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LE CITOYEN PIERRE DUFOUR, DU MONS,

PROCUREUR DE LA COMMUNE D’ESTIVAUX, ACQUIERT UN FONDS RURAL, A BOUNAIX,

A LA FIN DU MOIS DE JANVIER 1793

 

Le texte qui suit consiste en un commentaire, « ligne par ligne », d’un acte ancien relatif à une vente rurale

 

 

SOMMAIRE DES SECTIONS

 

UN ACTE ANCIEN CONCERNANT UN « DUFOUR, DU MONS »…

 

« AUJOURD’HUY VINGT TROIS JANVIER MIL SEPT CENT QUATRE VINGT TREIZE »

 

« L’AN DEUXIEME DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE » …

 

« LE CITOYEN PIERRE DUFFOUR » …

 

« PIERRE DUFOUR, PROCUREUR DE LA COMMUNE DUDIT ESTIVAUX »…

 

« DEPARTEMENT DE LA CORREZE… »…

 

« PIECES DE FONDS ET MAISON CY APRES SAVOIR UNE PETITE MAISONNETTE »

 

« UN LOPIN DE COUDERC ET CHARRERAGES (…) UNE PETITE CHENEVIERRE »…

 

« UN BOIS CHATAIGNIER… » : UN GARDE-MANGER ASSURE !

 

« UNE TERRE APPELEE AU PRE CHAPELLOT… »

 

UNE « NON-REVOLUTION AGRICOLE » ! … LES DURES REALITES DU TEMPS !

 

« UNE QUARTELLEE (…), TROIS SETEREES (…), DEUX COUPEES »

 

« CONFRONTANT AU (…) Y JOIGNANT (…) » : DU CADASTRE…

 

« LE PRIX ET SOMME DE SEPT CENT QUARANTE LIVRES… »…

 

« LEDIT DUFOUR ENTRE EN POSSESSION… »

 

« A PROMIS LES LUY GARANTIR (…) D’ARRERAGES DE TAILLES ET RENTES »

 

« AU CHEMIN DU BOURG DUDIT ESTIVAUX A ALLASSAC »

 

PIERRE DUFOUR, CET INCONNU…

 

EPILOGUE…

 

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES

 

 

UN ACTE ANCIEN CONCERNANT UN « DUFOUR DU MONS »…

 

Plié suivant un mode très caractéristique, fréquemment retenu pour l’archivage des actes juridiques anciens, la minute de l’acte de vente notarié, datant de Janvier 1793, qui constate l’acquisition d’un fonds rural au village de BOUNAIX sur le territoire de la Commune d’ESTIVAUX par Pierre DUFOUR du village du MONS, est l’acte juridique familial authentique le plus ancien qu’il nous soit donné de posséder à ce jour…

Soigneusement conservé dans un petit « coffre-fort » parmi divers papiers de famille ou quittances plus récentes même si déjà fort anciennes, cet acte était resté oublié de tous… Mon père ignorait son existence et mon grand père ne l’avait jamais évoquée… Depuis combien de lustres ce « petit morceau » de papier n’avait-il pas été déplié pour seulement être consulté…

La lecture de cette minute, au delà de l’émotion qu’elle peut procurer aux descendants directs ou indirects de Pierre DUFOUR que nous sommes, plus de deux siècles après sa rédaction, fournit aussi des indications attachantes qui sont le prétexte à une remontée dans le temps en cette fin du dix-huitième Siècle, à l’instant même où l’Ancien Régime disparaît et où naît la « FRANCE contemporaine » que nous connaissons…

Je n’ai pas pu résister à la tentation d’essayer d’éclairer, ligne par ligne, l’essentiel du contenu de ce document pour mettre en lumière les informations principales qu’il contient et ainsi éclairer le témoignage qu’il peut nous livrer…

 

« AUJOURD’HUY VINGT TROIS JANVIER MIL SEPT CENT QUATRE VINGT TREIZE »

 

C’est le Lundi 21 Janvier 1793, vers 10 Heures 30, que Louis CAPET, seizième du nom, est guillotiné sur l’échafaud dressé sur la Place de la Révolution ( aujourd’hui l’actuelle place de la Concorde )… La décapitation du « ci-devant » Roi de FRANCE, LOUIS XVI, consomme définitivement la rupture entre la FRANCE Révolutionnaire et l’EUROPE Monarchique toute entière… la chute du couperet sur la nuque de l’ex-souverain marque en effet définitivement la fin de l’Ancien Régime…

Quelques mois auparavant, le 21 Septembre 1792, dans l’euphorie de la victoire de VALMY, la Convention Nationale, qui a succédé à l’Assemblée Législative, a proclamé l’abolition de la Monarchie en FRANCE et l’avènement de la République… C’est une véritable « Révolution » qui va d’ailleurs bientôt concerner l’EUROPE entière !!!

Ce 23 Janvier 1793, qui est un Mercredi, [ ou peut être le 22 Janvier 1793, un Mardi donc - selon que l’on retienne comme probante la date indiquée en toutes lettres, qui figure dans le corps de l’acte de vente, comme l’exigerait la règle en cas de doute, ou bien la mention chiffrée portée sur le pli du document à son verso qui relève vraisemblablement plutôt de l’erreur matérielle - ], il est tout à fait improbable que les parties concernées par la vente foncière puissent avoir, en CORREZE, et surtout au MONS d’ESTIVAUX même, la connaissance officielle de l’exécution devenue maintenant effective du Monarque déchu, Louis CAPET ... C’est cependant ce jour là, Mercredi 23 Janvier 1793, que la nouvelle de l’exécution parvient à la Cour d’ANGLETERRE et qu’elle y fait l’effet d’un coup de tonnerre… La Cour et le Parlement prennent le deuil ; les théâtres ferment ; le Premier Ministre William PITT dénonce l’événement comme un crime « odieux et atroce »... [ 1 ]. Le Conventionnel CARRA l’avait prédit peu de temps auparavant : « que la tête de LOUIS tombe et GEORGE III et le Ministre PITT tâteront si la leur est encore sur leurs épaules ! » [ 2 ]…

« Aujourd’huy vingt trois janvier mil Sept Cent quatre vingt treize l’an deuxieme De la République Française, après moy, au village Du MONS, parroisse d’ESTIVAUX Département de la CORREZE, pardevant le notaire public soussigné et témoins bas nommés  (…) », les DUFOUR, PRADEL, LASTEYRIE, LAVAUX, GOUDAL, réunis au MONS, mesurent-ils l’importance historique des évènements de la fin du mois de Janvier 1793, de la condamnation à la décollation de LOUIS XVI ?… Ou n’aspirent-ils seulement qu’à couler des jours paisibles loin de l’agitation politique ? …

Le Dimanche 20 Janvier 1793, l’écrivain Nicolas RESTIF de la BRETONNE quitte « le travail à dîner » : « je sortis de ma triste demeure avec le frémissement de l’inquiétude », écrit-il dans le récit de sa « dix-huitième nuit », « tout était tranquille comme à l’ordinaire : et par exemple, ici j’en sais la raison. C’est que les agitateurs des deux partis avaient intérêt de ne rien agiter : le révolutionnaire outré voulait que l’exécution [ du Roi ] se fit. L’aristocrate outré voulait aussi qu’elle se fit, pour indigner toute l’EUROPE contre notre Nation. Le citoyen paisible, qui craint toujours les troubles, et qui compose le grand nombre, n’avait garde de remuer… Et voilà une vérité que les chefs des armées ne devraient jamais oublier ; c’est que le gros d’une nation est toujours composé d’hommes paisibles, et que lorsqu’on met une ville à sac, on punit les innocents… » [ 3 ]… [ Puis RESTIF de nous décrire son itinéraire dans PARIS ce soir là qui le fait passer par le Pont-Neuf puis la Rue de l’Arbre Sec… le quartier que Maître Elie DUFAURE fréquentera dans un peu plus d’un demi-siècle ]…

Toujours dans « ses » « Nuits de PARIS », ou « Nuits Révolutionnaires », précisément dans le récit de la « dix septième nuit », datée du 25 au 26 Janvier 1793, RESTIF revient sur le procès encore tout récent de LOUIS XVI, et dit-il, « s’enfonce dans la suite des siècles »… Il écrit à cette occasion : « je vis les hommes de 1992, lire notre histoire [[ j’ai pour ma part mis à jour le document étudié ici en Août 1995 !!! ]] ; je m’efforçai de les entendre et je les entendis. La sévérité de leur jugement m’effraya ! Il me sembla que les uns nous reprochaient d’avoir manqué d’humanité, tandis que les extrêmes, tel qu’il en est aujourd’hui, nous approuvaient. Je crus voir que toute l’EUROPE avait pris un gouvernement nouveau ; mais je voyais sur les pages de l’histoire, les horribles secousses qu’elle avait éprouvées ! Il me semblait entendre les lecteurs, se dirent entre eux : « que nous sommes heureux, de n’avoir pas vécu dans ces temps horribles, où la vie des hommes était comptée pour rien ! » (…) « - Ha les beaux raisonneurs ! (…) Vous étiez les hommes d’il y a 200 ans, vous êtes composés de leurs molécules organiques : et vous êtes en paix, parce que ces molécules sont lasses d’avoir été en guerre. Vous y reviendrez après un long repos… » [ 3 ]… RESTIF pensait que l’intérêt politique de la nation aurait été la déchéance et non la mort du Roi ce qui rejoignait une partie des argumentations de la « Gironde » « admirablement exposées par l’orateur VERGNIAUD le 31 Décembre 1792 » [ 2 ], lequel avait été le défenseur du Tambour-Major DURIEUX, impliqué dans les évènements « séditieux » d’ALLASSAC des 24-25 et 26 Janvier 1790 survenus exactement trois années auparavant et dont les habitants d’ESTIVAUX avaient certainement eu connaissance…

Lorsque le 5 Février 1793, la minute de l’acte de vente est enregistrée à UZERCHE, par les soins du notaire public GOUDAL, , la nouvelle de l’exécution du Roi a du selon toute vraisemblance parvenir jusqu’à lui... mais peut être pas encore celle de la déclaration de guerre par la Convention à l’ANGLETERRE et à la HOLLANDE qui ne date que du 1er Février 1793…

 

« L’AN DEUXIEME DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE » …

 

« Aujourd’huy vingt trois janvier mil Sept Cent quatre vingt treize l’an deuxieme De la République Française (…) », écrit le Notaire GOUDAL… L’An deuxième ! vraiment ? En fait il n’y a pas que les évènements politiques qui bousculent l’Histoire en ces temps agités, mais c’est la société toute entière qui connaît des bouleversements importants jusque dans son… calendrier !!!

Le 22 Septembre 1792, « le jour où le soleil franchit le point d’équinoxe d’automne » est choisi par la Convention comme premier jour de l’An I de la République Française… Ainsi la Convention déclara le 22 Septembre qu’à partir du 21 Septembre 1792, tous les actes publics seraient désormais datés de l’An I de la République  [ 4 ] ! Le notaire GOUDAL a cru nécessaire de tenir compte du changement « traditionnel » d’année civile intervenu le premier Janvier 1793 et ainsi au début de cette année 1793 qu’il dit, en fait par erreur, « deuxième » de la République Française, le régime Républicain nouveau ne date que de quatre mois à peine...

Le calendrier Révolutionnaire que FABRE d'EGLANTINE marquera de sa touche poétique, ne sera ensuite adopté par l’Assemblée que le… 24 Octobre 1793…

La vente, si elle avait été conclue un an plus tard, l’aurait donc été alors le « Quartidi » de PLUVIOSE An Il, un jour dénommé « Perce-Neige », le décompte des ans débutant le Primidi de VENDEMIAIRE, un jour dénommé « Raisin »… Le notaire GOUDAL a donc seulement tenu compte du changement « traditionnel » d’année civile, intervenu le premier Janvier 1793… Preuve de conservatisme notarial ?

La persistance, jusqu’à nous, du calendrier révolutionnaire mis en place à l’automne 1793 aurait presque pu faire coïncider les années « civiles » avec nos actuelles années scolaires autour desquelles s’articulent aujourd’hui la plupart des calendriers pratiques de la vie moderne qui est la nôtre… Par contre, le remplacement du « Dimanche » par le « Décadi » aurait eu l’inconvénient de réduire fortement le nombre des « week-end » !

 

« LE CITOYEN PIERRE DUFFOUR » …

 

« (…) Pardevant le notaire public soussigné et témoins bas nommés, fut present pierre pradel Cultivateur, natif Du village de BOUNAIX et Demeurant en celluy De CESSAC (…) [ qui ] a fait vente pure, et simple, (…) au profit et en faveur Du Citoyen pierre DUFOUR procureur de la commune dudit ESTIVAUX »…

Pierre DUFOUR ( ou « DUFFOUR » si l’on suit les mentions du pli de l’acte - deuxième erreur matérielle probable - ) est « honoré » dans la rédaction de la dénomination de « Citoyen » et ce « titre honorifique » est paré d’une première lettre majuscule « C »… Le terme de « Citoyen » est une expression nouvelle qui vient en remplacement de la formulation « Monsieur » dont la connotation apparaît par trop liée à l’Ancien Régime en ces périodes où la préoccupation principale est de faire « table rase » du passé... « Monsieur » était le « titre donné aux hommes de condition assez élevée »... le titre donné aux princes de la famille Royale... et dans son sens absolu la désignation de l’aîné des frères du Roi... « Citoyen, Citoyenne », « habitant-e d’une ville », constitue à la Révolution Française « l’appellation qui remplace Monsieur, Madame, Mademoiselle »… [ 5 ].

Lorsque Maître Elie DUFAURE mentionnera dans sa « Notice… » un acte de la même époque, en date du 8 Fructidor An Il de la République [ 25 Août 1794 ], au sujet du terme « Citoyen VERVY », il ne manquera pas de préciser dans une note : « je copie ce mot [ « Citoyen » ] parce qu’il a la couleur du temps » et ajoutera « je laisse aussi les fautes de français au compte de l’huissier » !

Le Procureur de la Commune, Pierre DUFOUR, mais également l’estimateur de la valeur des biens LASTEYRIE, sont les deux seuls protagonistes mentionnés dans l’acte qui sont qualifiés de « Citoyen »… Tous les autres intervenants, ou personnages seulement cités, ne sont désignés que par leur prénom et leur nom ( Pierre PRADEL, Léonard DUTEIL, Jean LAVAUX, Jean DELMAS ou François BARRIERE )… Serait-ce que leur condition sociale est estimée inférieure par le Notaire Public ? Qu’ils ne sont pas redevables de suffisamment de contributions publiques pour avoir la qualité d’électeurs ? … Le fait est que le vendeur Pierre PRADEL et le témoin Jean LAVAUX ne savent pas signer ainsi que cela a été soigneusement consigné et ce, contrairement à l’acquéreur DUFOUR ou à l’estimateur LASTEYRIE...

En revanche, la profession exercée par Pierre PRADEL et par Jean LAVAUX est indiquée. Ceux ci sont portés comme étant de leur état « cultivateurs »… Dès la fin du XVIllème Siècle et durant les débuts du XIXème siècle, la dénomination de « Cultivateur » sera la plus usitée mais elle s’effacera progressivement non sans avoir remplacé l’ancien terme de « laboureur »… « Agriculteur » restera encore longtemps un terme d’emploi fort marginal [ 6 ]... Ce terme finira finalement par s’imposer mais il n’apparaîtra pas tout d’abord comme un synonyme de « cultivateur » car il revêtira une connotation sensiblement plus « bourgeoise » : l’agriculteur ce sera d’abord celui qui s’occupe d’agriculture au lieu de s’occuper de politique, du barreau ou de littérature… [ 7 ]

On notera que l’évaluateur des biens fonciers se nomme « LASTEYRIE » et le vendeur « PRADEL »… Ces patronymes – locaux - ne sont pas sans rappeler ceux des familles dont les représentants étaient encore, il y a peu de temps, les « co-seigneurs » d’ALLASSAC, les de LASTEYRIE du SAILANT ou les PRADEL de LAMAZE…

 

« PIERRE DUFOUR, PROCUREUR DE LA COMMUNE DUDIT ESTIVAUX »…

 

La fonction de « Procureur » de la Commune a été créée dans le cadre des Lois d’organisation des 14 et 22 Décembre 1789 sur les Municipalités et les Assemblées Communales et Départementales…

Le souci du Législateur s’est porté d’abord plus sur les élus, ou plutôt les membres des « Corps Municipaux », que sur les villes ou les villages considérés en tant que tels. Les municipalités se sont alors vues doter d’une double compétence se rapportant aussi bien à l’Administration Générale - autrement dit à « l’exécution des affaires du Royaume » – qu’aux « affaires communales » proprement dites… La notion de « Collectivité Publique » est directement issue de cette double compétence. L’Administration Municipale moderne est alors en train de naître…

Tous les systèmes précédents, forts nombreux, disparates et très divers tels « Echevinats, Consulats et généralement sous quelque titre que ce soit » « sont supprimés et abolit », suivant les termes mêmes de l’article premier du Décret de l’assemblée Nationale en date du 14 Décembre 1789… [ 8 ].

Le mot « Commune » est très rarement utilisé dans ses débuts même si le Décret du 20 Octobre 1790 l’utilise de nouveau dans son article douzième… Il faut attendre l’année 1793 pour que le terme « Commune » commence à se généraliser, puis l’An III pour qu’il finisse par s’imposer enfin…

Le Notaire GOUDAL qui désigne Pierre PRADEL comme issu de la « Paroisse » d’ESTIVAUX et qui rédige son acte dans cette même « Paroisse » emploie le terme de « Commune » quand il évoque la fonction de « Procureur » de Pierre DUFOUR…

La « cohabitation » des termes « Paroisse » et « Commune » n’a rien de -surprenant et s’inscrit dans la logique directe de cette période de transition. Le législateur de 1789 a en effet organisé la « personne publique » qui va s’appeler « Commune » dans le cadre direct des 44.000 « Paroisses » que l’Assemblée Constituante a pu trouver dans le pays à son installation ... [ 8 ]. Le conseil municipal est élu par les Citoyens actifs et un Maire est placé à sa tête. Il est élu lui aussi… Les mandats ont seulement une durée de deux années ( ils sont donc trois fois moins longs que ce que nous connaissons de nos jours )… Le Procureur siège aux côtés de la Municipalité… Cette charge est également une fonction élective et elle exige donc pour l’exercer de rassembler sur son nom les suffrages de ceux de ses concitoyens qui ont la qualité d’électeurs c’est à dire obtenir les voix de ceux dont la contribution publique représente au moins le produit de trois journées de travail…

Cette base censitaire discriminante dans la constitution du Corps Electoral pose évidemment d’emblée le problème de la représentativité des élus… surtout en zone rurale compte tenu du faible nombre d’électeurs potentiels... Il apparaît également du côté des élus potentiels que ceux-ci se doivent d’avoir un minimum d’instruction et au moins de savoir lire et de pouvoir écrire ... Combien pouvaient être dans ce cas à ESTIVAUX ? Bien peu certainement ! Comme dans bien d’autres localités !!! Pour l’élection d’Assemblées représentatives dans les Généralités non pourvues d’Etats provinciaux, l’Edit Royal de Juin 1787 introduisait déjà un cens minimal de dix Livres, disposition qui ne fut pas appliquée faute d’électeurs en nombre suffisant atteignant le minimum requis... [ 8 ].

C’est le « Procureur » qui représente le Roi au Conseil Municipal… Il a pour rôle d’être le défenseur des intérêts des contribuables dont il est en quelque sorte le porte parole voire... l’avocat. En outre, et c’est de cette attribution particulière qu’il tient son appellation de « Procureur », il a la charge de remplir l’office d’Accusateur Public... mais pour les seules affaires de simple police ! La ( basse ) justice est alors rendue dans chaque Canton par un Juge de Paix lui aussi désigné par les Citoyens-électeurs...

Cette période se caractérise par l'émergence de grands principes utopiques avec la volonté, par exemple, en réaction au système antérieur, de transformer toutes les charges d’autorité en fonctions électives mais tout en restant dans le cadre d’un suffrage de type censitaire, par nature « conservateur »… Ce système, pour séduisant qu’il puisse paraître en son principe, le fut bien moins dans sa mise en oeuvre sur le plan pratique… Les fonctionnaires élus n’eurent, pour des raisons généralement très diverses ( démagogie, crainte, clientélisme, intérêts personnels... ), bien souvent nullement l’envie d’appliquer des mesures contraignantes… quand seulement ils ne disposaient pas toujours des moyens concrets nécessaires pour contraindre leurs pairs à s’exécuter… Première conséquence majeure à déplorer pour les pouvoirs publics avec ce système : la levée des nouveaux impôts s’opéra très mal...

Les opérations électorales Communales en LIMOUSIN furent souvent laborieuses mais on ne signala nulle part d’incident grave… La bourgeoisie urbaine – avocats, notaires, médecins – et les propriétaires ruraux, y compris des gentilshommes acquis aux idées nouvelles, en furent les principaux bénéficiaires… [ 9 ] A ALLASSAC, Léonard BONNELYE est élu Maire en Février 1790 ( il conservera cette magistrature jusqu’en Septembre 1791 ) [ 10 ]… A PERPEZAC le NOIR, l’élection municipale a lieu le 4 Février 1790, à 11 Heures du matin, « au son de la grande cloche » et le premier Maire élu est le... Curé de la Paroisse : François LEYRAL. Le Procureur qui est élu ce jour là à PERPEZAC se nomme : Pierre VERGNIAUD, homonyme du futur Député Girondin, il est originaire du BARIOLET, un village de la Paroisse [ 11 ] … Concernant la Commune voisine d’ESTIVAUX, c’est donc… Pierre DUFOUR, du village du MONS, qui accèdera à la charge de Procureur selon les vœux de ses concitoyens électeurs !!! Fin Janvier 1793, avec la disparition toute récente du Roi, cette fonction de « Procureur » du « Roi » est donc elle aussi sur le point de disparaître, au moment de la rédaction de l’acte de vente…

 

« DEPARTEMENT DE LA CORREZE… »…

 

La commune d’ESTIVAUX, comme il est indiqué dans l’acte , fait bien partie du Département de la CORREZE. Le « Département » est également une division administrative d’origine très récente puisque la « CORREZE » est l’un des quatre-vingt trois Départements créés par le Décret du 26 Février 1790 qui supprime les généralités et leurs intendants.

C’est dans la généralité de LIMOGES, généralité dont est issue « la CORREZE », que l’intendant TURGOT, s’était fait remarquer en devenant en 1761, son Administrateur… La Généralité du LIMOUSIN a été fractionnée en trois partie, dont l’une, la CORREZE, est constituée du Bas-LIMOUSIN auquel ont été rattachées les paroisses de LUBERSAC et de CHAMBERET, distraites du Haut-LIMOUSIN… Le Département est composé de quatre districts : BRIVE, UZERCHE, USSEL et TULLE, le nouveau Chef-lieu… [ 9 ] … La rivalité entre BRIVE et TULLE demeure cependant, BRIVE ne parvenant pas à faire triompher sa devise « Caput inferioris Lemovici »… Cette rivalité entre les deux villes trouvera même des échos devant l’Assemblée Nationale lorsque seront évoqués les troubles en Bas-LIMOUSIN des premiers mois de 1790…

Désormais le pouvoir central est représenté dans chaque Département en son chef-lieu par un Procureur Général Syndic, dont les prérogatives seront fortement réduites dès l'automne 1793 lorsque le régime de la Terreur prendra le pas sur l’état de droit défini antérieurement… Le Gouvernement provisoire qui sera institué se déclarera alors « révolutionnaire jusqu'à la paix » le 10 Octobre 1793…

Les Procureurs Généraux Syndics, comme les Procureurs des Communes, étaient censés représenter le Roi mais il n’en demeurait pas moins vrai que des élus locaux n’avaient pas pour vocation naturelle la pratique d’une politique nationale [ 12 ]. Bientôt Les fonctions de Procureur de commune seront supprimées [ Décembre 1793 ]

L’enregistrement de l’acte de vente sur papier timbré est matérialisé par des tampons portant les mentions : «  LA LOI  LE ROI  D. DE LA CORREZE  » et «  LIMOGES  »On remarquera qu’il y a même la représentation d’une fleur de lys stylisée, symbole royal dont la présence constituent presque une incongruité aux lendemains du 21 Janvier !

De fait les temps changent ... Les régimes se succèdent plus rapidement que les tampons... Il y a moins de quatre ans que la Bastille est tombée, Le notaire Royal est devenu notaire Public, la Généralité de LIMOGES est émiettée en Départements... et même s’il en reste encore quelques vestiges, la monarchie constitutionnelle ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir... A la fin de Janvier 1793, la royauté n’est plus !!!

 

« PIECES DE FONDS ET MAISON CY APRES SAVOIR UNE PETITE MAISONNETTE »

 

« (…) Vente (…) des pièces De fonds et maison cy après savoir [ être ] une petite maisonnette Couverte à paille nouvellement Construite et qui n’est pas encore finie » La vente actée a pour objet un fonds rural qui apparaît tout à fait caractéristique de ce que pouvaient être les fonds ruraux du LIMOUSIN « profond » à cette époque…

On trouve tout d’abord cette « petite maisonnette couverte à paille ». Le toit est en chaume. Bon marché ce matériau donne le frais l’été, la chaleur en hiver... mais il est périssable et il doit être renouvelé tous les vingt à trente ans environ [ 7 ]… Le bois et le torchis fournissent les deux matériaux ordinaires de la construction en LIMOUSIN même pour le petit propriétaire aisé et les plus humbles habitations sont couvertes en chaume [ 13 ]… La maison n’est pas grande... La redondance des termes « petite » et « maisonnette » est là pour nous le confirmer. Sans doute cette maisonnette est elle de type « bloc à terre » qui rassemble tous les éléments sous un seul toit et qui est le type d’habitation encore le plus répandu sur l’ensemble du territoire même si sa forme la plus élémentaire, celle d’une salle unique pour l’homme et pour les bêtes, tend déjà à disparaître [ 7 ]…

En 1913, Georges-Marie COISSAC note dans « Mon LIMOUSIN » : « si, d’années en années, l’ardoise et la tuile tendent à se substituer au chaume pour la couverture des maisons, il faudra encore du temps pour changer la physionomie de la pièce principale, sinon unique, la cuisine… la maison ne comprend souvent qu’une pièce, dans laquelle couchent parents et enfants » [ 13 ]. Habitat sommaire, certes, pourtant il reste qu’un « petit cha sei vaut mei qu’ein ber cha les aultres » [ 14 ]…

« La maison du paysan LIMOUSIN est généralement mal située et mal construite » rapporte encore COISSAC. « Parfois adossée à un talus humide, fréquemment exposée à l’Ouest ou au Nord, n’ayant souvent qu’une seule fenêtre, elle semble redouter le soleil (…). Sur le sol gras séjourne un mélange d’eau et de purin ; souvent pour permettre l’accès à la demeure, on répand dans son voisinage immédiat des fougères sèches et des feuilles mortes qui, bientôt, forment un fumier spongieux dans lequel on enfonce profondément » ! [ 13 ]…

La « petite maison » est située dans le village de BOUNAIX… « Nouvellement construite (...) pas encore finie » : quelles raisons ont pu conduire Pierre PRADEL, natif du village ( ou plutôt du hameau ) de BOUNAIX , mais habitant de celui de CESSAC, à vendre ce bien immobilier ? Nécessité impérative ? Succession après la disparition inattendue d’un proche ? Changement de projet-s ? D’orientation professionnelle ? De zone géographique ? Besoin de disponibilités monétaires pour acquérir des Biens Nationaux de « seconde origine » dans un secteur qui l’intéresse plus que celui de BOUNAIX ? … L’acte de vente ne nous le dira pas... et seules les hypothèses demeureront !!!

Pour Pierre DUFOUR, dans la mesure où il dispose des moyens nécessaires pour cette acquisition, l’opportunité en est manifeste puisque le village du MONS se situe juste au dessus de celui de BOUNAIX… il est donc tentant pour lui de pouvoir étendre sa propriété dans le prolongement direct des biens qu’il possède déjà , et même de pouvoir également quasiment surveiller ses propriétés d’un simple regard compte tenu de la disposition géographique des lieux…

Il est plus que probable que cette toute nouvelle propriété de Pierre DUFOUR, acquise en 1793 à BOUNAIX, est celle la même qui est restée dans le patrimoine familial jusqu’en 1967… avant que d’être cédée alors aux époux TOCCABEN par mon grand-père, ( autre ) Pierre ( Henri ) DUFOUR !!! … Son oncle paternel, Gabriel DUFOUR ( un neveu de Maître Elie DUFAURE ), en avait hérité et il y avait vécu dans le dernier tiers du XIXème Siècle et au tout début du vingtième Siècle… Demeuré célibataire, il pouvait sans doute s’accommoder d’une « petite maisonnette » à BOUNAIX !

 

« UN LOPIN DE COUDERC ET CHARRERAGES (…) UNE PETITE CHENEVIERRE »…

 

« (…) une petite maisonnette Couverte à paille nouvellement Construite et qui n’est pas encore finie, avec un lopin de Couderc et Charrérages y joignant (…) »… Pierre DUFOUR n’acquiert pas seulement un bâtiment mais aussi diverses pièces de fonds rural qui constituent un ensemble cohérent, une petite exploitation… Une telle exploitation a pour but principal de permettre à un cultivateur de vivre et de faire vivre sa famille, au sens strict et premier du terme, en tentant d’assurer sa subsistance quotidienne et celle des siens ...

N’oublions pas que l’agriculture et plus généralement l’économie rurale sont encore essentiellement autarciques et que les méthodes agraires demeurent archaïques… Aucune garantie ne peut mettre à l’abri du risque de disette et ne permet d’éviter les aléas de la sous alimentation. L’obsession de la « soudure » entre deux récoltes hante chaque année les esprits [ 15 ]… En 1789, le printemps, moment toujours si critique de la soudure, fut une période de disette et de cherté des grains particulièrement sévère, réduisant le revenu des paysans aisés, mettant en cause la vie même des moins favorisés… L’hiver, à venir, de l’An III sera peut-être le plus terrible du siècle [ 7 ]

Cette étroite dépendance par rapports aux éléments oblige les paysans Corréziens à la pratique de la polyculture et de l’élevage, qui doivent être les plus diversifiés que possible selon la mesure que leur laisse leurs maigres moyens propres…

Pour modeste qu’elle soit, la petite exploitation de BOUNAIX constitue un échantillon presque parfait des spéculations qu’il est possible de mener dans le secteur…

Ainsi, Pierre DUFOUR acquiert un « lopin de couderc ». Le couderc, ou coudert, c’est l’enclos destiné aux porcins [ 16 ]… Heureux le laboureur qui pouvait se permettre de « saigner le cochon »… Ne dit-on pas d’un adversaire de manière imagée : « o semblo un por, ne fai mà do be quan t’o ei mor » ( il est semblable au porc, il ne fait du bien que lorsqu’il est mort ! ) [ 14 ]… « Dans le porc », dit-on encore volontiers, « tout est bon » et aussi que « c’est le meilleur ami de la famille… surtout quand on le saigne »… C’est un véritable garde-manger qui est accommodé sous des formes très diverses en fonction des parties préparées qui sont consommées de manière étalée dans le temps selon la durée de conservation que l’on peut assurer à chacune !!!

Au MONS, comme à BOUNAIX, les paysans élèvent leur-s cochon-s… « Le LIMOUSIN est le pays des salaisons et dans chaque famille, riche ou pauvre, la saignée du cochon est l’occasion d’une fête traditionnelle » écrit COISSAC qui précise que « bien que toutes les viandes puissent subir la salaison celle du porc est préférée parce qu’elle prend mieux le sel et offre de grandes ressources pour les besoins et cas imprévus » ! [ 13 ]… Les porcs constituent ainsi une sorte de réserve alimentaire vitale en vue des mauvais jours qui reviennent cycliquement…

La maison Limousine traditionnelle est toujours « accompagnée », à sa proximité immédiate, de la charrière ( ou « charrérage » ) qui tient lieu tout à la fois de « chemin d’arrivée » et de « basse cour » [ 17 ]… En cet endroit où un attelage peut manœuvrer, pouvait être chargé, ou déchargé, le contenu d’une charretée ( de bois, de fumure, de grains... etc. )…

Pierre DUFOUR acquiert également une « petite chenevièrre »... La chènevière se dit en patois la « chanabau » [ 17 ]…  Une chènevière, c’est le petit champs qui doit être bien fumé et qui est destiné à accueillir la culture du chanvre… Cette plante textile s'accommode fort bien des climats humides et apprécie les bons fonds… Le chanvre se sème en Avril-Mai lorsque les gelées printanières ne sont plus à craindre… Il est bon aussi de faire surveiller le champs quelques jours par des enfants pour éviter les dégâts des oiseaux très friands de la graine… [ 18 ]…

Ce 23 Janvier 1793, la nature est en sommeil... Les semis de chanvre peuvent donc attendre le printemps à venir ... Plus tard la plante donnera des fibres qui serviront, selon leur qualité à faire des cordages, de la toile, et du textile vestimentaire même, à défaut d’autre matière tissable plus noble [ 18 ]…. « Rien ne valait les chemises de chanvre, véritables cottes de mailles des chevaliers de la terre qui buvaient généreusement la sueur » estimait le breton HELIAS [ 19 ]...

C’est en somme une culture essentielle compte tenu des usages multiples et variés auxquels ses produits peuvent se prêter par la suite… dans une société encore bien loin d’être une société de consommation et qui ne connaît pas encore le « Cannabis » ( nom latin du « chanvre » ) sous sa forme « indienne » hallucinogène !!!

 

« UN BOIS CHATAIGNIER… » : UN GARDE-MANGER ASSURE !

 

En Janvier 1793 Pierre DUFOUR se rend acquéreur au total de pas moins de trois ensembles désignés comme étant « Bois châtaigner » à savoir « la planche », « el coutal de guilleu » et « aux lyfrimadis » …

Selon une maxime de SAINTJUST : « les Limousins mangent des châtaignes et ne se plaignent pas »… [ 16 ]… C’est en effet avant tout sur sa récolte de châtaignes que compte le laboureur Corrézien pour garnir les réserves du garde-manger, aussi bien celui destiné aux hommes que… celui réservé aux bêtes, d’ailleurs !

Les châtaignes constituent en effet véritablement « le pain d’hiver » et elles jouent un rôle primordial dans l’alimentation humaine ( voire animale ) avant qu’un peu plus tard ne soit surmonté un « niveau de faim endémique », en particulier par l’usage généralisé de la pomme de terre [ 20 ]… Pendant les mois d’hiver, les châtaignes sont souvent le seul plat quotidien de la maisonnée… Elles sont consommées grillées, bouillies ou blanchies ... C’est cette dernière manière qui est la plus courante… Pour décrire cette opération, Le limousin dit en patois : « reicalar las chastanhas » [ 16 ].

[ Sur les propriétés des châtaignes et leur qualité alimentaire, en particulier pour nourrir la gente porcine, on pourra toujours se référer utilement à la Thèse de Doctorat en Médecine Vétérinaire de mon père, René DUFOUR, qui en traite divers aspects... ]

L’arbre châtaignier croît dans les terrains granitiques, il aime les coteaux d’altitude moyenne mais il craint les grands froids ; les gelées printanières lui sont nuisibles, les gelées tardives détruisent parfois la récolte ; La floraison redoute autant le soleil brûlant que les grands vents pluvieux et persistants… Durant l’hiver 1788 – 1789, particulièrement rigoureux les châtaignes avaient gelé dans les contrées, si proches, du futur Département de la DORDOGNE, où les plus anciens parmi les habitants, rassemblant leurs souvenirs, faisaient remonter à quatre-vingt ans en arrière le récit de désastres comparables [ 21 ]… On peut se figurer l’émoi des populations face à un tel désastre… Et ce ne sont pas les évènements révolutionnaires proches qui ramèneront et garantiront l’autosuffisance alimentaire aux populations rurales… Les châtaignes feront encore « longtemps ventre » en LIMOUSIN , à tel point que l’historien Alain CORBIN parlera même de « la longue résistance de l’ancien régime alimentaire » ! [ 22 ]. C’est dire !!!

Conservées dans leurs bogues, les châtaignes resteront longtemps fraîches… mais le plus souvent le paysan Limousin les fera sécher dans un… « séchoir » spécialement réservé à cet effet…

Les châtaigniers ne réclament que peu d’entretien mais ils doivent voir débarrasser leur sol des ronces, des bruyères et des fougères, ne serait-ce que pour faciliter le ramassage des châtaignes… [ 18 ]… « Le ramassage des châtaignes », cela évoque pour moi le souvenir précis de promenades de dimanches après-midi, vers la fin du mois de Septembre, au fond du « pré BARDON », à opérer de menues récoltes sous la longue rangée des châtaigniers qui bordaient la route séparant la propriété du MONS de celle de… BOUNAIX… Les châtaignes apparaissent luisantes au fond de leurs bogues entrouvertes… « Lou pelous soun ebadoliatz »… Quelquefois il fallait écraser du pied une bogue pour en extraire les fruits brillants et lustrés sans risquer de se piquer trop les doigts…

Le bois de châtaignier, « multi-usage », peut être utilisé pour la charpente, la menuiserie, l’ébénisterie, ou pour fournir des échalas aux vignes des ALLASSACOIS ou des VOUTEZACOIS... Comme bois de chauffage, malgré sa puissance calorique, il est cependant inférieur au chêne parce qu’il a le défaut de pétiller et de lancer des étincelles... Les feuilles de l’arbre peuvent être employées pour la litière des animaux... On mesure donc le « capital » considérable, à l'époque, que représentait la possession de châtaigneraies... lesquelles aujourd’hui ne présentent plus qu’un intérêt extrêmement limité et ne sont quasiment plus entretenues quand elles ne sont pas arrachées !

 

« UNE TERRE APPELEE AU PRE CHAPELLOT… »

 

Une terre, dans sa désignation agraire, est destinée à porter une culture au contraire d'une pâture qui reste en principe en herbe…

On peut penser que cette « terre » était consacrée à la culture de céréales… mais des céréales « pauvres » telles le mil, le seigle ou le méteil… Le mil ou millet, c’est aussi le nom du sarrasin ( ou blé noir ), le méteil c’est le mélange de seigle et de froment que l’on sème et récolte ensemble ( appelé aussi « champart » ) [ 5 ]…

Une « terre », appelée « pré CHAPELLOT »... « Pré » ou « Terre » ? La parcelle est-elle « retournée » ou non selon les priorités du moment ? Selon la nécessité et les besoins alimentaires essentiels de la famille à satisfaire impérativement ? Pour respecter des assolements agronomiques fondamentaux avec la volonté de conserver une productivité maximale à la parcelle sur le long terme ? … Je ne sais…

Par manque de blé ou de froment, le pain est toujours mêlé de toutes sortes de grains, voire de haricots, de pulpe de châtaignes ou de pomme de terre. On ne le consomme jamais tendre : on en mangerait trop ! On le termine moisi, écrasé dans la soupe ... Même noir, dur, grossièrement apprêté, le pain est une nourriture précieuse pour ceux qui se nourrissent habituellement et essentiellement de châtaignes. D’ailleurs son prix lui même peut varier en fonction des résultats de la récolte des châtaignes… [ 15 ].

Chez les petits paysans Corréziens, le souci du pain touchait à l’obsession exclusive, bien loin devant les intérêts économiques du développement de l’élevage…

« Senhor donatz nos tos los jors nostrei pau » ! [ 14 ]… Où dans l’ancienne FRANCE la vie n’était elle pas difficile ? Où la ration du pain quotidien était-elle assurée ?

Pierre DUFOUR possédait certainement son four... vraisemblablement d’ailleurs le four principal, voire unique, du village du MONS qui, si l’on excepte les fondations de la maison familiale, est le plus ancien bâtiment conservé de la propriété familiale « ancestrale » et certainement celui qui a le plus de cachet… Est-ce ce bâtiment même qui est à l’origine de notre patronyme ? … Sans pouvoir le prouver nous pouvons prendre au moins plaisir à l’imaginer !!!

Outre le « pré CHAPELLOT », l’acte fait aussi référence dans son texte à des « paccages » ( sic ! ), toujours situés, semble t il, à la lecture mot à mot du document, en limite de bois… Il y aurait là trop d’ombre pour envisager d’y implanter telle ou telle culture mais pas suffisamment pour empêcher l’herbe d’y pousser correctement… Probablement ! Et ainsi Pierre DUFOUR acquiert « un pré avec un bois Châtaignier y tenant appellés a La planche » : un pré en bordure de châtaigneraie… Le fonds agricole acquis à BOUNAIX semble s’inscrire dans les grandes lignes de l’assolement qui était celui du LIMOUSIN en 1801 à savoir : 36 % de Terres, 12 % de prés, 18 % de Bois, et enfin 34 % de Landes, Brandes ou Friches [ 16 ]…

Les rendements sont mal connus pour cette période, ils se mesurent ordinairement en nombre de grains récoltés pour un grain semé… Les moyennes semblent varier de quatre à six grains pour un ce qui correspond de façon approximative à quelque sept à neuf quintaux à l’hectare… La semence représente donc un énorme prélèvement, il faut lui réserver le cinquième ou le quart de la récolte précédente, davantage les mauvaises années… Sur les terres « froides » c’est en général un assolement biennal qui est pratiqué et il donne … une récolte tous les deux ans ! La récolte s’effectue à la faucille, un système très consommateur de main d’œuvre pour un produit fort limité ! L’araire domine pour les labours [ 23 ]. Les temps sont durs mais l’élevage commence cependant à progresser et le laboureur Corrézien songe à « se faire » éleveur ! Mais pour cela il doit devenir moins dépendant de sa production personnelle de grains…

 

UNE « NON-REVOLUTION AGRICOLE » ! … LES DURES REALITES DU TEMPS !

 

Alors que le pays est maintenant en pleine période de « Révolution politique », le terme et l’idée même de « Révolution agricole » paraissent singulièrement inadaptés aux réalités du moment, à moins d’admettre l’idée d'une révolution ( agricole ) qui s’étalerait sur… deux siècles ! [ 23 ]… Et quand bien même progrès agricole il y aurait eu, et si Pierre DUFOUR de son vivant avait pu en connaître, il faudrait le concevoir seulement comme une accumulation de petites transformations peu spectaculaires : défrichements par grignotage, cultures dérobées sur la jachère, intensification du travail agricole… Qu’il y ait eu, ou non, des progrès locaux plus décisifs en matière de production, il faut bien constater que l’économie agricole de la fin du XVIIIème siècle restait extrêmement fragile, toujours très vulnérable aux accidents conjoncturels…

A l’origine de la « crise de subsistance » encore si récente en Janvier 1793, on trouvait un problème climatique : hiver rigoureux, fortes gelées de printemps ou été « pourri » qui compromettaient la récolte de céréales… La consommation paysanne subissait de plein fouet les variations de la production, encore amplifiées par les prélèvements seigneuriaux et les exigences de la semence… Les prix agricoles réagissaient alors très fortement, avec des conséquences sociales brutales. Les douanes intérieures et l’archaïsme des transports faisaient obstacle à la circulation des grains et aggravaient encore le cloisonnement économique… Beaucoup de paysans, producteurs insuffisants, devaient s’approvisionner sur le marché pendant la période de « soudure », du printemps à la récolte suivante, et réduire leurs quelques autres achats… [ 23 ].

Une large part de la paysannerie est contrainte de prélever sur son « épargne » ou d’emprunter. Pour longtemps encore, c’est l'activité agricole qui détermine les rythmes économiques… La crise de subsistance, parce que l’agriculture est alors au coeur de l'activité économique, entraîne ainsi la crise de sous-consommation. Elle est aussi le révélateur des inégalités profondes qui existent au sein du monde rural et de la fragilité de l’organisation sociale qui préside... [ 23 ].

 

« UNE QUARTELLEE (…), TROIS SETEREES (…), DEUX COUPEES »

 

Toute les mesures des parcelles, dont l’acquisition est constatée en Janvier 1793, sont exprimées dans des unités de mesures qui nous sont aujourd’hui inconnues mais qui étaient familières aux « autochtones » d’une ( petite ) région considérée… « lopin de couderc et charrérages (…) contenant environ une quartellée », « un pré avec bois chataignier (…) contenant trois seterées deux coupées pièce par entier », « un autre bois chataignier (…) contenant deux seterées en son entier »

Le 24 Juin 1792, deux berlines quittaient les Tuileries… CONDORCET, le dernier des Encyclopédistes et Député à l’Assemblée Législative, le chimiste LAVOISIER et le physicien BORDA assistaient à ce départ… L’astronome MECHAIN filait vers le Sud, le mathématicien et astronome DELAMBRE prenait la route du Nord. Leur but ? Rien moins que de fournir au Monde une unité de mesure, en s’appuyant sur la Terre en mesurant la distance entre DUNKERQUE et BARCELONE pour déduire par une simple règle de trois, la distance du pôle à l’équateur ( c’est à dire le quart du méridien ), en prendre la dix millionième partie qui deviendrait le mètre étalon… L’expédition dite « la Méridienne » recelait davantage que l’ambition d’être la plus grande mesure géodésique de tous les temps. Elle ne visait pas seulement, dans le souffle de la Révolution Française, à balayer les « deux poids, deux mesures », symbole même de l’inégalité ; le projet soutenu par CONDORCET devant l’Assemblée était dédié « à tous les peuples, à tous les temps »… Cette expédition et ses mesures induites devait à l’origine durer deux ans… Elle ne se terminera qu’en 1799 !!!

Pendant tout ce temps, à PARIS la Révolution s’emballait… La Convention adoptait, sur la base des mesures de CASSINI de THURY, qui dataient d’un demi siècle, un « mètre provisoire » dont elle décrétait l’application [ 24 ]. Puis une loi du 18 Germinal An III ( 7 Avril 1795 ) posera les bases du système métrique en FRANCE [ 25 ] …

Le 4 Messidor An VII le nouvel étalon était présenté et adopté par l’Assemblée… On décida de lui donner alors un nom « universel », puisé aux racines Grecque et Latine des langues européennes : le mètre, du Grec Metron : « mesure »… On convint d’adopter pour son utilisation le système décimal : les sous-divisions porteraient un préfixe Latin ( déci-, centi-, milli- ), les multiples un préfixe Grec ( déca-, hecto-, kilo- ) ! [ 24 ]… Il fallut attendre le 19 Frimaire An VII ( soit le 10 Décembre 1799 ) pour que la Loi fixe des étalons définitifs… Le mètre étalon de la Révolution, de DELAMBRE et MECHAIN, sera complexe dans sa définition : un mètre vaudra Trois pieds, 11 lignes et 1,296 Ligne de la toise de Paris ! [ 25 ] [ soit, en fait, 145/1 000 de moins que le « mètre provisoire » !!! ] …

Le mètre a une bonne taille car c’est environ celle de la canne d’un honnête homme… « Quel plaisir il y aura désormais pour un père de famille à pouvoir se dire : le champs qui fait subsister mes enfants est une certaine proportion du globe. Je suis, dans cette proportion là, copropriétaire du monde » s’exclame un Député, en ce jour d’adoption de l’unité de mesure de l’An VII ! … En 1789 les hommes avaient imaginé une mesure universelle « libéralisatrice », cependant dix ans plus tard elle était mise au service de la propriété !!! Pierre DUFOUR était donc « co-propriétaire » du monde !!!

[ le mètre nous paraît une mesure simple et compréhensible mais la définition officielle de 1960 sera tout autant complexe que celle des origines puisque un mètre équivaudra à 1.650.763,73 longueur d’onde dans le vide de la radiation orangée du Krypton 86 [ 25 ], puis en 1983, les chercheurs de la Conférence Générale des poids et Mesures, le définiront comme «  la longueur parcourue dans le vide par la lumière pendant la durée de 1/299792458 secondes [ 24 ] ! ]…

D’emblée le nouveau système métrique se veut uniformisateur des multiples mesures locales qui compliquent tant les échanges et les relations inter-régionales et qui sont aussi génératrices de particularismes allant contre le dogme Jacobin centralisateur des théoriciens de la Révolution qui souhaitent tant l’usage d’une norme unique pour la FRANCE « Une et Indivisible »… Cependant c’est seulement une Loi de 1837 qui finira par faire du système métrique le seul système légal pour la mesure des terres avec application fixée au Premier Janvier 1840 !!! [ 20 ]

En attendant, en 1793, c’est encore le règne de la diversité des mesures aussi bien au niveau des appellations que s’agissant des contenances... Toutes les normes varient d’un lieu à un autre, d’une vallée à l'autre ! … « L’unité, ce serait la quadrature du cercle ! » commentera Fernand BRAUDEL [ 26 ]…

Que sont les mesures locales de 1793 évoquées dans l’acte de vente ? La « sétérée » : c’est la surface que l’on peut ensemencer avec un setier de grains… Certes ! Mais un setier est une mesure pouvant varier de 150 à 300 Litres environ ! [ 5 ]. C’est une unité très ancienne… mais pouvant varier du simple au double !!! Elie DUFAURE, dans sa « Notice… » cite une reconnaissance féodale, datant de 1535, rédigée en latin, « Pro Johanno Fabri, Villae de Allassaco », dans laquelle on trouve l’indication suivante : « duas cesterialas terrae »… Loin d’en préciser la valeur, l’avocat se borne à préciser en renvoi : « deux cétérées, ( sic ) c’est une mesure de terre » ! On ne se trouve guère avancé !!! Le setier perdurera plus dans le Nord que dans le Sud de la FRANCE [ 20 ].

La « coupée » ( ou « couperée » ) se rapporte au type de labeur signifié et en général au volume estimé de travail pouvant être accompli par une personne au cours d'une journée et, dans ce même ordre d’idée, on peut citer des mesures proches ou équivalentes : une « hommée », une « bêchée », une « fauchée » ... toutes des mesures locales employées, ici où là, selon les usages et les coutumes !

La « quartellée » ( ou « quarterée » ) trouve sa source étymologique dans « quarte », venant de « quart » et c’est une « ancienne mesure de capacité qui est égale à deux pintes » [ 5 ]… Oui ! Mais la pinte équivaut en FRANCE à 0,93 Litre, et lorsqu’elle est utilisée au CANADA, dès 1760, elle équivaut alors à deux « chopines » soit 1,136 Litre ! Notons que pour ce qui concerne les mesures de volume de liquide, les vignerons Allassacois connaissent en cette même époque diverses « normes » pour leur vin : « tonneau », « gerle » ou… « pinte » !

On ne trouve pas dans cet acte de vente d’indications se rapportant au « journal » qui est de loin la mesure ancienne qui demeure de nos jours la plus connue… Dans la reconnaissance féodale de 1535, on peut lire : « Unum jornali (…) Tria jornala »… et Elie DUFAURE de préciser une fois encore en note : « journal, c'est une mesure de terre encore employée dans le pays »… Nous sommes alors en 1854-1855 !

Comment dès lors vraiment s’étonner de la remarque d’un observateur en 1895, « dans le bas-pays de LIMOSIN » ( sic ! ) : « les paysans mesurent les terres en eminades, sesteirada et quaterounada (…), le système métrique n’est pas encore entré en usage, dans un siècle peut être ! » [ 27 ] … Un siècle ! Nous y sommes ... 1995 ... Le système métrique est désormais bien ancré dans les mœurs et dans les pratiques ...

« Il n’avait pas fallu un siècle pour qu’il s’impose, l’intégration au monde moderne du paysan l’obligeait à employer le système métrique » commente Eugène WEBER [ 20 ]... Dans sa thèse de 1850, Elie DUFAURE, à propos des servitudes, écrit à la page 60 : « En BOURGOGNE on exige 24 pieds (…) le code exige selon la nature de l’arbre 6 pieds ou 2 pieds (…) »… Il évoque alors les distances de plantations qu’il n’exprime pas en mètres ... ( comme le Code ? )… En page 65, à propos des jours et des vues, on peut lire toujours sous sa plume: « la coutume de PARIS exige que le seuil de la fenêtre soit à 26 décimètres du sol (...) à 19 décimètres au dessus du plancher (…) à six décimètres pour les vues obliques (…) »… Ici, les décimètres sont employés !

Alors ? « Pieds » ou « décimètres » ? A cinq pages d’écart, Les unités de mesure alternent.... Gageons que nos voisins Britanniques connaîtront les mêmes embarras que « nos anciens » pour abandonner leurs mesures traditionnelles si spécifiques dans le cadre d’une future « intégration Européenne » ! Mais s’y résoudront-ils vraiment ??? … « Unité » : ce sera bien l’un des « maître-mots » de la FRANCE Révolutionnaire… Avant l’uniformisation « révolutionnaire » des mesures « nationales », toute mesure était alors « à portée d’homme », fondée sur la largeur de son pas, la taille de son pied, l’empan de ses mains, sur la matière mesurée et l’outil utilisé : on vendait le sel au setier, à la mine, au boisseau ; le blé au muid et à l’écullée ; le vin à la pinte, à la camuse, à la roquille, au petit pot, à la demoiselle ; l’arpent de terre valait douze hommées, qui correspondaient au travail d’un homme pendant douze journées ; les longueurs se disaient en toises et en pieds… Quatre pieds valaient une aune de LAVAL, cinq faisaient la canne de TOULOUSE… A MARSEILLE, la canne des drapiers était plus longue de 1/14 que celle des soyeux !!! [ 24 ]… La Révolution  en fait fi… Puis avec l’avènement de NAPOLEON, le mètre est combattu comme un symbole Révolutionnaire : l’Empereur abolit le système métrique en 1810 et réintroduit l’aune et la toise… Et il faudra attendre 1840 pour voir réapparaître le mètre… mais cette fois définitivement !

 

« CONFRONTANT AU (…) Y JOIGNANT (…) » : DU CADASTRE…

 

Il n’est plus possible aujourd’hui de pouvoir déterminer avec précision les superficies exactes des parcelles concernées par cette vente de 1793 sur BOUNAIX…

Sur un extrait de matrice cadastrale, délivré le 28 Juillet 1870 à Françoise DUFOUR, née DUFAURE, la sœur d’Elie DUFAURE, la veuve d’Auguste DUFOUR, mon arrière arrière grand père, je relève une parcelle dénommée « pré chapelou » pour une contenance de 27 ares 70 : s’agit il du « pré chapellot » contenant deux sétérées et deux coupées ? Je relève aussi « sol de maison et cour » à BOUNAIX pour 2 ares 10 : la « petite maisonnette et charrérages » ? Je relève encore « le pradel », un pré de 66 ares 60 et bruyère de 12 ares 50 et « la pradel », une pâture de 60 ares, vestiges ultimes du nom de leur ancien propriétaire puisqu’il est souvent coutume de baptiser une parcelle du nom d’un ancien propriétaire ou d’un ancien exploitant ? …

L’incertitude est grande… En 1870, quatre-vingt ans se sont déjà écoulés depuis l’acquisition de 1793, et le Cadastre a entre temps été institué ... Nul besoin désormais pour les propriétaires de devoir se référer seulement à la mémoire fidèle des témoins ou à des localisations indiquées et consignées de manière plus ou moins précise à l’aide de locutions du genre « confrontant à… », « joignant à… », « le long de... » pour établir la matérialité d’un bien foncier et sa position géographique… La mise au point du Cadastre a réformé et reformé le parcellaire ancestral…

Le régime impérial de Napoléon Premier, avec son Administration « ordonnée et laborieuse » avait en effet décidé et entamé le recensement authentique et complet de la propriété foncière, tache considérable touchant cent millions de parcelles sur 8000 myriamètres ( Loi du 15 Septembre 1807 ). « N’aurait il fait que lancer l’entreprise du Cadastre, dont la réalisation effective s’accomplira surtout entre 1815 et 1835 environ, que le règne Napoléonien « aurait sa place dans l’histoire paysanne » ! [ 7 ]…

En effet depuis des siècles on ne se basait au mieux que sur des registres descriptifs accompagnés rarement de plans géométriques ou de croquis visuels ... Ceci induisait incertitudes, conflits et litiges sans fin ! … Le Cadastre constituera désormais une base probante mais celle-ci n’empêchera pas tout de même sur le terrain la persistance de nombreux conflits ruraux de « bornage » !!!

 

« LE PRIX ET SOMME DE SEPT CENT QUARANTE LIVRES… »…

 

« Moyennant le prix et somme de sept cent quarante livres laquelle somme ledit DUFOUR a tout présentement comptée, nombrée et réellement délivrée en bonnes espèces du cours de ce jour au dit PRADEL (…) »…

La « livre » est une ancienne monnaie de compte représentant à l’origine le poids d’une livre d’argent, puis moins de cinq grammes en 1801 [ 5 ].

Il s’avère particulièrement délicat d’évaluer aujourd’hui de manière très précise ce que pourrait représenter la valeur de « sept cent quarante livres » si l’on veut se référer à des notions de pouvoir d’achat ramenées à des normes contemporaines…

Rappelons ici, brièvement, la conjoncture du temps… Les Etats-généraux sont convoqués en Mai 1789 sur fond de mécontentement généralisé , de crise économique et de système fiscal inégalitaire… Si TURGOT, ancien intendant du LIMOUSIN, disciple des physiocrates, avait encouragé la libre production et les échanges en établissant en particulier la libre circulation des grains, la masse monétaire en circulation demeurait une « denrée relativement rare », surtout dans les zones rurales…

Les efforts de NECKER pour assainir le Trésor Royal aboutissaient à son renvoi en 1781, puis CALONNE voulant faire oeuvre de réforme en la matière était renvoyé à son tour en 1787 sous la pression des classes les plus favorisées ... Le Trésor Royal demeurait donc vide, les finances publiques et l’économie en crise…

Les évènements de 1789 ne résoudront en rien la crise économique qui se transformera même rapidement en une crise monétaire d’ampleur… Les nouveaux impôts rentreront fort mal, l’émission de billets ( ou assignats ) gagés ( assignés ) sur les biens du clergé conduit à un phénomène inflationniste et à une instabilité monétaire qui induit une fluctuation incessante des valeurs… Ainsi 100 livres d’assignats représentent 83 livres numéraires en Novembre 1791, puis 62,15 livres en février 1792, 70 livres en avril 1792, 73 livres en décembre 1792… [ 28 ]…

Lorsque Pierre DUFOUR « compte, nombre, délivre » le prix de son achat, il s’agit sans doute d’un règlement en monnaies « sonnantes et trébuchantes ». On peut penser que l’emploi d’assignats aurait été signalé par le notaire dans son acte, s’il l’avait constaté… La mention du « cours du jour » laisse quelque peu perplexe quant à la « référence exacte » qu’il ne faut évidemment pas prendre au pied de la lettre !!! Il y a deux siècles point de « C.A.C. 40 », d’indice « Nikkeï » ou de « Dow Jones » quotidiens… Point de média divers répercutant en temps réel les cours boursiers aux quatre coins de la planète !!! Ceci n’empêchant point cependant le « paysan » de « bon sens » de se tenir évidemment autant que possible informé des fluctuations monétaires du temps ne serait-ce qu’en s’apercevant de fait qu’il les subit dans ses transactions fussent-elles modestes et fort peu nombreuses !!!

La valeur de la monnaie avait pourtant été fixée « une fois pour toutes » [ Utopie !!! ] en 1726 [ 29 ]…. Le tableau des valeurs monétaires du XVIIIème Siècle pouvait être alors établi ainsi [ 30 ] :

 1 liard = 3 deniers

 1 sou = 4 liards… puis 6

 1 livre = 20 sous

 1 écu = 3 livres

 1 pistole = 10 livres

 1 louis = 24 livres

 1 marc = 50 livres

Pour apprécier la valeur de sept cent quarante livres ( une trentaine de louis, selon le tableau des valeurs livré par Michel DELON [ 30 ] ), il m’est apparu que citer quelques références glanées ici ou là s’avérait être une manière d’évaluation des plus parlantes même si scientifiquement imparfaite… Impossible en effet d’invoquer quelque indice officiel du type de ceux de l’I.N.S.E.E. comme le serait un « panier de la [ ménagère de moins de cinquante ans ] Citoyenne sans-culotte » s’il avait existé !

En 1791, l’Assemblée exprime sa volonté de maintenir le pain à 3 sous d’argent [ 31 ]. Une livre équivaudrait donc à six pains et demi et 740… à 4933 !

Le salaire journalier d’un manœuvre à PARIS a été estimé de 20 à 25 sous par jour soit une livre environ, celui d’un ouvrier compagnon de 30 à 40 sous, soit 2 livres [ 30 ]. La somme de 740 livres représenterait alors environ le salaire annuel d’un ouvrier compagnon à Paris… ( le SMIC brut annuel au 1er Juillet 1995 s’élevait à 74 995,44 Francs )

Les Procureurs Généraux Syndic des Départements, élus en 1790, reçoivent un traitement annuel de 3.000 livres [ 12 ]… 740 Livres, c’est donc à peu près le quart du traitement annuel d’un « Préfet » de l’époque !

L’exécuteur de PARIS ( SANSON ) par Décret du 3 Frimaire An II, perçoit lui aussi des appointements annuels de 3.000 livres, en sus du remboursement de nombreux « frais professionnels » divers… Ses aides sont rémunérés quant à eux 1.000 livres par an chacun [ 1 ]. Mais il ne s’agit certes pas d’une activité représentative… qui ne peut d’ailleurs plus faire l’objet d’une comparaison contemporaine !!!

Le profit net, en 1787, pour un armateur négrier par tête d’esclave noir s’élevait à 223 livres. Le sucre qu’achetait ce même armateur à 20 sous le kilo, il le renégociait à 40 sous, soit 2 livres [ 32 ]… Sans qu'il détermine avec précision ses sources ou sa méthode d’estimation, Claude MANCERON dans ses ouvrages qui traitent des années précédant immédiatement la Révolution évalue la valeur de la livre à 5 Francs 1970, ou à 6 Francs 65 Centimes 1979. L’évaluation de Barbara LEVY est proche [ 1 ]… Ainsi à partir des coefficients d’actualisation fixés par la table de réévaluation des viagers arrêtée en Décembre 1993, 740 Livres représenteraient alors 3.700 F 1970 Soit 10.097 Francs 1993 ou encore 4.921 F 1979 soit 9.169 Francs 1993… Est-ce un résultat significatif ? Le rapport avec des parités contemporaines n’est il pas trop artificiel ? La valeur scientifique de cette approche est discutable ... Ce ne sont ni le prix d’achat de 5.000 pains ou presque, ni le salaire annuel d’un ouvrier, ni le quart du salaire d’un Préfet dont la valeur correspondraient à 9.169 F 1993 qu’il conviendrait de retenir...

Après avoir abordé le prix du pain et le prix du travail, pourquoi ne pas évoquer alors le prix de « l’amour »… Le plus vieux métier du monde ne constitue t il pas qu’on le veuille ou non la référence économique qui serait la plus intemporelle et la plus universelle, et ce même s’il s’est toujours agit d’une économie parallèle et informelle ? La somme la plus couramment mentionnée est de un louis ( 24 Livres ) comme prix courant d’une prestation dans les maisons galantes au XVIIIème Siècle… C’est ce qu’un amateur paye pour la BAUDOIN elle même… Pour ce prix l’on peut avoir des filles amenées à domicile… C’est la même somme que donne HELVETIUS pour se faire fouetter à domicile par Julie de chez la LAFOSSE [ 33 ]… Par comparaison, le marquis de SADE, le 3 Avril 1768, n’offrait qu’un écu ( 3 livres ! ) à une « banale » « prostituée » ( ? ), Rose KELLER ... qui finira par le conduire devant les Tribunaux ( Affaire d’ARCUEIL ) [ 34 ]… Même si Madame de MONTREUIL, la belle mère, achètera 2.400 livres [ ! ] le silence de Rose KELLER ! … Le médecin « légiste » avait constaté sur la « femme KELLER » : « toute l’étendue des fesses et une partie du dos vergetées et excoriées avec coupure et contusion forte et longue sur l’arête du dos »… SADE se moquera des juges « émus de compassion pour le derrière flagellé d’une raccrocheuse » ! [ 35 ]… Quel est le prix du vice, le tarif de la nécessité ? Dès les débuts de la Révolution circulent à PARIS des annuaires indiquant adresses, tarifs, spécialités des prostituées, tel le fameux : « Almanach des adresses des demoiselles de PARIS de tout genre et toutes les classes ou calendrier du plaisir contenant leurs noms, demeures, âges, portraits, caractère, talents et prix de leurs charmes… »

Pour Annette ROSA « ces guides roses, loin des projets d’Eros-Center salubres discrets et clos, organisent la publicité du libertinage » [ 36 ]… Mais ce genre d’ouvrages, au delà d’une « part de fantaisie grivoise ou satirique », constituent une source intéressante d’informations en particulier tarifaires… Quelques données ou références ? «  LACROIX. Rue de LANCRY. Elle miaule comme une chatte. 12 livres », « TRILLAN. Rue Mêlée, n°68. Beauté juteuse. 12 livres », « HENRIETTE. Rue de CLERY. Passable et un peu passée. 12 livres », « EBLAIN. Rue mêlée. Petit bouton de rose grandement épanoui. 24 livres », « CECILE. Rue traversière. Charmante tournure, beaux yeux, vingt ans. 36 livres », « POULAIN et compagnie. Rue du Mail. On a le choix pour 12 livres », « DUPRE. Cour Saint-Guillaume. 6 livres. Sa nièce, même demeure,12 livres. Pour coucher en famille, 24 livres »… etc. [ 37 ]…

En 1770, RETIF ( ou RESTIF ) de la BRETONNE avait lui publié : « le Pornographe ou Idées d’un honnête homme sur un projet de règlement pour les prostituées propre à prévenir les malheurs qu’occasionne le publicisme des femmes »… Cette œuvre de jeunesse eut quelques ennuis avec la censure mais un lecteur enthousiaste, l’Empereur d’AUTRICHE, JOSEPH II, frère de MARIE-ANTOINETTE, qui appliqua le projet de RETIF dans ses états et qui fit même de l’auteur un Baron ! « Monsieur Nicolas », faisant œuvre de penseur, avait l’idée de laisser aux prostituées l’entière administration et les profits des maisons closes et il développait dans son ouvrage un « Projet de Règlement pour les filles publiques, en conséquence de l’établissement de Parthénions sous la protection du gouvernement » [ 38 ]. L’article XVII est relatif aux tarifs qui sont essentiellement fonction de l’âge des prostituées : « Les filles distinguées d’une grande beauté, occuperont la droite du corridor, marquée du chiffre I : la gauche sera désignée par le chiffre 2. Le tarif des billets sera au guichet de chaque bureau ; on y lira les différents prix SAVOIR (…) :

Quarante à quarante cinq ans,

Six sous, ci……………………...                   0 livre 6 s.

Celles de trente-six à quarante,

Douze sous, ci                                             0 livre 12

Le premier corridor [ entre trente et trente-six ans ]

N° 2, dix huit sous, ci                                  0 livre 18

N° 1, une livre quatre sous, ci                    1 livre 4 s.

Le second corridor [ celles de vingt-cinq à trente ]

N° 2, une livre seize sous, ci                      1 livre 16

N° 1, deux livres huit sous, ci                    2 livres 8 s.

Le troisième corridor [ les filles de vingt à vingt-cinq ans ]

N° 2, trois livres, ci                                      3 livres

N° 1, trois livres douze, ci                          3 livres 12 s.

Le quatrième corridor [ les filles de dix-huit à vingt ]

N° 2, quatre livres seize, ci                         4 livres 16

N° 1, six livres , ci                                        6 livres

Le cinquième corridor [ les filles de seize à dix-huit ans ]

N° 2, douze livres, ci                                   12 livres

N° 1, vingt quatre liv., ci                             24 livres

Le sixième corridor [ le petit nombre de filles qui pourraient se trouver de 14 à 16 ans ]

Quatre-vingt-seize livres, ci                       96 livres   (( [ ! ] ))

Notre informateur RESTIF se croyait « fait pour inspirer des réformes (…). RESTIF qu’on appela souvent le « VOLTAIRE des femmes de chambre » ou le « ROUSSEAU du ruisseau » fut le plus original de son époque, le plus sympathiquement fou [ obsédé par l’inceste, il était aussi fétichiste du pied féminin ! ], mais aussi l’un des meilleurs peintres de la fin de l’Ancien Régime » affirme MANCERON [ 39 ]…

« Ultime ressource de la misère, la prostitution continue de peupler les nuits révolutionnaires. Les deux premières Assemblées, en dépit de divers projets de moralisation, voire de réhabilitation des filles du monde, n’ouvrent pas même le dossier. Une débauche sans tapage est tolérée, banalisée même »… [ 36 ]…

En 1793, la Terreur met la vertu à l’ordre du jour… Pierre Gaspard CHAUMETTE, dit ANAXAGORAS [ ! ], qui a été nommé Procureur de la Commune de PARIS le 12 Décembre 1792 [ 39 ], appelle le 4 Octobre 1793 à la répression contre les filles et les publications « obscènes » ! Pour « sauver la Patrie » il faut « purifier l’atmosphère de la liberté du souffle contagieux du libertinage, dont les effets sont plus funestes à la République que l’or, l’intrigue et les armées des despotes coalisés » !!! [ 36 ]… Ce réquisitoire est si cinglant contre les prostituées que les autorités ne l’accepteront pas !!! « Certains historiens y verront plus tard la preuve de son homosexualité. Sans aller jusque là puisqu’on ne connaît que peu de choses sur sa vie privée, on peut néanmoins penser que cette vigilance au sujet des bonnes mœurs avait quelque chose de névrotique » écrit MANCERON [ 39 ] qui rappelle que CHAUMETTE se fit connaître en Décembre 1790 en allant aux Jacobins comme orateur d’une députation des Cordeliers attaquer… MIRABEAU, présent à la séance, pour avoir soutenu les prérogatives royales !

Sans suivre les outrances de CHAUMETTE, les autorités ouvrent bientôt une période de descentes dans les garnis, d’incarcérations et de rafles, d’autant plus productive, sinon efficace que les années de crise – 1793 et 1794 – poussent au « commerce » les ouvrières et les petites marchandes au chômage ! [ 36 ].

Avec 740 livres, il serait donc possible de « bénéficier » de près de 30 passes auprès de « spécialistes réputées » [ celles du «  cinquième corridor, numéro 1 » selon la classification de RESTIF ]… Mais l’éventail des tarifs est en fait très « étendu » : la « Vénus » peut être payée pour une seule nuit de 200 à 300 livres quand la « promeneuse » ne peut guère espérer que 3 livres au maximum… [ 36 ]…

Si l’on retient, pour des prestations de qualité et « supérieures à la moyenne », des tarifs « actuels » voisins de 3.000 Francs tels que ceux mentionnés dans l’ouvrage de Jacques SOLE [ 40 ], une rapide extrapolation situerait alors 740 livres autour de 90.000 F 1993… ce qui serait plus en rapport avec le quart du traitement d’un Préfet ! Lors des mouvements de fonctionnaires de l’automne 1995 le Préfet de la HAUTE MARNE indiquait à ses agents percevoir un salaire de 28.000 F par mois ( hors avantages annexes )… Ce préfet ne se situait pas à un niveau très élevé d’ancienneté dans la hiérarchie de son corps et de son emploi, mais le quart de son traitement annuel s’avérait donc voisin de 85.000 Francs. Ce sont ces deux éléments ( la « call-girl et le Préfet » ! ) qui fondent peut-être à mon sens l’estimation la plus réaliste... tout en restant méfiant sur des comparaisons aussi anachroniques !

Reste à savoir si le prix déclaré et dont le paiement est constaté est le prix réel des biens acquis, si l’estimation ne tient pas compte d’éléments annexes convenus entre les parties ( troc de services ou de produits, dettes antérieures ... etc. ) ou d’autres éléments tus --- car « ce que se vei ne po pà se cochà »  [ 16 ].

On retiendra qu’outre le prix de 740 livres, 16 livres sont délivrées au notaire le jour de l’acte et 6 livres supplémentaires sont acquittées au titre de l’expédition de la minute soit un total de 22 livres pour les frais qui représentent ainsi 2,97% du prix principal… Au total une dépense de 762 livres pour un bien acquis de « gré à gré »… A ALLASSAC à la même époque, les prix « flambent » pour la vente des biens de l’émigré LAMAZE ! L’estimation qui était faite par exemple du « deuxième lot » était la suivante : « la maison du jardinier et quatre coupées de terrain (...) huit cent Livres (…), les greniers presque neufs (...) avec deux granges (…) deux mille cinq cent Livres (…), Pré de la Comborne (…) contenant trois sétérés six coupées plus terre et vigne (…), quatre mille cinq cent Livres (…), restant de la vigne (…) mille Livres (…), Total de l’estimation 8800 Livres » ! Le « deuxième lot » « s’arrachera » de haute lutte !!! 2.300 livres au dessus de l’estimation initiale... Le « quatrième lot » est estimé « 1.600 Livres » et « le Directoire a adjugé au Citoyen Elie DUFAURE, de la Commune d’ALLASSAT comme dernier enchérisseur les biens désignés (…) pour le prix et somme de mille sept cent Livres (…). Signé LA CHEZE Enregistré à BRIVE le 6 Messidor 2ème année républicaine  [sic ! 24 Juin 1794 ] Reçu 34 Livres 6 Sols (…) »…

Dans son « bas pays de LIMOSIN », en 1895, le père GORSE se plaint à nouveau que les paysans « comptent en pistoles, en louis, en escu... » [ 27 ], mais près de quarante ans après l'instauration du « nouveau Franc » ne nous surprenons nous pas fréquemment à compter en « ancien » ? C'est avec une remarquable fidélité que bien souvent nous reproduisons les comportements passés... et désormais il nous faudra compter avec, et en, EURO… sur la base d’un taux de conversion unitaire « impossible » fixé à 6,55957 Francs… qui découragera peut-être toute tentative de comparaisons ultérieures chez les Historiens d’après-demain !!! …

 

« LEDIT DUFOUR ENTRE EN POSSESSION… »

 

« (…) au moyen de quoy icelluy pradel consent que ledit DUFOUR entre en possession »… A la veille de la révolution, les paysans constituent 80% de la population Française. ils ne possèdent qu’une partie seulement des terres qu’ils cultivent dans une proportion très variable selon les régions, 10% en Ile de FRANCE, 30 % dans le NORD, 55 % en LIMOUSIN - tout de même-, 60 % dans le CALVADOS [ 7 ].

Même s’il est encore difficile et très onéreux en général, l’accès à la propriété foncière est possible pour les classes roturières ( laboureurs ou bourgeois ) à tel point qu’il constituera l’un des vecteurs de la réaction nobiliaire des nantis, inquiets pour leurs privilèges, à l'approche de la Révolution…

Parmi les paysans, certains plus instruits, plus compétents que d’autres, constituent les véritables cadre des campagnes françaises bien que leurs intérêts - souvent de nouveaux possédants - ne coïncident pas toujours avec ceux des petits paysans [ 7 ]. Pierre DUFOUR se situe probablement dans la première catégorie…

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, établie les 23, 24 et 26 Août 1789, affirme que « les propriétés ( sic ! ) étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé (...) », en son Article XVII… Pour plus d’un demi-siècle désormais, la propriété va ainsi être explicitement reconnue comme un pilier de la société ; l’exalter comme principe de capacité culturelle et civique et aussi comme meilleur instrument du progrès économique peut se concevoir mais cela revient également à exalter et à favoriser ceux qui sont déjà propriétaires… [ 7 ] !

Hormis les inspirations populistes de la république Jacobine en 1793 ou la tentative « Babouviste », La Révolution Française s’est éloignée très rapidement d’une conception « Rousseauiste » extrêmement connue de la propriété : « le premier qui ayant enclos un terrain et s’avisa de dire : - ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misère et d’horreur n’eût point épargnés au genre humain celui qui arrachant les pieux ou comblant les fossés eût crié à ses semblables : - gardez vous d’écouter cet imposteur. Vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne » [ Jean Jacques ROUSSEAU - Discours sur l’inégalité – 1763 ] [ 41 ]…

L’un des rédacteurs de la constitution de l’An III, BOISSY DANGLAS, écrit : « nous devons être gouvernés par les meilleurs, les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois. Or, à bien des exceptions près, vous ne trouverez de pareils hommes que parmi ceux qui possèdent une propriété (...) un pays gouverné par des propriétaires est dans l’ordre social » [ 29 ]… Assurément Pierre DUFOUR s'inscrit dans cet ordre social tel que « nouvellement ( ? ) » défini !!!

De fait, la vente des biens nationaux aura surtout profité aux catégories non paysannes et même si la propriété paysanne est ressortie renforcée, ce fut surtout au bénéfice de ceux qui étaient déjà… Propriétaires ! La paysannerie sortira transformée de la période Révolutionnaire mais plus que jamais le clivage se fera sur la propriété de la terre ! Les « laboureurs » aisés, dotés d’une épargne non négligeable, ont pu acheter… Les couches plus défavorisées ont vu leurs espoirs déçus… La paysannerie propriétaire a été renforcée et la propriété de la terre exaltée ! [ 23 ]…

 

« A PROMIS LES LUY GARANTIR (…) D’ARRERAGES DE TAILLES ET RENTES »

 

En 1789, tous « supportent » avec difficultés les impôts divers et nombreux ( taille, vingtième, aides, gabelle, dîme ) ou les droits seigneuriaux et féodaux de poids localement très variables, tels que terrages lods ou champarts, qui ne profitent qu'à une minorité… « Les charges de toutes natures qui grèvent l’exploitation, en tenant compte des droits seigneuriaux et de la dîme, selon les cas, font que le quart à la moitié du revenu de la terre échappe au paysan propriétaire. La situation du métayer qui doit en plus verser la part du bailleur est particulièrement difficile » [ 23 ]. Les Droits Seigneuriaux semblaient atteindre un taux record d’environ 25% du revenu agricole aux environs de BRIVE !!! [ 23 ]

L’une des premières oeuvres réformatrices de la Révolution vise donc à supprimer les anciennes impositions en les remplaçant par des contributions mieux définies : contribution foncière, mobilière et personnelle, patente, dont les principes subsistent encore jusqu’à nous… La nuit du 4 Août 1789, puis la Loi du 17 Juillet… 1793, par l’abolition sans indemnités des Droits Féodaux, ouvrent à la paysannerie la voie de la propriété « libre et absolue » d’une « grande partie de la terre » [ 29 ]…

Lorsque le notaire porte que PRADEL garantit la terre libre « d’arrérages de tailles », il s’agit peut-être d’une formulation notariée ancienne et habituelle de pure forme qu’il n’a pas encore eu le réflexe d’actualiser… mais l’emploi au pluriel du mot « taille » peut lui donner ici un sens signifiant égal à celui « d’impôts », en s’éloignant un peu de la référence directe à l’ancien impôt dû au Trésor Royal…

Les théoriciens de la Révolution bourgeoise avaient lié la qualité d’électeur à celle de propriétaire, « convaincus que seule la propriété foncière, aussi minime fût elle, donnait le droit de cité » [ 31 ]… L’exercice de la prérogative constitutionnelle du « droit électoral » était donc soumise à une définition fiscale. Le système censitaire initial, établi à deux degrés, permettait à quatre millions de citoyens actifs [ avoir plus de 25 ans, payer trois journées de travail au moins de contributions publiques ] de désigner cinquante mille électeurs éligibles [ payer un cens égal à dix journées de travail au moins ] … En 1790, l’Assemblée décide qu’il faudra payer à PARIS un loyer « considérable » - 750 Livres - pour être éligible ! [ 31 ]… Un montant à rapprocher des 740 Livres de l’achat à BOUNAIX !!! ... Le Comité de Constitution avait proposé que seuls ceux qui payeraient une contribution égale à un marc d'argent, soit 50 livres d’impôts, pourraient être éligibles à l'Assemblée Nationale. Ce décret a été voté le 29 Octobre 1789 ainsi qu’un amendement exigeant que l’éligible eut en outre une propriété foncière quelconque…

En 1793 Pierre DUFOUR, c’est une certitude, était un Citoyen actif éligible, en témoigne sa qualité de Procureur… Cette qualité d’électeur éligible n’était pas la mieux partagée, et le système censitaire se renforcera même encore en 1795… Seuls vingt mille citoyens seront électeurs de second degré ! [ 29 ]… Ainsi le droit public renonce à fonder la citoyenneté sur le seul caractère universel et abstrait de la personne et il lui astreint la notion de capacité qui suppose un minimum d'aisance [ 7 ]. « La Révolution Française a proclamé les droits de l’homme mais les classes possédantes ont compris sous ce mot les droits de la bourgeoisie et du capital » écrira plus tard Jean JAURES dans son « Introduction à l’histoire Socialiste » [ 29 ]....

 

« AU CHEMIN DU BOURG DUDIT ESTIVAUX A ALLASSAC »

 

La vente est donc conclue ... Les parties qui se sont déplacées vont maintenant s’en retourner en empruntant les chemins qui sont à leur disposition... Parler de routes serait beaucoup trop abusif ! Cela confèrerait à donner à ces voies un caractère de viabilité qu’elles n’ont pour la plupart pas… D’ailleurs le Notaire mentionne bien un « chemin » qui relie ESTIVAUX à ALLASSAC !

« confrontant (…) au bois dudit acquéreur et au chemin du bourg dudit ESTIVAUX à ALLASSAC »… Ce chemin qui relie « ESTIVAUX à ALLASSAC » et dont il est question dans l’acte est certainement très boueux en ce 23 Janvier, à moins qu’il ne soit fort opportunément gelé ...

Les chemins ruraux en pays humides et à sols imperméables sont si boueux et si défoncés qu’il y faut la lente puissance des bœufs. En FRANCE on est à peu près partout à l’ère du char ou de la charrette… Lorsque on n’a rien de pesant à charrier mieux vaut aller à cheval ( si l’on est riche ) à pied ( si l’on est pauvre ! ). En été, la poussière vient en plus se rajouter aux ornières et autres embarras… [ 7 ]. Les procédés de revêtement de l’ingénieur MAC ADAM ne seront connus et utilisés en FRANCE qu’à partir de 1822… Est-il utile de rappeler ici, pour les générations futures, que nombre de « chemins » reliant entre elles deux communes rurales Corréziennes n’ont parfois été « macadamisés » que vers la fin des années 1960 ( !!!) ?

Le tracé du chemin « d’ESTIVAUX à ALLASSAC » ne doit être guère éloigné du tracé de la route Départementale actuelle qui passe entre le MONS et BOUNAIX au bas de l’allée de la propriété familiale… Un bois en propriété de Pierre DUFOUR « confrontait » déjà à cette voie ! Et en poursuivant vers « Le PILOU » on se retrouve bientôt sur l’itinéraire qui avait divisé PRADEL de LAMAZE et le Marquis du SAILLANT peu avant la Révolution ! Les deux « nobles » Allassacois s’étaient heurtés violemment lors du projet de percement de la route reliant ALLASSAC à la Route Royale « BRIVE – LIMOGES », en passant par… PERPEZAC le NOIR... Le marquis du SAILLANT soutenait alors un projet différent et concurrent passant sur ses terres, en direction de JUILLAC ! Question de prééminence et d’intérêts !!!

Les premiers et principaux itinéraires étaient tracés sur les lignes de partage des eaux, en évitant au maximum les passages humides et les passages à gué… Ils étaient appelés « route de pouge » [ du latin « Podium » signifiant « hauteur » ]. Un itinéraire de long parcours à l’Ouest, empruntant la route de crête, par VOUTEZAC, ORGNAC, SAINT YBARD était appelé « la pouge » ou la « pouège » et même « route de la vinade » compte tenu de son usage pour le transport du vin du bas-pays de BRIVE vers le Haut-LIMOUSIN  [ 17 ]...

Le document constatant la vente, pour être enregistré à UZERCHE, va faire un voyage d’une vingtaine de kilomètres ! « La perle du LIMOUSIN » est le lieu le plus éloigné du MONS qui se trouve mentionné dans l’acte. Tous les autres villages ou hameaux cités ( BOUNAIX, CESSAC, ESTIVAUX, ALLASSAC, POUCH, BROCHAS ) étant situés sur le même finage ou sur un finage limitrophe…

Si le papier est timbré « LIMOGES » combien des protagonistes auront eu l’occasion, ne serait ce qu’une fois dans leur vie d’aller aussi loin ... à LIMOGES ou ailleurs... Le bout du monde !!! En 1792, en CORREZE, une trentaine de kilomètres, environ sept à huit lieues, sont suffisants pour être considérés comme un obstacle sérieux aux relations villageoises ! [ 26 ]… Jusqu’où Pierre DUFOUR était-il allé ???

 

PIERRE DUFOUR, CET INCONNU…

 

Pierre DUFOUR n’existe pour nous à ce jour que dans, et par, ce seul document… On aimerait en savoir plus et pouvoir faire parler plus encore ce vieux papier pour lui en faire dire bien plus que les quelques lignes rapidement improvisées qui précèdent, qui si elles nous renseignent sur le contexte « politico-agricolo-économico-géographique » qui était le sien, ne nous permettent pas d’approcher « l’essence humaine » du personnage…

la forme de l’acte peut-elle nous livrer quelques informations complémentaires ? Elle apparaît, somme toute très contemporaine, tant sur le plan de la calligraphie, de l’orthographe, des tournures rédactionnelles, même s’il y a bien entendu des particularités qui la rende tout de même anachronique… Au niveau de la calligraphie, l’écriture est très lisible, ce qui n’est pas une caractéristique si souvent rencontrée…

Le copiste de la minute ( L’ESPINAS ? GOUDAL ? ou bien un clerc anonyme ? ) a réalisé un travail très soigné. On remarquera l’usage « abusif » de majuscules disséminées ici ou là qui contribuent à fleurir l’aspect visuel du texte.  Pour leur part les barres des « T » prennent des formes horizontales qui coiffent une trés large partie des substantifs qui les contiennent. Bien souvent, les « S » sont distordus à la verticale, formés à l’ancienne, et leur allure s’apparente plus à des « F »… Mais rien de bien extraordinaire… Le texte est en langue française. Point de tournures latines. Point d’usage de la langue Limousine. Certes, « c’est jusqu’au règne de FRANCOIS 1er que les actes notariés ont été écrits en latin », comme le précise en note après un renvoi maître Elie DUFAURE qui rencontre parfois pour établir sa « Notice… » des actes en langue locale ( en particulier une donation de 1213 qu’il citera )... Le 1er Décembre 1792, le Directoire du Département de la CORREZE met en doute l’utilité de traduire en patois les textes politiques tant les différences linguistiques sont sensibles d’un lieu à l’autre [ 26 ]… Exceptées quelques incertitudes mineures qui subsistent, le décryptage de ce texte ne présente pas de grandes difficultés et son contenu global apparaît donc fidèlement restitué sans contresens majeur apparent… La rédaction est claire et seules quelques formules peuvent dérouter le béotien. Il m’est donné aujourd’hui professionnellement de « pratiquer » nombre d’actes notariés portant sur des objets similaires et dont le contenu ou la forme m’apparaissent nettement plus abscons !!!

Sur le plan de l’orthographe, on remarquera quelques « fautes », à apprécier par rapport à notre langue contemporaine… En voici quelques unes relevées, mais cette liste n’est pas exhaustive : « paRRoisse » avec 2 « R » comme « cheneyieRRe » ou « encoRRe », « appeLLées » avec 2 « L » comme « finaLLement » ou « ceLLuy », « coPPie » avec 2 « P », « paCCage » avec 2 « C », « daTTe » avec 2 « T », « moyeNant » avec 1 seul « N », « hipotèque » ( il manque 1 « H », et il n’y a pas de « Y » ), « abitude » ( il manque 1 « H ») « Chataigner » ( sans le « I » )…

A la décharge du rédacteur et-ou du copiste nous noterons simplement au passage que messieurs LAROUSSE, LITTRE ou ROBERT ne sont pas encore de ce monde ... encore moins Monsieur PIVOT et ses si médiatiques championnats d'orthographe ! On notera également l’emploi généralisé, aujourd’hui abandonné, du « Y » dans les mots « aujourd’huy », « moY », « CelluY »,  « nY », « cY »...

On admet généralement que les noms propres n’ont pas d’orthographe… « DuFFour » est porté sur le pli de l’acte avec deux « »… Maître Elie DUFAURE, à propos des erreurs orthographiques, fréquemment rencontrées dans les actes qu’il étudie, sur les noms propres s’exprime ainsi : « chose bizarre qui prouve combien l’on tenait peu dans ce temps là, à l’uniformité de l’orthographe de son nom »… Il relève en effet des variantes nombreuses ( AUFAURE, DUFFAURE, OUFFAURE ) quant à la désignation d’un seul et même individu. Plus loin, il constate : « une addition de lettre est chose aussi possible qu’une omission ou qu’un changement »… Il précise aussi : « il est à remarquer que j’ai transcrit littéralement ce passage en conservant les fautes de ponctuation, d’orthographe et de français » ... J’ai fait pour ma part de même avec les extraits de l’acte de vente…

 

EPILOGUE…

 

Vingt-trois Janvier 1793… Le Roi LOUIS XVI n’est plus… Pierre DUFOUR, Procureur de la Commune d’ESTIVAUX l’ignore encore certainement… Il ne sait pas non plus ce que seront les évènements politiques du lendemain… A ESTIVAUX il y a à peine trois ans une séquence « classique » de destruction de bancs d’église et de plantation de « mai » s’est déroulée… Des évènements remettant en cause « l’ordre social » se sont aussi produits ensuite… de COMBORN, jusqu’à ORGNAC et au GLANDIER… et à PERPEZAC d’autres troubles encore… et puis aussi à ALLASSAC où ils ont eu plus de retentissement ! [ 21 ]…

Il y a encore un Curé à ESTIVAUX… mais celui-ci est « jureur »… La Paroisse forme alors une « enclave », entourée qu’elle est de plusieurs Paroisses qui sont toutes caractérisées par le refus de prêter serment affirmé par leur « pasteur »… [ 21 ].

Le notaire est reparti à UZERCHE, le vendeur PRADEL et les témoins de la vente s’en sont maintenant également retournés chez eux… Depuis les hauts du « Pré BARDON », le regard de Pierre DUFOUR se porte alors vers BOUNAIX, en contrebas, où il vient d’étendre sa propriété foncière… puis en direction du ciel… C’est l’hiver… Les conditions météorologiques s’annoncent mauvaises… Depuis quelques années le climat est d’ailleurs particulièrement défavorable à l’agriculture, aussi la possible récolte de châtaignes supplémentaires qu’il envisage sur ses nouvelles possessions dès l’automne à venir ne pourra qu’être profitable pour affronter les « mauvais jours » ultérieurs en perspective… En ce sens l’investissement réalisé à BOUNAIX ne pourra qu’être favorable et profitable…

Pierre DUFOUR rebrousse chemin… Il passe maintenant devant le four puis il gagne le pignon nord de sa maison, pousse la porte en bois, baisse un peu la tête et s’empresse de rentrer à l’intérieur où il va pouvoir enfin se réchauffer dans le « cantou » ou crépitent quelques braises… La luminosité extérieure a rapidement diminué, la nuit est arrivée brusquement… Les jours sont encore bien courts… L’intérieur de la bâtisse est presque tout aussi sombre, seul l’âtre rougeoie quelque peu …

Dans quelques jours, après une dure journée de labeur, Pierre DUFOUR devra écarquiller fortement les yeux, à la veillée, pour pouvoir lire et relire la minute officielle de l’achat foncier qu’il vient de conclure et qui lui parviendra d’UZERCHE… du bout du monde ou presque !!! Ensuite il devra replier la précieuse minute et la remiser en lieu sur pour qu’elle se conserve bien… Dans l’avenir elle pourrait lui être utile si quelque quidam ou quelque événement imprévisible venait à contester sa propriété…

Mais aussi, qui sait, ce document, dans de lointains lendemains, pourrait peut-être intéresser… quelqu’un !!!

« Je vis les hommes de 1992 lire notre histoire », écrivait RESTIF de la BRETONNE …

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES :

 

 

[ 1 ] Une dynastie de bourreaux : les Sanson  B. LEVY   MERCURE DE FRANCE  1976

[ 2 ] Les nuits révolutionnaires  Notes de Béatrice DIDIER   LE LIVRE DE POCHE 1988

[ 3 ] Les nuits révolutionnaires  RESTIF de la BRETONNE   LE LIVRE DE POCHE 1988

[ 4 ] Institutions Politiques   Tome 2    Maurice DUVERGER     P.U.F. 1976

[ 5 ] Dictionnaire le « Petit Robert 1 »             Le ROBERT         Edition de 1977

[ 6 ] La société Française au XIXème siècle  Collectif   FAYARD 1992 HACHETTE PLURIEL 1995

[ 7 ] Histoire de la France Rurale Tome 3  Dir G. DUBY   Le SEUIL 1976   POINTS SEUIL  1992

[ 8 ] Administration    Revue d’Etudes du Corps Préfectoral      Numéro de Septembre 1984

[ 9 ] Histoire du Limousin et de la Marche Limousine    J. NOUAILLAC    1943     LEMOUZI  1981

[ 10 ] Allassac en Bas Limousin un Pays - Une histoire  J.L. LASCAUX FOYER CULTUREL 1992

[ 11 ] Perpezac le Noir–Aujourd’hui   Danièle DELORD  Bulletin Municipal  Numéro 9  Nov. 1998

[ 12 ] Administration    Revue d’Etudes du Corps Préfectoral      Numéro Spécial Juillet 1983

[ 13 ] Mon Limousin  G.M. COISSAC    1913     Réédition Les Editions du BASTION 1999

[ 14 ] Revue LEMOUZI      Numéro 35      1970

[ 15 ] La vie quotidienne en Périgord au temps de Jacquou le croquant  G. FAYOLLE  HACHETTE 1977

[ 16 ] La vie quotidienne en Limousin au dix neuvième siècle  G-E- CLANCIER  HACHETTE 1976

[ 17 ] Voyage en pays d’Uzerche  Ginette BARTHOUT (collectif) CORREZE BUISSONNIERE 1994

[ 18 ] Larousse Agricole    Tome 1     1922     Editions LAROUSSE  1932

[ 19 ] Le cheval d’orgueil    Pierre Jakez HELIAS     PLON 1975    PRESSE POCKET 1982

[ 20 ] La fin des terroirs   Eugen WEBER     FAYARD 1983

[ 21 ] Campagnes en Emoi  1789-1800  Jean BOUTIER  Les MONEDIERES 1987    Réédition 1989

[ 22 ] Archaïsme et modernité en Limousin au XIXème Siècle  A. CORBIN   RIVIERE 1975 PULIM 1998

[ 23 ] Les paysans dans la société Française   Annie MOULIN   POINT SEUIL HISTOIRE 1998

[ 24 ] Le mètre du Monde    C. PORTEVIN    in Magazine TELERAMA N°2400 – 10 Janvier 1996

[ 25 ] Impériales équations  P. BAUDOIN  in L’Est Républicain  Supplément 261 - 8 Octobre 1995

[ 26 ] L’identité de la France – Espace et Histoire      F. BRAUDEL     ARTHAUD 1986

[ 27 ] Au bas pays de Limosin  Père GORSE  in La Fin des Terroirs    FAYARD  1983

[ 28 ] Tableau de dépréciation du Papier-Monnaie     In Condorcet  E&R BADINTER  FAYARD 1988

[ 29 ] Le temps des révolutions  1715-1870    L. GIRARD      HISTOIRE-BORDAS 1966

[ 30 ] Œuvres de Sade Tome 1  Notes et Variantes  Michel DELON   LA PLEIADE 1992

[ 31 ] Condorcet    Elisabeth et Robert BADINTER    FAYARD   1988   Le Livre de Poche  1990

[ 32 ] Les colonies dans la révolution      In Condorcet  E&R BADINTER  FAYARD 1988

[ 33 ] La prostitution au XVIIIème  E.M. BENABOU in Notes  Michel DELON   LA PLEIADE 1992

[ 34 ] Les Infortunes de la vertu SADE  Notes de Béatrice DIDIER GALLIMARD 1970 FOLIO  1977

[ 35 ] Sade   La vie - La légende   Jean-Paul BRIGHELLI     LAROUSSE - BORDAS / HER  2000

[ 36 ] Citoyennes – les femmes et la Révolution 1789-1799   A. ROSA    MESSIDOR  1989

[ 37 ] Almanach des demoiselles de Paris   1791          ARLEA 1999

[ 38 ] Le Pornographe     RESTIF de la BRETONNE      RONDEAU 1994

[ 39 ] L’Album des Hommes de la Liberté      Claude MANCERON    ROBERT LAFFONT   1989

[ 40 ] L’âge d’or de la prostitution – de 1870 à nos jours –   J. SOLE   PLON 1993    PLURIEL 1994

[ 41 ] Littérature  XVIIIème Siècle     LAGARDE & MICHARD       BORDAS 1966

 

 

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