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Page d’accueil des études réalisées

 

Egalement en ligne :

Le Cahier de doléances de la Paroisse d’Estivaux 

 

« LA REVOLUTION DE 1789 ARRIVA ... »

OU

ALLASSAC ET LE BAS-LIMOUSIN EN EMOI !

 

LA FAMILLE DUFAURE ET SES FAMILLES « ALLIEES »

DANS LA GRANDE TOURMENTE REVOLUTIONNAIRE ...

 

 

 

SOMMAIRE DES SECTIONS

 

 

UNE « INCARNATION » DE « L’ESPRIT DE 1789 »… MIRABEAU « du SAILLANT » !

 

UNE FAMILLE PITTORESQUE : LES MIRABEAU…  SŒURS, FRERES ET PARENTS !

 

UN « FORNICATEUR OLYMPIQUE » ...   EN LIBERTE AUSSI BIEN QU’EMPRISONNE !

 

UNE « BELLE PLUME » LIBERTINE…   OU DU LIBERTINAGE A… LA LIBERTE !

 

DES PORNOGRAPHES ENNEMIS... MIRABEAU ET SON COUSIN DE SADE ...

 

UN AUTRE PORNOGRAPHE DANS LA FAMILLE...  MIRABEAU « TONNEAU » !

 

UN BEAU-FRERE « DEVOUE » ! LE MARI DE CAROLINE, MARQUIS DU SAILLANT…

 

« NOUS SOMMES EN 1788 » SCIENCES-PO, UN ANNEAU, MIRABEAU A NOUVEAU !

 

CALAMITES AGRICOLES REITEREES : HIVER 88-89 ET CRISE DES SUBSISTANCES

 

EMEUTES «  EN ALLASSAC  » ... ET AILLEURS ... COMME PARTOUT … !

 

LA CONSULTATION DU « BON PEUPLE » ET LES DOLEANCES DU TIERS ETAT...

 

LES DOLEANCES ALLASSACOISES... ET LIMOUSINES !

 

DES DEPUTATIONS LOCALES DE NOTABLES…  ALLASSAC REPRESENTE !

 

DE LA FORCE DES BAIONNETTES ET DE LA VOIX DE MIRABEAU … ( Mai-Juin 1789 )

 

... AU PIQUE MACABRE DE LA BASTILLE  ET AUX CRIS DE SADE... ( Juillet 1789 )

 

«GRAND’PEUR  » DANS LA CAMPAGNE CORREZIENNE ... ( JUILLET-AOUT 1789 )

 

PREMIERES MESURES « REVOLUTIONNAIRES » MAIS… « CONSERVATRICES » !

 

LE MARQUIS DU SAILLANT EST AGRESSE ! PREMIER INCIDENT [ 10 Janvier 1790 ]

 

ALLASSAC, A FEU ET A SANG ! FEU AUX BANCS ET PILLAGES [ 24 Janvier 1790 ]

 

LA GUERRE AU CHATEAU … « SUS AUX DE LAMAZE !  » [ 24 Janvier 1790 ]

 

ENCORE DEUX JOURNEES D’AGITATION TRES SERIEUSE... [ 25 et 26 Janvier 1790 ]

 

AUTRES TROUBLES SIGNIFICATIFS A PROXIMITE D’ALLASSAC... [ Janvier 1790 ]

 

UNE REPRESSION MODEREE DES « PAUVRES PEISANS »…

 

LA RIVALITE EXACERBEE ENTRE LES VILLES DE BRIVE ET DE TULLE !

 

DE BORDEAUX A CHAUMONT !  DE VERGNIAUD ET DU PATY A « GROUCHETTE »!

 

DE BEAUX ESPRITS ECLAIRES… CONDORCET, VERGNIAUD, CABANIS, MIRABEAU

 

LE « LIEN ALLASSACOIS » MIS EN EVIDENCE… ET LE SORT DE DURIEUX…

 

GEORGES CABANIS, PHILOSOPHE ET MEDECIN… NOTRE LOINTAIN « PARENT »…

 

MALGRE TOUT UNE REMARQUABLE STABILITE DES INSTITUTIONS LOCALES !

 

L’ORDRE « REGNE » SUR ALLASSAC !     [ DU PRINTEMPS A L’HIVER 1790 ]

 

LA DISPARITION DU PATIENT DE CABANIS : MIRABEAU...  [ 2 Avril 1791 ]  

 

« PANTHEONISATION-S » … ET « DEPANTHEONISATION »…

 

LA GUERRE AUX ETANGS : DE LENTILHAC, UNE VICTIME ALLIEE !  [ 1791 ]

 

REFORME DU CLERGE ET REFORME FINANCIERE... « SECONDE REVOLUTION » !

 

LE PHENOMENE DE L’EMIGRATION... OU L’ON REPARLE DE DE LENTILHAC !

 

LA ROTURE « EMIGREE »… AUTRES ALLIES DUFAURE ET DIVERS ALLASSACOIS…

 

LA REPUBLIQUE JACOBINE...  L'AN Il ET LE MYTHE DE 1793  !

 

VERGNIAUD : DE LA « PROTECTION » DU ROI… A SA MORT!  (Août 92-Janvier 1793)

 

LA FIN TRAGIQUE DES « GIRONDINS »... « SATURNE DEVORE SES ENFANTS »…

 

LA MORT DE CONDORCET… OU L’ON PARLE DE CABANIS ET DE POISON…

 

BOULEVERSEMENTS DE L’AN Il ... A ALLASSAC ... ET AILLEURS ENCORE !

 

UNE VAGUE DE DECHRISTIANISATION... A ALLASSAC AUSSI !!!

 

ELIE DUFAURE : ACQUEREUR DE BIENS NATIONAUX « DE DEUXIEME ORIGINE »...

 

D’AUTRES LOTS ALLASSACOIS TRES DISPUTES AUX ENCHERES...

 

CO-ACQUISITION ANTERIEURE DE BIENS NATIONAUX, EN VENTOSE AN Il ...

 

FINANCEMENT DES ACQUISITIONS... ET CONFLIT D’INTERET...

 

DE LENTHILAC-SEDIERES : ENCORE PARMI LES CONTRE-REVOLUTIONNAIRES !

 

EXALTATION DE LA PROPRIETE FONCIERE… PHILOSOPHIE THERMIDORIENNE !

 

CRUCIALE ET «ETERNELLE» QUESTION DES SUBSISTANCES… LA CRISE…

 

SAISIE SUR GRAINS A SAINT-CYR, ENCORE D’AUTRES « ALLIES » CONCERNES !

 

RETOUR A L’ETAT DE DROIT ET LITIGES FONCIERS : LA VIE RURALE CONTINUE !

 

CONTINUITE INSTITUTIONNELLE ET PERMANENCE DE LA BOURGEOISE LOCALE ...

 

L’APPEL AUX ARMES... VOLONTAIRES DE L'AN Il… ET LEVEE EN MASSE...

 

REFRACTAIRES ET INSOUMIS... ALLASSAC SOUS HAUTE SURVEILLANCE !

 

UN CONSCRIT ET UN AUBERGISTE... AU NOMBRE DES FRERES D’ELIE DUFAURE !

 

PIERRE DUFAURE : DEFENSEUR DE LA PATRIE , ELIE DUFAURE : PROPRIETAIRE !

 

JEAN-BAPTISTE DUFAURE,« PRESUME MORT AU SERVICE DU GOUVERNEMENT »

 

UN « HOMME DE LOY »... ET UN « MONSIEUR »…

 

LE GRAND REMUEMENT… QUI CONNAIT LA VERITE ? ... CELUI QUI « A VECU » !

 

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES

 

 

 

UNE « INCARNATION » DE « L’ESPRIT DE 1789 »… MIRABEAU « du SAILLANT » !

 

« Les collines d'ALLASSAC, la plaine de SAINT VIANCE, les gorges du SAILLANT, trois points qui se touchent et se relient avec un majestueux ensemble. Ces lieux étaient bien propices aux méditations de MIRABEAU s’apprêtant à remuer tout un monde politique et qui y fit un long séjour auprès de sa sœur la Marquise du SAILLANT » (…) «  La révolution de 1789 arriva et ce remuement eu[t] lieu (…) »…

C’est ce qu’expose Maître Elie DUFAURE, au tout début de sa Notice, dans la courte partie introductive qu’il a consacrée à la présentation de son « Lieu de Naissance » ... A l’imitation d’Elie, et en sorte de prologue à l’évocation qui va suivre de la période Révolutionnaire, il m’apparaît nécessaire de débuter par quelques lignes sur MIRABEAU, un personnage emblématique et fort symbolique tant de la fin de l’Ancien Régime que de « l’esprit de 1789 », ayant aussi résidé un temps dans la contrée d’ALLASSAC !

C’est cet Honoré-Gabriel RIQUETTI, Comte de MIRABEAU  (1749-1791), « rejeté par la Noblesse », qui s’est présenté aux électeurs du Tiers-état en écrivant une brochure intitulée « Manifeste à la Nation Provençale », et qui va entraîner un vaste mouvement en sa faveur. C’est lui qui est élu, avec éclat, Député du Tiers-état, en tête de liste à AIX et quatrième à MARSEILLE. Ses dons exceptionnels d’orateur, son audace et son physique, hors du commun, vont le propulser, d’emblée, au tout premier rang, à VERSAILLES parmi les défenseurs des droits de l’Assemblée... Nationale !

« MIRABEAU va, dès lors, incarner 1789 », affirme Claude MANCERON, « il sera à l’origine des premières grandes réformes, judiciaires comme financières, et à l’origine, aussi, de l’abolition des droits féodaux » ! [ 1 ]

Quelle part les paysages du SAILLANT ont-ils pu prendre dans la pertinence et la finesse des méditations du Tribun ? Une certaine part ou une part certaine ? Si Elie DUFAURE suggère, il ne s’avance pour autant pas plus que cela ! C’est, je crois, une position avisée d’élémentaire prudence !!! En effet les méditations de MIRABEAU étaient-elles ( juste un peu ) politiques ou ( principalement, sinon seulement ) libertines ? … Cette question peut, je le pense, être légitimement formulée !

Si le Guide de JOANNE ( 1873 ) retient l’existence, au SAILLANT, « d’un vieux manoir où séjourna MIRABEAU » [ 2 ] , et si l’étude de RATEAU ( 1866 ) nous indique que « le château, appartenant à la famille de ce nom [ «du SAILLANT» ] a été habité par le célèbre MIRABEAU » [ 3 ], sur les détails ou les conséquences de la présence d’Honoré au SAILLANT: rien du tout !!! Pas la moindre précision supplémentaire !!!

Le « Libertin de qualité », « libéré » ( au sens propre et au sens figuré ), se contentait-il seulement d’aller en quelques « lieux champêtres prendre la nature sur le fait, dévaliser quelque château et démanteler quelque dame de paroisse à croupe large et rebondie » ou en « excursion champêtre (…) d’effeuiller [ telle ] paysanne [ qui ] avait seize ans, était naïve, sensible et jolie », pour connaître « avec elle le prix de l'amour », à l'image de ce gentilhomme, ou de ce « Libertin de qualité » qui se « prostitue » auprès de « douairières » et qui confesse : «  je vais m'afficher étalon juré des femmes sur le retour et je leur apprendrai à jouer du cul à tant par mois »… [ 4 ].

Telles sont en effet les préoccupations principales du « Libertin » que décrit Honoré, en réelle connaissance de cause semble-t-il, dans un roman publié en 1783 et intitulé : « Ma Conversion ou le Libertin de Qualité » …

Alors, la CORREZE, en un mot et en forme de raccourci, se serait-elle avérée pour MIRABEAU beaucoup plus propice à ses ébats amoureux qu’à l’élaboration d’une philosophie politique « Révolutionnaire » ???

Claude LATTA, en 1991, dans un guide consacré au Département, bien plus récent que ceux de JOANNE et de RATEAU, signale à notre attention que « la légende veut que, la nuit tombée, MIRABEAU ait joué au bandit de grand chemin dans les forêts de la VEZERE, détroussant les passants pour proclamer ensuite que « le pays était mur pour la Révolution » et faisant ensuite rendre les bourses dérobées »… [ 5 ]

MIRABEAU à la fois « détrousseur » et « retrousseur » ? Pourquoi pas !!! Parfois bien des légendes sont en-deçà de la réalité !!! … Mais avant la lecture de LATTA cette « légende » locale n’était cependant jamais parvenue jusqu’à mes oreilles !

 

UNE FAMILLE PITTORESQUE : LES MIRABEAU…  SŒURS, FRERES ET PARENTS !

 

C’est en s’intéressant à sa famille et à ses origines familiales que l’on peut expliquer les raisons de la présence de MIRABEAU en LIMOUSIN et plus particulièrement dans la contrée Allassacoise… Cette approche « familiale » ne manque pas non plus de détails pittoresques et elle permet en même temps de restituer quelques réalités sociales très caractéristiques d’un XVIIIéme Siècle finissant…

Né fort disgracieux, le jeune Gabriel-Honoré MIRABEAU présente une autre tare quasi-impardonnable aux yeux de son père tyrannique : il a surtout des traits provenant du côté de sa famille maternelle, celle des VASSAN… Pour plaire à son père il aurait du être « tout MIRABEAU » et il est… « tout VASSAN » ! Jeune homme, comme il est d’usage de donner aux enfants le nom d’une terre, il devient Gabriel de PIERRE-BUFFIERE, terre que sa mère possède en LIMOUSIN… Ce nom est flatteur puisqu’il entraîne le titre de premier Baron du LIMOUSIN ! « Ce baptême n’était donc pas, comme on l’a dit, une humiliation supplémentaire infligée au jeune homme comme ce sera le cas plus tard lorsque son père lui imposera de s’appeler très modestement Monsieur Honoré », explique Guy CHAUSSINAND-NOGARET [ 6 ].

Honoré-Gabriel a trois sœurs... L’aîné, Marie, est même « bonne » sœur, puisqu'elle a pris le voile chez les Dames Dominicaines de MONTARGIS...

La sœur « préférée » est sûrement Louise, la Marquise de CABRIS, « une belle fille libre et un peu dingue déjà déçue par la vie et qui ne se fait plus d'illusion » comme la présente MANCERON [ 7 ]… Honoré-Gabriel et Louise ont-ils couché ensemble « quand ils s’étaient retrouvés jeunes gens après s’être quittés enfants, et qu’elle était sous le choc de son mariage arrangé par leurs familles avec le Marquis de CABRIS qui devenait progressivement aliéné ? (…) Déjà on avait dû les séparer quand ils avaient dix et treize ans » [ 7 ]… Bien peu nous importe en fait ! Même si MIRABEAU se vantera plus tard de cet « exploit », ... que Louise lui en tiendra rigueur, … et que tout cela constituera l’un des nombreux points de controverse d’une existence de libertin, pour le moins agitée, qui occupe encore de nos jours bien des gloseurs !!! « L’une est parée de toutes les grâces, l’autre sent l’homme. Louise devient l’héroïne de l’idylle la plus douce de la vie orageuse de MIRABEAU. Idylle scandaleuse, à peine soupçonnée par les proches, où la suavité de la tendresse fraternelle est relevée par le piment de l’inceste. L’aveu qu’en fera MIRABEAU ajoutera pour la postérité à sa réputation de débauche. Les mœurs du XVIIIème siècle n’attachaient pas de flétrissure à ces égarements du cœur dont l’hypocrisie morbide du XIXème Siècle fera une profanation », explique encore CHAUSSINAND-NOGARET dans « MIRABEAU » [ 6 ]… Cet inceste supposé donc avec Louise, Guillaume PIGEARD de GURBERT [ 8 ], dans sa « lecture » [ ou son commentaire ] du roman « Le Rideau Levé ou l’Education de Laure », semble tout à fait convaincu de son accomplissement…

« C’est dans les bras de Louise, sa sœur, alors âgée de dix sept ans et nouvellement mariée, qu’il remplit les premières pages du roman de son existence galante. Avec cette « fantaisie » avouée par MIRABEAU lui même, « voici définitivement confirmée sa réputation de débauché » [ 8 ]… Soit ! Dont acte !!!

Après Marie et Louise, la troisième sœur d'Honoré a pour prénom... Caroline !

C’est elle, Caroline, qui est la Marquise du SAILLANT ! C’est elle, Caroline, qui est une « robuste pondeuse » comme dit d’elle si « élégamment » son père, le Marquis Physiocrate… qui se veut pourtant « l’Ami des Hommes »... et qu’Honoré exècre ! « L’Ami des hommes ne fut celui ni de sa femme ni de ses enfants » jugera d’ailleurs MIRABEAU sans indulgence aucune pour l’auteur de ses jours !!! [ 6 ]…

Il reste qu’en résumé, Caroline du SAILLANT, c’est « une grosse fille bavarde et vaine, bâtie à chaux et à sable, dont le mari « M. NARQUOIS » est « chaud sans fougue et froid sans raideur » tout en faisant un enfant par an à sa femme » [ 6 ] ... Pour cette fille, ni « religieuse » ni « incestueuse », le Marquis de MIRABEAU, pourtant dans une situation financière assez périlleuse, a trouvé 80.000 livres de dot lors de son mariage en 1766 avec le très Corrézien Monsieur du SAILLANT [ 7 ]…

Voilà donc pour les trois sœurs de MIRABEAU…

Le frère d'Honoré se nomme André Boniface Louis RIQUETI, Vicomte de MIRABEAU... Et comme sa sœur Caroline, il est lui aussi installé en ... LIMOUSIN… dont il deviendra bientôt Député ( de la Noblesse du HAUT-LIMOUSIN ) ... Mais il restera plus connu dans l’Histoire sous le sobriquet de « MIRABEAU-Tonneau », qui semble en dire assez long sur son aspect physique, sans que MANCERON n’ait besoin de nous le décrire comme « ne payant pas de mine dans sa graisse malsaine » [ 7 ], ou ne le traite même de « sac à vin » (…) « cadet dégénéré réussissant par la grâce de son père à faire toutes les bêtises prêtées à son aîné en en tirant fortune et gloire » [ 9 ] …

Marié en LIMOUSIN, André-Boniface avait reçu, en dot, la Baronnie de PIERRE-BUFFIERE [ « soufflée » à son frère aîné qui en avait un temps porté le nom ] et il sera bientôt le champion tapageur du parti aristocrate à l’Assemblée qu’il égayera par ses mots d’esprit et ses facéties d’ivrogne [ 10 ]… Mais la bouteille, « cette dernière maîtresse aura sa peau en peu de temps, il démissionne de la vie avant trente-huit ans » [ 11 ]…

Les parents de « ces chers enfants » vivent, quant à eux, un litige matrimonial sans fin ! Séparés, ils s'expliquent à coups de procès... « L’Ami des hommes » a cherché à capter l’héritage de sa femme, une « épouse exécrée et depuis longtemps indépendante » [ 6 ]… C’est l’un des spectacles judiciaires permanents de cette période de fin d'Ancien Régime... Un temps la Marquise de MIRABEAU vivra d’ailleurs retirée en LIMOUSIN, chez son « tonneau » de fils... Une famille très pittoresque donc !

 

UN « FORNICATEUR OLYMPIQUE » ...   EN LIBERTE AUSSI BIEN QU’EMPRISONNE !

 

« Il ne sera question ici, ni de la vie publique, ni de la vie privée de MIRABEAU. Tout cela est trop connu », écrit en introduction à un texte de son cru qu’il a consacré aux « Diables Amoureux » parmi lesquels figure MIRABEAU, le poète Guillaume APOLLINAIRE [12 ]… Cela lui évite ainsi bien des développements à opérer quand il ose « s'attaquer » à un personnage et à une réputation de cette dimension ... même en ne s’efforçant que de considérer sa vie amoureuse !

Pour ma part je me contenterai, ici, que d’une rapide synthèse… MIRABEAU, « gros et laid », le visage défiguré par la petite vérole, devait semble-t-il ses conquêtes à sa vitalité prodigieuse... Il eût sa première aventure galante à treize ans, des amours plus ou moins secrètes avec Madame de GUEMENEE ou Madame de BUSSY, des filles et des servantes... [ 13 ]… Il avait 23 ans quand il se maria avec Emilie de MARIGNANE. Elle avait 21 ans, le mariage était un mariage d'argent et moins de deux ans après leur union Emilie signait une... reconnaissance d'adultère, qui arrangeait bien Honoré qui continuait de son côté à avoir des aventures nombreuses...

Même lorsqu'il était incarcéré pour des causes diverses, « il sautait sur l’occasion », si celle-ci venait à se présenter... car même dans ces situations « désespérées » MIRABEAU trouvait le moyen de débaucher la fille du Commandant en second du Fort de l’île de RE ou plus tard la cantinière du Château d'IF, ou encore il parvenait à entretenir des relations de « type voyeuriste » à VINCENNES ...

C’est d’ailleurs en profitant d'une permission de sortie du Fort de JOUX qu’il séduisit la jeune et jolie Sophie, l’épouse de Monsieur de MONNIER, un vieux barbon...

« La liberté de mœurs de la société aristocratique ( qu’il ne faut pas confondre avec l’ensemble de la société nobiliaire souvent rangée et même austère ) est bien établie mais la société provençale semblait surenchérir sur un comportement largement répandu » signale CHAUSSINAND-NOGARET [ 6 ], « (…) Terre des passions effrénées la PROVENCE avait à l’égard des débordements sexuels une indulgence dont pouvait se scandaliser le puritanisme d’un règne vertueux. (…) Le Marquis d’ANTONELLE ne trouve de son propre aveu le plaisir que dans « les fantaisies les plus honteuses et l’infamie des goûts les plus pervers » [ il sera plus tard membre du Tribunal Révolutionnaire puis impliqué dans le complot Babouviste… ].

Sans aller jusqu’à la dépravation la plus excessive, un biographe de MIRABEAU le qualifiera tout de même de « fornicateur Olympique » et, dans sa « lecture », PIGEARD affirmera que MIRABEAU est « un auteur érotique par excellence puisque son existence est déjà en elle même le prologue de son œuvre »… [ 8 ].

 

UNE « BELLE PLUME » LIBERTINE…   OU DU LIBERTINAGE A… LA LIBERTE !

 

La plupart des spécialistes reconnus du genre s’accordent pour dire que « L’Erotika Biblion » (1782) et « Ma Conversion ou le Libertin de Qualité » (1783) sont des oeuvres dues incontestablement à MIRABEAU... En revanche s’agissant d’autres romans, tels « Hic et Hec ou l’art de varier les plaisirs de l'amour » ou « Le Rideau levé ou l’éducation de Laure », les avis sont plus partagés, comme sur d’autres oeuvres de moindre renom… Mes éditions de poche de « Hic et Hec… » et du « Rideau levé… » portent cependant « MIRABEAU » comme en étant bien l’auteur... mais je ne suis pas un spécialiste assez éminent pour être à même de juger définitivement !!!

Il est vrai que les « libraires spéculaient sur le nom de MIRABEAU que ses démêlés avec sa famille mettaient en vedette, et lui s’enchantait de la réclame que lui faisait l’attribution de tels ouvrages scandaleux » [14 ]… Il s’avère cependant que le libertinage n’est alors pas politiquement innocent… CHAUSSINAND-NOGARET estime qu’alors « le pouvoir qui emprisonne flaire une odeur de décomposition, devine, dans le dérèglement sexuel qui frappe une partie de l’aristocratie, une source de démoralisation. Le réflexe bourgeois à venir au XIXème Siècle qui pourchassera le sexe comme le facteur principal de dissolution des sociétés est déjà en place dans cette FRANCE vertueuse du XVIIIème finissant. Le libertinage simple fantaisie aristocratique d’une société qui croit en sa légitimité devient un dangereux ferment de dissolution dans une société qui s’effrite et dont la légitimité est contestée… » [ 6 ]… La littérature libertine de son siècle est familière à MIRABEAU, il en connaît bien et les recettes et le contenu…

Son père était l’ami du Marquis d’ARGENS dont la « Thérèse philosophe » avait fait un sort à la morale, « cette grande inconnue de la Nature », et MIRABEAU savait qu’aucun écrivain du temps, les CREBILLON et les NERCIAT, les LACLOS ou VOLTAIRE n’avait échappé au libertinage littéraire… En cette période aucun discrédit ne s’attachait au genre pornographique… N’avait-il d’ailleurs pas son utilité ? Ne servait-il pas, par son incomparable diffusion, les interêts du militantisme et n’était-il pas le mieux adapté à la vulgarisation de la philosophie des Lumières ? Etre libertin, c’était être philosophe sur le mode mineur mais par sa vocation au délice et au scandale, le roman érotique débordait largement le public des œuvres graves… [ 6 ].

En prêchant la liberté sexuelle, le libertin contribue au même titre que le philosophe à l’établissement d’une « moralité naturelle », à l’épanouissement d’un individu libéré de toutes les oppressions de tous les préjugés…

« MIRABEAU pornographe ne se veut pas simple Libertin ; ce sont ses idées sur l’homme, sur les méfaits de la superstition, sur les responsabilités et les abus du pouvoir, qu’il glisse en sourdine, et parfois avec éclat, dans ses œuvres maudites pour la postérité bourgeoise et que ses biographes ont voulu ignorer, ont vouées au mépris comme le fruit vénéneux de ses fantasmes de prisonnier, ou comme la production inavouable d’un homme financièrement aux abois. Livres pour l’Enfer des bibliothèques, sans doute, et livres révolutionnaires sans doute aussi, ces petits romans érotiques qui ont attiré l’attention des poètes, BAUDELAIRE ou APOLLINAIRE, sensibles aux correspondances entre libertinage et liberté. L’auteur des « fleurs du mal » aura été des premiers à s’en aviser et à découvrir les profondes résonances de ces œuvres de contestation et de combat. « 89 aura été l’œuvre des libertins autant que des Encyclopédistes. NERCIAT, LACLOS, MIRABEAU fournissent les meilleurs documents sur l’esprit de la noblesse à cette époque » ! [ 6 ].

Le nom de MIRABEAU reste donc attaché à la littérature érotique… et Jean-Jacques PAUVERT de préciser: « l’attribution à MIRABEAU d’un certain nombre de textes plus ou moins érotiques après sa mort est un indice de la fascination particulière que cette personnalité hors du commun continuait d'exercer sur le public » [ 14 ] …

 

DES PORNOGRAPHES ENNEMIS... MIRABEAU ET SON COUSIN DE SADE ...

 

Pourtant s’il en est un qui ne semble pas du tout être fasciné par MIRABEAU, ce n’est autre que son cousin, (lointain, par leurs mères), Donatien de SADE ! Et APOLLINAIRE d’évoquer « ces deux prisonniers, qui s’estimaient si peu, l’un traitant de giton l’autre qui le considérait comme un monstre [ et qui néanmoins ] devaient jouer un rôle prépondérant dans l’histoire de l’émancipation sociale et morale de l’humanité » [ 12 ]. Tous les deux, SADE et MIRABEAU, durant leurs périodes de détention-s, passent le plus clair de leur jours en... écrivant… surtout des ouvrages licencieux... mais pas seulement ! Outre une importante correspondance, MIRABEAU, par exemple, écrit un ouvrage qui lui tient particulièrement à cœur et qui est intitulé : «  Des lettres de cachet et des prisons d’état  » ( l’ouvrage sera publié en SUISSE, en 1782 ). MIRABEAU s’attache essentiellement à y dénoncer l’arbitraire des détentions ordonnées par lettres de cachet familiales ! Mais le coup d’audace consiste surtout pour l’auteur à lier la dénonciation de l’arbitraire à une critique globale de l’absolutisme, à la cause de la liberté et d’un régime fondé sur le droit naturel et le respect des règles du bon gouvernement…

SADE et MIRABEAU entretiennent chacun depuis leur donjon des correspondances très abondantes à destination d’interlocuteurs très divers… Ignorant, au début de son « séjour  » à VINCENNES, la captivité de de SADE, et sa détention dans les mêmes lieux que lui, MIRABEAU s’interroge sur la légitimité de son emprisonnement et écrit : « de quoi suis-je coupable ? de beaucoup de fautes sans doute mais qui osera attaquer mon honneur ?... Mon père parce qu’il est le seul que je ne puisse pas repousser et couvrir d’infamie. Qu’il articule des faits et que ces faits me soient communiqués. Je l’ai demandé cent fois mais il a trop beau jeu lorsqu'il parle seul pour changer de partie (…) » … MIRABEAU, détenu par simple lettre de cachet familiale ne veut surtout pas être mis en parallèle avec SADE : « faut-il citer un de mes parents ? Pourquoi non ? La honte n’est pas personnelle ? Le Marquis de SADE condamné deux fois au supplice, et le second à être rompu vif, le Marquis de SADE exécuté en effigie, le Marquis de SADE dont les complices subalternes sont morts sur la roue, dont les forfaits étonnent les scélérats même les plus consommés. Le Marquis de SADE est Colonel, vit dans le monde, a recouvré sa liberté et en jouit, à moins que quelque nouvelle atrocité la lui ait ravie » ( lettre du 1er Janvier 1778 ) [ 12 ]…

A VINCENNES le prisonnier MIRABEAU n’a pas le « moral »... Il écrit alors à sa sœur Caroline du SAILLANT : « il est bon que l’homme soit broyé, et BACON a eu raison de le comparer aux herbes aromatiques. Mais s’il est trop broyé, tout le parfum s’exhale, il n’est plus rien » [ 9 ]… Le séjour de VINCENNES, renfermement mal supporté dans une révolte quasi permanente, ne fut pourtant pas un temps mort mais une halte laborieuse pour MIRABEAU, toute consacrée à l’étude et à la réflexion… Gabriel, dormant peu, travaillant quatorze heures par jour, trompe ses fantasmes et traduit ses rêves érotiques dans de petits ouvrages licencieux… l’influence de SADE, voisin dont il ignore longtemps la présence n’y est pour rien ! [ 6 ] …

Parfois MIRABEAU est dépressif ! Est-il également affecté par la violente altercation qui survient avec SADE en Juin 1780 ainsi que par l’échange d'injures qui suit entre les deux hommes ?

MIRABEAU écrit le 27 Juin 1780 : « (…) Monsieur de SADE a mis hier en combustion le donjon et m’a fait l’honneur en se nommant ( … ) de me dire les plus infâmes horreurs [ comme de le traiter de giton ! ]. Enfin il m’a demandé mon nom afin d’avoir le plaisir de me couper les oreilles à sa liberté. La patience m’a échappé et je lui ai dit : « mon nom est celui d’un homme d’honneur qui n’a jamais disséqué ni empoisonné des femmes, qui vous l’écrira sur le dos à coups de canne si vous n’êtes pas roué auparavant, et qui n’a de crainte d’être mis par vous en deuil sur la grève ( … ) » [ 12 ]. Fin de l’envoi !!!

Celui de SADE... comme en réplique ... n’en sera pas moins « vindicatif »... On le trouve dans « l’Histoire de Juliette ou les prospérités du vice  » [ 15 ] … Il figure dans la troisième partie de ce roman du « divin » Marquis [ qui a probablement commencé à écrire « l'Histoire de Juliette » sous le Directoire, puis qui la publiera sous le Consulat - en matière de littérature sous le manteau les dates sont souvent incertaines du fait tant des auteurs que des éditeurs qui brouillent à souhait les pistes pour échapper aux poursuites éventuelles - ]… Or donc, SADE, qui a la rancune tenace, [ il devrait y avoir pourtant prescription :MIRABEAU étant déjà décédé depuis longtemps au moment de la parution de l’ouvrage ! ], cite expressément son lointain cousin dans des termes peu flatteurs !

Quand Juliette et « la » CLAIRWILL s’aventurent dans la bibliothèque d’un moine paillard elles trouvent « L’Education de Laure » [ un écrit très souvent attribué à MIRABEAU… mais pas par SADE en tout cas ] « autre production manquée net, par de fausses considérations »… Juliette aurait pourtant trouvé « délicieux » cet « ouvrage plein d’imagination (…) si l’auteur eût prononcé l’uxoricide qu’il laisse soupçonner et l’inceste autour duquel il tourne sans cesse en ne l’avouant jamais (…). Le reste était de ces misérables petites brochures faites dans des cafés ou des bordels et qui prouvent à la fois deux vides dans leurs auteurs : celui de l’esprit et celui de l’estomac (…), je n'excepte pas même celles de MIRABEAU qui voulut être libertin pour être quelque chose et qui n’est et ne sera pourtant rien toute sa vie » [ 15 ]

Pour SADE l’Enfer se mérite en effet… Pour être Libertin il ne suffit pas d’être grand seigneur et grand débauché… Ce ne sont que des conditions favorables, sans plus. Dans le roman Sadien le titre de « Libertin » est sélectif… Esprit Audace et Imagination sont surtout indispensables en la matière selon le divin Marquis !!! [ 16 ]

Alors, dans l’esprit de SADE : «  MIRABEAU n’est rien » ! Par delà une antipathie tant épidermique que polémique ce sont des causes profondes qui séparent MIRABEAU de SADE... « Ni les prospérités du vice ni les infortunes de la vertu n’intéressent MIRABEAU. Les unes comme les autres définissent une inquiétude métaphysique qui lui est tout à fait étrangère » commente en spécialiste avertie l’essayiste Chantal THOMAS [ 16 ].

Malgré ses résonances philosophiques la littérature érotique reste pour MIRABEAU un divertissement. Privé de sa liberté, emprisonné sans jugement, sans qu’aucun terme ait été fixé à son tourment il était tout naturellement amené à s’interroger sur la nature d’un pouvoir qui s’arrogeait le droit d’interner et de maintenir sous clés des individus sans jugement… Déni de justice, arbitraire du pouvoir, négation du droit !!! [ 6 ].

 

UN AUTRE PORNOGRAPHE DANS LA FAMILLE...  MIRABEAU « TONNEAU » !

 

« Ah, ces MIRABEAU, quelle tribu !!! » … Tant de dons jetés par les fenêtres – d’argent aussi -, tant de bons mots lancés à la face du siècle, tant d’occasions saisies aux cheveux, tant d’initiatives – bonnes ou mauvaises, mais audacieuses toujours-, tant d’intelligence déployée dans les grandes et petites choses », écrit dans une note de présentation pour « la Morale des sens », ouvrage attribué au frère de MIRABEAU, et qu’il a réédité en l’an 2000, le Directeur des Editions PHEBUS [ 11 ]…

C’est lorsque Honoré, le déshonoré, est à VINCENNES que son frère, André Boniface, entre véritablement en scène… S’il admire son turbulent aîné, dont il partage le tempérament excessif, il le jalouse aussi et n’a de cesse de rivaliser avec lui auprès des dames en particulier… Profitant du séjour forcé de Gabriel Honoré à VINCENNES, il se propose de consoler Sophie. Il en tire un roman de sa façon, histoire de rappeler au monde qu’il s’entend lui aussi à taquiner les Muses après avoir honoré les nymphes. !!! [ 11 ]… Jeune homme, pas encore ivrogne obèse, il est d’ailleurs « pourvu par la nature de cette beauté physique qui faisait si cruellement défaut à son aîné » [ 6 ]…

Le livre paraît à LONDRES en 1781, [ André-Boniface n’a pas plus de vingt-cinq ans ] et il circule sous le manteau… Chacun parvient à identifier sans trop de peine les visages très réels qui se cachent derrière les masques arborés par les différents héros de l’histoire… Sophie fait son apparition tout à la fin, son géronte de mari avant elle, et Emilie de MARIGNANE, l’épouse délaissée, et Victor, le père… Un seul absent, qui pour ainsi dire occupe en creux toute la place : Gabriel Honoré que son cadet espère peut-être ainsi chasser de son horizon ! [ 11 ]… On le sait, les deux frères prendront bientôt des orientations politiques très différentes, l’un siègant avec le Tiers-état, l’autre dans les rangs de la Noblesse… « MIRABEAU, le Vicomte, a beau prétendre ne pas partager les idées de son frère, il opte spontanément pour la démocratie : baronnes, soubrettes, fille des champs, nonnains… toutes sont égales devant la seule loi qui gouverne ici les hommes ( et les femmes ) celle du désir ! » [ 11 ].

 

UN BEAU-FRERE « DEVOUE » ! LE MARI DE CAROLINE, MARQUIS DU SAILLANT…

 

Prenant appui sur mes sources, je relève qu'à plusieurs reprises on retrouve la présence du Marquis du SAILLANT aux côtés de sa belle-famille MIRABEAU dans des moments délicats pour elle… ou pour des missions particulières... entre autres menées au bénéfice d’Honoré !

Après avoir rapidement évoqués les sœurs et le frère de MIRABEAU, un mot maintenant sur son beau-frère Corrézien…

Ce Marquis était issu d’une déjà très vieille famille puisque c’est en 1378 que son aïeul Guy de LASTEYRIE avait acquis le château du SAILLANT du dernier des... COMBORN… Si ce « château » fût remanié au XVème Siècle, l’essentiel des constructions subsiste encore de nos jours, toujours en propriété de cette même famille de LASTEYRIE du SAILLANT [ 5 ], [ dont un membre, Charles, sera Ministre des Finances de la... Troisième République, et laquelle famille pourra justifier d’une alliance avec un Président de la... République : Valery GISCARD d'ESTAING ! ].

Mais revenons-en donc à l’époque du mari de Caroline du SAILLANT, durant laquelle un Roi de FRANCE ( et de NAVARRE ) règne encore pour quelque temps !

Quand MIRABEAU est « dé-donjonné » [ selon l'expression de son père ] en Décembre 1780, la détention a altéré son état de santé. Il ne tient pas debout… Il faut lui donner le bras et cela ne semble pas être de la simulation… Du SAILLANT est venu l’assister le jour de son élargissement et il lui est d’un grand secours, à la fois pratique et moral !!! «  le gros mari de Caroline », comme le nomme MANCERON, est très impressionné par l’état de son beau-frère [ 9 ]…

MIRABEAU écrit à sa sœur Caroline: « Chère amie ! Que ton bon cœur palpite ! J’ai embrassé ton mari. Je l’ai pressé dans mes bras, je me suis senti pressé dans les siens. Mes fers sont brisés et je jouis déjà du plus grand des bienfaits (…) » [ 9 ].

En Mai 1781, on retrouve du SAILLANT aux côtés d’Honoré et de l’Avocat COQUEBERT qui assistent à l’audience devant trancher l’appel d’un jugement de Mai 1777, appel formé par Madame MIRABEAU mère, relatif à son statut matrimonial...

Au Palais de Justice de PARIS, MIRABEAU fait sensation !!! C’est en effet le « revenant des prisons du Roi  », un «  homme décrété et effigié  » qui ose paraître au Palais, car condamné à mort par contumace par la Cour de BESANCON en 1777 pour « rapt de femme mariée », il avait été décapité en effigie sur la place de PONTARLIER. Le jugement demeurait encore valable ! Après quelques vingt années de procédure, le Parlement, le 18 Mai 1781, se prononce en faveur de Madame de MIRABEAU, allant dans le sens de l’avocat GERBIER, l’avocat « le plus cher de FRANCE ». La séparation des époux est prononcée définitivement aux torts du mari qui doit restituer des biens et des sommes à hauteur de sept cent mille livres. La Marquise sort dès le lendemain du Couvent des Dames de St Michel, à PARIS, où elle était retenue... Le 28 mai sa fille Louise est « libérée », quant à elle, du Couvent des Ursulines de SISTERON… « Les défendre, c’était attaquer les lettres de cachet à motif familial. Le « vent d’AMERIQUE », synonyme de « Liberté », soufflait aussi sur le Parlement ! [ 9 ]

Un ami du patriarche MIRABEAU avait un jour demandé à « l’Ami des hommes » :

-      Où est Madame la Marquise ?

-      Au couvent.

-      Et monsieur votre fils ?

-      Au couvent.

-      Et Madame votre fille de PROVENCE ?

-      Au couvent.

-      Vous avez donc entrepris de peupler les couvents ?

-      Oui Monsieur. Et si vous étiez mon fils, il y a longtemps que vous y seriez. [ 6 ]

Ce dialogue qui tenait de la ( mauvaise ) farce… n’en était pourtant pas une !!!

En 1782, du SAILLANT, que son beau-père tient pour un gendre aussi prolifique que mollasson, est envoyé en FRANCHE-COMTE pour y négocier le retrait de la plainte de de MONNIER, le mari cocu de Sophie, qu’il a introduite contre Honoré ! La négociation aboutit finalement au retrait de plainte : plus de rapt, plus de séduction, plus d'adultère… Un « accommodement miraculeux » jugera MIRABEAU qui demeure pourtant encore toujours « sous la main du Roi » et de son père, à cause de lettres de cachet, et… sans le sou ! Il écrit à Caroline : « que puis-je ? que dois-je ? Sinon prévenir son arrêt et ses prophéties [ de son père ] en m’exilant à jamais de mon pays et de ma famille » [ 17 ]… C’est une nouvelle période de doute pour Honoré ! MIRABEAU n’a pas d’argent, pas d’état, pas d’emploi. Suspect à tous, rejeté partout, il demeure cependant libre !!!

 

« NOUS SOMMES EN 1788 » SCIENCES-PO, UN ANNEAU, MIRABEAU A NOUVEAU !

 

Lorsqu’en Septembre 1977 je passai les épreuves d’un « test » sélectif pour l’admission en première année de l’Institut d’Etudes Politiques de TOULOUSE, communément baptisé « Sciences Po », le sujet de la dissertation de « culture générale » qui m’était proposé consistait à commenter cette ( petite ) phrase du dénommé Roger-Gérard SCHWARTZENBERG, alors personnalité politique d’opposition particulièrement en vue et qui émargeait à « feu » le « Mouvement des Radicaux de Gauche » [ ou M.R.G. ] : « Nous sommes en 1788 ! »…

Une crise économique naissante après les « trente glorieuses » fastes… Lendemains qui ne chantaient pas à l’issue du premier choc pétrolier de l’automne 1973… Rigueur économique impopulaire et renforcée imposée par un premier « plan BARRE » en 1976… Régime Giscardien dérivant vers des tendances monarchistes prononcées… Législatives en préparation pour 1978, qui pouvaient conduire à une crise majeure de la Cinquième République [ la Cohabitation était une notion subtile encore inconnue ]…

Qu’avais-je alors bien pu « raconter » à ma copie et coucher sur la feuille blanche dans le grand Amphi de l’Université des Sciences Sociales de TOULOUSE en cette matinée ensoleillée qui encourageait plus un jeune homme au farniente qu’à l’effort de réflexion ?... La crise des subsistances ... La convocation des Etats Généraux... Les difficultés gouvernementales de NECKER... ??? Tout cela mis en parallèle et mixé dans des développements ampoulés et truffés d’anachronisme? Je ne sais plus ! … Au final ma copie n’avait pourtant pas du trop déplaire à un correcteur plus ou moins concentré sur des lignes de potache puisque ce « test » s’avéra… positif !!!

En 1788 donc, puisque nous y sommes, alors que suite à un Décret Royal du 8 Août 1788 on annonce partout dans le pays la prochaine Convocation des Etats Généraux, MIRABEAU ne se contient plus de joie et, pendant l’été, il écrit : « c’est un pas d'un Siècle que la Nation a fait en vingt-quatre heures  » [ 1 ]…

A-t-il encore foi en la politique ? Le même n’écrivait-il pas quelques onze années auparavant : «  la politique dont je faisais mon étude la plus sérieuse me dégoûte. Je ne puis supporter que les hommes fassent tant de sacrifices et commettent tant de crimes pour des intérêts qui me paraissent si petits ! » [ 8 ].

C’est en 1788, aussi, que le roman « Le Rideau Levé ou l'Education de Laure » est publié [ 18 ]… L’ouvrage débute ainsi : « je t’envoie, cher Chevalier, un petit manuscrit gaillard ». L’ouvrage est-il de MIRABEAU comme le pense avec bien d’autres ABRAMOVICI ? En tout cas le « Libertin » Honoré va maintenant devoir se muer en défenseur de la « Liberté » !!! Après les discours littéraires, il est l’heure maintenant pour lui de passer à l’action politique concrète !

Où en sont les MIRABEAU en cette fin d’été 1788 ? Le père et le fils aîné sont alors « deux monstres de l’époque, usés, épuisés par les coups qu’ils se sont infligés leur vie durant, le père ruiné par ses trente procès et la haine de sa femme, le fils à bout du rouleau à force de débauche et de génie  », estime Claude MANCERON [ 19 ] …

Honoré va donc devoir se débrouiller tout seul pour se faire élire, sans argent et sans l’appui paternel qui lui aurait sans doute mis droit le pied à l'étrier parmi les autres féodaux de PROVENCE... De plus il est en butte à la haine aiguë de la Noblesse Aixoise inspirée par sa belle famille de MARIGNANE... Honoré n’a guère le choix ! Il optera donc « naturellement » pour le Tiers !!!

Mais « nos » DUFAURE où en sont-ils, eux, en 1788, à ALLASSAC dans leur lointaine « province enclavée et reculée » du LIMOUSIN « profond »?

Les aurions-nous donc oubliés ? Bien évidemment non !!!

Même « durant un long séjour auprès de sa sœur » au SAILLANT, Honoré de MIRABEAU n’a pas pu être en mesure de déshonorer toutes les jeunes filles de la contrée d’ALLASSAC… Une contrée, – et des jeunes filles -, dont le Marquis du SAILLANT, son beau-frère, est le «  Co-seigneur  »…  [ 20 ].

« Que diable ! On se rouille à la campagne: on y parle mœurs, vertu, honnêteté, honneur. On y trouve jusqu’à des femmes estimables. Ces gens là m’auraient gâté », philosophait d’ailleurs, cyniquement, le « Libertin de Qualité » héros du roman ! [ 4 ]

Marie VERVY est-elle une « jeune fille estimable », honnête et vertueuse ? … A l’époque, déjà lointaine, du séjour d’Honoré chez sa sœur au SAILLANT, Marie VERVY n’était vraisemblablement pas encore nubile et elle ne devait guère pouvoir être en mesure d’intéresser le « provençal débauché » qui en avait déjà vu bien d’autres !!! …

C’est suivant contrat de mariage en date du 28 Janvier 1788, expédié en forme par BONNELYE, Notaire, qu’Elie DUFAURE [ qui sera dans presque quarante années le grand père de Maître Elie DUFAURE… ] se marie avec « Marie VERVY, fille de Jean VERVY, des BORDERIES, paroisse d'ALLASSAC, et de Catherine d'EYZAC ». Il est « assisté audit contrat par Elie MOUNEYRAC, Notaire, son oncle maternel, et Pierre DUFAURE, son oncle paternel, habitant de la Ville de BRIVE »... Ce sont des données que leur petit-fils Elie retranscrira bien plus tard avec un très grand soin ! Lesquelles sont maintenant, grâce à lui, parvenues jusqu’à nous…

Les arrière-grands parents de « notre » Elie s’étaient eux mariés en 1767… Jacques du FAURE, fils d’autre Elie et de Marguerite BONNEFON avait épousé Catherine MOUNEYRAC, fille de Bernard MOUNEYRAC, Notaire Royal, et de Marie Anne PEYRAUDIE. Le frère aîné de Catherine s’était quant à lui allié en 1751 avec Pétronille DALBY de GENOUILLAC…

Les BONNELYE, DEYZAC, MOUNEYRAC, DALBY ... Retenons bien ces noms, d’ores et déjà, car ces personnages et leurs patronymes, vont incessamment se retrouver mêlés au cœur des nombreux évènements « Révolutionnaires » qui vont «  secouer  » incessamment ALLASSAC et toute sa contrée !

Mais... Encore un peu de patience !... Nous ne sommes en effet encore qu’en 1788 !

Soyez heureux en ménage, Elie et Marie ! Evitez les errements conjugaux des parents d’Honoré de MIRABEAU, et les frasques adultères de leur fils... Vivez en harmonie ! Ayez beaucoup d'enfants ! [ ils auront pour prénoms : Louis... Pierre... François... Suzanne ... [ puis autre ] Pierre – qui sera le père de «  notre Elie » - ... et encore Jean Baptiste... ! ]

Mais quels orages grondent à l'horizon ? Ceux des changements politiques qui s’amorcent ? Ceux des cieux qui viennent à nouveau d’assombrir le ciel quand l’on regarde du côté du SAILLANT, et qui n’annoncent que dommages et calamités ???

 

CALAMITES AGRICOLES REITEREES : HIVER 88-89 ET CRISE DES SUBSISTANCES

 

Alors qu’il doit désormais subvenir aux besoins de son jeune ménage, le nouveau marié Elie DUFAURE se trouve confronté à une conjoncture très défavorable qu’il lui faut affronter avec beaucoup de détermination !

Les données ne sont en effet guère favorables pour la paysannerie, tant sur le plan de la météorologie que sur celui de l’économie, en cette fin des années 1780…

La petite ville d’ALLASSAC domine alors une contrée principalement agricole... Les trois quarts du territoire sont mis en culture et consacrés à des productions variées : châtaignes et seigle essentiellement dans les parties Nord et Est de la Paroisse, vignes sur les coteaux, froment et fruits ailleurs... [ 20 ].

Le vignoble couvre à lui tout seul environ 30 % du terroir cultivé d’ALLASSAC ! ... La vigne est donc une source de revenu importante dans le secteur, or c’est une culture qui est particulièrement fragile et très sensible aux aléas météorologiques. Le 4 Août 1783, puis le 25 Juin 1785, des orages très violents suivis d’inondations importantes détruisent entre un et deux tiers des vignes et provoquent la ruine de nombreux vignerons locaux ! [ 20 ] Or on connaît le temps prolongé qui est nécessaire à une vigne pour atteindre à nouveau sa pleine maturité après une replantation !!!

La période qui précède l’explosion Révolutionnaire est une période de crise économique aggravée... Paradoxalement au début du règne de LOUIS XVI il y a eu tout d’abord de « trop bonnes » récoltes, en particulier en matière viticole, qui ont entraîné une « déplorable » baisse des prix ainsi qu’une déflation préjudiciable… Mais les « mauvaises années » qui suivent ne permettent pas de rétablir l’équilibre économique et elles vont conduire à une inflation qui s’avèrera évidemment tout aussi néfaste !

Entre les années 1785 et 1789, la hausse des prix constatée est importante : pour le froment 66 %, 71 % pour le seigle, 67 % pour la viande...

Le cas du vin est un peu particulier: + 14 %… seulement !!! Cette baisse du profit viticole s’avère donc d’autant plus grave que bien souvent les vignerons sont spécialisés et ne produisent pas de... céréales !!! Or on le sait, la part du pain est prépondérante dans l’alimentation des populations à cette époque... et donc, quand il est possible de s’en offrir, dans le budget populaire, la part du budget moyen consacré à l'achat du pain passe de 58 % à ... 88 % au début de 1789 !!!  Comptons bien il ne reste alors, en moyenne, que 12 % du revenu pour couvrir les autres dépenses ! Si la hausse du coût de la vie qui sévit, épargne encore les catégories aisées elle accable déjà le petit peuple [ 21 ]. Jours sombres en ALLASSAC !!!

Une nouvelle crise « cyclique », brutale et violente, est donc venue s’ajouter au marasme général ! En 1785 une épizootie a anéanti une grande partie du cheptel Français... En 1788 s’amorce une grave crise des subsistances : la récolte est mauvaise [ 22 ] ... L'été de 1788 est une saison très humide avec de violents orages de grêle qui détruisent une bonne part des récoltes de céréales alors que, par ailleurs, la mévente du vin perdure [ 23 ]. L’hiver 1788 - 1789 est si rigoureux, comme je le lis, que même « les châtaignes avaient gelé » en DORDOGNE, et que « les plus vieux parmi les villageois, rassemblant leurs souvenirs, faisaient remonter à 80 ans en arrière le récit de désastres comparables » !!! [ 24 ]

En Février 1789 MIRABEAU se trouve à AIX en PROVENCE et, pour lui aussi, le souffle du Mistral est glacial ! Il écrit à son père : « on dirait que l’Ange Exterminateur a frappé l’espèce humaine d’une extrémité du Royaume à l’autre. Tous les fléaux sont déchaînés. J’ai trouvé partout des hommes morts de froid et de faim, souvent le pain à cinq sous la livre, jamais à moins de trois sous sept deniers. On périt d’ailleurs de misère au milieu du blé, faute de farine. Tous les moulins sont gelés » [ 19 ] ...

A PARIS, la SEINE est, elle aussi, gelée et ce depuis le 20 Novembre 1788, au point de pouvoir être franchie à pied ! Elle ne commencera à dégeler qu'à compter du 20 Janvier 1789 !

En 1789, le printemps, moment toujours critique de la soudure, est une période de crise de disette et de cherté des grains particulièrement sévère réduisant le revenu des paysans aisés et mettant en cause la vie même des plus pauvres… le syndicalisme agricole contemporain appellerait aujourd’hui l’attention des pouvoirs publics sur la situation des « jeunes qui s’installent » [ tel le serait précisément… le jeune Allassacois Elie DUFAURE ! ] et les charges « insupportables » qu’ils supportent. Les prélèvements seigneuriaux ( champart ) et ecclésiastiques ( dîmes ), certes réduits en valeur absolue par la réduction de la récolte représentent cependant en cas de disette une part proportionnellement accrue des biens disponibles du paysan et ils s'avèrent donc encore moins supportables pour lui que d’habitude [ 23 ].

En LIMOUSIN, la dîme, les cens et rentes seigneuriales absorbent 20% du revenu et les impositions Royales 40%… Les habitants se plaignent d’être plus chargés que leurs voisins… Il ne reste au propriétaire que 40% de son revenu et 20% quand il le partage avec un métayer… Un petit domaine de 8 à 15 hectares rapporte en moyenne 150 livres et en somme il ne reste plus à dépenser que… 25 à 30 livres par an ! [ 10 ]

Les temps sont durs !!! Blottissez vous bien contre votre jeune époux, jeune dame Marie DUFAURE née VERVY ! Il vous protègera sans doute du froid vif durant la nuit… mais aussi certainement des échauffourées qui pourraient survenir durant la journée ! « Le vent hurle… « Per aquo, per aquo » « Qu’avem fat al bon diéo nos autres » [ 25 ]… « Le ciel lui même sembla se mettre de la partie pour accélérer le processus Révolutionnaire » remarque le Corrézien Claude MICHELET évoquant l’exceptionnelle averse de grêle qui détruisit toutes les récoltes dans une grande partie de la France et qui survint le 13 Juillet [ ! ] 1788, celle qui « ne fut sûrement pas étrangère à ce dramatique manque de pain qui, dans les mois suivants, généra un peu partout des émeutes de plus en plus difficiles à maîtriser  » [ 26 ] …

Le fantôme de la disette est réapparu et avec lui un climat de violence exacerbée ! Or, un cinquième au moins de la population peut à ce moment là être rangée au nombre des indigents, ce qui constitue un facteur évident d’instabilité sociale !!!

 

EMEUTES «  EN ALLASSAC  » ... ET AILLEURS ... COMME PARTOUT … !

 

Déjà en 1769 - 1770 de violentes émeutes frumentaires avaient eu lieu en LIMOUSIN, mais elles n’avaient pas eu pour conséquence de bouleverser l’ordre social. A La fin des années 1780, la situation générale devient à nouveau « explosive » ! Ainsi que l’écrit Jean-Louis LASCAUX, pour ALLASSAC, les mauvaises récoltes et les intempéries de 1783,1785 et 1788 « accumulent des haines et des rancunes » [ 20 ]…

Ces haines et ces rancunes affectent même les notables d’ALLASSAC dans le cadre de leurs luttes intestines pour la conquête ou la conservation d’une parcelle de leur pouvoir…

LASCAUX a relevé le nom des principaux notables, désignés sur les cahiers de doléances en tant que « Bourgeois », et qui gèrent déjà, avec le Syndic, la vie de la Paroisse d'ALLASSAC...

Cette liste est la suivante : « Jean TOURON et Jean VAYNE, Avocats en la Cour, Pierre DEYZAC, Notaire et Consul, Elie MOUNEYRAC, Notaire Royal, Estienne Barthélemy DEYZAC, Notaire Royal, Jean LASCAUX, Notaire et Juge, Eymard BOSREDON et François SAUVAGE, tous deux Sergents Royaux, Jean Baptiste DALBY, Bernard CRUVEILHER, Louis Vincent CLEDAT, Joseph AGUIRE, Jean BORDAS, Jean VEROU, Jean CHOUZENOUX » [ 20 ]… [ Rappelons qu’Elie MOUNEYRAC, Notaire Royal, est l’oncle maternel d’Elie DUFAURE et donc l’arrière grand oncle de mon arrière arrière grand oncle Elie DUFAURE, puîné !!! J’ai fait figurer en caractères italiques les personnalités issues de familles qui ont des liens d’alliance avec la famille DUFAURE, ceux-ci apparaissant établis avec suffisamment de précisions dans la Notice d’Elie DUFAURE pour écarter les forts risques, toujours possibles cependant, d’homonymie... Je ne peux que constater, comme vous, la présence de plusieurs « alliés » dans cette liste des notables principaux de la bourgade d’ALLASSAC, laquelle ne comprend toutefois pas, encore, à cette époque de... DUFAURE ! ] …

Cette « bourgeoisie » Allassacoise est composée de « propriétaires aisés ». Ils ont pu acheter des Charges ou des Offices... Notaires Royaux, Greffiers, Huissiers, Consuls, Procureurs, Sergents Royaux [ Elie DUFAURE donne dans sa Notice Eymard BOSREDON comme étant « Huissier à la résidence d’ALLASSAC » ] ...

Ils forment un groupe fermé « tant au niveau des mariages que des successions »[ 20 ] [ Cette remarque de LASCAUX se vérifie pleinement à l’examen des données très précises contenues dans la Notice d'Elie et qu’il a consignées fidèlement, particulièrement quant aux alliances qu’il est en mesure d’établir et de constater ! ].

La bourgeoisie Allassacoise est « loin de former cependant un groupe homogène ». Elle est même parcourue de fortes rivalités, qui peuvent s’exprimer avec violence comme ce fut le cas en Août 1787, lors d’assemblées tenues pour la désignation du responsable des écoles après la démission de Jean TREUIL. Léonard BONNELYE voit alors sa charge de « Syndic à vie » remise en cause par une fraction de l’assemblée, soutenue en sous-main par LASCAUX, Juge des de LAMAZE…

Que se passe-t-il donc exactement alors ? Les Archives de la CORREZE conservent des pièces sous la rubrique: « Emeutes à ALLASSAC 1787 » ce qui signifie que les évènements ont été assez sérieux pour faire l'objet de consignations écrites ! [ 20 ].

Des émeutes, en 1788 et 1789, éclatent un peu partout dans le Royaume... générées parfois par des rivalités locales, comme à ALLASSAC, plus souvent par un mécontentement vis à vis du Gouvernement, [ et ce malgré de fréquents changements de Ministres auxquels doit se résoudre Louis XVI ... Congédié TURGOT, chassé NECKER, remercié CALONNE, exit LOMENIE de BRIENNE... ], et toujours sous-tendues par la question cruciale et primordiale des subsistances !

En CORREZE, en Avril 1789, des incidents ont lieu à MEYMAC... à EGLETONS, à Saint HILAIRE-FOISSAC... à BORT... Puis, les émeutes se poursuivent en Haut-LIMOUSIN... LIMOGES en Mai 1789, puis Saint LEONARD en Juin 1789… [ 24 ].

Jean BOUTIER [ 24 ] estime que « l’élément moteur est sans conteste d’ordre politique. La décision Royale d’août 1788, en favorisant le relâchement des contraintes séculaires, inaugure une dynamique contestatrice voire Révolutionnaire  » … « Les émeutes grondent dans le Pays tout entier... Un jour à RENNES, une autre fois à PAU ou à GRENOBLE. Et toujours en arrière plan flotte la peur de la disette  », renchérit Claude MICHELET [ 26 ]…

Fin Août 1788, le Roi rappelle NECKER aux affaires. Il s’ensuit un accès de fièvre quasi-immédiat dans tout le Royaume de FRANCE !

Au centre de PARIS, le quartier du Pont-Neuf en est le témoin principal… « Pendant trois jours », rapporte un journal de l’époque, « l’on a tiré des fusées et autres feux d’artifice au Palais-Royal et à la Place Dauphine (…). Le peuple força même les habitants de ce quartier à illuminer leurs maisons (…) et il cassa les vitres de celles qui n’étaient pas éclairées  »... Les choses se gâtent lorsque « des filous, mêlés à cette populace commencent à piller les boutiques, ils retirent l’argent des passants sous prétexte d'acheter des artifices  » ! [ Eh bien non ! Ce ne sont pas des jeunes des banlieues de nos ensembles urbains contemporains agissant en bandes organisées... même si cela peut y ressembler ! L'histoire ne bégaye-t-elle pas parfois ? ] …

La tension progresse encore d’un cran quand « commence un tumulte affreux, occasionné par une irruption soudaine de la jeunesse secondée par une populace nombreuse qui fait diverses tentatives pour forcer la Garde et s’emparer de la Place Dauphine (…). On rapportera le lendemain que de toutes parts dans les environs du Palais, de la Place Dauphine, sur le Pont-Neuf et sur les quais, la populace avait fait contre le Guet, à coup de pierres et de bâtons une espèce de guerre qui avait duré une bonne partie de la nuit » [ 19 ] …

Scènes d'émeutes urbaines !!! A la mi-Septembre 1788, quelques jours après, en ces mêmes lieux, les troubles reprennent de plus en plus forts et menaçants... Pendant deux jours ( 15 et 16 Septembre ) les forces de l’ordre laissent le Pont-Neuf servir d’exutoire à la liesse populaire... La statue d’HENRI IV devient un lieu de « culte sauvage »... Et les mémorialistes nous parlent de la « jeunesse de la Place Dauphine et du quartier du Palais  » comme d'une personne sociale qui « atteint à une identité collective, avant tous les autres quartiers »... On ose même promener un mannequin, censé représenter le Garde des Sceaux, en divers endroits, puis le brûler ensuite en Place de Grève [ 19 ].

[ A ALLASSAC, le jeune marié Elie DUFAURE, n’ayant qu’une perception partielle et localisée des mouvements qui sous-tendent la société, et étant surtout préoccupé par la « quête de son pain quotidien », peut-il un seul instant se douter que son petit-fils Elie DUFAURE sera, dans plus d’un demi-siècle, un résident permanent de ce quartier du Pont-Neuf si emblématique de la vie sociale Parisienne ? ! ]…

Le 17 Septembre les évènements du Pont-Neuf s’accélèrent et la troupe donne ! Elle sabre et bastonne sans merci ! Le nombre des victimes s'élèverait à 80 ... « impossible de vérifier ce chiffre » affirme MANCERON… [ 19 ]…

Les « émeutes du Pont-Neuf » resteront dans l’Histoire, mais à un degré moindre tout de même que celles du « Faubourg Saint Antoine » les 27 et 28 Avril 1789… qui demeurent parmi les plus symboliques des troubles « pré-Révolutionnaires » survenus dans le Royaume…

Le nombre des victimes de ces émeutes sera là encore tout aussi délicat à établir... Depuis vingt-cinq selon les Commissaires du Châtelet… jusqu’à neuf cent selon le Marquis de SILLERY, qui, il est vrai, s’informait surtout dans les jardins du Palais-Royal ! [ 19 ]. Seule certitude : douze tués et quatre-vingt blessés figurent du côté des « forces de l'ordre »… ce qui laisserait supposer vraisemblablement dix fois plus de victimes civiles !!! Jacques GODECHOT, spécialiste universellement reconnu de la « Révolution Française », et qui fut mon Professeur d’Histoire Contemporaine à « Sciences-Po TOULOUSE », a estimé le nombre des victimes à trois cent morts au total… Il s’agirait donc des évènements parmi les plus sanglants de toute la période Révolutionnaire ... après la prise des Tuileries ( 10 Août 1792 ) environ mille tués, loin devant la prise de la Bastille ( 14 Juillet 1789 ) : 98 morts du côté des assaillants et huit parmi les défenseurs y compris le Gouverneur… [ Signalons ici également les « Massacres de Septembre » 1792 - 900 victimes - puis la répression au canon du 13 Vendémiaire An IV … ].

Les émeutes du Faubourg Saint Antoine surviennent alors que le Marquis de FERRIERES arrive de sa province après son élection par le Bailliage de SAUMUR. Il note dans son carnet: « tandis que l’on s’égorge à PARIS, on s’occupe à VERSAILLES du costume des Députés...  » [ 19 ]… Le Roi a en effet convoqué les Etats-Généraux !!!

 

LA CONSULTATION DU « BON PEUPLE » ET LES DOLEANCES DU TIERS ETAT...

 

L’Arrêt du Conseil du Roi qui convoque les Etats Généraux sollicite de « toutes les personnes instruites du Royaume (…) d’envoyer renseignements ou mémoires relatifs à la prochaine convocation des Etats Généraux »...

« Etrange procédure », commente Jean Denis BREDIN, « qui marque l’importance de l’opinion dans la Société Française et aussi la bonne volonté ou la faiblesse de la Monarchie » [ 27 ]…

Les écrits vont se multiplier dès la fin 1788 et au début de l'année 1789 ... S’ils seront innombrables les noms de plusieurs auteurs ne resteront pas longtemps inconnus : ROBESPIERRE, MOUNIER, VOLNEY ou MIRABEAU qui a recours pour ses écrits politiques à des « nègres »... car MIRABEAU n’est pas en général, lui même, l’auteur de la plupart de ses ouvrages politiques, ni même de ses discours... il se contente souvent de simplement arranger des textes préparés pour lui en y mettant des pointes et des métaphores de son cru [ 13 ], ce qui ne l’empêche pas d'être «  un homme de culture et d’aimer les intellectuels  » [ 28 ]. L’un de ses « collaborateurs », le Genevois DUMONT, dira de lui : « je n’ai pas connu d’homme qui fut plus jaloux de l’estime d’hommes qu’il estimait  » [ 28 ]...

SIEYES va apporter aussi sa réflexion et sa contribution personnelle au débat ! …

L’Abbé SIEYES a d’abord « reçu la prêtrise » en 1772 , puis il est devenu le secrétaire et le protégé de Monseigneur deLUBERSAC, l’évêque de CHARTRES. [ Notons avec intérêt que ce prélat a pour cousins, Charles-François de LUBERSAC, Prieur de la Collégiale de BRIVE, qui présidera en Mars 1789 l’assemblée du Clergé des trois Sénéchaussées du Bas-LIMOUSIN à TULLE, et Adrien-Jean, Baron de LUBERSAC, Grand Sénéchal d'Epée du Bas-LIMOUSIN [ 23 ] ]… SIEYES est ensuite devenu Vicaire Général de l’Evêque de CHARTES.

C’est en Janvier 1789 que l’Abbé SIEYES publie « Qu’est ce que le Tiers état ?  » dont le plan, qui est exposé dès l’introduction, demeure particulièrement fameux :

                        1° ) Qu’est ce que le Tiers état ?  - TOUT !

                        2° ) Qu’a-t-il été jusqu'à présent dans l’ordre politique ?  - RIEN !

                        3° ) Que demande-t-il ?  - A DEVENIR QUELQUE CHOSE !

Ce texte audacieux passe rapidement de mains en mains : « Avez vous lu le Tiers ? »... on s'aborde ainsi au café, dans les rues des villes. On en fait des lectures publiques dans les lieux à la mode ! [ 27 ] .

Le 20 Février 1789, Eymard BOSREDON, « Huissier Royal d’ALLASSAC » [ LASCAUX confirme cette affirmation d’Elie ], conformément aux Ordonnances Royales, accuse réception des documents devant être lus au prône par le Curé et qui demandent aux habitants de se réunir pour rédiger le cahier de doléances de la Paroisse [ 20 ]… « Sa Majesté  », proclame ce règlement, «  désire que des extrémités de son Royaume et des habitations les moins connues, [ de VERSAILLES… jusqu’au Barri de la Grande Fontaine d’ALLASSAC donc ! ], chacun fut assuré de faire parvenir jusqu’à elle ses vœux et ses réclamations  » [ Extrait du Règlement Electoral du 24 Janvier 1789 ]…

Eymard BOSREDON a adressé une copie des documents au Syndic Léonard BONNEYLIE, et, le Dimanche 22 Février 1789, après lecture des Ordonnances Royales par le Curé Jean Michel de LACHASSAGNE, en présence de ses deux Vicaires, l’assemblée se réunit, sous la Présidence du Juge d’ALLASSAC François LACHEZE… Cinquante-six habitants sont présents, « tous nés français, âgés de 25 ans, compris sur les rolles des impositions », qui déclarent vouloir rédiger le cahier mais qui demandent un report pour cela au Vendredi 27 Février... devant le nombre trop peu important de participants...

Alors que s’écoule à ALLASSAC le « délai de réflexion » sollicité, le 23 Février 1789 MIRABEAU écrit à l’Abbé SIEYES pour le remercier de l’envoi de sa brochure « Qu’est ce que le Tiers-état ?  » et MIRABEAU de s’exclamer : « il y a donc un homme en FRANCE !!! »… SIEYES a en effet porté au comble l’audace et la provocation…

« Le Tiers suffit à tout ce qu’on peut espérer d’une Assemblée Nationale ! » a en effet écrit SIEYES, excluant les ordres privilégiés et ne leur laissant pour perspective que de pouvoir... rejoindre le Tiers ! [ 27 ]. C’est une phrase Révolutionnaire ! Rien moins !. A ALLASSAC une seconde assemblée se tient le 27 Février 1789 mais cette fois seules cinquante-neuf personnes y participent... Guère plus de participation que la première fois donc ! [ … Et l’on parle aujourd’hui de « déficit démocratique » et du manque de participation des Citoyens à la vie publique en constatant et en déplorant des taux élevés d’abstentions lors des scrutins ! Les « Sujets » d’alors semblaient eux aussi bien... « timorés » à ALLASSAC au moment de s’exprimer et on ne pouvait pas les considérer comme « blasés » par des consultations excessives ! ]...

Alors, à nouveau, une nouvelle assemblée est convoquée pour le Dimanche 1er Mars à 8 Heures du matin ... et cette fois... soixante-dix Allassacois se réunissent sous la Présidence de Léonard BONNEYLIE, Syndic, qui supplée le Juge LACHEZE, absent... Soixante-dix personnes sont présentes [ des hommes ! ] mais aussi « d’autres en grand nombre  » [ femmes, jeunes gens ? ], selon le Procès Verbal de la réunion ! [ 20 ]

 

LES DOLEANCES ALLASSACOISES... ET LIMOUSINES !

 

Un cahier de vingt-quatre articles est rédigé pour la Paroisse D’ALLASSAC… « Sans grande originalité (…) il faut cependant remarquer les articles 23 et 24 [ qui demandent que ] les premières places ecclésiastiques, civiles et militaires  » ne dépendent que du seul mérite. Une revendication typiquement « bourgeoise » apprécie LASCAUX [ 20 ]… [ Cette « revendication » sera d’ailleurs reprise dans le dernier alinéa de l'article six de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 Août 1789... qui proclamera l’égalité pour l'accès des Citoyens aux emplois publics, « sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents » ! ].

Il est possible que le cahier des doléances Allassacoises soit la copie d’un cahier de doléances « type » « qui aurait été présenté par le Juge LACHEZE lors de la première réunion publique... », estime encore LASCAUX… [ 20 ]. Peut-être !

Cet exercice de rédaction des Cahiers crée en tout cas l’un des premiers grands mouvements d’opinion à l’échelle du Royaume tout entier...

Cinquante cahiers, sur les trois cent cinquante rédigés dans les Paroisses du Bas-LIMOUSIN, ont été conservés, dont 70 % sont issus de la Sénéchaussée d'UZERCHE, au nombre desquels figure celui de la Paroisse… d’ALLASSAC...

Il est bien certain que ces cahiers de doléances ne reflètent qu’une partie de l'opinion, voire seulement celui d’une toute petite minorité  ! … Car la politique est encore vraiment loin d’être « l’affaire de tous »... Seuls 21,4 % des chefs de famille participent aux débats dans les Paroisses du Bas-LIMOUSIN...

Les classes aisées sont par ailleurs sur-représentées : 27,7 % des « comparants » signent les cahiers soit un taux largement supérieur à celui des signatures au bas des actes de mariages qui oscille, localement, seulement entre 10 et 20 %… Seules vingt-sept personnes, sur les soixante-dix comparants, signent le cahier à ALLASSAC [ 20 ] mais c’est déjà un taux «  remarquable  » de 38,6 %… Pour la Paroisse de VIGEOIS près du tiers des délibérants payent plus de vingt livres de Taille et appartiennent donc à la paysannerie aisée ! … « Les cahiers exprimeraient donc l’opinion d’une bourgeoisie rurale et des couches supérieures de la paysannerie, alors que les paysans les plus humbles n’auraient guère eu accès à la parole ? » s’interroge Jean BOUTIER [ 24 ] . Poser cette question consiste pratiquement déjà à y répondre !

Les doléances portent essentiellement en Bas-LIMOUSIN sur le fisc royal ( 24,2 % des « unités-doléances » recensées ) puis sur le système judiciaire ( 14,3 % ). Ensuite à peu près au même niveau on trouve la demande de création d’Etats Régionaux puis celle de réunions régulières des Etats Généraux... Les droits seigneuriaux ne sont contestés qu’avec une fréquence de... 4,4 % seulement ! Un problème ressenti comme mineur ? Ou alors un problème délibérément et sciemment ignoré ? [ 24 ].

Les vingt-sept signataires d’ALLASSAC ont tous la qualité de « Bourgeois » et/ou « d’Officier de Justice »… Elie MOUNEYRAC est de leur nombre... Ces « notables », plus aisés que la plupart de leurs concitoyens ne sont-ils pas, en dépit de frustrations certaines, déjà des bénéficiaires, au moins indirects, du système en place ?

Joseph NOUAILLAC à l’examen des cahiers de doléances du Bas-LIMOUSIN relève à côté des revendications légitimes, des exagérations et des jérémiades… « Connaissant les jalousies entre Paroisses, nous ne sommes pas étonnés de voir Saint-SOLVE réclamer la suppression du Haras de POMPADOUR qui coûte 40.000 livres d’impôts supplémentaires à la Généralité et amène « la perte de la race des chevaux Limousins »… En revanche les habitants d’OBJAT n’avaient peut-être pas tort de se plaindre que le gouvernement favorisait le commerce et l’industrie au préjudice de l’agriculture »… [ 10 ].

 

DES DEPUTATIONS LOCALES DE NOTABLES…  ALLASSAC REPRESENTE !

 

ALLASSAC possède, en 1789, « 726 feux » et à ce titre peut désigner sept Députés soit un pour cent feux ! Sont alors désignés pour représenter la Paroisse : Jean TOURON, Avocat, Jean VAYNE, Avocat, Léonard BONNEYLIE, Président de l'assemblée d’ALLASSAC, Jean Baptiste DALBY, Bourgeois, Bernard CRUVEILHER, Bourgeois, Jean BORDAS, Bourgeois, et Gabriel LASTERIE, également «  Bourgeois  » [ 20 ] ! Les « Députés » d'ALLASSAC sont donc tous des Notables ! Pas d'artisans, pas de paysans, pas de vignerons !... Et pas de… DUFAURE non plus... !!!  [ Mais, au moins, trois représentants ( sur les sept ) de familles alliées aux DUFAURE !!! ]…

Au dessus des Assemblées Paroissiales se situent maintenant les Assemblées de Bailliages ou de Sénéchaussées... Les délégués des communautés rurales vont se retrouver avec ceux des villes plus importantes... Les élus ont été recrutés presque inévitablement parmi les couches aisées et instruites du Tiers ! Cet écran bourgeois va empêcher tout porte-parole paysan de parvenir jusqu’à VERSAILLES ! ( presqu’à l’exception du « père GERARD », de RENNES, dont un tableau de DAVID perpétuera, plus tard, la notoriété passagère due justement à sa qualité d'exception ! ) [ 23 ].

Les sept Députés d’ALLASSAC portent leur Cahier aux Assemblées d’UZERCHE qui se déroulent du 2 au 4 Mars 1789. Déjà, à ce stade, les Députés « paysans » sont une... curiosité !!! 4 % seulement !!! ... Cependant il est probable que les débats qui se sont ouverts ont suscité une espérance générale qui ne va aller qu’en s’amplifiant ! Le Colonel, Collongeois, BIAL écrira : « la réunion des Etats Généraux venait d’exciter toutes les passions jusqu’alors à l’état latent en discutant âprement sur les anciens privilèges et les nombreux abus sous lesquels la FRANCE succombait » [ 24 ].

A UZERCHE, ce sont 29 Délégués qui ont été désignés pour se rendre à l’Assemblée de TULLE... Léonard BONNELYE est de leur nombre [ 24 ], il y a donc un Allassacois pour s’exprimer au plus haut niveau d’une circonscription territoriale qui n’est pas encore définie en tant que telle comme étant constitutive du Département de la CORREZE ! « Je reste un brin perplexe quant à ce que dirent vraiment, pour eux et à leur place, les Bourgeois ou les Marchands qui furent chargés de transmettre leurs revendications. Mais comme tous ne savaient ni lire ni écrire et que tous (…) ne s’exprimaient que dans leur patois local, il fallait bien que quelqu’un parle pour eux ! Cela fût-il bien fait ? Çà reste à débattre » écrit Claude MICHELET [ 26 ], à propos de la sous-représentation du monde agricole dans les débats de l’été 1789 et plus largement dans les grands discours de la Révolution !

A AIX en PROVENCE, MIRABEAU, le 5 Avril 1789, est élu premier, au premier tour du scrutin ! Et il est même Quatrième au scrutin de MARSEILLE... « Il vient de recevoir, par ce sacre populaire et l’autorité de premier plan qu’il a prise dans une Région en décomposition, la revanche sur quarante années d'échec (…). Il va connaître pendant sa montée vers les Etats-Généraux un petit triomphe à la Romaine que nul autre des mille Députés ne connaîtra comme lui » [ 19 ] …

 

DE LA FORCE DES BAIONNETTES ET DE LA VOIX DE MIRABEAU … ( Mai-Juin 1789 )

 

L’Ouverture de la Session des Etats-Généraux s’effectue, religieusement, le 4 Mai 1789, et politiquement le 5 Mai 1789 ! Le choix de la date commémorative retenue ensuite ( le 5 Mai ), validée par la Troisième République, n’est pas dénué de significations politiques et symboliques ! [ 29 ]

Si NECKER a décidé du doublement du Tiers en Décembre 1788, la grave question du vote par Ordre ou par Tête n’est pas encore tranchée ! Cet enjeu est d’importance et cela n’échappe à personne !!!

Les premiers travaux traînent en longueur, et ce jusqu’à la mi-Juin, lorsque les Députés du Tiers sont rejoints par quelques « esprits éclairés » des deux autres Ordres... Et tout s’accélère d’un coup !

MIRABEAU se distingue déjà… « MIRABEAU parle, MIRABEAU écrit. Il s’agite, s’indigne, veut être partout, est partout » [ 6 ] … Le Vicomte de MIRABEAU ( André-Boniface ) , le propre frère du nouveau tribun qui est lui-même Député du LIMOUSIN dénonce publiquement à son ordre ( la Noblesse ! ) « l’éloquence dangereuse » de cet aîné dont il semblait envier le talent… « Pauvre sire au verbe haut mais à l’éloquence balbutiante, le génie de son frère l’empêchait de dormir », commente Guy CHAUSSINAND-NOGARET, « passant pour un sot dans sa famille, ses frasques, presque aussi nombreuses que celles de son frère, ne lui valaient même pas la réputation de mauvais sujet, dont à défaut d’une autre il se serait contenté. Ses attaques venimeuses contre son aîné étaient si outrées que la noblesse elle-même lui imposait silence et que son père, que les premiers succès de Gabriel avaient ramené à plus de clairvoyance, lui conseillait de se taire : « quand on a un frère comme le vôtre aux Etats Généraux, et qu’on est vous, on laisse parler son frère et on garde le silence » !!! [ 6 ]

Le 17 Juin 1789, considérant qu’ils représentent 96 % de « la Nation », les membres du Tiers se déclarent « Assemblée Nationale ». Puis le 20 Juin 1789, c’est le Serment du Jeu de Paume durant lequel les Députés du Tiers jurent de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution au Pays !!!

LOUIS XVI, lors de son discours du 23 Juin 1789, annule les décisions du Tiers des 17 et 20 Juin, et il commande à chaque ordre de siéger séparément… Mais le Roi parti, le Tiers « renforcé » décide de rester en place. Le Marquis de DREUX-BREZE revient dans la salle : « Vous avez entendu, Messieurs, l’ordre du Roi ! ». A quoi BAILLY rétorque timidement : « Monsieur je crois que la Nation assemblée ne peut recevoir d’ordres ! » ... Et alors on entend la voix puissante de MIRABEAU accourant au secours de son Président : « Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté Nationale et que nous n’en sortirons que par la puissance des baïonnettes ! » [ 30 ]. BAILLY retiendra dans ses souvenirs : « Allez dire à ceux qui vous envoient que la force des baïonnettes ne peut rien contre la volonté de la Nation » [ 19 ] ...

« MIRABEAU se lève. Sa voix s’enfle, gronde prononce les mots que tout le monde attend, jette avec superbe l’apostrophe célèbre qui décide du sort de l’Assemblée et fait de l’orateur le symbole de la Révolution : «  Monsieur, nous avons entendu les intentions qu’on a suggérées au Roi, et vous qui ne sauriez être son organe auprès des Etats-Généraux, vous qui n’avez ici, ni place, ni voix, vous n’êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant pour éviter toute équivoque et tout délai je vous déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez  demander des ordres pour employer la force, car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes », propose pour sa part CHAUSSINAND-NOGARET [ 6 ].

La phrase exacte varie selon les auteurs et elle est sujette à controverse… Peu importe, en fait, la sentence réelle... La position exprimée est claire ! MIRABEAU [ un peu « du SAILLANT » et « d’ALLASSAC » ], le héros du jour, vient de rugir pour l’éternité !!!  ... Et, de fait, rien ne sera jamais plus comme avant !!!

 

... AU PIQUE MACABRE DE LA BASTILLE  ET AUX CRIS DE SADE... ( Juillet 1789 )

 

Mais MIRABEAU n’est pas le seul à rugir !!! Et une image très forte, presque quasi-légendaire, associe l’insurrection personnelle de ( son lointain cousin ) de SADE à celle du peuple de PARIS...

Le 2 Juillet 1789 le prisonnier SADE perçoit une tension inhabituelle dans la citadelle de la Bastille... Il vient ( à nouveau ) d’être interdit de promenade... Il arrache un tuyau, s’en sert comme d’un haut-parleur et ameute les passants ! Il hurle à travers ses barreaux qu’on égorge les prisonniers derrière les murs... On parvient, non sans mal, à le faire taire ! Le Gouverneur de LAUNAY profite de l’incident pour chercher à en finir avec « l’Affaire SADE » : « Ce serait le moment », écrit-il au Ministre d'Etat, « de nous soulager de cet être que rien ne saurait réduire, sur qui aucun Officier d’Etat-Major ne peut rien gagner »... Dans la nuit du 3 Juillet 1789, la Bastille est « soulagée » de SADE... L'irréductible est conduit à CHARENTON, pour un internement à l’asile d’aliéné, où ses cris seront sans doute bien moins perturbateurs ! [ 16 ].

Cependant d’autres clameurs vont bientôt devenir plus assourdissantes encore pour les tympans et la tête de de LAUNAY !!!

Dans la journée du 14 Juillet 1789, la prise de la Bastille ne libère pas SADE mais... les sept derniers prisonniers de la forteresse… à savoir : deux aliénés, un débauché, et quatre faussaires ! [ 31 ]. Ah ! La belle affaire ! Le beau symbole !!!

RESTIF de la BRETONNE fera partie de ceux qui auront contribué à associer la Prise de la Bastille à SADE! Il écrira en 1796 à propos du Marquis « c’est cet homme à longue barbe blanche qu’on porta en triomphe en le tirant de la Bastille », puis il « remettra » cela dans son roman « L’Anti-Justine » en 1798 : « on en abhorrera davantage le vivodisséqueur [ ! ], le même qui fut tiré de la Bastille avec une longue barbe blanche, le 14 Juillet 1789... » ! [ 32 ]

Et PAUVERT de juger utile de nous préciser: « nous savons très bien que SADE qui n’a jamais eu de barbe, ni blanche, ni longue, ni courte, n’était plus à la Bastille lorsqu’elle fut prise » ! Il y a de ces légendes, parfois !!! Pourtant, « la célébration du 14 Juillet ne peut être confondue avec une commémoration Sadienne » affirme en spécialiste éclairée Chantal THOMAS [ 16 ]…

Le Marquis aurait-il apprécié le spectacle sanguinaire de l’émeute ? 98 morts parmi les assaillants, 80 blessés et quelques 7 Suisses ou Invalides tués du côté des défenseurs [ 31 ] ! Très banal en somme et toute petite hécatombe seulement au final !

« Heureusement » le Gouverneur de LAUNAY, arrêté, alors qu’il est traîné vers l’Hôtel de Ville, est lardé de coups de baïonnettes et la foule s’acharne sur lui... Un coup de pistolet l’achève... Sa tête est ensuite coupée avec un canif par un garçon boucher et elle est promenée en guise de trophée au bout d’une pique !!! [ 31 ]… C’est quand même déjà un spectacle un peu plus plaisant … Et si ce n’est pas une mise en scène Sadienne ( bien que sadique ! ) : cela y ressemble un peu !!! Non ?

Surtout si l’on envisage d’en faire le rapprochement avec les écrits du Marquis, en particulier dans « Les 120 journées...  », [ dont le manuscrit « extraordinaire » - de petites feuilles de douze centimètres collées bout à bout pour former une bande de douze Mètres dix, enroulée sur elle même – qu’il avait longtemps cru définitivement perdu avait été abandonné par SADE dans sa cellule de la Bastille lors de son extraction dans la nuit du 3 au 4 Juillet 1789 ]… Ce texte sulfureux dresse un catalogue de « passions criminelles »… Tiens, parmi les « passions criminelles de troisième classe », je note celle qui porte le numéro 75 bis: « un fustigateur scie tous les membres doucement et l’un après l'autre ». Je relève aussi le numéro 85 : « un bougre hache, sur une machine préparée, la fille en petits morceaux »... Ou encore le numéro 128 bis : « on lui fait un trou au gosier par lequel on ramène et fait passer sa langue » [ 33 ] … Oui !!! C’est presque exactement cela !!! …  Presque le sort du chef de « l’infortuné » Gouverneur de la Bastille, de LAUNAY !

Mais « la Révolution » engendrera encore bien des atrocités jusqu’à la ( si bien nommée ) période de la « Terreur » ! Des faits et actes, terribles et sanguinaires, se dérouleront ne seront pas seulement du « roman »…

En note, dans son oeuvre « Aline et VALCOUR », de SADE écrit : « notre première Législature (…) ne nous a donné que des hommes de sang (…), l’un d’eux a osé offrir une machine infernale pour trancher des têtes et plus vite et plus cruellement. Voilà les hommes que la Nation a payés, qu’elle a admirés et qu’elle a crus  » [ 34 ]… SADE moraliste et donneur de leçons : plaisant !!!

Michel DELON de commenter : « anonyme, administrative, manœuvrée par un fonctionnaire, la guillotine est l’antithèse de la machine à supplice Sadienne  » [ 34 ] … Non Donatien, ne vous en déplaise, le Docteur GUILLOTIN n’était pas un « sadique », lui !!! Joseph Ignace GUILLOTIN, médecin du Comte de PROVENCE, fut l’un des principaux rédacteurs des cahiers de doléances de PARIS et il fut élu aux Etats Généraux par le Tiers-état de PARIS… En Janvier 1790, pendant les discussions sur le nouveau système pénal, il déposa un projet qui préconisait un mode d’exécution égalitaire, unique pour le coupable quel qu’il soit : « les délits du même genre seront punis par le même genre de peine, quels que soient le rang et l’état du coupable »… En effet sous l’Ancien Régime, les châtiments étaient différents, selon les crimes ou les conditions des condamnés : on brûlait, on écartelait, on rouait pour des crimes graves, on pendait les roturiers ! GUILLOTIN en vint à proposer l’usage d’un engin « dont le jeu trancherait la tête aux criminels en un clin d’œil » [ 1 ].

En ce 14 Juillet 1789, Historique, les Députés du Tiers-état étaient consignés à VERSAILLES... Et MIRABEAU encore moins qu’eux en mesure de pouvoir se manifester... Pour cause : il assiste le jour même aux obsèques de son père, décédé le onze Juillet 1789, chez se fille Caroline, parvenu « au bout de sa misère matérielle et morale » [ 19 ]…

« En ALLASSAC », durant ce mois de Juillet 1789, la vie courante se poursuit à son rythme habituel... celui des travaux agricoles et des activités courantes... mais il n’y a plus que quelques jours de répit à vivre encore dans les campagnes !!!

 

«GRAND’PEUR  » DANS LA CAMPAGNE CORREZIENNE ... ( JUILLET-AOUT 1789 )

 

Les évènements Parisiens, au fur et à mesure que l’information se répand déclenchent une inquiétude dans les campagnes, qui ne cesse de s’amplifier... D’autant que !es récoltes s’annoncent bien souvent très correctes et quelles ne doivent donc pas être menacées par des troubles !!!

Cependant un mouvement de panique irrépressible se transmet au son du tocsin, de clocher en clocher, à travers le Pays entier pour atteindre... la [ future ] CORREZE... le 30 Juillet 1789, vers... 4 Heures du matin ! … Quelle précision !!!

C’est en effet à ce moment là que les autorités responsables de la ville d’UZERCHE sont prévenues, par une lettre du Juge de LUBERSAC, qu’environ « 10.000 hommes d’infanterie, cuirassés et bien armés (…) pillaient, dévastaient et mettaient tout à feu et à sang…  »…

Depuis UZERCHE des courriers sont dépêchés à la hâte sur BRIVE et sur TULLE...

La panique progresse à la vitesse du galop !!! …« Au total aucune Paroisse n’a pu rester à l’écart de ce farouche frémissement » écrit Jean BOUTIER [ 24 ]…

ALLASSAC... ESTIVAUX ... PERPEZAC le NOIR ... Partout les paysans s'arment et se rassemblent en vue du pire !!! Les campagnes se mobilisent... Toutes les Paroisses voisines d’UZERCHE envoient des troupes !!! Au total : 4.000 hommes accourrent ! Oui !!! 4.000 Citoyens, selon l’estimation du Comité permanent de l’Hôtel de Ville d’UZERCHE qui, comme il s’agit d'une fausse alerte, est « obligé de remercier une partie de ces Paroisses d’être venues à son secours  », et il doit ensuite « prier ces braves citoyens de se tenir sous les armes (…) prêts à partir au premier avis  » ! [ 24 ]… Mais de s’en retourner chez eux  !!!

Un témoin d’UZERCHE déclare : « cette prétendue troupe d’ennemis n’arriva point ; on montait la garde sur toutes les avenues et on envoyait des gens à la découverte mais inutilement. On ne put jamais découvrir cet ennemi : c’était une ruse imaginée par le Marquis de MIRABEAU [ ! ] et NECKER pour faire armer tous les Français…; alors on forma des gardes nationales… A UZERCHE les habitants qui composaient cette garde firent tous faire des habits bleus, parements rouges, revers blancs ; nous fîmes venir des tambours et deux superbes drapeaux de PARIS qui furent ensuite bénis dans l’église du ci-devant chapitre avec grande solennité »… [ 10 ].

Oui ! Les prétendus brigands à la solde des aristocrates et accourus pour faire une razzia des récoltes ne sont en fait que purs fantasmes !!!

« Les gens qui raisonnent ont vite compris qu’il s’agit d’une véritable expérience de mobilisation basée sur la crédulité du peuple » estime NOUAILLAC [ 10 ]. Ces « brigands », si redoutés, seraient seulement l’incarnation des pillards « séculaires » qui volaient ou brûlaient les grains, mais aussi celle des envahisseurs étrangers qui s’empresseraient d’aider le Roi de FRANCE à disperser les élus de la Nation [ 23 ], avec l’aide intéressée des tout premiers éléments « émigrés » avides de restaurer leurs fiefs et leurs droits ancestraux qui commencent à être sérieusement menacés et mis à mal en leur absence par les nouveaux « législateurs  » !!!

 

PREMIERES MESURES « REVOLUTIONNAIRES » MAIS… « CONSERVATRICES » !

 

Pendant ce temps là, à VERSAILLES, « là-haut », l’Ancien Régime rentre en agonie... Dès le 4 Août 1789, sur la suggestion de nobles libéraux et parfois ruinés ( parmi lesquels un… de NOAILLES, Louis-Marie, descendant d’une vieille famille Limousine, ancien combattant de la guerre d’AMERIQUE, partisan des idées démocratiques [ 10 ]), « l’Assemblée Nationale détruit entièrement la Féodalité » aux termes mêmes du Décret du 11 Août 1789, celui qui parachèvera la fameuse « Nuit des Egaux » et qui sera complété le 19 Juin 1791… Egalité ! Egalité ! Egalité ! La noblesse héréditaire est abolie ! Dès lors La FAYETTE devient MOTIER, MIRABEAU se mue en RIQUETI !  Egalité devant l'impôt !!! Egalité face aux charges de toute nature !!! … Grands principes certes… mais affirmés seulement !!!

En fait seules les servitudes personnelles sont abolies, et il s’ensuit que les droits pesant sur la terre ( tels cens ou champart... ) devront être rachetés  !!!

C’est pour le petit peuple des campagnes une grande déception, voire un motif d’irritation ! Oui ! Car même si ces droits sont injustes, ils sont tout de même reconnus et même considérés très officiellement comme une « propriété  »...

Et l'article 17 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen ne tarde pas, dès le 26 Août 1789, à proclamer cette fameuse « propriété  » comme étant même un droit « inviolable et sacré » ... Conservatisme exacerbé ? Conception timide et très restrictive de « l’égalité  »?

Dans l’introduction de sa Thèse de Doctorat en Droit, en 1850, Maître Elie DUFAURE déclarera vouloir « suivre la législation sur les Servitudes depuis les Origines jusqu’à la nuit du 4 Août où commença le règne de l’égalité pour toutes les parties du territoire, par l’abandon des privilèges des communes et des villes que firent leurs députés en leur nom, et celui de l’égalité civile entre les individus, par la renonciation des membres du clergé et de la noblesse à leurs privilèges »…

Pas l'ombre d'un bémol dans l’analyse d’Elie DUFAURE qui voit le commencement du « règne de l’égalité »… Bien au contraire MARX et ENGELS, peu avant en 1847, analysaient dans leur ouvrage si célèbre « le Manifeste du Parti Communiste », que « la Bourgeoisie a (…) noyé les frissons de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste » [ et, ils iront jusqu’à « oser » proposer comme première mesure radicale : « 1° Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’Etat  » car «  L’histoire (…) est l’histoire de la lutte des classes  » ! [ 35 ]

Autre contradicteur, par rapport au point de vue d’Elie DUFAURE, le « Dandy de grand chemin et hobereau Breton » Jean Edern HALLIER [ 36 ] qui écrit : « les guerres de la bourgeoisie masquaient d'autres guerres, sournoises, au sein des familles, dans le secret des études de notaires : guerres paraphées par d'obscurs traités devant le cadastre du territoire. Mais l’égalitarisme est demeuré l’aspiration la plus profonde du radicalisme rural. Les mythologies historiques affadirent ou négligèrent la nature des grandes doléances paysannes, passant directement au troisième volet de la devise nationale – « Liberté, Egalité, Fraternité » - en oubliant le second (…). Ainsi la bourgeoisie, après 1789, se contente de substituer la propriété civile à la propriété féodale car les assises du royaume reposaient précisément sur ce que la nation bourgeoise entendait s’approprier. Et la FRANCE, que sera-t-elle sinon ce royaume civil, baptisé Nation, avec ses familles et ses personnes tutélaires faisant accepter son impérialisme sous le couvert des grandes idées jacobines ? (…) »… [ 36 ]

Dès Juillet-Août 1789, « l’antagonisme fondamental de la bourgeoisie et de la paysannerie éclate (…). La bourgeoisie possédante - tous les représentants du Tiers-état en sont issus - découvre qu’elle ne peut laisser mettre en cause la propriété nobiliaire sans compromettre la permanence de ses propres biens (…). Ses concessions sont donc plus un trompe l’œil qu’une réponse aux revendications paysannes. La personne du paysan est libérée mais sa terre reste soumise aux redevances qui la grèvent et ce jusqu’à complet rachat  », analyse Edgar PISANI dans un essai intitulé « Utopie Foncière – L’Espace pour l’Homme  », qu’il avait dédié « à tous ceux à qui il faut encore enseigner que plus importe notre Terre que leur propriété » [ 37 ] [ PISANI un temps fût Préfet du Département de la HAUTE-MARNE... où il se frottera aux problèmes de propriété foncière, comme je le ferai, plus tard, en mettant en oeuvre des dispositions légales issues d’une Loi d’orientation Agricole dont il avait été jadis l’inspirateur principal ]…

MIRABEAU, dans un Discours devant l’Assemblée Constituante en date du 10 Août 1789, justifie l’importance donnée à la propriété : « je ne connais que trois manières d’exister dans la société. Il faut y être mendiant, voleur ou salarié. Le propriétaire n’est lui-même que le premier des salariés. Ce que nous appelons vulgairement sa propriété n’est autre chose que le prix que lui paye la société pour les distributions qu’il est chargé de faire aux autres individus par ses consommations et ses dépenses : les propriétaires sont les agents, les économes du corps social  » ! [ 38 ]. Qu’on est loin alors de PROUD'HON !!! … La propriété : ce n’est pas ( encore ) le vol ! Loin de là !!! Les Décrets des 5 et 11 Août 1789 confirment que la bourgeoisie Révolutionnaire veut bien libérer la personne du paysan mais aussi qu’elle veut faire respecter strictement les contrats avec la propriété. Et en cela elle se montre parfaitement en accord avec ses principes bourgeois [ 22 ] …

La désillusion est rude chez les humbles ruraux ! Car seule une minorité de paysans aisés et de propriétaires non exploitants est en mesure de pouvoir disposer des sommes nécessaires au montant du rachat éventuel des droits féodaux ! La Révolution serait-elle entièrement à refaire dès ses prémices ? Une certaine résistance s'organise déjà !!! Et « de nouveau les paysans en armes repartent à l’assaut des châteaux » [ 22 ]. Si la féodalité est détruite, sous sa forme institutionnelle et juridique, elle est en effet maintenue en sa forme économique oppressante !

« Il faut que l’on s’accoutume à distinguer ce qui appartient à la nation, d’avec ce qui appartient aux individus, et ces abstractions ont à lutter contre l’habitude » estime MIRABEAU [ 6 ]… « Les Députés du Tiers, la plupart légistes, considéraient les droits seigneuriaux comme une propriété individuelle légitime qu’on ne pouvait supprimer sans mettre en péril l’ordre bourgeois lui même  » note Albert SOBOUL [ 21 ] …

Cet aspect, voire ce paradoxe, contenu dans les réformes de 1789 est particulièrement fondamental, et il doit être ici souligné, si l’on veut bien comprendre les troubles qui vont incessamment secouer la FRANCE en général, le Bas-LIMOUSIN et ALLASSAC en particulier, dès la fin de l'année 1789 et au tout début de l'année 1790… comme nous n’allons pas tarder à le voir !

Avec les journées d’Octobre 1789, le Roi et sa famille ramenés de VERSAILLES sont placés sous la surveillance du peuple Parisien... Mais l’Assemblée l’est aussi !!! L’euphorie des premières journées Révolutionnaires est retombée et les positions commencent déjà à se radicaliser ! Marche radicale en avant vers la République ? Ou « seulement » évolution vers une Monarchie de type Constitutionnelle ?

Telle aux lendemains du 14 Juillet, une deuxième vague d’émigration se prépare déjà… dans laquelle on retrouve, en sus des nobles de la première vague, des bourgeois « modérés », inquiets de la tournure que prennent les évènements et qui n’hésitent pas à rejoindre les aristocrates en terre étrangère ! ...

Or, la Révolution ne fait encore que commencer ! …

En dépit de tout cela, l’année 1789 se termine en CORREZE sans incidents majeurs et, à ALLASSAC, il est plus que probable qu’autour des BONNEYLIE, DEYZAC, TREUIL et des autres principaux notables, un Comité ( embryon de Municipalité ) ait pu se constituer [ 20 ].

L’article 1er du Décret de l’Assemblée Nationale en date du 14 Décembre 1789 stipule en effet que les Municipalités anciennes « sont supprimées et abolies » mais que « les Officiers Municipaux actuellement en exercice continuent leurs fonctions jusqu’à ce qu’ils aient été remplacés » ! [ 39 ]…

Alors BONNEYLIE demeure le Syndic en exercice de la Paroisse d'ALLASSAC... en l'attente de prochaines élections...

 

LE MARQUIS DU SAILLANT EST AGRESSE ! PREMIER INCIDENT [ 10 Janvier 1790 ]

 

« 1790 marque pour ALLASSAC le début de l’une des périodes les plus difficiles de son histoire depuis la guerre de cent ans : avec une rupture radicale entre le Tiers et la Noblesse locale, une fracture dans la vie communautaire marquée par la marginalisation de certains bourgeois, perçus comme de véritables seigneurs par les paysans, mais également la lutte entre les différents groupes de notables locaux… », affirme LASCAUX [ 20 ]

Les différents évènements qui se déroulent à partir du début de l’année 1790, non seulement en ALLASSAC, mais aussi dans les Paroisses [ et très bientôt Communes ] voisines, sont bien la transposition à l’échelon local des troubles qui agitent déjà les sommets institutionnels de l’Etat et le peuple de la Capitale dès l'automne 1789 !

Le premier incident sérieux à ALLASSAC survient le 10 Janvier 1790 lorsqu’une bande estimée à environ trois cent individus attaque le Marquis du SAILLANT. Se retrouvant agressé et se sentant en danger, le Marquis du SAILLANT doit faire usage de la force pour se dégager ! [ 20 ]

C’est tout de même le beau-frère du « Révolutionnaire » MIRABEAU qui se retrouve personnellement pris à partie !

L’aura de MIRABEAU faiblirait-elle alors ? On le sait, celui-ci entretient déjà l’espérance de pouvoir faire triompher une politique de compromis avec l’aristocratie et la Cour… Il va bientôt devenir membre de la « Société de 1789 », avec SIEYES, la FAYETTE, TALLEYRAND, les savants LAVOISIER ou... CABANIS, CONDORCET et d’autres encore..., société qui sera fondée le 12 Avril 1790, et qui révèlera les premières divergences fondamentales de vues parmi les Jacobins qui se découvrent alors une aile droite qui pourrait aller jusqu’à développer un courant de pensée, que nombre d’entre eux, vont juger « contre-révolutionnaire »... [ 40 ]

Qui sont les agresseurs du Marquis du SAILLANT ? Très vraisemblablement : « une de ces bandes plus ou moins organisée qui se répandent dans le pays » !!! C’est l’hypothèse qui est émise par LASCAUX [ 20 ]. Elle paraît tout à fait plausible, surtout à défaut de toute autre élément de preuve !!! L’incident ne connaîtra pas, en effet, de prolongements judiciaires. Eux seuls auraient permis un approfondissement des circonstances et des faits ! Mais l’incident ne revêtira très rapidement qu’un aspect d’importance très relative eu égard à d’autres évènements plus dramatiques !

Sur les responsabilités de l’agression du Marquis du SAILLANT, j’avance ici deux autres pistes, sous forme d’hypothèse, et à toutes fins…

M’en référant toujours aux écrits de LASCAUX, je lis à propos des LASTEYRIE du SAILLANT, sous sa plume, « un de leurs illustres parents, MIRABEAU, séjournera au château du SAILLANT, laissant le souvenir d'un personnage fantasque ». Je m’interroge donc sur ce côté fantasque qui aurait peut être pu rendre impopulaire à jamais « le tribun » dans la contrée... et par la même son beau-frère serait devenu en ces temps troublés une « victime expiatoire » pour la populace de la région, qui jadis « offensée » aurait peut être également trouvé quelque « affaire de mœurs » ou « méfait » à reprocher à MIRABEAU et à venger ! Pourquoi pas ? Vengeance par rapport à des comportements hautains d’aristocrate ou des privautés de Libertin ? MIRABEAU et son beau-frère du SAILLANT « mis dans le même panier » ! ... Qui sait ?

Il existe aussi en ces temps là un fort antagonisme entre les « du SAILLANT » et les « PRADEL de LAMAZE », autre famille dominante de la Seigneurie Allassacoise... Jean-Antoine PRADEL de LAMAZE, héros de la Campagne d'ITALIE sous les ordres du Maréchal MAILLEBOIS, s’est retiré à ALLASSAC en 1775... « Homme actif et entreprenant » [ 20 ], il vit dans son château d’ALLASSAC-ROFFIGNAC. Il passe, selon LASCAUX, pour être un « noble éclairé, ami de TURGOT », et pour s’intéresser de près à l’agriculture... [ Il introduit même de nouveaux systèmes de fumures et des socs de charrues en fer à ALLASSAC ! [ 20 ] ]… Or, Il s’est déjà heurté violemment au Marquis du SAILLANT en particulier lors du projet de percement de la route reliant ALLASSAC, à la Route Royale BRIVE - LIMOGES, en passant par… PERPEZAC le NOIR... Le marquis du SAILLANT soutenait alors un projet différent et concurrent passant sur ses terres, en direction de JUILLAC ! Or, en Janvier 1790, la période est propice aux règlements de compte de « tous Ordres » et de « tout ordre » !

Les troubles faciliteraient-ils la commandite de coups de mains dirigés contre tels ou tels ? La ( petite ) noblesse en profiterait-elle pour purger des rivalités internes, avant que de faire bloc ensuite contre les forces du changement qui se révèleront de plus en plus hostiles à sa primauté ? …

 

ALLASSAC, A FEU ET A SANG ! FEU AUX BANCS ET PILLAGES [ 24 Janvier 1790 ]

 

Le 24 Janvier 1790 le sang va couler pour la première fois à ALLASSAC...

Le Curé a lu le matin au prône le Décret sur l’élection des Municipalités et a annoncé la convocation de l’assemblée de la communauté pour treize Heures. A l’issue de la dernière messe de la matinée, des « fidèles » sortent de l’église les trois bancs qui s’y trouvaient, celui des Officiers de Justice, celui de Monsieur de LAMAZE, ainsi que celui des autres co-seigneurs d’ALLASSAC [ dont les « du SAILLANT » ], auxquels il ajoutent la balustrade de Monsieur de CHINIAC, Lieutenant-Général de la Sénéchaussée d’UZERCHE et également co-seigneur d’ALLASSAC ! [ 24 ].

Malgré les représentations réitérées des Notables, ils entassent les bancs sur la place et y mettent le feu ! Il appert que « les officiers municipaux s’étaient transportés sur les lieux et ayant exhorté les mutins à se séparer, ils furent menacés d’être jetés dans les flammes... » affirmera le « Mémoire des Députés de la Ville de TULLE relatif aux troubles du Bas-LIMOUSIN », daté des 15,16 et 17 Février 1790 ! [ 20 ]…

Il semble que, confrontés à cette atmosphère « pré-insurrectionnelle », les notables d’ALLASSAC se retrouvent rapidement en proie à la panique ! Et ils finissent par se réfugier, « pour délibérer » diront-ils plus tard, dans la cour du Château de ROFFIGNAC. Ils « furent assaillis à coups de pierres et forcés de se réfugier dans la maison voisine » selon le Mémoire de Février 1790 [ 20 ].

Puis tout au long de l’après midi le tocsin ne cesse de sonner et les paysans des alentours affluent par centaines [ 24 ].

LASCAUX semble pencher pour l’existence une « bande » d’agitateurs, plus ou moins organisée, similaire à celle qui aurait agressé le Marquis du SAILLANT !  [ 20 ]…

C’est peut être le cas quant à l’origine des troubles..., mais je ne suis pas convaincu que l’audience importante que connaît l’émeute n’ait pas eu un caractère plus « spontané » encore. La crise qui naît semblerait témoigner de l’exaspération de toute une population… De nos jours lorsque des banlieues urbaines « s’enflamment », on évoque un certain « malaise social » diffus... Or, à ALLASSAC, en ce début d’année 1790, il y avait bien un « malaise social  », lequel « malaise » sera même avancé, ultérieurement, comme un motif « officiel » explicatif des faits par les témoins ou les acteurs des événements ! …

Et ce qui semblait pouvoir se produire, se réalise ! … Les esprits s’échauffent... Une dizaine de maisons nobles et bourgeoises sont forcées, pillées... !!! Celles de Jean Louis de BRUCHARD, Ecuyer, LASTEYRIE, Bourgeois, CHATRAS, Aubergiste, CLEDAT, Bourgeois, TREUIL, Bourgeois, BONNEYLIE, Notaire, DEYZAC, Notaire ! Chez ce dernier un ouvrier qui travaillait à la journée, déclarera : « ils ont absolument tout détruit » ! [ 24 ] [[ Rappelons que la famille DUFAURE est alliée avec les familles DEYZAC ( orthographe de LASCAUX ), DEIZAC ( orthographe de BOUTIER ), D’EYZAC, selon les transcriptions d’Elie DUFAURE ), qui sont présentes sur la Paroisse d’ALLASSAC... et ce sur la foi de plusieurs alliances établies et attestées ]]. Le notaire DEYZAC semble avoir été le seul membre d'une famille alliée des DUFAURE, victime directe de ces évènements de Janvier 1790…

Mais qu’exigent donc les émeutiers ? Ils exigent d’abord, sous la menace, des quittances d’arrérages pour les rentes qu’ils n'ont pas versées...

Que pillent-ils ? Eh bien, chez le « notaire et féodiste » DEYZAC on le sait exactement ! « Une fontaine d’étain fin, un chenet neuf à deux pieds et figures en cuivre jaune, trois fers à repasser, une lanterne, un arrosoir, un peson, deux lampes en cuivre, un hachereau, deux tables, quatre tamis, un hoyau, deux couvre-plats, deux cafetières, sept bouteilles, dix-huit verres, trente deux assiettes, quatre plats de fayence, sept chandeliers, quatorze cuillers, douze fourchettes d’acier, deux grandes cuillers en étain, deux cuillers en fer à tremper la soupe, une passeoire en cuivre jaune, deux écuelles, huit assiettes en étain, trois plats en étain, deux gobelets en étain, sept ou huit livres de piété ou de géométrie [ ! ], vingt cinq serviettes fines, six serviettes communes, un essuie mains, six draps de lit fins, six grands écheveaux de fil, trois nappes à ouvrage, cinq mouchoirs de mousseline, quatre mouchoirs de couleur, trois autres mouchoirs de nez [ ! ], trois mouchoirs en coton, quatre cols en mousseline, trois paires de bas en coton, plusieurs meubles [ ! ], des effets comestibles et des provisions, dont du vin [ ! ], du beurre et de l’huile d’olives », selon le relevé du Procès Verbal de Jean Joseph GILIBERT de MERLHIAC, Prévôt Général de la Maréchaussée du LIMOUSIN, établi le 15 Février 1790 ! [ 24 ]

BOUTIER commente : « c’est bien plus qu’un banal pillage. En s’appropriant des objets que seuls détiennent nobles ou bourgeois, les paysans détruisent ou redistribuent des objets qui servent principalement à distinguer...  Le pillage opère, certes, ainsi, un passage vexatoire de l’opulence à la pauvreté, mais il participe également à la destruction d’un ordre social » [ 24 ] …

 

LA GUERRE AU CHATEAU … « SUS AUX DE LAMAZE !  » [ 24 Janvier 1790 ]

 

L’attroupement de la populace « Allassacoise » se dirige ensuite en direction du château de la MOTTE-ROFFIGNAC. Combien sont présents ? Quatre cent ? Quatre mille ? Les témoignages sont contradictoires et Jean-Louis LASCAUX ne peut se déterminer [ 20 ]… Il est cependant très possible que le rassemblement soit conséquent et bien supérieur à 400 unités ! La foule exige de Jean PRADEL de LAMAZE de faire descendre les girouettes fixées sur les faîtages de son château [ La girouette constitue une sorte de trophée classique, dans le cadre des « guerres aux châteaux » de cette période ]… « Nous voulions luy rapporter la misère du tem (... ) et qu’il descendit sa jirouette », dira un assaillant [ 24 ].

Craignant de plus amples débordements, le Seigneur PRADEL de LAMAZE requiert de l’aide de la part de ses amis les plus proches qui arrivent au château dans les heures qui suivent : une troupe de vingt-deux cavaliers, avec à leur tête le Marquis de COSNAC [ « soit quelques gentilshommes de BRIVE et des environs » ] venant renforcer le clan des défenseurs qui n’est seulement fort que de PRADEL de LAMAZE, de son frère, et de ses deux fils... [ 24 ].

A la nuit tombante le château demeure soumis à un siège en règle... Les émeutiers tirent, brisent des tuiles [ ? Ou des ardoises ? ] et des vitres... Les assiégés ripostent... Bilan : deux paysans trouvent la mort !  ... Loin de se calmer les évènements s’enchaînent : une partie des assaillants cherche à enfoncer les portes du château... PRADEL de LAMAZE charge alors avec sa vingtaine de cavaliers pour disperser la foule, quand une seconde fusillade fait une quinzaine de blessés.

Ce n’est que vers 23 Heures qu’un calme précaire s’instaure. Le seigneur PRADEL envoie deux messages, l’un à UZERCHE, l’autre à BRIVE, auprès de leurs Comités, pour réclamer l’intervention et la protection de la Garde Nationale... Le Comité de BRIVE répond, dans un premier temps, qu’il ne pourra intervenir que s’il est saisi par le Comité d’ALLASSAC !

 

ENCORE DEUX JOURNEES D’AGITATION TRES SERIEUSE... [ 25 et 26 Janvier 1790 ]

 

Au matin du 25 Janvier 1790, l’un des fils de LAMAZE, surnommé « le Chevalier du Diable », en observation au sommet du donjon, fait feu sur un assiégeant. Il rate sa cible mais la balle ricoche... et atteint mortellement une femme ! La fureur des émeutiers se ranime et ils lancent alors une nouvelle attaque contre les portes, à laquelle répond une nouvelle charge à cheval des assiégés... laquelle laisse deux nouveaux morts parmi les paysans révoltés... [ 20 ] …

Et c’est dans cette ambiance « explosive » qu’arrive d’UZERCHE, vers 15 Heures, Monsieur de CHINIAC avec une douzaine de Gardes Nationaux [ 20 ], [ Quinze selon Jean BOUTIER [ 24 ] ], qui ne parviennent pas à ramener le calme et se contentent de parlementer…

Un peu plus tard arrive, enfin, la Garde Nationale de BRIVE, forte d'environ trois centaines d’hommes, avec à sa tête LIDON [ qui sera un peu plus tard un Conventionnel « Girondin » ] et... le Tambour-Major DURIEUX ! Ce dernier déclare qu'il « n’est pas fait pour garder les seigneurs » ! Il aurait aussi crié : « les nobles ( nous ) ont assez mis le pied dessus le ventre. Il faut à notre tour les écraser »… DURIEUX fait encore connaître qu’il refuse de tirer sur les insurgés ! Or ceux-ci viennent justement de dresser des échelles à l’arrière du château et commencent à y pénétrer !

Si de COSNAC et les fils de LAMAZE sont prêts à résister dans une attitude jusqu’au-boutiste, Jean PRADEL de LAMAZE qui a charge de sa femme et de sa fille de quinze ans, demande à ses amis de regagner leurs demeures et se place sous la protection de la Garde Nationale. La famille LAMAZE reste quelques heures sur la place publique d’ALLASSAC, protégée par la Garde Nationale, et assiste au début du pillage du château, avant de gagner l’une de ses résidences, située à UZERCHE, sous bonne escorte...[ 20 & 24 ] … Pendant ce temps là, le Château de la MOTTE-ROFFIGNAC, sis en plein centre d’ALLASSAC, à deux pas du Barri de la Grande Fontaine, est à son tour saccagé et pillé ! Rafle des petits objets : bibelots, vaisselle, linge ordinaire et linge fin... Bris de portes et de coffres, bris même du «  pianuforte  » de la grande salle, jets de vaisselle dans le puit ... [ 24 ].

LASCAUX évoque, à propos de ce pillage une anecdote [ puisée dans un ouvrage rédigé jadis par un descendant de la famille de LAMAZE ] ayant trait au « Chevalier du Diable » ! Ce dernier, « estimant que tout était perdu, avait placé dans le cellier du château, parmi les bouteilles, deux bouteilles d’essence de térébenthine sur lesquelles il avait collé l’étiquette « vieille eau de vie ». Une douzaine de pillards en burent et eurent, de fait, pendant plusieurs jours, de violents maux de ventre  » [ 20 ]…

Ce « Chevalier du Diable » avait-il des conceptions voisines de celles du « Divin Marquis » SADE ? Dans la quatrième partie des « 120 Journées... » parmi les « Passions criminelles de quatrième classe », je signale ici celle qui porte le numéro 55 : « un bougre ne manquait jamais d’empoisonner (…), il se servait d’une poudre qui  faisait crever au bout de deux jours dans d’horribles douleurs », et, parmi les « évènements scandaleux » qui sont censés se dérouler au Château de SILLING « le dernier mois », je lis que le 15 : « elle est empoisonnée d’une drogue qui lui brûle et déchire les entrailles, qui lui donne des convulsions épouvantables, lui fait pousser des hurlements affreux » ! [ 33 ].

Le 26 Janvier, l’attroupement perd de sa vitalité dans le bourg et les pillages s’étendent dans quelques autres villages de la Paroisse, alors que l’on érige un « mai » sur la place publique d’ALLASSAC, après avoir arraché le poteau de justice seigneurial !

Des paysans se rendent chez Jean TREUIL, Notable ( car fermier des rentes des châtellenies d’ALLASSAC ), pour qu’il paye « ceux qui ont porté le may »... Réticent, on lui fait remarquer qu’il n’a pas été pillé !!!

Placés entre le peuple et les seigneurs, la position des notables est, on le mesure, loin d’être confortable !!!

Après trois jours de désordres dans la Paroisse d’ALLASSAC, on peut maintenant en dresser un bilan sommaire : cinq morts sont attestés [ le nombre de dix est parfois avancé... Peut être à compter, ultérieurement, parmi les blessés qui ont été nombreux semble-t-il ] ... Treize arrestations sont opérées par les autorités, dont celle du Tambour-Major DURIEUX, laquelle survient à BRIVE quelques jours après, le 27 Janvier 1790. De nombreux Notables ont vu leurs biens pillés… et la principale famille Seigneuriale s’est trouvée dans l’obligation de s’exiler…

Il s’agit bien des conséquences tangibles de l’amorce de la destruction d’un certain ordre social qui, au cours de ces journées, s’est manifestée avec force !!!

Les paysans « ayant trop payé à tout le monde » dit TAINE « ne veulent plus rien payer à personne » [ 10 ]… C’est l’une des principales raisons de cette « guerre aux châteaux », qui est « particulièrement acharnée en BAS-LIMOUSIN », ainsi que des troubles, nombreux et divers, qui surviennent alors dans la région…

 

AUTRES TROUBLES SIGNIFICATIFS A PROXIMITE D’ALLASSAC... [ Janvier 1790 ]

 

Si ALLASSAC est le théâtre de très sérieux affrontements, d’autres faits, tout aussi significatifs, doivent être mentionnés également ici, car ils se déroulent dans la même zone géographique restreinte du Bas-LIMOUSIN qui nous intéresse plus particulièrement dans le cadre de ces travaux…

La séquence « classique » de destruction des bancs d’église et de plantation de « mai » se répète, fin Janvier 1790, à VOUTEZAC, à ... PERPEZAC le NOIR, mais encore aussi à ... ESTIVAUX ! [ 24 ]

Ainsi que l’indique Jean BOUTIER, « les évènements des Paroisses voisines confortent les paysans dans leur bon droit, stimulent l’émulation entre communautés, entre villages »…

Alors partout on brûle les bancs d’église, ceux qui séparent une élite du reste des fidèles, on « dé-girouette » les faîtes de leurs « signes extérieurs de fief », on plante un ou plusieurs « mai »sur la place du village comme le symbole d’une nouvelle liberté conquise ! [ Le « mai » Occitan se plantait chaque année devant la demeure du personnage le plus considéré du lieu... Désormais, il semble narguer les puissants de la veille... D’autant que le mois de Janvier ne correspond pas du tout à la période traditionnelle de plantation !!! [ 24 ] ].

Un habitant de PERPEZAC le NOIR, en Janvier 1790, déclare qu’une fois le mai planté : « il y avait apparence que les rentes seraient diminuées, que tant qu’il reste debout il n’est plus possible de percevoir les droits seigneuriaux »…

Guillaume LAPORTE, également de PERPEZAC le NOIR, relate qu’après « que le tocsin a eu sonné pendant trois fois (…) il s’y rendit [ sur la place du village ] plutôt comme à une réjouissance que pour y faire du mal, et à son arrivée il trouva qu’on avait sorti les bancs, porté le mai et mis la barrique dans une charrette pour la conduire sur la place (…). Toute la Paroisse était assemblée sur la place de PERPEZAC » [ 24 ].

Les rumeurs les plus folles courent ! Jean DAVID, Garde National de BRIVE, s’était arrêté à l’auberge du BARIOLET [ sur le territoire de la Commune de PERPEZAC ] et il s’était inquiété : « si l’on n’avoit pas reçu les papiers qui annonçaient les ordres de l’assemblée nationale et du roy de détruire les châteaux et de mettre les vicaires à la place du curé, de ne plus payer ny rente ny dîme  » ! [ 24 ]…

« Si le roy ne le permettait pas, on le feroit pas » déclare un paysan de PERPEZAC au curé de sa Paroisse ! [ 24 ]…

De retour de BRIVE, un habitant de VIGEOIS avait aussi assuré à un paroissien de PERPEZAC qu’on avait publié à BRIVE « qu’on ne devait plus payer ni rente ni dîme » ! « Un petit nombre d’habitants de BRIVE ont porté dans toutes nos campagnes leurs motions séditieuses », affirmeront les autorités municipales de PERPEZAC le NOIR, interrogées sur les « évènements », un peu plus tard [ 24 ] …

De fait les troubles de Janvier 1790 se seront manifestés et propagés essentiellement autour de la ville de BRIVE... Et plus au nord qu’au sud de la ville d’ailleurs ! [ 24 ] …

Sur la place du bourg d’ORGNAC, le 27 Janvier 1790, les paysans plantent un « mai ». Les témoins s’accordent à dire que tout a commencé au village de « COMBORT » [ le lieu-dit COMBORN ]. Une petite troupe parcourt la Paroisse, recrute à chaque village : « veny avec nous »... Etienne MARTIN déposera qu’étant « chez lui le soir à peler des châtaignes, il entendit qu’on sonnait dans la Paroisse le toxain et y accourut »...

Le rassemblement « festif » débouche le lendemain sur un pillage partiel du Monastère du GLANDIER... Le 28 Janvier 1790 les portes de la Chartreuse sont fracturées, les comestibles pillés, des meubles brisés, des chambres occupées ! La « fête » est transgression des interdits ! Etienne MARTIN, au GLANDIER, répète par deux fois que « autrefois il respectait la religion mais qu’aujourd’hui il s’en moquait ! » ... Un paysan d’ORGNAC, pris de vin, se couche dans le lit du Prieur et lui déclare qu’il « étoit autant maytre que luy et vouloit y coucher  » [ 24 ]…

Plus tard, la Garde Nationale de LUBERSAC, venue remettre de l’ordre, porte la « main au collet » de ceux qu’elle trouve en train de vagabonder aux abords du Monastère un ou deux jours après le pillage...

Au même moment, le Vicomte de MIRABEAU, « MIRABEAU Tonneau », dénonce à la tribune de l’Assemblée, dès le 28 Janvier 1790, un « soulèvement (…) [ qui ] n’est autre chose qu’une nouvelle jacquerie, c’est à dire une guerre de ceux qui n’ont rien contre ceux qui possèdent » ! …

En fait la jacquerie du Bas-LIMOUSIN qui a débuté en Janvier 1790 va cesser très rapidement, pas plus tard que le 1er Février 1790 !!!

Le coup d’arrêt survient à Saint SALVADOUR où quelques paysans venus de PERPEZAC le NOIR [ ! ] ne parviennent pas à entraîner cette Paroisse dans la révolte !

Pierre GAY, colporteur de petite quincaillerie, installé à PERPEZAC, s’était rendu à Saint SALVADOUR où il avait des parents pour annoncer que le Dimanche suivant il viendrait, en personne, « planter un mai » ! ... Ainsi « il sonnerait le tocsin, malgré le curé, vicaire, gentilhomme et tout... Il prêcherait à sa façon et si la Paroisse ne voulait pas l’aider, il viendrait avec du monde pour le secourir » ! … Las, pour lui, son expédition le 1er Février manquera le fiasco de ses folles espérances « révolutionnaires » ! [ 24 ].

Pour la rédaction de ces derniers développements, relatifs aux divers troubles de Janvier 1790, survenus en Bas-LIMOUSIN, en particulier dans le Canton de VIGEOIS, j’ai très largement emprunté à l'ouvrage de Jean BOUTIER, et dans une moindre mesure à celui de Jean Louis LASCAUX qui s’en inspire également...

J’ai opéré ces emprunts avec d’autant moins de scrupules que BOUTIER cite lui-même fréquemment dans ses propres écrits ainsi que dans sa bibliographie les ouvrages historiques de Victor de SEILHAC, rédigés dans les années 1880…

De SEILHAC qui avait été Conseiller Général de la CORREZE connaissait fort bien Maître Elie DUFAURE, suffisamment bien pour en tout cas pour lui glisser, devant un tableau représentant une « alliée » de la famille de LAROZE [ dans l’ascendance maternelle d’Elie ], la réflexion suivante « Madame de FAVIERES est ravissante » ... Maître Elie DUFAURE avait-il évoqué, jadis, avec cet interlocuteur éminent, les « révolutionnaires évènements d’ALLASSAC » en Janvier 1790 ? C’est tout à fait possible !!! De même manière les deux hommes avaient peut être évoqué également d’autres sujets historiques, Victor de SEILHAC étant aussi l’auteur d’un ouvrage biographique consacré à un autre allié « DUFAURE », en l’occurrence le Cardinal-Ministre Briviste Guillaume DUBOIS ! …

 

UNE REPRESSION MODEREE DES « PAUVRES PEISANS »…

 

« Les révoltes du Bas-LIMOUSIN (…) par leurs violences ont stupéfait les élites urbaines  », note Jean BOUTIER, et « la répression de ces émeutes paysannes est donc pour les villes une impérieuse nécessité », poursuit-t-il ! [ 24 ] … En fait la répression s’avèrera au total finalement très modérée eu égard à la relative gravité des atteintes à I’( ancien ) ordre !!!

Treize arrestations à ALLASSAC, sept au GLANDIER, deux à PERPEZAC le NOIR, une à Saint SALVADOUR, une à BRIVE ( celle du Tambour-Major DURIEUX… ), et encore... cinq à CHANTEIX et vingt-six à FAVARS ( lors de troubles semblables ) ... Au total donc, pour l’ensemble de la CORREZE : cinquante-cinq arrestations !!!

FAVARS étant une localité proche de TULLE il faut en priorité rassurer le Chef-Lieu... du Département de la CORREZE, créé par Décret du 26 Février 1790 !

Les premiers jugés sont donc les émeutiers de FAVARS... Deux condamnations à mort sont prononcées, une condamnation à trois ans de prison et sept à une année... Les paysans condamnés à mort sont ceux qui ont été surpris les armes à la main et qui ont été convaincus d’en avoir fait usage ! ... La sentence est exécutée le 25 Février 1790 sur la Place de l’Aubarède par pendaison… [ 24 ]. la guillotine, instrument technologiquement « révolutionnaire » n’est pas encore adoptée, ni généralisée et encore moins… déconcentrée !

A l’exception de celle de FAVARS, la répression des autres émeutes va connaître des délais importants, et se traduire en même temps par une lutte d'influence acharnée entre les villes de TULLE et de BRIVE, lutte qui va connaître un écho jusqu’à la tribune de l’Assemblée Nationale !

Il est vrai que l’intervention récente de MIRABEAU « tonneau » à l’Assemblée, qui s’appuyait sur une volumineuse correspondance qui lui était parvenue ( et qui dépassait le seul cadre géographique de la basse CORREZE ) avait donné d’emblée une large audience à cette « nouvelle jacquerie » provinciale !

Journaux, pamphlets, publications diverses vont contribuer très rapidement à démultiplier encore l’importance réelle des évènements...

Le 10 Février 1790, un mémoire intitulé : « Plainte des pauvres peisans du Bas Limousin » est déposé au Parlement de BORDEAUX... puis transmis à PARIS, au Comité des Rapports où il parvient le 12 Mars 1790... Ce texte est attribué aux paysans d’ALLASSAC et il fait très largement allusion aux troubles de la fin du mois de Janvier. Dans ce Mémoire, « les pauvres peisans » tentent de légitimer leur conduite ... par l’oppression dont ils étaient les victimes... « La MASE, Seigneur d’ALLASSAC (…) est dur comme du fer » (…) « Les Seigneurs (…) sont aussi cruels que les loups qui mangent nos brebis » (...) « Ils sont armés de fusils, ils tirent sur nous comme des lievres, il tue quatre homes et une femme » (…) « Venges nous, venges nous, notre bon Roy et notre bonne assemblée » [ 24 ] !

Le ton général est nettement plus violent et plus incisif que ne l’était celui du Cahier de Doléances de la Paroisse d’ALLASSAC, rédigé une année auparavant et qui avait été alors « filtré par la bourgeoisie » fait remarquer Jean BOUTIER [ 24 ].

Les auteurs du Mémoire ( demeurés pour toujours dans l’anonymat ) ont très certainement participé aux évènements d’ALLASSAC, mais rien ne dit qu’ils soient issus de cette Paroisse... L’un des objectifs poursuivis par ce mémoire visait certainement à contribuer à l’acquittement des personnes appréhendées… en particulier le Tambour Major Briviste DURIEUX...

 

LA RIVALITE EXACERBEE ENTRE LES VILLES DE BRIVE ET DE TULLE !

 

Le 11 Mars 1790, alors que les troubles de FAVARS ont été réprimés, le Procès Verbal du Corps Municipal de TULLE souligne que les « troubles se sont manifestés et propagés autour de BRIVE », concluant ainsi à la responsabilité de la ville de BRIVE quant à l’origine des révoltes...

Le 6 Mars 1790 FAYE-LACHEZE et SERRE, Députés de la Ville de BRIVE à l’Assemblée, avaient fait paraître une lettre par laquelle ils légitimaient les révoltes qui n’auraient été que réponse aux agressions seigneuriales : « dans les Paroisses où le désordre a régné, ce désordre a été le fruit ou de l’imprudence ou de la cruauté des ci-devant privilégiés »…

FAYE-LACHEZE et SERRE réussissent à convaincre la Commune de PARIS de faire intervenir, à la tribune de l’Assemblée, l’Abbé MULOT, pour exiger la « suppression des justices d'exception »... compétentes en l’occurrence pour exercer les répressions que les évènements séditieux évoqués devaient « nécessairement » appeler...

En réplique les Députés de la Ville de TULLE prononcent le 10 Avril 1790 à la tribune de l’Assemblée un discours dans lequel ils demandent que le Tribunal Prévôtal de TULLE, qui doit juger les émeutiers, puisse continuer à jouir de toutes ses prérogatives...

Les Députés de TULLE obtiennent aussi le concours d’un publiciste de talent, l’abbé et philosophe MORELLET, [ qui était un grand ami de TURGOT ... et que CABANIS fréquentait ... ! ] lequel rédige un long mémoire présenté à l'Assemblée le 12 Juin 1790 « Mémoire des Députés de la Ville de TULLE relatif aux troubles du Bas LIMOUSIN pour être mis sous les yeux de l’Assemblée Nationale » !

Ce Mémoire appelle une réplique, sous la même forme « Mémoire pour la Commune de BRIVE... », qui prolonge l’engrenage polémique quant à la juridiction compétente pour statuer sur le sort des émeutiers, en particulier sur le sort du Tambour-Major DURIEUX avec « BRIVE soutenant son innocence et TULLE sa culpabilité »[ 20 ]…

L’Abbé MORELLET se souviendra que « vers le commencement de 1790, le LIMOUSIN et l’ANGOUMOIS étaient devenus, comme beaucoup d’autres provinces, le théâtre des violences du peuple, pillant les magasins, brûlant les châteaux, coupant les bois, perçant les digues des étangs, parcourant les villages en armes et menaçant de pendre quiconque exigerait ou paierait les droits féodaux, etc. La Ville de TULLE avait pris des mesures pour réprimer ces désordres dans son territoire. La maréchaussée sous le régime des prévôtés, avait dissipé plusieurs de ces rassemblements, et arrêté un certain nombre de brigands et de vagabonds, dont quelques uns avaient été jugés prévôtalement et exécutés. Un de ces misérables, appelé DURIEUX, habitant de la Ville de BRIVE, était détenu dans les prisons de TULLE. Il s’était trouvé à la tête des insurrections qui s’étaient portées à ALASSAC [ SIC ! ], à FAVART, et à un maison appartenant à un Monsieur de CLAIRAC (…) » [ 41 ]…

Aux termes de cette bataille politique, le procès des émeutiers de FAVARS en arrivera à être révisé à la suite d’une intervention de l’Assemblée Nationale qui aura été amenée à se déterminer entre… TULLE accusant BRIVE d’être un « foyer d’insurrection » et… BRIVE accusant TULLE d’être « avide du sang du peuple » ! [ 10 ].

Par une série de Décrets successifs, l’Assemblée va décider d’éloigner les procès à venir des révoltés du théâtre de leurs actions... A LIMOGES d’abord, par une Décision du 2 Juin 1790, à BORDEAUX ensuite, par une Décision du 26 Août 1790... C’est une position qui apparaît sage et qui semble à même de calmer les esprits !

Ces péripéties juridiques ne seraient qu’anecdotiques et elles ne feraient qu’encombrer de manière superfétatoire les présents commentaires, et j’aurais pu choisir de les passer sous silence... si en fait le renvoi de la procédure DURIEUX à BORDEAUX ne devait nous conduire, par l’intermédiaire du défenseur du Tambour-Major BRIVISTE, l’Avocat VERGNIAUD, à nous intéresser à du PATY puis à CONDORCET, qui nous amèneront finalement à Georges CABANIS... tout en nous permettant de croiser à nouveau en chemin... MIRABEAU… mais aussi de faire un détour impromptu et inattendu par la « bonne ville » de... CHAUMONT en BASSIGNY, Chef-lieu du Département de la HAUTE-MARNE !

 

DE BORDEAUX A CHAUMONT !  DE VERGNIAUD ET DU PATY A « GROUCHETTE »!

 

Mais commençons notre itinéraire en partant de LIMOGES... Pierre Victurnien VERGNIAUD y naît le 31 Mai 1753, Rue du Clocher… [ Quarante années plus tard, jour pour jour, des manifestations devant la Convention, dirigées contre les députés Girondins dont VERGNIAUD sera un membre éminent et influent, hâteront leur chute rapide et leurs fins tragiques ! ] ...

Pierre Victurnien est le fils d’un commerçant Limougeaud dont les affaires tournent mal et qui se retrouve vite ruiné... Le jeune VERGNIAUD devra à l’Intendant TURGOT de pouvoir bénéficier d’une bourse qui lui permettra d’accomplir, à PARIS, de « bonnes humanités » ! Comme tant d'autres il entrera ensuite dans un Petit Séminaire... Hésitant longtemps entre le Droit et l’Eglise, VERGNIAUD cherchera sa voie ! Il a vingt-sept ans lorsqu’il quitte PARIS sans situation pour s’en retourner à LIMOGES. Son beau-frère ne tarde pas en Février 1780 à le surprendre un matin improvisant un brillant discours : « que ne prends-tu pas l’état d’avocat ? » lui suggère-t-il [ 7 ]. Avocat ??? C’est décidé !!! Mais point à PARIS ! A BORDEAUX !!! BORDEAUX, « la grande ville dont le poids et l'influence ont longtemps équilibré ceux de PARIS auprès des Limousins, leur autre Capitale !  », estime MANCERON [ 7 ] … La Province du LIMOUSIN est d’ailleurs sise dans le ressort géographique du Parlement de BORDEAUX et ce Parlement se distingue par son esprit de faction vis à vis de la Royauté ! « BORDEAUX était une terre mieux et plus tôt exposée aux rayons de la philosophie que le centre de la FRANCE » écrira plus tard LAMARTINE, dans sa célèbre « Histoire des Girondins » ( 1847 ) …

[[ Notons ici, que, du côté de l’ascendance maternelle de Maître Elie DUFAURE, on rencontre au sein de la famille de LAROZE, dont les racines sont situées à GORBAS, de SAINT AULAIRE, une branche dite par Elie : « Branche de BORDEAUX »... En 1693 Pierre de LAROZE était secrétaire de Monsieur d'ARCHE, Conseiller du Roi au Parlement de BORDEAUX… Puis Joseph Sébastien de LAROZE sera Conseiller d’Etat, Conseiller en la Grande Chambre du Parlement de BORDEAUX… l’un de ses fils Philippe Marie de LAROZE sera lui aussi Conseiller au Parlement et Président de la Cour des Aides de BORDEAUX… Maître DUFAURE tient ses renseignements directement d’Etienne Henry Stanislas de LAROZE dont la fille n’est autre que Madame de FAVIERES, celle dont Victor de SEILHAC disait quelle était « ravissante » !

Dans sa Notice, Elie rappelle que la succession de Léonard de LAROZE, « Branche Corrézienne de Saint CYR », donna lieu à un procès qui aura connu tous les degrés de juridiction depuis « l’ordinaire de Saint CYR ».... jusqu'au Parlement de BORDEAUX... après avoir passé devant la Sénéchaussée d'UZERCHE... aux alentours de 1730 ! ]] …

Laissons là ces informations incidentes qui datent du règne de Louis XV et revenons-en plutôt à VERGNIAUD vers le mois d’Avril 1780 !

Lorsque VERGNIAUD arrive à BORDEAUX, il devient le Secrétaire de l’un des Présidents du Parlement [ un Président « à mortier » - du nom du bonnet fourré des Présidents de Parlement - Ce titre est alors un des sommets de l’ordre judiciaire ! ]… Or ce Président n’est autre que le « philosophe éclairé » du PATY !!! … Du PATY a jadis été « Le » prisonnier de LOUIS XV, en la forteresse d’Etat inexpugnable de PIERRE-ENCISE, située non loin de LYON... Si MIRABEAU avait failli y être enfermé, SADE n’y avait pas échappé, lui, en 1768, après l’affaire d'ARCUEIL... [ 16 ]. VERGNIAUD va donc débuter sa carrière à BORDEAUX « sous les bons auspices » du Président du PATY ! … Est-ce ce dernier qui achèvera de le former ? Qui finira d'en faire un « partisan des idées nouvelles » [ 1 ] ?

VERGNIAUD va en tout cas se « révéler orateur politique en défendant, au début de 1790, un Garde National de BRIVE, DURIEUX, qui avait refusé de charger des paysans, ayant enlevé puis brûlé le banc des Seigneurs dans une petite église en CORREZE » résume MANCERON [ 1 ], avec un certain sens de l’ellipse, et sans citer expressément ALLASSAC, bourgade qui rejoint pourtant ici-même la ( grande ) Histoire de la Révolution ! [ Cependant je relève une approximation de MANCERON puisque c’est en fait au début de 1791, et non de 1790, que VERGNIAUD défendra brillamment le Tambour Major DURIEUX… ! ] …

Au moment de son procès, pour toute inconfortable qu’elle puisse être, la position de DURIEUX l’est bien moins que celle que les « Trois Roués de CHAUMONT » avaient connue quelques années auparavant !!!

Ce sont ces « Trois Roués de CHAUMONT » qui vont remettre « en pleine lumière » le Président du PATY, à l’avant veille de la Révolution Française !!!

En Janvier 1783 un couple de quinquagénaires, les époux THOMASSIN, était agressé, violenté et volé près de TROYES... Peu de temps après, quatre quidams étaient arrêtés, accusés sans preuve... et placés en détention à partir de Mai 1783, dans le donjon de CHAUMONT en BASSIGNY, donjon carré « bâti de grosses pierres », tenant alors lieu de prison. En Décembre 1784, l’un des détenus, GUYOT, meurt en détention… En Juin 1785 – c’est à dire plus de deux ans après les faits - une confrontation a lieu, durant laquelle les victimes « reconnaissent » leurs agresseurs !!!

Le procès se déroule ensuite à CHAUMONT, en Août 1785, « sur la sellette », sans témoins, sans public et ... sans avocat ! Une journée de procès seulement… et les paroles des accusés ne sont pas même consignées par le Greffier... A l’issue une peine de « galères perpétuelles » est prononcée à leur encontre [ 19 ]…

Au moins ont-ils la vie sauve pourrait-on penser !!! Eh bien ce n’est pas aussi sûr !!! Car la procédure implique « l’appel à minima »... Et voilà les trois condamnés qui sont donc conduits à PARIS, détenus à la Conciergerie... Un nouveau procès « sur la sellette » se tient en Octobre 1785... au terme duquel une peine plus horrible encore est prononcée : « la roue », par neuf voix de conseillers « pour », contre deux voix « en faveur » de la peine initiale des galères, et une seule, celle du Conseiller Emmanuel FRETEAU, allant dans le sens d’une « plus ample information » , c’est à dire proposant de reprendre l’instruction à son commencement ... [ 19 ]

La Chambre « condamne lesdits (…) à avoir les bras, les jambes, cuisses et reins rompus vifs par l’exécuteur de Haute-Justice, sur un échafaud qui, pour cet effet, sera dressé dans la place publique de CHAUMONT en BASSIGNY ; ce fait, chacun mis sur une roue, la face tournée vers le ciel, pour y demeurer tout aussi longtemps qu’il plaise à Dieu leur conserver la vie (…) » !!! [ 19 ] … Barbarie d’Ancien Régime !!! Dans son ouvrage « la Guerre du Goût », Philippe SOLLERS rappelle la « courageuse prestation d’Élisabeth BADINTER à la télévision » qui a « eu l'audace de lire d’une voix bien timbrée, quoique légèrement émue par l’atrocité du propos, la passion criminelle Numéro 111 des « 120 Journées » et SOLLERS ajoute : « comment se retenir de hurler devant de telles horreurs ? » !!! [ 42 ]

Philippe SOLLERS d’ouvrir ensuite le débat sur la nécessité ou non d'interdire de nos jours, alors qu’ils font l’objet d’une publication dans la prestigieuse collection « la Pléiade » de la « Maison GALLIMARD », les écrits du Marquis de SADE... [ 42 ]

Relisons l’arrêt de condamnation des trois roués... Ce texte « officiel » est il moins horrible et moins subversif pour nos consciences que les oeuvres « d’imagination » de SADE ? Je suis loin d’en être persuadé !  «  N’est-il pas évident que nous sommes au delà même des crimes Nazis ? » poursuit encore Philippe SOLLERS, à propos de SADE… Est-il possible de graduer l’horreur depuis les Barbaries d’ancien Régime et autre Inquisitions religieuses ... jusqu’aux Pogromes et aux Génocides dramatiquement nombreux du Vingtième Siècle ? … A chacun de se forger sa propre opinion en son for intérieur !!!

En tout cas un homme est atteint au plus profond de sa conscience par cet Arrêt de condamnation des « Trois Roués »… Cet homme, c’est Emmanuel FRETEAU... dont le beau-frère n’est autre que... Jean-Baptiste du PATY… qu’il ne tarde pas à alerter !!! … Les deux juristes se précipitent ensemble à VERSAILLES... du PATY connaît bien le Garde des Sceaux qui se nomme HUE de MIROMESNIL... Ils arrachent le sursis alors que les condamnés sont déjà en route pour leur exécution à CHAUMONT… « In extremis » ceux-ci sont reconduits à la Conciergerie, en attendant, grâce à cette intervention conjointe et décisive de FRETEAU et du PATY !

En Février 1786, un « brûlot » anonyme intitulé « Mémoire Justificatif pour Trois Hommes Condamnés à la Roue  » est publié [ Celui-ci est l’œuvre de du PATY ]. Ce Mémoire fait sensation à PARIS et à VERSAILLES… Même la Reine le fait acheter… Du PATY y dénonce les vices de la législation criminelle en vigueur, dont la privation d’avocat [ 28 ]… Une vive polémique est lancée… L'Avocat Général SEGUIER se base sur l’ordonnance de VILLERS-COTTERETS pour réfuter la nécessité d’une défense ! Tout l’establishment Judiciaire se sent agressé dans ses certitudes et son conformisme [ 43 ] !!!

Du PATY rencontre les trois condamnés, SIMARE, BRADIER et LARDOISE ... Pense-t-il alors, comme aujourd’hui Bernard SUR, que « la culpabilité des prévenus était établie mais la peine prononcée avait été trop odieuse » ? [ 43 ]. Je ne sais ! En tout cas leurs récits l’horrifient et il les rapportera par correspondance à sa nièce Sophie...

SIMARE lui narre: « dans les prisons de CHAUMONT, une épidémie affreuse s’était établie (…) elle avait moissonné dix sept prisonniers (...) l’infortuné GUYOT fut du nombre (…) l’épidémie était telle que les geôliers n’osaient presque nous approcher pour nous apporter tous les matins, notre pain, notre eau et notre paille ; pour moi j’en ai été quitte pour être perclus des jambes et des cuisses pendant treize mois. Je fus obligé pendant tout l’hiver dernier de me traîner sur mes mains dessus la neige ». LARDOISE explique que « l’empreinte de mes fers m’avait tellement blessé la jambe que la gangrène s’y était mise. On a failli la couper » [ 19 ] …

Les trois détenus sont quand même parvenus à survivre dans « les prisons de CHAUMONT », sises dans le donjon de l’ancien château des Comtes de CHAMPAGNE... [ Après de longues années de fermeture, ce donjon a été réouvert aux visites du public le... 7 Juillet 1989... dans le cadre de la « Commémoration du Bicentenaire de la Révolution Française », et une exposition temporaire y abrita, entre autres pièces, un couteau de guillotine supposé dater de la Révolution ! Depuis, mon épouse, Martine DUFOUR, dans le cadre de ses activités d’Administratrice de l’Office du Tourisme de CHAUMONT, y conduit et y guide de nombreuses « visites commentées », desquelles l’ombre des SIMARE, BRADIER, LARDOISE et de du PATY, n’est pas complètement absente ! « In Memoriam ! » ]…

Le 12 Août 1786, le Parlement de PARIS condamne le Mémoire de du PATY [ qui s’en proclame alors ouvertement l’auteur ] a être… lacéré et brûlé de la main du bourreau ! [ Est-on cette fois encore si loin des horreurs du régime Nazi ? Où celles ci ne se rapprocheraient-elles pas d’abus totalitaires intemporels et immémoriaux ? ]… CONDORCET qui déjà avait publié un pamphlet pour soutenir le « Mémoire » se manifeste encore par un nouveau pamphlet car un Décret de « prise de corps » a été lancé par le Parlement de PARIS contre du PATY [ 28 ] . La situation de du PATY pourrait virer à la catastrophe si le Roi ne suspendait finalement pas ce Décret de « prise de corps »…

C’est maintenant CONDORCET qui intervient auprès de MALESHERBES et le 30 Juillet 1787 le Conseil du Roi casse l’arrêt du Parlement de PARIS, condamnant les « trois roués », et renvoie cette cause devant le Bailliage de ROUEN...

Le 18 Décembre 1787, à ROUEN, non encore sans difficultés, du PATY emporte sous les « applaudissements de vingt mille personnes » l’acquittement définitif des « trois roués  » [ 19 ] !

Moins d’une année plus tard, le 17 Septembre 1788, épuisé, malade, du PATY meurt. Il n’avait que quarante-quatre ans !

« Dans un testament, rédigé au moment de partir pour ROUEN et d’y plaider la cause des roués, il avait prescrit de remettre tous ses papiers à sa nièce, la Marquise de... CONDORCET [ 19 ]… « A Grouchette (…) le petit oncle » !

Jean-Baptiste du PATY souhaitait aussi que Sophie « Grouchette » puisse suivre l’éducation de son fils unique le « petit » Charles du PATY ... [ Et je constate que la mort du Président du PATY n’empêchera pas sa lignée d’exercer à sa suite des fonctions judiciaires ! Oui ! si l’on veut bien avancer quelque peu dans le temps, quand en 1853, les frères GONCOURT seront poursuivis pour outrages à la morale publique et aux bonnes mœurs, pour un article paru le 15 Décembre 1852, dans lequel ils citaient ces simples vers de TAHUREAU :

« Croisant ses beaux membres nus

 Sur son Adonis, qu’elle baise

 Et lui pressant le doux flanc

 Son cou douillettement blanc,

       Mordille de trop grand aise…

« C’était de la citation de ces cinq vers que la justice de notre pays nous demandait compte et qu’elle allait nous faire expier » notent les frères GONCOUT en date du 20 Février 1852 [ 44 ]… Les frères vont alors visiter leurs juges. « C’est un petit morituri te salutant dont ces messieurs à ce qu’il paraît sont friands. Nous vîmes les deux juges. L’un s’appelait du PATY, qui descendait de l’Avocat Général de BORDEAUX et qui n’avait pas l’air de nous trouver extraordinairement criminels » !!! ( un demi siècle après la Révolution, il faut donc encore qu’un du PATY fasse preuve d’ouverture d’esprit ! )… Et les GONCOURT finalement s’en « sortiront » par un acquittement, assorti d’un blâme qui leur laissera un souvenir très amer ! [ 44 ]… [ Au milieu du XIXème Siècle, il entre dans le domaine du possible que Maître Elie DUFAURE ait pu plaider quelque espèce devant le Juge du PATY !!! ]…

 

DE BEAUX ESPRITS ECLAIRES… CONDORCET, VERGNIAUD, CABANIS, MIRABEAU

 

Le Président du PATY était très lié à son beau frère, Emmanuel FRETEAU et à la sœur de celui-ci, Madame de GROUCHY. Il était le premier admirateur de sa jeune nièce Sophie, « douée de toutes les séductions » qu’on appelait la « de Grouchette »…

Il vantait sa taille de nymphe, son air de noblesse, son talent d’épistolière, qu’il ne craignait pas de comparer à celui de Madame de SEVIGNE [ 28 ] !

Un autre grand admirateur de Sophie n’était autre que CONDORCET, qui la rencontre au début de l’été 1786 alors qu’il travaille nuits et jours auprès de du PATY à préparer la défense des « trois roués  »...

« De FRETEAU à du PATY, de du PATY à CONDORCET, la FRANCE des Lumières retrouve sa chaleur... Dans la saison même où il épouse Sophie de GROUCHY, CONDORCET ne sépare pas sa cause de celle de trois misérables, les Trois Roués », note Claude MANCERON [ 19 ] …

Le 28 Décembre 1786, CONDORCET épouse Sophie de GROUCHY...

Il a quarante-trois ans, Sophie en a vingt deux. Le Marquis de la FAYETTE est l’un des témoins du marié et le Président du PATY l’un des témoins de la mariée ! [ 19 ].

Le frère de Sophie, Emmanuel de GROUCHY, s’était marié un an auparavant, en 1785... Il fera une carrière militaire qui le conduira à la distinction de Maréchal d’Empire…

Maréchal d’Empire aux Cent-Jours... c’est lui que NAPOLEON attendra en vain lors de la bataille de WATERLOO !!! [[ Un de ses descendants, autre Emmanuel de GROUCHY naîtra en 1882 dans le CALVADOS, il se distinguera lors de la Première Guerre Mondiale... Installé en 1941, à Saint MICHEL, en Haute-MARNE, dans le village de sa tante [ 45 ], il prendra le commandement de la Résistance Haut-Mamaise en 1943 sous le nom de Commandant MICHEL, et avec ses troupes des Forces Françaises de l’Intérieur il jouera un rôle décisif dans la libération de ce Département [ 46 ], il sera fait Grand Officier de la Légion d'Honneur en 1950, année de son décès [ 47 ]… Puis un de ses fils présidera longtemps la Section Départementale « RHIN & DANUBE ». La famille de GROUCHY possède encore la maison forte de ST MICHEL ! … ]].

Tout juste mariée, installée Quai Conti à l'Hôtel des Monnaies, Sophie de CONDORCET tient salon ...

C’est alors le rendez vous des derniers Encyclopédistes, des philosophes et des savants de l’EUROPE éclairée ! On rencontre Adam SMITH, BECCARIA, JEFFERSON, le Genevois DUMONT, Thomas PAINE... Et des plus jeunes, ceux de la génération de Sophie (1764 -1822) qui ont nom : VOLNEY, Benjamin CONSTANT, ou encore Georges CABANIS et ceux qu’on nommera plus tard les « Idéologues »… On y rencontre aussi le poète CHENIER, CHAMFORT, la FAYETTE ou BEAUMARCHAIS [ 28 ]. Et, lorsque des Députés « Girondins » CONDORCET fera sa « société politique », les principaux leaders se croiseront dans le salon de Sophie, parmi eux un certain... VERGNIAUD, qui après avoir défendu DURIEUX, sera élu en GIRONDE, à la Législative puis à la Convention, avec d’autres de ses collègues Avocats à BORDEAUX, GUADET et GENSONNET !

L’ancien secrétaire du Président du PATY, VERGNIAUD, oeuvrera étroitement alors avec un autre de ses anciens collaborateurs, CONDORCET !!!

En 1790, c’est essentiellement dans les Clubs que se fait « l’opinion publique  » ... Le Club des Amis de la Constitution qui tient séance au Couvent des Jacobins commence à s’affirmer. Il regroupe la plupart des leaders du parti patriotique... et des personnalités scientifiques telles CABANIS ou le botaniste THOUIN, des artistes tel DAVID, des Avocats, des journalistes comme DESMOULINS, des hommes de Lettres comme LACLOS ou CHAMFORT [ 28 ]…

CONDORCET, depuis Octobre 1789, nourrissait l’idée de créer un Club qui soit plus un cercle de réflexion qu’un centre d’action, une « académie de beaux esprits » plus qu’une association de militants ... et cette idée va « faire son chemin » !  ... Le 12 Avril 1790 naît la « Société de 1789 » dont sont membres : SIEYES, la FAYETTE, MIRABEAU, TALLEYRAND ou les savants et intellectuels : LAVOISIER, CHENIER ou encore ... CABANIS !

C’est quelques temps après que CONDORCET deviendra un familier des déjeuners de VERGNIAUD, qui se tiennent au 5, de la Place Vendôme, tout près de la Salle du Manège et des Jacobins... Et l’on rencontre parfois VERGNIAUD auprès des époux CONDORCET ... qui ne logent maintenant plus Quai CONTI, CONDORCET n’étant plus alors en charge de l’Hôtel des Monnaies…

 

LE « LIEN ALLASSACOIS » MIS EN EVIDENCE… ET LE SORT DE DURIEUX…

 

Qu’ont en commun les CONDORCET, VERGNIAUD, MIRABEAU et CABANIS ? Ils sont susceptibles dans leurs conversations d’aborder les évènements Allassacois et même pour les deux derniers d’entre eux de pouvoir décrire la contrée…

Le procès de DURIEUX, la « vedette » des évènements Allassacois, s’est achevé en Février 1791, devant le Tribunal du District de BORDEAUX, où le défenseur de l’accusé, VERGNIAUD, après un plaidoyer brillant qui exaltait le « héros des idées nouvelles », réussit à obtenir… l’acquittement du Tambour-Major !!!

Longtemps, l’enquête avait stagné et, les uns après les autres, des tribunaux avaient été dessaisis du dossier...

La procédure finissait tout de même par aboutir devant le Tribunal du District de BORDEAUX, après avoir transité devant le Tribunal Prévôtal de TULLE, le Présidial de LIMOGES puis les Officiers Municipaux de la ville de BORDEAUX, juges ordinaires en matière criminelle... [ 24 ]…

Si DURIEUX a pu bénéficier d’un avocat pour sa défense, c’est que depuis très peu de temps les procédures judiciaires sont en complète réforme. La Loi des 17 et 24 Août 1790 « qui modernise la justice » vient de succéder au Décret du 8 Octobre 1789, qui a déjà autorisé la présence muette d’un avocat durant la phase d’instruction, puis la plaidoirie à l’audience ! [ 43 ] ... Depuis des années des esprits éclairés plaidaient pour une réforme de la procédure judiciaire, tels les du PATY, CONDORCET ou autre Adrien DUPORT... « Comme beaucoup d’hommes de sa génération CONDORCET s’est imprégné du Traité de BECCARIA, « Des Délits et des Peines » : MALESHERBES, TURGOT et d’ALEMBERT en étaient les parrains » [ 28 ]. L’Abbé MORELLET avait fait venir BECCARIA à PARIS après avoir traduit son ouvrage en 1766 « sur sollicitation de TURGOT, d’ALEMBERT et MALESHERBES à l'occasion d'un dîner que donnait ce dernier... » [ 28 ]. Lorsqu’il faisait des études de Théologie, entre 1748 et 1750, TURGOT s’était lié avec de jeunes prêtres, qui étaient devenus ses amis, les Abbés LOMENIE de BRIENNE, de BOISGELIN et... l’abbé MORELLET que le « lien Allassacois » avait lui aussi « rattrapé » comme nous l’allons voir !

Parfois on peut être surpris par les « bégayements » de l'Histoire ! En voici un exemple… La première application du Décret du 8 Octobre 1789 intervient à l’occasion de la seconde Affaire « LARDOISE » ! Oui ! LARDOISE... ce presque « roué de CHAUMONT » !!! Après son acquittement de 1786, il avait été installé par du PATY « chez de braves gens »... Or, un jour, « il s’empresse » de voler de l’argenterie dans une auberge et de prendre la fuite... On le retrouve avec son butin... Il prétend que c'est l’aubergiste qui le lui aurait mis dans le sac ! ... Le Bailli de MEAUX, puis le Parlement de PARIS, ne lui infligent « que » six mois de prison [ 43 ] ! Son défenseur a-t-il plaidé des circonstances atténuantes ? En d’autres temps on n’ose imaginer la peine qui aurait été infligée à un tel « récidiviste » qui plus s’il avait été privé de défense… Bernard SUR [ 43 ] et Claude MANCERON [ 19 ] estiment tous les deux que ce sont les aventures de LARDOISE qui ont inspiré Victor HUGO pour créer le personnage romanesque de... Jean VALJEAN dans son oeuvre... « les Misérables » !

« Misérable ? »… « Un de ces misérables, appelé DURIEUX, habitant de la Ville de BRIVES était détenu dans les prisons de TULLE » . Qui écrit cela ? Qui traite DURIEUX de « misérable » ? Nul autre que l'Abbé MORELLET dans ses « Mémoires sur le 18ème Siècle »... L’ami de TURGOT, que fréquentaient CONDORCET et CABANIS, se souvient en effet qu’il a été le rédacteur du « Mémoire des Députés de la Ville de TULLE, relatif aux troubles du Bas-Limousin pour être mis sous les yeux de l’assemblée Nationale » [ Je ne résiste pas au plaisir de citer le titre intégral de ce document, dont la longueur caractéristique a le charme particulier de son époque ! ]

Et l’Abbé MORELLET poursuit : « il [ DURIEUX ] s’était trouvé à la tête des insurrections qui s’étaient portées à ALLASSAC, à FAVART, et à une maison appartenant à M. de CLAIRAC, beau-frère de l’évêque de CHARTRES [ ce de LUBERSAC, dont le Vicaire Général était l’abbé SIEYES ! ] avec lequel j’étais lié. La ville de BRIVE, révolutionnaire à l’excès, menée comme elle l’a été longtemps depuis, par des clubs de Jacobins (...), prit fait et cause pour ce DURIEUX ; et afin qu’on ne résistât plus à ce pouvoir populaire qui devait achever, disait-on, la ruine d'une odieuse aristocratie, on pensait sérieusement à détruire comme on a fait depuis les justices prévôtales ; et les habitants de BRIVES par leurs députés (…) pressaient instamment cette décision. Les malheureux propriétaires de ces provinces, qui voyaient (…) leurs propriétés désormais sans défense et les crimes déjà commis sans punition, agirent de leur côté (…). Les Députés de la ville de TULLE devaient solliciter la poursuite des procédures, la punition des coupables encore détenus (…). Il s’adressèrent à l’Evêque de CHARTRES [ Jean Baptiste de LUBERSAC ] pour avoir un Mémoire qui exposât leurs motifs. L’Evêque me pressa de m’en charger » ! [ 41 ]

Et voilà notre Abbé MORELLET rattrapé maintenant lui aussi, par... « le lien » Allassacois ! D’autant plus qu’il connaissait très bien Georges CABANIS, et ce, depuis de très nombreuses années déjà !!! « Pendant que j’y travaillais, j’assistais souvent aux entretiens (…) d’un Député de BRIVES appelé LACHAISE, petit étudiant en médecine, qui était lié avec M. de CABANIS (…) », poursuit l'Abbé MORELLET…

[ Ce François-Pierre FAYE-LACHEZE, Docteur en médecine de la Faculté de TOULOUSE, est né en 1756 à VOUTEZAC... Son père est avocat en Parlement et Juge de la Juridiction Episcopale… d’ALLASSAC et c’est lui qui présidait les deux premières réunions convoquées en vue de la rédaction des cahiers de doléances de la Paroisse d’ALLASSAC !!! … François-Pierre a un frère... Pierre Rémy qui est son aîné, né à VOUTEZAC, en 1753... Pierre Remy FAYE-LACHEZE est avocat et Juge du... SAILLANT [ ! ] , mais aussi d’OBJAT et de Saint VIANCE et il est devenu, depuis Septembre 1789, Président du Comité Permanent de BRIVE… François-Pierre FAYE-LACHEZE est lui tout d’abord « Député Extraordinaire de BRIVE » pour demander la suppression de la Juridiction Prévôtale de TULLE ( C’est à cette époque que l'Abbé MORELLET le croise ). Il sera ensuite élu Député de la CORREZE à l’Assemblée Législative. Ce républicain mourra en qualité de « Haut Fonctionnaire » du ... Royaume de NAPLES, sous le règne du Roi des Deux SICILES, Joachim MURAT, l’époux de Caroline BONAPARTE ! [ 24 ] ] …

Que peuvent bien se raconter Pierre Jean Georges CABANIS et François Pierre FAYE-LACHEZE ? « Je les entendais déclamer contre l’aristocratie de la ville de TULLE et contre les gentilshommes dont on brûlait les châteaux, exaltant sans cesse le patriotisme de la Ville de BRIVE et celui de ce bon peuple incendiaire et pillard. J’avais bien quelques disputes à ce sujet ; mais jusqu’à ce que les faits me fussent connus, j’entretenais encore quelques doutes ; et je ne voulais pas contrarier trop fortement CABANIS, Citoyen de BRIVE, et son ami le Député de cette ville. Mais lorsque j’eus dans mes mains des preuves claires des délits commis, et du danger qui menaçait encore les propriétaires de ces malheureuses provinces au lieu de débattre avec CABANIS sur des questions de fait ou de droit interminables (…), je me déterminais à travailler en silence »… Et MORELLET de rédiger son Mémoire sans en parler : « je devais d’ailleurs cette discrétion aux Députés de TULLE et de province (…). Je ne parlai donc ni à M. CABANIS, ni à Mme HELVETIUS de la mission dont je m’étais chargé et ils ne connurent le mémoire que par l’envoi que je leur en fis après l’impression » [ 41 ]…

Cette attitude ne sera pas sans créer de très vives animosités, bien compréhensibles d’ailleurs, entre les principaux protagonistes de cette ( petite) histoire... « Deux jours après la publication, je vais à AUTEUIL, selon ma coutume. C’était le soir. Ces messieurs étaient dans le salon : ils me rendent pas le salut, ne répondent point quand je leur adresse la parole, et, se retirant bientôt, me laissent seuls avec Madame HELVETIUS. Elle me devait l’explication de cet étrange procédé. Elle me dit donc que la publication de ce mémoire, et le mystère que j’en avais fait à l’Abbé de LAROCHE et à CABANIS, étaient le motif de cet accueil ; qu’ils avaient lieu d’être blessés, que j’aurais dû surtout le communiquer auparavant à CABANIS, qui savait les faits [ !!! … « CABANIS qui savait les faits » : je souligne volontairement cette précision, qui me paraît très importante quant à la pertinence de la démonstration que j’essaye d’opérer quant à l’existence d’un « lien Allassacois », ce lien fût-il seulement un lien « virtuel » !!! … ] ; qu’on m’avait trompé en tout ; qu’au reste il n’y avait point d’explication à demander à ses deux amis, qui ne me pardonneraient jamais et ne me feraient jamais d’autre accueil. Elle finit en m’assurant de la continuation de son ancienne amitié. Je lui répliquai par l’exposé des motifs que j’avais eus de tenir mon travail secret (…) ; qu’au reste comme je n’étais pas fait pour essuyer patiemment les insultes de ces messieurs, et que la société de ces deux personnes qui vivaient à demeure chez elle lui était nécessaire dans la solitude (…) ; que désormais je ne viendrais plus la voir que le matin (…). Le lendemain j’emportai mes meubles et mes livres » [ 41 ]…

L’Abbé MORELLET est amer mais n’a-t-il pas à s’en prendre qu’à lui-même… « C’est ainsi, et je n’y puis penser sans une profonde émotion, c’est ainsi que s’est rompue une liaison de plus de trente années [ des amis de trente ans ! ], dans un âge où l’on n’en forme plus de nouvelles. C’est ainsi que s’est fermé pour moi un asile que je m’étais préparé pour ma vieillesse par des soins, une assiduité, un attachement qui méritaient peut-être une autre récompense ; exemple douloureux du pouvoir que l’esprit de parti exerce quelquefois, pouvoir despotique, puisqu’un esprit aussi élevé que celui de CABANIS ne sut pas même y résister »… [ 41 ]… Le jugement de l’Abbé MORELLET sur CABANIS est moins sévère que ne le sera celui de Jean-Pierre GUICCIARDI sur le comportement de l’Abbé puisque dans sa note relative à cet épisode il écrit : « incontestablement l’attitude de MORELLET prête à critique : il prépare, dans le plus grand secret, un pamphlet dans une affaire qui ne le touche pas personnellement – on peut donc penser que, comme il l’a déjà fait plusieurs fois, il a vendu sa plume. D’autre part, le Député LACHAISE et CABANIS étant de BRIVE, ont pu lui apprendre au cours de leurs conversations des informations confidentielles. Le procédé de MORELLET est, au moins, peu élégant » [ 48 ]…

Mais à misérable, misérable et demi !!! Au fait qui était donc ce fameux « misérable », ce DURIEUX, le client de VERGNIAUD, par les agissements duquel, même indirectement, des amitiés vieilles de trente ans pouvaient se défaire ? Le chef d’accusation officiel qui le visait porte qu’il était le « principal moteur de toutes les insurrections qui ont eu lieu dans les différents endroits [ du Bas-LIMOUSIN ] »...

En 1790, le dénommé DURIEUX, qui est natif de CHAMBOULIVE, a « environ » cinquante ans… Ancien Grenadier au Régiment de NORMANDIE, il tient depuis vingt ans une auberge à BRIVE [ profession qu’exerçaient d’ailleurs nombre de meneurs de l’époque, fait remarquer BOUTIER [ 24 ]. C’est le 26 Juillet 1789 qu’il est nommé Tambour-major de la Garde Nationale de BRIVE. A compter du mois d’Août on le trouve à la pointe de la contestation. Il est à LISSAC... à JUGEALS... à la CHAPELLE aux SAINTS... à VEGENNES... à MARTEL... où ont lieu des incidents divers... Mais c’est la journée fameuse du 25 Janvier 1790, à ALLASSAC, qui va marquer la fin de ses agissements puisque, « sur plainte du Seigneur d’ALLASSAC de LAMASE », il sera arrêté le 27 Janvier 1790. La brillante plaidoirie prononcée par « Monsieur VERGNIAUD, le 7 Février 1791, en l’audience du Tribunal du District de BORDEAUX, pour le Sieur DURIEUX, Tambour-Major de la Garde Nationale de BRIVE, accusé d’être le chef et le meneur des attroupements et troubles qui ont eu lieu dans le Département de la CORREZE et détenu prisonnier depuis le 27 Janvier 1790 », emportera l’acquittement du « Misérable »… Mais « nous ignorons tout du sort des autres inculpés qui ont moisi dans leur cellule pendant près d'un an » signale BOUTIER [ 24 ]. Il me plait d’imaginer ici, que par les conversations de CABANIS, MIRABEAU ou VERGNIAUD, les époux CONDORCET seront en mesure d’entendre parler, à titre direct ou indirect, du Bas-Pays CORREZIEN, voire de la contrée même d’ALLASSAC. Un lien « Allassacois » informel s’est donc constitué dans la Capitale, même s’il n’aura ni une existence réelle avérée, ni une durée remarquable... MIRABEAU meurt le 2 Avril 1791, moins de deux mois après le plaidoirie de VERGNIAUD à BORDEAUX, et donc aussi avant l’élection de ce dernier à la Législative, puis sa montée à PARIS durant l'été 1791...

 

GEORGES CABANIS, PHILOSOPHE ET MEDECIN… NOTRE LOINTAIN « PARENT »…

 

Intéressons-nous maintenant à « notre parent », Georges CABANIS, auquel nous sommes enfin arrivés après l’avoir déjà plusieurs fois cité !!!

Maître Elie DUFAURE nous indique dans sa Notice que « les alliances de la famille CABANIS à ALLASSAC sont avec les familles DALBY (...), Du BOYS et Du FAURE. Elle doit son illustration à Pierre Jean Georges CABANIS, né le 5 Juin 1757 à COSNAC », puis de nous préciser le détail de plusieurs de ces alliances…

De la sorte l’avocat parvient à établir que le savant et philosophe CABANIS est bien un allié de la famille DUFAURE, voire un « super-allié », par des recoupements et des croisements « d’alliances d’alliances » entre diverses familles parentes déjà plusieurs fois parentes entre elles...

Ainsi, un Jean CABANIS, Docteur en médecine [ déjà ] à ALLASSAC s’était marié avec la fille d’une Antoinette, née DUFAURE, le 2 Juillet 1736 ; son frère Pierre CABANIS était «  avocat en la Cour et Juge de Saint CYR la ROCHE  »... Ils étaient fils d’un autre Jean CABANIS qui avait épousé Françoise de DALBY... Jadis autre Jean CABANIS avait épousé une Catherine du BOYS, fille de Pierre du BOYS, oncle du Cardinal-Ministre DUBOIS, que nous retrouvons également dans les branches généalogiques ascendantes de la branche maternelle « DUBOIS » de Maître Elie DUFAURE !

Comment Maître DUFAURE nous présente-t-il le père du « grand » CABANIS ? « Jean Baptiste CABANIS, homme d’un esprit supérieur et d’un caractère austère, après avoir étudié le Droit à TOULOUSE, avait tourné ses talents vers l’Agriculture [ !!! ]. Par des soins habiles et à l’aide de la greffe dont il avait perfectionné l’art, il fit prospérer les plus riches vergers d’arbres à fruits, à côté des bois les plus vigoureux de chênes et de châtaigniers. TURGOT, devenu Intendant du LIMOUSIN, remarqua bien vite cet agriculteur inventif qui unissait à la savante culture des champs, le goût des Lettres et l’amour du bien. Il se lia avec lui d'une étroite amitié » ! [ Il faut souligner, ici, l'importance qu’à pu avoir en LIMOUSIN la « filière TURGOT » quant à la propagation des « idées nouvelles » en particulier les théories des Physiocrates – chères au père de MIRABEAU -, ou quant à la mise en valeur et à la promotion de talents individuels locaux, tels la possibilité d’étudier offerte au jeune VERGNIAUD … ! ]… Avocat de formation, Jean Baptiste CABANIS, s’était reconverti dans l’agriculture après son mariage avec la châtelaine de SALAGNAC [ Georges CABANIS naîtra au Château de SALAGNAC, sur le territoire de COSNAC ]… Son amitié avec TURGOT, nommé Intendant de la Généralité du LIMOGES en 1761 l’amena à œuvrer pour l’introduction de la culture de la pomme de terre en LIMOUSIN afin d’améliorer le sort des populations rurales dans cette région ! [ 49 ].

« Elève dissipé et irritable, le jeune Pierre Jean Georges CABANIS fut renvoyé du Collège de BRIVE » indique sa biographie que l’on trouve sur le site Internet du Lycée… Georges CABANIS de BRIVE qui porte son nom !!! [ 49 ]… « D’abord médiocre élève au Collège de BRIVE, CABANIS se met résolument au travail au Collège de NAVARRE » affirme « l’Ecolier Corrézien » [ 50 ]… ce qui n’est pas tout à fait confirmé sur le site du Lycée de BRIVE : « son père l’envoya à PARIS poursuivre seul ses études. Alors qu’il n’assistait que rarement aux cours qui lui étaient proposés, il lut LOCKE. Cette lecture l’amena à découvrir ou redécouvrir PLATON, CICERON, Saint AUGUSTIN, MONTAIGNE, BOSSUET, BUFFON, MONTESQUIEU, ROUSSEAU et VOLTAIRE. Au contact de ces philosophes, CABANIS se forge une solide culture philosophique et apprend la rigueur de la recherche méthodique de la vérité » [ 49 ]… Après un bref et décevant séjour en POLOGNE ( il est secrétaire d’un prélat Polonais qui l’emmène à VARSOVIE ), CABANIS entreprend, de retour à PARIS, une traduction en vers de l’Illiade afin de la faire éditer, c’est à ce moment qu’il est présenté à Madame HELVETIUS par… TURGOT…

C’est au printemps de 1778 que TURGOT et le poète ROUCHER présentent le jeune étudiant en médecine, âgé de seulement 21 ans, à Madame HELVETIUS, qui « l’adopte immédiatement et l’installe chez elle » [ 9 ], où il restera jusqu’à la mort de cette dernière. « Ce grand jeune homme, d’une santé délicate et à l’air mélancolique respirait l’intelligence et la sensibilité. Doté d'un charme exquis il séduisit rapidement tout le petit monde de Madame HELVETIUS... FRANKLIN l’adorait, TURGOT l’estimait, CONDORCET l’aimait à son tour comme un frère, MIRABEAU, dont il sera le médecin attentif, ne jurait que par lui... ».[ 9 ]… Plutôt attiré par une carrière dans le domaine des Lettres, la famille de CABANIS le dirige vers des études de médecine, et ce n’est qu’en 1777 qu’il se décide à poursuivre dans cette voie… Etudiant en médecine de 1777 à 1784, il prononcera son serment à REIMS, le 4 Septembre 1784… [ 49 ]

MANCERON évoque CABANIS chantant avec une « belle voix » chez Madame HELVETIUS en Avril 1780, en compagnie de… l’Abbé MORELLET… MANCERON le qualifie alors de « Médecin à la mode » ! … Un peu plus tard, à l’automne 1784, il le qualifie de « Médecin des riches »... CABANIS s’inscrit alors comme Sociétaire de « l’Harmonie Universelle », Société fondée par l’apothicaire MESSMER, qui a pour objet « la cure des maladies par le magnétisme animal », et dont la devise est « Omnis in pondere et mensura » [ « Tout dans l’ordre et la modération » … ce qui ne constitue pas vraiment une devise de Révolutionnaire !!! ] ... La FAYETTE s’y est également inscrit, il en a même parlé à Georges WASHINGTON et il y voit une « grande découverte philosophique » [ 17 ]… On y rencontre aussi Adrien DUPORT, un jeune Conseiller du Parlement de PARIS, résolument réformateur, qui lutte contre les lettres de cachet !

CABANIS s’inscrit d’emblée dans le monde des Lumières, dans le petit cercle des « intellectuels » éclairés… Il fréquente assidûment le monde des philosophes et des Encyclopédistes, il se lie avec CONDILLAC, rencontre DIDEROT et d’ALEMBERT… Il est présenté à VOLTAIRE. Il entretient des relations amicales étroites avec CONDORCET et FRANKLIN… Sous la protection de Madame HELVETIUS, il se consacre à la rédaction de son ouvrage sur le « Degré de certitude de la médecine » qui paraît en… 1788 ! [ 49 ] … CABANIS se fait remarquer pour l’originalité de ses vues et la profondeur de sa pensée… Dans le plus connu de ses ouvrages « Rapports du Physique et du Moral », il se révèle « observateur ingénieux, écrivain d’une pureté parfaite, philosophe d’une science sûre » [ 50 ]…

CABANIS rencontre MIRABEAU au lendemain de la prise de la Bastille, les deux hommes se lient d’amitié à tel point que CABANIS écrit pour MIRABEAU les quatre discours sur l’instruction publique… La Révolution, au moins dans sa première phase, verra encore CABANIS prendre une part active à la réflexion politique... [ Durant les années 1790-1793, il publie divers rapports commandés par le Directoire de PARIS et requis par sa fonction de membre de la commission des hôpitaux ( « Observations sur les hôpitaux » 1790, « Travail sur l’éducation publique » 1791, « Quelques principes et quelques vues sur les secours publics » 1792 ) ] [ 49 ]

 

MALGRE TOUT UNE REMARQUABLE STABILITE DES INSTITUTIONS LOCALES !

 

En dépit des troubles nombreux et parfois violents qui secouent le Bas-LIMOUSIN en Janvier 1790, on ne peut noter dans les mois qui suivent à l’évidence qu’une apparente stabilité et une certaine continuité sur le plan tant des institutions locales que de la vie quotidienne…

Certes ALLASSAC vient tout juste d’être promu « Chef-Lieu » de Canton par le nouveau découpage administratif, mais c’est toujours Léonard BONNEYLIE qui demeure en charge de la « nouvelle » Commune, même s’il porte désormais le titre de Maire après son élection et si l’on ne parle désormais plus de… Paroisse ! Cependant, sous ce qu’il ne convient plus que de nommer maintenant « l’Ancien Régime », BONNEYLIE était – déjà - le « Syndic », et il était même allé en « Députation » de la Sénéchaussée d’UZERCHE jusqu’à TULLE lors de la désignation des délégués du Tiers-état ...

« Autrefois », BONNEYLIE assurait l’intérim du Juge d’ALLASSAC, LACHEZE, en son absence. Léonard BONNEYLIE était Notaire Royal, comme toute sa lignée l’avait été tout au long du XVIIlème Siècle, en la résidence d’ALLASSAC, et il occupait, comme les siens avant lui, diverses charges judiciaires... Jean BONNEYLIE est Lieutenant de la Juridiction Episcopale d’ALLASSAC en 1747, autre Léonard BONNEYLIE est Procureur d’Office en 1764. Le nouveau Maire d’ALLASSAC était aussi Juge des Juridictions de CHANAT ( 1783 ) et de Saint BONNET la RIVIERE ( 1789 )… Son fils Jean-Baptiste, qui sera également… Notaire à ALLASSAC, était pour sa part Greffier de la Juridiction de CHANAT dès 1783 ...

De nombreux actes juridiques concernant la famille, ou les biens, des DUFAURE, ont été enregistrés par des BONNEYLIE ! Jean-Louis LASCAUX orthographie leur patronyme BONNEYLIE [ 20 ], Jean BOUTIER l’orthographie BONNELYE [ 24 ], [ tout comme Elie DUFAURE dans sa « Notice », qui ne commet donc pas un lapsus scriptae qui s’avèrerait « flatteur » pour lui « bon Elie », et c’est bien « BONNELYE » que je déchiffre sans conteste sur diverses pièces juridiques authentiques aujourd’hui en ma possession ! …

Si les « régimes » se succèdent ... Les BONNELYE demeurent en place !!!

« Des familles occupent depuis longtemps le pouvoir municipal  » [ les BONNELYE sont de ce nombre ! ]. C’est cette bourgeoisie rurale qui domine la société des bourgs Corréziens, que décrit dans une virulente lettre adressée à l’Assemblée Nationale, l’Avocat Meymacois TREICH-DESFARGES le 23 Décembre 1789 : « dans les petits lieux, le Comité [ Municipal ] est composé des gens les plus riches, les plus apparentés, et tous ou presque tous les membres sont fermiers de seigneurs ou juges de seigneurs, ou gens d’affaires des seigneurs, enfin des valets des seigneurs, dans toute l’étendue du mot, des gens qui veulent conserver les prérogatives de leurs maîtres pour ne pas perdre leur autorité despotique et tenir le peuple sous une aristocratie roturière si l’on peut s’exprimer ainsi, et certes ces petits et très petits aristocrates n’ont garde à détruire leur petite mais très gênante autorité  » ! [ 24 ]… Le propos est tout aussi accablant que le constat apparaît lucide !

Quoique victime, par voie de pillages, des évènements Allassacois du 24 Janvier 1790 [ c’est bien qu’il avait quelque inimitié « quelque part » ! ], Léonard BONNELYE est élu Maire en Février 1790 ( et il conservera cette magistrature jusqu’en Septembre 1791 ). A PERPEZAC le NOIR, l’élection municipale a lieu le 4 Février 1790, à 11 Heures du matin, « au son de la grande cloche » et le premier Maire élu est le... Curé de la Paroisse : François LEYRAL ! [ 51 ]. Jean BOUTIER orthographie : LEYRAT [ 24 ] et, une fois de plus on le constate, l’orthographe des patronymes s’avère très variable. On le voit pour BONNELYE, DEYZAC, de la MASE, ou encore pour LACHAISE... !

Le Procureur qui est élu également ce jour là à PERPEZAC se nomme : Pierre VERGNIAUD ! [ 51 ] Oui, je n’invente rien ! Cet « autre » Pierre VERGNIAUD est originaire du BARIOLET, un village de la Paroisse de PERPEZAC le Noir, sis sur la voie de passage principale qui justement conduit à... LIMOGES, la ville dont est originaire le défenseur de DURIEUX, « l’autre » Pierre VERGNIAUD !!!

Concernant la Commune d'ESTIVAUX, c’est… Pierre DUFOUR, du village du MONS, qui sera élu à la charge de Procureur par ses concitoyens !!! Le premier de la lignée DUFOUR à être en charge de responsabilités Municipales et Républicaines à ESTIVAUX !

 

L’ORDRE « REGNE » SUR ALLASSAC !     [ DU PRINTEMPS A L’HIVER 1790 ]

 

Dès Mai 1790, les récoltes s’annoncent bonnes, et après deux années qui avaient été particulièrement difficiles, l’automne 1790 finit enfin par confirmer les promesses du printemps ! ...

Cependant, même si c’est le mois de Janvier 1790 qui a constitué le pic de la « crise », les tensions demeurent toujours assez vives dans la campagne Corrézienne... Le paiement des rentes seigneuriales crée toujours des problèmes, ici et là. La méfiance des campagnes reste vive face au « bourgeois », qu’il soit de la ville ou du bourg, ou encore face au seigneur soupçonné d’émigration et transformé en « aristocrate » …

Toutefois, à ALLASSAC, l’ordre « règne » !

Dès Février 1790 les autorités de TULLE ont demandé le renfort de cent cavaliers du « Royal Navarre » en garnison à LIMOGES, pour la Basse-CORREZE, et une cinquantaine de ces soldats vont stationner de manière permanente à ALLASSAC… ils contribuent alors largement au maintien de l’ordre et à la stabilité du secteur !

Des meubles qui avaient été volés lors du pillage du Château de la MOTTE-ROFFIGNAC sont restitués aux de LAMAZE et cette famille finit même par regagner le village d’ALLASSAC !

Tout serait-il redevenu comme avant ? … Tout resterait-il à refaire ?

Pas tout à fait quand même !!! Le Seigneur de LAMAZE se plaint fréquemment à la municipalité d’être « insulté »...

Puis le District de BRIVE se prononce pour le retrait des troupes qui stationnent à ALLASSAC alors que les autorités de TULLE décident de l’envoi de deux émissaires pour connaître les vœux de la population locale...

Le 2 Décembre 1790, la Municipalité et les notables d’ALLASSAC sont réunis, après une messe solennelle, quand arrive le Commandant de la Garde Nationale de BRIVE... Le Maire BONNELYE propose alors de voter le renvoi immédiat du détachement du « Royal-Navarre »... Dès qu’il apprend ce projet Monsieur de LAMAZE proteste, déclare s’abriter derrière les Décrets de l’Assemblée Nationale, et il rend la Municipalité d’ALLASSAC responsable par avance des évènements fâcheux qui pourraient survenir... [ 20 ] .

Le lendemain, 3 Décembre 1790, deux Commissaires de TULLE arrivent... Le 4 Décembre, les habitants sont convoqués de nouveau pour faire connaître leurs vœux : doivent passer du côté droit ceux qui se prononcent en faveur du départ du Régiment, du côté gauche ceux qui sont contre... Tous passent à droite !!!

Le 5 Décembre le détachement du « Royal-Navarre » quitte ALLASSAC... il est suivi peu de temps après par la famille de LAMAZE... Les de LAMAZE ne reverront plus leur château, il ne reviendront plus jamais vivre à ALLASSAC...

Une page de l'histoire locale vieille de neuf siècles est en train de se tourner! [ 20 ]. … Une Révolution, en somme !!!

 

LA DISPARITION DU PATIENT DE CABANIS : MIRABEAU...  [ 2 Avril 1791 ] 

 

« S’il n’y avait pas de médecins, il n’y aurait pas de malades » énonce un célèbre aphorisme... Mais, médecins ou non, la mort se trouve pour chacun toujours au bout du chemin !

Le Docteur CABANIS va devoir « enregistrer » la mort de l’un de ses plus illustres patients, Honoré-Gabriel RIQUETI, Comte de MIRABEAU !

Couché depuis le 28 Mars, MIRABEAU meurt le 2 Avril 1791 « miné par les privations de sa vie errante, le surmenage et les débauches » [ 1 ] … « La relation de son médecin et le rapport d’autopsie ne permettent pas de porter un diagnostic formel sur les causes de sa mort » écrit CHAUSSINAND-NOGARET [ 6 ] qui écarte cependant formellement l’hypothèse d’un empoisonnement…

« Comme médecin, comme philosophe, comme littérateur, CABANIS se place au premier rang ; c’est qu’il avait selon l’expression du célèbre MIRABEAU, son ami, un puissant génie » écrit de lui Maître Elie DUFAURE dans sa « Notice ». Mais il aurait fallu un bien plus grand « génie » encore au Docteur CABANIS pour imposer la vie rangée, dont il avait tant besoin, à son ami MIRABEAU… alors que celui-ci « multipliait les fêtes – d’autres disent les débauches - dans son Hôtel de la Chaussée d’ANTIN et accumulait des aventures amoureuses qui défrayaient la chronique de PARIS » [ 31 ]. A l’ouverture de l’Assemblée, MIRABEAU avait été atteint d’un ictère ; il ne s’en était jamais totalement remis et les séquelles, jointes aux ophtalmies et aux fièvres, le prostraient parfois, « provoquaient des états de langueur, de mélancolie, qui l’emportaient sur la vigueur d’une constitution qui avait fait de toute sa vie, depuis les faiblesses éprouvées dans ses prisons, une énergique protestation contre les forces de mort. Il avait des accés de fébrilité qui étonnaient chez un homme qui semblait être une force de la nature . « Ses muscles, écrit son médecin, restaient toujours ceux d’un Hercule : ses nerfs étaient presque ceux d’une femme délicate et vaporeuse » [ 6 ].

Malgré le mal qui le taraudait ( d’intolérables douleurs d’entrailles ) MIRABEAU continuait ses interventions fiévreuses devant l’Assemblée Nationale... En Janvier 1791, il avait eu la satisfaction d’obtenir la Présidence de l’Assemblée Constituante, ce qui n’empêchait pas ses adversaires de l’attaquer avec violence, car déjà MIRABEAU était dénoncé comme intrigant et il se retrouvait de plus en plus isolé au sein même du Club des Jacobins [ 40 ].

MIRABEAU se montre en effet le fier partisan d’une Monarchie Constitutionnelle dans laquelle il soutient le droit de veto suspensif et le droit exclusif du Roi à décider de la guerre et de la paix... Alors, ceux là même qui l’avaient soutenu, se détachent progressivement de lui tels BARNAVE ou Adrien DUPORT... Selon ARAGO, « peu de temps avant sa mort, MIRABEAU disait à CABANIS : « j’ai défendu la Monarchie jusqu’au bout, mais si le Roi part, je fais déclarer le trône vacant et proclamer la République » [ 28 ]... Cette confidence est rapportée par CABANIS dans son « Journal de la maladie et de la mort d’Honore-Gabriel RIQUETTI MIRABEAU, 1791 » : « j’ai défendu la monarchie jusqu’au bout, je la défends même, encore que je la crois perdue, parce qu’il dépendrait du roi qu’elle ne le fût point, et que je la crois encore utile, mais s’il part, je monte à la tribune, je fais déclarer le trône vacant et proclamer la République » [ 6 ] …

La fuite du Roi... SAINT PRIEST et MIRABEAU y pensaient, comme tant d’autres, et ce depuis déjà longtemps ! « S’il fallait rappeler que les évènements, dans leur irréductibilité, et surtout dans leurs résonances orientent l'Histoire, la fuite du Roi serait exemplaire... », écrit Jean-Clément MARTIN ! [ 29 ].

MIRABEAU, tout juste avant l’épisode déterminant de la fuite du Roi, stoppée à VARENNES, rejoint dans la mort Sophie de MONNIER, la plus célèbre de ses maîtresse, qui s’est suicidée en Septembre 1789...

 

« PANTHEONISATION-S » … ET « DEPANTHEONISATION »…

 

A la mort de MIRABEAU, les Patriotes, qui en étaient restés à son image de Tribun de la Révolution, « d’incarnation de l’esprit de 1789 » [ 1 ], et qui avaient besoin d’un héros, lui firent des obsèques grandioses, le 4 Avril 1791... Sur le parcours qui mène de la Chaussée-d’Antin à Saint-EUSTACHE, par le Boulevard MONTMARTRE, la foule était si dense, que le convoi qui progressait lentement, sur une musique funèbre de GOSSEC, n’était pas parvenu à destination à dix heures… du soir !!! [ 6 ]

La dépouille d’Honoré ci-devant de MIRABEAU est déposée dans l’ancienne église Sainte-GENEVIEVE, en attendant l’achèvement du Panthéon… Elle sera bientôt la toute première à y être déposée…

Le prestige de MIRABEAU est alors vraiment immense !

Pour SADE, rancunier, MIRABEAU pourtant n’aura rien été : « pas même Législateur assurément. Une des meilleures preuves du délire et de la déraison qui caractérisèrent en FRANCE l’année 1789 est l’enthousiasme ridicule qu’inspira ce vil espion de la Monarchie. Quelle idée reste-t-il aujourd’hui de cet homme immoral et de fort peu d’esprit ? Celle d’un fourbe, d’un traître et d’un ignorant  »...

C’est très exactement l’attaque que SADE a consignée dans une note, annoncée par deux « astérisques», dans son roman « Histoire de Juliette... » [ 15 ], qui sera publié bien après la mort de MIRABEAU et bien après « l’adresse d’un Citoyen de PARIS au Roi des Français  » composée par SADE juste après la « fuite à VARENNES » [ 52 ] Adresse « qu’il aurait, sur le passage de la berline du Roi reconduite à PARIS, jetée - dit-on - par une fenêtre entrouverte » !!! [ 53 ] …

Car SADE est « réapparu » !!! Bel et bien !!!

Le jour de la mort de MIRABEAU, cela fait exactement un an que la « Révolution » a libéré SADE, grâce à l’intervention « opportune » du Décret du 13 Mars 1790 supprimant les lettres de cachet... Un Décret à l'origine duquel les combats de MIRABEAU ou d’Adrien DUPORT ne sont pas étrangers...

Si SADE est libéré le 2 Avril 1790, celle qui était encore sa belle-mère, Madame de MONTREUIL, se sera pourtant demandée jusqu’au bout s’il n’y avait pas un moyen de pouvoir excepter son gendre de l’entrée en vigueur des dispositions dudit Décret !!! ... [ Le 9 Juin 1790, son épouse Renée-Pélagie de SADE, obtiendra du Châtelet de PARIS la séparation de corps et de biens d’avec son mari... [ 16 ] ].

Le 1er Juillet 1790 SADE prend sa carte de « Citoyen actif » à la Section de la Place Vendôme qui deviendra la « Section des Piques » [ ! ] en Septembre 1792 ... Une Section dont sera également membre un certain... ROBESPIERRE !

Le renom et la réputation de MIRABEAU comme homme politique dure des Etats Généraux jusqu’à sa mort et à sa « Panthéonisation » en 1791…

SADE a raconté à son ami GAUDIFRY l’effet produit par cette mort : « rien n’égale la sensation que cette mort a produite ici. Le peuple se porte en foule vers les spectacles, les fait interrompre. Quelques personnes moins enthousiastes du libérateur de la FRANCE trouvèrent mauvaise cette interruption. La Rue où est mort le libérateur change de nom et prend celui de Rue de MIRABEAU  » [ 53 ].

La Constituante a décrété à la mort de MIRABEAU et en son honneur un deuil public... Ce furent partout des oraisons funèbres et des souscriptions ; chacun voulait rendre hommage au grand homme. La « Chronique de PARIS », résumant l’opinion générale, écrivait : « l’histoire donnera à M. de MIRABEAU la première place dans la Révolution qui rend à la FRANCE sa liberté »… [ 6 ]

DEMOULINS, DANTON, BRISSOT ne demeurèrent pas en reste… Le Club des Jacobins, oubliant tous ses griefs, prit le deuil pour huit jours, décréta que l’anniversaire de la mort du tribun serait fêté à perpétuité et décida de placer son buste dans la salle des séances… [ 6 ]

Or, vingt mois plus tard, avec la découverte des papiers secrets de LOUIS XVI enfermés dans « l’armoire de fer », la « collusion » de « l’infâme RIQUETI » avec la Monarchie est alors mise en évidence...

Désormais, le nom de MIRABEAU est vilipendé par les Révolutionnaires. Ses restes sont donc enlevés du « Temple de la République », le 21 Septembre 1793, et ils sont transportés au Cimetière de CLAMART où ils sont jetés dans la fosse commune [ 31 ]. Ainsi donc Honoré de MIRABEAU aura connu « le Panthéon, suivi de près par une « dépanthéonisation  » ( ce mot et ce concept sont même forgés pour lui ! ) » [ 11 ]...

Au delà de son antipathie personnelle pour MIRABEAU on comprend mieux pourquoi, aux alentours de 1797 ( date de parution probable de « Histoire de Juliette » ), SADE emploie des termes aussi vifs ( traître, fourbe, vil espion ) à l’encontre de MIRABEAU !

C’est le 5 Mai 1808, soit dix-neuf années après la date d’ouverture « officielle » des Etats Généraux que décèdera, à son tour, CABANIS...

CABANIS meurt d’une congestion cérébrale… Son cœur reste à AUTEUIL, près de Madame HELVETIUS, mais son corps est déposé au Panthéon…

« Cette grande perte causa une extrême désolation », écrit Maître DUFAURE, « les habitants des villages d’alentour suivirent longtemps ses restes, qui furent transférés au Panthéon avec une pompe éclatante, au milieu des hommages publics des corps de l’Etat, et, ce qui valait mieux, parmi les bénédictions reconnaissantes, les afflictions profondes, les respects sincères qu’avait mérités cet invariable serviteur de la pensée et de la bonté humaine » ! ...

Il s’en était donc fallu « de peu » pour que la dépouille du médecin et celle de son patient ne reposent ensemble dans le « Temple froid » de la République, non loin de cette Faculté de Droit de PARIS, où étudierait, quarante années plus tard environ, un jeune homme d’ALLASSAC, monté à PARIS, Elie DUFAURE, lointain allié de CABANIS, et né à quelques kilomètres seulement du SAILLANT !

[ CABANIS avait attendu la fin de la « Terreur » pour retrouver des responsabilités politiques et scientifiques. Nommé Professeur d’Hygiène à l’Ecole Centrale, il publiera une note sur le supplice de la guillotine, dans laquelle il protestera contre la peine de mort et contestera les affirmations de certains médecins ayant prétendu que les condamnés à mort éprouvaient encore des souffrances après la décapitation… ]

 

LA GUERRE AUX ETANGS : DE LENTILHAC, UNE VICTIME ALLIEE !  [ 1791 ]

 

Dans le cadre de ses recherches généalogiques, Elie DUFAURE a été amené à procéder à l’examen d’un acte baptistaire en date du 2 Février 1689, concernant François de LENTIHLAC, acte cosigné entre autres par un « du FAURE » , et de nous faire remarquer : « ce n’est pas au demeurant la première fois que notre nom figure dans les actes les plus sérieux de la famille de GIMEL, représentée par celle de LENTILHAC »... L’acte baptistaire émane de la Paroisse Saint Etienne de… GIMEL !

A partir de cet acte de la famille de LENTILHAC, Elie en arrive à évoquer Louis-Marie de LENTILHAC, « qui entra dans les Mousquetaires gris de la Garde du Roi en Février 1763, fut nommé Aide de Camp du Maréchal de MOUCHY en 1776. Il devint Lieutenant-Colonel en 1779 et fut fait Chevalier de l’Ordre de Saint-LOUIS  »…

Ce ( possible, sinon probable ) fort lointain allié de la famille DUFAURE fut, écrit encore Elie, « élu député [ suppléant de la noblesse du Bas-LIMOUSIN ] aux Etats Généraux du Royaume en 1789. Il se retira à l’époque de la réunion des Ordres avec l’agrément de ses commettants  »…

D’après Elie, ce serait le petit-fils de Louis-Marie de LENTILHAC et de Charlotte Cécile CASSAIGNES de la NUSSE [ ! ], prénommé Paul, qui aurait pris le premier le titre de Comte de SEDIERES... Cependant Jean BOUTIER, lui, désigne dans son ouvrage le « Vicomte Louis Marie Joseph de LENTILHAC-SEDIERES » [ 24 ], et il s’agit bien du même individu, de ce même « allié », que cite également Maître DUFAURE…

C’est ce personnage qui va être, en CORREZE, l’une des principales victimes de la « guerre aux étangs », une forme rurale particulière d’atteinte à la propriété des « nantis », après la « guerre aux châteaux » !

Déjà du 15 au 21 Janvier 1790, à CHANTEIX et à Saint MEXANT, une dizaine d’étangs, en propriété des pères Chartreux du GLANDIER, avaient été ouverts et péchés...

Ce furent les premiers exemples de la « guerre aux étangs » qui va culminer au printemps et à l’automne 1791... Le 5 Avril 1791, des ouvertures d’étangs sont commises au LONZAC, le 12 Avril il s’en produit à ESPARTIGNAC... Puis, dans la nuit du 17 au 18 Avril 1791, « une brèche est ouverte dans la chaussée de l’étang FERRIER, propriété de Monsieur de LENTILHAC-SEDIERES » [ 24 ].

Ce genre de méfaits se poursuit en Mai et Juin avec l’ouverture des étangs de LACHAMP, de CHAMBOULIVE ou de CHANTEIX... Le mouvement prend alors encore de l’ampleur et gagne l’ensemble du Département de la CORREZE... L’étang est en effet un signe de « standing social » car il offre la possibilité de consommer, mais surtout de négocier du poisson, c’est à dire ce qui s’apparente à un véritable « aliment de luxe » [ 24 ]… Du 20 Août 1791 à la fin Septembre de la même année, c’est plus de trente étangs qui vont être alors ouverts en CORREZE...

La campagne Limousine se trouve à ce moment là replongée dans les affres d’une nouvelle disette... Les pluies quotidiennes et froides du printemps, la grêle, les gelées de Pentecôte, alliées à ... la sécheresse estivale, ont détruit près de la moitié des grains du District d’UZERCHE ! [ 24 ]… Or, à qui peut faire le sacrifice d’une parcelle de son terrain, un étang procure un revenu élevé !!! Trois Paroissiens de CHANTEIX avaient été arrêtés en Janvier 1790, au marché d’UZERCHE, porteurs de vingt-sept carpes et de six brochets... Cette vente devait rapporter quarante livres et vingt sols soit l’équivalent de 2,2 Hectolitres de seigle au cours du jour, c’est à dire de quoi nourrir une famille durant deux bons mois... En Septembre 1791, Monsieur de Saint VICTOUR s’était plaint qu’on lui aurait dérobé du poisson pour une valeur de quatre à cinq mille livres le 22 Août 1791, et même s’il peut avoir eu tendance à exagérer le montant de son préjudice, celui-ci était quand même fort conséquent ! [ 24 ].

Le 24 Août 1791, sur la chaussée de l’étang FERRIER, ce sont mille à douze cent personnes qui sont présentes, pour procéder à une ouverture de force, selon les gendarmes... Les dégâts commis au préjudice de LENTILHAC vont être beaucoup plus conséquents cette fois que la « simple brèche » initiale du Printemps ! ...

L’intervention de la force publique se révèle d’une efficacité douteuse lors de la survenance de ce genre de « méfaits »… La preuve est difficile à rapporter… L’aveu à obtenir… Pour illustration, le 31 Janvier 1790, un nommé Pierre DUBERNARD, dit « le pontonnier », « habitant du bourg [ d’ORGNAC ] soubçonné d’etre le chef du brigandage commit a la chartreuse de GLANDIER » était interrogé à UZERCHE après son arrestation... « (…) interrogé s’il n’a pas aidé à ouvrir l’etang d’ORNIAC et en porte sa bonne part de poisons [ ! ]. A dit qu’il n’a pas ouvert l’etang d’ORNIA, ceux qui l’avoit ouvert et pris le poison y étoient avec les domestiques des peres qui le pechoit, qu’il fut par curiosité et voyant que tout le monde portoit, il trouva une petite tanche et la pris mais autrement il se mela point de la peche de l’etang. Interrogé s’il connoit ceux qui ont volé les poissons de l’etang d’ORNIAC. A dit que nont » [ 24 ]…

Jacques BRIVAL ( 1751-1820 ), Procureur Général Syndic du Département de la CORREZE [ il sera élu fin Août 1791 à la Législative et il sera de tendance « Montagnarde » [ 10 ] ], envoie une « Adresse à l’Assemblée Nationale » le 16 Juin 1791 qui a pour thème les troubles « relatifs à la démolition des étangs », dans laquelle il se montre plutôt compréhensif pour des « gens grossiers, aigris par de longues persécutions, exaltés par les circonstances, et peut être par de fausses opinions. (…) Ces cultivateurs respirant aujourd’hui à l’ombre des nouvelles Lois cherchent moins à se venger des maux qu’ils ont éprouvés qu’à en éviter de semblables à l’avenir  »... BRIVAL insiste même sur le désagrément de ces étangs qui causent la « fièvre » et les « maladies épidémiques » à des « habitans [ qui ] n’ont qu’une saison dans l’année, la saison des brouillards ». Selon lui, les étangs rendent « l’air malsain et la terre ingrate » et ils présentent un « danger quand on pense que du plus ou moins de solidité d'une chaussée dépend le sort d'un païs considérable » ... Dans cette Adresse, il rappelle que « l’étang de FERRIER et celui de LA CHAMP furent emportés il y a quatre-vingt ans et il demeure des vestiges des maisons qui furent détruites à cette époque...  » [ 24 ].

BOUTIER reproduit dans son ouvrage une lettre d’un « ancien seigneur, propriétaire d’étang  », lequel n’est autre que « M. de LENTILHAC-SEDIERES », qui a adressé une missive au Directoire de la CORREZE à la fin du mois d'Août 1791... Dans son courrier de LENTILHAC s’affirme vivement comme un défenseur de la propriété : « c’est en mon nom, c’est pour l’interêt de tous les propriétaires, de tous les citoyens honettes, de la société entière menacée que je défère à votre justice des attentats alarmants. (…) Dans le mois d’Avril dernier les étangs, ces propriétés nécessaires dans un pays que l’eloignent [ ! ] de la mer et de toute rivière navigable privent d’autre poisson [ sic ]; les étangs dis-je deviennent l’objet de l’inquiétude active de paisans (…) » ... Ensuite De LENTILHAC se montre critique à l’égard de « l’Adresse » de BRIVAL qui « cherchait sans doute à acquerir de la popularité à la veille des élections » [ ! ]. « J’étois propriétaire du plus vaste [ étang ] de tous ceux de ce Canton du District de TULLE (…) au milieu d’une campagne que mes soins et mes dépenses avoient vivifié, deja dans le printemps on avoit essayé d’en abattre la digue, elle fut sauvé alors plutôt par le hasard que par la force  »... Mais le 24 Août 1791, « la digue a été abatue, le poisson volé, l’étang mis à sec »….

De LENTILHAC -SEDIERES fort mécontent de la prise de position de Jacques BRIVAL s’inquiète car « l’esprit de révolte gagne chaque jour, menace toutes les propriétés et fait craindre un incendie général  »... [ 24 ]

De LENTHILAC-SEDIERES en vient finalement à conclure que « ce n’est donc que d’une puissance supérieure que les propriétaires du Département de la CORREZE peuvent attendre la conservation de ce qui leur reste », et alors il déplore le manque de fermeté des autorités et l’impunité des fauteurs de troubles !!!

Il se rendra vite compte qu’il n’a rien à attendre des nouvelles autorités et, comme bien d’autres « hobereaux spoliés », il se résoudra bientôt à prendre les chemins de l’émigration qui l’éloigneront à tout jamais de son « fief » de la CORREZE, comme nous le verrons bientôt …

 

REFORME DU CLERGE ET REFORME FINANCIERE... « SECONDE REVOLUTION » !

 

La fuite du Roi, dans la nuit du 20 au 21 Juin 1791, a marqué le début de ce que nombre d’auteurs s’accordent à nommer la « seconde Révolution »...

En dépit de son retour ( forcé ) dans la Capitale, LOUIS XVI peut-il accepter de jouer « loyalement » un rôle de Souverain Constitutionnel ? Lorsque le 30 Septembre 1791 l’Assemblée Constituante se sépare au terme de sa mission, on peut déjà se douter que, pris entre des Conservateurs hostiles, d’un côté, et des Révolutionnaires exigeants, de l’autre, le nouveau Régime de « Monarchie Constitutionnelle » ne pourra s’imposer durablement... De fait, il succombera en un peu moins d'une année !!!

Déjà « la réorganisation religieuse » amorcée par l’adoption de la Constitution Civile du Clergé ( 12 Juillet 1790 ) grève lourdement l’action Révolutionnaire... Les aristocrates sont en passe d’obtenir par son intermédiaire cette « réaction » tant appelée de leurs vœux, réaction qui naît plus d’un « sentiment religieux » que d’un réel « sentiment Monarchique » d’ailleurs… L'opinion se divise entre les partisans du clergé Constitutionnel ( ou jureur ), et ceux du clergé réfractaire... Les prises de position du Pape ( 10 Mars, puis 13 Avril 1791 ) condamnant la Constitution Civile du Clergé « créent un véritable schisme pour l’église de France  » estime le Professeur Jacques GODECHOT [ 54 ].

François LEYRAL, le Maire, élu, de PERPEZAC le NOIR, est également son Curé… Il refuse de prêter le Serment et, par suite, sa qualité de réfractaire lui fait perdre sa Mairie [ 51 ] . Il est obligé de se cacher pour échapper à des poursuites... Il continuera à dire la messe dans la clandestinité alors qu’il est remplacé dans sa cure par un prêtre jureur, le Curé DONET…

A ALLASSAC, le 6 Avril 1791, le Curé Jean Michel de LACHASSAGNE et ses deux Vicaires, refusent également de jurer… De LACHASSAGNE est arrêté et il est remplacé par un prêtre jureur, un nommé REYJAL [ 20 ]…

Le Canton d’ALLASSAC s’avèrera être un Canton largement gagné par le sentiment « réfractaire » : huit Paroisses refuseront de prêter serment contre une seule acceptation recensée, celle du Curé de Saint-VIANCE et de son Vicaire...

Le Curé d'ESTIVAUX prête, lui, serment... Sa Paroisse forme alors une « enclave », entourée qu’elle est de plusieurs Paroisses qui se sont toutes caractérisées par le refus de prêter serment … [ 24 ]

En Février-Mars 1791 : 54 % du clergé Corrézien a déjà refusé de prêter serment... A la fin du mois de Mars 1791, la CORREZE ne possède que 40 prêtres jureurs pour 320 Paroisses… [ 10 ].

Les incidents sont nombreux... Le 9 Avril 1791, une « troupe tumultueuse et sans frein » accueille le nouveau curé de DONZENAC, un jureur, VOISIN, à coups d’insultes et de pierres… Le lendemain à VOUTEZAC un groupe de... femmes assaille avec des « termes injurieux » le nouveau Curé et son Vicaire... Il faudra dépêcher à VOUTEZAC quinze soldats… alors qu’à DONZENAC ce seront deux cent Gardes Nationaux et les gendarmes qui devront protéger le Curé VOISIN... [ 24 ] … L’alliance du sabre et du goupillon pour marquer une certaine idée de « l’intérêt général » !!!

Et pourtant parler de cléricalisme paysan serait impropre ! En fait, la politique « rationnelle » de la Révolution bute sur une culture populaire où sacré et profane s’interpénètrent étroitement… Et le Curé constitue l’un des modes principaux d’expression d’une communauté rurale lorsque celle-ci l’a accepté [ 24 ]… Qu’il soit envoyé par l’Eglise ou par l’Etat, tout clerc nouveau-venu qui prend la place du curé « légitime  » est d’abord un « intrus »… En brisant des liens personnels qui s’étaient établis, il ébranle l’ordre social et symbolique de la Communauté. Le « bon prêtre » ne se confond donc pas toujours avec le prêtre « légitime »... qu’il relève du Droit Canon … ou du Droit Civil !!!

La Constitution Civile du Clergé, si elle ne visait pas directement la croyance religieuse, portait tout de même atteinte à l’église hiérarchique...

MIRABEAU analysait lucidement à ce propos, le 21 Janvier 1791 [ LOUIS XVI n’avait ce jour là plus que deux années à vivre ], « On ne peut pas trouver une occasion plus favorable de coaliser un plus grand nombre de mécontents d’une plus dangereuse espèce et d’augmenter la popularité du Roi » [ 29 ].

D’autres lames de fond bouleversent au même moment la société et les codes établis... La vente des biens du Clergé comme « Biens Nationaux » a commencé en Mars 1790 provoquant un important premier transfert de propriétés... C’est le 2 Novembre 1789 que MIRABEAU et TALLEYRAND avaient proposé que les biens du clergé soient mis à la disposition de la Nation... car, donnés à l'église donc aux fidèles, ils appartiennent indiscutablement selon eux à la Nation !

Ces biens, vendus aux enchères, et sans possibilité de morcellement, sont acquis par les bourgeois et les paysans les plus riches, souvent pressés de se débarrasser des assignats reçus… car en même temps une réorganisation financière est aussi en cours.

Les biens du clergé sont gagés ou « assignés » sur du papier-monnaie ou assignats…

Les assignats cessent de porter interêt dès Septembre 1790 permettant ainsi d’éviter « l’hideuse banqueroute » qui était particulièrement redoutée de MIRABEAU... Mais le système est à tendance largement inflationniste... L’Assemblée, en manque de fonds, multiplie le papier-monnaie, tandis que les émigrés inondent le pays de faux assignats qui discréditent encore le système... Il faut donc apprendre à compter sur une nouvelle force d'opposition composée d’adversaires particulièrement résolus : les émigrés 

 

LE PHENOMENE DE L’EMIGRATION... OU L’ON REPARLE DE DE LENTILHAC !

 

Après l’épisode de l’arrestation du Roi à VARENNES, l’émigration s’accélère...

Si elle a débuté dès Juillet 1789 elle ne cesse depuis de s’amplifier... On compte en NORMANDIE en Juin 1791 plus de 1.100 départs... La majorité des évêques de FRANCE est déjà de l’autre côté des frontières, où l’on dénombre aussi plus de 4.000 Officiers des armées, entre la fin de l'année 1791 et le début de 1792... Mais c’est une émigration militaire fort sélective : 10 % seulement des Officiers du Génie ont refusé en 1791 le serment à la Nation alors qu’au contraire les troupes « étrangères » l’ont refusé en bloc... [ 29 ]

Les émigrés sont les exemples mêmes de ces « Contre-Révolutionnaires » dont les caricaturistes et les pamphlétaires du temps ne cessent de dénoncer le ridicule et la corruption ( en particulier sexuels ) [ 29 ] …

L’arsenal législatif est encore hésitant contre eux... Des mesures restreignent leur liberté de sortie du territoire en Juillet 1791, leur retour est demandé sous un mois le 31 Juillet 1791, puis le 14 Septembre... mais les émigrés bénéficient alors d’une amnistie liée à l'acceptation de la Constitution par le Roi qui y a prêté serment le 13 Septembre 1791...

Paradoxalement cette mesure d’amnistie et l’attitude conciliante du roi sont suivies par « une grosse vague de départs » entraînant un nouveau durcissement législatif avec la Loi du 9 Novembre 1791, qui oblige les français partis à l’étranger à rentrer sous « peine de mort »... ce qui n’est cependant pas accepté par le Roi ! [ 29 ]

Il faut encore attendre un petit peu de temps pour que les émigrés soient touchés dans leur fortune [ Lois successives du 30 Mars 1792, 8 Avril 1792 puis 22 Mai 1792 ]. Ensuite le Décret du 28 Mars 1793 instituera le « crime d'émigration » qui donnera enfin une première définition juridique de « l’émigré » ... L’émigré, qui est banni à perpétuité, qui est exécuté s’il est capturé, et dont les biens sont confisqués est défini comme « tout français, sorti depuis le 1er Juillet 1789 et qui ne peut pas justifier de son retour avant le 9 Mai 1792 ». La Loi peu après transforme les parents d’émigrés en otages ( 15 Août 1793 ), puis la Loi des 29-30 Vendémiaire An Il [ 20-21 Octobre 1793 ] assimile les émigrés, et les réfractaires, à des auteurs de crimes politiques graves, passibles de la peine de mort, après simple constatation de leur identité ! [ 29 ]

Une partie de la noblesse formait dès l'origine le « noyau dur » de ce que l’on peut appeler « la Contre-Révolution »...

Le « salon français » était né autour du... Vicomte de MIRABEAU, André-Boniface dit « MIRABEAU-Tonneau », mais également autour de de BOUILLE, d’ANTRAIGUES, ou de de VIRIEU… Cependant les projets d’insurrections populaires qu’ils formaient dans le Sud-Est avaient tourné courts !

Leur stratégie visera, dès lors, surtout à unir les « résistants de l'intérieur » aux premiers émigrés...

MIRABEAU-tonneau, élu de la Noblesse Limousine, qui fin Janvier 1790 dénonçait à PARIS la jacquerie en Bas LIMOUSIN, va bientôt franchir le RHIN [ 29 ]…

[[ « Soit dit en passant » écrit Elie DUFAURE « le cahier des représentations et doléances de la Noblesse du Bas LIMOUSIN, des Sénéchaussées de TULLE, BRIVES et UZERCHE, commencé le 17 Mars 1789 et fini le 21 Mars de la même année est signée par DUFAURE de Saint MARTIAL [ Branche qu’il suppose alliée à sa famille ] et le Procès Verbal de l’Assemblée Générale de la Noblesse du Haut-LIMOUSIN tenue le 17 Mars 1789 et jours suivants, rédigé par Monsieur le Vicomte de MIRABEAU, l’illustre orateur, est signé par DUFAURE de BELLILLE » [ autre DUFAURE qu’il suppose également issu d’une branche allié ]… Est-il envisageable de supposer qu’Elie DUFAURE, « féru » d’histoire, ait pu confondre les deux MIRABEAU ? C’est dans le domaine du possible, sauf à ce que le terme « l’illustre orateur » qu’il emploie vise volontairement le cadet, qui est bien Vicomte, par référence en particulier à son discours de la fin Janvier 1790, et non son aîné qui seul a gardé pour le « grand public » aujourd’hui encore une image « d’illustre orateur » ! ]]

Le Vicomte de MIRABEAU que l’on « surnomme tonneau à cause de son embonpoint et de son ivrognerie, le frère cadet de l’orateur, émigre. Il lève une légion dont l’uniforme noir se décore de « têtes de mort » [ ! ]. Son régiment est intégré dans l’armée du Prince de CONDE, cantonnée le long du RHIN, autour de COBLENCE », note Marc BOULOISEAU [ 55 ].

FERSEN, lorsqu’il organise le plan de fuite du Roi, s’appuie sur le Marquis de BOUILLE, et aussi sur les troupes qu’il a massées en RHENANIE, autour de MIRABEAU-tonneau... ! Tout au long de l’année 1791, les habitants de BESANCON vivront dans l’angoisse de voir le Vicomte de MIRABEAU rentrer en FRANCE pour faire la guerre, et ils s’opposeront aux soldats qui dans leur ville tiennent des propos contre la Constitution [ 29 ]… En fait le Vicomte « émigré en 1790, lèvera un régiments de hussards de la Mort à la tête duquel il n’aura même pas le temps de s’illustrer : convaincu peut-être d’avoir choisi le camp des perdants, il délaisse même les dames pour la bouteille, à laquelle il s’adonne avec une fureur qui lui vaut le surnom de MIRABEAU-TONNEAU. Cette dernière maîtresse aura sa peau en peu de temps : il démissionne de la vie avant trente-huit ans.  » [ 11 ]…

La situation des troupes émigrées est complexe et contradictoire. Si trois armées d’émigrés se forment, elles n’en sont pas moins en situation de concurrence !!!

On trouve l’armée des Princes à COBLENCE, celle commandée par CONDE à WORMS, la mieux organisée, et, enfin, celle dirigée par MIRABEAU-Tonneau, la « Légion Noire » à NEUCHATEL…

On retrouve Louis-Marie de LENTILHAC, écrit Elie DUFAURE, « à COBLENTZ en 1791, comme Commissaire de la Noblesse des Bailliages du Haut et Bas-LIMOUSIN, près de son Altesse Royale le Comte de PROVENCE » [ c’est à dire auprès du futur Roi LOUIS XVIII ]. De LENTILHAC, l’ancien « Mousquetaire Gris » retrouve-t-il, en 1791, une seconde jeunesse « trente ans après » [ !!! ] ? … « Les Princes le nommeront, le 1er Mai 1792, Officier Supérieur avec rang de Colonel dans la Première Compagnie Noble d’ordonnance ». L’atteinte à la chaussée de son étang « FERRIER » a-t-elle radicalement galvanisé ses ardeurs contre la « canaille révolutionnaire » ?

Mais le coût élevé de l’entretien de ces troupes émigrées est tel, qu’alors que cette guerre tant attendue et tant espérée n’arrive toujours pas, la « contre-révolution » doit se résoudre à disperser une partie de ses armées dès la fin de l'hiver 1791-1792 [ 55 ].

Lorsque la guerre surviendra enfin, les Emigrés seront « dépités d’être relégués au second rang de l’Armée commandée par BRUNSWICK » qui les divisera en trois pour les rattacher aux trois Armées Austro-Prussiennes [ 55 ]… [[ Cinq mille hommes sont sous les ordres du Prince de CONDE, 4.000 sous ceux du Duc de BOURBON, « quant à la Légion de MIRABEAU elle disparaît rapidement » [ 29 ], comme son chef qui décède en 1792 ! ]] .

Dans les camps, les troupes d’émigrés [ Gardes du Corps, Régiments étrangers, jeunes élèves des écoles d’Artillerie ou de Marine, Officiers et Soldats... ] auront longtemps « rongé leur frein » avant que d’être autorisés enfin, en sous-ordre, à combattre. En dépit d’une forte importance symbolique, ces contingents émigrés ne sont en fait qu’une minorité, à peine « une douzaine de mille » d’unités [ 55 ], où l’on ne compte d'ailleurs pas que des Gentilshommes !!!

 

LA ROTURE « EMIGREE »… AUTRES ALLIES DUFAURE ET DIVERS ALLASSACOIS…

 

Fin 1792, les roturiers qui, pour des raisons diverses avaient quitté la FRANCE, dépassent la moitié du total général de la population émigrée recensée… Ils appartiennent à toutes les catégories sociales, « de la soubrette et du laquais au propriétaire et au commerçant. Quant aux prélats et aux prêtres, ils représentent le quart de l’ensemble. Ils végètent en groupe, ou isolés, « se préparant dans la médiocrité à un long exil » [ 55 ] …

Barbara LEVY donne comme « chiffres approximatifs » un total de 119.550 individus, émigrés avant et pendant la Terreur, avec 27.000 prêtres, 25.300 militaires dont 16.900 non nobles, 9.900 propriétaires terriens, 7.800 marchands, 18.000 artisans, 8.000 femmes aristocrates, 4.400 nonnes ou abbesses [ 56 ] ... Pour Fernand BRAUDEL ce sont peut être 180.000 personnes qui ont constitué les rangs de l'émigration... [ 57 ].

Ces chiffres montrent en tout cas que ce phénomène n’était pas un phénomène complètement marginal, n’atteignant que la haute noblesse privilégiée...

Dès lors faut-il s’étonner que, parmi les multiples « notices biographiques » que Maître Elie DUFAURE a établies, nous retrouvions à plusieurs reprises des références à des « émigrés » ? ... Bien entendu non ! ... Mais aussi dans la mesure où Elie DUFAURE cherchait à établir, autant que possible, des filiations ascendantes « nobles »...

Au fil des pages de la « Notice sur les Familles du FAUR et de GIMEL », j’ai recensé les références qui suivent et qui ont toutes trait à l’émigration ... de nobles ou de roturiers… et qui ont été soigneusement consignées par Maître Elie DUFAURE…

Dans l’étude sur sa branche ascendante maternelle, Elie mentionne la présence de la famille de GENTIL [ « de GENTILZ au Moyen-Age », précise-t-il même ! ] ... « Jean de GENTIL [ arrière grand oncle maternel d’Elie DUFAURE ] eût de son mariage avec Mademoiselle de JARRIGE deux enfants, un fils mort en émigration, et une fille Louise ». Louise est mère d’une autre « Louise qui a épousé Pierre-Julien LABROUHE de la BORDERIE, Officier en Retraite, Garde de la Porte du Roi LOUIS XVIII »…

Elie mentionne également une alliance avec la famille du GARREAU dont il souligne « sa fidélité à la Maison de BOURBON ». Joseph du GARREAU a épousé Gabrielle de CRAMARIGEAS, dont il a eu trois enfants : J.B.Joseph qui « mourut en émigration », Joseph, « Mousquetaire gris, mort à 22 ans », et J.B.Joseph « deuxième du nom, mort en émigration ». [ … Parmi les quatre enfants du premier J.B.Joseph, l’un, Jean Baptiste Théodore du GARREAU sera Officier de Marine et disparaîtra avec LAPEROUSE [ ! ], le second Pierre « mourra en émigration », et en note sous cette dernière affirmation Maître Elie DUFAURE de nous préciser « il y avait quatorze du GARREAU dans l’Armée de CONDE » ]

Du côté de son ascendance paternelle, « DUFAURE de GIMEL », rappelons pour mémoire, Louis-Marie de LENTILHAC-SEDIERES qui « mourra en émigration, le 12 Juin 1801, à LONDRES » ... sans avoir revu l’emplacement de son si cher étang de FERRIER dont la chaussée avait été dégradée par des « manants » !!!

Elie énumère aussi toutes les alliances Allassacoises de sa famille, en particulier avec les « ALEGRE ou d’ALLEGRE » pour rappeler que lorsque « 1793 arriva, J.B. ALEGRE fut inscrit sur la liste des émigrés »…

Jean Louis LASCAUX indique dans son ouvrage qu’un fils de l’ancien Notaire Royal MOUNEYRAT [ -ou MOUNEYRAC- ] avait émigré [ 20 ]… [ ce serait donc un cousin germain du jeune marié Elie DUFAURE, le grand-père d’Elie, qui pourtant n’en dit mot dans sa Notice ! ] …

A chacun son destin alors ! Les familles peuvent en arriver, avec la Révolution, à se séparer et à se diviser radicalement... Des plus anonymes à celles qui ont plus de notoriété... Je pense à la famille Royale aussi, avec PHILIPPE-EGALITE, régicide, ou aux frères MIRABEAU, ou encore à la famille de SADE…

En 1792 les deux fils du « divin Marquis » émigrent et rejoignent les armées Royalistes [ Notons ici que ce sont deux fils de... divorcés… car depuis peu la Révolution a introduit cette nouveauté juridique ! ]… Le Marquis de SADE, quant à lui, n’envisagera jamais la possibilité de franchir les frontières [ 16 ]… En 1797 il se retrouvera pourtant en butte avec des difficultés administratives pour faire rayer son nom de la liste des émigrés du Département du VAUCLUSE... à cause d’un changement ( malheureux ! ) de prénom ! En 1791 SADE a opté pour le « royal » prénom de Louis... au moment même où les Républicains se renomment eux-mêmes ou appellent leurs enfants : Brutus, Gracchus, Agricole, Publicola, Porcia, Liberté ou autre Egalité… et il s’ensuit une extrême confusion entre lui et ses deux fils, réellement émigrés eux, l’aîné qui se prénomme Louis-Marie, le second Donatien-Claude-Armand... Leur père Donatien Aldonse [ déformé généralement en Alphonse ] François, est le Citoyen Louis SADE, depuis 1791 [ 52 ] !!!  Une tête peut tomber pour un tel « point de détail » ! …

 

LA REPUBLIQUE JACOBINE...  L'AN Il ET LE MYTHE DE 1793  !

 

« Qu’il y avait longtemps de çà, en 1793 », « Enfin 1793 arriva ». A plusieurs reprises Elie DUFAURE cite dans sa « Notice… » ce millésime mythique : « 1793 » !!! 1793, c’est celui qui marque le triomphe de la République Jacobine !!!

La prise des Tuileries, le 10 Août 1792, qui chasse la tradition Royale séculaire, et la victoire de VALMY, le 20 Septembre 1792, quelques mois après la déclaration de Guerre du 20 Avril 1792, hâtent la proclamation de la République Française, le 21 Septembre 1792 et marquent le début d’une ère nouvelle...

Cette « Première République » fait « comme quatre vingt neuf exploser la Révolution » et, en dépit de contradictions nombreuses, elle marque « la phase ascendante de la lutte pour la Liberté » [ 55 ]…

En moins de deux années, de la prise des Tuileries à la chute de ROBESPIERRE, le 9 Thermidor An Il ( 9 Juillet 1794 ), la « République Jacobine » va parvenir à fasciner les générations ultérieures et elle va aussi imprégner les consciences politiques du XIXème Siècle, et même bien au delà encore dans le temps ! [ 55 ]. Oui ! L'An Il et 1793 demeurent, de nos jours encore, toujours des références politiques de l’ordre du mythe !!!

« C’est notre souvenir, celui d’un moment exceptionnel de notre Histoire et de la Révolution, où chacun peut, à son gré, découvrir un message », apprécie Marc BOULOISEAU [ 55 ].

« L’idéal Jacobin, intimement lié à la Constitution de 1793 et aux martyrs de Germinal et de Prairial, suscite un réflexe Républicain Démocrate et Socialiste au cours du XIXème Siècle. En 1848, la référence aux grands ancêtres ne fut pas absente des débats (…), le Mythe Jacobin dura avec force jusqu’en 1871 (…). Finalement, le programme Jacobin tel qu’il fut énoncé en l’An Il trouva surtout son champ d’application dans l’œuvre de la Illème République : que l’on songe à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, à l’instruction primaire ou aux conditions idéologiques de la préparation en FRANCE de la Première Guerre Mondiale »... [ 40 ]

« 1793 : République Bourgeoise ou Démocratie Populaire ? », ainsi s’intitule l’un des chapitres de la « Révolution Française », ouvrage d’Albert SOBOUL [ 21 ]… Il n’entre pas dans mon projet de trancher ici ce dilemme, ni de développer toutes les luttes d’influence et toutes les rivalités philosophiques ou politiques qui opposèrent les hommes, comme les courants fort nombreux, qui marquèrent cette période si riche en évènements et en prises de positions, car tout cela me conduirait à m’éloigner bien trop de la ligne directrice beaucoup moins ambitieuse que je me suis plus modestement assignée, mais qui ne permet pas de faire l’économie du rappel des grands jalons de l’Histoire de la Révolution...

Aussi je me contenterai donc de poursuivre le présent travail en continuant à m’intéresser principalement au Bas LIMOUSIN et à la contrée Allassacoise, aux DUFAURE et à leurs alliés [ qu’ils soient proches et modestes... ou plus connus et éloignés comme CABANIS, qui devient « le médecin des Girondins » après avoir été « le médecin de MIRABEAU »... ] ainsi qu’à quelques autres personnages « récurrents » que nous avons déjà rencontrés [ le « Citoyen SADE », cousin des MIRABEAU, le Président VERGNIAUD, défenseur de DURIEUX... ] .

Les pièces authentiques conservées, en sus des écrits de Maître Elie DUFAURE, nous amèneront aussi à évoquer des questions d’importance ayant trait à la propriété foncière [ achats de Biens Nationaux ], à la « déseigneurisation » et à la « déchristianisation » du pays, à l’appel aux armes pour défendre la Patrie, ou encore au crucial problème des Subsistances...

Ce large tour d’horizon nous mènera aux confins du Premier Empire… Le « grand remuement » que MIRABEAU appelait de ses vœux selon Elie DUFAURE aura donc bien débuté en 1789… et il se poursuivra bien au delà des rebondissements qui vont survenir dès le mois de Septembre 1792, l’aube de l’An I de la République, qui voit s’ouvrir véritablement une « ère nouvelle » !

 

VERGNIAUD : DE LA « PROTECTION » DU ROI… A SA MORT!  (Août 92-Janvier 1793)

 

Elu à la Législative quelques mois après le procès et l’acquittement de « l’émeutier d’ALLASSAC », le « misérable » DURIEUX, VERGNIAUD s’y montre « sans conteste l’orateur le plus brillant de cette Assemblée » [ 1 ].

Le 25 Septembre 1791, à l’issue d’un discours il obtient un premier triomphe... L’Assemblée reconnaît en lui le digne successeur de... MIRABEAU à la tribune ! [ 28 ]. Le lien « virtuel » Allassacois et Limousin !!! Une fois encore présent ?

Le grand MICHELET écrira dans son Histoire de la Révolution Française : « l’Assemblée retrouve dans VERGNIAUD les moments nobles et solennels de MIRABEAU, la majesté de son tonnerre, sinon les éclats de sa foudre »… C’est dire !!! VERGNIAUD avait une telle facilité pour improviser qu’il ne rédigeait jamais ses discours, une réputation d’indolence le poursuivait et ses ennemis disait que c’était par paresse qu’il ne préparait rien...

VERGNIAUD s’applique surtout à démasquer les intrigues de la Cour et prononce plusieurs discours retentissants sur l’émigration et sur le serment civique des prêtres. Il s’appuie sur BRISSOT, dès le début de l'année 1792, dans sa campagne en faveur de la guerre [ 1 ]. Ainsi le 18 Janvier 1792, ce n’est plus MIRABEAU que VERGNIAUD rappelle mais DANTON qu’il annonce : « aux armes donc, aux armes ! C’est le salut de la Patrie et l’Honneur qui le commandent. Aux armes donc, aux armes ou bien vous périrez sans gloire ; vous ensevelirez avec votre liberté, l’espoir et la liberté du monde » ! … Cette éloquence transporte l’Assemblée !!! [ 28 ]…

Au printemps de 1792, lorsque VERGNIAUD commençait à dénoncer la Cour, CONDORCET, au lendemain d’un discours, dans sa « Chronique de PARIS », signalait : « des mouvements oratoires dignes de ceux que MIRABEAU offrait quelquefois, une éloquence qui rappelle celle de ROME et d’ATHENES, ont excité l’Assemblée  » !

Vers le milieu de l’année 1792, lorsque au milieu des acclamations VERGNIAUD demandera à ce que la Patrie soit déclarée en danger… il ne sera pas suivi ... Peu après, le 3 Juillet 1792, VERGNIAUD prononcera un discours exceptionnel par lequel il dénonce la politique ambiguë du Roi... Pourtant au cours de ce même mois, et à deux reprises, il refusera qu’on discute à l’Assemblée les pétitions réclamant la « chute du Roi  »…

Le 10 Août 1792, durant l’assaut du Peuple contre les Tuileries, c’est VERGNIAUD qui préside l’Assemblée en l’absence du Président en titre... Et il reçoit donc le Roi et sa famille venus chercher refuge au sein des locaux de l’Assemblée Législative... Le Roi déclare devant la représentation Nationale : « je suis venu ici pour éviter un grand crime »... et VERGNIAUD de lui répondre : « vous pouvez compter sur la fermeté de l’Assemblée. Ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées »...

« Surfer » entre « le Peuple et le Roi », c’est vouloir tenter la gageure de réussir l’impossible synthèse… c’est l’échec de celle-ci qui emportera le régime !!!

Profondément légaliste, VERGNIAUD ne pourra pas éviter cependant, au lendemain du 10 Août 1792, la suspension du pouvoir exécutif...

La Monarchie Constitutionnelle vacille définitivement en cet instant !

Réélu bientôt à la Convention, VERGNIAUD s’y retrouve du côté… droit, avec ses amis « Girondins »… Il ne fréquente cependant pas le salon de Madame ROLAND… Il commence à ce moment là à entretenir une liaison avec « une charmante comédienne du Palais-Royal », Julie CANDEILLE [ 1 ]…

Le 29 Septembre 1792, VERGNIAUD est nommé au « Comité de Constitution », fort de neufs membres, où l’on retrouve aussi SIEYES, BRISSOT, PETION, GENSONNE, PAINE, BARERE, DANTON et CONDORCET… Mais plus encore que les travaux de ce « Comité », une question préoccupe les Conventionnels : c’est celle qui concerne le sort du Roi ! C’est la question politique « clef » du moment ! Du sort qui sera réservé au Roi dépendra l’avenir… Chacun le pressent clairement !

Les débats relatifs au Procès du Roi s’ouvrent le 10 Décembre 1792, alors que déjà les rivalités entre les Girondins et les Montagnards s’exacerbent de plus en plus. Chaque Conventionnel sait bien que c’est le principe Monarchique qui est mis en accusation et non la seule personne physique du Citoyen CAPET...

LOUIS XVI est défendu par MALESHERBES et TRONCHET, auxquels va se joindre de SEZE, un autre avocat de BORDEAUX lié à des membres éminents des « Girondins » que sont VERGNIAUD, GUADET ou GENSONNET... [[ Notons ici, pour l’anecdote, que lors de la succession du Président à mortier du PATY, c’est de SEZE qui avait été le conseil de sa veuve ! [ 28 ] ].

Le 16 Janvier 1793 débute l’appel nominal sur la peine à infliger à l’accusé CAPET. Le Président VERGNIAUD, comme nombre de Députés, serait favorable à l’exil tout en soutenant l’accusation de principe [ 43 ]… Puis VERGNIAUD et TREILHARD [ un Briviste, né en 1748, Avocat à PARIS, Député du District de BRIVE à la Constituante... Elu à la Convention... C’est sur son insistance que LOUIS XVI a pu bénéficier de défenseurs [ 50 ] ], proposeront, en vain, l’appel au peuple de FRANCE…

Au moment du vote CONDORCET se prononce pour les « fers », un autre Député DUPIN Jeune le suit...

A huit heures du soir, VERGNIAUD, qui préside, proclame le résultat du scrutin... Sur 721 votants, 366 ont voté la mort... La majorité étant de 361 voix, VERGNIAUD déclare solennellement : « au nom de la Convention Nationale la peine qu'elle prononce contre Louis CAPET est celle de mort » [ 28 ] ...

Parmi les Girondins certains se sont prononcés pour « la Mort », pure et simple, mais il y en a beaucoup qui sont favorables au « sursis à exécution »... Parmi eux se trouvent les principaux chefs de la Gironde : BUZOT, GUADET, PETION... et VERGNIAUD également ! [ 28 ], mais ces députés sont cependant minoritaires...

Moins d’une semaine après, le 21 Janvier 1793 LOUIS XVI est guillotiné. « Le Roi est mort ! … Vive... la République ! »…

 

LA FIN TRAGIQUE DES « GIRONDINS »... « SATURNE DEVORE SES ENFANTS »…

 

« Vive la République ! »... Mais quelle République ? De multiples conceptions différentes s’affrontent...

Les « Girondins » ne parviennent pas à s’opposer aux « mesures de Salut Public » qu’imposent leurs adversaires «  Montagnards  »... Et ils commettent aussi plusieurs maladresses vis à vis de la Commune et du Peuple de PARIS...

Le printemps de 1793 sera fatal aux Girondins ! Ce sont les insurrections populaires des 31 Mai et 2 Juin 1793 qui imposent à la Convention l’exclusion de 29 des principaux élus Girondins, qui vont devoir rester consignés à leur domicile, en attendant que soit réglé leur sort… puis qui seront ensuite placés en état d’arrestation... La plupart des « chefs Girondins » sont arrêtés… quand les autres se cachent… ou tentent de soulever des Départements, en particulier Normands, contre la Convention... En vain !!! La Révolution se présente sous le jour que VERGNIAUD avait pressenti : « SATURNE dévorant ses enfants »...

C’est la Terreur qui est inscrite maintenant à l'ordre du jour !!! Liberté ! Que de crimes va-t-on commettre en ton nom !!!

Quand le 2 Juin 1793 les Girondins furent proscrits, VERGNIAUD était absent de la séance… Ainsi il aurait pu s'enfuir s’il l’avait vraiment souhaité mais il s’y refusa affirmant que « fuir s’était s’avouer coupable » [ 1 ] ... Emprisonné en Juillet, puis « Décrété d'accusation » le 2 Octobre 1793, VERGNIAUD est transféré à la Conciergerie... Puis il se défend avec acharnement sans se faire d’illusions cependant sur l’issue du procès des « Girondins » !

VERGNIAUD, qui portait du poison sur lui, aurait pu se suicider mais il ne voulut pas séparer son sort de celui de son ami DUCOS... Comme lui, il est donc guillotiné le 31 Octobre 1793, ainsi que dix neuf autres députés Girondins... Au total trente deux condamnés sont exécutés en trente huit minutes ! [ 28 ]… Ce sont les BRISSOT, GENSONNE, SILLERY, VIGEE, l’Evêque FAUCHET ou encore BOYER-FONFREDE... « VERGNIAUD, toujours aussi grave et serein, mourut le dernier en continuant le chant de la Marseillaise » [ 10 ]. « Il s’évanouissait dans l’enthousiasme  », a dit LAMARTINE, « et sa vie commencée par des discours immortels, finissait par un hymne à l’éternité de la Révolution » [ 10 ]…

VALAZE s’était poignardé à la fin du procès… Manon ROLAND est guillotinée le 8 Novembre 1793, son mari ROLAND apprenant sa mort se suicide le 10 Novembre 1793. Dans les jours qui suivent CLAVIERE et LIDON se suicident aussi [ 31 ]. LIDON, c’est lui qui était à la tête du détachement de la Garde Nationale de BRIVE et qui était intervenu à ALLASSAC en Janvier 1790, avec le Tambour-major DURIEUX… Organisateur avec CHAMBON du mouvement Bordelais, il avait été mis hors la loi, puis traqué par LAKANAL… LIDON fut découvert près de TERRASSON et il se brûla alors la cervelle [ 10 ]. CHAMBON lui est tué lors de son arrestation le 30 Novembre 1793 [ Adrien BIGORIE du CHAMBON tombe dans une grange près de LUBERSAC, à la MAURENIE, sous les balles des sans-culottes… Son corps sera jeté dans la fosse commune de LUBERSAC [ 56 ] ]… DECHEZEAUX est guillotiné à ROCHEFORT, VALADY à PERIGUEUX, GRANGENEUVE, GUADET et BARBAROUX le sont à BORDEAUX… [ 31 ]… Les corps de BUZOT et de PETION sont retrouvés, à moitié dévorés par les loups, dans la forêt Girondine, en Juin 1794, où ils se sont probablement suicidés [ 1 ] ! C’est une véritable hécatombe ! « SATURNE dévorant ses enfants » !!! Oui ! VERGNIAUD avait été visionnaire !!!

Et CONDORCET ? S’il est toujours vivant, c’est désormais un homme traqué !!! Le Comité de Sûreté Générale a lancé un mandat d’arrêt contre lui ! Les Commissaires dépêchés pour l’arrêter relatent : « (…) arrivé[s] chez Madame CONDORCET à huit heures, l’alarme était au camp. CABANIS, intrigant connu, médecin de son métier et pourtant Officier Municipal d’AUTEUIL était avec Madame CONDORCET et la quitta d’un air empressé pour aller, dit-il, chez Madame HELVETIUS (…) »…

 

LA MORT DE CONDORCET… OU L’ON PARLE DE CABANIS ET DE POISON…

 

En fait les agents du Comité de sûreté ont été joués !!! Prévenu du Décret d’arrestation par l’un de ses amis à la Convention, CABANIS s’est en fait précipité à AUTEUIL pour avertir CONDORCET au plus tôt ! Le Commissaire MERCIER est furieux : « je dis à CABANIS qu’en sa qualité de membre de la Commune d'AUTEUIL il serait plus dans l’ordre étant revêtu de son écharpe qu’il nous assistât à retrouver les coupables que de s’évertuer à les soustraire  » [ 28 ] …

Les biens de CONDORCET sont saisis, Sophie « grouchette » gagne sa vie en se faisant portraitiste... alors que on mari se « terre » et qu’elle le visite en cachette... Elle sait bien qu’après six mois d’absence constatée, il sera nécessairement considéré comme « émigré », et elle doit se résoudre, par prévention, à demander le divorce !… Sa demande est officiellement introduite le 25 Nivôse An II ( 14 Janvier 1794 ) devant la Municipalité d’AUTEUIL… CONDORCET se « terre » toujours à PARIS : Rue des Fossoyeurs [ ! ] [ aujourd’hui Rue SERVANDONI [ 48 ] ], CABANIS ne s’aventure plus à le rencontrer clandestinement… Le divorce de Sophie est prononcé le 29 Floréal An Il ( 18 Mai 1794 ) pour « cause de séparation de fait depuis plus de six mois » et… CABANIS est porté comme témoin sur cet acte d’état civil…

Ne trouvant plus sa cache suffisamment sûre, le 6 Germinal An Il ( 25 Mars 1794 ), CONDORCET quitte PARIS. Le jour suivant, 7 Germinal, il entre dans une auberge de CLAMART pour se restaurer. A la question de l’aubergiste sur le nombre d’œufs qu’il souhaite pour l’omelette qu’il vient de commander, sa réponse : « une douzaine ! » va attirer l’attention !!!

Arrêté, CONDORCET est incarcéré sous une fausse identité, « Pierre SIMON », à la prison de BOURG-EGALITE… Le surlendemain, 29 Mars 1794, à seize heures, le concierge de la prison le trouve allongé sur le sol « la face tournée vers terre, les bras allongés le long du corps »… raide mort !  ... Le lendemain, le corbillard des pauvres emporte sa dépouille qui est inhumée dans la fosse commune du cimetière de BOURG-EGALITE... [ BOURG la Reine ] [ 28 ].

CONDORCET s’est-il suicidé pour échapper au bourreau ? La tradition [ ARAGO, MORELLET... ] veut que CABANIS lui ait remis un poison foudroyant... « Le lendemain, on le trouva mort. Il avait pris du stramonium combiné avec de l’opium qu’il avait toujours sur lui » affirme MORELLET, « le poison dont il s’est servi paraît avoir agi doucement, et sans causer de douleur ni de convulsion. Le chirurgien appelé pour constater la mort, déclara, dans le procès-verbal, que cet homme qui n’était pas connu sous son vrai nom, était mort d’apoplexie ; le sang lui sortait encore par le nez » [ 41 ]. « Certains indices » notent les BADINTER « confirment cette version, CABANIS aurait remis à plusieurs de ses amis, en 1793, ce poison qu’il appelait « le pain des frères » ! [ Selon FAYOLLE dans une lettre à ARAGO du 28 Février 1842, CABANIS aurait même remis à BONAPARTE, alors qu’il fréquentait le salon de Madame HELVETIUS, de ce poison sous la forme d’un bâton de sucre d’orge ! ] ...

Du CHASTELLET, qui avait reçu du poison de CABANIS l’avait utilisé dans sa cellule... VERGNIAUD « possédait une fiole de poison fournie par CABANIS et pouvait ainsi mourir à son heure. Sans doute fut-il un peu tenté d’échapper à la guillotine. Mais finalement il refusa de séparer son sort de celui de ses compagnons et brisa la bouteille  » pense pour sa part Bernardine MELCHIOR-BONNET [ 58 ]…

Il est un fait avéré que nombre de Girondins se sont suicidés alors qu’ils étaient en position désespérée... S’agit-il d'une coïncidence ? Ou d’une attitude « concertée » de « dignité » décidée dans le cadre de discussions privées durant lesquelles CABANIS aurait pu aborder la question du poison, puis le fournir ensuite à ses amis ?

Après Thermidor, un an après le décès de son « ex-mari », Sophie CONDORCET - de GROUCHY demandera au Tribunal de rectifier l’acte de décès de « Pierre SIMON »... A cette occasion, ni elle, ni CABANIS, entendu comme témoin, ne feront allusion à un suicide éventuel…

« En définitive peu importe », écrivent les BADINTER, « le poison ou l’apoplexie, CABANIS ou la nature, ont épargné à CONDORCET la souffrance des dernières heures et l’ignominie du supplice » [ 28 ]… « A la République la honte du parricide, le crime de frapper le dernier des philosophes sans qui elle n’eût point existé  », écrira quant à lui l’Historien Jules MICHELET [ 28 ]...

« Notre parent » CABANIS aura été le témoin « privilégié » de bien des évènements tant relatifs à la Révolution et aux Girondins… qu’a la vie même des CONDORCET... Il aurait pu être inquiété pour cela ... Or il n’en sera rien !

Voyons ce qu’en pense l’Avocat Elie DUFAURE : « comme homme politique, il ne se laissa pas égarer par les entraînements de la Révolution. Au contraire il fut de ceux que ces égarements avaient pénétré d’horreur pour l’anarchie. Lorsque la Révolution sortit des ruines pour entrer dans sa période d’organisation et de légalité, il fut nommé successivement Professeur d’hygiène aux Ecoles Centrales et de clinique à l’Ecole de Médecine, devint membre de la classe des Sciences Morales et Politiques à l’Institut, et reçut mission de siéger au Conseil des Cinq-Cents. Il avait épousé, peu de temps après la Terreur, Charlotte de GROUCHY, sœur de la femme de CONDORCET (...) ». CABANIS sera donc devenu le beau-frère, mais « posthume » de CONDORCET ! Il épouse la sœur de « grouchette », laquelle Sophie demeurera pour MORELLET : « une des plus belles [ femmes ], des plus spirituelles et des plus instruites qui aient jamais brillé parmi son sexe » et qui vivra « retirée à AUTEUIL, réduite à faire des petits portraits pour vivre » [ 41 ] …

CABANIS sera le témoin, le 4 Juillet 1807, du mariage d’Alexandrine-Louise-Sophie CONDORCET, dite Eliza, fille unique du philosophe et de Sophie, avec le Général Irlandais Arthur O’CONNOR... L’acte de mariage est signé du « Docteur CABANIS »…

Le 5 Mai 1808, CABANIS décède d’une attaque cardiaque, « à RUEIL près MEULAN » (sic), écrit Elie DUFAURE dans sa « Notice », puis ce sera le transfert de sa dépouille au Panthéon ! ( Où cependant celle de son illustre patient MIRABEAU n’est plus ! ) …

 

BOULEVERSEMENTS DE L’AN Il ... A ALLASSAC ... ET AILLEURS ENCORE !

 

L’influence prépondérante qui était celle de BONNEYLIE à ALLASSAC cesse à la fin de 1791... Pierre TREUIL devient Maire ( Décembre 1791 - Décembre 1792 ), puis c’est au tout de Pierre LASCAUX ( Janvier 1793 - Décembre 1794 ). Durant cette période la lutte entre les partisans du clan BONNEYLIE et ceux du clan LASCAUX s’avère vive [ 20 ]… A PARIS, le Décret du 21 Mars 1793 porte création des « Comités de Surveillance » et il s’en crée un à ALLASSAC, dont Pierre LASCAUIX devient le Président...

Les pouvoir de ces Comités sont encore renforcés par la « Loi sur les Suspects » ! Alors « s’abritant derrière les Lois, les haines et les rancunes accumulées depuis des décennies vont éclater », écrit LASCAUX ... Jean-Louis ! [ 20 ]

Sur la période 1793-1795, trente-huit personnes sont arrêtées à ALLASSAC, après avis du Comité de Surveillance parmi lesquelles dix-huit femmes...

Outre BONNEYLIE on retrouve parmi les personnes mises en cause : « MOUNEYRAT, Notaire, dont un fils a émigré, Jean TREUIL, Cultivateur, douze enfants dont un émigré (…), ALEGRE »… La liste des incarcérés est éloquente, la plupart sont proches du « clan » BONNEYLIE...

LASCAUX et les Frères REYJAL [ originaires de SAINT-VIANCE, l’un est le prêtre « jureur » de la Paroisse ! ], font arrêter leurs adversaires en se référant aux textes pris à PARIS !!!  Et le 27 Nivôse An Il ( 16 Janvier 1794 ), ALEGRE comparaît devant le Comité de Surveillance d’ALLASSAC... « Tous les membres ont unanimement délibéré qu’il ne pouvait pas être de leur connaissance de savoir si le dit ALEGRE avait pris toutes les mesures exigées par la Loi pour empêcher d’émigrer son fils »… [ 20 ].

ALEGRE est déféré devant l’Agent National du District de BRIVE [ qui n’est autre... que Pierre FAYE-LACHEZE ]… Fort heureusement pour lui, ALEGRE sera libéré quelques mois plus tard !

En 1794, LASCAUX qui est maintenant Commandant de la Garde Nationale d’ALLASSAC, personnage local dominant durant la période, a déjà été Maire, Président de la Société des Amis de la Constitution, Président du Comité de Surveillance... LASCAUX propose la suspension de vingt-cinq personnes de la Garde Nationale pour le motif d’une « conduite aristocratique et anti-révolutionnaire » [ ! ] et il contribue ainsi à entretenir le climat généralisé de suspicion qui règne alors à ALLASSAC [ 20 ], … comme partout ailleurs dans le Pays !

Les hommes ne sont pas les seuls à être visés par la « Terreur » ! Les bâtiments symboles de l’Ancien Régime le sont aussi !!!

En cette année 1794 ( An Il ), on assiste à ALLASSAC à la démolition de la partie principale du château de La MOTTE-ROFFIGNAC, dont le régisseur n’était autre que le Curé « Constitutionnel » REYJAL...

L’édifice est considéré comme un « symbole de pouvoir Royal ». Le Curé REYJAL a introduit une pétition le 30 Ventôse An Il ( 20 Mars 1794 ), appuyée par le Comité auprès de la Municipalité, en vue de la démolition… Cette pétition est validée par l’Administration du District, le lendemain 1er Germinal An Il ( 21 Mars 1794 ), laquelle accepte le principe du démantèlement à condition que soient préservés le mobilier et les denrées… Le château féodal est donc condamné à la destruction !!! Entre Avril et Août 1794, la partie principale du château et le donjon sont démolis et les pierres réutilisées plus loin en tant que matériau de construction neuve !!! Le symbole de la domination féodale tant honnie n’existe plus ! [ 20 ].

« L’on voit encore à ALLASSAC les ruines assez bien conservées de l’ancien château ROFFIGNAC  », écrit Maître Elie DUFAURE au milieu du XIXème Siècle dans sa « Notice », mais tel n'est plus du tout le cas aujourd'hui à l’orée du troisième millénaire ! L’avocat nous parle aussi de sa « pauvre petite ville toute démantelée maintenant, ouverte à tout venant et à toute heure, depuis que ses remparts ou murs d’enceinte sont rasés et ses portes détruites »…

Le château d’ALLASSAC est rasé… Les têtes tombent, les murs aussi !!! « La destruction des signes de féodalité appartient aussi à la lutte Révolutionnaire (…), même les figures des Rois disparurent des jeux de cartes…  » [ 55 ].

Mais, en ces périodes troublées, il vaut mieux perdre son château que sa tête !!!

En PROVENCE, en Septembre 1792, le château de La COSTE, en propriété du Marquis de SADE, a été sévèrement pillé par les paysans Provençaux des environs... Le Marquis devra se résoudre à le vendre en 1796... ! [ 16 ] Ce château n’est plus aujourd’hui que ruines ! « Ces ruines trouées de passages inquiétants et de cachots faiblement éclairés rappellent de plein fouet l’effrayant château de SILLING dans « les 120 journées…  ». Isolé du monde dans la « Forêt Noire », celui-ci était un lieu béni de la Société des Amis du Crime… Au village de LACOSTE, ces vieilles pierres de scandale ne laissent pas indifférents les visiteurs au regard des cartes de visite retrouvées dans les profondeurs de la citerne et des graffitis qui, contrairement à l’œuvre sadienne, n’ont guère leurs lettres de noblesse… » [ 59 ]

Le 13 Avril 1793 le Citoyen SADE est nommé « Juré d’accusation ». Il peut à cette occasion intervenir pour sauver sa belle-famille de MONTREUIL... « Si j’avais dit un mot ils étaient perdus : je me suis tu, voilà comme je me venge » [ 16 ] ... Jouissance toute « sadique » de celui qui détient entre ses mains le sort de victimes potentielles ? Mais la roue tourne aussi pour lui ! Le 8 Décembre 1793 il est ( à nouveau ) arrêté…

Détenu en 1794, SADE est condamné à mort sur une réquisition de l’implacable FOUQUIER-TINVILLE !

Mais quand, au matin du 27 Juillet 1794 [ Oui ! Le 9 Thermidor !!! ], on vient l’appeler dans la prison de Saint-LAZARE pour le conduire à la guillotine il demeure introuvable !!! ... Car en fait il se trouve à la prison de PICPUS... Et SADE échappe ainsi, d’extrême justesse, à la presque « dernière charrette » !!! … « S’il échappa miraculeusement à la guillotine, il le dut simplement à l’anarchie régnant dans les prisons surpeuplées de la Terreur  » … [ 60 ]

« Ma détention nationale, la guillotine sous les yeux, m’a fait cent fois plus de mal que ne m’en avait fait toutes les bastilles imaginables  » écrira le ci-devant Marquis, en 1795, à GAUDIFRY ! [ 16 ]…

A juste titre SADE rédigera un jour de sa vieillesse triste une épitaphe sans espérance « Epitaphe de D.A.F. SADE détenu sous tous les régimes » ! Treize ans sous l’Ancien Régime de 1777 à 1790… puis treize ans également sous le Consulat et l'Empire 1801 – 1814, … sans compter l’intermède révolutionnaire !!!

Expulsé de VENISE en Août 1792, puis chassé de FLORENCE en Octobre 1793, Vivant DENON arrive à PARIS en Décembre 1793... c’est à dire en pleine Terreur ! « Fin 93 c’est précisément le moment le plus dangereux ; une simple dénonciation peut vous faire passer à la trappe... et DENON est couché sur la liste des décapités potentiels », rappelle son plus récent biographe Philippe SOLLERS [ 61 ], « certes Vivant avait pris soin en 1788 d’emporter avec lui un extrait du registre des passeports ce qui prouve qu’il n’a pas émigré, l’ennui c’est que ces bouts de papier ne signifient pas grand chose en période de tribunaux d’exception » ... DENON aura la chance de pouvoir bénéficier du témoignage favorable du peintre DAVID et le 29 Juin 1794 il sera rayé de la « liste noire », puis pourra rentrer en possession de ses biens... L’auteur, présumé, du fameux « Point de Lendemain », va donc pouvoir heureusement connaître des lendemains qui vont chanter...

Les « Terroristes » de 1793 s’attaquent à des cibles tangibles : châteaux et gentilshommes... SADE était-il si « gentil »? Vivant DENON lui signait, en 1777, son roman « Point de Lendemain  » : « Par M. D. G. O. D. R. », où l’on doit décrypter en initiés : « Par M. DENON Gentilhomme Ordinaire du Roi » … [ 62 ]. Mais les « terroristes » de 1793 s’attaquent aussi à « l’immatériel » : à Dieu et à la Religion !!!

UNE VAGUE DE DECHRISTIANISATION... A ALLASSAC AUSSI !!!

 

« Phénomène complexe dans sa diversité, la lutte antireligieuse devance la Terreur et la déborde (…). le mouvement de déchristianisation a des agents multiples (…). La minorité agissante était d’accord sans s’être concertée, l’iconoclasme eut des origines obscures et des déchaînements spectaculaires. On le compara à une croisade délirante, ses pires effets coïncidant avec l’hiver de 1793, les difficultés économiques et le péril extérieur », résume de manière synthétique Marc BOULOISEAU… [ 55 ].

Maître Elie DUFAURE constatera lui que « Saint Jean [ Baptiste ] d’ALLASSAC, pas plus heureuse que tant d’autres cités, eut ses iconoclastes et ses impies, qui, ne pouvant enlever à la religion sa beauté, défiguraient les images qui la représentaient ; qui auraient voulu supprimer Dieu comme ils supprimaient le nom de ses saints. De Saint Jean d’ALLASSAC, la raison révolutionnaire fit ALLASSAC tout court, et l’administration n’a pas jugé utile de restituer à cette pauvre petite ville (…) son ancien nom, que lui avait donné Saint Martial lorsqu’il porta la foi en AQUITAINE »…

Joseph NOUAILLAC fait comme écho aux propos d’Elie : « que d’œuvres d’art anéanties ! Combien d’église ou de chapelles détruites ou mutilées, à commencer par la plus vénérable et la plus illustre, la basilique du « prétendu saint Martial » . Notons ici le vandalisme ridicule qui atteignit des noms de communes rappelant un souvenir monarchique, féodal ou religieux (…) ».

C’est en l’An Il que se produisent les changements toponymiques Corréziens avec soixante neuf changements recensés dans le Département en 1793, dont 56 ( soit 81% du total ) affectent des communes dont le nom était auparavant celui d’un Saint [ 24 ]. Quelques exemples de ce vandalisme particulier en CORREZE : Saint-MARTIN-la-MEANNE = Jacobin-la-MEANNE, TURENNE = Mont-Franc, Saint-SOLVE = Ere-Salutaire, Saint-JAL = Coq-Hardi, Saint-BONNET-la-RIVIERE = Bonnet-Rouge  »[ 10 ]. Alors quand Saint Jean d’ALLASSAC devient ALLASSAC : cela apparaît tout de même comme un moindre mal sémantique ! ]…

Laissons Elie DUFAURE conclure : « qu’il y avait longtemps de çà en 1793 ! Mais qu’importe le cachet du temps aux gens qui n’ont pas à invoquer le bénéfice de l’ancienneté ? Pour eux c’est un souvenir qui les offusque, ils veulent l’effacer ; c’est un obstacle qui les gêne, ils veulent le détruire. Le monde est ainsi fait : l’on dénigre ce qu’on n’a pas tout en le désirant »… Maître DUFAURE affirme là un point de vue très... conservateur... sinon aristocratique, qui en d’autres temps lui aurait vraisemblablement valu de très sérieux embarras !!!

C’est en Frimaire An Il que les premiers mouvements de « résistance » contre les « Apôtres Jacobins » se font jour en CORREZE, alors que depuis Juin 1792 une certaine « paix religieuse » régnaient après les troubles qui avaient été générés par l’instauration de la Constitution Civile du Clergé…

Mais ces mouvements se calment assez rapidement… [ seuls les troubles de MEYMAC en date du 20 Frimaire An Il sont plutôt sévèrement réprimés : 87 arrestations donnant lieu à cinq « guillotinages » ].

L’agitation prend fin « vers Nivôse An Il dans le Bas-Pays où quelques troubles consécutifs à l’abolition du culte sont signalés à VOUTEZAC et dans le Canton d’OBJAT », mais « ils nous sont fort mal connus », admet Jean BOUTIER [ 24 ].

Désormais l’exercice du culte catholique tombe sous la coupe des Commissaires Jacobins... Le 8 Brumaire An Il, la Société Populaire de TULLE approuve le Directoire du Département qui a envoyé à l’évêque un bonnet rouge et une pique pour remplacer sa crosse et sa mitre et ramener, ainsi, « le service du culte dans sa simplicité d’origine » ! Puis la Déesse Raison et l’Etre suprême prennent le pas... « Seule certitude : à la fin de Ventôse An Il ( Mars 1794 ), il ne subsiste plus en CORREZE aucune église ouverte, aucun curé en fonction ! » [ 24 ].

A PARIS, le Président de la Convention déclare à la section de l’unité: « en un instant vous faites entrer dans le néant dix huit siècles d’erreur  »... mais dès le 30 Septembre 1793, FOUCHE parle déjà de « vide immense »…

Comme l’écrira plus tard Daniel GUERIN : « la Révolution n’améliora pas la condition humaine au point de permettre à l’homme de se passer de Dieu », et il titrera une partie de l’un de ses ouvrages : « les prêtres inutiles, Dieu encore nécessaire » ! [ 63 ].

Cet état de fait affecte-t-il Elie DUFAURE [ le grand père d’Elie ], ou ses préoccupations sont-elles alors bien plus matérielles et « terre à terre » que purement spirituelles ?

 

ELIE DUFAURE : ACQUEREUR DE BIENS NATIONAUX « DE DEUXIEME ORIGINE »...

 

La lutte constante entre la Révolution et ses ennemis a amené, en 1792, l’apparition d’une nouvelle série de « Biens Nationaux »... Après ceux de l’église, ce sont ceux des émigrés, dits de « deuxième origine » qui vont être traités…

A ce moment là, le but premier de cette vague d’expropriation n’a plus un mobile purement financier mais il relève beaucoup plus franchement du domaine politique et peut plus naturellement devenir « social »...

Ce n’est donc pas un hasard si la mise en vente des biens d'émigrés a été organisée par petits lots... Encore est-ce toujours une vente par enchère, disposition peu favorable aux moins aisés ! [ 23 ].

L’aspect politique demeure important… Dès 1791, l’achat de Biens Nationaux est devenu un brevet de patriotisme [ 29 ]… C’est encore le cas en 1793-1794, « les acquéreurs se glorifiant de cet acte de civisme (…). Des Jacobins se portèrent parmi les acheteurs, mais ceux-ci ne devinrent pas tous Jacobins  » [ 55 ]…

Il fut décidé de lotir les biens des émigrés en Juin 1793 avec la volonté de faire vite dans la procédure d’aliénation... Néanmoins les estimations et les divisions tarderont... Les premières ventes commenceront à la mi-octobre 1793, dans la région de ROUEN mais elles ne concerneront d’abord que des bâtiments... puis, enfin, des biens fonciers ruraux à la fin de Brumaire [ 22 ].

« Le neuf du mois de Floréal An 2ème de la République Française une et invisible », selon l’extrait des Archives de la Préfecture de la CORREZE, dont copie certifiée conforme a été délivrée le 17 Mars 1862, sur sa demande, à Maître Elie DUFAURE, « à neuf heures du matin, nous Léon REYJOL [ je lis REYJOL et non REYJAL ] et Elie BLANCHARD, du Directoire du District de BRIVES Département de la CORREZE nous sommes transportés accompagnés de l’agent National dans la salle d'audience dudit Directoire, où étant, ledit Agent National a annoncé qu’il allait être procédé à la réception des premières enchères pour la vente des biens ci après désignés par l’affiche du 24 du mois de Germinal  [ c’est à dire le 13 Avril... le neuf Floréal étant le 28 Avril, soit quinze jours francs plus tard ], dont il a donné lecture, laquelle affiche a été dûement publiée et apposée dans les lieux prescrits par la Loi, suivant les certificats ci-annexés des Officiers Municipaux des lieux sont situés les biens et au chef-lieu du Département de la CORREZE (…) »….

Dès la Loi du 14 Mars 1790, relative aux biens du clergé, il était prescrit que ceux-ci seraient mis en vente au Chef Lieu du District... c’était une disposition très peu favorable aux paysans les moins aisés qui étaient aussi les moins mobiles... [ 21 ].

L’extrait des Archives [ qui est couché sur papier Timbré du Second Empire ], porte sur le « 4ème lot » d’une « Vente de Biens Nationaux provenants des Emigrés », c’est à dire des biens de « seconde origine »… « Consistant dans le quatrième lot des Biens provenants de l’émigré LAMAZE, situés dans la Commune d’ALLASSAC composé d’une grange couverte d’ardoise en bon état joignant au Nord et au couchant l’emplacement compris au 2ème lot au levant à la terre de LANTIER située au bas de la grande vigne contenant deux coupées, estimée 1000 Livres, plus la moitié de la terre de LANTIER joignant au couchant la dite grange au nord le portail d’entrée de la dite vigne, au nord avec ravine qui la sépare du chemin de service, jusqu’à la grande vigne et au midy avec le restant de ladite terre contenant une sétérée et demy estimée 600 Livres, total de l’estimation 1.600 Livres (…) »… C’est donc au moment même où le château du Sieur « de » LAMAZE est en voie de démolition que ses biens fonciers sont également dispersés... La page Allassacoise des « ROFFIGNAC-PRADEL de LAMAZE » se tourne donc définitivement ! « La famille ROFFIGNAC avait trois branches en LIMOUSIN », nous explique Maître DUFAURE dans sa « Notice » : « la branche aînée, d’ALLASSAC, s’est fondue avec la famille de LAMAZE par le mariage de Marie ROFFIGNAC, fille de Louys, avec Daniel de PRADEL, sieur de LAMAZE, suivant contrat reçu par AGUIRE, Notaire, le 10 Février 1654 »… Les PRADEL de LAMAZE, chassés d’ALLASSAC par les troubles Révolutionnaires locaux et dans les conditions que l’on sait, ont emprunté peu après les chemins de l’émigration, et dès lors on mesure mal comment ils auraient pu parvenir à ce que leurs biens fonciers échappent à la « curée » de l’An Il... Avec l’An Il, en effet, le transfert de propriétés foncières s’est accéléré : les biens des émigrés, séquestrés dès Février 1792, sont offerts par lots de deux à quatre arpents conformément au Décret du 3 Juin 1793... ils sont payables en dix ans, puis ce délai est porté à vingt ans par le Décret du 13 Septembre 1793 [ 22 ] …

Le « quatrième lot » est donc estimé à « 1.600 Livres ». Un extrait du Procès Verbal d’estimation figure dans les papiers conservés de Maître Elie DUFAURE [ couché sur du papier timbré au « timbre royal », cet extrait date peut être de la Restauration, mais ne porte pas l’indication précise de sa date de délivrance ] ... L’estimation en question a été réalisée le 1er Floréal An Il ( 20 Avril 1794 ) par les « Sieurs Guillaume PASQUET et Jean CHOUZENOUX, experts nommés par le District de BRIVE »... Quelle était l’exacte pertinence de cette expertise ? Je ne sais le dire ! Mais je note qu’il semble qu’en matière de Biens Nationaux, « la sous-estimation avait été la règle et que dans le prix de vente le rachat des droits seigneuriaux était compris »... [ 22 ]…

Le neuf du mois de Floréal « nous avons fait allumer le premier feu pendant lequel personne ne s’était présenté pour enchérir, nous avons levé la séance et renvoyé l’adjudication définitive au 6 Prairial  [ soit le 25 Mai ] et avons signé. LA CHEZE Agent National »…

« LA CHEZE Agent National », nous retrouvons ici Pierre-Remy FAYE-LACHEZE, natif de VOUTEZAC qui connaît bien le secteur d’ALLASSAC et qui est le frère d’un « Député extraordinaire » de la Ville de BRIVE, et qui connaissait bien aussi CABANIS ! La procédure d'adjudication prévoit une première phase de mise à l’enchère, puis une procédure définitive après une seconde mesure de publicité… Il semble que les candidats aux adjudications faisaient régulièrement l’impasse sur la première séance...

« Et le 6ème jour du mois Prairial An 2 de la République (…) à 9 heures du matin, nous Léon REYJOL et Elie BLANCHARD (...) accompagnés du Citoyen Pierre-Remy LA CHEZE, Agent National du District (…) nous avons annoncé qu’il allait être procédé à l’adjudication définitive des biens désignés (…) de suite l’Agent National ayant donné lecture des dites affiches nous avons ouvert les enchères sur la somme de 1600 Livres, prix de l’estimation, nous avons en conséquence fait allumer un premier feu pendant la durée duquel il a été offert par le Citoyen Elie DUFAURE 1700 Livres. Et il a été allumé un feu lequel s’étant éteint sans qu’il ait été fait aucune enchère, le Directoire a adjugé au Citoyen Elie DUFAURE, de la Commune d’ALLASSAT comme dernier enchérisseur les biens désignés en l’affiche et au présent Procès Verbal pour le prix et somme de mille sept cent Livres (…). Signé LA CHEZE Enregistré à BRIVE le 6 Messidor 2ème année républicaine [ sic ! 24 Juin 1794 ] Reçu 34 Livres 6 Sols (…) ». Aucune surenchère n’a donc été enregistrée sur ce lot par rapport à l’offre initiale d’Elie DUFAURE et une relative quiétude, voire une forme de « banalité », semble se dégager de la rédaction de cet acte de vente... Et pourtant, il importe ici de le mesurer, cet acte se situe en une période où le pays est tout entier secoué par les soubresauts redoutables de la Terreur... !!!

L’Assemblée adopte, non sans réticences, la Loi du 22 Prairial An Il, réorganisant le Tribunal Révolutionnaire, qui vise moins à « punir » qu’à « anéantir », ni plus ni moins, les contre-révolutionnaires et tous ceux qui cherchent « à inspirer le découragement, à dépraver les mœurs, à altérer la pureté et l'énergie des principes » [ 55 ]…

On supprime la « défense » des accusés... Les jurés « patriotes » décident sur preuves matérielles, et en leur absence seulement, on fait appel à des témoins. Les juges après constatation des identités, n’ont d'autres alternatives que de prononcer l’acquittement ... ou la peine de mort !!!

La présence d’avocats est rendue inutile... « La défense égale la mort  » écrit Bernard SUR qui estime, qu’à cette époque, certains avocats trahissent leur devoir, tel le Briviste TREILHARD qui devient membre « du sinistre Comité de Salut Public » [ 43 ]. Les exécutions se précipitent en Messidor ! C’est ainsi qu’à PARIS, en un mois et demi, on enregistre, de Messidor au 8 Thermidor, 1376 exécutions, soit plus que l’année précédente toute entière [ 55 ]… Ce sont de véritables « fournées » qui sont extraites des geôles et le poète André CHENIER fait partie de l’une d’entre elles issue de la prison de Saint-LAZARE, en ces temps funestes...

« On ne peut dire toutefois que la Terreur ait ensanglanté le LIMOUSIN. Le chiffre des exécutions est faible : neuf à LIMOGES, place de la Fraternité, onze en CORREZE, une seule en CREUSE… Les victimes étaient originaires de trois ou quatre localités qualifiées de foyers d’aristocratie et de fanatisme. A MEYMAC, après une rixe entre une troupe de paysans et les sans-culottes qui profanaient l’église, LANOT, accompagné du tribunal criminel et de la guillotine, fit une « promenade civique » dans cette « petite VENDEE »… 80 rebelles furent emprisonnés, un juge et deux Maires de villages exécutés  » [ 10 ].

 

D’AUTRES LOTS ALLASSACOIS TRES DISPUTES AUX ENCHERES...

 

Par l’extrait délivré le 17 Mars 1862, il est possible de connaître également les circonstances de la vente du deuxième lot en provenance de « l’émigré LAMAZE », qui semble plus conséquent que ne le fut le quatrième ...

L’estimation qui est faite de ce « deuxième lot » est la suivante : « la maison du jardinier et quatre coupées de terrain (...) huit cent Livres (…), les greniers presque neufs (...) avec deux granges (…) deux mille cinq cent Livres (…), Pré de la Comborne (…) contenant trois sétérés six coupées plus terre et vigne (…), quatre mille cinq cent Livres (…), restant de la vigne (…) mille Livres (…), Total de l’estimation 8800 Livres » ! Comme pour ce qui concernait le quatrième lot, personne ne s’était présenté le « neuf du mois de Floréal An 2ème »…

La vente se réalise le 6 Prairial An Il… Les enchères sont ouvertes à 8.800 Livres…

Au premier feu, « il a été offert par le Citoyen CHATRAS la somme de 9.000 Livres par le Citoyen François LACHARTROUILLE 9.100 Livres, Jean CHEYSSIAT 9.200, JUGE jeune 9.500, LACHARTROUILLE 9.600, JUGE 9.800 (…) »…

« Pendant le second feu il a été offert par le citoyen LACHARTROUILLE 9.900 JUGE 10.000 CHARTROUILLE 10.100 CHATRAT 10.200, JUGE 10.300, CHATRAS 10.500, JUGE Aîné 10.600, CHATRAS 11.000, JUGE cadet 11.100 »…

« Et il a été allumé un feu lequel s’étant éteint sans qu’il ait été fait aucune enchère. Le Directoire a adjugé au Citoyen JUGE Cadet, Jean-Baptiste, de la Commune d’ALLASSAC comme dernier enchérisseur les biens désignés (...) »…

Le « deuxième lot » s’est donc finalement « arraché » de haute lutte !!! 2.300 Livres au dessus de l'estimation initiale...

Un autre extrait des « Archives Départementales de la CORREZE » a encore été délivré à Maître DUFAURE, le 4 Août 1862, et il concerne également une vente de « Biens Nationaux »...

Il s’agit en l’occurrence du « 14éme lot » qui est une « pièce d’une seterée et demy estimée 600 Livres », vendue également le 6 Prairial An Il !!!

Les enchères sont ouvertes à 600 Livres, puis « il a été offert par le Citoyen Jean SOURNAC la somme de 700 Livres, par le Citoyen Jean LAURIER 750 Livres, par le Citoyen PRAUDEL 800, GRIVEL 825, SOURNAC 850, GRIVEL 875, PRAUDEL 900. Pendant le second feu il a été offert par le Citoyen FERAL 925 Livres, par le Citoyen GRIVEL 950, FERAL 975, LAURIER 1.000 »…

Enfin la pièce est « adjugé au Citoyen LAURIER de la Commune d’ALLASSAC »... Adjugé, oui ! … Mais 400 Livres au dessus de l'estimation initiale...

Consultons encore un autre extrait d’archives… Il a été délivré à Maître DUFAURE le 25 Mars 1862, concernant encore une fois la vente d’un lot en provenance de « l’émigré LAMAZE »

C’est « le premier lot », constitué d'immeubles et terres diverses, estimé à « 16.800 Livres »

« Le Citoyen CHATRAS offre la somme de 16.900, le Citoyen ALEGRE 17.000, le Citoyen CHATRAS 17.100, THOMAS 17.200, CHATRAS 17.500, THOMAS 18.000, CHATRAS 18.200 »

« Pendant le second feu il a été offert par le Citoyen THOMAS 18.300, par le Citoyen CHATRAS 18.500 »…

Finalement « le Directoire a adjugé au Citoyen Bernard CHATRAS de la Commune d’ALLASSAC (…) »…

Et voilà encore 2.300 Livres de plus que prévues par l’estimation initiale qui vont grossir les caisses du Trésor Public !!!

 

CO-ACQUISITION ANTERIEURE DE BIENS NATIONAUX, EN VENTOSE AN Il ...

 

En Prairial An II, pour l’achat du « quatrième lot », Elie DUFAURE ne s’est pas retrouvé aux prises avec d’autres enchérisseurs… Est-ce parce que ce lot, de par son emplacement, lui convenait de manière particulièrement évidente et quasi-exclusive ? Est-ce que d’autres Allassacois de son voisinage réservaient leurs disponibilités monétaires pour des arpents présentant un plus grand intérêt ? Est-ce que par son fort caractère Elie était parvenu à écarter tous ses rivaux potentiels de sa « route » ? Son petit-fils, mais aussi filleul, Maître Elie DUFAURE, écrira à son propos : « mon grand père ( Elie du FAURE) qu’on ne désignait, hors sa présence bien entendu, que par ces mots : « Lou vier GIMEL », c’est à dire « le vieux GIMEL » (…), et dans son imagination méridionale, ce peuple, si bon du reste, lui supposait des intelligences avec le diable, et prononçait son nom pour épouvanter les enfants. C’était à ce point qu’on disait « qu’il gardait ses propriétés dans son lit ». Qu’elle [ sic ! ] traduction énergique de la crainte qu’il inspirait ? Dans un pays où le peuple aime sa terre et les fruits qu’elle produit par dessus tout (…) »

Et Maître DUFAURE d’ajouter un plus loin: « il est permis de croire que mon grand père et parrain avait alors quelque autorité » !

Il nous est aussi permis de croire que si l’on ne retrouve pas dans les autres lots Elie DUFAURE comme « contre-enchérisseur », c’est peut-être parce que ses disponibilités monétaires et financières ne sont pas si illimitées que cela et qu’il en a déjà d’ailleurs engagées lors d’une acquisition précédente de Biens Nationaux...

J’examine le « Décompte pour Acquisition de Biens Nationaux » qui lui a été remis suite à une adjudication du « 22 Ventôse An 2 » [ 12 Mars 1794 ]… Il est stipulé dans ce document que les biens sont « payables en 9 ans par dixième » en application de la « Loi du 4 Nivôse An 2 »

Ce décompte concerne « la vente d’un lot de bien situé ALLASSAC provenant de BUCHARD émigré adjugé au sieure DUFAURE de CHAMBARET d’ALLASSAC soyt 3.070 Livres »…

Je n’ai pas retrouvé à ce jour de traces de « l’émigré » BUCHARD... En revanche CHAMBARET est un patronyme assez répandu dans ALLASSAC, si l’on prend, par exemple, pour référence le « palpe d’ALLASSAC » datant de 1757 [ 20 ]. Je me suis interrogé sur la présence de deux patronymes sur ce décompte, pour découvrir, dans un acte juridique parvenu incomplet et non daté mais ultérieur, portant apparemment arbitrage entre les parties « DUFAURE et CHAMBARET », sur des problèmes de droit d’eau et de bornages, que « le 23 Ventôse An II Elie DUFFAURE et Jacques CHAMBARET (…) devinrent adjudicataires d’une propriété située au Bois Communal du territoire de La Jarrige qu’ils partagèrent en deux parts égales en valeur, par double d’écriture privée du huit Germinal même année »… Le décompte porte la date du 22 Ventôse , l’acte judiciaire lui celle du 23 Ventôse… Le 23 Ventôse, c’est à dire le 13 Mars 1794, HEBERT et ses partisans sont arrêtés dans la nuit, après le rapport de SAINT-JUST, qui les a déclarés « traîtres à la Patrie » [ 55 ]… HEBERT est exécuté le 4 Germinal, DANTON et ses amis sont ensuite arrêtés le 10 Germinal… puis exécutés le 16… Entre ces ( funestes ) dates, le 8 Germinal ( 28 Mars 1794 ), Elie DUFAURE et Jacques CHAMBARET passeront, eux, un acte « sous-seing privé » ! 

[ L’acte d’arbitrage ultérieur que j’ai retrouvé fait référence à un bornage datant de vingt-huit ans et il est donc plausible qu’il remonte aux alentours de 1822… Jacques CHAMBARET est peut être alors décédé car sa fille est seule mentionnée comme autre partie ! ]

Une « association » entre les « Citoyens » nommés DUFAURE et CHAMBARET doit-elle paraître surprenante ? … Non ! On peut relever que dans de nombreuses régions des associations de paysans se sont constituées pour acheter les biens et les diviser ensuite entre acquéreurs… il s’agissait de groupes tantôt strictement paysans, composés de laboureurs, de manouvriers, de vignerons et tantôt de groupes de paysans-artisans… Grâce à ces ententes les paysans pouvaient être présents à toutes les ventes et pouvaient ainsi acheter des lots divers, des plus importants jusqu’au moindre arpent...

Toutefois, dès Avril 1793, un Décret interdira finalement ce type d’associations comme portant atteinte à la liberté des enchères... Les paysans en éprouveront une amertume d’autant plus grande que ce Décret passera sous silence les associations restantes que formaient, de leur côté, les paysans riches, les bourgeois et les marchands de biens… [ 22 ].

Le premier versement concernant le règlement de l’acquisition du 22 Ventôse An II, réalisée par Elie DUFAURE, semble être intervenu le 21 Germinal An Il et il s’est opéré, en apparence aussi, au vu des mentions figurant sur le décompte, sous la forme d’assignats...

Un autre versement intervient le 27 Ventôse [ vraisemblablement de l’An III, un an après l’achat… mais une partie du document est déchirée et la partie manquante ne permet pas de confirmer le millésime... ], ensuite le [ xx Mess- ? ] « idor » de l’An III [ la partie manquante ne permet encore une fois aucune certitude... ], il est procédé encore à un autre versement....

DUFAURE et CHAMBARET ne semblent cependant pas avoir profité de la faculté d’étaler leurs paiements dans le temps, car après les règlements de l’An III, il ne reste plus que 43 Livres 39 qui demeurent dues sur les 3.070 livres de créance initiale...

Le non-étalement du règlement était-il le bon choix financier ? Marc BOULOISEAU estime que « calculées d’après le revenu de 1790, les mises à prix parurent relativement basses et les adjudications les dépassèrent largement » [ les exemples que l’on connaît des acquisitions Allassacoises le confirment ! ].« La moyenne propriété s’étendit. Elle ajouta à ses propres terres des parcelles voisines. Le système de l’arrentement qui prolongeait les versements se révéla par contre catastrophique à cause de l’inflation après Thermidor. Mieux vendus les biens d’émigrés furent plus mal payés que les biens d’église » [ 55 ] ... Une catastrophe pour l’Etat peut-être, mais point pour les particuliers, ces nouveaux « investisseurs fonciers », plus ou moins opportunistes et servis par les circonstances…

C’est après un bond très important dans le temps, que le 1er Ventôse An XII [ nous sommes alors le 19 Février 1804, et, dans quelques mois le Premier Consul BONAPARTE deviendra… l’Empereur NAPOLEON 1er... ] qu’Elie DUFAURE acquitte une nouvelle somme, versée « en numéraire » cette fois, de « 13 F 70 c », relative à son acquisition de Ventôse An Il …

Le décompte indique ensuite à la date du 21 Février 1812 [ « Pour la première fois l’aigle ( va bientôt baisser ) la tête » ] que reste du un montant de « 6 F 28 c », et la Direction de l’Enregistrement des Domaines, à TULLE, constate officiellement ce reliquat le 6 Mars suivant, proposant le versement de ces « 6 F 28 »,« capital et intérêts » « par les voies autorisées pour le recouvrement des deniers lmpériaux ». C’est à BRIVE, le 25 Mars 1812, que le receveur des Domaines constate l’encaissement dans ses écritures de la somme considérée...

L'opération d’acquisition foncière générée en 1794 est donc définitivement close dix-huit années plus tard en 1812 !!! En 1812, Elie DUFAURE, « heureux propriétaire », a donc traversé avec son « bien d’émigré » : la Terreur, le Directoire, le Consulat, et l’Empire qui est, maintenant, lui même, presque sur le point de s’achever !!!

 

FINANCEMENT DES ACQUISITIONS... ET CONFLIT D’INTERET...

 

Quand, au milieu du XIXème Siècle, Maître Elie DUFAURE écrit à propos de son grand père, homonyme et parrain, qu’un dicton local prétendait que « lou vier GIMEL o uno pouletto qué ly pound d’aous louis d’or », il n’est pas évident du tout qu’en 1794 les disponibilités monétaires du jeune marié, et nouvellement chargé de famille, Elie DUFAURE, soient si conséquentes que cela !

Pour les premiers achats de Biens Nationaux, la dot de Mademoiselle Marie VERVY, épousée en 1788, ( et dont la mère était née DEYZAC ), avait peut-être été utilisée par Elie DUFAURE pour contribuer à honorer les premiers paiements consécutifs à son engouement du moment pour cette nouvelle sorte de « spéculation foncière », et surtout pour ne pas passer à côté de cette première et unique occasion conjoncturelle d’accroître « à bon compte » les possessions de « l’héritage DUFAURE  » ! Quelle part la nouvelle «  soif  » de terres a-t-elle pu prendre dans les conflits d'intérêts qui ont pu agiter les familles rurales de l'époque ? Nul ne le saura exactement ...

Une part pas moindre qu’en d’autres temps sûrement, mais plus importante peut-être ! Je constate que Maître DUFAURE consacre dans sa « Notice » une certaine place à l’un de ces conflits d’intérêts familiaux, lequel naît, justement, en cette période !!!

« Le 8 Fructidor An Il de la République », [[ … soit le 25 Août 1794… voilà donc moins d’un mois que les ROBESPIERRE, COUTHON ou SAINT-JUST, le 9 Thermidor An Il, ou 27 Juillet 1794, ont été décrétés d’accusation et mis hors la loi, et puis que, selon Joseph de MAISTRE, « quelques scélérats firent périr quelques scélérats » [ 55 ], puis qu’ensuite dans la confusion et la passivité des masses « la République des Jacobins perdait son âme, [ qu’elle ] ne retrouvera jamais plus  » lorsque « les Robespierristes furent considérés comme de nouveaux Girondins justement éliminés » [ 40 ] ]], ce jour d’Août donc, « par exploit d’Eymard BOSREDON, Huissier à la résidence d’ALLASSAC, les enfants de Jean VERVY et Catherine DEYZAC au nombre de cinq, savoir : Marie, ma grand’mère paternelle (…), Marie, IIéme du nom, Pierre, Jean-Baptiste et Jeanne, (…) agissant tous en qualité d’héritiers de Jean VERVY, leur père, assignèrent MM. Jean et Antoine VERVY, frères, habitant sous le même toit au Chef-Lieu de la Commune de JUILLAC, et le Citoyen ( 1 ) VERVY, Officier de Santé, leur père, (…) pris tous trois en qualité d’héritiers de feu Denis VERVY, leur père, en composition de tribunal de famille aux fins de partage de la succession de feu Pierre VERVY, oncle commun des parties, décédé environ trois ans avant le jour de l’assignation  » … [[ en note -( 1 )- pour le terme Citoyen, l’avocat précisera : « je copie ce mot parce qu’il a la couleur du temps, je laisse aussi les fautes de français au compte de l’huissier » ! ]] …

Pour un enjeu financier qui ne doit pas être fort important, des neveux et des nièces « VERVY » s’assignent donc en procédure civile... Les temps sont impitoyables !!! Mais est-ce vraiment le produit de leur dureté ou simplement celui de la nature humaine ?

« Le 1er Germinal de l’An III [ soit le 21 Mars 1795 ] Antoine VERVY, Agent Municipal de la Commune de JUILLAC, faisant pour lui et les siens d’une part ; Elie DUFAURE, domicilié au lieu de Grande Fontaine d’ALLASSAC, faisant pour et au nom de Marie VERVY, sa femme, transigèrent sur la demande formée par l’acte précédent à la somme de 1.200 Livres »…

Les parties Allassacoises ont-elles estimé qu’un « mauvais arrangement valait mieux qu’un bon procès » ? … Cependant « l’effet rétroactif de la Loi en vigueur lors de cette transaction fut rapporté, mon grand père fut tenu de rapporter la somme qu’il avait reçue, et par un nouvel accord intervenu (...) en date du 17 Prairial An IV de la République [ 5 Juin 1795 ] ce rapport fût limité à la somme de 175 Livres, de sorte que le supplément ne fut en fait que de 1.025 Livres »…

« Depuis lors aucune relation d’affaires n’a existé entre les deux familles », affirme en conclusion Maître DUFAURE qui nous démontre par l’exemple combien un simple conflit de succession, pour des intérêts en apparence secondaires ou limités, peut créer des brouilles et des rancunes tenaces dans des familles, et ce pour des lustres ! Il s’avère qu’à ALLASSAC, de Janvier à Octobre 1795 [ soit de Nivôse de l’An III à Vendémiaire de l’An IV ], le Maire de la Commune est un « VERVI  » [ [ selon l’orthographe de l'ouvrage de J-L LASCAUX [ 20 ] ]]…

Le 18 Prairial An III [ 6 Juin 1795, le lendemain du second accord entre Elie DUFAURE et Antoine VERVY ], le Comité de Surveillance d’ALLASSAC est « placé en dissolution ». La Municipalité, représentée par « les Officiers Guichard THOMAS et Guilhaume FANTOU », en présence de « Louis MAZELLE, notable et Commissaire », entend les anciens membres du Comité qui, tous, se rétractent par rapport à leurs engagements antérieurs... Et peu après les « suspects ou contre-révolutionnaires » qui avaient été emprisonnés sous la « terreur » sont libérés progressivement… Cette année 1795 est « placée sous de bons auspices. Le calme semble s’installer, plus particulièrement au sein des notables » écrit Jean-Louis LASCAUX [ 20 ]… Le calme Thermidorien recouvrirait-il désormais ALLASSAC, après des temps agités, de sa chape uniforme de sérénité retrouvée ???

 

DE LENTHILAC-SEDIERES : ENCORE PARMI LES CONTRE-REVOLUTIONNAIRES !

 

Après le 9 Thermidor la définition même de la « Contre-Révolution » change…

Il faut dorénavant avoir été engagé dans une activité clairement contre-révolutionnaire pour être identifié et jugé comme tel. Si les gens du « peuple » accusent les « gros » : « les intrigants, les marchands, les factieux... et les hommes à la houppelande » d’être des Contre-révolutionnaires, la véritable contre-révolution devient un bloc clairement identifiable ( même s’il reste très divisé en plusieurs courants ), organisé d’en haut, et dont l’objectif est fort clair : la prise du pouvoir ! Une première tentative pour parvenir à cette fin se déroule dès 1795 ! [ 29 ].

Grâce aux travaux de Maître DUFAURE on sait que Louis-Marie de LENTHILAC-SEDIERES est en 1795 « nommé pour accompagner « Monsieur » en FRANCE et [ qu’ ] il se trouve à QUIBERON et à l’Ile-DIEU [ l’île d’YEU ! ]  »...

Le 25 Juin 1795, à QUIBERON, la flotte anglaise débarque deux divisions formées par des émigrés et par des soldats français, jusque là emprisonnés dans les pontons Anglais, ainsi qu’une division Anglaise [ 29 ]… [ Il y a cinq régiments d’émigrés : Royal-Artillerie, Loyal-Emigrant, Rohan-Infanterie, Royal-Louis et Hector [ 64 ] ]…

Ces hommes sont rejoints par 15.000 chouans venus de toute la BRETAGNE, composant ainsi une « force considérable », [ Ces renforts « Chouans » sont constitués des troupes de CADOUDAL, d’ALLEGRE [ ! ], de MERCIER-la-VENDEE, de JEAN-JAN, de ROHU… [ 64 ] ], mais les Officiers royalistes découvrent avec dégoût leurs alliés ruraux, parlant breton, indisciplinés et mal vêtus, qui refusent de plus de se laisser commander ! [ 29 ].

L’opération militaire est particulièrement mal préparée et effectuée avec retard, ceci permet ainsi à HOCHE, dès Juillet 1795, de vaincre les « anglo-émigrés »…

« Les ennemis sont dans la ratière et moi avec quelques chats à la porte » écrit le Général HOCHE… L'échec de QUIBERON provoque un choc considérable « dans les rangs de la Contre-révolution, même si l’Ouest demeure toujours en guerre contre les bleus » [ 28 ] …

Des émigrés de premier plan, dont le Comte d’ARTOIS, résident alors dans l’île d’YEU, sous la protection de la flotte Anglaise… tandis que la VENDEE est toujours à feu et à sang... pour quelques années encore ! … Cependant le désastre de QUIBERON mettra fin à toute guerre organisée et seules continuèrent le combat quelques bandes d’irréductibles ! [ 64 ].

 

EXALTATION DE LA PROPRIETE FONCIERE… PHILOSOPHIE THERMIDORIENNE !

 

Les « vainqueurs » politiques, au plan intérieur, triomphateurs de ROBESPIERRE, sont désormais dénommés les « Thermidoriens »…

Qui sont-ils ? « Un amalgame de Girondins rescapés, de Dantonistes prudents, de Montagnards maintenant repentis, dominés par la « majorité silencieuse » de la Plaine », si l’on veut bien retenir cette pertinente définition de Jean TULARD ! [ 65 ].

Le programme de ces Thermidoriens est contenu tout entier dans une formule de BOISSY DANGLAS : « un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre des choses, celui où les non-propriétaires gouvernent est dans l’état de la nature »... « C’est sur le maintien des propriétés que reposent la culture de la terre, toutes les productions, tout moyen de travail et tout ordre social », réaffirment encore avec une grande conviction les Thermidoriens...

Le 5 Messidor An III [ 23 Juin 1795 ] BOISSY DANGLAS pose les principes de la prépondérance sociale de la bourgeoisie. Il s’agit de pour lui de « garantir enfin la propriété du riche, l’existence du pauvre, la jouissance de l'homme industrieux, la liberté et la sûreté de tous  »...

« VERGNIAUD avait déjà tenu le même raisonnement  » fait remarquer SOBOUL [ 21 ].

Le 13 Mars 1793 VERGNIAUD déclarait en effet : « l’égalité pour l’homme social n’est que celle des droits. Elle n’est pas plus celle des fortunes que celle des tailles, celles des forces, de l’esprit, de l’activité, de l’industrie et du travail »…

Après « l’extase Jacobin », « singulière continuité de la GIRONDE aux Thermidoriens » souligne SOBOUL [ 21 ].

Défense affirmée de la propriété par les Thermidoriens donc, mais encore faut-il préciser de quelle propriété  ! ... Bien sur de celle telle qu’elle est répartie en… 1795 !!! ... Car les Thermidoriens constituent le parti des « profiteurs » de la Révolution, de ceux qui ont acheté les propriétés de l’église ou de nobles émigrés, spéculé sur les fournitures aux armées ou sur la baisse des assignats, accaparé les grands emplois publics ! [ 65 ]…

Postulat essentiel donc du programme Thermidorien : surtout ne pas remettre en cause la vente des Biens Nationaux !!! Et ce programme leur vaut évidemment l’appui de la paysannerie aisée, grande acheteuse de ces biens, mais c’est, en revanche, pour eux, la nécessité de repousser à jamais toute idée éventuelle de restauration de l’Ancien Régime ! … Conservatisme oui certes, mais sur des positions acquises et non par un retour en arrière à l’Ancien Régime…

Pour Joseph NOUAILLAC, avec la vente des Biens Nationaux, la Révolution a profité aux paysans et a contribué à créer une nouvelle paysannerie… « On vit moins de gens très riches et plus de gens aisés. Le peuple des campagnes se nourrit et s’habilla mieux… Les royalistes devaient eux-mêmes constater plus tard la transformation heureuse des ruraux, jadis si mécontents et si faciles à agiter, et devenus si paisibles et si conservateurs après que la révolution eut cessé » [ 10 ]… L’appropriation foncière constitue ainsi un fondement d’embourgeoisement et de conservatisme !!! Est-ce ainsi pour Elie DUFAURE à ALLASSAC ? vraisemblablement !!!

Selon Edgar PISANI : « la vente des Biens Nationaux, l’appropriation qui s’ensuit, confirment la signification bourgeoise de la Révolution, consacrent la conception de la terre comme bien marchand et non comme bien collectif ou de communauté  »... [ 37 ].

Tout aurait peut-être pu basculer en 93… mais lorsque tombe ROBESPIERRE le pays en revient à l’économie libre et à l’affirmation du pouvoir absolu et sacré de la propriété...

« Thermidor renoue avec 1789 et entend poursuivre l’œuvre de la Constituante sur les bases de la propriété, de la liberté économique et du régime censitaire retrouvé  », écrit toujours Edgar PISANI, « les ressorts, les limites et la réalité de la philosophie bourgeoise sont l’homme, le citoyen, la raison, la vertu [ qui ] n’existent que dans la propriété et par elle  »… [ 37 ].

« Le Droit Public lui-même renonce à fonder la citoyenneté sur le seul caractère universel et abstrait de la personne; il lui adjoint la notion de capacité qui suppose évidemment un minimum d’aisance. Pour plus d’un demi-siècle désormais la propriété va être explicitement reconnue comme un pilier de la société  » !!! [ 36 ]…

Combien sont-ils à avoir acheté de cette terre dont le Cadastre va bientôt leur reconnaître la propriété ? « Aucun chiffre ne peut être avancé avec précision » écrit Jean TULARD qui évalue, à propos des paysans, en citant Le Professeur Jacques GODECHOT, qu’à « l’époque du Directoire, la moitié des terres leur appartient » [ 66 ]. Le Sous-Préfet de GIEN estimera en l’An IX : « depuis 1789 beaucoup de Citoyens alors véritablement indigents sont devenus plus à leur aise. Les assignats dont la masse est devenue en l’An Il ou en l’An III assez considérable ont servi utilement à beaucoup de personnes pour rembourser ce qu’elles devaient ou pour faire des acquisitions que les circonstances rendaient extrêmement faciles. La grande quantité de domaines nationaux qui a été mise en vente a fait monter d’un tiers le nombre des propriétaires » [ 66 ]… Dont acte !!!

Comme les sans-culottes, comme les Jacobins, Gracchus BABEUF ( 1760-1797 ) estimera pourtant que le but de la société est le bonheur commun et que la Révolution devrait assurer l’égalité des jouissances ! ...

La propriété privée introduisant nécessairement l’inégalité, et la loi agraire c’est à dire le partage des propriétés ne pouvant « durer qu’un jour », le seul moyen d’arriver de fait à l’égalité semble être pour BABEUF d’établir l’administration commune et de supprimer la propriété particulière... En résumé : introduire le collectivisme !

En cela BABEUF va plus loin que les Jacobins encore attachés à la petite propriété privée fondée sur le travail personnel… Dès 1789 dans son « Cadastre perpétuel » BABEUF penche vers la Loi agraire, c’est à dire ce « Socialisme des Partageux », selon l’expression même que Maître DUFAURE entendra prononcer en 1848, et qui sera toujours farouchement combattu à droite !!! [ 21 ].

Alors que se déroulait au Parlement le débat sur le droit de préemption des SAFER, Edgar PISANI raconte avoir eu l’idée, pour envoyer ses vœux, de faire reproduire en « fac-similé » le Décret de la Convention « condamnant à la peine de mort quiconque proposera une loi agraire ou toute autre subversive des propriétés territoriales, commerciales ou industrielles  »...

Cette initiative « plaisante » ne reçut pas l’accueil escompté de la part de ses destinataires ! Et PISANI de constater : « il est donc interdit de s’amuser sur une pareille matière, car elle appartient au domaine du sacré » ! [ 37 ]…

[ Je note pour l’anecdote que j’ai affiché une reproduction de ce Décret dans mon bureau professionnel à la Direction Départementale de l'Agriculture et de la Forêt, depuis de nombreuses années déjà, et dès avant même que je ne prenne connaissance de l’ouvrage de PISANI. J’avais trouvé la reproduction de ce Décret dans « la Propriété Agricole », Magazine édité par le Syndicat de la… Propriété Agricole ! Une organisation syndicale à très forte tendance de droite conservatrice ! ].

On le sait la « Conjuration des Egaux » échouera entraînant la perte du Babouvisme... Et les propriétaires Thermidoriens pourront encore longtemps jouir de leurs biens fonciers !!! « Sacré » Décret du 18 Mars 1793 !!!

Elie DUFAURE à ALLASSAC compte désormais au nombre de ces ( nouveaux ) propriétaires « Thermidoriens »... Choix délibéré et raisonné ? Opportunité inespérée pour lui ?… Plus sûrement, les paysans sont toujours attachés à la possession du sol. « Attachement profondément naturel, fait de liens multiples et puissants : travail et soins toujours réclamés et toujours recommencés qui donneront le sentiment d’être enchaîné à la terre par un véritable esclavage, mais aussi domination du laboureur creusant sont sillon, joie sans partage du moissonneur engrangeant sa récolte ; ce « mariage de l’homme et de la terre » [ selon Jules MICHELET ] est une réalité humaine de tous les temps… La joie intime et profonde du travailleur qui mesure à l’opulence des récoltes la valeur de son travail et de son habileté demeure » [ 22 ]...

En fait le petit propriétaire n’a, le plus souvent, qu’à peine de quoi faire vivre sa famille... Et si la moisson est mauvaise, c’est la misère assurée pour tout le groupe familial ! [ 66 ]

 

CRUCIALE ET «ETERNELLE» QUESTION DES SUBSISTANCES… LA CRISE…

 

Maîtriser sa terre, c’est, à tout point de vue, pouvoir s’assurer prioritairement des moyens de subsistance… sinon monétaires, du moins en nature de denrées ! Les mauvaises récoltes de la fin des années 1780 n’avaient pas été l’un des moindres « détonateurs » de l’explosion Révolutionnaire...

La hantise permanente de la disette, voire sa réalité tangible, au cours de l’An Il en particulier, attise la lutte des factions, voire la « lutte des classes » !

« La faim constitue le ciment de catégories diverses (...) qu’un intérêt commun coalise contre le marchand, l’entrepreneur, l’accapareur noble ou bourgeois », écrit SOBOUL, « d’autres mobiles ne sont pas à exclure du comportement populaire (...) [mais] ils se réduisent finalement à l’exigence du pain au quotidien » [ 21 ]…

Terrible et prosaïque constat qui peut être tiré des évènements de la période Révolutionnaire à mettre en perspective avec le « mythe grandiose » !!!

En 1794 une crise frumentaire sérieuse frappe les Allassacois au point qu’ils doivent échanger leur vin contre le seigle de TULLE, d’UZERCHE ou d’USSEL...

Le 20 Fructidor An Il [ 8 Septembre 1794 ], le compte rendu des débats de la municipalité d’ALLASSAC donne lieu à la restitution de ces propos : « rappelez vous Citoyens la crise dans laquelle notre District s’est trouvé l’année passée et surtout notre Canton. Sans nos vins les trois-quarts des Citoyens de notre District auraient péri de faim » [ 20 ] .

« Il est un fait qu’en cette grande époque du laboureur officiel, du paysan mythique, le paysan réel n'a pas toujours la vie facile ! ». « L’hiver de l’An III ( 1794-1795 ), le plus terrible du siècle peut-être, a entraîné une crise de misère effrayante ! », observe encore Maurice AGULHON, dans la contribution qu’il a signée pour une « Histoire de la FRANCE Rurale » [ 22 ].

Le 24 Frimaire An III, la Commune d’YSSANDON, toute proche de celle d’ALLASSAC, reçoit de l’administration du District de BRIVE, l’ordre de réquisition de quatorze Quintaux de maïs ou de blé noir, ainsi que de quinze paires de bœufs « avec charrette »…

Alors devant la Société Populaire : « un membre a dit Citoyens voilà bien des réquisitions, voilà la troisième fois que la Commune de BRIVE nous enlève notre pain (…) hier j’était a BRIVE, tout me dit que la Commune d'YSSANDON devoit faire conduire à BRIVE les subsistances requises de PERPEZAT (…). Comment PERPEZAC [ le Blanc ! ] qui a les meilleurs bœufs et les meilleures charettes de tout le département jouiroit du privilège de l’ancien régime (…). Un autre membre a demandé la parolle : citoyens a-t-il dit si cela continue il faudra que les cultivateurs fassent moudre le grain, cuire le pain et le porter tout prêt à manger aux citadins des grandes communes (…). Pauvres cultivateurs a ajouté un pauvre vigneron, vous serez toujours bernés ; occupés du matin au soir à cultiver son peut de bien, exposés à toutes les riguers des saisons pour faire venir un peut de subsistance pour soit, sa femme et ces enfants. (…) Il faut le donner à des gens la plus part du temps oisifs qui ont fait veut de ne rien faire et qui ont l’air de vous mépriser (…). Si BRIVE manque de subsistances ce [ est ] qu’ils ont peur de se noyer et de mettre leurs pieds dans la boue car il egiste dans les maisons des émigrés de ce canton et des détenus [ les « suspects » encore incarcérés à ce moment là ] beaucoup de subsistances » !!! [ 14 Décembre 1794 ] [ 24 ].

De 1792 à 1795, les trois grands problèmes qui se sont posés dans les communes ont été les mesures contre les suspects, les enrôlements et les subsistances… La crise des subsistances – primum vivere – a été le souci dominant des populations Limousines… Les grandes agglomérations ont beaucoup souffert des difficultés du ravitaillement qui ont provoqué parfois des émeutes… Le 18 Février 1795, les ouvriers et les femmes de LIMOGES, à la suite d’une augmentation de prix, firent une véritable journée révolutionnaire qui échoua devant la fermeté de la Municipalité [ 10 ]… « Les Municipalités se demandaient mutuellement secours, sollicitaient les Districts qui s’adressaient aux Départements, lesquels, s’ils ne pouvaient se tirer d’affaires, avaient recours au Gouvernement. On faisait venir des grains de District à District et de Département à Département. Les municipalités demandaient souvent plus que leur nécessaire et se faisaient rappeler à la raison par les Districts. Que de plaintes, de criailleries, de querelles et partant de paperasseries avant d’obtenir satisfaction ! Il y avait trop de Communes obstinées à garder leur superflu, trop de paysans entêtés à ne pas porter leurs denrées au marché, trop d’accapareurs cachant leurs grains. Aussi la lutte contre l’égoïsme était-elle à l’ordre du jour autant que le combat contre l’aristocratisme et le fanatisme », écrit NOUAILLAC dans son « Histoire du LIMOUSIN »… [ 10 ]

L’hiver de l'An IV fut terrible aussi pour les salariés et les citadins accablés par une inflation extrême... En Prairial An IV le pain valait en assignats cent cinquante Francs la livre... « Les mendiants eux-mêmes refusaient le papier monnaie qu’on leur tendait » croit même pouvoir affirmer Albert SOBOUL [ 21 ].

« Les marchés demeuraient vides, la récolte de 1795 n’avait pas été bonne, les paysans n’acceptaient que le numéraire, les réquisitions n’étaient plus exigées »…

La ration de pain ne cesse de maigrir : 750 grammes par personne puis 500, 250 en 1794… Et le pain change : finie la baguette fraîche ou le pain de GONESSE doré sur croûte et si apprécié des Parisiens. Voici le « pain de l’Egalité », véritable pâté d’alouette farci de pommes de terre, de fèves, de riz, de son, plus que de froment, « noir et gluant », parfois déclaré immangeable par la Municipalité… [ 67 ].

C’est en Prairial An III [ le 20 Mai 1795 ] qu’avait éclaté la grande émeute parisienne de la faim aux cris de « du pain et la Constitution de 1793 ! »… « Sous le règne de ROBESPIERRE, le sang coulait et on ne manquait pas de pain. Aujourd’hui le sang ne coule plus, on ne mange plus. Il faut qu’il coule encore » [ 67 ].

La dépression économique persiste toujours en pesant maintenant sur le Directoire... De meilleures récoltes, dès 1796, n’y changent rien. Les grains sont alors à vil prix et le monde rural souffre de la dépréciation des denrées agricoles... La « Conjuration des Egaux » échoue au cours de l’hiver 1795-1796... Les ruraux et les capitalistes attendent d’un changement politique la reprise des affaires et les ouvriers la fin du chômage... Un terreau favorable, lié à la crise économique, s’est constitué pour un changement politique à la veille du coup d’état Bonapartiste qui surviendra le 18 Brumaire An VIII [ 10 Novembre 1799 ! ] [ 24 ]. C’est la fin du marasme économique, qui deviendra évidente à partir de 1801, qui contribuera à accréditer l’idée d'un redressement miraculeux de la France dû au Premier Consul ! [ 63 ]…

 

SAISIE SUR GRAINS A SAINT-CYR, ENCORE D’AUTRES « ALLIES » CONCERNES !

 

Sans pouvoir déterminer ni les circonstances précises ni les raisons exactes qui président à une saisie de grains qui seraient apparemment stockés dans la maison commune de « Saint CIRQ la Roche », l’acte authentique que j’ai sous les yeux, délivré par l’Huissier d’OBJAT, EYMERI, m’apparaît comme fort représentatif des temps…

Il porte sur sa tranche ces mentions : « Bannissement entre les mains du Citoyen DUPRE- Poursuites d'OUFFAURE [ ! ] de POMPADOUR - 4 Vendémiaire An 6 » [ 25 Septembre 1797 ] et « saisi entre ses mains du blés retiré dans la maison commune - 24 Vendémiaire An 6 [ 15 Octobre 1797 ! le 4 ou 24 Vendémiaire ? ] : « L’an six de la République française une et indivisible le 24 vendémiaire avan midi a la requette du Citoyen noel aux faure [ sic ! ] Régisseur Général du domaine du haras de POMPADOUR (...) nous jean EYMERI huissier publié habt du chef lieu de la Commune d’OBJAT (…) certifions avoir dit et déclaré au Citoyen François DUPRE LA ROZE adjoint de l’agent municipal de la commune de ST CYRQ las ROCHE (...) que (…) le requérant demeure instruit qu’il a en sa garde comme déptemteur des clefs de la maison commune de ST CIRQ la ROCHE certaine quantité de grains dont la majeure partie consiste en froment appartenant au citoyen Jean [ FRAISSEIX ? ] et autres ses associés cultivateurs de la même commune (...) attendu que lesdits grains ont été recueillis et récoltés dans les biens appartenant à la Nation (...) que le sieur FRAISSEIX [ ? ] en sa qualité de fermier se trouve débiteur envers le requérant de sommes considérables [ ! ] pour raison de ladite ferme en conséquence nous huissiers (...) avons (…) saisy bany arreté par forme de bannissement saisie arrêt mis sous la main de la Loy et de la justice entre les mains dudit LAS ROZE tous les grains et autre chose générallement quelconque qu’il peut avoir dans ladite maison commune appartenant aux [ susdits ] (…). En présence et assisté de martin CHOUZENOUX et de françois ROGIER, cultivateurs de la commune d’OBJAT, LIMOUSIN, qui ont signé avec nous »…  EYMERI CHOUZENOUX ROGIER ...

Et au verso du document l’huissier EYMERI a inscrit la mention : « Me fut déposé chez [ espace en blanc ] greffier en chef il leur a été taxée 9 pour 3 jours de voyage qui avec 4,5 de contrôle ou papier font 13,5 qu’ils reprendront lors de la vente des effets saisis entre leurs mains »... Tout se compte ! Mais en quelle unité monétaire ?

« Le 19 Frimaire an 7e DUPRE LAROZE de ST CIRQ et [ BAGNOLET ? ] du même endroit ont fait leur déclaration » est-il également porté en mention manuscrite au verso du document... Cette saisie se trouverait-elle donc purgée et définitivement close à la date du 8 Décembre 1798 [ 18 Frimaire An VII ] ? ... Je ne sais... !

Chose certaine cependant, ce DUPRE LAROZE est un membre allié de la branche familiale maternelle ascendante de Maître Elie DUFAURE… En effet, en l’An VI, Catherine de LAROZE a épousé Jean DUBOIS [ 24 Octobre 1797 ] et ceux-ci deviendront les grands-parents maternels de l’avocat, qui, dans sa « Notice » évoque un « DUPRE de LAROZE », dont la particule dans l’acte de saisie de 1797 a opportunément (?) disparu !

C’est en 1786 pour se distinguer l’un de l’autre que deux oncles de Catherine de LAROZE, fils de Claude de LAROZE et d’Anne LAMBERT, « avaient pris des noms de terres : l’un était désigné dans les actes judiciaires sous le nom de de LAROZE de BOSREDON, et l’autre sous le nom de DUPRE de LAROZE »

Cette mise en valeur d’une particule, avant la Révolution, s’est évanouie ensuite rapidement, au vu des circonstances des temps, semble-t-il !… DUPRE de LAROZE en 1786 est ainsi devenu en 1797 DUPRE LAROZE et il est désigné comme étant « adjoint de l’Agent Municipal » (…) « détempteur des clefs de la maison commune » Il est devenu en somme l’un de ces bourgeois Thermidoriens, même s’il avait pu avoir précédemment quelques ambitions pour accéder à l’aristocratie rurale Bas-Corrézienne de l’Ancien Régime !!!

A BORDEAUX la branche Aquitaine des de LAROZE a quant à elle connu les affres des « dévastations commises en 1793 », pour reprendre les termes mêmes de Maître DUFAURE, qui précise qu’elle « a eu tant à souffrir et dans ses affections les plus chères et dans sa fortune comme aussi dans ses titres honorifiques ou utiles »... Mieux donc valait ne pas avoir de particule(s) accolée(s) à son patronyme en ces temps troublés !!!

Maître DUFAURE précisera encore que « le nom de LAROSE s’écrit indifféremment par un Z ou un S, mais ce dernier est préférable car le blason de la famille a « un chef semé de trois roses »... !!!  A chacun ses fleurs de lys donc !!!

Dans sa « Notice » toujours Elie DUFAURE indiquera encore avoir aussi consulté les pièces d’un procès intenté par les héritiers d’Anne LAMBERT et Claude de LAROZE, le 23 Ventôse An III [ 13 Mars 1795 ], contre M. VILLEMUR de PINSAC, pour avoir paiement du capital d’une rente à eux léguée par Jean LAMBERT, leur oncle suivant son testament du 2 Décembre 1686 [ plutôt 1786, je pense !!! ] devant M. Jean DUBOIS, Juge de Paix de TERRASSON »…

La dureté des temps, ou tel projet d’acquisition de Biens Nationaux, rendaient-ils, comme pour le cas des VERVY, plus qu’urgente une rentrée de liquidités nécessaires qui venait justifier l’introduction d’instances judiciaires diverses ?

« Traquant », le plus exhaustivement qu’il le lui est possible, tous les « DUFAURE » du Bas-LIMOUSIN, Maître DUFAURE nous signale un « contrat de mariage de Guillaume MAZELLE fils d’autre Guillaume et d’Anne BONNELIE, avec Antoinette DEYZAC, fille de Jacques et de Geoffrette FAUCHER, habitant au lieu-dit de la ROCHE, Paroisse d’ALLASSAC, passé ledit contrat le 20 Février 1743, par devant POUGET et MOUNEYRAC, Notaires, en la maison du Sieur François MAZELLE de la TOUMELIE, habitant au bourg de BEYSSAC, Bas-LIMOUSIN, et insinué à VIGEOIS le 3 Mars 1743 par BONNEL »…

En quoi ce contrat de mariage peut-il bien nous intéresser ici ? Eh bien en ce que figure « comme témoin Noël AUFAURE ou DUFAURE, comme il a signé sur plusieurs actes notariés, sieur du PRANEUF habitant au Château de La RIVIERE, Paroisse de BEYSSAC »… « De nos jours encore » précise Elie « les derniers représentants de la famille MAZELLE qui s’est fondue dans celle de LAFON, et celle-ci dans celle de NAUCHE, qualifient mon père de cousin quand ils viennent lui payer une petite rente au capital de 300 Livres au Denier 20, qu’ils lui doivent. C’est la seule qui reste »…

Plus loin l’Avocat note : « l’on ne sera pas surpris de voir à POMPADOUR, à ARNAC et à ALLASSAC des DUFAURE ou AUFAURE si l’on se rappelle que Pierre du FAURE devint Baron de LARON par son mariage avec lzabeau de LARON vers la fin du XIVème siècle », et de poursuivre : « en 1745 cette terre de POMPADOUR fut donnée par le Roi à la célèbre Madame d’ETIOLES, avec le titre de Duchesse de POMPADOUR. En 1763, elle fut affectée à la destination qu’elle a aujourd'hui, c’est à dire du Haras, par la réunion en un seul corps de biens des terres de POMPADOUR, de BRE [ ? ], de SAINT CYR la ROCHE et de La RIVIERE »…

Il nous est donc possible de constater, par ces recoupements, dans l’acte de saisie de l’Huissier EYMERI, daté de 1797, qu’en les personnes de Noël OUFAURE et de DUPRE LAROZE se trouvent directement « impliqués » deux alliés familiaux de Maître DUFAURE, l’un de la branche paternelle, l’autre de la branche maternelle, et ce, dès avant que ces branches ne soient réunies vingt ans plus tard, en 1817, par le mariage de ses parents, Pierre DUFAURE et Jeanne du BOYS, fille de Catherine, née de LAROZE... ( « Damoyselle Catherine de LAROZE, ma grand mère maternelle » ) !!!

 

RETOUR A L’ETAT DE DROIT ET LITIGES FONCIERS : LA VIE RURALE CONTINUE !

 

La chute de ROBESPIERRE et la fin de la Terreur permettent un retour rapide à « l’état de droit » !!!…

« L’opinion publique, lasse des excès de la Terreur avait éprouvé un soulagement joyeux… La mémoire de ROBESPIERRE, flétrie des noms de scélérat, de tyran hypocrite, de traître envers la patrie, fut partout honnie… Les farandoles se reformèrent contre… les « Robespierristes ». On chantait alors dans les rues :

« Lous Peirous, lous Roubertous

Sount une banda de leirous »… » [ 10 ]

Le 8 Nivôse de l’An III [ 28 Décembre 1794 ], les Tribunaux révolutionnaires sont enfin supprimés… L’Avocat MERLIN ( de DOUAI ) fait voter la Loi, qui permet à chacun d’avoir de nouveau le droit à un défenseur choisi librement, et qui sépare l’autorité d’instruction de celle de jugement, tout en rétablissant les peines classiques organisées par l’Assemblée Constituante par son Décret du 8 Octobre 1789...

Peu après, la Constitution de 1795 permet de redonner vie à la totalité du système judiciaire tel qu’il avait été établi en 1790-1791 [ 43 ]. La Justice de Paix va désormais connaître une activité faste pour avoir à trancher de multiples litiges ruraux pouvant opposer maintenant toute une multiplicité de nouveaux « Citoyens-propriétaires »…

En Nivôse An III, le Juge de Paix nommé « Jean TOURON » convoque le Citoyen Elie DUFAURE « le treize Nivôse de l’An trois de la République Française une et indivisible [ 2 Janvier 1795 ] pour « être entendu comme témoin sur les faits qui lui seront expliqués (…) en la maison commune d’ALLASSAC le seize du présent mois de Nivôse » ! Une copie du « présent Mandement » est délivrée par ailleurs au « Citoyen LAURIER, Habitant de la Grande Fontaine » ...

Je ne sais sur quels faits, ou à propos de quels contentieux, Elie DUFAURE pouvait être convoqué comme témoin... Je note simplement, ici, qu’un peu plus d’un demi-siècle plus tard, ses petits-enfants, Elie et Baptiste, se trouveront aux prises eux-aussi avec un LAURIER quant à un litige rural... On le sait les rancunes sont parfois tenaces dans les campagnes et perdurent durant plusieurs générations !!!…

En revanche j’ai quelque idée quant à d’autres litiges ruraux auxquels pouvait avoir été mêlé Elie DUFAURE à cette époque...

J’ai sous les yeux un « extrait du Registre de la Justice de Paix du Canton d’ALLASSAC » sur papier au timbre de la « République Française » rendant compte d’un jugement du « vingt quatre Pluviôse An Cinq de la République Française [ 12 Février 1796 ] rendu par « Jean TOURON Juge de Paix du Canton d’ALLASSAC assisté des citoyens Jean Baptiste d’ALBY notre assesseur et de Gautié LUGNIER [ ? ] »...

« Nous sommes transportés sur une pièce de vigne appelée la Grande Vigne qui fait la contestation entre les Citoyens Jean FAUCHER et Elie DUFAURE »

Le Tribunal – de paix - procède, sur le terrain, à l’audition des témoins des parties : « Pierre BOUNAIX cultivateur de la Commune d’ALLASSAC âgé à ce qu’il a dit d’environ cinquante six ans » (…) « Joseph CHOUFIER Cultivateur de la Commune d’ALLASSAC âgé à ce qu’il a dit d’environ trente cinq ans » (…) « Charles BARDON Cultivateur de la Commune d’ALLASSAC âgé à ce qu’il a dit d'environ trente ans »... Ce sont les témoins de FAUCHER... Ceux d’Elie DUFAURE se nomment: « François COMTAS [ ? ] (...) âgé d'environ vingt huit ans » et « Pierre MARTIGNIE (…) âgé d’environ vingt ans »… Ils sont sensiblement moins âgés que les témoins de la partie adverse... comme probablement doit l’être également Elie DUFAURE ( qui a 26 ans alors ! ) par rapport à Jean FAUCHER !

Le contentieux porte sur une contestation de « prise d’eau » pour les biens de FAUCHER « qu’il a acquis la pièce de la nation ayant appartenu à l’émigré LAMAZE ». L’un des multiples lots « LAMAZE » de la vente de Prairial An Il ? Très vraisemblablement !!!

Finalement, le Tribunal « de Paix » statuera que« ledit FAUCHER a été troublé dans la prise d'eau en conséquent l’avons réintégré en possession de prise d'eau au lieu dit appelé de la grande vigne, avec hynibition [ opposition à ? ] et défense audit DUFAURE de le retroubler »...

Elie DUFAURE est condamné aux dépens « que nous avons liquidé savoir pour feuille papier fournis trente sols, taxe a trois témoins quarante cinq sols, pour droit de transport a notre greffier vingt sols »... Tout est compté là aussi encore !!!

Cuisante défaite pour Elie DUFAURE ? Gageons qu’avec son fort caractère il aura eu du mal à s’avouer ainsi « vaincu »…

Simple hypothèse ? Non ! Car ce litige sera « rallumé » en « l’An 8 de la République Française » « le vingt-neuf Germinal » [ 18 Avril 1800 ], lorsqu’il résulte de l’acte portant extrait, que l’Huissier public SAUVAGE a du, à « la requette de Jean Baptiste FAUCHER » re-signifier le jugement de 1796 à Elie DUFAURE et le mettre en demeure de ne pas « troubler de nouveau le requérant » (…) « sous peine de nouvelles poursuites »…

Et pour cette notification Elie DUFAURE aura encore dû verser « 2 F 45 c » de frais divers !!!

 

CONTINUITE INSTITUTIONNELLE ET PERMANENCE DE LA BOURGEOISE LOCALE ...

 

Mais qui aurait pu « poursuivre », non en justice mais « physiquement », sur les coteaux Allassacois, Elie DUFAURE ? … En cette dernière décennie du XVIllème Siècle la maréchaussée est bien trop occupée à pourchasser les réfractaires à la conscription !!! Comme l’écrit LASCAUX : « la fin de la décennie 1789-1799 s’achève sur la résistance de la communauté au système de la conscription » [ 20 ] …

Cette chasse aux réfractaires est bien plus marquante que cette « Fête de la Liberté Conquise », organisée le 14 Thermidor de l’An IV [ 1er Août 1796 ], et dont est responsable le juge Jean THOURON... Les bonnets rouges ne seront descendus des édifices publics et des arbres de la Liberté Allassacois que le six Août ... [ 20 ].

La Révolution a-t-elle eu des conséquences majeures au plan local ? On pourrait presque en douter quand on examine les identités des principaux personnages publics du moment... On retrouve en effet les même notables qu’à la fin de l’Ancien Régime, ou les membres de leurs familles, qui jouent toujours un même rôle dominant sur ALLASSAC… De Janvier 1796 à Mars 1797, c’est Pierre DEYZAC qui est Officier Municipal [ De la fin de 1795 au début de l’année 1800, les petites communes de moins de 5.000 Habitants ne sont plus administrées par un Maire, mais par un « Agent » ou un « Officier Municipal » ]. D’Avril 1797 à Novembre 1797 cette fonction est exercée par Jean Baptiste BONNEYLIE, le fils de Léonard, l’ancien Syndic et ancien Maire !!! ...

Puis de Décembre 1797 à Mai 1800 on retrouve à la tête de la bourgade Pierre LASCAUX... Enfin à partir de Juin 1800 la fonction de Maire est rétablie et, durant pratiquement tout le Premier Empire ( jusqu’en Août 1812 en effet ), elle sera remplie par… Jean Baptiste BONNEYLIE... Avant que ne débute ensuite ce qui sera la « domination » des ALEGRE … mais nous serons alors rentrés de plain-pied dans le dix neuvième Siècle !!! Révolution ou pas, Notables et bourgeois ( notaires, Juge de paix ou médecins ) dominent encore et toujours la vie de la Cité d’ALLASSAC !!! Presque comme avant... Une décennie « d’années Révolutionnaires » s’est pourtant quasiment écoulée !!!

 

L’APPEL AUX ARMES... VOLONTAIRES DE L'AN Il… ET LEVEE EN MASSE...

 

« Lorsqu’il ne vit plus, la colline passée, le clocher de l’église de son village, le conscrit Daniel DUFFARD [ !!! ] de PIERRE-BUFFIERE, se mit à pleurer et voulut rentrer chez lui » ...

C’est cet extrait poignant des Archives de la HAUTE-VIENNE que Jean TULARD a choisi de placer en exergue à la première partie de son ouvrage consacré à la vie quotidienne des Français sous NAPOLEON, intitulée « la FRANCE immobile » [ 66 ]…

A ALLASSAC, les premiers troubles relatifs à la résistance à la conscription se manifestent en Juin 1795 « lorsque 141 réfractaires sont déjà recensés dans le Canton en majorité sur les communes d’ALLASSAC et de VOUTEZAC »... Les paysans se refusent à voir partir leur fils et ils arguent du problème de la main d’œuvre ! [ 20 ]

L’armée, aux lendemains du 10 Août 1792, avait cessé d'être l’armée Royale. L’émigration des cadres et l’intégration des Volontaires de 1791, modifiaient à la fois les structures et l’esprit de la troupe combattante…. Au milieu de 1792 les effectifs atteignaient environ 300.000 hommes, dont la grande majorité, formée d'éléments jeunes, s’était enrôlée depuis 1789… Attirés par des primes qui dépassaient le salaire moyen annuel d’un manouvrier nourri et logé, petits paysans, compagnons ou chômeurs s’étaient laissés convaincre. Ils appréciaient la certitude de pouvoir manger à leur faim, et la misère favorisait encore les enrôlements ! D’autant que l’on se montrait moins intraitable quant à la taille requise... ou à l’âge minimum... qui fut d’ailleurs abaissé à… seize ans, seulement ! [ 55 ].

Les Corréziens ne manifestent pas un enthousiasme particulier !!! Le premier bataillon de Volontaires dont la levée est décidée en Octobre 1791 n’est pas complet fin Novembre. Le deuxième bataillon, 800 hommes contre 600 pour le premier, se forme en Février 1792, mais il faut attendre la proclamation de la Patrie en danger, en Juillet pour qu’il soit organisé définitivement et puisse quitter TULLE à la mi-août ! « C’est au delà du RHIN, déclaraient les Corréziens à l’Assemblée, que l’honneur appelle les soldats patriotes » et ils se nommaient eux-mêmes les « premiers soldats de la Liberté » [ 10 ]. Le troisième bataillon en revanche bénéficie de l’enthousiasme de l’été 1792 et ses 1.078 hommes sont recrutés en une semaine du 4 au 12 Août 1792 [ 24 ].

[ Ces éléments fournis tant par BOUTIER que NOUAILLAC sont très largement empruntés aux travaux conduits jadis par... Victor de SEILHAC sur le sujet... ! ]…

Le « 1er de CORREZE sous DELMAS en Mai 1793 déloge à la baïonnette 2.000 Prussiens fortifiés dans le Château de STROMBERG, près de MAYENCE, « gravissant la montagne, dit CUSTINE, avec cette intrépidité qui n’appartient qu’à l’homme libre » ! Les Corréziens de DELMAS [[ originaire d’ARGENTAT, ancien soldat d’AMERIQUE, Général sous PICHEGRU, sous MOREAU, sous SCHERER, sous BONAPARTE… jusqu’en 1800… Mis en réforme il offrira de nouveau ses services à NAPOLEON qui les acceptera du « premier Général d’avant-garde de la République ». Il sera tué d’un boulet Suédois à LEIPZIG ]] et de TREICH-LAFARGE [ tour à tour Notaire et chirurgien à MEYMAC, puis Général de Brigade… Disgracié par BONAPARTE, il reviendra s’établir à MEYMAC comme Médecin-accoucheur et il aimait à s’attabler dit-on au cabaret avec les paysans ], prennent une part active à la défense de LANDAU [ 10 ]…

C’est le 23 Août 1792 qu’est voté le Décret sur la « levée en masse » et le contingent National est porté dans un premier temps à 400.000 hommes…

Chaque Département doit fournir un nombre d'hommes pré-déterminé, qu’il répartit par Cantons... Compte tenu des travaux agricoles, les populations rurales marquent peu d’enthousiasme... Un moment l’on distribue des gratifications qui décident les plus pauvres… puis on désigne le reste par tirage au sort ou par élection...

Le mythe des « Volontaires de l’An Il » prend forme, mais comme l’affirme Marc BOULOISEAU, « il faut se défier d’une double légende : celle de l’épopée des « va-nu-pieds » superbes courant à la victoire, et celle d’une exaltation patriotique à l’état pur, sans faiblesse et sans taches... » [ 55 ].

La Convention ayant décidé le 24 Février 1793 la levée de 300.000 hommes, la CORREZE doit en fournir 3.477 ! [ « On estimera plus tard que de 1791 à 1794 la CORREZE aura au total fourni 8.500 hommes » [ 10 ] ].

A ALBUSSAC la Municipalité ouvre un registre pour enrôler les onze soldats qu’elle doit « fournir », or« l’heure du soir étant arrivée (...) aucun individu n’a eu le courage de se faire inscrire »… A Saint CERNIN de LARCHE deux hommes seulement se présentent contre les huit attendus... Alors parfois on tire au sort ou parfois on vote ce qui permet de proposer au scrutin : des infirmes ou des Jacobins notoires !!! [ 24 ].... A mesure que la guerre se prolonge certains s’en lassent… et d’autres s’en font métier ou moyen d'ascension sociale ! L’armée, qui communie dans le Jacobinisme, l’aide à survivre à la Révolution dans la mentalité populaire...

Le Comité de Salut Public obtient ses succès de l’automne 1793 en amalgamant dans les troupes de Ligne, à la fois les anciens les requis et les volontaires... Cependant engagés pour une campagne, les volontaires de 1792 songent rapidement à quitter les rangs... L’hiver 1793-1794 permet d'incorporer les premières classes de la « Levée en Masse » portant alors les effectifs globaux de l’armée à près de 900.000 hommes…

On décide de la suppression du remplacement qui permettait aux requis les plus fortunés de rester chez eux. Plus de « héros à 500 livres » ... [ 500 livres, le coût d’un remplacement, à rapprocher par exemple du montant des adjudications des lots des biens Allassacois de l’émigré LAMAZE ! ] ... Le service militaire, égal pour tous, devient dès lors le symbole et la preuve éminents du dévouement patriotique ! [ 55 ]

« On apprécie mal les résultats de la Levée en Masse, trois à quatre cent mille hommes peut être » dit BOULOISEAU, insistant sur les fortes disparités entre les diverses régions par la volonté des Représentants ou des circonstances locales. « Les études locales s’accordent sur un prélèvement du huitième au tiers de la population active (…). Prises au hasard des communes accusent des chiffres comparables à ceux de notre Première Guerre Mondiale (…), les plus petits villages et quantité de familles se trouvèrent ainsi directement impliqués dans la guerre. Ses revers et ses victoires furent, de la sorte, ceux de la Nation entière » [ 55 ] … Comment naissent une Nation et un Mythe !!! « On a calculé qu’à la date de 1801, pour la CORREZE, un tiers des hommes était tombé, un dixième avait déserté (en VENDEE, les Corréziens avait formé, avec la gendarmerie, le bataillon de la Concorde mais ils avaient montré quelque répugnance à faire la guerre civile) et une partie était restée au service » [ 10 ].

 

REFRACTAIRES ET INSOUMIS... ALLASSAC SOUS HAUTE SURVEILLANCE !

 

A partir de l’An lI, les déserteurs qui refusent de regagner leurs unités se manifestent dans les campagnes. « Sont-ils nombreux ? Difficile de le préciser » [ 24 ]…

A ALLASSAC, en Messidor An III, il y aurait 141 réquisitionnaires réfractaires qui sèmeraient le désordre dans le Canton. Ils seraient 45 à VOUTEZAC ! ... En Pluviôse An V, l’administration Départementale demande aux Cantons de dresser une liste des déserteurs… En Messidor, soit quatre mois plus tard, 28 des 40 cantons de la CORREZE n’ont pas encore obtempéré ! Une volonté locale délibérée d’étouffement de l’ampleur du problème ?

Le 24 Pluviôse An V ( 12 Février 1797 ), les « conscrits regroupés à ALLASSAC, [ qui est encore chef-lieu de Canton ], se révoltent contre les gendarmes pendant que la population laisse faire » !!!

Le 29 Pluviôse ( 16 Février 1797 ) 38 gendarmes et 4 officiers, ainsi qu’une colonne mobile de 39 hommes, avec à leur tête deux officiers arrivent de BRIVE... Trois jeunes gens sont arrêtés à ALLASSAC ! [ 20 ].

ALLASSAC est alors condamné à une forte imposition par la force armée mais l’enclave communale de Saint LAURENT, [ « Ces gens situés de l'autre côté de l'eau » ] refuse de payer arguant de sa non-participation aux troubles ! [ L’enclave de St LAURENT est éloignée d’ALLASSAC de plus de sept kilomètres, séparée du bourg par des collines et deux vallées. Elle s’est toujours et traditionnellement considérée comme une entité « à part » ! [ 20 ] ].

Plus graves cependant s’avèrent encore être les évènements du 3 Ventôse An V [ soit le 21 Février 1797 ] . Deux colonnes arrivent à ALLASSAC pour rechercher les déserteurs, elles sillonnent les parties Nord et Nord-Est de la Commune… Au village du VERDIER-Haut, un jeune homme est abattu par les gendarmes... [ 20 ].

En 1799, après une année 1798 plutôt calme, la force armée doit de nouveau intervenir à ALLASSAC pour traquer les réfractaires…

C’est le 19 Fructidor An VI [ 5 Septembre 1798 ] que la Loi JOURDAN sur la conscription a été votée… Cette législation bouleverse la vie des campagnes ! « Un fardeau plus lourd encore que celui des réquisitions » affirme TULARD [ 66 ]…

Ce « fardeau », c’est un système de recrutement normal et stable de la Nation armée et dont les principes se sont encore appliqués jusqu’à la fin du Vingtième Siècle !!!

C’est le Limougeaud JOURDAN (1762–1833) qui a fait, au nom de la commission de l’armée, adopter la conscription… Le service militaire devient théoriquement obligatoire pour tous pendant une durée de cinq ans [ 10 ].

Une première classe est appelée le 3 Vendémiaire An VI, puis les deux suivantes le 28 Germinal courant. C’est de la Conscription à laquelle la répétition a bien vite enlevé son caractère exceptionnel qu’est née, après 1809, la légende de « l’Ogre » NAPOLEON 1er ! Un Ogre tel le Minotaure de l’Antiquité, qui réclame son contingent de jeunes gens à dévorer ! « Dans une FRANCE immobile dont l’horizon reste limité au clocher de l'église il faut soudain bouger, quitter le « pays » pour aller, non pas à la ville voisine, ou même dans une autre région de FRANCE mais dans des contrées étrangères... pour s’y faire très probablement tuer d’ailleurs !  » écrit TULARD [ 66 ].

Même s’il existe déjà une poste aux armées et des écrivains publics, les conscrits écrivent peu... Ils laisseront sans nouvelles leurs familles. Pour le village celui qui a tiré un mauvais numéro à la conscription est - par avance - un homme ... mort !!! [ 66 ]. Aussi dès son entrée en vigueur, la Loi JOURDAN se heurte à de vives résistances... Lors de la Levée de l’An VII, 77.500 conscrits seulement sur les 150.000 prévus auraient rejoint les armées du Directoire [ 66 ]…

« Lors de la première levée comprenant en Haute-VIENNE 1.455 Conscrits, première classe de jeunes français célibataires de 20 à 25 ans, plus de 300 furent reconnus inaptes et la moitié seulement des hommes valides partit, le reste étant réfractaire ou déserteur. Il semble qu’il y ait eu moins de déchets dans les levées successives effectuées l’année suivante pour lutter contre la deuxième coalition. Le gouvernement avait envoyé des colonnes mobiles pour traquer les insoumis et placé des garnisons dans leurs familles. Il y avait eu çà et là des rassemblements et quelques bagarres dans les régions boisées… Mais les gendarmes et les gardes nationaux montraient peu de zèle dans les poursuites et les Administrations Communales étaient pareillement négligentes. Cette force d’inertie était générale mais le « maquis » Limousin n’était pas le plus peuplé de tous. Il semble au contraire que par rapport aux départements du Centre et de l’Ouest, « les nôtres » [ CORREZE, CREUSE, Haute-VIENNE ] aient eu une proportion moins élevée d’insoumissions », affirme Joseph NOUAILLAC [ 10 ]…

Phénomène d’insoumission relativement limité ? Peut-être ! Mais phénomène significatif tout de même !!! Est-il dès lors si étonnant qu’ALLASSAC se retrouve en « état d'occupation  » par le fait de sa « jeunesse » récalcitrante ?

Le 17 Février 1799, une compagnie de gendarmerie arrive à ALLASSAC. Le lendemain dans une proclamation de l’administration du Canton il est spécifié que les familles des déserteurs devront accueillir les gendarmes [ 20 ]. Dès le 19 Frimaire l’Administration Départementale a mis sur pied une importante force armée... Celle-ci est envoyée dans tous les Cantons où se manifeste quelque insoumission... Une indemnité de 1 F 50 par soldat est due par les familles des insoumis et elles doivent également loger la troupe et assurer sa nourriture le temps des opérations ...

Du 24 Frimaire au 15 Ventôse An VII la troupe va ainsi se rendre dans 18 cantons sur les 40 qui forment la CORREZE !

Les 21 et 22 Juin 1799, la force armée est de nouveau à ALLASSAC... Le 24 Fructidor An VII [ soit le 10 Septembre 1799 ] ce sont 59 gendarmes qui sont répartis dans le Canton : 23 pour ALLASSAC, 24 pour VOUTEZAC, Saint CYR et OBJAT, 12 pour Saint-VIANCE… Un mois après, le 19 Vendémiaire An VIII, [ le 11 Octobre 1799, un mois mais… une nouvelle année Républicaine ! ] 72 hommes de troupe investissent encore et toujours ALLASSAC à la recherche de déserteurs... [ 20 ].

L’Administrateur Impérial HARGENVILLIERS estimera à 39 % des jeunes Corréziens aptes, le nombre des insoumissions, entre l’An VII et l'An XII ! [ BOUTIER, sans négliger le phénomène, juge cependant cette estimation excessive ! [ 24 ] ]… En 1801 le Canton d'ALLASSAC est supprimé de l’organisation administrative... LASCAUX pense que c’est « vraisemblablement en raison des contentieux liés à la conscription »... La Commune est rattachée au Canton de DONZENAC ce qui ne rend pas moins nombreux, pour autant, sous le Premier Empire, les réfractaires au service militaire... En 1809 sur 2.500 appelés Corréziens il y aura 545 réfractaires soit 21,8 % de l’effectif concerné... De 1806 à 1810 la Brigade de Gendarmerie de BRIVE arrêtera 104 réfractaires ou insoumis. En trois ans la Brigade de JUILLAC procèdera à 94 arrestations du genre, celle de DONZENAC à 44 ! Il faut ici signaler aussi qu’à compter de 1808, une « gratification » de 25 F était accordée aux « captureurs de déserteurs » ! [ 5 ]… En 1812, après 12 ans de magistrature, le Maire d’ALLASSAC, Jean Baptiste BONNEYLIE sera révoqué pour avoir accepté de marier des… déserteurs !!! [ 20 ] …

 

UN CONSCRIT ET UN AUBERGISTE... AU NOMBRE DES FRERES D’ELIE DUFAURE !

 

On sait par l’intermédiaire de la « Notice » rédigée par son petit-fils, Maître Elie DUFAURE, que son grand-père était l’aîné d'une famille de six enfants [ et que lui même aura six enfants ! ]. Mais qui furent, et que furent, les cinq frères ( ou sœurs ? ) d’Elie DUFAURE « aîné » ? L’avocat n’en dit le moindre mot dans ses écrits, excepté leur nombre !!! Grâce à un acte notarial du deux Frimaire An XI [ 22 Novembre 1802 ] complété par un autre acte notarial du vingt-deux Frimaire An XIII, nous possédons trace plus tangible quant à l’existence de certains des autres « fils DUFAURE » !

Le 22 Novembre 1802, « pardevant les notaires publics soussignés dans BRIVE (…) le deux Frimaire de l’An onze de la République Française avant midy fut présent Pierre DUFAURE majeur habitant du chef lieu de cette même commune [ BRIVE ] lequel prêt à partir pour le service a volontairement et par les présentes fait et constitué pour son procureur général et spécial en qualité de dérogeant [ subrogeant ? ] à l’autre le Citoyen Louis DUFAURE, son frère aubergiste au bourg de CRESSENSSAC, Département du LOT présent et acceptant, auquel il donne pouvoir de (...) [ etc. ] »… Pierre DUFAURE est donc sur le point de partir pour le service militaire à la fin de l’année 1802... et à cause de cela il doit prendre toutes ses dispositions pour faire valoir ses droits présents et futurs compte tenu de son absence, mais aussi les préserver !!! S’est-il résigné à un départ qu’il a accepté de son plein gré ? Ce moment de « paix » relative est il plus favorable qu’un autre pour se résoudre à un tel départ ?

L’acte est couché sur papier-timbré « République Française » avec en filigrane « Domaine National »... Mais le Sénatus-consulte, adopté le 4 Août 1802 à la suite du Plébiscite, vient de faire de Napoléon BONAPARTE le Premier Consul à vie ! Les pouvoirs du Premier Consul sont maintenant très nettement renforcés [ 65 ]. La marche vers l’Empire se dessine déjà clairement !

Le Traité d’AMIENS, signé le 25 Mars 1802, vient d’achever l’ère des guerres de la Révolution ! Même si ce Traité s’est imposé par des nécessités économiques et qu’il ne garantit aucunement une paix durable, les armes se sont enfin tues !!!

Est-on assez au « fait de l’actualité évènementielle » en Bas-LIMOUSIN pour apprécier ce contexte et mesurer qu’une courte période de répit s’ouvre momentanément pour les armées ? Pierre DUFAURE se sent-il ( un peu ) rassuré ???

Louis DUFAURE, qui reçoit mandat de son frère Pierre est quant à lui aubergiste à CRESSENSSAC ( Département du LOT ), c’est à dire en bordure de la grand’voie de communication constituant l’axe le plus direct reliant BRIVE à TOULOUSE... En cette période les aubergistes sont « nombreux et vivent plutôt bien », écrit TULARD [ 66 ], « guettant l’imprudent qui s’aventure sur les grandes routes impériales ou sur les voies plus modestes des Départements »... Par suite « multiples sont les plaintes concernant la malhonnêteté des patrons et la saleté des auberges »... Et si les servantes sont le plus souvent accueillantes, elles laissent aussi de cuisants souvenirs à en croire STENDHAL... La punaise dans la couche n’est pas le seul ennemi redoutable !!! La nourriture doit appeler la méfiance également ! Et il ne faut pas être sensible au bruit ! « Dernier péril le plus terrible : si l’on vient à s’arrêter dans des contrées isolées et de descendre dans une auberge où l’on ait sujet d’appréhender pour sa personne, il est bon de se pourvoir de cadenas ou de verrous (…). Si vous ne pouvez cadenasser vos portes (…) vous pouvez du moins les barricader avec les tables et les chaises de votre chambre » [ 66 ] conseille un « Guide du Routard » d’époque destiné aux voyageurs… Traditionnellement les auberges sont des lieux de grande criminalité à l’époque !!!

Louis DUFAURE est-il un homme « honnête» ? Au moins son frère Pierre le pense, car il lui donne une procuration pour « poursuivre la rentrée de ses droits légitimaires paternels et maternels en capital et en revenus », pour « se faire payer par toutes les voyes de droit de ce qui lui est et sera du par le Citoyen Jean-Baptiste LESCOT, propriétaire habitant de [ BRIVE ] (…) d’ont acte, et ont les dits frères DUFFAURE obligés leurs biens à l’effet d’exécution des présentes et a déclaré ne savoir signer, de ce interpellés il demeure convenu avant les signatures et par exprès que le dit procureur fondé sera obligé d’envoyer au constituant au vu d’une simple missive tout ou parties des sommes reçues appartenantes au constituant et suivant la volonté de ce dernier, et dans ce cas le bulletin de chargement de lettre servira de quittance au dit procureur constitué, signé à la minute MASSENAT notaire (…) [ à une lettre près c’est l’homonyme de… MASSENA vainqueur récent à ZURICH, le 26 Septembre 1799... alors que le Briviste BRUNE triomphait lui à BERGEN [ 65 ], l’un et l’autre deviendront bientôt des Maréchaux de l’Empire ! ] et DELPEUCH aussi notaire [ sic ! ] enregistré à BRIVE le deux Frimaire An onze par [ CHIVAILLE ? ] qui a reçu un Franc dix centimes » !

Pierre DUFAURE va donc pouvoir prendre avec sérénité la route pour rejoindre sa garnison « assuré » de pouvoir disposer « suivant sa volonté » des quelques liquidités constitutives de son patrimoine ! Elles lui seront sans nul doute certainement utiles !!!

Le conscrit MICHAUD écrira, le 8 Février 1808, à sa famille : « il ne nous manque que des chemises. Si j’avais de l’argent j’en achèterais mais je n’ai pas reçu l’argent que vous m’avez envoyé et je ne sais quand je le recevrai  » [ 66 ]…

Louis DUFAURE ne sait pas signer son nom, en est-il de même pour son frère Pierre ? Et pourtant la délivrance des sommes s’effectuera « au vu d’une simple missive » … L’essentiel des relations humaines et fraternelles ne réside-t-il pas dans la confiance par delà les textes juridiques ? !!!

 

PIERRE DUFAURE : DEFENSEUR DE LA PATRIE , ELIE DUFAURE : PROPRIETAIRE !

 

« NAPOLEON par la grâce de Dieu et les Constitutions de la République Empereur des Français (…), le vingt deux Frimaire An treize a comparu Louis DUFAURE, habitant du bourg de CRESSENSSAC (…) lequel en qualité de fondé de Pierre DUFAURE son frère défenseur de la patrie (…) a déclaré avoir reçu (…) d’Elie DUFAURE aîné Propriétaire habitant du faubourg de la grande fontaine d’ALLASSAC ici présent et acceptant la somme de trois cent quarante Francs résultant du traité passé entre ledit Pierre DUFAURE et le dit Elie son frère devant [ DESSUS ? ] notaire à UZERCHE il y a environ deux ans que les parties ont dit être enregistré (…) » …

Le 22 Frimaire de l’An treize [ 12 Décembre 1804 ] NAPOLEON est devenu l’Empereur des Français voilà à peine dix jours le 2 Décembre 1804, « par la grâce de Dieu et les constitutions de la République » !

Ainsi entre LOUIS XVI et ROBESPIERRE, le petit Corse « sera parvenu à une synthèse toute personnelle de plus de dix ans d’agitation ( et de « révolutions » » ) : l’Empire !!!

Elie DUFAURE « ainé » est porté dans l’acte notarié comme ayant la qualité de « Propriétaire » avec un « P » en majuscule, comme lorsqu’il s’agissait du terme « Citoyen » avec un « » très peu de temps auparavant !

Pour l’anecdote j’en reviens à Edgar PISANI quant à cette qualité de « Propriétaire »…

Ce dernier raconte qu’il ne pouvait pas parvenir à convaincre, en 1950, dans une Mairie de HAUTE-MARNE, sur le Plateau de LANGRES, des propriétaires de s’entendre sur la constitution d’un Groupement Forestier... « Quelques jours plus tard je suis encore ému de mon échec et il y a réunion à la Préfecture. On fait l’appel des présents et chacun de dire qui il est. « UNTEL, métier : PROPRIETAIRE ! »... J’ai failli exploser. Ainsi c’est avoir un métier que d’être propriétaire. Je sais qu’il ne fait rien : il vit de ses fermages, parce que son père et son grand père étaient riches et prévoyants. Métier : Propriétaire ! » [ 37 ] …

Pierre DUFAURE est porté lui comme « défenseur de la patrie » [ ... mais sans majuscules !!! … Alors que… tout de même !!! ]…

Le Sacre impérial à peine intervenu, la Paix d’AMIENS est rompue... Les préparatifs à BOULOGNE d’un débarquement sur les côtes Anglaises tournent courts avant que ne débute, dans leur prolongement, la prestigieuse épopée de 1805, qui conduira les troupes de la « Grande Armée » jusqu’au soleil triomphal d’AUSTERLITZ ... Pierre DUFAURE pourra-t-il dire alors : « j’y étais » ?...

Ainsi les « Défenseurs de la Patrie » se transforment maintenant plutôt en « Agresseurs » de l’Europe Monarchique...

« Mauvais joueur d’échecs NAPOLEON n’en était pas moins convaincu comme tous les Généraux issus de la Révolution des mérites de l’offensive. CLAUSEWITZ montrera en sens contraire que « toute offensive s’affaiblit du fait même de sa progression »... La campagne de RUSSIE lui donnera raison  » [ 65 ].

 

JEAN-BAPTISTE DUFAURE,« PRESUME MORT AU SERVICE DU GOUVERNEMENT »

 

« Plus le dit Louis DUFAURE a déclaré avoir reçu aussi sur ces présentes dudit Elie DUFAURE son frère la somme de soixante Francs à laquelle ils ont réglé à l’amiable les droits revenant au dit Louis dans les successions paternelles et maternelles de Jean-Baptiste DUFAURE leur frère présumé mort au service du gouvernement français déduction faite de la somme de cent quatorze Francs que ledit Elle DUFAURE avait payé audit Baptiste DUFAURE verbalement lesquels droits revenant au dit Louis DUFAURE, celuy ci en fait cession et transport avec toute garantie de fait et de droit en faveur dudit Elie DUFAURE qu’il a ainsy accepté à ses perils risques et fortune (…) » …

... Pierre... Louis… Elie... Jean Baptiste... Ils sont donc au moins quatre frères DUFAURE dans cette génération qui clôture le XVIIIème Siècle et qui entame le dix-neuvième… Ils portent tous des prénoms que l’on retrouve de génération en génération... Elie DUFAURE « aîné » aura parmi ses enfants un Louis, deux Pierre, un Jean-Baptiste...

L’un de ses fils Pierre aura pour fils un Elie (« notre Elie »), un Jean Baptiste, et sans oublier également un premier-né Louis [ «  mort jeune  » précisera bien plus tard Maître DUFAURE dans sa « Notice » ... ]

Fin 1804 Jean-Baptiste DUFAURE est donc présumé mort « au service du gouvernement français ».. Quand ? Où ? Nul ne le sait... par définition !!! Présomption !!! Sur un champ de bataille ? Dans une ville de garnison ? Dans des activités civiles de Fonction Publique ? Interrogation ! Présomption !!! « présumé mort au service du gouvernement français », la mention est-elle équivalente à « Mort pour la Patrie  » ? On peut le supposer...

Peut-être Jean-Baptiste et Pierre DUFAURE, d’une classe d’âge probablement rapprochée se sont retrouvés « frappés » par la conscription à une échéance également rapprochée dans le temps ? Auront-ils envisagé un temps, avant d’y renoncer, l’insoumission dans le « maquis » Allassacois ?

Leur aîné, Elie DUFAURE, n’était pas, lui, concerné par la Loi JOURDAN en ce qu’elle permettait aux hommes mariés avant le 23 Nivôse An Vl d’échapper au service [ 66 ]... et qui plus est à l’époque Elie DUFAURE était déjà chargé de famille !

Jean-Baptiste DUFAURE est donc présumé mort « au service du gouvernement français »... Dans son ouvrage sur DONZENAC, ULRY mentionne, en 1913 [ ! ], la « Nécrologie des Enfants de DONZENAC morts au champ d’honneur » dans laquelle on trouve : « Expédition d’EGYPTE ( 1798-1799 ) : JUGE ( Antoine J-B ) », « Campagne d’ITALIE ( 1800 ) : JUGE Jean  »… [ 68 ]… Les conscrits « voyaient du pays » !!!

[[ ULRY « laisse au lecteur le soin de réparer les omissions involontaires et d’inscrire dans les espaces laissés libres les noms des oubliés ou des victimes des conflits futurs » [ !!!1913 !!! ] [ 68 ] L’espace laissé libre ne saurait être suffisant pour y coucher bientôt les noms des enfants de DONZENAC qui tomberont durant les années 1914 à 1918  ! Effroyable réalité  !! Utilisant les registres de contrôle aux archives du Ministère de la Guerre, Jacques HOURDAILLE parvient pour l’armée de terre à un chiffre de 916.000 « morts pour la FRANCE » pour la période du Consulat et de l’Empire [ 65 ]. C’est par ce nombre impressionnant de victimes que peut se jauger l’ampleur de « l’épopée glorieuse » Napoléonienne qui laissera tant de traces dans les esprits tout au long du dix-neuvième Siècle... ]]

A travers la lecture de fragments de ces deux actes notariés on pourrait songer à bâtir, si cela n’était déjà fait, un scénario Balzacien...

Le retour du « héros », tenu jusqu’alors pour mort avec les conséquences de la dévolution de son patrimoine : le thème du « Colonel CHABERT » achevé par BALZAC en Mars 1832 et qui avait eu pour titre provisoire : « La Transaction » [ 69 ] « Monsieur, lui dit BOUCARD, voulez vous avoir la complaisance de nous donner votre nom afin que le patron sache si...

- CHABERT.

- Est-ce le Colonel mort à EYLAU ? demanda HURE

- Lui même, Monsieur », répondit le bonhomme avec une simplicité antique (…) ! [ 70 ].

De retour à PARIS, le « Comte CHABERT » réside « chez un vieux Maréchal des Logis de la Garde Impériale, devenu nourrisseur, et nommé VERGNIAUD !!! [ 70 ] ... Oui !  VERGNIAUD ! … Le hasard nous met à nouveau en présence de ce patronyme !!!

Le hasard n’est-il pas le plus grand romancier du monde ? ... Si ! « Le hasard est le plus grand romancier du monde : pour être fécond il n’y a qu’à l’étudier. La société Française allait être l’historien, je ne devais être que le secrétaire. En dressant l’inventaire des vices et des vertus (…) en choisissant les événements principaux de la société (…) peut-être pouvais-je arriver à écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs » avait écrit BALZAC en avant-propos à la « Comédie Humaine »… CHABERT s’efforce de faire rétablir sa véritable identité… Sa femme, Rose CHAPOTEL, est devenue la Comtesse FERRAUD, mais c’est une ancienne prostituée : « voulez vous des preuves ? Je vous ai prise au Palais-Royal... ». La Comtesse pâlit (…). Il reprit tout à coup : « vous étiez chez la...  »… La comtesse paiera CHABERT pour qu’il s'efface de sa vie. « Il finira à l’hospice de BICETRE, oublié de tous, renié par tous, après avoir été un héros de l'épopée Impériale  » [ 70 ].

Alors qu’il cherchait à faire rétablir son identité CHABERT avait songé à aller au pied de la Colonne VENDOME. « Je crierai là : « je suis le Colonel CHABERT qui a enfoncé les Russes à EYLAU ». Mais son interlocuteur lui réplique : « et l’on vous mettra sans doute à CHARENTON »… « A ce nom redouté l’exaltation du militaire retomba », souligne BALZAC [ 70 ]

CHARENTON... Le nom de l’asile d’aliéné le plus fameux du moment nous ramène à SADE que nous avions délaissé un moment... SADE restera deux ans à BICETRE avant d’être conduit à CHARENTON en Avril 1803... Monsieur (de) SADE finira ses jours à CHARENTON où il mourra le 2 Décembre [ une date Napoléonienne par excellence ! ] 1814.

« Où sont désormais les ombres du fringant gentilhomme de la Place des Victoires, de l’audacieux libertin de la Rue de St FERREOL le Vieux, du châtelain de La COSTE, du délirant prisonnier de VINCENNES et de la BASTILLE, du Citoyen de la Section des Piques ? ... A l’hospice de CHARENTON, la mort qui s’approche, amortit les couleurs et mutile les sentiments  »... [ 71 ]   Tout évolue !!! Tout passe !!!

 

UN « HOMME DE LOY »... ET UN « MONSIEUR »…

 

« Et sur les présentes est intervenu a été présent Monsieur Gilles MUZAT, homme de Loy, habitant de la Ville de TURENNE lequel pour répondre 1° de la somme de trois cent quarante Francs perçue par ledit Louis DUFAURE par anticipation résultant du traité passé entre ledit Pierre et Elie DUFAURE, 2° de la somme de soixante Francs dont le dit Louis DUFAURE a fait cession audit Elie (…), et pour l’exécution lesdits Sieur MUZAT et ledit Louis DUFAUREont obligé leurs biens présents et avenir. D’ont acte requis et concédé fait et lu en présence de Monsieur Etienne [ DUCLAUX ?] officier d’infanterie et du sieur Plerre LASCAUX notaire public d’ALLASSAC et de sieur [ DUCLAUX ?] habitant de la ville de BRIVE qui ont signés avec Elie DUFAURE le dit sieur MUZAT et nous et non ledit Louis DUFAURE qui a déclaré ne savoir signer (…). « Signé à la minute (…) MASSENAT notaire (…) enregistré le 27 Frimaire an treize  »

0n peut noter avec intérêt dans cet acte la réapparition du terme « Monsieur », avec un « » majuscule, et de son abréviation « Sieur », qui re-prennent donc le pas sur « Citoyen » qui avait cours plus fréquemment dans la période récente qui s’avère maintenant définitivement sur le point de s’achever...

Le calendrier révolutionnaire ne va pas tarder d’ailleurs, lui aussi, à être abandonné, un autre indice du retour à des habitudes dont la Révolution avait cru pouvoir faire « table rase » ... Tout évolue !!! Tout passe, donc !!!

En 1806 on en revient en FRANCE au calendrier Grégorien après treize années d’utilisation courante du calendrier Révolutionnaire ! [ 31 ].

On trouve encore dans le présent acte les mentions d’un Officier d’infanterie, d’un notaire et d’un « homme de Loy »...

« Savez-vous mon cher » reprit DERVILLE « qu’il existe dans notre société trois hommes, le prêtre, le médecin et l’homme de justice qui ne peuvent pas estimer le monde ! ils ont des robes noires, peut-être parce qu’ils portent le deuil de toutes les vertus, de toutes les illusions (…). Nous autres avoués nous voyons se répéter les mêmes sentiments mauvais, rien ne les corrige, nos études sont des égouts qu’on ne peut pas curer (…). Toutes les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours au-dessous de la vérité » ! [ 70 ]

C’est quasiment le « mot de la fin » du « Colonel CHABERT »…

 

LE GRAND REMUEMENT… QUI CONNAIT LA VERITE ? ... CELUI QUI « A VECU » !

 

Du jeune « Sujet » qui prend épouse en 1788 au « Monsieur », nouveau « Propriétaire » Thermidorien de Biens Nationaux, provenant du patrimoine foncier du ci-devant Seigneur - émigré - de LAMAZE, qui règle avec ses frères des questions d’argent sous le Premier Empire naissant, Elie DUFAURE sera passé également par le statut nouveau et révolutionnaire de « Citoyen ».

En quinze années, il aura vécu dans son petit village de campagne du Bas-LIMOUSIN, ALLASSAC, l’une des périodes les plus déterminantes de l’histoire de FRANCE, que l’histoire locale sera même modestement parvenue à rejoindre !!!

Durant cette même période, de jeune célibataire sous l’Ancien Régime, il se sera marié puis sera devenu chargé de famille nombreuse, et ce dès l’orée du Premier Empire... Un grand remuement, donc... pour le moins !!!

Elie DUFAURE avait-il aperçu Honoré de MIRABEAU avec sa sœur ou son beau-frère du SAILLANT au sortir d’un office religieux à ALLASSAC ? Avait-il respectueusement baissé la tête en croisant dans son village le Seigneur PRADEL de LAMAZE ou un membre de sa famille ? Avait-il senti monter, en entendant son oncle Notaire Royal MOUNEYRAC, la frustration de la classe bourgeoise et des notabilités rejetant un Ancien Régime aux mœurs délétères, recroquevillé sur des privilèges dépassés ?

Elie DUFAURE avait-il perçu, depuis le Barri de la Grande-Fontaine, les clameurs et les vociférations de la foule convergeant vers le proche château de la MOTTE-ROFFIGNAC ? Avait-il même assisté au coup d’éclat du Tambour DURIEUX faisant entrer dans la grande Histoire le petit bourg d’ALLASSAC ? … « DURIEUX un tambour-major de la Garde Nationale de BRIVE, condamné pour avoir participé à une sanglante émeute de paysans contre leur seigneur » expose, en ces termes, Bernardine MELCHIOR-BONNET [ 58 ] avec presque autant « d’imprécisions », que ne le faisait, à propos du même sujet, Claude MANCERON…

« la plaidoirie de VERGNIAUD » permit à l’avocat de se « mettre en vedette comme soutien du pauvre peuple [ Allassacois ] opprimé par le despotisme féodal. Ce succès contribua à son élection à l’Assemblée Législative », affirme encore Bernardine MELCHIOR-BONNET [ 54 ] !

Elie DUFAURE s’est-il efforcé aussi de ne pas prendre parti ouvertement entre le clan BONNEYLIE et le clan LASCAUX ? Un choix trop délicat à accomplir ? Ou « catalogué » comme appartenant au « clan MOUNEYRAC » valait-il mieux pour lui rester le plus discret possible… sans négliger pour autant de convoiter des biens fonciers vendus comme « Biens Nationaux » ? S’interrogeait-il quotidiennement sur les « subsistances » dont il pourrait disposer pour nourrir sa famille ? La persistance de la crise économique latente le souciait-elle ? Etait-il prêt à braver la Justice de Paix pour des différends ruraux ? S’était-il désolé du départ aux armées de ses frères Pierre ou Jean Baptiste ? ... Beaucoup d’interrogations !!! ... Bien peu de réponses certaines !!! ... Qui connaît la vérité ?

« Il a donc traversé tous les régimes ? Louis XV, Louis XVI, la Révolution, la Terreur, le Directoire, le Consulat, l’Empire, la Restauration ? Sans y perdre la tête ? (...) Il a donc vécu cent cinquante ans ? Non soixante dix huit ? Une vie tantôt calme et tantôt frénétique » ... Ainsi Philippe SOLLERS présente-t-il « son » Vivant DENON, le « Cavalier du LOUVRE », dont il s’est fait le biographe [ 61 ]… En exergue de l’ouvrage qu’il lui a consacré, SOLLERS a fait figurer cette belle maxime de VOLTAIRE : « on doit des égards aux vivants, on ne doit aux morts que la Vérité » ! Une philosophie ! Une philosophie, seulement ! En effet : qui connaît la Vérité ? Que sait-on de certain sur Elie DUFAURE « aîné » ?

On sait au moins qu’Elie DUFAURE « aîné » a vécu !!!

« J’ai vécu ! » : On prétend que quelqu’un lui demandant ce qu’il avait fait pendant la Terreur, SIEYES se serait contenté de répondre : « J’ai vécu ! », ce qui revenait à dire qu’à cette époque là il suffisait bien à l’activité d’un homme que de survivre !!!

SIEYES était en effet certainement plus que tout autre capable de « sur-vivre » au milieu des pires bouleversements...

Vicaire Général, Député, Conventionnel, Régicide, Président du Conseil des Cinq-Cents, Président du Directoire, Consul... Lui qui avait affirmé que « la royauté ne se relèverait jamais », aida ensuite BONAPARTE à établir cet Empire sous lequel il devint non seulement Président du Sénat mais même…Comte ... !!! [ 72 ].

SIEYES a vécu... Elie DUFAURE « aîné » aussi !!!

Elie DUFAURE était né en 1770 soit un an après un certain Napoleone BUONAPARTE, et il s’était marié en 1788 à la veille de la Révolution... Son cinquième enfant, Pierre, naquit, c’est une certitude, en 1797 à la suite de ses aînés, peut être nés en 1789,1791,1793,1795 par tranches de deux ans [ ? ] marquant ainsi chaque phase cruciale de la Révolution ! ... Elie DUFAURE, aîné, « lou vier Gimel » [ l’un de mes arrière-arrière-arrière-arrière-grand père !!! ] traversera ensuite le Premier Empire et la Restauration et sera plus tard porté comme témoin, en 1824, sur l’acte de naissance de son petit-fils et filleul, Elie !

 

Et nous, [ et moi, arrière-arrière-arrière-arrière-petit fils du « vier Gimel » !], du « Rideau Levé » attribué à Honoré de MIRABEAU... au baisser de rideau du « Colonel CHABERT » d’Honoré de BALZAC, nous aurons traversé et revisité en quelques pages une formidable époque de remuement, sur laquelle reposent encore la plupart des articulations déterminantes qui font notre Histoire Nationale contemporaine !!!

 

 

 

« Les collines d’ALLASSAC, la plaine de SAINT VIANCE, les gorges du SAILLANT, trois points qui se touchent et se relient avec un majestueux ensemble... »

Oui !!! Ces lieux sont bien toujours propices aux méditations ! ... Non ?

 

 

BIBLIOGRAPHIE ET SOURCES

 

[ 1 ] L’Album des Hommes de la Liberté      Claude MANCERON    ROBERT LAFFONT   1989

[ 2 ] Département de la Corrèze       A. JOANNE     Librairie HACHETTE    1875   

[ 3 ] La Corrèze     P. RATEAU  Léon LALANDE-BRIVE    L. HACHETTE & Cie  PARIS   1866 

[ 4 ] Ma Conversion ou le Libertin de Qualité     MIRABEAU          U. G.E-10/18      1995

[ 5 ] Le Guide de la Corrèze        Claude LATTA     La MANUFACTURE   1991

[ 6 ] Mirabeau        Guy CHAUSSINAND-NOGARET      LE SEUIL    1982

[ 7 ] Les Vingt Ans du Roi  1774-1778   Claude MANCERON      ROBERT LAFFONT 1972

[ 8 ] Le Rideau Levé ou l’éducation…   Lecture de PIGEARD     ACTES SUD 1994  BABEL  1997

[ 9 ] Le Vent d’Amérique   1778-1782      Claude MANCERON      ROBERT LAFFONT 1974

[ 10 ] Histoire du Limousin et de la Marche Limousine    J. NOUAILLAC    1943     LEMOUZI  1981

[ 11 ] La Morale des Sens   Vicomte de MIRABEAU   Note de l’éditeur   PHEBUS 2000

[ 12 ] Les Diables Amoureux    APOLLINAIRE    GALLIMARD 1964   IDEES 1981

[ 13 ] Histoire de la Littérature Erotique   ALEXANDRIAN    SEGHERS 1989     PAYOT    1995

[ 14 ] Anthologie des Lectures Erotiques  « de Sade… ».  J.J. PAUVERT  GARNIER-SUGER  1982

[ 15 ] Histoire de Juliette ou les Prospérités du Vice    SADE    Tome III    La Pléiade  1998

[ 16 ] Sade      Ecrivains de Toujours           Chantal THOMAS      Le SEUIL     1994

[ 17 ] Le Bon Plaisir   1785-1787      Claude MANCERON      ROBERT LAFFONT    1976

[ 18 ] Le Livre Interdit – De VIAU à SADE -  J.Cl.  ABRAMOVICI     PAYOT & RIVAGES     1996

[ 19 ] Le Sang de la Bastille 1787-1789   Claude MANCERON  ROBERT LAFFONT   1974

[ 20 ] Allassac en Bas Limousin un Pays - Une histoire  J.L. LASCAUX FOYER CULTUREL 1992

[ 21 ] La Révolution Française  Albert SOBOUL     P.U.F  QUE SAIS-JE ?  1965  Edition de 1975

[ 22 ] Histoire des Paysans Français du XVIIIème à nos jours  COLLECTIF     HORVATH  1976

[ 23 ] Histoire de la France Rurale Tome 3  Dir : G. DUBY  Le SEUIL   1976   POINTS SEUIL  1992

[ 24 ] Campagnes en Emoi  1789-1800  Jean BOUTIER  Les MONEDIERES 1987    Réédition 1989

[ 25 ] Le Diable sans Porte    Claude DUNETON     Le SEUIL   1981    POINTS SEUIL   1982

[ 26 ] Histoire des Paysans de France Claude MICHELET ROBERT LAFFONT 1996 POCKET 1998

[ 27 ] Qu'est ce que le Tiers Etat ?  SIEYES  Présent. J.D. BREDIN CHAMPS FLAMMARION   1988

[ 28 ] Condorcet    Elisabeth et Robert BADINTER    FAYARD   1988   Le Livre de Poche    1990

[ 29 ] Contre Révolution-Révolution et Nation    J-Cl. MARTIN   LE SEUIL   POINTS SEUIL 1998

[ 30 ] Encyclopédie des Mots Historiques  Vrais et Faux    Tome 1        HISTORAMA   1970

[ 31 ] Le Monde autour de 1793      COLLECTIF       LAROUSSE      1973

[ 32 ] L’Anti-Justine RESTIF de la BRETONNE  Présentation J.J. PAUVERT LA MUSARDINE 1998

[ 33 ] Les 120 Journées de Sodome  SADE  oeuvres  Tome I La PLEIADE GALLIMARD 1990

[ 34 ] Aline et Valcour     SADE  Œuvres Tome I   La PLEIADE  GALLIMARD 1990

[ 35 ] Le Manifeste du Parti Communiste  MARX ENGELS  Union Gale d’Editions – 10/18  1977

[ 36 ] La Cause des Peuples   J.E. HALLIER   Le SEUIL  1972   Le Livre de Poche 1974

[ 37 ] Utopie Foncière – L’Espace pour l'Homme -    Edgar PISANI     NRF  GALLIMARD   1977

[ 38 ] Les Racines du Libéralisme - Une Anthologie -     P. F. MOREAU     POINTS-SEUIL 1978

[ 39 ] Administration     Revue d'Etudes du Corps Préfectoral    Septembre 1984

[ 40 ] Les Jacobins       Gérard MAINTENANT              P.U.F - QUE SAIS JE ?   1984

[ 41 ] Mémoires de l’Abbé Morellet    MERCURE DE FRANCE 1988    MERCURE-POCHE 2000

[ 42 ] La Guerre du Goût     Philippe SOLLERS       GALLIMARD  FOLIO   1996

[ 43 ] Histoire des Avocats en France      Bernard SUR        DALLOZ 1998

[ 44 ] Journal des Frères Goncourt  T 1   (1851-1865)    ROBERT LAFFONT - BOUQUINS    1989

[ 45 ] La Haute-Marne Dimanche - Supplément du Dimanche   Numéro du 11 Octobre 1998

[ 46 ] Harmonies Haut-Marnaises  R. et C .PETITPIERRE G.SALASSA     GAMONET   1988

[ 47 ] La Liberté, enfin ! Images du Passé (1944-1945)   Henry DUTAILLY   LE PYTHAGORE 1994

[ 48 ] Mémoires de l’Abbé Morellet     Notes de J. P. GUICCIARDI     MERCURE DE FRANCE 2000

[ 49 ] Site WEB      « Lycée Georges Cabanis »     Biographie de Georges CABANIS

[ 50 ] L’Ecolier Corrézien A THAUZIES- C VERDIER   JOUCLA  imprimeur  PERIGUEUX   1904

[ 51 ] Perpezac le Noir–Aujourd’hui    Danièle DELORD   Bulletin Municipal  Numéro 9  Nov. 1998

[ 52 ] Les Infortunes de la vertu SADE  Notes de Béatrice DIDIER GALLIMARD 1970 FOLIO  1977

[ 53 ] Histoire de Juliette  SADE   Notes Michel DELON   Tome III  La PLEIADE GALLIMARD 1998

[ 54 ] Les Constitutions de la France   par J. GODECHOT  GARNIER-FLAMMARION   1970

[ 55 ] La République Jacobine Août 1792-ThermidorAn lI  M. BOULOISEAU POINTS-SEUIL   1972

[ 56 ] Une Dynastie de Bourreaux-Les Sanson B. LEVY MERCURE DE FRANCE 1976 réédit. 1989

[ 57 ] L’identité de la France  Hommes et Choses  Tome 2  Fernand BRAUDEL ARTHAUD  1986

[ 58 ] Les Girondins  Bernardine MELCHIOR-BONNET   TALLANDIER   1969    Réédition    1989

[ 59 ] Sade ou les sens interdits de l’histoire Franck EVRARD in «les dessous de l’histoire» n°1

[ 60 ] Lacoste, le doux pays du marquis de Sade  Hervé de SAINT-HILAIRE   in « Le FIGARO  »

[ 61 ] Le Cavalier du Louvre–Vivant Denon  Ph. SOLLERS  PLON 1995 GALLIMARD-FOLI0  1997

[ 62 ] Romans Libertins du XVIIlème Siècle  Notes de R.TROUSSON  BOUQUINS LAFFONT  1993

[ 63 ] Bourgeois et Bras nus  1793-1795     Daniel GUERIN       IDEES / GALLIMARD   1973

[ 64 ] La Ratière de Quiberon  B. MELCHIOR-BONNET   in Le Journal de la France  N° 13  1969

[ 65 ] Napoléon       Jean TULARD     FAYARD  1977    Le Livre de Poche   1980

[ 66 ] La Vie Quotidienne des français sous Napoléon 1er TULARD HACHETTE 78 Le Livre de Poche  1982

[ 67 ] Les Femmes et la Révolution Française    Annette ROSA       MESSIDOR    1988

[ 68 ] Donzenac – Aujourd’hui-Autrefois Adolphe ULRY  IMPRIMERIE CATHOLIQUE-BRIVE 1913

[ 69 ] Balzac    Henri TROYAT     FLAMMARION  1995    J’AI LU  1997

[ 70 ] Le Colonel Chabert       Honoré de BALZAC       BOOKING INTERNATIONAL   1993

[ 71 ] Journal Inédit de Sade    Préface de G. DAUMAS     GALLIMARD  1970    FOLIO  1994

[ 72 ] Encyclopédie des Mots Historiques   Vrais et Faux    Tome 2       HISTORAMA   1970

 

 

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