28 ]

« Je n’étais pas allé au régiment seulement pour être soldat, j’y étais allé surtout pour m’instruire puisque je n’en avais pas d’autre ressource », affirme Jean-Marie DEGUIGNET, « malheureusement je m’aperçus bien vite que j’étais fort mal tombé pour apprendre la littérature, les sciences, dans ce milieu où presque personne ne savait lire ni même parler un mot de français comme il faut. Je n’entendais de tous côtés que des mots grossiers, ou des Bretons jargonner entre eux quoiqu’ils ne se comprennent pas car le breton du FINISTERE et celui du MORBIHAN diffèrent autant que l’Espagnol et l’Italien ; des Allemands, des Gascons, des Auvergnats et des Parisiens qui ne parlaient que l’argot des faubourgs. Et avec tout ça on ne voyait pas un seul livre dans la caserne, si ce n’étaient les théories dont chaque sergent et chaque caporal avait la sienne. Quand mon caporal n’était pas là je prenais sa théorie pour lire, et j’eus bientôt fait d’apprendre par cœur tout ce qu’il y avait là dedans, dont je connaissais déjà la majeure partie (…) » [ 17 ]…

« L’ignorant est borgne ; l’illettré est aveugle », cette maxime attribuée à MICHELET, on la retrouvera inscrite dans « l’Almanach du Drapeau de l’Année 1900 » en exergue de la partie intitulée « Sciences Elémentaires du Soldat » qui précise que « l’illettré en arrivant au Régiment est astreint à suivre un cours primaire (…). Il y a classe chaque jour pendant une heure, soit avant, soit après la soupe du soir »… Ce « noble combat » « républicain » et « intégrateur » entamé contre l’ignorance est toujours mené par l’Institution Militaire au début du vingtième siècle [ 23 ]…

Pourtant, cependant, au delà de la seule question de l’alphabétisation des troupes, on peut lire dans un essai datant de 1868 : « L’armée n’est peut être pas le pays natal de la routine mais elle est certainement sa patrie d’adoption… La vie de l’intelligence la quitte insensiblement et se concentre dans quelques têtes qui réfléchissent seules, par privilège et délégation spéciale »… « L’atonie intellectuelle est allée grandissante dans l’armée jusqu’à la fin du Second Empire », estime Raoul GIRARDET : « l’officier qui achète des livres, les lit, les commente, remue les idées générales, est peu prisé de ses camarades, encore moins de ses chefs : c’est un « faiseur » et ce qualificatif risque fort de compromettre définitivement sa carrière » ! [ 12 ]

Les traces d’un esprit critique et les menaces latentes d’insubordinations potentielles induites sont fort peu prisées dans les rangs !!!

Dans l’essai précité et datant de 1868, « l’Armée dans la Société Moderne », il est possible de trouver un exemple du caractère « suspect » de l’élévation intellectuelle et du jugement personnel ; je cite : « on faisait valoir un jour le mérite de certain jeune homme sorti d’une grande école scientifique en présence de son Colonel ; celui-ci était un digne homme qui menait joliment la charge et, plus d’une fois avait roussi sa moustache au feu : « c’est bon, répondit-il, je les connais tous ces ch… d’encre, et j’en ai trop ». Ce mot historique reflète assez fidèlement les dispositions répandues dans l’armée à l’égard des faiseurs »… [ 12 ]

« Ah çà ! Point de ces b… de livres dans vos malles », pouvait déjà conseiller, un peu plus tôt, sous la plume de STENDHAL, FILLOTEAU à son protégé, Lucien LEUWEN !!! « Ce qu’il y a de plus grand, de plus beau, de plus digne d’admiration dans nos sociétés modernes, c’est certainement le paysan transformé par la Loi en soldat d’Infanterie. Pauvre il protège la richesse ; ignorant, il protège la science. Au moindre signe, il traverse les mers, et va mourir silencieux et résigné, sans connaître même la cause de la guerre », pouvait-on lire aussi dans un ouvrage édité en 1854, c’est à dire à l’époque présumée de l’incorporation de l’Allassacois SIMON, cité également par Raoul GIRARDET [ 12 ],

N’était-il donc pas, SIMON, comme beaucoup d’autres de ses homologues trop pauvres pour se faire remplacer, la victime d’une « manipulation de classe »… Le sacrifice des « pauvres » et des « ignorants » pour défendre les détenteurs de la « richesse » et de la « science » ???

Et pendant que SIMON, à MONTROUGE, apprend les rudiments de l’écriture à laquelle il se rôde, et qu’il se frotte à la langue Française, en cherchant peut être à corriger ses « limousinismes » « innés », il nous importe maintenant de revenir plus directement aux DUFAURE… ce qui nous conduit à remonter un tout petit peu en arrière dans le temps… Oh ! pas trop ! … environ une dizaine d’années à peine en arrière par rapport à la date de 1860 qui est celle du courrier adressé par SIMON...

 

DES HOMMES ET DES CHEVAUX... UN PRESIDENT ET DES CAVALIERS ENGAGES

 

Bertrand - Berty- DUFAURE n’a pas encore atteint l’âge de 19 ans, ( 18 ans et 7 mois très exactement… ), lorsque le 6 Janvier 1849, il s’engage, volontairement, à TULLE, et qu’il devient ainsi un « Soldat de la République »… et même plus exactement un « Cavalier » de la République !!!

Le 6 Janvier 1849, il n’y a pas même un mois qui vient de s’écouler depuis qu’a eu lieu l’Election du Président de la République - c’était le 10 Décembre 1848 - et que la Constitution Républicaine du 4 novembre 1848 a pu prendre alors pleinement tous ses effets... L’Article 101 de la nouvelle « norme juridique suprême », en son Chapitre IX, intitulé « De la Force Publique » dispose que la « Force publique » est instituée « pour défendre l’Etat contre les ennemis du dehors et pour assurer au dedans le maintien de l’ordre et l’exécution des Lois. Elle se compose de la Garde Nationale et de l’Armée de Terre et de Mer » [ 29 ]….

Bertrand DUFAURE a-t-il seulement la moindre idée des attributions Constitutionnelles réellement assignées aux Armées, lorsqu’il « signe » son engagement en ce 6 Janvier 1849 ? Ses connaissances juridiques sont certainement bien moindres que celles de son aîné, a fortiori ses connaissances constitutionnelles… Et que dire seulement de l’éveil de sa conscience politique !!!

Les résultats de l’élection Présidentielle ont été proclamés officiellement le 20 Décembre 1848 et Louis Napoléon BONAPARTE, au sortir de la Chambre, s’est rendu accompagné de quelques amis, dans un cortège de landaus, entouré d’une brillante escorte de Dragons et de Gardes Nationaux à cheval, à l’Elysée, la résidence qui a été assignée comme demeure officielle au nouveau Président [ 30 ]…

Dès lors, depuis qu’il est élu, le « Prince-Président » ne cesse de consolider sa popularité en se montrant partout et le plus possible… C’est surtout dans des revues et des parades militaires qu’il affecte alors de paraître…

Dès le 24 Décembre 1848, 45.000 Gardes Nationaux et 50.000 hommes des Troupes de Ligne, commandés par CHANGARNIER, défilent au pied de l’Obélisque où Louis Napoléon BONAPARTE a grande allure « quand il apparaît sur sa magnifique jument avec l’air martial et gracieux d’un grand cavalier » [ 31 ]…

En 1831, le jeune Louis-Napoléon BONAPARTE était entré à l’Ecole Militaire de THOUNE, en SUISSE, commandée par un ancien Colonel du Génie sous le Premier Empire, DUFOUR ( … prénommé Henri… ) [ 25 ]…

Si l’élève de DUFOUR s’était finalement tourné vers l’Artillerie, l’on sait qu’à cette époque, ( et bien longtemps encore après ), cette arme ne pouvait se passer de l’utilisation du cheval, le complément le plus indispensable du canon s’il devait être tracté…

Louis-Napoléon connaît bien les chevaux et s’y intéresse de près… Sous sa Présidence, la Cavalerie –  une arme qui de plus a bien accueilli le nouveau régime – sera une arme très choyée… Le Président de la République avouera surtout une préférence marquée pour la cavalerie Lourde et de Ligne, ainsi que pour les cavaliers et les chevaux de grande taille… C’est à partir de ce moment là que les chevaux de la Cavalerie Française recevront un apport accru de sang Anglais… Ils y gagneront en taille et en élégance, mais ils deviendront aussi plus nerveux et fragiles, au détriment du calme, de l’endurance et de la rusticité en campagne qui caractérisaient les montures des époques précédentes [ 19 ]…

Le 14 Janvier 1849, le Prince-Président se rend à une représentation de RACHEL au « Théâtre Français ». A son entrée tous les spectateurs se lèvent et l’acclament ! [ 31 ]. Un accueil respectueux et plus que flatteur !!!

Or, c’est ce même jour, le 14 Janvier 1849, que, « venu » de TULLE, Bertrand DUFAURE intègre son nouveau Corps… Il rejoint en effet les rangs du « 6ème Régiment de Hussards », qui est alors stationné à GRAY, dans le Département de la HAUTE-SAONE… Quel accueil reçoit-il lors de son arrivée ? Un accueil qui contraste certainement avec l’accueil qui a été réservé au Prince-Président au « Théâtre Français » !!! … Au moins peut-on espérer pour lui que Bertrand DUFAURE comprenne le Français dans lequel s’exprime le planton et qu’il n’a pas à cet égard les mêmes difficultés qu’un certain Jean- Marie DEGUIGNET …

« L’ordre de route, je l’avais dans la main... L’heure était dessus, écrite. Le factionnaire de la guérite, il avait poussé lui même le portillon avec sa crosse. Il avait prévenu l'intérieur : « Brigadier ! C’est l’engagé ! – Qu’il entre ce con là ! » (…) « On est entré dans la tanière, çà cognait à défaillir les hommes de la garde. çà vous fonçait comme odeur dans le fond des narines (…). C’était fort et âcre... la viande, la pisse et la chique, et la vesse que çà cognait (…) » [ 32 ]… Il ne s’agit pas, ici, de l’extrait d’une lettre de Bertrand livrant ses premières impressions, mais du récit « coloré » de l’arrivée « au Régiment » de « Ferdinand », alias Louis Ferdinand DESTOUCHES…

Le 28 Septembre 1912 ( à 18 ans et 3 mois… c’est à dire à un âge presque « jumeau » de celui de Bertrand… mais avec tout de même plus d’un demi siècle d’écart ! ), Louis Ferdinand DESTOUCHES [ qui plus tard prendra, pour la plume, le pseudonyme de CELINE ], intègre la Cavalerie comme « Engagé Volontaire »…

L’univers d’un quartier de Cavalerie et le temps des classes, qui furent « de nature à marquer longtemps son imagination » [ 33 ], narrés avec verve par CELINE dans son admirable et truculent roman inachevé « Casse Pipe », constituent le support d’un témoignage exceptionnel et capital sur la vie d’un Régiment de Cavalerie, depuis la moitié du XIXème siècle jusqu’à la veille de la Première Guerre Mondiale, car il faut bien dire que les mœurs militaires, singulièrement les « mœurs Cavalières », n’avaient guère évolué entre 1849 et 1912 !!! La Cavalerie, « plus noble que l’Infanterie » ( selon Gustave FLAUBERT dans son « Dictionnaire des Idées Reçues » [ 34 ] ), est une arme dans laquelle le conservatisme et le poids des traditions sont des plus forts !!!

Je veux donc bien croire que l’accueil qui a été réservé « à la bleusaille », Bertrand DUFAURE, au « 6ème Régiment de Hussards » à GRAY, le 14 Janvier 1849, a été sans doute très voisin de celui vécu par « Ferdinand » au « 12ème Régiment de Cuirassiers » de RAMBOUILLET, le 28 Septembre 1912, et qu’il les avait, l’un et l’autre, tout de suite plongés au plus vif des réalités… humaines et troupières !!!

Alors, Bertrand ou Ferdinand, peu nous importe donc l’identité de la recrue, pour mesurer combien toute nouvel arrivant dans un Régiment de Cavalerie pouvait se retrouver confrontée d’emblée à un univers particulier… et « haut en couleur » !!!

 

L’ENGAGE DUFAURE...  HUSSARD DE SECONDE CLASSE…

 

Aux termes de la Loi du 21 Mars 1832, en son article 32, il est prescrit que l’engagé volontaire « devra (…) avoir dix huit ans accomplis et au moins la taille d’un mètre 56, jouir de ses droits civils, n’être ni marié, ni veuf avec enfants, être porteur d’un certificat de bonnes vies et mœurs (…) et s’il a moins de vingt ans justifier des consentements de ses père, mère ou tuteur (…) »…

Si l'article 33 précise que la durée de l’engagement volontaire est de sept ans ; un Décret encore très récent, puisque en date du 31 Mars 1848, vient d’autoriser des engagements pour une durée de… deux ans seulement… ( Ce Décret sera abrogé le 17 Janvier 1852 ! ) [ 15 ].

Bertrand, en application du Décret du 31 Mars 1848, peut donc s’engager pour deux années, fort d’un consentement familial… au moins formel…

Le 15 Janvier 1849, d’après son Livret Militaire, Bertrand est inscrit très officiellement sur les rôles du « 6ème Régiment » comme « Hussard de seconde classe » au « deuxième escadron » …

Dans l’argot du milieu il devient, plus familièrement mais non moins clairement, « deuxième jus » du « deux » au « Sixième » ! [ 33 ].

C’est un changement de vie certain qui s’amorce pour le jeune Corrézien qui était encore porté, pour l’état civil, au jour de son engagement, comme « étudiant »…

A la mi-janvier de 1849, il se retrouve en HAUTE-SAONE, « aux marches de l’Est », à une encablure des « Frontières »… et c’est déjà pour lui un premier dépaysement puisqu’il vient de franchir, à son tour, les limites de son Canton, de son Département… et de sa Région même !!!

Au delà du changement géographique de domiciliation, la découverte de la vie militaire constitue dans le même temps un second dépaysement !!! Et quel dépaysement !!!

Le « Hussard » DUFAURE appartient désormais à la « Cavalerie Légère » [ au même titre que les « Chasseurs à Cheval » ], et il doit se plier et se confronter aux us et coutumes de ce milieu « particulier »… [ Louis Ferdinand DESTOUCHES-CELINE faisait, quant à lui, en tant que Cuirassier, partie de la « Cavalerie Lourde » ]…

Le « Sixième Hussards », dit encore « avant-hier » « 6ème Régiment des Hussards du HAUT-RHIN », était un Régiment doté d’une solide réputation… Il avait chargé avec vigueur à JEMMAPES ( 1792 ) où il avait anéanti presque complètement les Chevau-Légers de COBOURG et les Hussards de BLANKENSTEIN… Il portait en outre dans les plis de son Drapeau des mentions prestigieuses : « JEMMAPES 1792 / LA MOSKOWA 1812 / DRESDE 1813 / CHAMPAUBERT 1814 »… [ 23 ] !

A l’arrivée au Corps, Bertrand DUFAURE « Sait lire et écrire ». C’est cette mention qui est portée sur son Livret Militaire… et non l’une des deux autres possibles qui sont : « Ne sait ni lire ni écrire », ou « Sait lire seulement »…

D’une taille de 1 mètre 67, Bertrand est un peu plus petit que son frère Elie ( donné pour mesurer 1 Mètre 72 )… Il a certainement un gabarit conforme aux exigences de la Cavalerie Légère qui réclame des tailles minimales et maximales inférieures a celles qui sont exigées pour entrer dans « la Lourde », mais si Bertrand est d’une taille certes « moyenne » elle est supérieure à celle de la majorité des non remplacés…

Il s’avère que 50,5 % des « non-remplacés » mesuraient moins de 1 mètre 65 dans le contingent de 1868 [ 18 ]…

En 1853, la taille minimale réglementaire d’incorporation était fixée à 1 mètre 54… « Comment, vous êtes soldat, vous, c’est pas possible, vous n’avez ni l’âge ni la taille » lâche à QUIMPERLE un employé de Mairie à destination de DEGUIGNET qui rejoint son Régiment comme engagé… « Il m’avait dit ça en Français, mais je comprenais bien ce qu’il avait dit. Je répondis en Breton en lui disant de regarder ma feuille sur laquelle était tout mon signalement » [ 17 ]…

A son arrivée, le « Chirurgien » ( sic ! ) constate que le militaire, Bertrand DUFAURE, est « Vacciné avec succès »… Il n’est donc ni « Variolé », ni « A vacciner », qui sont les deux autres mentions possibles offertes au choix du chirurgien sur le Livret !

Bertrand qui est « grand », qui a été « scolarisé » et qui arrive dans un « état sain » au « Sixième », s’inscrit d’emblée dans une « certaine hiérarchie sociale »…

« L’inscription de la hiérarchie sociale dans la hiérarchie physique ou intellectuelle des individus reste visible au Second Empire au travers des statistiques militaires : on compte deux fois plus d’hommes petits - moins de un mètre 59 - chez les cultivateurs pauvres et illettrés que chez les plus aisés et alphabétisés », fait fort justement remarquer Christophe CHARLE, dans son « Histoire Sociale de la FRANCE au XIXème Siècle » [ 35 ]….

 

DES MOTIVATIONS QUI DEMEURENT INCONNUES...

 

J’ignore quelles ont été les motivations profondes dudit ex-« étudiant » Bertrand DUFAURE, celles qui ont pu déterminer ce jeune Allassacois à se porter candidat pour souscrire  volontairement un engagement militaire pour une durée de deux ans…

Il est possible, me semble-t-il, de mettre cette décision sur le compte de l’impulsivité de caractère que semble traduire, en général, l’ensemble de la correspondance de Bertrand DUFAURE …

D’autres facteurs jouent-ils également un « rôle clef » dans cette décision importante qui l’engage désormais pour deux années ?

Echec scolaire de « Bertrand » au moment du passage d’une classe à une autre et abandon de tout espoir de « Baccalauréat » ? Volonté immédiate d’émancipation familiale et d’indépendance à conquérir ? Souhait de gain rapide de quelque argent pour « vivre » sa vie « librement » ? Mésentente et heurts familiaux liés à une sortie d’adolescence difficile ? Difficultés économiques conjoncturelles de la famille DUFAURE trop douloureusement ressenties ? [ Les années qui précèdent immédiatement 1848 ont été les dernières grandes années de disette en FRANCE !!! ].

Complexe d’un cadet vis a vis de ses aînés ? Tout nouvel avocat stagiaire [ la première trace d’une plaidoirie d’Elie remonte précisément à Mars 1849 ], l’aîné apparaît en mesure de s’assumer seul économiquement.... Par ailleurs Baptiste est destiné à demeurer sur les terres du « domaine » familial et à en tirer des revenus lui permettant d’en vivre et de faire vivre le reste de la famille…

L’aîné : avocat, le puîné : agriculteur… Le cadet peut-il donc finalement devenir « soldat » : une forme d’idéal social familial… ou de débouché professionnel « collectif » idéal ???

Des motivations purement politiques me semblent devoir être écartées, Bertrand ne parait pas mû par un « enthousiasme idéologique » particulier… N’écrit-il pas, par exemple, en 1856 : « Baptiste s’entend en cheveaux comme moi en politique », laissant « entendre » son peu de connaissance de la « chose politique », alors qu’il se sentirait beaucoup plus digne d’être investi de la « lourde charge » et responsabilité de procéder à l’achat d’un cheval pour Elie… en lieu et place de son frère Baptiste…

S’engager dans l’armée en 1849 pourrait objectivement, pourtant, facilement passer pour un « acte politique » réfléchi, résolu et déterminé… Mais tel ne semble pas être du tout le cas ici…

Il s’avère que la grande majorité des Républicains de 1848 avaient été élevés dans l’exaltation des souvenirs militaires de l’époque Révolutionnaire et Napoléonienne… Pour la plupart d’entre eux le soldat avait été longtemps le symbole même de leurs rêves et de leurs espérances. C’est par lui que devait se faire la transformation du monde. !!!

En fait, comme nous l’explique Raoul GIRARDET, le « Soldat de la Liberté » tant idéalisé par les Républicains, va vite se muer en « Soldat de l’Ordre », ce qui brouillera ainsi durablement les perspectives politiques ! … En effet, devant « l’homme en blouse », « le rouge », « le partageux », l’opinion bourgeoise non-Républicaine finira par admettre face à sa « grande peur » l’utilité de l’armée, perçue jusqu’alors comme « parasitaire » et « anachronique » [ 12 ]… A l’inverse, un véritable antimilitarisme finira par dominer dans l’ensemble de l’opinion Républicaine, et ce dès après le Coup d’Etat de 1851… « Nous faisions pour vous d’autres rêves, O nos soldats infortunés ! », s’écriera Victor HUGO après le 2 Décembre 1851… Et les Républicains de dénoncer dès lors vivement le « despotisme militaire » qui est selon eux « attentatoire à la Liberté et à la dignité humaine » [ 12 ]…

Pour essayer de comprendre la décision de Bertrand, il doit donc falloir combiner certainement un ensemble de facteurs divers plus ou moins déterminants... Essentiellement faire un amalgame entre son caractère « difficile », les conséquences d’une crise économique généralisée qui persiste, et une nécessaire orientation professionnelle à embrasser !!!

Si au début de la Restauration les jeunes agriculteurs représentaient environ 53% des recrues, leur part se contractera entre 1841 et 1845 ( 49% ) pour remonter de 1846 à 1850 à leur niveau antérieur ( 52,8 % en 1850 ). « Cette poussée terminale » n’est pour les historiens de « la FRANCE Rurale » que « la conséquence de la crise économique qui touche l’industrie et fait refluer vers les campagnes une partie des jeunes travailleurs qui étaient partis vers d’autres secteurs d’activité » [ 28 ]…

Bertrand, « l’ex-étudiant », qui envisage avec pessimisme l’avenir immédiat, croit voir peut être dans son engagement, qui après tout n’est que de deux années, une orientation professionnelle opportune en des temps bien difficiles, ou tout simplement l’occasion de « mûrir » un peu en attendant, placé provisoirement sous les drapeaux, de se tourner ultérieurement vers une autre carrière professionnelle ...

 

L’EQUIPEMENT DU HUSSARD DUFAURE  ET DE… SA MONTURE « LE BATAVE » !

 

Bertrand perçoit dès son arrivée un équipement complet... à commencer d’abord par les pièces d’un « Uniforme » ( manteau, shako, ceinturon, sabretache, dragonne, porte-giberne, porte-mousqueton, lanière de baguette, couvre platine, porte manteau - mais pas de trompette, ni de colback - une pelisse de troupe, un pantalon de cheval - mais pas de dolman )…

« Comme de coutume jusqu’en 1870, la Cavalerie offre le spectacle chatoyant de la plus grande diversité. Les particularismes y atteignent des sommets, le poids des traditions s’ajoutant à la nécessité d’attirer de nombreux engagés volontaires » !!! Car l’uniforme est un « élément de prestige » personnel [ 19 ]…

Les draps qui entrent dans la confection des habits et des dolmans des Hussards sont particulièrement divers… Quasiment chaque Régiment de Hussards, toujours vêtu à la Hongroise, possède son drap distinctif… mais les boutons, contrairement aux autres troupes à cheval, ne portent pas le numéro distinctif du Corps d’appartenance…

Le « Sixième Hussards » affiche les couleurs suivantes par son uniforme :  vert foncé

( pour le dolman et la pelisse ), blanc ( pour les tresses – avec boutons d’étain - ), garance ( pour le pantalon et le schako  la coiffure d’ordonnance qui reste celle qu’elle était sous le Premier Empire et qui demeurera portée jusqu’en 1858 - )[ 19 ]. Toute la cavalerie ou presque, dont le « sixième Hussards », est affublée du pantalon de cheval, Modèle 1832, en drap garance, basané de cuir entre les jambes…

« Cet effet d’une rare laideur sera remplacé en 1854 par un pantalon à fausses bottes mis à la mode par le Général LASSALLE au début du siècle, puis par les Chasseurs d’Afrique » [ 19 ] …

Ensuite, immédiatement après avoir perçu son « Uniforme », Bertrand reçoit une « Tenue de travail » ( veste d’écurie, pantalon d’ordonnance, bonnet de police, calotte de drap ), et il est aussi équipé d’un mousqueton, d’un pistolet et d’un sabre...

il aura vocation à se servir prioritairement du « bancal », ( nom argotique pour le sabre de la Cavalerie Légère [ 33 ] )… « Quand les cavaliers savent tenir un sabre, on les exerce à porter des coups sur des mannequins, ils s’escriment à pied ou sur un cheval de bois » [ 23 ]… Les Hussards sont dotés de « l’élégant Sabre de Cavalerie » « Modèle 1822 », et du « Mousqueton de Cavalerie 1822 T », à percussion… Ce ne sera qu’en 1866 que l’Armée Française adoptera son premier fusil « moderne », à chargement par la culasse, dit à « système Chassepot »… [ 19 ]… « Quant au tir, il a dans la Cavalerie une efficacité nulle » (…) « Ce n’est point par le feu que la Cavalerie rendra de réels services », estiment les stratèges de l’époque.... Aussi « la Cavalerie ne consacre à l’instruction du tir que des séances peu nombreuses »  [ 23 ]…

[[ On pourra lire dans la Presse Militaire en 1907 : « il est bien difficile de ne pas accepter la vision générale de la guerre de demain qui privilégie le canon au détriment du sabre »… [ 20 ] ]] !!!

C’est « Le BATAVE », un cheval immatriculé « 2172 », qui sera le principal compagnon de Régiment du Hussard Bertrand DUFAURE ( au moins durant l’année 1850 à venir ! ). Son cavalier a perçu pour sa monture un harnachement complet ( selle complète, schabraque, couverture, licol d’écurie, bridon et mors )…

Le magasin de l’escadron en effet « renferme des effets analogues à ceux d’un magasin d’Infanterie mais on rencontre en outre des casques, des dolmans, des basanes, des demi-bottes et des éperons, tous glorieux accessoires que l’Infanterie regarde d’un oeil jaloux » [ 23 ]… La Cavalerie est bien une « arme d’élite » qui tient une place à part ! … Mais ce que « l’Infanterie envie surtout, c’est la selle » (…) « c’est le fauteuil de la victoire, la selle adoucit les réactions du cheval, ajoute aux moyens de tenue du cavalier, et sert à l’arrimage du paquetage »… [ 23 ]. Il est vrai que le fantassin pour sa part ne dispose que de ses pieds et de son dos !!!

Chacune des pièces de « l’habillement » du Hussard, mais aussi de son cheval, est recensée, numérotée, répertoriée... et marquée même physiquement, au fer rouge pour les pièces de cuir, ou gravée pour les pièces métalliques...

Le cauchemar du Cavalier, à commencer d’abord par la recrue, c’est la revue de détail, qui peut donner lieu à des punitions, voire à des sanctions pénales pour « pertes » ou « détérioration » ; cauchemar habituel du soldat mais amplifié pour le Cavalier qui se doit de posséder obligatoirement moult effets spécifiques dits de « petit équipement », dont je me garderai bien de faire ici une énumération exhaustive et dont je ne cite que quelques éléments seulement : « couvre schako, pompon, plumet en plumes, paire de bretelles de pantalon », mais aussi « bretelle de sabre, 2 paires de gants », et encore « brosse à habit, 2 brosses a lustrer, fiole à tripoli [ pâte de nettoyage ] », sans oublier en outre : « sac à avoine, étrille, peigne à cheval, brosse à cheval »... etc. etc. etc.

Oui ! Pour amplifier le « cauchemar » de la revue de détail, le Hussard DUFAURE doit aussi « répondre » de son harnachement pour… « Le BATAVE » !

Le Cavalier et sa monture !!! Une vie de couple… pour le meilleur et pour… le pire !!!

Le Livret Militaire de Bertrand rappelle expressement la loi du 15 Juillet 1849 disposant que « tout militaire doit conserver le pantalon de drap pendant deux années, sous peine d’être traduit au Conseil de Guerre et d’être passible d’une condamnation » : pour vente d’effets d’habillement ( 2 à 5 ans de Travaux Publics) !!!

[ Cette peine de « Travaux Publics » dans la Législation Militaire est la peine infligée à des militaires qui ont déserté à l'intérieur. Elle a un sens proche de la peine de « Travaux Forcés »] [ 23 ] [[ Notons ici que le Livret de Bertrand que nous examinons porte les indications qui étaient contenues dans son Livret Militaire initial et qui ont été reprises, en Mai 1850, sur un Livret « Nouveau Modèle » ]…

 

L’INSTRUCTION DU HUSSARD ... REPETITIVITE ET GRISAILLE DES JOURNEES…

 

Les travaux et les journées des Cavaliers se répartissent pour l’essentiel entre l’instruction, les manœuvres, les corvées ou les factions…

Pour les nouveaux arrivés, il existe un « peloton d’instruction » où sont enseignées l’école du cavalier… « à pied », ainsi que celle du cavalier… « à cheval » !

Bertrand ne semble pas rencontrer trop de difficultés « à cheval »… Quant à la progression de son instruction, il est déjà porté comme « ancien cavalier » sur son Livret Militaire… Il lui faut cependant maîtriser, comme tout Hussard qui se respecte, les quatre allures : « pas », « trot », « galop » ... et surtout la « charge » !!!

« La charge » ! « C’est l'exercice suprême permis seulement au parfait cavalier » [ 23 ]. « Pour les malheureuses recrues qui trottent encore à la longe, les bras croisés, sans étriers, le cavalier bien en selle et sûr de lui doit sembler un Dieu qui passe, et c’est justement ainsi que l’Officier apparaît d’abord à ses hommes », estimait DROZ à la fin du dix-neuvième Siècle… [ 20 ].

L’école « à pied » comprend le maniement d’armes, l’emploi de la carabine, du revolver, du sabre et de la lance… et la marche… à pied  [ !!! ],

L’école « à cheval » panache l’enseignement individuel, dans l’escouade, et l’enseignement « en masse »… Que de tours de manèges alors à effectuer inlassablement dans l’enceinte du Quartier !!! …

L’instruction individuelle ou « école du soldat » est une période particulièrement éprouvante pour le « séant » du Cavalier qui, à l’issue des travaux de manège, doit avoir trouvé « le fond de la selle » [ 20 ]…

Le règlement de manœuvre, et des exercices de Cavalerie, encore en vigueur en 1849, date de 1829… Il exige, dans les mouvements, une régularité qui engendre le formalisme et donc… une extrême lenteur !!! Il s’attache davantage à l’exactitude d’évolutions compliquées qu’à l’objectif à atteindre en méconnaissant les solutions à trouver aux problèmes posés par la vie en campagne et l’attitude à prendre au contact de l’ennemi ! [ 19 ]…

Dans les garnisons de province, les escadrons pratiquent donc peu le service en campagne, les exercices de tir, ceux du combat à pied ou ceux de la vie au bivouac… Les longues marches en paquetage de guerre, avec vivres, fourrage, matériel de campement – si indispensables pour endurcir hommes et chevaux – ne se mènent presque jamais… Les exercices de peloton, d’escadron, voire de régiment, peu fréquents d’ailleurs en raison des servitudes du service de place et de quartier, se résument en général à une série d’évolutions rigoureuses en ordre serré au trot et au galop sur le terrain d’exercice local…

Ces démonstrations, certes impressionnantes, ont seulement pour objectif de préparer la visite semestrielle du Général commandant la Brigade ! [ 19 ]

Toute journée d’un Cavalier, celle d’un Hussard y compris, commence avec la corvée de litière et de pansage… Les chevaux se trouvent, dans les Régiments de Cavalerie, au centre d’un univers clos… Les bêtes ruent, se blessent, hennissent... et les hommes, concentrés, s’affairent autour... Les chevaux seront à nouveau pansés après le travail, au dehors s’il ne fait pas trop froid, ou dans l’écurie le cas échéant...

Quand ils ne sont pas à cheval, au manège, à la manœuvre ou en corvée, les hommes peuvent être de garde à l’entrée du quartier ou préposés à la surveillance d’un bâtiment particulier...

Dans le Quartier, chaque escadron dispose, en principe, de son bâtiment et de son écurie… Bertrand est à son arrivé « versé » au « Deuxième escadron », puis, le 28 Octobre 1849, il est affecté au « Cinquième »… L’escadron, c’est la réunion de quatre pelotons, le peloton constituant l’unité de base [ 23 ]...

Les hommes sont susceptibles de nombreuses punitions, s’ils ne sont pas, par exemple, en tenue d’écurie pour le soin des chevaux ou… si « cela ne brille pas assez »…

Les parties métalliques des pièces de harnachement sont nombreuses : gourmettes, ordillons...), et il faut inlassablement et quotidiennement que le Cavalier les fasse briller et les astique...

Mais il existe au Régiment encore mille autres motifs de sanctions !!! « Les punitions occupent une place privilégiée dans les préoccupations et les propos des Cavaliers », souligne Henri GODARD dans ses « notes et commentaires » consacrés à l’ouvrage de CELINE, « Casse-Pipe » [ 33 ] …

Affirmons-le à nouveau, même au risque d’apparaître redondant, la discipline militaire est implacable. « Elle fait », dit le Règlement, « la force principale des armées. Elle est la base de toute organisation militaire. Elle s’appuie sur l’obéissance et la soumission » [ 23 ]…

En 1882 DROZ racontera l’anecdote suivante qui a justement pour cadre un Quartier de Cavalerie :

« un bleu arrive à l’appel du pansage coiffé de son képi alors que tous les autres hommes le sont de leur calot. L’Officier de Semaine s’arrête en passant devant lui :

- Quelle est cette tenue ? fait-il, deux jours de salle de police.

- Mais mon Lieutenant, répond l’autre qui ne peut se contenir, étant Lyonnais : c’est le Maréchal des Logis qui m’a dit de donner mon calot à matriculer.

- Est-ce vrai, Maréchal des Logis ?

- Oui, mon Lieutenant, c’est vrai.

- Eh bien je lève la punition ; mais cet homme fera vingt-quatre heures de salle de police pour apprendre à ne pas répondre !

« Electeur et Lyonnais, ce bleu fut indigné », notera DROZ dans une conclusion pour le moins douce-amère [ 20 ]…

Discipline… Que d’injustices commettra-t-on encore longtemps en ton nom !!!

A l’armée, on astique et on brique sans cesse en vue des prises d’armes et des revues quotidiennes… A force de patience et de sueur, tout devra briller au soleil comme des miroirs – [ Le surnom de « vitriers », accolé aux Chasseurs à pied, semble provenir des reflets du soleil sur le havresac de toile cirée qu’ils portaient avant 1845, ensuite l’usage d’une peau de veau, teinte en noir, rendra cet effet plus discret ] - [ 19 ]…

Les revues de détail se succèdent régulièrement…  …Et puis vient le sac :

« Qui contenait la belle chemise,

Et le pantalon, drap d’Officier,

Et le mouchoir que la payse

Fit présent à son grenadier »… [ 19 ]

Pour réagir contre la négligence débraillée du troupier du 1er Empire, pour meubler aussi l’inaction d’une longue période de paix, « la frotte et l’astique » ont pris une place souvent prépondérante dans l’emploi du temps des garnisons !!! On scrute la coupe des habits, on compte les molettes des éperons, on mesure la longueur des cheveux, on jauge le retroussis des moustaches… « A-t-on commis le crime irrémissible de continuer à porter en 1826 le sabre ou la giberne conforme au modèle 1823, que l’on a dû quitter en 1825 ? », ironise un Officier de la Restauration, « le blanc de la buffleterie est-il préparé selon les saines traditions de la vieille garde et de la garde actuelle ? Les courroies qui attachent la capote sont-elles roulées selon les vrais principes ? Les gibernes sont-elles bien astiquées ? La cire dont elle sont enduites a-t-elle été composée des ingrédients prescrits et dans les proportions fixées ? Quelques paires de guêtres n’ont-elles pas des sous-pieds plus larges ou un bouton de plus que ne le veut le règlement ? »… [ 12 ]

A pareil régime de « la frotte et l’astique », on n’apprend sans doute pas grand chose… Mais à coup sur on pose les fondements de cette discipline que le « Règlement sur le service intérieur des corps de troupe d’infanterie », avait définie comme « faisant la force principale des Armées »… Une formule vigoureuse longtemps reprise par tous les règlements qui allaient se succéder jusqu'à l’époque moderne !!! [ 19 ]

Outre la discipline étouffante et « l’inaction » latente, un sentiment de tristesse au quotidien envahit-il aussi l’esprit du Cavalier, du Hussard DUFAURE ? Probablement ! « Que de réveils horribles aux sons si faussement gais du trompette de garde vous présentant à l’esprit les rancœurs et les affres de la journée d’un bleu », notera dans son carnet personnel, en 1913, le cuirassier DESTOUCHES, lequel écrira encore « qu’en est il au monde de plus triste qu’un après midi de Décembre, un dimanche au quartier ? », ou encore : « ces descentes aux écuries dans la brume matinale. La sarabande des galoches dans l’escalier, la corvée d’écurie dans la pénombre. Quel noble métier que le métier des armes. Au fait les vrais sacrifices consistent peut être dans la manipulation du fumier à la lumière blafarde d’un falot crasseux ? »…

Et encore : « que de fois je suis remonté du pansage et tout seul sur mon lit, pris d’un immense désespoir, j’ai malgré mes dix-huit ans pleuré comme un première communiante. Alors j’ai senti que j’étais vide, que mon énergie était de la gueule et qu’au fond de moi même il n’y avait rien, que je n’étais pas un homme - je m’étais trop longtemps cru tel - (…), alors là, vraiment j’ai souffert » ! [ 36 ]…

Même si ce n’est pas Bertrand DUFAURE qui nous « parle » directement, les réflexions personnelles de CELINE s’inscrivent, à mon sens, parfaitement dans l’esprit des correspondances « militaires », ultérieures à son passage chez les Hussards, qui seront adressées par Bertrand… et elles pourraient rendre compte parfois des impressions profondes qui pouvaient être les siennes à GRAY...

 

« Que sont-ils devenus les jours de mon enfance,

Où l’espoir des combats faisait battre mon cœur ?

Qu’êtes-vous devenus jours de belle espérance,

Où je rêvais la mort au Champ d’Honneur ? »

Ces vers mélancoliques ont été écrits, en 1849, par un Capitaine de Lanciers… [ 12 ]

 

« L’ennui et le mécontentement sont les traits généraux de tout visage militaire… La vie est triste, monotone, régulière », écrivait Alfred de VIGNY dans « Servitude et Grandeur Militaire », « les heures sonnées par le tambour sont aussi sourdes et sombres que lui » !!!

Au delà de la médiocrité de la vie quotidienne, de la routine des exercices du polygone ou du manège et du service de place, l’Officier comme l’Engagé ou le « Tiré au sort » n’ont devant eux que la perspective d’une interminable attente, celle de la guerre… Attente vaine pour la plupart car malgré les Campagnes Algériennes ou quelques démonstrations militaires de la Monarchie Constitutionnelle, la plus grande partie des hommes, jusqu’aux « grandes guerres » du Second Empire ne connaîtra, au mieux, du combat que les batailles de rues des journées d’émeute et de Révolution !!! [ 12 ]. Bertrand attend-il vraiment - et vainement - la guerre ? Non ! Plutôt veut-il obtenir rapidement un avancement !

 

DEUX MOIS A SAUMUR...  … MAIS PAS D’AVANCEMENT POUR AUTANT !

 

En date du 31 Janvier 1850, le Hussard de Seconde Classe Bertrand DUFAURE part pour l’Ecole de Cavalerie de SAUMUR pour « y suivre les cours en qualité d’élève instructeur », suivant une Décision Ministérielle du 23 Janvier 1850…

Le niveau intellectuel de Bertrand, supérieur certainement à celui de bien de ses camarades engagés et ses capacités avérées de cavalier, [ « ancien cavalier » ], confirmées après une année d’observation au Régiment, doivent être susceptibles de pouvoir le faire progresser quelque peu dans la hiérarchie militaire estiment certainement les autorités hiérarchiques régimentaires…

SAUMUR : c’est déjà le centre prestigieux de la Cavalerie Française ! En 1763, le Régiment des Carabiniers de « MONSIEUR », un Corps d’élite, recruté parmi les meilleurs cavaliers de l’Armée, fût envoyé à SAUMUR, et c’est pour lui qu’avait été construit, de 1767 à 1770, le bâtiment destiné à abriter l’école ayant vocation à former les cadres de la Cavalerie Française ! [ 37 ]…

En 1852, l’école sera baptisée « Ecole Impériale de Cavalerie » et elle continuera son œuvre formatrice… En 1852 toujours, seront rédigées quatre brochures définissant les progressions de l’instruction à pied et à cheval révisées par le Conseil de l’Ecole, mais il s’agira là, tout au plus de guides pour les Instructeurs. Le texte de ces publications attachera plus d’importance à la précision des mouvements qu’à l’explication de leur nécessité ! De surcroît dans cette Ecole, on continuera de privilégier longtemps encore l’enseignement d’une équitation beaucoup trop académique [ 19 ]…

Que se passe-t-il à SAUMUR au premier Trimestre de l’Année 1850 ? Les qualités « cavalières », affirmées ou potentielles, de Bertrand, pourtant supérieures à celles de bien de ses camarades du « Sixième Hussards », ne sont-elles pas jugées suffisantes par rapport au niveau qui est exigé à SAUMUR ? Le niveau social de Bertrand n’est il pas assez élevé par rapport aux exigences « aristocratiques » de la Cavalerie Française ? … Il ne s’agit pourtant pas encore pour lui de devenir Sous-Lieutenant de Cavalerie en 1850… mais seulement Elève-Instructeur… [ Je note ici que parmi les 72 élèves admis à SAUMUR, en 1899, comme « Sous-Lieutenants Elèves », 40 portaient un nom à particule, soit plus de la moitié de la promotion - 55,5 % exactement - ] [ 23 ]. L’académisme qui est imposé à Bertrand ne convient-il pas quant à sa manière de monter ??? Toujours est-il que deux mois et demi après son départ pour SAUMUR, Bertrand est « renvoyé au Corps d’origine », par Décision Ministérielle du 15 Avril 1850, et il est ré-inscrit sur les rôles du « 6ème Hussards », en date du 25 Avril 1850, puis versé au « Quatrième escadron ». Et s’il change pour la troisième fois d’escadron, il demeure toujours un « simple » Hussard… de « deuxième jus » au « Sixième » !!!

Un premier avancement ? Bertrand l’attendra encore longtemps !!! [ … Juillet 1855 !!! ] « Au cours des élèves Brigadiers, pris en grippe par un jeune Officier plein de sang, en butte aux sarcasmes d’un Sous-Off abruti, ayant une peur innée du cheval [ une peur que ne connaît pas Bertrand ! ], je ne fis pas long feu et je commençais sérieusement à envisager la désertion qui devenait la seule échappatoire de ce calvaire » [ 36 ] … C’est ce que le Cuirassier CELINE notera dans son carnet personnel…

Bertrand se trouverait-il dans un cas un peu similaire à celui de Louis Ferdinand DESTOUCHES-CELINE ? … Ce dernier parviendra néanmoins à passer Brigadier un peu moins d’un an après son incorporation…

Bertrand a-t-il été pris en grippe par un supérieur à SAUMUR ? S’est-il trouvé en butte à des « sarcasmes insupportables » ? A-t-il fait l’objet d’une quelconque sanction disciplinaire qui l’a « cassé » dans l’optique de son avancement potentiel futur ? S’est-il rebellé ou a-t-il fait preuve de mauvais esprit ??? La « formation » de l’Elève-Instructeur était-elle seulement une formation « courte » qui ne pouvait guère laisser entrevoir une possibilité de promotion ? Interrogations !!!

 

DE 61 FRANCS (Avril 1850) A 50 FRANCS (Janvier 1851) : UNE MAIGRE FORTUNE !

 

Bertrand espérait-il « faire fortune » en tant qu’engagé ? Etait-ce l’une des raisons principales de son engagement décidé en 1849 ???

Pour le Mois de Mai 1850 son activité de « soldat professionnel », soit le « produit de 31 journées », lui rapporte la somme de 4 Francs et 34 Centimes… donc 14 Centimes par jour ! Or, il s’avère qu’au cours du même mois il a du faire face à des dépenses pour un montant total de… 16 Francs et 45 Centimes... C’est donc ce que l’on peut considérer, pour le moins, comme du « travail à perte » !

« Les traitements demeurent extrêmement médiocres », confirme Raoul GIRARDET qui précise : « en 1851 un Sergent gagne 75 à 85 centimes par jour dans l’Infanterie, 88 centimes à 1,08 Francs dans la Cavalerie. La solde annuelle d’un Lieutenant est de 1.840 à 2.040 Francs dans la Cavalerie (…). Pour prendre conscience de la valeur réelle de ces chiffres il suffit de rappeler que le salaire moyen d’un ouvrier est d’environ deux Francs par jour et que celui-ci est notoirement très insuffisant pour satisfaire les besoins les plus immédiat d’une famille » [ 12 ]…

A son retour de SAUMUR, Bertrand a du recomposer une partie de ses effets de « petit équipement » ( Perte ? Vol ? Oubli ? Détérioration ? ) et acquérir ( entre autre ) : un couvre shako à 1 Franc 40, un Pompon à 55 Centimes, une Paire de gants à 55 Centimes, un plumet et son étui pour 3 Francs 05, une brosse à lustrer pour 1 Franc 40, etc…

Bertrand a également du investir dans une paire de souliers à 5 Francs 25, une paire de guêtres à 1 Franc 50, ... Un livre aussi... à 22 Centimes, livre dont la nature nous demeure inconnue ! Une « Théorie » … véritable « Bible » militaire indispensable à connaître parfaitement pour espérer, un jour, progresser dans la hiérarchie ? « Pour réussir, il suffit de réciter la Théorie sur le bout du doigt et de connaître la manière d’astiquer une giberne ou de blanchir les buffleteries ! » [ 19 ] … Mais 22 centimes cela me parait bien peu pour acquérir une telle « Bible » !!!

Revenu de SAUMUR en ayant « 61 Francs 43 Centimes » de pécule, le « compte » de Bertrand n’est plus que de 49 Francs et 32 Centimes à la fin Mai, solde du mois de Mai comprise ! Ce compte n’est plus fort que de « 46 Francs 25 Cts » à la fin Juin ( … avec l’achat d’un pantalon d’écurie à 4 Francs )...

Alors, durant l’été 1850, au moment où son frère Elie soutient à PARIS sa Thèse de Doctorat d’Etat en Droit, Bertrand commence un réel effort d’économies ... 92 journées lui rapportent 12 Francs 88 et il n’achète en tout et pour tout qu’un « fleuron de selle » à 30 centimes le 15 Août 1850 ! Son compte individuel remonte alors à « 58 Francs 83 Cts » à la date du 1er Octobre 1850… Mais ce compte va de nouveau recommencer à descendre ( 53 Francs 63, fin Décembre 1850 ), pour se figer à « 50 Francs et 18 Centimes », le 6 Janvier 1851...

Deux années se sont écoulées... Hors considération de prime éventuelle d’engagement, Bertrand n’a pu « capitaliser » à peine que la moitié de ses gains avec une solde de base de 14 centimes la journée !!! [ 365 Journées x 2 années x 0,14 Centimes = 102 Francs 20 ]…

Bertrand aurait pu peut-être rentrer dans ses foyers avec quelques pièces  supplémentaires en poche en plus si lors de son départ on ne lui avait pas « retenu »... [ c’est le pompon !!! ] … entre autres éléments ... un « pompon » à 55 centimes [ le sommet du shako est si fragile ! ], 75 centimes pour une couverture tâchée, 60 centimes pour un blanchissage de manteau, 15 centimes pour un blanchissage de calotte... 25 centimes encore pour adoucir le fourreau du sabre et le polir... Tout se paye ! A l’armée … comme ailleurs ! La « fortune » ne sourit pas toujours aux « audacieux engagés » !!!

 

NIVEAU DE VIE BAS …  UN PEU MIEUX POURTANT A L’ARMEE QU’AILLEURS ?

 

En 1827 un officier s’étonnait du fait qu’il était difficile « d’arracher » le contingent annuel du PUY DE DOME, alors que les recrues auraient été « infiniment mieux que dans leurs pauvres bicoques » [ 5 ]… Vingt ans plus tard, en HAUTE VIENNE, les jeunes gens revenus du Service Militaire paraissaient un peu moins sales que leurs pairs ; ils savaient un peu de français, encore presque inconnu dans le LIMOUSIN ; on remarquait chez eux « le port plus viril du Nord » [ 5 ] ...

Ce « port » est-il le résultat d’une meilleure alimentation ? Il est établi en tout cas que le régime alimentaire de l’armée, malgré son caractère « spartiate », dépassait alors de loin celui de nombreux foyers du Pays !!!

Eugène WEBER cite à ce propos une chanson des Conscrits Flamands :

 

« Chaque jour de la viande et de la soupe

Sans travailler, sans travailler,

Chaque jour de la viande et de la soupe

sans travailler, dans l’armée »... [ 5 ]

 

En ce qui concerne la nourriture, le logement, le lit, l’hygiène, l’habillement, la situation du soldat était bien meilleure que celle des classes laborieuses rurales...

Pendant les années 1860, la ration journalière moyenne du soldat ( 1,4 Kilo de nourriture ) dépassait la moyenne nationale ( 1,2 Kg ), chiffre qui englobait pourtant les grandes quantités d’aliments consommés par les membres des classes riches...

Le taux de mortalité pour les jeunes gens de 20 à 27 ans était de 11 pour 1000 chez les civils et de… 10 pour 1000 pour les soldats, en soulignant que la grande majorité des soldats provenait des classes pauvres dont l’alimentation était beaucoup plus faible et aléatoire, et dont le taux de mortalité ou celui de maladie étaient bien plus élevés que les chiffres moyens nationaux ! [ 5 ]. Eugène WEBER, dans l’une de ses notes, cite STENDHAL qui remarquait déjà : « ceux des régions pauvres changeaient complètement en six semaines. [ ils étaient simplement étonnés ] d’avoir de la viande tous les jours »... Petit détail alimentaire mais… tout est dit !!!

Avec 14 centimes par jour, Bertrand ne fait pas fortune mais il est nourri, logé et entretenu dans une certaine mesure gratuitement ou quasiment... Le nécessaire au moins… même si on se trouve encore bien loin du superflu, certes !

On comprend que VALLES/VINGTRAS se voit, au début des années 1850, à PARIS, à la tête d'une vraie fortune avec l’annonce par ses parents de l’envoi de quarante francs... par mois ! « J’ai eu de l’émotion en présentant mon mandat rouge à la poste. J’avais peur qu’on me prît pour un faussaire » [ 21 ]… Puis « Jules/Jacques » d’établir avec soin son budget « ménager » quotidien ainsi qu’il suit :

 

NOURRITURE

A MIDI

demi-Viande  0,20

deux pains    0,10

LE SOIR

demi-Viande  0,20

Légumes       0,10

deux pains    0,10

TOTAL PAR JOUR   0,70

30 x 70 cent =   21  »

 

« On peut payer son loyer, acheter bien du pain et des côtelettes à la sauce, et même aller voir « La MISERE » [ Pièce de Ferdinand DUGUE ] à la Porte Saint-Martin, avec quarante francs par mois ! » s’enthousiasme-t-il... [ 21 ]…

Mais cette « bonne fortune » ne durera pas pour lui… et Jacques VINGTRAS ne tardera pas à être rappelé à NANTES, « dans ses foyers » parentaux... Non sans avoir laissé des dettes... Ni sans être en mesure de connaître ultérieurement des temps de bohème encore bien difficiles !

 

« LIBERE DU SERVICE, SE RETIRE DANS SES FOYERS » - REPOS DU GUERRIER !

 

J’ai sous les yeux le « Sauf Conduit » délivré à Bertrand le 5 Janvier 1851 pour partir de VILLEURBANNE dès le 6 Janvier 1851 afin de se rendre à ALLASSAC, au motif explicite : « libéré du service, se retire dans ses foyers »…

Bertrand a donc accompli très exactement ses deux années d’engagement... Il s’était engagé à TULLE le 6 Janvier 1849…

Son itinéraire de retour est précisément fixé... Depuis LYON... Les noms des points « étapes » prescrits sont les suivants : DUERNE, ( Saint Martin )-LESTRA, BOEN, NOIRETABLE, THIERS, PONT DU CHATEAU, CLERMONT [ où il sera, trois jours après son départ, le 9 Janvier 1851 ], ROCHEFORT, BOURG-LASTIC, USSEL, EGLETONS, TULLE [ Bertrand sera de retour à son point de départ le 11 Janvier 1851, et le Sous-Intendant militaire d’AMOUREUX lui mandatera alors 6 Francs jusqu’à sa destination finale « comprenant rappel depuis CLERMONT »… Sept francs lui avaient déjà été mandatés de VILLEURBANNE à CLERMONT ]… Puis enfin ALLASSAC... [ une arrivée peut être dans la soirée du 11, ou dès la fin de matinée du 12 Janvier 1851 ? ]…

Le retour à ALLASSAC de « l’enfant prodigue » après deux années d’absence ? … Et surtout après un voyage qui a été assurément long et éprouvant puisque une grande partie de l’itinéraire aura certainement été parcourue à… pied !!!

Encore scellé au « Sauf Conduit », figure un petit certificat médical qui indique que « DUFAURE Bertrang ( sic ) n’est atteint d’aucune maladie syphilitique ou cutanée », et c’est signé du « Chirurgien Major »...

Avec le peu d’argent dont il disposait, le « Hussard deuxième classe » et « simple Cavalier », Bertrand DUFAURE pouvait-il se permettre d’aller « voir », de temps à autre, « des filles »... des « filles à soldats » ?

La prostitution est en ces temps assimilée à une épidémie autant biologique ( car elle diffuse les maladies vénériennes ) que sociale ( car elle « pervertit les catégories sociales les plus fragiles et les détourne du travail » qui choisissent le « parasitisme » et le « plaisir » ) [ 35 ]…

« Le portrait stéréotypé de (…) la « fille à soldats » est dans toutes les mémoires : amaigrie, laide, « sale, mal vêtue et mal peignée », elle a, dit-on, généralement dépassé trente-cinq ou quarante ans. Arrivée bien souvent à la suite d’un régiment, abandonnée par son amant, elle s’est trouvée obligée de loger dans un taudis, parfois dans une cabane ; et lorsqu’elle se livre à un client, c’est pour une somme dérisoire », expose Alain CORBIN… [ 38 ]

L’activité « prostitutionnelle » n’est pas sans risques pour ses actrices principales, et CORBIN de relever que « la morbidité des clandestines arrêtées dans les Communes de la garnison est effroyable [ en 1896 dans la région de TOUL ] ; selon les trimestres le tiers ou la moitié des filles visitées sur ordre de l’administration sont atteintes de maladies vénériennes » … [ 38 ]

Longtemps appelée « vérole », « mal vénérien » ou même – jusque dans certains textes officiels « mal de NAPLES » -, la syphilis est désormais désignée sous « son nom » à partir de la Restauration…

Un poème, intitulé « syphilis », publié justement en… 1851, par Auguste BARTHELEMY ( 1796 – 1867 ), connaît tout de suite un succès aussi large que morbide et il va achever désormais de rendre le terme de « Syphilis » d’utilisation courante…

« De là vient cette race infirme, abâtardie,

Ce peuple d’avortons qu’attend l’orthopédie,

De là ces jeunes gens déjà cadavéreux

A la poitrine étroit, au front pâle, à l’œil creux » [ 19 ]

 

Auguste BARTHELEMY Versifie … Les milieux informés savent d’ores et déjà, au début du Second Empire, beaucoup de choses sur ce « mal hideux » ( ce mal « ignoble et terrible » ajoute MAUPASSANT ! )… Ils en décrivent le chancre et les trois étapes de son évolution lente ; ils connaissent sa transmission accidentelle ou sexuelle et également son origine parfois héréditaire… Ils mesurent ainsi avec lucidité les dangers que font courir les « personnes infectées » à la société… à commencer par le « binôme » que composent les militaires… et les prostituées !!!

Dans un savoureux « Court Traité de Maisonclosologie à l’usage des macs honoraires, des putes repenties, de ceux qui y sont allés et de ceux qui n’iront jamais », sous titré « Portes Ouvertes sur l’Imaginaire de la Boxonie Tourangelle », Jean CHEDAILLE, journaliste Tourangeau, cite non sans délectation quelques extraits de rapports de police « jaunis par le temps » datant des années 1824, 1825… et suivantes…

« La nommée FANFAN femme de mauvaise vie de 45 ans, demeurant rue des Trois Pucelles qui favorise la débauche de la jeunesse a communiqué la maladie vénérienne au nommé GAUDIN »…

« Les soldats et les filles sont presque les seules personnes qui entretiennent le débit dans le cabaret de PIPARD »…

« La fille Modeste DUVEAU et le Brigadier Louis ROUSSEAU, du 9ème Dragon », [ « un sacré sabreur » ], comparaissent en correctionnelle pour avoir été surpris en situation, sur les bords de la LOIRE, ce qui constituait un outrage public à la pudeur…

Pour sa défense, le fringant Cavalier déclarera que « les gardes nationaux n’avaient pu rien voir vu que j’avais terminé avec la dite Modeste », qui elle, prétendait qu’elle ne faisait que se promener avec un bon ami… « Modeste écopait de trois mois de prison et le repos du guerrier ne coûtait que 16 Francs d’amende au militaire. Un tribunal phallocratique ! » [ 39 ]…

En 1849 soixante prostituées sont recensées à TOURS… où la syphilis fait des ravages puisqu’en 1852 plus de 170 femmes sont soignées à l’hospice des vénériennes, alors que l’on dénombre 62 filles en maison, 160 « femmes ambulantes » et 18 « indépendantes » qui racolent autour… des casernes… Un bataillon finalement peu important face à la demande puisque les effectifs militaires dépassent le millier, sans compter les civils »… [ 38 ] !

En quittant le « sixième », en bonne santé et indemne « d’aucune maladie syphilitique », Bertrand ne doit donc pas avoir particulièrement « le front pâle ni l’œil creux »… Heureusement pour lui !!! On peut lire sur le signalement qui le concerne et qui figure sur son « Sauf-Conduit » : « nez bienfait », « bouche bienfaite » [ sic ! ]…

Bertrand a-t-il pour autant», alors qu’il vient juste de retrouver l’état de civil, la même fière allure que « Georges DUROY », le personnage central d’un fameux roman… « Bel-Ami » ? [ Son auteur, Guy de MAUPASSANT, ( né en 1850 ), décèdera dans la nuit du 1er au 2 Janvier 1891 « des suites d’une syphilis à marche neurotrope » [ 40 ] ]. « Comme il portait beau, par nature et par pose d’ancien Sous-Officier, il cambra sa taille, frisa sa moustache d’un geste militaire et familier, et jeta sur les dîneurs attardés un regard rapide et circulaire (…). Il se mit à descendre la Rue Notre-Dame de LORETTE. Il marchait ainsi qu’au temps où il portait l’uniforme des Hussards, la poitrine bombée, les jambes un peu entrouvertes comme s’il venait de descendre de cheval ; et il avançait brutalement dans la rue pleine de monde (…). Comme il arrivait au coin de l’Opéra , il croisa un gros jeune homme, dont il se rappela vaguement avoir vu la tête quelque part. Il se mit à le suivre en cherchant dans ses souvenirs (…). Il s’écria tout haut « Tiens, FORESTIER ! » et, allongeant le pas, il alla frapper sur l’épaule du marcheur . L’autre se retourna, le regarda puis dit :

« Qu’est-ce que vous me voulez Monsieur ? »

DUROY se mit à rire :

 

« Tu ne me reconnais pas ?

- Non.

- Georges DUROY, du Sixième Hussards. » [ !!! ]

FORESTIER tendit les deux mains :

« Ah ! Mon vieux ! Comment vas tu ? »….  [ 41 ]

 

Alors qu’il est arrivé récemment lui aussi au terme de son engagement militaire et qu’il connaît maintenant « la tristesse d’un emploi » dans une « morne Administration », la rencontre fortuite par Georges DUROY de l’un de ses anciens camarades de régiment, précisément un ancien du « Sixième Hussards » [ !!! ]., va lui ouvrir les portes d’un Journal et… un avenir doré !!!

Bertrand DUFAURE qui demeurera encore longtemps indécis sur son avenir professionnel et qui hésitera beaucoup en cherchant sa voie professionnelle ne connaîtra pas cette heureuse opportunité de pouvoir rencontrer un « ancien du 6ème » ayant réussi et à même de le « lancer » avec succès dans la société !!!

 

PLUS DE TROIS ANNEES APRES : 1854...  BERTRAND EST « RENGAGE » !!!

 

Entre la mi-Janvier de 1851 et le mois d’Octobre de 1854, je ne dispose que de très peu d’indications précises concernant le devenir de Bertrand après sa sortie du « 6ème Régiment de Hussards »...

En fait seul un petit récépissé de dépôt de mandat postal peut commencer à nous donner quelques indications… Il s’avère que le 4 Mars 1852, Pierre DUFAURE adresse dix Francs par voie postale à son fils Bertrand…

Il résulte des indications manuscrites qui figurent sur le récépissé qui a été conservé que Bertrand est alors au « 5ème [ ? ] Régiment de Ligne », qui est stationné à… LANGRES… en Haute-MARNE !!!

Bertrand s’est donc « rengagé » peu après sa première « libération » !!! Il n’est plus maintenant dans la Cavalerie mais dans… la Ligne !!!

Nous n’avons pas d’autres indications et nous n’en finirions pas de nous perdre en conjecture à la recherche d’explications et d’informations satisfaisantes…

Et puis, heureusement, en date du 22 Octobre 1854, une correspondance adressée par Bertrand à son frère Elie, qui sera la première d’une série conservée relativement longue, va nous permettre de suivre à nouveau Bertrand dans sa « carrière militaire », non plus à partir de documents souvent laconiques qu’il convient de chercher à « faire parler », ( comme son Livret Militaire de 1850, son Sauf Conduit de 1851 ou ce petit récépissé de Mandat postal de 1852, par exemple ), mais directement à partir de ses « réflexions » écrites… Une source bien plus fiable et directe…

Cette lettre de 1854 est postée de JOIGNY, un « gros » Chef Lieu de Canton de l’YONNE, où Bertrand se trouve maintenant en garnison. En Octobre 1854, Bertrand dit avoir déjà « fais 6 ans », c’est donc bien pouvoir en déduire que peu après son congé de 1851, il a fini par renouveler un engagement militaire…   Faute de mieux ???

L’Ordonnance du 28 Avril 1832, prévoit en son article 21, que « les rengagements seront contractés pour deux, trois, quatre, cinq ans. Tout militaire qui voudra se rengager devra réunir les conditions suivantes : être dans le cours de sa dernière année de service, être sain, robuste et en état de faire encore un bon service, n’avoir pas cinquante ans d’âge ou trente ans de service accomplis »… et l'article 25 dispose que « le militaire en congé temporaire pourra être réadmis à contracter un rengagement » (...) « [ sous réserve ] d’aptitude, de bonne conduite précédente avec certificat du précédent chef de corps... ou du Maire de la Commune si trois mois se sont écoulés »… L’article 26 précise que le militaire « (...) qui aura contracté un rengagement sera immédiatement mis en route (…) » [ 15 ].

En 1900, JOIGNY est toujours et encore une ville de garnison où stationne alors le « 1er Régiment de Dragons », un Régiment de Cavalerie [ 23 ]… Cependant les affectations des Régiments ont été fréquemment et profondément remaniées tout au long du dix-neuvième Siècle… Un nouveau récépissé de Mandat Postal, en date du 20 Mars 1855, nous indique que Bertrand est bien maintenant au « 4ème Régiment de  Chasseurs à Cheval » stationné à JOIGNY et qu’il est versé au « 1er Escadron » …

S’il n’est donc plus « Hussard », Bertrand, après un passage par « la Ligne » a pu réintégrer la « Cavalerie Légère »… Pourquoi ? Comment ? Mystère…

Bertrand fait réponse, dans sa correspondance du 22 Octobre 1854, à Elie [ qui comme l’a fait aussi leur frère Baptiste depuis ALLASSAC ], lui a annoncé la survenance du décès de leur père, Pierre DUFAURE...

Bertrand fait allusion, semble-t-il, à un différend qui existait entre son père et lui ... peut être relatif à cette prolongation ou à ce renouvellement d’engagement… ou alors générateur de celui-ci... voire de son engagement initial de 1849…

Aujourd'hui Bertrand se déclare « privé de tout espoir de revoir [ son ] père », et parait sincèrement accablé : « Je n’ai pas eu le bonheur de me réintégrer [ réconcilier ? ] avec lui que c’est cruel pour un fils qui aurait préféré perdre mille fois la vie que de ne pas rompre une chaine aussi honteuse aussi cruel »

Il s’interroge sur son avenir... C’est un thème qui est récurrent tout au long de ses diverses correspondances… tant dans sa vie militaire que plus tard dans sa vie civile ! Bertrand aurait envisagé récemment de quitter ( à nouveau ) l’armée et de se faire remplacer... et Elie l’en a dissuadé... L’argument de la « gabegie financière » est-il avancé par l’aîné ?… « tu me dis que ce serait une folie de ma part vu la cherté des hommes »… Le remplacement est toujours possible au moment de l’incorporation… mais encore aussi ensuite sous les drapeaux pour la durée du service restant à courir... Le problème majeur posé pour ces substitutions éventuelles est bien entendu de trouver tant les fonds nécessaires que les candidats potentiels...

La recherche de remplaçants, jusqu’en 1820, restera largement livrée au hasard, puis dès cette époque les agents des compagnies d’assurances, qui venaient d’être créées, firent leur apparition dans les campagnes…

Dans les années 1830, le Gouvernement de LOUIS PHILIPPE, encouragea l’organisation d’associations mutuelles et familiales offrant plus de garanties que les « marchands d’hommes » [ 5 ]… Les parents d’Etienne BERTIN, le « père Tiennon », ne pourront cependant pas « réunir les 500 Francs nécessaires pour m’assurer au marchand d’hommes ou à la cagnotte mutuelle existant à SAINT MENOUX » rapporte le « simple » [ 2 ]…

L’argent promis à Jacques VINGTRAS, alias Jules VALLES, par sa mère pour ses bons résultats scolaires est immédiatement avalé par une tirelire !!! Une épargne forcée, justifiée par la mère en vue de l’achat… d’un remplaçant pour le service militaire [ 42 ]. Cette obsession maternelle du remplaçant renvoie à Jean Louis VALLEZ, le père de Jules VALLES, qui se procura un remplaçant en Novembre 1827, moyennant une indemnité de 2.000 Francs à régler en quatre ans, une somme très lourde pour un instituteur débutant qui avait été de plus contraint d’hypothéquer pour ce faire [ 43 ]… Selon WEBER pour 1.500 à 1.800 Francs un remplaçant pouvait être acheté et « près de 20.000 hommes semblent y avoir eu recours » ce qui mit en circulation une grande quantité d'argent ! [ 5 ] ... Encore fallait il pouvoir disposer de cet argent pour se faire remplacer !!! Et ce n’était vraiment pas le cas de Bertrand… Bien loin de là...

On le sait la Loi de 1832 avait continué à organiser le remplacement… Celui qui ne voulait pas servir devait, lui même, trouver son remplaçant et à cet effet il s’adressait, la plupart du temps à une agence spécialisée dans le commerce des hommes avec les bénéfices et les abus que l’on peut imaginer… Selon les dispositions de la Loi de 1855, il lui suffira, désormais, de verser au Trésor une somme déterminée qui ira à une Caisse destinée à payer les engagements volontaires et surtout les rengagementsL’Empire, qui se proclame démocratique, consacre en fait l’inégalité des Français devant l’impôt du sang… Et la prospérité économique est telle que le nombre des engagés ou des rengagés se réduit tous les ans… En 1859 par exemple on n’en recrute que 13.000 pour tenir la place de 42.000 exonérés, soit un déficit de 29.000 hommes… un déficit qui ne sera jamais comblé…

En offrant aux classes aisées de la Nation la possibilité d’échapper à l’incorporation, le régime prive l’armée de ses élites !!! [ 19 ]…

La substitution sera abolie, dans vingt années environ, par la Loi du 1er Janvier 1873 qui portera la durée du service à cinq ans, en même temps que le Gouvernement introduira quand même encore toute une série de dispenses, destinées essentiellement aux classes éduquées, qui iront de l’exemption pure et simple à un service « volontaire » d’un an seulement, avec le paiement d’une somme de 1.500 Francs… En 1889, le service sera réduit à trois ans, la dispense de 1.500 Francs abolie, et ceux qui étaient auparavant exemptés ( étudiants, prêtres, fils aînés de familles nombreuses… ) devront servir obligatoirement un an… En 1905 la durée du service sera ramenée à deux ans pour être portée ensuite à trois ans en 1913 compte tenu de la « montée des périls » ! ] [ 5 ].

Alors que Bertrand DUFAURE se trouve en garnison ( tranquille ? ) à JOIGNY, une partie de l’Armée Française et de sa Cavalerie se bat en… CRIMEE, avec l’ANGLETERRE contre la RUSSIE... Cette Guerre a été déclarée le 27 Mars 1854… Débarquées à EUPATORIA, le 14 Septembre 1854, les troupes alliées prennent pour objectif principal la ville de SEBASTOPOL… Dès le 20 Septembre 1854, sur les berges de l’ALMA, les zouaves ouvrent la route de SEBASTOPOL dont le long siège débute alors… Ce siège est donc en cours lorsque Bertrand rédige sa correspondance datée du 22 Octobre 1854…

Quelques jours après à peine, le 25 Octobre 1854, en partie grâce à la célèbre « Charge Héroïque de la Brigade Légère » de Lord CARDIGAN contre les Cosaques, l’ennemi est repoussé à BALAKLAVA alors qu’il tente de briser son encerclement en cherchant à prendre les Alliés à revers… [ 44 ]

Puis le 5 Novembre 1854, à INKERMAN, les Russes attaquent à nouveau, toujours sans succès, mais au prix de pertes énormes dans les deux camps…

L’hiver 1854-1855 arrivant, les armées s’enlisent devant SEBASTOPOL… dans des tranchées… qui préfigureront celles du premier conflit mondial !

 

BOULEVERSEMENT EN JUILLET 1855... ENFIN UNE MONTEE EN GRADE !!!

 

Bertrand va finalement renoncer à se faire remplacer et il lui faut donc se résoudre à achever de remplir son « engagement », c’est à dire envisager de rester encore un peu plus d’une année sous les drapeaux… La durée qui reste à courir sur son « (r)engagement »…

Ce n’est vraiment pas de gaieté de cœur qu’il a décidé de s’y résoudre… Il se sent incompris d’Elie qui selon lui semble ne pas mesurer ce que son frère peut « endurer » au Régiment… « je comprends très bien ton idée (…) j’ai fait 6 ans je ferais bien encore 14 mois que j’ai à faire »… Une certaine mésentente règne d’ailleurs apparemment, au début de l’année 1855, entre les deux frères… « j’ai écrit à Elie, il ne m’a pas répondu du reste ça m’étonne pas du tout » écrira Bertrand à « ceux d’ALLASSAC » ...

Bertrand demeure toujours un simple Cavalier du rang... et il aspirerait à pouvoir disposer de plus d’argent que ne lui en procure alors sa modeste solde militaire…

Ses proches, à ALLASSAC, ont bien compris l’acuité de ce besoin pressant et ils lui envoient la somme de  « 14 Francs 35 centimes » que le noyau familial demeuré en CORREZE semble avoir pu économiser… [ la mère, Jeanne, Veuve depuis peu, Baptiste, Marie et… Françoise, mon arrière arrière grand mère ]…

Bertrand reçoit cette somme, comme une aumône, avec des sentiments plus que mitigés… et il en accuse réception auprès de sa sœur Françoise [ elle n’a pas encore 22 ans à l’époque ], les « 14 Francs 35 que vous m’avez envoyés vous auriez mieux fait de les gardés que de me les renvoyer. Je crois que vous avez l’air de vous foutre de moi. En même temps vous avez cru me faire un grand cadeau »… !!!

Bertrand mesure certainement combien la vie quotidienne est difficile aussi à ALLASSAC, dont il reste si proche par la pensée, [ « Tiens moi toujours au courant des affaires de la maison » ], et il ressent indubitablement une certaine humiliation de ne pas être, par lui même, en mesure de subvenir à la totalité de ses besoins... En même temps que son dépit, son impulsivité lui ferait presque employer des termes de « soudard », « vous avez l’air de vous foutre de moi », lesquels auront pu blesser les destinataires de sa réponse ! [[ le pli conservé est en partie déchiré !!! hasard ou conséquence ? Le récépissé du mandat a été lui aussi gardé… Le montant de 14 F 35 s’explique par le versement brut de… 15 F 20… et la retenue de 55 centimes de droits divers ainsi que de 20 centimes de port de lettre !!! ]]

Dans quelques jours, le régiment de Bertrand va changer de garnison, quitter JOIGNY et l’YONNE, pour ABBEVILLE, dans la SOMME… « Nous venons de recevoir l’ordre du départ pour aller prendre garnison a Abbeville ( Somme ) le 22 du courant »

Afin d’éviter la « monotonie » et « l’embourgeoisement » des cadres, les Régiments, en particulier les Régiments de Cavalerie, font mouvement tous les deux ou trois ans d’une garnison à une autre, et ils occupent sans cesse de nouveaux casernements sans que l’on ne tienne trop compte des caractéristiques de leurs subdivisions d’armes ( cavalerie Lourde ou Légère… ) [ 19 ] ... Si en Janvier 1851 Bertrand s’est mis en route vers ALLASSAC, depuis VILLEURBANNE, c’est qu’il est possible qu’à ce moment là son régiment de Hussards n’était déjà plus en garnison du côté de GRAY… Un changement de garnison qui s’annonce, c’est certainement avant tout l’occasion d’un grand remue-ménage, de beaucoup d’activités faites de nettoyages divers et variés, de revues de détail, de vérifications de paquetages, etc… Et donc encore bien des tâches fastidieuses et peu réjouissantes en perspective à accomplir !!!

Le Régiment de Bertrand est-il allé finalement prendre ses quartiers à ABBEVILLE comme annoncé ? Bertrand l’y a-t-il suivi avec armes, cheval… et paquetage ??? Je ne sais… Un autre récépissé conservé de mandat postal, en date du 8 Mai 1855, qui porte sur l’envoi de 20 Francs « net », est adressé à Bertrand par sa famille d’ALLASSAC au… « 4ème Chasseurs », stationné à… VIENNE !!!

Il reste en tout cas que les mois de Mai et de Juin de l’année 1855 vont être riches de grands bouleversements dans la carrière et la vie militaire quotidienne de Bertrand…

Tout d’abord Bertrand DUFAURE va connaître un premier « bouleversement statutaire » …

S’il a « renoué » avec Elie ( les deux frères se se sont re-vus peu auparavant à PARIS ), le cadet a promis de re-travailler comme élève-instructeur avec pour objectif de « soigner son avancement » ! … Or, il lui faut avoir bien de la patience pour espérer une progression en grade… et comme la récompense ne vient pas assez vite à son gré il demande à « se faire rayer de la théorie ». Il renoncerait à ne plus suivre les cours de base dispensés à l’homme du rang aspirant à l'acquisition d'un grade…

On apprend aussi, par l’un de ses courriers, que Bertrand a été employé à la salle d'armes… [ Dans les régiments, l’escrime est enseignée par un « Maître d’Armes », c’est un « emploi spécial » distinct du grade… Le Maître d’armes est secondé dans la Cavalerie par deux Brigadiers-prévôts ainsi que par des élèves-prévôts. [ 23 ]… ] …

Enfin, c’est après bien des atermoiements que Bertrand peut enregistrer puis annoncer une bonne nouvelle !!!

Le 5 Juillet 1855, il apprend que son Capitaine veut le proposer à la distinction de Cavalier de « première classe » [ Ce qui n’est certes pas un grade, comme chacun le sait, mais seulement une distinction... au même titre que celle de « Maréchal de FRANCE » … « Du Maréchal à l’Ampessade : ce sont les deux extrémités de l’échelle hiérarchique, mais s’il y a dans l’armée un grand nombre de soldats de Première Classe ( ou Ampessade ), il n’y a plus de Maréchaux de FRANCE », exposait doctement ( ou avec humour ? ) « l’Almanach du Drapeau » en 1900 [ 23 ]... ].

La « Première Classe », c’est peu… Mais c’est déjà une certaine forme de reconnaissance que pense maintenant pouvoir goûter Bertrand… Or c’est sans compter sur le fait que, le 8 Juillet 1855, « sans qu’il s’y attende », son Chef de Corps nomme Bertrand : « Brigadier » !!! Le nouveau « Brigadier » n’est pas peu fier de rapporter à son frère Elie la mention liée à sa nomination : « Sortant de l’école de SAUMUR, ancien soldat, bon cavallier ( sic ), très belle tenue » [ la mention « ancien soldat » est-elle une mention qui renvoie expressément au passage de Bertrand dans les troupes de Ligne ? Ou s’agit-il d’une simple formulation générique signifiant seulement « déjà précédemment engagé » ? ]…

Le « Brigadier » occupe le premier échelon de la hiérarchie militaire… Il a sous ses ordres une escouade… Il doit à ses hommes l’exemple de toutes les vertus militaires. Il peut infliger à ses hommes deux jours de consigne au quartier et force corvées… En revanche, il a le droit de leur accorder généreusement la permission de la soupe [ qui consiste en l’autorisation de manquer au repas… ] [ 23 ]… Enfin un peu de « pouvoir » pour Bertrand et non plus seulement l’unique obligation de « subir » !!!

 

BOULEVERSEMENT GEOGRAPHIQUE EN 1855 ... L’ENGAGE « VOIT DU PAYS » !!!

 

En 1855 Bertrand connaît aussi un autre grand Bouleversement… Un bouleversement d’ordre géographique cette fois…

C’est l’autre fait saillant de grande importance, au même titre que son avancement, que connaît Bertrand en ce milieu de l’année 1855… Car il quitte la « province Française métropolitaine » pour se retrouver désormais... « Outre-mer »... de l’autre côté de la méditerranée… en ALGERIE... à ORAN... Versé au « 5ème escadron » du « 4ème régiment de chasseurs d'Afrique » !!!

Dans un siècle, un arrière petit neveu de Bertrand, mon père, René DUFOUR, courant 1956-1957, séjournera lui aussi en ALGERIE, comme « appelé »… dans un Régiment de… Cavalerie, le « 5ème Spahis » ( la dernière unité de combat à cheval de l’Armée Française ! ), où il sera affecté pour ... « poursuivre une pacification » [ que l’on ne nommera « Guerre » que bien plus tard… ] dans cette - encore pour quelque laps de temps - « partie intégrante » du territoire National, « de DUNKERQUE à TAMANRASSETT », mais qui ne le restera plus pour très longtemps … alors qu’elle achevait presque de le devenir « du temps » de Bertrand DUFAURE !!!

L’AFRIQUE… L’Armée d’AFRIQUE… « Ces simples mots « l’Armée d’Afrique » nous jettent la rapide vision de cinquante années de combats et de luttes, tout un passé de gloire ! En une mêlée singulièrement vive, étrangement colorée par le chaud soleil algérien, les burnous blancs s’enchevêtrent aux costumes gais ou sombres des nôtres (…). Dans les lointains sableux, les caravanes en fuite, des chameaux qui emportent dans les palanquins aigrettés de plumes d'autruche, les enfants blottis contre les femmes éperdues… »… Ainsi s’enflamme lyriquement, en 1900, « L’Almanach du Drapeau » … [ 23 ].

Bertrand est donc versé, courant 1855, au « 4ème Chasseurs d’Afrique »… Le « Quatrième Chasseursd’AFRIQUE » est un Régiment « récent » qui n’a été organisé qu’en 1840… Il porte déjà dans les plis de son étendard les mentions : « MILIANAH 1843 », « TAGUIN 1843 » ou encore « ISLY 1844 »… mais aussi : « BALAKLAWA 1854 », c’est à dire la trace toute fraîche d’un héroïsme récent, car des éléments du « Quatrième chasseurs » viennent en effet de « donner » en CRIMEE !!!

Dès le début du siège de SEBASTOPOL, le Général CANROBERT, nouveau Commandant en chef Français, a compris la nécessité d’avoir à sa disposition des éléments de Cavalerie plus nombreux pour le renseigner et couvrir le corps de siège. C’est ainsi que, dès le milieu d’Octobre 1854, les 1er et 4ème Chasseurs d’Afrique, ainsi que le 4ème Hussards, s’en sont venus renforcer le corps expéditionnaire d’Orient…

La Brigade d’ALLONVILLE est présente à la bataille de BALAKLAVA, le 25 Octobre, et « le 4ème Chasseurs d’Afrique y réalise l’un des seuls exploits de la cavalerie Française dans cette Campagne lointaine en dégageant, par une intervention vigoureuse et bien conduite, les débris de la Brigade Légère de Cavalerie Britannique menacée de destruction totale à l’issue de la charge téméraire de Lord CARDIGAN »…

Faute d’ordres la Cavalerie Française restera, peu après, inactive à INKERMAN, le 5 Novembre 1854… Puis les rigueurs de l’hiver éprouveront durement les troupes… Cependant les « chevaux barbes » des Chasseurs d’Afrique et des Spahis résisteront le mieux, dans tout le camp allié, au froid et au manque de fourrage… [ 19 ]

 

BERTRAND EN ALGERIE… RAISONS CONJONCTURELLES ET STRUCTURELLES…

 

L’affectation de Bertrand en ALGERIE, dans le milieu de l’année 1855, peut être expliquée à la fois par la « conjoncture » ( poursuite de la Guerre en CRIMEE et recomposition nécessaire en ALGERIE des Régiments dont plusieurs éléments se trouvaient engagés en Orient ), ainsi que par des raisons de nature plus « structurelle » ( achèvement de la Colonisation de l’ALGERIE, nécessité de l’affirmation de la présence militaire de la FRANCE, constante et renforcée, sur ce Territoire nouvellement « conquis » )…

D’un point de vue structurel, en Juillet 1855, la Guerre de CRIMEE n’est encore pas achevée... L’Armée d’Afrique, de par ses nombreux éléments se trouvant engagés dans les opérations d’Orient, a été mise à contribution dans d’importantes proportions… Il s’avère en effet que l’Armée Impériale comptait, en CRIMEE, essentiellement sur la valeur affirmée des troupes d’Afrique au combat pour se distinguer… Il s’agissait des seules troupes constamment entraînées, et généralement bien tenues en main par leurs Officiers, à même de faire briller les couleurs Françaises au sein du Corps Expéditionnaire allié…

Parmi les Troupes d’Afrique présentes en CRIMEE, on doit signaler le « 1er Zouaves » aux ordres du Colonel COLLINEAU ainsi que les autres Régiments de Zouaves aux ordres de SAURIN ou de de POLHES… Les Tirailleurs Algériens de ROSE, une « troupe indigène »… Deux Régiments de la Légion Etrangère, et… la Cavalerie avec quatre unités de « Chasseurs d’Afrique » aux ordres du Général MORRIS… [ 24 ]…

Malgré tout, en dépit de leur expérience reconnue, dès les premières batailles leurs pertes sont très élevées… et elles sont encore fortement aggravées, par la suite, par un ennemi… inattendu mais redoutable : une importante épidémie de choléra...

Les batailles de BALAKLAVA ( 25/10/1854 ), d’INKERMANN ( 05/11/1854 ) ou de TRAKTIR ( 16/08/1855 ) n’aboutissent en fait qu’à de nouvelles « boucheries inutiles »…

Le Breton DEGUIGNET s’est porté volontaire pour la CRIMEE… Depuis son « bateau de transport » il aperçoit, écrit-il, des « lignes de feu traverser l’air comme des météores, s’entrecroisant en décrivant de grandes paraboles », et il demande « aux Anglais si c’était là SEBASTOPOL : « Ao yes, répondirent-ils, is Sébaîstoupoul ! »… « Plus redoutables que les Russes », affirme-t-il, il évoque bientôt les « terribles ennemis qui suivent toujours les armées mal vêtues et mal nourries [ et qui ] étaient le scorbut, la dysenterie et le typhus »… Malade peu après lui même, il se sent « condamné à mourir là »… Il parvient finalement à s’en remettre alors qu’il voit « tant d’autres soldats Français mourir » [ 17 ]…

Le 8 Septembre 1855, MAC MAHON s’empare enfin de la tour de MALAKOFF au terme d’assauts héroïques ( « J’y suis, j’y reste » ) qui précipiteront la chute de SEBASTOPOL ( les 9 et 10 Septembre 1855 ) et qui hâteront la fin de la guerre de CRIMEE… Les alliés auront cependant perdu plus de 120.000 hommes dont 95.000 Français, parmi lesquels un grand nombre seront morts de froid ou de maladie [ 45 ]… « 95.615 morts dont 20.000 à cause de la guerre et 75.000 à cause des maladies » dénombrera ROUZ qui commente, de nos jours, les écrits de DEGUIGNET [ 46 ]… Parmi « ces compatriotes qui ont sacrifié leur vie dans l’intérêt de la civilisation ou pour la défense de la Patrie » ( sic ! ), dans la « Liste des enfants de DONZENAC , Morts pour la Patrie », au titre de la campagne de « CRIMEE ( 1853-1855 ) », l’auteur de « DONZENAC aujourd’hui - autrefois » cite : « CLUZAN, de TRAVASSAC »… [ ULRY, en auteur, « prévoyant », laissera un large espace en blanc à la fin de la liste qu’il a établie… « pour les victimes des conflits futurs »… Nous sommes alors en... 1913, lorsque cet ouvrage est édité !!! ] [ 47 ]…

Hécatombe notoire de CRIMEE… Les GONCOURT notent dans leur Journal ce propos entendu d’une « dame » à sa « couturière » : « Faites moi une robe noire, j’ai trois fils en CRIMEE » [ 22 ]…

On peut ainsi raisonnablement penser que l’affectation de Bertrand à ORAN ( imposée ou volontaire ? ) vise à recomposer les effectifs du « Quatrième Chasseurs d’Afrique » dont la présence était nécessaire, certes, sur le théâtre des opérations extérieures d’ORIENT, mais dont la présence était aussi requise, et non moins nécessaire, pour parachever la « pacification » de l’ALGERIE !!!

La conquête de l’ALGERIE avait débuté par la prise d’ALGER, le 5 Juillet 1830, après un débarquement suivi d’une « occupation restreinte », nécessitant d’organiser des accords locaux avec de grands vassaux indigènes… BUGEAUD faisait confiance, en 1837, au jeune chef ABD EL-KADER, dont le pouvoir ne cessait de s’accroître… allant bientôt jusqu’au défi… et au conflit… lequel était finalement devenu inévitable avec la FRANCE…

En 1843, le Duc d’AUMALE et 500 Cavaliers s’emparaient de la Smala d’ABD EL-KADER… Puis BUGEAUD le 14 Août 1844 battait l’armée Marocaine à ISLY…

Alors une population Européenne assez cosmopolite pouvait commencer à affluer en masse en Afrique du Nord…

Au 1er Janvier 1847, on comptait déjà 47.000 Français installés et environ 62.000 colons étrangers ( dont la moitié étaient des Espagnols ) [ 48 ].

La Seconde République héritait bientôt d’une « conquête » encore inachevée et elle modelait progressivement l’organisation Administrative des nouveaux Territoires sur celle de la Métropole, tout en poursuivant la conquête… ( Expédition de KABYLIE, en 1851 ) [ 49 ]… Puis, au début du Second Empire, de 1852 à 1854, les Oasis de LAGHOUAT, OUARGLA et TOUGGOURT sont conquises...

L’Empereur NAPOLEON III libérera alors ABD-EL-KADER, arbitrera en faveur des autochtones certains des conflits qui opposaient les colons et les tribus… et il se décidera aussi à placer l’ALGERIE sous une direction… militaire.

De longues et difficiles opérations seront encore nécessaires pour achever, en 1857, la conquête de la KABYLIE, puis développer l’occupation Française vers le Sud… Un prélude nécessaire pour une conquête ultérieure du SAHARA [ 25 ]...

Si Bertrand poste sa lettre depuis ORAN, on peut comprendre tout l’intérêt, pour l’autorité militaire, mais plus largement encore pour les autorités Gouvernementales, que pouvait représenter une telle affectation...

Un « jeune militaire engagé », « Cavalier confirmé », paraissait certainement plus utile à son pays, en ALGERIE en 1855… qu’à JOIGNY ... dans l’YONNE profonde… ou bien encore en garnison du côté… d’ABBEVILLE ou de… VIENNE !!!

 

UNE INTERVENTION D’ELIE...  L’AINE INTERVIENT POUR LE CADET !

 

Pour l’heure, en Juillet 1855, l’AFRIQUE, Bertrand n’en a pas encore vu grand chose !!! Il a peut-être beaucoup plus hâte de contempler ses nouveaux galons de Brigadier, qui orneront désormais sa tunique de Cavalier, que des horizons inconnus !!!

Mais il doit bien se douter pourtant qu’Elie serait fort intéressé par la relation de quelque détail ou impression concernant ce territoire lointain : l’ALGERIE…

Ce sera « à une autre fois »… D’autant que Bertrand est malade... Il ne donne pas de détails sur cette affection : mal du voyage ? mal du transport maritime ? Difficultés d’adaptation climatiques ? dysenterie ? … ou plus grave encore début de choléra ?… Surtout Bertrand espère ne pas rester « isolé » dans ce « lointain » exil d’outre-mer… Et si Elie, par ses relations Parisiennes influentes, peut le recommander « auprès de ces messieurs » qu’il n’hésite donc surtout pas à le faire !!!

Bertrand a indiqué le nom de son « colonnel [ sic ] qui est M. de MONTFORT » ainsi que de son Capitaine « M. ROGER capitaine commandant au 5ème Escadron », à dessein... pour pouvoir bénéficier d’une « recommandation » dans l’hypothèse où cela serait possible…

Elie DUFAURE va alors chercher à intervenir en faveur de son frère… ou tout du moins il va chercher à le faire « recommander auprès de ces Messieurs »...

Pour un service opportunément rendu, « mon cher DUFAURE, mille remerciements de votre bon concours », Elie entre en contact avec l’une de ses relations... qui lui envoie « avec énormément de plaisir une lettre pour le Capitaine ROGER », mais, « quant au Colonel, je ne le connais pas assez pour lui écrire. Et à vous dire le vrai, comme il a été très mécontent d’être envoyé en Afrique et qu’il s’en prenait un peu à l’Empereur, il suffisait que je lui écrive pour qu’il fit de ma lettre le cas contraire à celui que nous espérons »…

Ce correspondant [ E. VETINY ? ] appartient à la « Maison de l’Empereur, Service de la Maison Militaire, Service de l’Aide de Camp »… C’est ce qu’il apparaît à l’examen des tampons figurant sur l’enveloppe officielle, postée le 22 Juillet 1855, au Bureau de Poste de St CLOUD et circulant en Franchise Postale… quand bien même le papier à lettre contenu dans cette correspondance n’est pas un « papier officiel » et que le contenu s’apparente plus, dans la forme, à une correspondance privée…

Une organisation fort lourde vient d’être mise en place avec la « Cour Impériale ». L’Empereur, l’Impératrice, le Prince NAPOLEON, la princesse MATHILDE ont chacun désormais leur « Maison » qui est dotée d’un nombreux personnel réparti en services.

La « Maison Civile de l’Empereur », dirigée par un Ministre – FOULD - puis par un Maréchal - VAILLANT - comporte six services, organisés autour du Grand Aumônier, du Grand Maréchal du Palais, du Grand Chambellan, du Grand Ecuyer, du Grand Veneur et du Grand Maître de Cérémonies... Quant à la « Maison Militaire », elle ne compte pas moins d’une quinzaine de Généraux, des Aides de Camp, sans parler des Officiers d’Ordonnance [ 18 ]… au nombre desquels figure peut-être le correspondant d’Elie DUFAURE…

Si certaines fonctions sont très officielles et correspondent à des activités réelles, d’autres sont surtout honorifiques car il faut donner à quelques uns principalement une « raison sociale » [ 25 ]… Le correspondant d’Elie, ( peut être un Officier d’Ordonnance ), a-t-il réellement quelque pouvoir ou quelque influence ?

En tout cas en ce mois de Juillet 1855, la « Maison Militaire » est certainement plus préoccupée par le déroulement des opérations de CRIMEE… que par le sort d’un obscur petit Brigadier, originaire de la CORREZE et « fraîchement » débarqué en ALGERIE !!!

Les opérations de CRIMEE occupent tous les esprits... Le 7 Juin 1855 , l’assaut est donné aux redoutes extérieures de SEBASTOPOL, devant la Tour de MALAKOFF... Après un intense bombardement Le MAMELON VERT est pris... Mais les résultats ne sont pas probants… 5.400 Français sont hors de combat, les Anglais ont perdu 700 Hommes… Quant au Général de LAVARANDE et au Colonel BRANCION, ils sont morts l’épée à la main ! [ 24 ]

Le 18 Juin 1855, les anglais décident d’attaquer à nouveau ( c’est l’anniversaire de WATERLOO… mais les Français acceptent quand même… )… C’est un désastre... 5.000 soldats alliés au total sont mis hors de combat et deux Généraux de Division Français, MAYRAN et BRUNET, sont tués au combat ! [ 24 ].

NAPOLEON III veut alors remplacer PELISSIER : « tous les Généraux d’Afrique sont de même calibre (…). La guerre qu’ils ont faite en ALGERIE ne les rend pas aptes aux grandes opérations militaires »... Mais, grâce au soutien du Maréchal VAILLANT, PELISSIER reste finalement en place… Il faut dire qu’il venait à peine de remplacer CANROBERT !!! … Nul doute alors que les couloirs de la Maison Militaire bruissent et que les « alliances » se font et se défont au gré des luttes personnelles d’influence !!!

Et puis même sans combattre… 1.600 soldats alliés meurent… du choléra, durant l’été 1855, et parmi eux le Général en Chef Anglais, Lord RAGLAN !!!

Heureusement que MAC MAHON, un Général depuis peu débarqué d’AFRIQUE, finira par enlever la formidable Tour de MALAKOFF... Car les opérations coûtent un lourd tribut : le Général de MOROLLES est tué… alors que ses pairs BOURBAKI, BISSON, MELLINET, BOSQUET, de PONTEVES, de la MOTTEROUGE sont eux blessés !!! [ 24 ] Mais, nous, nous ne sommes pas encore en Septembre 1855 !!! Au moment où le correspondant d’Elie lui adresse réponse, Le Colonel de MONTFORT, du « 4ème Chasseurs d’Afrique », mécontent d’être en ALGERIE, rêve-t-il encore de se distinguer en CRIMEE ??? … Ou plus prosaïquement de pouvoir rester confortablement « planqué » dans un Etat-Major de Province Métropolitaine… Voire de pouvoir parader dans la Capitale en grand uniforme ???

 

UN ETE 1855 EN ALGERIE. DOUTES SUR L’AVENIR. VERS UN « RENGAGEMENT » ?

 

Août 1855... Si le choléra sévit en CRIMEE, Bertrand, dont la santé s’est rétablie, s’estime à cet égard plutôt chanceux, car il peut assurer à son frère qu’« il y a beaucoup de mon Régiment qui ne verront plus la FRANCE » !!! ….

Le brigadier DUFAURE se pose toujours de nombreuses questions sur son avenir ; son frère Elie n’est pas totalement étranger à ces interrogations « existentielles »…

Il faut de toute façon que Bertrand se pose à un moment donné la question d’un éventuel (ré)-engagement car le terme de son contrat en cours approche rapidement... Déjà « 6 ans et 7 mois de service comme cavalier » sont décomptés par ses soins…

Ce ne sont pas « les galons de Brigadier qui doivent m’exciter à rengagé », analyse-t-il, en considérant - peut-être - que son avancement tardif n’est qu’une forme « d’appât » accordé juste pour l’inciter à souscrire un éventuel réengagement !!! Bertrand apparaît peu enclin à choisir de poursuivre une carrière militaire, et il voudrait surtout « se créer une position » civile !!! Pourtant Elie, qui a déjà pu faire parvenir, par envoi du 19 Juillet 1855, une lettre à destination du Colonel ainsi qu’une pour le Capitaine ROGER, « qui est un excellent homme », estime que son frère pourrait « certainement » décrocher dans moins de cinq ans, « l’épaulette »… entendons par là : sortir du « rang » en devenant Sous-Officier... Bertrand, toujours d’un naturel peu enclin à l’optimisme, en doute fortement, ne croyant pas à ses chances… « Impossible (...) je crois pouvoir le soutenir ici » !!!

Bertrand ne semble cependant plus décidé à prendre des décisions sur des coups de tête, surtout s’agissant d’engagements militaires… comme cela avait pu être, peut-être, autrefois le cas, en 1849, voire en 1851 ou 1852 ... « Je ne suis plus à l'âge de 18 ans et il n’y pas de commencement sans fin », affirme-t-il...

Cependant l’incertitude de Bertrand sur son avenir demeure grande ainsi que continue à en témoigner toute sa correspondance... Il se tient aussi au courant de l’évolution des textes Législatifs et Réglementaires en matière de carrière militaire... Et il lui faut prendre en considération que « d’après un Décret du Ministre Secrétaire d’Etat tout soldat qui a 7 ans de service et qui contracte un rengagement de 7 ans le Gouvernement lui donne 3.300 F dont 700 F le jour du rengagement et 900 F dans le courant du congé et les autres 1.900 F à la fin du service »…

Décidément, malgré ces perspectives financières intéressantes, Bertrand n’a quand même « guère de presse pour signer un rengagement de 7 ans » !!!

Notre nouveau « Brigadier » fait expressément allusion, dans sa correspondance, aux Textes découlant de la « Loi du 26 Avril 1855 », dite « Loi relative à la création d’une dotation de l’armée, au rengagement, au remplacement et aux pensions »… Celle-ci comporte les dispositions les plus importantes en matière d’organisation militaire intervenues depuis près d’un quart de siècle, soit depuis la Loi de1832

Le « pactole » évoqué par Bertrand provient de la « Dotation de l’Armée » qui peut recevoir des « dons et legs » ( ! ), mais surtout des nouvelles mesures, dites de « l’exonération », qui selon l’article cinq de la Loi permettent « aux jeunes gens compris dans le contingent annuel d’obtenir l’exonération du service, au moyen de prestations versées à la caisse de la dotation, et destinées à assurer leur remplacement dans l’armée, par la voie du rengagement d’anciens militaires »… [ 15 ].

Cette Loi, de grande importance, devient exécutoire au 1er Janvier 1856…

Ces dispositions Législatives nouvelles témoignent et traduisent combien le Second Empire va étendre le poids de l’Etat… [ 35 ].

L’armée voit ses effectifs augmenter, non seulement au niveau des troupes ( entre 400 et 450.000 hommes ), mais surtout au niveau des Officiers, des Sous Officiers et des Rengagés… ce qui contribue à en faire une « quasi armée de métier »… Ce choix est un choix politique qui est intéressant pour des conflits limités face à des armées archaïques ( dans le cadre de la Colonisation, par exemple… ) … mais ce sera finalement un choix désastreux quand il s’agira, dans quelques années à peine, d’affronter la PRUSSE, animée d’une forte volonté Nationale et surtout dotée d'une organisation militaire « moderne » [ 35 ]…

Par la Loi de 1855, le pouvoir organise un service long réservé aux éléments les plus pauvres des classes populaires qui ne peuvent « s’exonérer » ou se faire remplacer, et qui sont promus - paradoxalement - au rang de remparts permanents d’un ordre « bourgeois » qui… les exclut de la vie normale !!! [ 35 ]…

Pour être précis, la « substitution » ( exceptée entre parents jusqu’au 4ème degré ) est certes abolie mais elle est remplacée par la possibilité d’acheter « l’exemption » du Service Militaire, pour une somme de 2.500 Francs qui est directement payée aux autorités militaires… [ 5 ]

« L’égalité, c’est un mot écrit au fronton du Code Civil, dans toutes les Lois, dans tous les programmes sociaux. Et quelle plus terrible inégalité et plus inique, que cette inégalité devant l’argent, l’inégalité devant le service militaire ? Ayez deux mille francs, vous envoyez quelqu’un se faire tuer à votre place, ne les ayez pas, vous êtes chair à canon », noteront avec (im)pertinence dans leur Journal, les frères GONCOURT, en date du 8 Mars 1863 [ 22 ]…

L’analyse d’Elie, sur l’intérêt que pourrait trouver Bertrand à se rengager et sur les perspectives de promotion qui pourraient s’ouvrir pour lui, s’avère sensée compte tenu de la professionnalisation grandissante des troupes... Cette analyse se trouve confortée, puisque le Capitaine ROGER a répondu à Elie… Or il semble ressortir de cet échange que la meilleure façon « d’avancer » serait pour Bertrand « d’entrer dans la Comptabilité » et de « soigner son instruction »… Elie se dit disposé à bailler les fonds nécessaires, estimant certainement qu’il s’agirait là d’un bon investissement dans l’intérêt même de son frère cadet, et il le lui fait savoir … « tu me demande la somme d'argent qu’il me faut pour payer les maîtres qu’ils me donneront des leçons »...

Bertrand doute cependant toujours de ses capacités, et s’il souligne un peu désabusé qu’il « faut posséder les premières notions de sa langue et avoir une écriture passable », ne pouvons nous pas, au vu de ses correspondances, constater que son niveau général d’expression n’apparaît finalement pas si mauvais que cela ???

Elie doit faire sensiblement le même constat et s’en ouvrir en toute franchise... Cependant Bertrand persiste dans ses sentiments « négatifs » ... « Tu crois que je n’ai pas assez confiance en moi même »… « je connais que trop bien les connaissances que je possède en fait d'instruction »... !!!

Alors ? Rengagement ou pas ??? Encore quelques mois d’hésitation sont permis à Bertrand avant que de prendre une décision définitive...

 

UN ETE 1855 EN ALGERIE...  SERVITUDES ET MISERES DU TROUPIER !

 

Un fait est certain, si Bertrand s’épanouissait vraiment, dans sa vie personnelle et sociale, en tant que militaire engagé, il ne se poserait pas autant de questions !!!

Mais qu’en est-il en fait réellement de ses sentiments profonds ?

Bertrand à l’impression constante qu’il « est dans l’esclavage et à la merci d’un tas de jeanfoutre (…) [ et ] forcé de faire le garçon et de ramper comme un renard auprès d’un lièvre » puisque selon lui : « on ne peut avoir que de la misère par ses chefs »…

Il ne me semble pas particulièrement utile de paraphraser longuement ces propos… qui apparaissent d’une clarté malheureusement sans équivoque !!!

« Faire le garçon » : c’est le comble certainement de la déchéance sociale aux yeux de Bertrand... Etre ravalé au simple rang d’un commis ou d’un valet de ferme, c’est une perspective qui l’horrifie… et l’ambition personnelle qui semble le mouvoir est largement supérieure à l’obtention de ce seul triste état social de « soumis »...

Peu d’estime de sa part dans ses propos, c’est le moins que l’on puisse dire, pour ses supérieurs directs... Tous des « Jeanfoutre », une insulte aujourd’hui désuète mais qui avait une force certaine à l’époque !!!

« JEAN-FOUTRE : se dit d’un faux frère, d’un ingrat, d’un hypocrite, d’un individu trompeur et malfaisant… » [ 50 ]… Pour ma part, peu surpris, je ne serais pas même tenté de m’exclamer: « Foutre ! », expression qui, selon le Dictionnaire LAROUSSE, formulerait « l’étonnement » !!! …

Mais ce qui atteint cependant le plus Bertrand dans son amour-propre, c’est surtout cet état de « misère » latent qui caractérise les militaires, à commencer bien entendu par les moins gradés !!! « Après avoir passé 6 ans et 9 mois comme simple cavalier, ne jamais posséder une pièce de 5 F »... Ce constat renvoie aux 14 centimes quotidiens perçus du temps du « 6ème Hussards », ou aussi aux « 14 F 35 c » qui lui ont été adressés par sa famille, à JOIGNY, et qu’il a pu considérer comme une aumône aussi insupportable que dérisoire…

Avoir le sentiment de ne pas être en mesure de pouvoir subvenir seul à ses besoins s’avérait en effet pour Bertrand une forme cuisante d’humiliation personnelle !!!

« Ce qu’il faut d’argent pour vivre heureux au Régiment », titre l’une des rubriques de « l’Almanach du drapeau de l’Année 1900 », qui s’empresse de préciser avec entrain et optimisme : « rien, pas un centime. On a le vivre, l’habit, le feu, le blanchissage et le logement, que souhaiter de plus ? Mais, dira t on, et la cantine, et la ville, et les jours de sortie... Est-ce avec la solde qu’il faut user de tout cela ? C’est difficile au simple soldat s’il n’a en poche que les 5 centimes par jour que l’Etat lui donne non pour faire des folies, mais pour acheter des « ingrédients de propreté ». L’Etat ne peut faire plus. Il n’y a pas de raisons qu’il songe au superflu après avoir prévu le nécessaire (…). C’est aux familles à contribuer au bien-être de leurs enfants appelés sous les drapeaux » [ 23 ]… Le nécessaire donc ... Mais certainement pas le superflu !!!

Le Capitaine ROGER semble avoir conseillé à Elie de n’envoyer « que très peu à la fois » d’argent à Bertrand… « Je ne te demanderais jamais d’argent car tu n’as pas assez de confiance en moi », affirmera péremptoirement ( et imprudemment ) le cadet, mais les faits démentiront peu de temps après ses « fiers » propos !!!

Bertrand est il si dépensier que cela ?

« L’Almanach du Drapeau » s’efforce d’établir le budget d’un soldat et constate que « La Cavalerie coûte plus cher (…). Là le camarade qui vous aide à astiquer se rémunère plus que dans l’Infanterie (…). Il faut payer le double. Tout le reste est un peu à l’avenant. Les hommes sont moins nombreux, les occasions de dépenses en commun plus fréquentes, et partant, les quotes-parts plus élevées » [ 23 ]… Si c’est ce qu’estiment des « spécialistes » du « temps »… Croyons-les donc !!!

« La Cavalerie coûte plus cher » !!! Pourtant il y a aussi beaucoup de « frais » dans l’Infanterie si l’on en croit, déjà en 1853, le Breton Jean-Marie DEGUIGNET…

La nouvelle recrue Bretonne perçoit son paquetage…« Qu’est-ce que j’allais faire de tant de choses ? Heureusement mon camarade de lit et même le Caporal d’escouade vinrent à mon aide. Ils plièrent mes effets d’habillement, montèrent mon sac dans lequel ils mirent chaque objet à sa place, m’apprirent à faire mon lit. Après ils me dirent que mon mobilier n’était pas encore complet, qu’il me fallait encore acheter différents petits bibelots, et s’il m’était possible, acheter un pantalon pour les exercices, autrement je serais obligé de mettre mon pantalon tous les jours, et les jours à revues et les dimanches j’aurais des reproches pour mon pantalon. Justement, en ce moment, arrivait un vieux tambour qui m’en offrit un pour cinq Francs. Je ne fis aucune difficulté pour le payer et le soir même je pus sortir de la caserne militairement habillé, accompagné par mon Caporal et mon camarade de lit, qui s’était chargé, lui, de vendre mes effets civils qui ne valaient pas cher assurément : il n’eut que quarante sous qui furent bientôt mangés et d’autres encore avec, car je voulais bien régaler mes nouveaux camarades et les payer de l’aide qu’ils me donnaient et qu’ils pourraient encore me donner sans doute, car dans l’état militaire si l’on ne peut pas tout obtenir comme ailleurs au moyen de l’argent, on peut obtenir beaucoup : j’en ai connu quelques-uns de ces fils de famille venus au régiment par un coup de tête, et qui n’exerçaient guère le vrai métier de soldat ; ils payaient pour arranger leurs effets, faire leurs corvées et même pour monter leurs gardes ; ils mangeaient à la cantine ou allaient manger en ville et ils obtenaient des permissions quand ils en voulaient. Il ne fait pas trop mauvais être un soldat comme ça. Cependant aujourd’hui que tout le monde est à peu près obligé d’aller passer quelques temps dans l’armée [[ Jean –Marie DEGUIGNET rédige ses souvenirs dans les années 1890… ]], il doit y en avoir de ces soldats là »… [ 17 ]

Et voilà maintenant Bertrand, justement à propos de son manque de moyens financiers, qui nous narre une de ses réactions épidermiques, ( « tu connais mon caractère comme il est prompte à s’enflammer » ), survenue alors qu’il est « charrié », dirons-nous, par des camarades, auxquels il n’est pas en mesure de « payer (…) une petite bien venu », alors qu’eux disposent, semble-t-il, de plus de moyens en tant que « colègues qui touches des 200 F et 300 F à la fois »…

Bertrand, qui pense ne pas pouvoir se situer au même « niveau social », eu égard à ses revenus, se trouve dans l’impossibilité d’offrir un verre à des camarades, d’où encore un nouveau sentiment profond d’humiliation pour lui !!!

« Je n’ai pas même pour leur payer comme ça se fait dans tous les régiments une petite bien venu à mes colègues qui croyaient que j’y mettais de la mauvaise volonté a faire. tu connais mon caractère comme il est prompt à s’enflammé et pour toute réponse je leur ai dis que je leur payerrai la goutte l’un aprés l’autre et que je lui casserai le flacon sur la figure. Aujourd’hui nous sommes trés bien ensemble »…

Quand le Breton DEGUIGNET arrive, pour la première fois, au Régiment et qu’il ne comprend pas bien encore le « français » dans lequel s’exprime le planton qui le guide, il saisit finalement « ce que voulait [ mon ] conducteur quand il me dit « Noun pagas pao l’agouteur », [[ « Tu ne nous payes pas la goutte ? » [ 46 ], - donc l’équivalent d’une « petite bienvenue » « à la Bertrand ! » !!! - ]], et de peur que je comprisse pas encore, il fit le geste significatif avec sa main droite et le coude »…

Et lorsque DEGUIGNET offrira, peu après, « une bonne goutte à [ mon ] conducteur, « le vieux soldat fit claquer sa langue puis [ lui ] mit la main sur l’épaule en disant : « Bounn camarade, toi, tu faraï un bounn soudart, vai » !!! [ 17 ]…

« La goutte »... « L’alcool »… Seuls exutoires envisageables pour échapper à une vie régimentaire morne ?... Pour s’abstraire d’un état de quasi « esclavage » sans issue aucune ? Pour exorciser une absence totale de perspectives claires quant à un avenir qui s’annoncerait plus valorisant ou plus satisfaisant ?...

A propos d’alcoolisme, Du BARAIL évoquera, après 1870, quelques « figures militaires curieuses, déjà rares alors et aujourd’hui à peu près disparues de l’Armée Française », qui étaient tout particulièrement présentes dans les rangs de l’Armée d’Afrique… [ 12 ] Voici le Capitaine LECOMTE, du « 2ème Chasseurs », dont les excentricités étaient légendaires en AFRIQUE. « Quand il avait bu un verre d’absinthe il devenait fantastique, gagnait sa place au théâtre en marchant sur les genoux des spectateurs, interrompait la prima donna au milieu de son grand air…, et il entamait une chanson de son répertoire qui n’avait rien de commun avec la Norma » !

Voici le Capitaine PERSAT, qui « n’était supportable que lorsqu’il chargeait ou lorsqu’il chantait les chansons du caveau »… [ 12 ] …

Bertrand pourrait facilement s’adonner à la boisson et suivre ce penchant « indigne » s’il n’avait pour seule vision de son avenir que la souscription d’un nouvel engagement pour sept années ne lui apportant en fin de compte pour seule perspective que de pouvoir, peut-être, se « retirer peut être Mal des logis qui n’est pas position » ! [ « Maréchal des Logis » : c’est le premier grade de Sous Officier… Dans la Cavalerie, ce « Maréchal » est responsable des soins à donner aux chevaux de son peloton, responsable des chambrées, du respect des prescriptions de propreté corporelle et vestimentaire [ 23 ], ainsi que de quelques autres fonctions de… « responsabilité »… qui n’apparaissent guère plus épanouissantes ! ]…

 

UN ETE EN ALGERIE : ASTREINTE REGIMENTAIRE MORNE MAIS… COLOREE !

 

Alors qu’il pourrait - peut être - espérer se distinguer en CRIMEE ( les opérations vont cependant très prochainement s’y terminer ), Bertrand regrette presque de ne pas être en « expédition », mais seulement en « station », comme le sont alors, selon ses mots mêmes, « les régiments de cavalerie qui se trouvent en Afrique dans ce moment »...

Son quotidien, c’est donc, en ce 28 Septembre 1855, d’être « de semaine », et il assure que « cette mission n'est pas agréable à remplir »...

Dans la Cavalerie, le service de semaine pour l’escadron est dirigé, sous l’autorité d’un Capitaine commandant, par un Officier assisté d’un Maréchal des Logis et d’un Brigadier…

L’Officier assiste aux distributions de fourrage, aux appels, aux repas des chevaux, il s’assure que les chevaux malades sont conduits à la visite…

Le Maréchal des Logis et le Brigadier assurent l’ensemble des « permanences » de la vie courante de l’Escadron… Cette tâche « de semaine » suppose évidemment qu’il n’y ait aucun relâchement et il oblige à une présence effective au quartier de tous les instants… Il s’agit donc d’une astreinte particulièrement contraignante et pour tout dire d’une véritable « corvée » !!!

« Consigné », de fait, au Quartier durant toute sa période d’astreinte, le Brigadier de semaine Bertrand DUFAURE ne pourra croiser tout au long de sa journée que des « collègues » car aucune sortie à l’extérieur de l’enceinte ne lui est alors possible…

Bertrand devrait donc être, particulièrement à ce moment là, parfaitement en mesure de décrire l’uniforme que portent les « Chasseurs d’Afrique »…

Les Chasseurs d’Afrique sont vêtus, en 1855, d’une tunique « bleu ciel foncé » à plis et à collet « jonquille », ( qui sera remplacée en 1862 par un dolman bleu, à six brandebourgs en laine noire ), dont les boutons sphériques sont en étain et frappés d’un numéro ( sauf au 1er Régiment !!! ).

Le pantalon est garance, à fausses bottes, orné d’un passepoil et ( à partir de 1862 )  de bandes bleu ciel…

Les Chasseurs portent la casquette d’Afrique garance, à bandeaux bleu ciel ( dite « taconet », d’après le nom de son fabricant Monsieur TACONET ! )… [ 19 ].

Leur armement est composé du sabre de Cavalerie de ligne « modèle 1822 », dit « bancal », si impopulaire, à monture à quatre branches et à la lame plus longue et moins courbée que celle employée traditionnellement par la Cavalerie Légère…

Les Chasseurs d’Afrique sont également dotés d’un lourd fusil à percussion de dragon, « modèle 1822 T », d’usage peu commode à cheval… [ 19 ].

Même s’il rumine toujours des « idées noires », dans le ciel si bleu et si ensoleillé de l’ALGERIE, où les murs paraissent plus blancs encore qu’ils ne le sont, la grise monotonie de la journée de Bertrand au Quartier est « colorée » par des tissus de couleurs bleues, rouges ou jaunes, ceux qui composent les uniformes !!!

 

UN ETE 1855 EN ALGERIE : IMPRESSIONS DE VOYAGE …

 

« L’Afrique est un pays désert qui est trés chaud et trés pittoresque on ne voit rien que des chaines de montagne trés harides et les habitants trés salles et fort parresseux »…

« Ne me parle pas de cette Afrique j’en ai plein le dos on y marche trop vite on y boit que de l’eau »

Déjà peu « emballé » par la vie régimentaire, Bertrand n’apparaît vraiment guère plus enchanté par « cette » AFRIQUE du Nord qui l’accueille, et sur laquelle son frère Elie aimerait sûrement obtenir bien plus de détails « pittoresques » ...

Or L’ALGERIE, pour Bertrand, loin d’être une destination de « voyage touristique », ce sera tout d’abord ORAN et cette mauvaise maladie dès son arrivée, et c’est ensuite « Sidibélabesse »... puis ce sera bientôt une expédition, plus à l’Ouest, sur la frontière Marocaine… « du côté du Maroque »…

Jamais de la part de Bertrand ne viendra la moindre observation ou connotation un tant soit peu enthousiaste sur les contrées du MAGRHEB... qui doivent pourtant le dépayser beaucoup par rapport à sa « contrée ALLASSACOISE »… ou par rapport à celles des provinces françaises de l’Est où il a pu stationner en garnison…

Pourtant ces zones d’AFRIQUE du Nord, encore relativement peu connues et peu fréquentées, font beaucoup rêver… vues de PARIS !!!

Les frères GONCOURT sont allés en Algérie fin 1849, certes comme touristes et non en militaires, mais le ton de leur propos est totalement opposé à celui de Bertrand…

« Je ne passe jamais à PARIS devant un magasin de produits Algériens sans me sentir au mois le plus heureux de ma vie, à mes jours d’ALGER (…). Quelle caressante lumière ! Quelle respiration de sérénité dans le ciel ! (…) » [ 22 ] [ Bertrand lui se plaint d’avoir trop chaud !!! ]…

« La volupté d’être vous pénètre et vous remplit, et la vie devient comme une poétique jouissance de vivre (…) » [ Bertrand pour sa part « déprime »… il est de semaine... et il « rampe comme un renard » !!! ]…

« Je revois derrière la rue sale de PARIS (…) quelque ruelle écaillée de chaux vive, avec son escalier rompu (…) un tronc de figuier rampant tordu au dessus d’une terrasse (…) » [ Bertrand ne voit lui que des gens « très salles » ]…

« Et assis dans un café (...) le bois en paix de l’Orient me descend de la petite tasse jusqu’à l’âme (…) » [ … Alors que Bertrand déplore lui de se trouver dans un pays ou l’on « ne boit que de l’eau » ! ]...

C’est dans leur « Journal », en date de « Février 1854 », que les frères GONCOURT évoquent ainsi l’ALGERIE [ 22 ]... Optiques amplement discordantes, on le constate, entre les impressions qui frappent le militaire et celles qui touchent les romanciers… Si ces optiques ne sont pas de même nature, elles se situent pourtant quasiment dans une même contemporanéité...

Saura-t-on jamais ce qui a « choqué » le plus Bertrand ? Peut-être de se trouver dans un pays où « l’on ne boit que de l’eau »... Alors qu’à ALLASSAC on ne songe avec joie et délices qu’au vin… les DUFAURE, vignerons de père en fils, ne faisant pas exception à la règle parmi leurs concitoyens...

A propos de breuvage, mon père « découvrira », à MOSTAGANEM, en Juillet 1956, une boisson nouvelle pour lui, appelée « ORANGINA », un produit récent qui prend alors son essor avec le succès que l’on sait !!! « J’en garde un souvenir formidable pour la pulpe d’oranges contenue et aussi pour l’ombre agréable du foyer du soldat où nous en buvions »… L’ALGERIE : c’est bien, comme le soulignait Bertrand, un « pays de désert très chaud » et on conçoit qu’un Corrézien rencontre quelques difficultés pour s’y acclimater…

 

UN ETE 1855 EN ALGERIE… IMPRESSIONS D’OPERATIONS MILITAIRES …

 

Pendant près de quatre Mois, Bertrand va être appelé à quitter SIDI BEL ABBES, ( dont on ne doit omettre ici de rappeler au passage que ce fût très longtemps le siège « traditionnel » de la Légion Etrangère ), pour partir en expédition… en une « colonne de mission » pour employer les termes exacts et officiels...

Or même un petit peu d’activité et « d’aventure » ( !!! ) ne font pas dévier Bertrand de ses sentiments toujours de nature « dépressive » !!!

« Nous avons fait la guerre aux lièvres et aux chacals, éprouvés toutes les fatigues qu’une colonne expéditionnaire peut éprouver sans tirer un coup de fusil… », déplorera-t-il à son retour…

« Le bureau arabe grapille sur tout si bien que d’une rasias on a rien du tout »…

Et c’est finalement peut être en cela que se situe la plus grande déception pour lui… Du temps du « père BUGEAUD », au début des années 1840, quand ses colonnes mobiles se mettaient en campagne, les Français pratiquaient la tactique de la terre brûlée, empêchaient les indigènes de semer et de cultiver [ 51 ]… De nombreuses atrocités étaient commises... et surtout bien des pillages...

Le mot « Razzia », est daté, par le « Dictionnaire ROBERT », de… 1841 . Il provient de l’arabe Algérien « rhazâwa » signifiant : « attaque »… La Razzia : « c’est l’attaque qu’une troupe de pillards lance contre une tribu, une oasis, afin d’enlever les troupeaux, les récoltes » [ 52 ]…

Oui ! si BUGEAUD avait intelligemment rendu le soldat Français aussi mobile que « l’Arabe » en allégeant sa tenue et en supprimant son matériel lourd, il avait aussi instauré la « razzia »... Toute tribu qui avait apporté son aide à l’ennemi y était soumise, voyait ses villages incendiés, ses moissons détruites, son bétail saisi [ 48 ]. Les soldats Français se transformaient en pillards et ils y trouvaient leur compte... Une pratique généralisée de la « rapine » pour améliorer l’ordinaire et/ou la solde... et avec « en prime » l’approbation franche de la hiérarchie !!!

Et pourtant, en temps normal, dans la liste des « Délits militaires et peines y attachés », qui sont rappelés en détail dans le Livret Militaire de Bertrand, la « maraude avec persistance ou récidive », par exemple, était punie de « Fers : 5 ans » , ou la « maraude d'une troupe armée : Fers 8 ans »… Mais il semblait manifestement moins grave de commettre ce genre de délits chez des « gens salles et fort parresseux » !?! … Ou chez ces gens qui, selon MAUPASSANT dans « Bel-Ami », étaient « considérés comme la proie naturelle du soldat » [ 41 ]…

Georges DUROY, alias Bel-Ami « se rappelait ses deux années d’AFRIQUE, la façon dont il rançonnait les Arabes dans les petits postes du Sud. Et un sourire cruel et gai passa sur ses lèvres au souvenir d’une escapade qui avait coûté la vie à trois hommes de la tribu des OULED-ALANE et qui leur valu, à ses camarades et à lui, vingt poules, deux moutons et de l’or et de quoi rire pendant six mois. On n’avait jamais trouvé les coupables, qu’on n’avait guère cherchés d’ailleurs, l’Arabe étant un peu considéré comme la proie naturelle du soldat » ! [ 41 ] …

« MAUPASSANT est sans indulgence pour nos Armées d’Afrique », commente Philippe BONNEFIS dans ses Notes, « voici en quels termes, le Capitaine MARRET, narrateur de « Mohamed-Fripouille » ( 1884 ) où le souvenir de l’escapade dont Georges DUROY fut le héros est longuement développé, en dresse le portrait : « mes camarades étaient de ces bandits, de ces forbans, qui après avoir maraudé et vagabondé dans tous les pays possibles, finissent par prendre du service dans une légion étrangère quelconque. Notre armée d’Afrique était alors pleine de ces crapules, excellents soldats, mais peu scrupuleux » [ 40 ]… Bertrand : un soudard peu scrupuleux ??? … Pourtant, lui, « d’une rasias [ il ] a rien du tout » !!!

« A PARIS, c’était autre chose », songeait Georges DUROY, « on ne pouvait pas marauder gentiment, sabre au côté et revolver au poing, loin de la justice civile, en liberté. Il se sentait au cœur tous les instincts du Sous-Off lâché en pays conquis. Certes il les regrettait, ses deux années de désert. Quel dommage de n’être pas resté là-bas ! Mais voilà il avait espéré mieux en revenant. Et maintenant ! … Ah ! Oui, c’était du propre, maintenant ! » [ 41 ]…

Raoul GIRARDET analyse avec du recul la position des militaires de l’Armée d’Afrique en ces temps là : « La discipline ne peut guère être stricte dans le cadre de ces vastes horizons où l’ambition s’enfièvre, où l’aventure individuelle reste encore possible, où toutes les audaces peuvent trouver leur récompense. Isolés dans un pays mal connu, les chefs de poste ou de colonne ne doivent guère compter que sur la hardiesse de leurs initiatives et la vigueur de leurs coups de sabre. Comment s’étonner de leur esprit d’indépendance et qu’ils ne se soucient guère de règlements à peu près vide pour eux de toute signification ? Les habitudes sont indulgentes d’ailleurs, et l’administration ne se distingue ni par sa régularité ni par sa sévérité. La razzia, le pillage des biens de l’ennemi vaincu, des douars conquis ou abandonnés, entrent dans les règles normales du jeu de la guerre Africaine. Les occasions de profits de toutes sortes, y compris ceux que fournit la spéculation sur les fournitures et le ravitaillement, s’offrent sans grands risques aux intendants et aux officiers des bureaux arabes » [ 12 ]… « Le bureau arabe grapille sur tout si bien que d’une rasias on a rien du tout », écrivait Bertrand qui avait observé le phénomène… de près !!! … 

Le « grappillage » : « Nombreux sont ceux qui ne savent pas résister à la tentation. Un terme spécial du jargon militaire Africain, le « fourbi », sert à désigner ce genre d’opérations, et l’on cite à mots couverts le nom de certains Généraux qui ne dédaignent pas d’y prendre de l’intérêt » !!! [ 12 ]…

Le Dictionnaire « Le ROBERT » mentionnera comme remontant à la date de « 1850 » l’emploi du terme « fourbi » dans le sens « populaire » d’une « affaire compliquée ou indélicate »… Ce n’est qu’à la date de « 1893 » que ce terme sera signalé comme étant employé pour désigner en fait « toutes les armes, tous les objets que possède un soldat » [ 52 ]… « Et tout le fourbi ! »

Cette « Colonne de mission » qu’il évoque dans sa correspondance du 3 Février 1856 constitue vraisemblablement le seul « fait d’armes » « remarquable » qu’ait vécu le Chasseur d’Afrique Bertrand DUFAURE…

Le récit des évènements qu’il peut en brosser ne retrace visiblement pas une « épopée » qui pourrait laisser à son « héros » un souvenir à jamais impérissable !!!

Le souvenir d’une épopée ce serait par exemple connaître « la vraie vie du soldat d’Afrique, c’est à dire les marches dans les brousses, les rochers, les montagnes, les combats, la faim, la soif et les périls à chaque instant », ainsi que pourra la définir ultérieurement le Breton DEGUIGNET [ 17 ]…

Après les campagnes de CRIMEE et d’ITALIE Jean-Marie DEGUIGNET est arrivé au terme de son engagement initial… Il retourne un temps à la vie civile mais ne trouve pas de travail, même s’il espère, durant un court moment, être embauché pour participer à la construction d’une ligne de chemin de fer… [ Relevons ici que Bertrand DUFAURE, à l’issue de sa « carrière » militaire, entrera quelque temps à la « Compagnie des Chemins de Fer de l’Ouest »… La croissance économique et les grands travaux laissaient alors entrevoir dans les secteurs en expansion des promotions sociales bien supérieures à celles offertes par les « armes »… ]…

Las, demeuré sans emploi, il reste à DEGUIGNET qui se retrouve bien vite sans le sou, « à prendre une décision au plus vite. »… « Je ne voyais plus que deux chemins devant moi : celui du suicide ou celui du régiment. Il ne me restait plus que dix Francs de mes économies »… Et DEGUIGNET se rengage donc… « Maintenant j’étais assuré d’avoir du pain pour sept ans encore et des occupations variées. J’allais voir un pays nouveau »… [ 17 ] …

S’étant dans un premier temps résolu à quitter l’armée, DEGUIGNET, tel Georges DUROY, « avait espéré mieux » en retournant à la vie civile… mais finalement la seule issue pour lui avait été de s’engager à nouveau !!! Une situation qu’avait déjà sans doute vérifiée Berty DUFAURE vers la fin de l’année 1851 !

Bertrand DUFAURE est donc parti en une « Colonne » et il nous raconte que : « dans une sortie de 9 jours de marche, il y a eu un coup de fusil dirige sur le bivouaque qui a blessé un chasseur d’Afrique au bras droit et tué le cheval du fourier du 6ème escadron de chez nous »… A une demi lieue de cet « attentat » se trouvait « un camp tenu par les maroquins qui se composait de 2. 000 à 3. 000 tente. Mais le caide de ce camp n’a rendu compte que le lendemain au Colonel du 2èmeChasseur d’Afrique qui commandait la colonne »...

En dépit de cet incident, « il y a eu un coup de fusil dirige sur le bivouaque » , il semble cependant que le Colonel n’ait pas jugé nécessaire de procéder à une « razzia » ! … et encore moins de renouveler un épisode de « prise de smala » !!! …

DEGUIGNET pour sa part rapporte qu’une fois, alors qu’il était en expédition ( en KABYLIE ), lors d’un engagement : « nous n’eûmes cependant que quelques blessés. Le fourrier de la troisième Compagnie de notre bataillon qui se trouvait à la droite de sa compagnie, c’est à dire à côté de moi, qui me trouvait le dernier de la nôtre, reçut une balle dans les flancs, qui avait traversé son ceinturon » [ 17 ] …

Dans le salon de la maison paternelle, à PERPEZAC le NOIR, reconverti en un cendrier aussi unique qu’original, se trouve le sabot évidé d’un cheval, immatriculé « 627 380 », qui constitue la preuve rapportée de la mort en opération, au feu, fin 1956-début 1957, d’un cheval du « 5ème Spahis »…

« A l’occasion d’un contrôle, se présentant devant une mechta, le Sous-Lieutenant d’active RENUCCI a été attaqué ainsi que son peloton, et son cheval a été fauché sous lui par une rafale. Le Sous-Lieutenant est remonté en croupe sur le cheval de son ordonnance pour continuer l’action… ».

« C’est au cours de cette opération, si mes souvenirs sont exacts que le Sous-Lieutenant de réserve DESROCHES a été tué », rapporte à mon attention l’arrière petit neveu de Bertrand DUFAURE, René DUFOUR… mon père.

D’un siècle l’autre, le Cavalier Français en opération en Afrique du Nord se trouve exposé au « coup de fusil » qui peut « partir » à tout moment… d’on ne sait où…

 

SEPT ANS DE « MISERE ET D’ESCLAVAGE » ... OU L’ADIEU DEFINITIF AUX ARMES !

 

Si Elie a pu trouver un nouveau ( ? ) « protecteur » pour son frère , à savoir le « Capitaine LAFAUSSE du 72ème de ligne », les préoccupations du cadet sont pour l’heure essentiellement tournées vers l’envoi fort espéré de quelque somme d’argent... Car il a, avoue-t-il, « emprunté vingt francs à [ son ] Capitaine qu’[ il ] ne lui a pas rendu malgré [ sa ] bonne volonté »...

Un autre problème préoccupe aussi beaucoup Bertrand, c’est celui de la décision qui devient chaque jour de plus en plus pressante et qu’il va bien devoir prendre un jour, car la date-« butoir » approche rapidement : « va-t-il oui ou non se rengager ? »…

Il semblait cependant aisé de le pressentir compte tenu de sa vocation militaire qui nous apparaissait déjà plutôt « vacillante », Bertrand va penser finalement « que le parti le plus sage était de ne pas signér et de prendre son congé »…

Ce sera donc bientôt pour lui « l’Adieu aux Armes » !!! Un adieu définitif cette fois !!! Mais de ces sept années effectives de service actif que retiendra-t-il au final ? Un sentiment de malaise : « pendant sept ans, j’ai été dans la misère et l’esclavage et personne n’est venue à mon aide »...

C’est un jugement sûrement assez ingrat vis à vis d’Elie, qui a cherché des protections pour son cadet, et surtout vis à vis du reste de la famille qui lui a envoyé de maigres économies difficilement constituées…

Mais il y a toujours ce sentiment, latent et lancinant, qui reviendra encore fréquemment dans l’esprit de Bertrand, que celui d’un cruel manque d’argent, douloureusement et quotidiennement ressenti, en un mot un sentiment de « misère sociale »… Bertrand avoue « se voir forcé de renoncer » à prendre des cours chez les Frères de l’Ecole Chrétienne, « vu que je n’ai pas seulement un peu d’argent pour leur payer le papier et la bougie que j’use »….

Ne pas être en mesure de pouvoir se payer un peu de papier et de bougie : une terrible contingence matérielle sans conteste !!!

L’autre préoccupation de Bertrand c’est aussi, ( voire surtout ? ), de se mettre à « l’abri d'un tas de paysants du Danube » ( sic !!! )… Entendons par là qu’il a certainement hâte de cesser de se faire « exploiter », « sanctionner » voire… « humilier »… par des supérieurs bien souvent dépourvus de scrupules !!! « Rien autre chose » !!! … L’Esclavage militaire serait-il le compagnon de la Misère sociale ? DEGUIGNET [ 17 ] laisse entendre qu’il souffrait lui aussi, vers la même époque, de l’attitude de tels … « paysants du Danube »… qu’il traite d’ailleurs pour sa part en des termes non moins « flatteurs » que ceux employés par Bertrand… Pour preuve l’anecdote suivante :

« Le Sous-lieutenant, le faquin, l’imbécile féroce (…) avait hâte de trouver un bon motif afin de me faire attraper une forte punition, la cassation si possible car il savait que mon temps approchait, et que j’avais déjà manifesté mon désir de m’en aller. Un jour donc, j’étais de planton à la porte du quartier, lorsque mon individu vint se promener devant cette porte, je l’avais salué quand il passa la première fois devant moi suivant le règlement, mais comme il continuait à passer et à repasser, je n’avais plus de salut à lui faire, et j’allai même m’asseoir. Lorsque le faquin vint à moi :

-« C’est comme ça que vous faites votre métier, Sergent, attendez [ un ] peu ! Je vais vous apprendre moi »

-« Vous », lui dis-je, « m’apprendre quelque chose à moi à moi, vous êtes trop bête, vous cherchez depuis longtemps des motifs pour me punir, en voici un bon »

Et voilà qu’il se met à crier :

-« A la garde ! Chef de poste ! Empoignez moi ce Sergent et menez-le en prison »

Le coquin aurait bien voulu me voir me révolter contre la garde, et contre le fonctionnaire-adjudant qui était accouru aux cris de son ami. Mais avant que la garde eut le temps de poser les mains sur moi, j’avais jeté là mon shako et mon ceinturon et couru tout droit à la porte de la prison. Le Caporal de garde vint m’ouvrir la porte.

Me voilà en prison, et avec un motif à passer au Conseil de Guerre : insulte envers un supérieur, un triste supérieur assurément, puisque j’avais entendu le Commandant lui dire un jour que celui qui avait fait de lui un Officier en serait responsable devant Dieu, mais enfin il [ l’ ] était quand même pour le malheur des soldats et le déshonneur du corps des Officiers. On avait prévenu le Lieutenant chef de la compagnie, le gros jésuite, qui vint me trouver à la prison.

-« En voilà une affaire », me dit-il, « vous voulez donc aller au bagne ? »

-« Encore », lui dis-je, « je serais plus heureux que dans votre Compagnie sans doute. Voilà que j’ai sept ans de services, pas encore une seule punition. Passé Caporal, Caporal des Voltigeurs et Sergent, au choix toujours, pour mes bons services et ma conduite exemplaire, et maintenant dans votre Compagnie, il semblerait que je ne sois bon à rien. Faites-moi passer au Conseil de Guerre puisque vous dites que je me suis mis dans le cas. Votre Sous-Lieutenant et votre Sergent viendront avec moi, et là nous verrons »

-« Oui, mais c’est justement ça que je ne veux pas », dit-il, « et pour ça que je vous dis de reprendre votre service et je vais arranger cette affaire »…

Je retournai donc reprendre mon poste de planton (…). Les trois coquins avaient sans doute calculé les conséquences qui en résulteraient pour eux en me punissant avec un motif de Conseil de Guerre (…). De sorte qu’après calcul et examen, ils convenaient de me porter seulement quatre jours de salle de police pour négligence dans mon service. Et ce fut tout, ce n’était pas trop pour avoir eu le plaisir de traiter ce faquin imbécile de tête… Cependant le terme de ma libération approchait, et je commençais à me demander ce que je ferais »… [ 17 ].

« La somme d’intelligence nécessaire au soldat est si médiocre qu’après quelque temps de service on remarque en lui un abaissement notable des facultés intellectuelles et surtout des sentiments moraux. Dans l’atmosphère de la caserne, sa raison s’appauvrit, la dignité de son caractère dégénère en apathie stupide, à peine déguisée sous des manières rauques et brutales » écrivait PROUDHON, en 1849 [ 12 ]. Bertrand ressent-il cette « apathie stupide » ???

En Février 1856, c’est donc décidé… et bien décidé !!! C’en est fini pour Bertrand de sa carrière militaire et il achève donc son probable (r-)engagement de cinq ans contracté vraisemblablement dans le courant de l’année 1851, à l’issue d’une première période de deux ans passée sous les drapeaux avec les Hussards…

Une entrevue avec le Capitaine LAFAUSSE « du 72ème »… dont pourtant il a « même gouté de son vin » [ c’est dire ! ] et dont… « sa femme m’a témoigné une vive affection ainsi que lui » ne changeront finalement rien au cours inéluctable des choses !!!

La décision qu’a prise Bertrand de quitter l’Armée est devenue désormais irrévocable !!! Laissons donc alors les militaires qu’il a pu côtoyer, ici ou là, Fantassins et Cavaliers, suivre leurs destins guerriers...

Le 72ème de Ligne se distinguera bientôt à SOLFERINO ( 1859 ), luttant à la Ferme de CORTI-MALLOPIALI, à un contre trois [ 23 ] ... Le Capitaine LAFAUSSE y sera-t-il ? Y survivra-t-il ? … « En ITALIE, comme cela avait été le cas en CRIMEE, la « furia francese » coûtera particulièrement cher [ 19 ]… Les bannières des 2ème et 3ème Régiments de chasseurs d’Afrique porteront bientôt dans leurs plis la mention : « SOLFERINO 1859 » [ 23 ] …

Mais Bertrand DUFAURE aura alors, depuis quelques années déjà, retrouvé l’état de simple civil !!!

 

« QUELLE PERTE POUR MOI » :  UN COURRIER ELLIPTIQUE ET ENIGMATIQUE…

 

Tamponnée une première fois au départ du bureau de poste de DONZENAC, le 28 Juin 1863, puis à nouveau avec la mention « LIMOGES à PARIS » à la même date , l’enveloppe contenant la correspondance est parvenue à Maître Elie DUFAURE, son destinataire, dès la fin de ce même mois de Juin de 1863…

 

LA FAMILLE DE FOUCAULD... L’ADMIRATION ET L’AFFECTION D’ELIE…

 

Que pouvais-je avoir comme éléments d’information disponibles et savoir sur cette famille « de FOUCAULD » ? … Principalement, dans un premier temps, ce qu’Elie lui-même pouvait en dire ( - en écrire ! - ) dans sa « Notice… »…

 

UN OFFICIER DE CAVALERIE « D’AVENIR » DANS UN EMPIRE EN… GUERRE !

 

Puisant, encore et toujours, dans la vaste « Notice… » d’Elie DUFAURE, je lis maintenant sous sa plume : « C’est Aymard de FOUCAULD, mon excellent ami, capitaine au 6ème Régiments de Hussards, [ à l’époque de l’impression, 1853-1854, Bertrand n’est plus présent sur les rôles de ce même Régiment ! ], âgé seulement de 29 ans, qui continue la noblesse toute militaire de sa famille. C’est un officier d’avenir, brave et sérieusement intelligent ; jeune homme du monde parfaitement distingué, il a toutes les qualités de gentilhomme qu’avait son père, et tout le tact, toute la finesse d’esprit de sa digne et excellente mère »…

 

UN DEBUT DE CARRIERE PROMETTEUR…  

 

Aimard-Hippolyte de FOUCAULD est né le 5 Septembre 1824 à ALLASSAC… Au terme de sa scolarité, au cours de laquelle il passera, comme Elie DUFAURE, par le Petit-Séminaire de BRIVE, le jeune homme deviendra élève de Saint-CYR… [ 53 ].

 

D’UN DE FOUCAULD, L’AUTRE !!!  ... STUPRE ET DEBAUCHES OU… SAINTETE ?

 

Henri DUCHENE-MARULLAZ qui signe l’article « FOUCAULD ( Aimard-Hippolyte de ) », dans le « Dictionnaire de Biographie Française », affirme que le jeune Capitaine « avait alors la réputation d’un Officier mondain et ami du plaisir » [ 53 ]…

 

APRES L’EST, L’ALGERIE PUIS L’ITALIE  ... UNE MEDAILLE COMMEMORATIVE !

 

L’ALGERIE… Aymard de FOUCAULD ne connaît pas encore !!! En 1854-1855, Le Capitaine de FOUCAULD ne se trouve pas parmi les éléments engagés en CRIMEE et il peut encore s’adonner aux « errements » d’un « Officier mondain et ami du plaisir »… Cependant, après avoir été en diverses garnisons de FRANCE, particulièrement dans des villes de l’Est du Pays, il se trouve maintenant affecté au « 2ème Régiment de Chasseurs d’Afrique », le 20 Novembre 1857 [ 53 ]. Ce Régiment récent a été créé en 1832 et il a fait des prodiges à ISLY en s’emparant de l’étendard de la Garde Marocaine… Lors de l’arrivée de de FOUCAULD dans ses rangs, le drapeau du Régiment porte déjà dans ses plis les inscriptions : « ISLY 1844 » et… « SEBASTOPOL 1855 »  [ 23 ] …

 

UNE EXPEDITION AUSSI LOINTAINE QU’INCERTAINE  : LE MEXIQUE… 

 

Au début des années 1860, toute l’Histoire militaire de la FRANCE va être dominée par la Campagne du MEXIQUE... Il s’agira d’une intervention qui s’avèrera pour le moins hasardeuse et qui se soldera en définitive au final par un véritable échec, illustré par l’exécution, en 1867, de l’Empereur MAXIMILIEN, après le retrait, sans gloire, de l’ensemble du Corps Expéditionnaire Français…

 

LEGION D’HONNEUR ET PROMOTION POUR UN… « ZORRO » ALLASSACOIS !!!

 

Malgré le sentiment d’insuccès qui préside à l’examen du bilan Mexicain du Corps Expéditionnaire Français à la fin de l’année 1862, les services rendus par Aymard de FOUCAULD ont certainement été jugés de grande qualité puisque l’Allassacois est fait « Chevalier de la Légion d’Honneur », à compter du 25 Octobre 1862 [ 53 ]…

« FOUCAULD (de) Aymard Hippolyte – Sexe M » [ sic ], figure, ainsi répertorié, sous la côte « L 1005047 », au titre de récipiendaire de la Légion d’Honneur dans les Archives de l’Ordre, telles que l’on peut les consulter aujourd’hui sur le site Internet qui leur est consacré… Cependant les renseignements qui concernent Aymard de FOUCAULD dans cette base sont particulièrement succincts… Ainsi contrairement à la plupart des autres « Légionnaires », ni son lieu de naissance [ ALLASSAC ! ], ni sa date de naissance [ 5 Septembre 1824 ], ne sont indiqués… [ 59 ].

 

D’ALLASSAC  A… SAN PABLO DEL MONTE ! … UNE DESTINEE GLORIEUSE !!!

 

La « nouvelle » de « l’affreux événement » annoncé par Jules de FOUCAULD à son ami Elie DUFAURE à la fin du mois de Juin 1863 trouve son fondement, n’en doutons pas, dans l’ensemble des lignes éparses qui suivent. Elles sont parfois légèrement discordantes sur de menus détails mais dans l’ensemble globalement concordantes, et je les livre ici de manière brute et énumérative…

Je veux citer en tout premier lieu le « Dictionnaire de Biographie Française » où sous l’article « de FOUCAULD » on peut lire : « Le 5 Mai 1863 Aymard de FOUCAULD, à SAN PABLO DEL MONTE, n’hésita pas à charger avec un faible escadron, soutenu par une seule action d’infanterie, 1.500 cavaliers au moins, appuyés par de l’Infanterie et de l’Artillerie, formant l’avant-garde du Général Mexicain COMONFORTE, et il les poursuivit sur un terrain boisé. Au cours de la charge, il reçut un coup de lance dans la poitrine et fut relevé mourant. Ce combat eut pour effet d’empêcher COMONFORTE de ravitailler PUEBLA qu’assiégeait le Général FOREY » [ 53 ]…

 

UN AUTRE CORREZIEN AU MEXIQUE…  L’INGENIEUR GODIN DE L’EPINAY 

 

C’est par une lettre que « l’Ingénieur de L’EPINAY écrivait à son frère de BRIVES » que Jules de FOUCAULD a appris « l’affreux événement », la mort au loin de son « africain » de frère…

L’ingénieur Adolphe GODIN de L’EPINAY ( 1821 – 1898 ) est « l’auteur de grands projets réalisés en Travaux Publics, tel le plan du canal actuel du PANAMA », écrira, en 1913, COISSAC dans « Mon LIMOUSIN » [ 64 ]…

 

DUFAURE DU BESSOL : UN « COUSIN » QUI CROISE LA ROUTE DE « NOS » HEROS

 

Les « parents ( supposés ) de mes parents sont ( probablement) mes parents », c’est l’une des formes du raisonnement d’Elie, qu’il a adoptée en concevant la rédaction de sa « Notice », dans laquelle il s’est ainsi intéressé à la famille « DUFAURE du BESSOL », sans toutefois pouvoir ni établir ni démontrer avec exactitude les liens généalogiques qui pouvaient le lier à cette famille « DUFAURE »…

Condisciple de Marius DUFAURE du BESSOL au Petit Séminaire de BRIVE, Elie a tout de même pu établir la destinée militaire de plusieurs membres de cette branche « DUFAURE du BESSOL » : le grand père de Marius était Brigadier aux Chevau-Léger, son bisaïeul avait servi comme Capitaine de Cavalerie dans le Régiment de BELLEFOND, plusieurs de ses oncles avaient également servi dans des grades supérieurs tel celui de Colonel... Elie écrit alors dans sa « Notice » que « le frère plus jeune de Marius, Joseph DUFAURE du BESSOL, est sorti de l’école de SAINT CYR et se trouve actuellement en activité de service avec le grade de Sous-Lieutenant. C’est un jeune homme d’avenir »… Cette qualification « d’avenir » est la même que celle qu’Elie avait déjà retenue en évoquant Aymard de FOUCAULD... Il m’apparaît donc intéressant de m’arrêter ici quelques instants sur Joseph DUFAURE du BESSOL qui trouve sa place dans cette étude à plusieurs titre… En effet Joseph DUFAURE du BESSOL fut élève du Petit Séminaire de BRIVE, [ son frère aîné, Marius, y avait été le condisciple d’Elie ], puis sa carrière militaire « croisa » par moments tant celle de Bertrand DUFAURE que celle d’Aymard de FOUCAULD que ce soit sur le plan des affectations géographiques ou sur celui des Campagnes militaires menées…

« L’avenir » de Joseph DUFAURE du BESSOL sera effectivement « brillant » ( il atteindra le grade de Général ) poursuivant une carrière militaire ( contrairement à Bertrand… ) et survivant à de nombreuses blessures ( au contraire d’Aymard de FOUCAULD )…

Joseph-Arthur DUFAURE du BESSOL est né en CORREZE, à BEAULIEU sur DORDOGNE, le 23 Février 1828. A dix neuf ans, il s’engage au « 75ème de Ligne » [ 66 ] le 19 Juillet 1847 [ 63 ]… Le jeune homme a deux ans de plus que Bertrand DUFAURE et il s’engage « logiquement » deux années avant lui… Puis DUFAURE du BESSOL ne tarde pas à être versé au « 23ème Léger », et avec ce régiment il est appelé à PARIS, au moment des terribles journées de Juin 1848. Le régiment est engagé dans « cette atroce bataille de rues » [ 63 ] et « il s’y conduit bravement »… [ Rappelons ici que, du 23 au 26 Juin 1848, les troupes de CAVAIGNAC s’opposèrent à l’insurrection du désespoir et de la misère des ouvriers Parisiens. Utilisant le canon, n’hésitant pas à s’exposer au feu de l’adversaire, les officiers au prix de lourdes pertes, étaient parvenus à maintenir la discipline de leur troupes et à briser la révolte… ] [ 51 ].

 

 DE L’INTERÊT D’UN PASSAGE SOUS LES DRAPEAUX ET DE LA RECONVERSION…

 

Aymard de FOUCAULD ou Joseph DUFAURE de BESSOL étaient de « vrais » militaires « de carrière »… mais les jeunes Allassacois SIMON ( vraisemblablement ) ou Bertrand DUFAURE ( certainement  ) n’auront eux passé qu’un temps limité, même s’il fut long… ( au moins sept années !!! )… sous les Drapeaux...

Ce « séjour » prolongé leur avait-il été bénéfique ?

Le Journal Parisien quotidien « La PATRIE », dans son numéro du 24 Juin 1865, conservé avec les papiers d’Elie, reproduit des colonnes du « MONITEUR »… Lesquelles colonnes réfutent l’idée selon laquelle « la vie de caserne est une école mutuelle de corruption, d’où le soldat sort démoralisé, après avoir perdu les habitudes laborieuses qui sont la loi de son existence »… « Ces assertions sont contredites par toutes les statistiques » [ ! ] … « Qui ne sait, en effet avec quel empressement les simples particuliers, les entreprises industrielles, les grandes Administrations financières, recherchent les anciens militaires pour leur confier des fonctions exigeant à la fois de la loyauté, de la fermeté, de l’exactitude, toutes les habitudes enfin qui s’acquièrent sous le drapeau ? »… [ Tiens ! après son « temps », Bertrand ne tardera pas à « rentrer » au « Chemin de Fer » ]… « L’armée (…) est une école où le soldat fait l’apprentissage des qualités les plus utiles dans la pratique de la vie ; il sort plus intelligent, plus adroit qu’il n’y est entré, car on a pris soin d’y développer son esprit et son corps par des exercices raisonnés et sagement progressifs » (…) … « Pendant la période de second rengagement, la mortalité est exactement la moitié de ce qu’elle était pendant le premier congé » (…). Des « assertions erronées » chercheraient à « jeter le discrédit sur le soldat qui se tient prêt sous les drapeaux à porter partout si haut le nom du pays, mais encore sur le vétéran qui revient au foyer domestique apporter à sa famille et à ses enfants, avec l’instruction qu’il a reçue et l’expérience qu’il a acquise, les traditions de la probité et de l’honneur ».... Fermez le ban !!!

Eugène WEBER constate qu’il n’est pas surprenant que, connaissant les conditions difficiles de vie dans leurs contrées natales, une bonne partie des soldats ruraux décidaient ensuite de ne pas retourner dans leurs villages… Les individus les plus dégourdis servaient de planton à la caserne puis tâchaient d’obtenir un poste de valet de pied, de cocher ou de domestique dans une maison bourgeoise… [ 5 ].

La plupart de ceux qui ont obtenu quelques galons se réengagent, ou cherchent un poste correspondant mieux à leur nouveau rang dans une autre branche de « Services Publics », comme la Gendarmerie, les services des Eaux et Forêts [ ! ], les Travaux Publics, la Poste, ou les Chemins de Fer... [ 5 ]…

« L’armée, disait-on à partir du milieu du Siècle, enseignait l’oisiveté et faisait désapprendre le travail ; Elle était devenue le berceau des petits fonctionnaires, ou un office de recrutement pour travaux urbains », nous dit aussi Eugen WEBER…

En fait « l’armée était devenue un agent d’émigration, d’acculturation et au bout du compte de civilisation, un agent aussi puissant, à sa manière, que les écoles, dont on a tendance à parler davantage » souligne justement l’auteur [ 5 ]...

Il ne faut cependant pas trop se leurrer sur le rôle formateur de l’armée et le niveau intellectuel de ses cadres intermédiaires sous le Second Empire, nous l’avons déjà évoqué précédemment…

« L’étude et la réflexion sont bannies des soucis professionnels dans toute la hiérarchie. On raille « les cartes, la géographie, la topographie, un tas de foutaises qui ne servent qu’à embrouiller la cervelle des honnêtes gens ». Celui qui lit, qui cherche à exposer ses idées, à discuter des problèmes généraux n’a la cote ni auprès de ses chefs, ni auprès de ces camarades qui le traitent de « faiseur »… Pour réussir il suffît de réciter la théorie sur le bout du doigt et de connaître la manière d’astiquer une giberne ou de blanchir les buffleteries « comme dans la Garde » [ 19 ]…

Le Maréchal de CASTELLANE écrira, à propos des Sous-Officiers promus Officiers par le rang, « bien des Officiers ne savent maintenant ni le français, ni l’orthographe »… Pierre BERTIN affirme aujourd’hui cependant que « ces rudes Capitaines et ces Lieutenants qui ignorent tout de la littérature, que l’on ne reçoit pas dans les salons, possèdent une qualité irremplaçable pour un soldat : ils se considèrent comme uniquement destinés à donner et à recevoir des coups. Ils n’aspirent qu’à charger l’ennemi, à la baïonnette, selon cette forme simpliste de la manœuvre qui n’exige pas, au préalable, d’avoir « pâli sur de noirs bouquins »… « L’immense majorité des fantassins est composée de paysans, durs à la peine, bons marcheurs, calmes au feu, faciles à commander mais qui manquent malheureusement de la plus élémentaire instruction générale. Le cours des illettrés touche donc une nombreuse clientèle et grâce à lui bien des libérables regagnent leurs foyers ayant appris à lire et quelque peu à écrire  » [ 19 ] …

 

« SERVICE DE LA NATION » … D’HIER A AUJOURD’HUI…

 

Au moment où en FRANCE une profonde réforme du « Service Militaire » vient d’entrer en vigueur - il s’agit ni plus ni moins que de sa « suspension » [ une suppression tacite ? ] et de son remplacement par une simple journée de « Citoyenneté », certes obligatoire pour les jeunes hommes mais également pour… les jeunes filles -, je songe que durant plusieurs années, j’ai été amené à émettre, à l’attention du Préfet de la Haute-MARNE, des avis circonstanciés sur les demandes de dispense des obligations du Service National qui étaient formulées par de « futurs » « jeunes agriculteurs » du Département…

Ces « futurs » agriculteurs étaient, pour la plupart, soucieux exclusivement de ne pas « perdre » une année ( à peine douze mois !!! )… puis ensuite seulement… dix mois… le laps de temps « mesuré » d’un « simple » passage sous les drapeaux !!! …

Qu’on était pourtant loin alors des longues « sept années » à certains de leurs aînés imposées…

En « 2000-2001 » enfin, j’ai été chargé d’« encadrer » trois « Appelés du Contingent », presque parmi les tout derniers, qui s’étaient portés volontaires pour renforcer les effectifs du Service Forestier de la Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt de la Haute-MARNE dans le cadre national du « Plan Chablis » décidé immédiatement après la « grande tempête » des 26 et 27 Décembre 1999…

Alors j’ai maintenant une pensée pour nos « arrière-grand pères », ou nos « arrière-arrière grand pères »… en fait pour tous ces jeunes gens du dernier tiers du dix-neuvième Siècle et des débuts du Vingtième, pour ces Soldats-Citoyens d’une « Troisième République » qui les préparait, dans un esprit belliciste tout empreint de revanche, à un conflit qui serait non seulement la future guerre Européenne, attendue comme devant être la« réparatrice » tant espérée de « l’humiliation de 1870 », mais qui deviendrait aussi, par « la force des choses » et un fatal engrenage : la Première Guerre Mondiale

La Loi de 1872 avait fixé la durée d’un Service Militaire, devenu désormais quasiment universel, à cinq ans ; seuls les bacheliers pouvaient n’accomplir qu’une année

La Loi du 15 Juillet 1889 abaissaient la durée du Service à trois ans… laquelle durée descendrait ensuite durant quelque temps à deux années … pour remonter à trois années enfin, à la « veille des périls »…

Alors puisque le Service Militaire était devenu presque quasiment universel, Ils sont donc là, dans les présentes pages, ces jeunes militaires, appelés de la Nation… Cavaliers, Artilleurs ou Fantassins… Ils demeurent, pour la plupart, totalement anonymes pour nous et pourtant ils « sortent » « tout droit » des albums photos de notre « grande Famille »… Ils appartiennent à diverses de ses branches principales ou secondaires… DUFOUR, LARDET, CHAUZU… ou à d’autres branches encore plus ou moins « certaines »… car ils ne sont parfois que des camarades ou des connaissances de quelques uns de nos « parents » qui accomplissaient « fièrement » leur devoir…

La technique photographique se répandait alors rapidement et chacun avait le souci de « marquer » pour « l’éternité » ce temps fort qu’était pour lui son passage sous les Drapeaux… La photographie s’affirmait, d’emblée, comme le nouveau moyen « moderne » qui permettait de concrétiser cette résolution profonde, ( qui était déjà celle de SIMON peu auparavant ), consistant à vouloir laisser « à tout jamais » une trace de son existence… « militaire »…

« cette gravure qui est tiré d’après ma phisionomie et ma belle tenue, j’espère quel seras conservé que je la trouve à mon retour si fraiche comme lorsquelle ma quitté »... Avec la « Première Communion » ou le « Mariage », la photographie « en Uniforme » deviendra donc vite l’un des plus grands classiques de cet « art nouveau », lequel se « démocratisait » rapidement et pénétrait déjà beaucoup de foyers, même parmi les plus modestes…

« Aujourd’hui c’est seulement à partir de faibles indices qu’il est possible de dater tous ces clichés » (…) « Ainsi les clichés du format carte de visite ont sûrement été pris avant 1910. C’était une mode de l’époque. Comme ces cigarettes que les soldats arborent sur presque tous leurs portraits. « Des copies en faïence » révèle un spécialiste des photos anciennes, car alors « cela faisait chic et viril » [ 67 ]…

Un « DUFOUR », photographié à… LANGRES [ !!! ], après 1870, tient justement en main l’une de ces cigarettes en faïence… qui fait le port « tellement » « chic et viril » !

Le numéro de son Régiment permet de déterminer qu’il appartenait au « 7ème régiment d’Artillerie », un régiment relevant de l’Artillerie de Forteresse et composé de Batteries à pied , une formation distincte des régiments d’Artillerie de Campagne … [ 68 ]

La ville de LANGRES était alors devenue une véritable place forte, prévue pour 12.000 soldats en cas de conflit, et toute sa région était défendue par une multitude d’ouvrages fortifiés… Ceux-ci, pour l’essentiel, étaient dus au « VAUBAN du XIXème Siècle », Raymond SERE de RIVIERE ( ALBI 1815-1895 ), Général de Division placé à la tête du « Génie » en 1874, qui s’était vu confier la tâche « énorme » de moderniser la défense de frontières « bouleversées » par la perte de l’ALSACE et d’une partie de la LORRAINE… SERE de RIVIERE avait décidé de créer deux rideaux défensifs face à l’Empire Allemand : l’un de VERDUN à TOUL, l’autre entre EPINAL et BELFORT… Ce système était complété en profondeur par la réalisation d’une seconde ligne constituée d’immenses camps retranchés parmi lesquels la place de LANGRES…

En onze ans pas moins de 166 forts, 43 ouvrages secondaires et environ 200 batteries seront alors construits dans l’Est de la FRANCE… [ 69 ] … SERE de RIVIERE persuadé que l’envahisseur futur ne pénètrerait pas par la BELGIQUE négligera de défendre le Nord du pays ! Ce choix aurait pu être encore plus lourd de conséquences si, dès 1885, alors que l’entreprise de construction venait à peine de s’achever, n’apparaissait « l’obus à charge explosive » qui condamnait en fait les fortifications du système SERE de RIVIERE à ne plus pouvoir jouer qu’un rôle mineur dans le cadre d’un conflit « moderne »… [ 69 ] …

Comme Bertrand DUFAURE auparavant, un DUFOUR contribuera, un temps, à « garnir » la place de LANGRES…

Aussi revenons-en pour finir à « nos appelés », ici « dignement » et « virilement » photographiés… Ont-ils retiré une impression positive de leur Service Militaire, au delà de la nostalgie ultérieure qu’ils éprouveront certainement plus tard pour ce temps « embelli », qui aura surtout été celui de leurs vingt ans ? Je ne sais…

François MITTERAND, incorporé comme « Seconde Classe », en 1938, écrira : « être soldat, pour nous, qui fûmes appelés en 1938, c’était apprendre de quelle manière un citoyen honnête dans sa médiocrité pourrait s’accoutumer dans le minimum de délai à la saleté, à la paresse, à la boisson, aux maisons closes et au sommeil » ! [ 70 ]…

Et pourtant !!! … « L’école du Soldat » était censée « transformer le paysan, l’ouvrier ou le Docteur en Droit en un soldat agile, élégant et débrouillard » [ ! ]… C’est à ce moment là que « les recrues » étaient « jugées dignes d’être présentées au Drapeau de leur Régiment »… « Prolongeant l’enseignement patriotique dispensé par les Ecoles de la République [[ avec leurs célèbres « Hussards Noirs » !!! ]], les Caporaux leur ont appris que « le Drapeau doit être chéri du soldat, comme le clocher du village, sa vue doit inspirer des sentiments de dévouement, de sacrifice, d’abnégation et de devoir. Les noms des Victoires où le Régiment s’est signalé y flamboient en lettres d’or. Il doit être l’orgueil et la gloire du soldat qui doit jurer de le défendre jusqu’à la dernière goutte de son sang » selon le dogme qu’affirment les lignes du « Livre du Caporal », dans son édition de 1888 !!! [ 20 ].

Ceux de nos parents qui furent « Cavaliers » [ Hussards, Dragons, Chasseurs ou Cuirassiers… et enfin Spahis ! ] vivront les derniers feux de la Cavalerie militaire Française. « Il fut un temps où le cheval régnait en maître au sommet de l’armée. La Cavalerie était la Reine des batailles (…), ce temps n’est plus. Le Cheval de Guerre n’est plus. Le fusil à tir rapide, la mitrailleuse, le canon se chargeant par la culasse, le char d’assaut, l’avion d’attaque lancé en strafing, la tranchée avec ses réseaux de barbelés se sont ligués contre lui. Ils l’ont fait disparaître (…). Lorsque avait éclaté la guerre de 1914 et avant même qu’elle eût commencé, la Cavalerie apparaissaient déjà comme une arme périmée. Tout le monde le savait. Il aurait fallu être bien inintelligent pour ne pas le comprendre (…). La Cavalerie avait amassé tant de gloire sur tant de champs de bataille, sa légende était si brillante, si noble, le côté image d’EPINAL était pour elle si ancré dans les esprits que l’opinion publique se fût émue et eût violemment réagi à la seule annonce que la Cavalerie pourrait être supprimée… » [ 71 ]

 

Agé de dix ans, en 1901, le jeune Henri DUFOUR, mon grand-père, pouvait-il pressentir dans « l’insouciance » de sa prime jeunesse, qu’il allait devoir prendre part, parvenu à l’âge adulte, aux deux « Guerres mondiales » qui déchireraient le Vingtième Siècle… en restant lui aussi… sept années [ !!! ] sous les drapeaux ??? …

Nous le retrouverons, un peu plus tard, au terme de l’ensemble de ces travaux, présent lui aussi « dans le sillage des trois couleurs » et plus précisément dans le sillage du très « moderne » « canon de 75 », hippo-tracté, en exercice et manœuvres depuis les environs d’ANGOULEME ou de La COURTINE… jusqu’aux abords de La MARNE et de l’OURCQ au mois de Septembre 1914 avec le « 34ème d’Artillerie »… et encore « sur la MARNE », lors de la « seconde bataille », en 1918, avec le « 221ème d’Artillerie »…

 

ANNEXE

 

TEXTES INTEGRAUX DES DIVERSES « CORRESPONDANCES MILITAIRES » EVOQUEES

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES

 

[ 1 ] Choses Vues  1847-1848     Victor HUGO       FOLIO – GALLIMARD  1972

[ 2 ] La Vie d’un Simple   Emile GUILLAUMIN     STOCK 1932   Le Livre de Poche  1990

[ 3 ] Léonard, Maçon de la Creuse  Martin NADAUD    MASPERO 1976   LA DECOUVERTE 1998

[ 4 ] Mémoires Amoureux    Félicien FARGEZE     RAMSAY & R. DEFORGES 1980 

[ 5 ] La Fin des Terroirs      Eugen WEBER       FAYARD 1983

[ 6 ] la Vie Quotidienne en Limousin au XIXème Siècle     G-E CLANCIER    HACHETTE 1976

[ 7 ] Le Guide de la Corrèze     Claude LATTA    Editions LA MANUFACTURE  1996

[ 8 ] Histoire du Limousin    Georges CERBELAUD-SALAGNAC   FRANCE-EMPIRE 1996

[ 9 ] Le Curé de Village       Honoré de BALZAC        POCKET-Classiques   1999             

[ 10 ] Allassac en Bas Limousin Un Pays - Une histoire J.L. LASCAUX FOYER CULTUREL 1992

[ 11 ] Les Cahiers du Capitaine Coignet       HACHETTE  1968     Le Livre de Poche   1972

[ 12 ] La Société Militaire de 1815 à nos Jours  Raoul GIRARDET   PERRIN 1998  POCKET 2001

[ 13 ] Choses Vues  1847-1848    Notes d’Hubert JUIN       FOLIO – GALLIMARD  1972

[ 14 ] Journal des Frères Goncourt  Notes R. RICATTE  ROBERT LAFFONT - BOUQUINS    1989

[ 15 ] Code Général des Lois Françaises  DURANDD & PAULTRE  Editions COSSE & MARCHAL 1858

[ 16 ] La vie Quotidienne des français sous Napoléon 1er TULARD HACHETTE 78 Le Livre de Poche 1982

[ 17 ] Mémoires d’un Paysan bas-breton J-M DEGUIGNET    AN HERE 1998    POCKET 2001

[ 18 ] De la Fête Impériale au Mur des Fédérés   A PLESSIS   Le SEUIL 1979  POINT SEUIL 1992

[ 19 ] Dictionnaire du Second Empire    Direction Jean TULARD       FAYARD 1995

[ 20 ] De la Crimée à la Grande Guerre      Louis DELPERIER        LAVAUZELLE  1985

[ 21 ] Le Bachelier       Jules VALLES       J’AI LU  1995

[ 22 ] Journal des Frères Goncourt  T 1   (1851-1865)    ROBERT LAFFONT - BOUQUINS    1989

[ 23 ] Almanach du Drapeau de l’Année 1900       Réédition par  « Les Editions 1900 »      1988

[ 24 ] Le Second Empire     Pierre MIQUEL      PLON   1992

[ 25 ] Louis-Napoléon le Grand    Philippe SEGUIN     GRASSET 1990   Le Livre de Poche 1996

[ 26 ] La Chartreuse de Parme  STENDHAL  In le XIXème Siècle en Littérature  HACHETTE 1988

[ 27 ] Revue Uniformes       Numéro 77        Novembre/Décembre 1983

[ 28 ] Histoire de la France Rurale T 3  Direction G. DUBY  Le SEUIL  1976  POINTS SEUIL  1992

[ 29 ] Les Constitutions de la France   par J. GODECHOT  GARNIER-FLAMMARION   1970

[ 30 ] 1848 et la Seconde République    Jules BERTAUT      ARTHEME-FAYARD 1937

[ 31 ] La Société du Second Empire  FLEURY & SONOLET   In 1848 et la Seconde République

[ 32 ] Casse-Pipe  Louis Ferdinand CELINE  Romans Tome 3   La PLEIADE GALLIMARD 1988

[ 33 ] Casse-Pipe   Notes et Variantes   Henri GODARD Tome 3   La PLEIADE GALLIMARD 1988

[ 34 ] Dictionnaire des Idées Reçues  Gustave FLAUBERT   Le Livre de Poche-Classique 1997

[ 35 ] Histoire Sociale de la France au XIXème  Christophe CHARLE   POINTS-SEUIL 1991

[ 36 ] Carnets du Cuirassier Destouches  CELINE  Romans  T 3   La PLEIADE GALLIMARD 1988

[ 37 ] Les Châteaux de la Loire    Guide Vert MICHELIN    Edition de 1987

[ 38 ] Les Filles de Noce   Alain CORBIN      AUBIER 1978      CHAMPS FLAMMARION 1989

[ 39 ] Court Traité de Maisonclosologie…   Jean CHEDAILLE      PIROT 1990

[ 40 ] Bel-Ami   Commentaires et Notes de Philippe BONNEFIS      Le Livre de Poche 2000

[ 41 ] Bel-Ami   Guy de MAUPASSANT   L.G.F./ALBIN MICHEL 1983    Le Livre de Poche 2000

[ 42 ] L’Enfant  J. VALLES   Profil d’une Œuvre  Guillemette TISON   HATIER   1992

[ 43 ] L’enfant  J. VALLES  Notes de Dolorès ROGOZINSKI    Le Livre de Poche 1995

[ 44 ] Historia   Numéro Spécial   « Le Second Empire »  Numéro 37   Septembre-Octobre 1995

[ 45 ] Le Second Empire 1852/1870  2 000 Ans d’Images  Catherine SALLES  LAROUSSE 1985

[ 46 ] Mémoires d’un Paysan bas-breton  Notes de Bernez ROUZ  AN HERE 1998 POCKET 2001

[ 47 ] Donzenac Aujourd’hui-Autrefois    A. ULRY     IMPRIMERIE CATHOLIQUE BRIVE 1913

[ 48 ] La France des Notables  A. JARDIN / J. TUDESQ    LE SEUIL 1973   POINTS SEUIL 1994

[ 49 ] 1848 ou l’Apprentissage de la République Maurice AGULHON  SEUIL 1973 POINTS 1992

[ 50 ] Nouveau Dictionnaire des Injures    Robert EDOUARD    SAND & TCHOU 1983

[ 51 ] Restauration et Révolutions  1815-1851     B. MELCHIOR-BONNET    LAROUSSE 1985

[ 52 ] Dictionnaire petit Robert 1     Le ROBERT       Edition de 1977

[ 53 ] Dictionnaire de Biographie Française  - Article FOUCAULD  communiqué par Alain LEVY

[ 54 ] L’Evangile du Fou   Jean-Edern HALLIER   ALBIN MICHEL  1986  Le Livre de Poche 1988

[ 55 ] La Vie Erotique de Maupassant    Jacques-Louis DOUCHIN    Editions SUGER 1986

[ 56 ] Le Lit 29    Nouvelle   Guy de MAUPASSANT   GALLIMARD FOLIO N° 904    1992

[ 57 ] Les Petites Marchandes de Plaisir   Jacques CELLARD    BALLAND 1990  POCKET 1992

[ 58 ] Les Maréchaux de Napoléon III       Ronald ZINS     Editions HORVATH  1996

[ 59 ] Site Web    Base LEONORE     Archives de l’Ordre la Légion d’Honneur

[ 60 ] Site Web   « Historique du 1er Régiment de Chasseurs d’Afrique »

[ 61 ] Le Journal de la France    Collectif            LIBRAIRIE TAILLANDIER  1975

[ 62 ] La Chanson de nos Pierres   Abbé L. DELCROS   Imprimerie CHASTRUSSE  BRIVE 1933

[ 63 ] Site Web  « Piedsnoirs-aujourd’hui.com »

[ 64 ] Mon Limousin  G.M. COISSAC    1913     Réédition Les Editions du BASTION 1999

[ 65 ] Le Bas-Limousin BOURGOIN FOROT PIFFAULT 1912  Réédit. Editions du BASTION 2000

[ 66 ] Dictionnaire de Biographie Française  - Article DUFAURE   communiqué par Alain LEVY

[ 67 ] Des clichés et des hommes   Karen BASTIEN   article in « LIBERATION »  27-28/10/2001

[ 68 ] Site WEB  « musée-Artillerie »

[ 69 ] Le système défensif de Séré de Rivière  article S. CHAPRON  Journal de la Haute Marne 2001

[ 70 ] Marguerite DURAS       Laure ADLER     GALLIMARD 1998   FOLIO 2000

[ 71 ] Adieu, Cavalerie !       Général CHAMBE      PLON 1979

 

 

 

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